Americanah – Chimananda Ngozi Adichie

LIRE POUR L’AFRIQUE : NIGERIA

C’est un pavé de 675 pages qui va vous faire voyager : au Nigéria pays d’origine de l’auteure, aux Etats Unis, voir le titre, et en Angleterre, autre destination prisée par les Nigérians. 

C’est un roman d’amour. Amour  indéfectible de Ifemelu pour Obinzé depuis les années de lycée et de fac, amour contrarié quand les deux amoureux sont séparés. Se retrouveront-ils? 

Cher Noir non américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse
de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L’Amérique s’en fiche. Quelle importance si tu n’es pas « noir »
chez toi ? Tu es en Amérique à présent. Nous avons tous nos moments d’initiation

C’est un livre qui fait réfléchir sur deux thèmes : le racisme et l’émigration. Ifemelu découvre le racisme quand elle s’installe aux Etats Unis. Elle découvre qu’elle est noire ce qui ne l’avait jamais préoccupé en Afrique. Elle découvre les Afro-Américains dont la personnalité s’est construite dans un monde où la couleur de peau est déterminante. Considérant le problème de l’extérieur, elle écrit un blog sur ce thème avec un angle d’attaque original. 

Comme elles sortaient du magasin, Ifemelu dit : « J’attendais qu’elle demande si c’était celle qui avait deux
yeux ou celle qui avait deux jambes. Pourquoi n’a-t-elle pas simplement demandé : “Était-ce la fille noire ou la
blanche ?” » Ginika rit. « Parce que nous sommes en Amérique. On est supposé ne pas remarquer certaines
choses. »

Elle fait aussi sauter les préjugés en ce qui concerne les migrations. Aucun misérabilisme dans cette histoire : les Nigérians du roman qui émigrent aux USA ou en Grande Bretagne ne sont ni des crêve-la-faim, ni des réfugiés politiques. Ils ne sont poussés vers le monde occidental ni par la guerre, ni par la misère. Ce sont des étudiants parfois très diplômés, anglophones venant de milieux universitaires, recherchant leur avenir dans les meilleures universités (Princeton, Yale, Oxford…) et se retrouvant nettoyer les WC (Obinzé) ou à garder des enfants illégalement rencontrant les pires difficultés pour s’intégrer et faisant des compromis qu’ils n’auraient jamais fait au Nigéria. Le miroir que l’auteure reflète une société raciste même quand elle s’en défend. Elle change notre regard. Celui-là qui campe dans la jungle de Calais, est peut être plus diplômé que nous? Et ces médecins dans les services d’urgence Covid, n’ont-ils pas souvent des noms à consonance étrangère?

Alexa, et les autres invités, peut-être même Georgina, comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la
pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la
léthargie pesante du manque de choix. Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien
nourris, n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur
naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient
aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu’aucun
d’entre eux ne meure de faim, n’ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d’avoir le
choix, avide de certitude.

Le retour au pays n’est pas toujours évident. Les années passées aux USA ont imprimé leur marque sur l’héroïne qui se fait appeler « Americanah  » par une amie d’enfance. Une nouvelle identité, un nouveau départ.

Non, sur la vie. La race ne compte pas tellement ici. En descendant de l’avion à Lagos j’ai eu l’impression
d’avoir cessé d’être noire. — Tu parles. »

J’ai aussi découvert le Nigéria, proche du Bénin que je connais un peu, mais si différent. Le pays le plus peuplé d’Afrique, un pays anglophone marqué par la colonisation britannique, dont les élites sont aussi fascinées par la culture américaine, qui parle un « anglais » nigérian bien individualisé. J’ai alors regretté de lire ce livre en traduction :  j’ai raté les comparaisons entre les vocables british et les américanismes. Encore une richesse du roman!

J’ai dévoré ces 675 pages lues sans arrêt alors que j’avais deux rendez-vous de lectures communes.

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

6 réflexions sur « Americanah – Chimananda Ngozi Adichie »

  1. Bénin et Nigeria ont des frontières parois poreuses ^_^
    J’ai beaucoup aimé cette histoire, l’histoire d’amour pas trop, mais le reste, si!

    J'aime

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