Elisabeth CROUZET-PAVAN Venise Triomphante – les horizons d’un mythe

                 Voyager pour lire – lire pour voyager!

Venise sera notre première étape dans l’Odyssée qui doit nous conduire à Corfou en passant par Céphalonie et Ithaque . Venise, nous l’avons rencontrée en premier à Nauplie, puis en Crète, à Chypre… enfin Tinos où nous avons passé la fin avril fut Vénitienne plus de 5 siècles. Cest en quittant Tinos que j’ai eu envie de suivre la Serenissime...

Elisabeth CROUZET-PAVAN Venise Triomphante – les horizons d’un mythe -bibliothèque Albin Michel Histoire :

Livre très sérieux, bourré de notes de références. L’auteur est une universitaire qui n’avance rien sans citer ses sources. Néanmoins c’est un livre passionnant qui retrace l’histoire de la ville de sa naissance dans la lagune à la suite des invasions lombardes.

Une cité née sur les eaux – réminiscence de l’histoire de Hanoï, rien à voir ? – conquête d’une terre ferme sur la lagune, assèchement, lotissement mais aussi gestion complexe de l’eau, eau douce pour approvisionner une ville importante, eau saumâtre de la lagune, mais aussi eau de mer…érosion des marées mais aussi sédimentation par les alluvions. Une administration pour gérer tous ces flux…eaux- remparts pour une ville ouverte sur l’Adriatique. Gestion urbaine, marchés, entrepôts, arsenal.

Une ville qui épousa la merépousailles ritualisées par la cérémonie de la Sensa : le doge, dès le 11ème siècle offrait un anneau à la mer. Moins symbolique, la conquête de l’Adriatique et de la Méditerranée orientale par le commerce. Grain des Pouilles, épices d’Orient,  draps, soieries … toutes les richesses d’Orient mais aussi les foires d’Europe transitaient par Venise. Rivalité avec Gènes. Rôle très ambigu des Doges pendant les Croisades.

Le lion et la Terre : d’une puissance maritime Venise va à la conquête de la terre ferme…

Seul regret : l’auteur est une médiéviste,  l’histoire ne raconte pas la Venise de Titien de Tintoret ou de  Goldoni, encore moins Casanova

http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/venise_triomphante.asp

Robert DESSAIX : Corfou

Lire pour voyager, voyager pour lire!

Cet été nos sommes en partance pour les îles de la Mer Ionienne

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  J’ai pris ce livre au hasard à la bibliothèque.

Le narrateur, un acteur australien, s’installe à Gastouri sur l’île de Corfou, dans la maison que loue un écrivain, Kester Berwick .

Le décor est planté, comme figurants, s’invitent Ulysse mais aussi Sissi dont le palais est proche. Même si le milieu  des expatriés britanniques ou australien ressemble au monde de Durrell, Dessaix, ou son narrateur, ne sont pas Durrell et Corfou n’st pas l’île de Prospero.  Durrell, parfait îlomane, savait restituer l’atmosphère solaire, les saveurs, les odeurs, la simplicité de la vie grecque,. Pour Dessaix, Corfou n’est que décor et non sujet. D’ailleurs, une partie du roman se déroule à Molyvos sur l’île de Lesbos où Berwick a rédigé son roman : la Tête d’Orphée chante, prétexte pour citer Sappho.

Le sujet du roman est une biographie (romancée ??) de la vie de Kester Berwick, acteur et écrivain australien. Autre thème récurrent et très bien détaillé, le théâtre de Tchekov. Avec beaucoup d’intelligence le narrateur mêle mise en scène des Trois Sœurs, de la Cerisaie et d’Oncle Vania aux péripéties de ses relations, de ses amours et de ses désirs.

Corfou n’est pas un grand roman, mais c’est un puzzle très littéraire et intelligent où abondent des citations bien expliquées. Sappho et Cavafy y sont disséqués pour mon plus grand plaisir.

Une réserve cependant : ce roman pourrait être classé « littérature gay », pourtant il comporte des assertions désagréables envers les lesbiennes en short sur l’île de Lesbos, pourquoi de tels clichés ?

Agora – peplum d’Amenabar (DVD)

Le film était sorti juste avant notre voyage à Alexandrie, le DVD  paraît ces jours-ci

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De l’Alexandrie antique, du Phare, de la Bibliothèque… il reste finalement peu de choses en regard de la grandeur de la cité antique : la colonne Pompée, les catacombes…
Ce film est un peplum intellectuel.

