Lesvos : en route vers Molivos, paysage volcanique

Lesvos route du nord : cratère

 

Molivos est décrit comme une localité très pittoresque avec un château génois, de jolies maisons.
La route est la même que celle d’hier : volcanisme, forêt de chênes, oliveraies. Sauf qu’à 14h le soleil écrase tout, les couleurs sont passées. Le voyage durera beaucoup plus que 50 minutes, le double ! Nous traversons Skatahori : route dallée, maisons de basalte treilles aux lourds raisins. A l’écart du temps. Si nous n’étions pas pressées d’arriver nous nous serions volontiers arrêtées.
Le village avant Molinos s’appelle Petra. Sans doute à cause du piton rocheux coiffé d’une belle construction rappelant Monolithos à Rhodes ou les monastères des Météores.

Lesvos route du nord fenouils

Enfin Molivos apparaît : une colline pointue avec une forteresse génoise parfaitement conservée (restaurée ?)

Au bureau d’AKTI, personne ne nous attend. Notre affaire prendra une bonne heure. Le château est fermé le lundi mais on peut en faire le tour des remparts.
A notre retour, la lumière s’est adoucie, les couleurs sont revenues. Le paysage volcanique est impressionnant.

Lesvos : Monastère Upsilon

Lesvos Monastère perché

Pour aller à la forêt pétrifiée de Sigri il faut passer par Eresos et prendre la route que nous connaissons bien jusqu’à Andisa, où plutôt, tourner juste après l’arête où tournent deux séries de huit éoliennes.
La route court à mi-versant dans une vallée où pointent des chicots de lave, des rochers aux formes tourmentées, des plateaux soutenus par des orgues …toute la panoplie du volcanisme. De temps en temps, un panneau du Géoparc explique une formation particulière. Hier j’avais vu le vaste cratère de 6km de diamètre du volcan Vatoussa. Ce volcanisme Miocène de 20 à 16 MA est déjà ancien. Les séismes, l’érosion, d’autres éruptions ont rendu méconnaissable l’ancien volcan. Déjà le Plomb du Cantal, beaucoup plus récent,et le Sancy présentent une morphologie difficile à mettre en évidence pour le profane.

Lesvos Monastère forêt pétrifiée

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A l’embranchement de la route pour Sigri, le Mont Ordymnos est surmonté d’un monastère. D’après les explications, le matériel pyroclastique a été lessivé par l’érosion et il ne reste plus que le dôme sur lequel on peut observer des prismes de refroidissements.
On  peut accéder au Monastère Upsilon par une route en ciment qui dessert aussi des installations militaires. Défense  de photographier. Au sommet de la colline le panorama est exceptionnel. Encore une fois, le monastère a une allure de forteresse. Souvent en Grèce, les monastères sont construits sur des positions stratégiques. Mentalement, je passe en revue les monastères perchés, à Samos surtout. Est-ce par goût de l’isolement ou pour des considérations stratégiques ?

Lesvos monastère

Le portail est ouvert. Nous entrons dans une première cour fleurie d’hortensias roses. L’entrée du monastère est décorée d’un mélange de basalte et de briques. L’église, elle, est décorée par endroits de carreaux de céramiques d’Iznik collés de place en place, contrastant avec la roche grise.

Un escalier conduit à un petit musée : belles broderies, icônes mais aussi parures sacerdotales, chasubles et croix ornées de pierres précieuse. Le cloître est entouré de deux niveaux d’arcades.  Le mélange pierre et brique permet des motifs simples, des frises de brique allégeant la sévérité de la lave. En observant en détail on découvre des blocs de marbre sculptés provenant d’édifices antiques. L’antique Eresos, ville de Théophraste et de Sappho  n’est pas loin. Deux moines arrosent les hortensias et ne prêtent pas attention à nous. Nous sommes transparentes. A l’extérieur du monastère : des bergeries basses. Les moutons s’enfuient à notre approche.

