La Traversée de la Baie du Mont Saint Michel à partir du Bec d’Andaine

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

On ne s’aventure pas seul dans la Baie :  sables mouvants, mer qui remonte à la vitesse d’un cheval au galop, rivières à passer et absence de repères. Il faut donc suivre un guide expérimenté,  quitte à suivre un troupeau de touristes.

Plusieurs agences proposent une traversée guidée et commentée à partir du Mont Saint Michel, du Bec d’Andaine ou de Saint Léonard. La traversée classique à partir du Bec D’Andaine aller et retour est de 13 km et 12 €. On peut aussi choisir une promenade plus courte ou simplement l’aller (retour en car 22€). Il existe aussi d’autres options de jour, de nuit, avec arrêt à Tombelaine….Il convient de téléphoner (ou de réserver par Internet) deux jours à l’avance et d’arriver 30 minutes avant le départ. La pluie n’est pas un inconvénient majeur (de toutes façons on sera mouillé) en revanche pas de traversée par temps de brouillard ou par menace d’orage. Les horaires dépendent bien sûr de la marée. On marche pieds nus (les chaussures de marche ou tennis sont à proscrire, il faut les porter) des sandales ou des tongs seront moins encombrantes. Apporter une bouteille d’eau, un coupe-vent, des vêtements chauds et bien sûr le pique-nique : la pause repas au Mont est trop courte pour aller au restaurant.

Grandes marées d’équinoxe, départ à 10h15 retour prévu vers 16h30 , horaires parfaits!

Luc, le guide, cheveux blancs, barbu est le sosie du professeur Raoult. Bâton de pélerin à la main il mène notre groupe (30 personnes environ) à vive allure. Il est très grand et quand il fait un pas j’en fais trois.

Dès le début, il faut se familiariser avec la tangue argile grise et molle bien glissante. Les pieds s’enfoncent. A chaque pas il faut faire un effort pour les tirer en gardant l’équilibre. J’essaie de repérer les surfaces les plus faciles, les mieux consolidées et les moins glissantes. Peut-être dans les flaques? ou dans les traces de ceux qui précèdent (au moins il n’y a pas de surprise). Des ripplemarks remplacent la surface lisse. Une couche claire souligne les creux. Sous la plantes des pieds on sent le relief dur mais au moins on ne s’enfonce plus.

La Baie vue du ciel photo ancienne trouvée sur Internet, les parkings à la base du Mont n’existent plus

Quand la caravane s’étire un peu trop Luc plante le bâton de pélerin et raconte sa baie. En route,  il a ramassé une ponte de buccin : le bulôt est la spécialité de Granville il est aussi nommé calicoco. la ponte ressemble à une grappe de raisin très serrée; les petits buccins ne naissent pas tous en même temps, ceux qui sont nés en premier dévorent leurs frères (adelphopagie) ensuite ils mangeront des animaux morts (charognards). Pour l’assiette de fruits de mer, bon appétit!. Il nous montre aussi des oeufs de raie et de roussette. Cuisiner la roussette (ou saumonette) avec de la crème, bien entendu! En véritable comédien, Luc sait capter son public avec des plaisanteries nteries reposant sur les rivalités Normands contre Bretons, folklore quand on est sur les bords du Couesnon! L’étranger c’est le Mayennais.

Tout en faisant son numéro, il fait passer des connaissances scientifiques. Selon lui, le comblement de la Baie est inéluctable : la marée ayant plus d’énergie en montant qu’en descendant elle apporte des sédiments qu’elle n’a plus de force pour emporter en totalité. Selon lui, cette différence d’énergie expliquerait aussi le fait qu’elle met 6h à monter et 6h30 à descendre. je ne m’étais pas posé la question du décalage des marée. En revanche quand j’ai cherché à approfondir sur Internet je n’ai pas eu confirmation de cette théorie.

Sur l’estran les coquillages sont rares : deux espèces seulement y vivent.  Les coques qui sont l’emblème des pélerins du Mont Saint Michel et dont les creux séparant les côtes symboliseraient les chemins qui convergent vers le Mont. les tellines sont l’autre coquillage de la Baie.

Luc brandit ensuite deux spécimens qui ressemblent à des algues. L’un est du goémon, une algue. L’autre est aussi différent de l‘algue que les humains d’un chêne : c’est un animal ou plutôt une colonie de Bryozoaires. j’ai vu souvent des bryozoaires fossiles, jamais vivants.

 

La traversée vers le Mont est aussi pèlerinage! Saint Michel aurait exigé à l’évêque d’Avranches, Aubert (708) l’édification d’une chapelle sur le Mont remplaçant ainsi un sanctuaire païen sur le Mont Tombe par un sanctuaire chrétien. A l’image de la grotte du Gargano, la chapelle fut d’abord ronde. puis les moines bénédictins (966) s’installèrent et construisirent une église romane qui remplaça la chapelle. En arrivant par derrière on distingue les masses de bâtiments : ceux des moines sur trois niveaux : le spirituel cloître au sommet, sur l’intellectuel avec le Scriptorial,  au-dessus du réfectoire. A côté : les bâtiments des hôtes, et les salles des chevaliers. A la base du Mont, un village s’étend.

Le Mont Saint Michel fut également une place forte. Pendant la Guerre de Cent Ans, les Anglais installés à Tombelaine n’ont jamais pu l’envahir.

La progression  est beaucoup plus facile quand on marche sur le sable dur ou quand on traverse des rivières : le Lerre qui est le ruisseau de Genets la See et la Sélune qui convergent dans la baie pour donner la See-Selune. Avec la sécheresse le niveau des rivière est très bas. Nous passons à gué sans problème, le bas de mon short n’est même pas mouillé (j’ai relevé les pattes au maximum)

Les Phoques de Lemonnier (scriptorial d’Avranches)

Sur le sable, un phoque est échoué. Il rejoint l’eau en ondulant et fait de nombreuses pauses. Quand nous arrivons en face de Tombelaine il reste moins de 3 km à parcourir, le plus pénible seront les derniers cent mètre avant le Mont dans une vase noire  collante et aspirante. il faut extirper chaque pied à chaque pas.

La Traversée de la Baie jacques Coquilary (scriptorial d’Avranches,

Le retour n’emprunte pas le même parcours. Nous faisons halte à Tombelaine ou le guide nous montre des gravures des fortifications anglaises et nous raconte la légende des amours d’Hélène et de Montgomery qui fut le compagnon de Guillaume le Conquérant.

Luc termine la randonnée à grands pas. Nous avons commencé à nous habituer au substrat glissant. A l’heure dite , nous sommes de retour. je suis bien sale, il me faudra 3 bouteilles d’eau pour me débarrasser de la vase grise sur mes jambes et pouvoir m’asseoir dans la voiture.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

3 réflexions sur « La Traversée de la Baie du Mont Saint Michel à partir du Bec d’Andaine »

  1. J’ai seulement fait le Mont-Tombelaine, à deux reprises, avec pique-nique à Tombelaine. La première fois, nous sommes revenus au galop sous un orage carabiné. Passer une rivière a été plus sportif avec le vent qui soufflait fort et l’eau qui dévalait à toute allure. Grand souvenir ! mais quelles couleurs sur la baie …

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