Intellectuel, puisque l’héroïne est Hypatie, philosophe ayant vraiment existé, personnage oublié. Elle enseigne les théories de Ptolémée, d’ Aristarque, la géométrie…

Peplum grandiose avec des reconstitutions « pharaoniques » magnifiques, colorées et inspirées. Peplum, les scènes de foule, d’émeute quand les chrétiens abattent la statue géante de Sérapis et brûlent la Bibliothèque.

Il fait revivre une période qu’on connaît assez peu : la montée du christianisme dans l’Empire Romain, de proscrits clandestins, esclaves ou anonymes surgit une armée sous l’autorité de ses évêques qui dictera sa loi au Préfet romain baptisé mais dépassé.
Relire le livre passionnant de Lacarrière : les Hommes Ivres de Dieu.
Le film délivre un message humaniste de tolérance, montrant le fanatisme des chrétiens triomphant, la manipulation des Écrits Saints (épître de Saint Paul terrifiante).On commence par abattre les statues, mais on  ne s’arrête pas en chemin, les Juifs sont persécutés, puis on veut voiler les femmes,  on accuse Hypatie de sorcellerie et on fait plier l’autorité romaine laïque.

Si les intentions sont louables, si la reconstitution historique est fouillée, cela ne fait pas d’Agora un grand film. Intello, historique, mais surtout peplum avec grandiloquence et lourdeur. Que font les vues aériennes dans une mise en scène sans finesse?

Pièces d’Identités – film congolais de Dieudonné NGANGURA Mweze 1998

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Pourquoi écrire sur un film Africain qui n’est plus distribué dans les salles?

-Justement pour qu’on le demande!

Le vocable d' »identité » a résonné bizarrement en moi en notre époque sarkozyste… j’avais pensé passeport, visas, contrôles policiers…
Identité française???

Et bien non!

D’abord, le film est tourné en Belgique. Congolais ou belge? Là n’est pas non plus la question! Aussi exotiques que les fêtes africaines, les costumes traditionnels, masques et autres, la gueuze qui se consomme sans modération, l’atomnium et les décors bruxellois.Le politiquement correct n’a pas contaminé les soirées trop arrosées des anciens colons qui dégoisent des propos ouvertement racistes mais non pas empreints de nostalgie de leur jeunesse.Un roi de village Mani Kongo fait, le voyage à la recherche de sa fille Mwana étudiante, tout du moins le croit-il, perdue de vue. Il arbore son costume traditionnel de roi, casque de perle et bâton sculpté. Ce sont ses pièces d’identité. Première surprise pour moi!personnage en costume folklorique, le bon sauvage(?), je crains le pire. les bons sentiments, les affreux colons personnifiés par un commissaire de police de caricature qui humilie la jolie jeune fille africaine trop naïve. Trop facile! Opposition noir et blanc? Trop facile encore.
le film est beaucoup plus nuancé. Chaque personnage révèle sa part d’ambiguïté, les bons et les méchantssont répartis dans chaque camp. La naïve Amanda sort de prison, elle a convoyé de la drogue ou des faux papiers. Son ancien ami, un sapeur « tout est dans la marque » que le roi africain qualifie de « mal habillé » est un petit maquereau minable. Que dire du faux chauffeur de taxi, faux congolais, vrai métis, vrai délinquant. De l’étudiante qui a perdu tout contact avec l’Afrique et qui s’est inventé des ancêtres dans un cimetière bruxellois? Les piliers de bistro du Katanga ne sont peut être pas aussi « noirs », leur attachement à l’Afrique est lui aussi ambigü…amour dévoyé. Les bonnes sœurs, en revanche, ne sont pas épargnées, ni les travailleurs sociaux. Que dire du « Père blanc », africain noir de peau qui expulse Mani Kongo de force du foyer lui intimant l’ordre de prendre l’avion le jour même? quand au contraire le commissaire de police lui permet de se renflouer et le réconforte.Par de là des personnages secondaires attachants, les décors d’une Belgique folklorique, les images d’archives de l’Exposition Universelle et de l’Indépendance du Congo donnent une dimension moins anecdotique. Anecdote : le Roi des Belges se fait voler son épée au cours des cérémonies d’indépendances. Scène en miroir des pièces d’identité du roi Mani Kongo!

La fin de la pauvreté ? film de Philippe Diaz

C’est un documentaire coup de poing ! Le point d’Interrogation est le sujet du film.