Lesvos : route de Sigri — Epineux et vent

 

Le paysage est austère. Pas un arbuste, pas un arbre. Les épineux forment des coussins arrondis qui empiètent sur la route donnant une impression de douceur fallacieuse. Camaïeu de beige à roux.  Seuls, les chardons ont encore un peu de vigueur. Ils sont vert tendre presque jaune citron, grosses boules évoquant les oursins aux pointes acérées ou les radiolaires. Seules les murettes rompent la monotonie de cette lande venteuse. Certaines ont été construites dans le sens de la plus grande pente. D’autres suivent les arêtes des sommets. Un carré délimite un parc à moutons. Les bergers qui les ont édifiées n’ont pas eu de mal à trouver les pierres ou à les tailler. Les bombes volcaniques jonchent la montagne. Les murettes nous font penser à l’Irlande. Murette, moutons, mer… Le vent fait oublier le soleil implacable. Je remplace mon chapeau par le foulard turc que j’attache fermement. Il faut être vigilante parce qu’il ne fait pas chaud. J‘aurais vite fait d’attraper un coup de soleil.

Lesvos : la forêt pétrifiée

Lesvos forêt pétrifiée

 

La forêt pétrifiée occupe un vaste secteur dans la montagne sur la route de Sigri.

Des escaliers et des sentiers ont été aménagés.On circule à sa guise sans explication ni sens de la visite imposé.  Il aurait fallu acheter le petit livre vendu à l’entrée pour identifier chaque fossile. Cassés net, les arbres fossiles, ont été recouverts de plusieurs mètres de matériel pyroclastique clair qui a été dégagé. Combien de temps la gangue protectrice a-t-elle été laissée intouchée ? la forêt a-t-elle attendu la curiosité scientifique? Sans doute pas. Le vallon est en pente. Le ruissellement a dégagé les premiers troncs.

A mesure que j’avance les spécimens sont impressionnants : les troncs géants rappellent ceux des séquoias. Le plus grand mesure 8 m de circonférence. Ces troncs énormes sont restés sur place couchés. Comme des énormes colonnes, ils sont parfois découpés en tambours. Plusieurs dressent encore leurs fûts, très colorés se détachant sur un ciel très bleu. Les teintes sont surprenantes. Des marrons rappellent l’écorce, des gris,  la roche encaissante, le jaune citron, le soufre, des roses irréels, des blancs éblouissants.

L’accumulation des troncs  impressionne et justifie pleinement l’appellation de forêt. L’absence d’explications me fait gamberger. J’imagine la luxuriance de la nature d’alors  à la place de la lande rase. Où était la mer il y a 20 millions d’années ? Lesbos était sans doute rattachée à l’Anatolie. Difficile d’imaginer le climat, sûrement très différent du climat méditerranéen qui ne favorise pas la croissance de tels géants.

Dans la roche encaissante, je cherche les traces des branches, des feuilles. Comme j’aimerais découvrir un petit fossile à côté des troncs géants. Une petite brindille me contenterait. Je regarde attentivement les taches noires dans la roche claire. Quelque chose de carbonisé quand la lave a tout enseveli. D’ailleurs, on doit en trouver. La preuve : on interdit aux visiteurs de porter des sacs à dos. Le mien a échappé à la vigilance du gardien parce qu’il est juste bon à receler un téléphone, des lunettes et un porte-monnaie. Une surveillante m’en a fait le reproche. Le site les trop étendu pour être gardé efficacement.

Je remonterai une heure plus tard sans la moindre trouvaille personnelle. Je ne l’aurais d’ailleurs pas emportée, seulement photographiée.

Lesvos : Sigri

Dans la lande se cachent des bergeries très basses. Les tuiles sont retenues par de grosses bombes. On arrive enfin au bord de la mer à Sigri. Le vert surprend. Des îles allongées, très proches du rivage abritent le port.

Lesvos route de Sigri toit

A Sigri, se trouvent une église byzantine minuscule, un fort turc et un vrai petit port de pêche avec des barques colorées. Le village est tout blanc avec des toits rouges. Maisons modernes de ciment peint, assez grandes, un étage, toutes identiques ou presque. Comme le village est en pente cela n’engendre aucune monotonie. Au contraire, l’ensemble est très harmonieux. Le tourisme tapageur n’a pas encore fait ses ravages comme à Skala Eresou. Les restaurants sont simples et discrets disperses côté ort et côté plage.

le fort

Le fort turc (1752, 200 canons, 100 hommes- explications glanées sur une fiche plastifiée en grec attachée à la porte). Autour d’une vaste cour, des pièces aux ouvertures arrondies : des magasins ? les logements des soldats ? Il ressemble aux khans turcs. Mais ces derniers sont carrés. La place est un polygone irrégulier, on s’est adapté au relief local. Lave sombre. Gros blocs vers l’extérieur, mélange de petits mœllons et des briques côté cour. Seule l’entrée a fait l’objet d’un souci décoratif : belles arches arrondies et en flamme. Une plaque de marbre gravée en caractères arabes avec la belle calligraphie de la signature du sultan. Du fort, la vue est belle. L’eau drapée de bleu turquoise incite à la baignade.

