La plus secrète mémoire des hommes – Mohamed Mbougar Sarr

RENTREE LITTERAIRE 2021

« Soyons francs : on se demande si cette œuvre n’est pas celle d’un écrivain français déguisé. On veut bien que la colonisation ait fait des miracles d’instruction dans les colonies d’Afrique. Cependant, comment croire qu’un Africain ait pu écrire comme cela en français ? »

Comment classer cet ouvrage : Rentrée littéraire 2021 ou Francophonie?

Mohamed Mbougar Sarr, né à Dakar est-il un romancier sénégalais comme le présente l’article de Wikipédia ou un écrivain de cette rentrée littéraire parisienne? Ce serait un détail si cette distinction n’était pas un des thèmes de ce roman. Diegane Faye est un écrivain africain vivant à Paris qui a publié un petit roman au tirage confidentiel. Il s’attache à faire sortir de l’oubli TC Elimane, écrivain maudit, qui a publié en 1938 un chef d’œuvre disparu dans des circonstances étranges.   Marème Siga , « l’ange noir de la littérature sénégalaise »  lui confie un exemplaire du livre introuvable, lecture éblouissante. L’écrivaine, cousine d’Elimane, ne l’a pas connu ;comme Diegane, elle se consacre à sa recherche . Elle a eu une relation passionnée avec une poétesse haïtienne, amante d’Elimane. 

« Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres : les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a lus »

[…]
« Oui, disais-je, oui : je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de la bibliothèque. »

 

La plus secrète  mémoire des hommes mêle les voix de ces trois narrateurs.trices, et reconstruit l’histoire de la famille d’Elimane dans un village sérère du temps de la colonisation, de son père qui disparaît dans la Grande Guerre, tirailleur sénégalais, du scandale littéraire causé à la parution du livre d’Elimane, de l’errance de ce dernier jusqu’à 2018 quand Diegane retourne au Sénégal en pleins troubles sociaux. Longue histoire qui se déroule pendant plus d’un siècle sur trois continents. 

Histoire embrouillée parce que je n’ai pas toujours identifié les narrateurs : il m’a fallu parfois plusieurs pages  pour deviner qui a pris la parole : Siga? Diegane? la poétesse? parfois le père de Siga. Je me suis perdue  à plusieurs reprises. Le style très dense, touffu parois sans ponctuation ni respiration n’aide pas franchement le lecteur. Si j’ajoute encore que le narrateur principal, l’écrivain, est souvent prétentieux, verbeux et peu sympathique, cela n’incite pas à continuer la lecture du pavé (448 pages seulement mais cela m’a paru bien plus).

« Je sais que tu ne seras pas d’accord avec ce que je te dis : tu as toujours considéré que notre ambiguïté culturelle était notre véritable espace, notre demeure, et que nous devions l’habiter du mieux possible, en tragiques assumés, en bâtards civilisationnels, bâtardise de bâtardise, des bâtards nés du viol de notre histoire par une autre histoire tueuse. Seulement, je crains que ce que tu appelles ambiguïté ne soit encore qu’une ruse de notre destruction en cours. Je sais aussi que tu trouveras que j’ai changé, moi qui estimais que ce n’est pas le lieu d’où
il écrit qui fait la valeur de l’écrivain, et que ce dernier peut, de partout, être universel s’il a quelque chose à dire.
Je le pense toujours. »

Et pourtant c’est un roman très intéressant d’une part pour la réflexion sur l’écriture et la décolonisation, et pour l’aspect historique. Par ailleurs, la vie au village, les coutumes anciennes sont très agréables à lire. Si je n’ai pas accroché avec les personnages masculins que j’ai trouvé antipathiques, les femmes au contraire sont des personnages forts.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

10 réflexions sur « La plus secrète mémoire des hommes – Mohamed Mbougar Sarr »

  1. Ce que tu en dis ne me tente pas beaucoup malgré tout. Je n’aime pas trop ne pas me repérer dans les narrateurs et la prétention de l’écrivain ça peut être vite pénible.

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  2. J’ai beaucoup aimé « De purs hommes » (sur la répression de l’homosexualité au Sénégal) de cet auteur, et je viens de finir « Terre ceinte », son 1er roman, qui évoque une ville d’Afrique fictive investie par des islamistes, que j’ai trouvé moins abouti notamment d’un point de vue stylistique. Je suis en revanche surprise de tes bémols sur son dernier titre car les 2 que j’ai lus sont d’une limpidité qui fait qu’on les dévore en 2/3 jours !
    Du coup, j’hésite un peu à lire celui-là, malgré sa thématique en effet très intéressante.

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    1. @ingannmic : moi aussi j ai beaucoup aimé « Des purs Hommes » j ai bien envie de lire « Terre ceinte » mais La secrète mémoire des Hommes qui concourt pour les prix littéraires de la Rentrée 2021 est un livre très intéressant mais parfois indigeste. Ce qui ne retire rien à son intérêt parce que les thématiques abordées sont passionnantes.

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  3. Son côté fourmillant m’a charmée, et le fait d’être un peu perdue à certains moments avant que tout (ou presque) ne s’éclaire ne m’a pas dérangée, simplement déconcertée. Pour moi, il remet en cause beaucoup des acquis littéraires des dernières décennies. Quant aux réflexions proposées, comme toi, elles m’ont passionnée !

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  4. Je suis en pleine lecture et je n’ai pas le même ressenti que toi, je prends mon temps car je savoure chaque phrase. Mais ce n’est pas rare que l’écrivain me perde en cours de route, je verrai à la fin😉

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