Le débat prévu à l’issue de la projection tarde. On est estomaqué. Impossible de retenir les chiffres ahurissants et pourtant vrais. Les morts de faim chaque jour, les millions de dollars versés par l’Afrique aux pays riches, au nom de la dette… Les diapos interrompent le cours des images avec ces chiffres toujours aussi considérables. Ce sont les pauvres qui financent notre richesse.

Ne feignons pas de l’ignorer : c’est en 1492 qu’a commencé la mondialisation. L’or et l’argent des Amériques a permis le développement du commerce, l’esclavage, la révolution industrielle… On pourrait croire que tout est terminé : l’esclavage, la colonisation. Voire.

Après le rappel historiques, les économistes analysent la mondialisation actuelle, les prix Nobel, Mr. Stiglitz et Amartya Sen, témoins plus qu’honorables et crédibles.

Mais c’est un  film que nous sommes venus voir. Des histoires, des personnages. Les images sont éloquentes. Les paroles des pauvres sont touchantes, en Portugais au Brésil, en Anglais au Kenya, en Espagnol en Bolivie. Elles racontent toujours la dépossession des terres par des multinationales, les privatisations, la destruction des solidarités traditionnelles.

Deux séquences s’opposent : la première montre la messe dans la magnifique cathédrale baroque de Sucre, tandis que les Blancs sont sur les bancs des travées, une indienne s’assoit par terre.  La seconde raconte la guerre de l’eau, gagnée par les Indiens. Victoire de la communauté sur la privatisation.Leçon de morale : il existe des biens communs qu’on ne doit pas privatiser : l’eau, l’air, l’éducation et la santé. Cette leçon devrait aussi prévaloir dans nos pays riches. Nous avons aussi à apprendre des indiens de Bolivie.est un documentaire coup de poing ! Le point d’Interrogation est le sujet du film.Le débat prévu à l’issue de la projection tarde. On est estomaqué. Impossible de retenir les chiffres ahurissants et pourtant vrais. Les morts de faim chaque jour, les millions de dollars versés par l’Afrique aux pays riches, au nom de la dette… Les diapos interrompent le cours des images avec ces chiffres toujours aussi considérables. Ce sont les pauvres qui financent notre richesse. Ne feignons pas de l’ignorer : c’est en 1492 qu’a commencé la mondialisation. L’or et l’argent des Amériques a permis le développement du commerce, l’esclavage, la révolution industrielle… On pourrait croire que tout est terminé : l’esclavage, la colonisation. Voire.Après le rappel historiques, les économistes analysent la mondialisation actuelle, les prix Nobel, Mr. Stiglitz et Amartya Sen, témoins plus qu’honorables et crédibles.Mais c’est un  film que nous sommes venus voir. Des histoires, des personnages. Les images sont éloquentes. Les paroles des pauvres sont touchantes, en Portugais au Brésil, en Anglais au Kenya, en Espagnol en Bolivie. Elles racontent toujours la dépossession des terres par des multinationales, les privatisations, la destruction des solidarités traditionnelles.Deux séquences s’opposent : la première montre la messe dans la magnifique cathédrale baroque de Sucre, tandis que les Blancs sont sur les bancs des travées, une indienne s’assoit par terre.  La seconde raconte la guerre de l’eau, gagnée par les Indiens. Victoire de la communauté sur la privatisation.Leçon de morale : il existe des biens communs qu’on ne doit pas privatiser : l’eau, l’air, l’éducation et la santé. Cette leçon devrait aussi prévaloir dans nos pays riches. Nous avons aussi à apprendre des indiens de Bolivie.A voir absolument :

La fin de la pauvreté ?, film de Philippe Diaz

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les Citronniers Film d’Eran Riklis

Destins de femmes dans un contexte dramatique.

 

Les larmes de Salma (Hiam Abbas, remarquable) qui pleure ses arbres,sa dignité bafouée quand le ministre de la Défense installe sa villa à quelques mètres de son verger…

Les larmes de Mira, la femme du ministre, devant un tel gâchis. Elle qui s’extasiait devant la vue paradisiaque sur les agrumes , délaissée et prisonnière de ses gardiens de l’armée et des services secrets.Pleure-t elle ses illusions? le massacre du paysage? l’hypocrisie de son mari?