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image fugace, dessin inachevé

Courte promenade dans les rues. Sur les terrasses des maisons, la végétation est exubérante : je photographie les massifs de fleurs aux teintes violentes  Une vigne protégée du vent par un écran de roseaux, un figuier qui s’accroche au rocher violet, une barque beige et verte sur l’eau, les îles à l’horizon. Tableau coloré. Je sors le carnet moleskine. Je ne terminerai pas le croquis, vaincue par le soleil brûlant.

Lesvos : Sogri vue du village

la plage

La plage est bordée de tamaris. Près du village, on a planté des parasols bleus, installé une douche une cabine et un auvent. Mais la taille des installations est raisonnable.
Nous nous installons à l’ombre d’un tamaris. Le sable est fin (c’était bien la peine d’établir des théories granulométriques aussi superficielles que fausses). L’eau est fraîche.
Nous déjeunons de feuilles de vigne farcies et d’un œuf dur.

Lesvos : Le Musée géologique de Sigri

lesvos Sigri bois fossile

 

Le musée est tout neuf  au fond d’un jardin orné de bois fossiles.

L’entrée est chère : 5€ et on refuse ma carte professionnelle.

Comme dans tout bon musée de Géologie, une frise chronologique accueille le visiteur. Lire en grec le nom des ères géologiques et des étages m’amuse. Sous des vitrines en plexiglas des fossiles venus du monde entier : stromatolithes polis (pour une fois jolis, en général c’est moche) ; faune d’Ediacara (jamais vu en vrai), un trilobite géant…
On passe rapidement au Cénozoïque et aux fossiles végétaux qui sont l’objet de l’exposition. Chaque tronc, chaque feuille sont ici expliqués en détail. Mélange d’espèces actuelles et d’espèces disparues. Palmiers géants. La forêt pétrifiée était une forêt sub-tropicale. Des feuilles, finement moulées, livrent d’autres indices : des chênes étranges appartiennent à des espèces asiatiques ou caucasiennes. Lesbos faisait partie de l’Anatolie (Turquie asiatique).

lesvos foret pétrifiée bois
forêt pétrifiée de Sigri

 

Dans une autre salle, des maquettes avec toutes sortes de diodes lumineuses expliquent la subduction. On voit le volcanisme actuel : Telos, Santorin, la Crête. Le volcanisme de Lesbos est beaucoup plus ancien, actuellement l’île est écartée de l’arc volcanique actif. Malheureusement, peu de détails concernant l’éruption qui a pétrifié la forêt. Un indice seulement : le film de l’éruption du Saint Helens. On voit la nuée ardente, les millions d’arbres soufflés, cassés, couchés comme des allumettes, les troncs emportés par des coulées de boue. J’imagine qu’il s’est produit un phénomène similaire. Peu d’indications pétrographiques : ces laves claires sont elles des andésites, des trachytes ou des phonolites ? J’ai pensé à cette dernière en tapotant sur un échantillon ramassé, il m’a rendu un son clair. Dommage que ce musée se contente de présenter (très bien) des fossiles sans fournir d’explications théoriques.

Une salle est consacrée aux séismes : sur un moniteur les sismogrammes se déroulent en temps réel. Le sismomètre doit être installé dans les parages.
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Lesvos – golfe de Kalloni : ornithologie

Lesvos – marais salants flamands roses

Nous reprenons la route de Mesotopos.
J’ai du plaisir à revoir les paysages déjà-vus,  la petite bergerie basse au toit couvert de bombes volcaniques, les oliveraies si bien entretenues, le dyke qui ressemble aux roche Tuilières et Sanadoire, le défilé pierreux…

La route domine la mer de très loin, elle traverse des paysages désertiques, champs de bombes seulement agrémenté de murettes qui descendent droit du somment délimitant des secteurs nets dessinant les pacages. Puis la route tortille avec des virages en épingle à cheveux. Elle traverse le village très en pente d’Agra bien typique mais à circulation impossible. Dans une rue très en pente, trois tables du kafénéion sont installées dans le virage. C’est justement à cet endroit qu’on croise un camion. Le chauffeur doit être habitué, il sait où garer son engin. La Hyundai noire passe sans même effleurer une table ; Après Agra nous descendons dans une vallée plantée de peupliers. A la remontée nous découvrons le Golfe de Kalloni, bleu turquoise enchâssé dans les montagnes de Lesbos.
Près du golfe,  il y a des grosses maisons neuves et prétentieuses avec deux ailes de part et d’autre d’un perron haut surmonté d’un fronton antique avec parfois deux colonnes, un toit à 4 pentes coiffe chacune des ailes. Autour des champs de blé, de luzerne, des agrumes. Le rivage est très plat avec des plages de galets. Pas trop engageantes, la route est trop proche.

Ornithologie

Lesvos Réserve ornitho

Un bel affût pour l’observation des oiseaux et des panneaux installés par les ornithologistes. La baie de Kalloni est une étape pour les migrateurs comme pour les sédentaires. En saison on peut observer des cigognes noires.

Kalloni est un gros bourg, presque une ville,. Ensuite nous passons près des salines. Dans les étiers, marchent des flamands roses. Un écriteau signale le centre d’Interprétation de la Baie de Kalloni. Nous suivons les flèches qui nous conduisent d’abord le long de la saline jusqu’à l’énorme tas blanc protégé par un grillage. Certains bassins reflètent le bleu du ciel, certains sont roses. Après la route des marais salants nous suivons une piste gris clair bien entretenue à travers les champs. Nous arrivons à la rivière Tsanias dans laquelle il reste quelques flaques d’eau. Le lit de graviers noirs contraste avec le bleu violent des flaques. Un héron s’envole à notre approche, puis deux aigrettes. Nous passons à gué la rivière pour nous retrouver à Skala Kalloni. Le Centre d’Interprétation est annoncé par des panneaux tout neufs décorés de poissons géants. Fermé, comme le sont tous les affûts. Il semble que l’installation pour le « birdwatching » soit très récente et pas encore fonctionnelle. Je sors mes jumelles. Nous observerons les oiseaux par nous-même à l’estuaire de la rivière. Un oiseau vert au plumage à reflets métalliques fait de rapides apparitions, trop rapides pour que je le saisisse dans le champ de mes jumelles. Un martin pêcheur ou un guêpier ? Dans l’eau, les mouettes sont nombreuses et semblent se régaler. Le golfe de Kalloni est réputé pour ses sardines. En  pêchent- elles ? Parmi les limicoles je crois reconnaître un courlis.

Lesvos: golfe de Kalloni – baignade et apéro au café Pyrgos

Lesvos apéro podaras

 

Le Café Pyrgos est situé sur une plage en bord de golfe. De réels efforts de décoration font de cette plage un endroit un peu chic au milieu de nulle part. Le salon ombragé a des canapés rouges, des lits de plage design sont dispersés sous les tamaris. Sous des auvents on a installé de petits salons originaux avec des sièges bas ou hauts, au choix. Pour nous, ce sera fauteuils metteur en scène en toile écrue. On commande ouzo et café frappé comme d’habitude et je file me baigner.

Des petites filles hollandaises ramassent des coquillages. L’eau est un peu boueuse. Ailleurs qu’en Grèce on la trouverait claire. Je suis devenue exigeante ! Il semble que les animaux préfèrent la boue. Les coquillages sont très abondants. Rien à dire des poissons, je n’ai pas pris mon masque. La tranche d’eau est très faible, je racle mes genoux sur le fond en nageant. Les plantes aquatiques gênent un peu aussi. Sur un ponton les cormorans se sèchent.

Les consommations tardent à arriver. Quand le garçon paraît, il apporte une très grosse assiette de mézés. Ici, on ne boit pas sans manger. Petites saucisses coupées, deux sortes de fromages, la feta est parsemée d’origan et de thym, le fromage frais est mélangé à l’ail et le poivre, olives violettes rondelles de tomates et de concombre à l’origan. Dans une autre assiette une pita délicieuse à l’huile et aux herbes. Nous restons une bonne heure à profiter de cette pause agréable. La bande musicale est éclectique, grecque sous toutes les formes, traditionnel, rap et chansonnette. Pour finir, Whiter shade of Pale (on aime !)
Midi passé, les mézés ont remplacé le pique-nique

Lesvos- Aghia Paraskevi : l’huilerie industrielle (musée)

 

Lesvos Huilerie

Après la saline, nous bifurquons à gauche et arrivons rapidement au village d’Aghia Paraskevi (encore une confusion ! Aghia m’avait fait penser à une église – c’est le nom du village). Le monument historique est bien indiqué, pavoisé aux couleurs de la Grèce et de l’Europe. C’est le Musée de l’Huilerie Industrielle de Lesbos installé dans un groupe de bâtiments en pierre de lave et briques mêlées. Rien à voir avec les pressoirs à huile artisanaux traditionnels.

 

Toutes les machines se tenaient dans le bâtiment principal. L’énergie employée pendant la première partie du 20ème siècle fut la vapeur. La grande cheminée est maintenant coiffée d’un nid de cigogne. La chaudière destinée à fournir la vapeur occupait une grande pièce. On nous montre le sifflet qui réveillait les habitants d’Aghia Paraskevi, également la courroie traversant toute la salle des machines actionnant pistons et engrenages. Les techniques sont expliquées sur des panneaux bilingues grec/anglais et par des animations numériques très détaillées. Je n’accroche pas à toutes les finesses de la machine à vapeur. En revanche, on se régale à photographier ces grosses machines toutes astiquées, peintes de rouge et de vert avec leurs belles courroies jaunes. Dans une autre pièce il y a deux moulins à farine.

Le travail de l’huilerie était installé dans la plus grande salle.

lesvos Aghia Paraskevi centrifugeuses

 

Tout d’abord les sacs étaient pesés à l’entrée. Les olives étaient ensuite versées par une porte en hauteur dominant le moulin dans d’énormes entonnoirs. Les meules transformaient les fruits en pulpe épaisse. .
La troisième étape était le remplissage des sacs de toile très grossière (ressemblant à du jute mais en poil de chèvre). Ces sacs étaient alors empilés dan s les cuves rectangulaires des presses (elles aussi reliée la fameuse courroie). Dans une exploitation industrielle on fait plusieurs pressages. Le premier pressage à froid donne l’hile de table vierge. Un second pressage se fait par addition d’eau chaude. On obtient une huile de moindre qualité pouvant servir à l’alimentation  comme à l’éclairage. Les chapelles et églises grecques consomment beaucoup de cette huile. Enfin le troisième pressage donne l’huile destinée à la savonnerie.
La dernière opération consiste à séparer l’huile de l’eau dans le jus obtenu. Le principe est simple. L’huile, plus légère remonte. Il suffit d’un récipient à deux robinets pour séparer les phases liquides. Un Allemand, Gustav de Laval, au 19ème siècle perfectionna ce dispositif en lui adjoignant une centrifugeuse tournant à 6000trs/min à l’origine pour séparer la crème du lait.
Rien n’est dit sur le conditionnement. De très belles jarres, les mêmes que celles de Cnossos aux temps minoens sont installées dans la cour. Sont-elles d’époque ? Ont-elles servi ?

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la récolte des olives à Lesvos

La visite se poursuit dans une série de bâtiments bas où l’on stockait autrefois les olives et le sel ajouté comme conservateur. Dans ces petites pièces sont exposées de grandes photos anciennes illustrant la culture de l’olivier à Lesbos.

le calendrier des travaux

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On récoltait les olives en hiver, décembre et janvier  pour la meilleure partie de la récolte. Dès octobre, certaines olives déjà noires tombaient mais de qualité moindre. Le calendrier grec préfère faire référence aux fêtes Ag. Démétrios (26 octobre) marque le début de la saison et Ag. Nikolaos (6 Déc) celui de la véritable récolte.

costumes anciens

Les femmes vers 1920-930 portaient des pantalons bouffants. Les femmes ramassaient, les hommes gaulaient avec des perches de châtaignier. Ce n’est que tardivement, vers 1950 qu’on eut l’idée de disposer des toiles sous les arbres et vers 1970 des filets.

Lesvos Agia Paraskevi travailleurs chevaux

Les costumes, les visages de ces paysans grecs avant 1912 – sous le règne Ottoman – ressemblent énormément aux costumes turcs : mêmes fez mêmes voiles, mêmes pantalons bouffants. La photographie de classe  de l’école des filles d’Aghia Paraskevi en 1920 doit ressembler à celles des écolières de Brousse !

Comme à Chios, l’Asie Mineure est très présente. Sur les machines je lis en grec Smyrne. C’est à Smyrne que sont allés les fondateurs de l’huilerie communale pour acheter les machines et apprendre les technologies les plus avancées de l’époque. C’est aussi l’afflux des réfugiés après la Catastrophe de 1922 qui a permis l’extension des oliveraies sur Lesbos. De  même, les routes maritimes de l’huile de Lesbos, autrefois, allaient plus à l’est vers Smyrne ou au sud vers Alexandrie et pas spécialement vers Athènes.

Une histoire exemplaire de solidarité: l’huilerie communale

 

Le second film retrace l’histoire de l’Huilerie Communale d’Aghia Paraskevi. C’est une histoire exemplaire.
Curieusement, le point de départ  (en 1910)  de l’histoire est éloigné des préoccupations industrielles. Sous l’hégémonie turque, les écoles grecques tombent en ruine. Au lieu de lever des fonds pour réparer l’école, la communauté villageoise a une autre idée : monter une huilerie communale qui enrichira tout le village. Les bénéfices seront utilisés pour les écoles.
Il existait déjà des huileries privées mais le projet communautaire enrôla non seulement tout le village mais également les expatriés dans le monde entier. La Diaspora grecque était très étendue : aux Etats Unis de Boston au Texas, au Mexique mais aussi à Calais, à Londres et à Moscou mais encore en Egypte et même au Soudan. Les émigrés envoyèrent les fonds nécessaires à l’achat des machines tandis que tout le village s’enrôla dans la construction.

Dès 1912, l’usine était en action et rapidement dégagea des bénéfices. Cette entreprise communautaire profita au village pendant des décennies. Les innovations techniques suivirent, à la fin l’usine fonctionnait au diesel. Les colonels  mirent fin à cette magnifique aventure : la solidarité ouvrière et paysanne leur était intolérable. Ce n’est pas pour rien que les arbres d’Eresos sont décorés par des affiches fêtant les 90 ans du KKE avec faucille et marteau.

Lesvos :Skala Eresou: promenade matinale à la chapelle perchée

Lesvos Plage d’Eresos

 

Le sentier débute au bout de la plage
La montée sur le rocher (sans doute une coulée de lave) est un peu raide. Heureusement, la paroi de rocher mis à nu est balisée à la peinture blanche. Ensuite le sentier est bien visible. La vue sur la baie d’Eresos au lever de soleil est magnifique. Je découvre des découpes insoupçonnées, des îles.

Une heure plus tard, je suis à la chapelle chaulée de blanc, décorée d’icônes. Personne n’a allumé les lampes à huiles. Je serais presque tentée de le faire. J’aime bien l’odeur d’encens de cire des cierges et de l’huile qui se consume.

Lesvos :Sigri, le tronc dans l’eau depuis 20 millions d’années?

Lesvos sigri bois fossile en mer

A Sigri, nous visitons la petite église très mignonne. Encore une fois j’admire le mélange de brique et de pierre qui incorpore aussi du marbre antique. Jeu de frises géométriques des briques.

Il me restera deux images de la forêt pétrifiée en bord de mer : l’énorme tronc avec ses racines entrelacées (13m de circonférence). Du point de vue de la paléobotanique, ces racines sont importantes. Elles démontrent que l’arbre est bien en place. Autre image saisissante : le tronc de 14m dégagé par la mer reposant sur des galets noirs. Sa couleur, marron clair est celle du bois. On dirait qu’il vient d’arriver là, sur le bord du rocher. J’avais vu la photo. Incrédule. Je suis bluffée. L’eau transparente recouvre à peine le long fût. Penser qu’il est là depuis 20MA ! Enfin pas forcément  dans l’eau, les limites du rivage ont dû bien changer pendant tout ce temps!

Ensuite, nous retrouvons notre emplacement sur la plage pour se baigner et pique-niquer, lire…