Les miennes enfin, larmes de honte, de regrets. Absurdes. Je m’apitoye sur les citronniers! Arbres merveilleux qui déperissent, sans soin. Je ne sais pas pourquoi les arbres coupés me mettent dans une telle rage surtout quand il s’agit d’oliviers centenaires…Je ferais mieux de m’indigner quand on installe des barrages, quand on affamme Gaza. Et je pleure des citronniers!

Salma, figure admirable de dignité et de courage, qui défie l’armée israélienne, défi pacifique utilisant tous les recours juridiques pour sauver ses citronniers.

Eran Riklis est le réalisateur de la Fiancée syrienne, tragédie que javais aussi aimé.

Le Chant des mariées film de Karin Albou

 

Le chant des Mariées résonne singulièrement dans ma mémoire après avoir vu Les Secrets de Raja Amari. Est-ce parce que ces deux films se déroulent en Tunisie, que ce sont des films de femmes qui montrent les femmes dans leur intimité? Pourtant l’histoire est bien différente, ainsi que les décors et le propos… Me saute aux yeux ce bleu!  Films d’un bleu unique. correspondance de la couleur?

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Tunis, 1942
Myriam et Nour, les petites mariées sortent à peine de l’enfance. Elles sont amies  comme on l’est à quinze ans….Nour est amoureuse de Khaled son fiancé, sans travail, son mariage repoussé.
Les Allemands imposent une « amende » à la communauté juive. Tita, la mère de Myriam, a perdu son travail.
Myriam, brocardant le Maréchal a été exclue du lycée.
La solution à leur précaire survie est le mariage à un riche médecin qui désespère Myriam.
Les Allemands jouent le nationalisme arabe contre la colonisation.
L’antisémitisme séparera Nour de Myriam;
On entre dans l’intimité des femmes, hammam populaire, préparation de la mariée. Douloureuse épilation au caramel. Tendresse entre les amies, les mères, violence extrême, suggérée, aussi…Une grande douleur.
Subissant le sort qu’on impose aux femmes, aux juifs. Ces jeunes  filles ne sont ni passives ni soumises.

Festival de L’oh – Porteurs d’eau Fondation Danielle Mitterand

Chaque année, en Juin le Conseil Général du Val de Marne organise cette  manifestation célébrant l’Eau sous toutes ses formes. Sur la Seine et la Marne, des escales le temps d’un week-end proposent des expositions, dees conférences, des spectacles. Mais tout le long de l’année des activités passionnnantes se déroulent.

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Pour mes élèves, ce fut l’occasion de visiter une station d’épuration. Ils ont adoré! de faire une minicroisière d’Alfortville à Villeneuve et de découvrir la batellerie. L’an passé, le fleuve invité était le Niger. Le Festival de l’Oh  a offert à mes élèves du clubPobèCréteil une soirée africaine à Créteil où nous avons monté un spectacle théâtral mettant en scène La Flûte à Parler de Chantal Serrière en présence de l’auteur,souvenir inoubliable !

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Le Festival de l’Oh : c’est aussi l’Université de l’Oh où se tiennent des conférences de très haut niveau. Rencontre avec une des personnalités de mon panthéon personnel : Aminata Traoré.

Dimanche, à l’escale de Villeneuve Saint Georges, Danielle Mitterrand s’est déplacée our présenter la Campagne des  Porteurs d’Eau

dont je recopie

la Charte des Porteurs d’Eau

1. l’eau n’est pas une marchandise, l’eau est un bien commun non seulement pour l’Humanité mais aussi pour le Vivant
2.Afin de garantir la ressource pour les générations futures, nous avons le devoir d restituer l’eau à la nature dans sa pureté d’origine.
3.L’accès à l’eau est un droit humain fondamental qui ne peut être garanti que par la gestion publique, démocratique et transparente, inscrite dans la loi.

 Pour devenir Porteur d’Eau il suffit de signer la Charte des Porteurs d’Eau sur http://www.france-libertes.fr et vous procurer votre feuille d’eau : la feuille d’eau est une sorte de jolie gourde transparente à remplir avec l’eau du robinet et surtout à ne pas jeter!

Hirbat-Hiza – S.Yizhar

En ces jours où l’on parle de boycott de films israeliens, où le dialogue paraît difficile, lisons plutôt ce qu’a écrit Yizhar au sujet de la déportation des villageois palestiniens en 1948. Au lieu de les baillonner, laissons exprimer ce que j’appellerais  la conscience des intellectuels israëliens. Leurs écrits, leurs films, leur parole ramènera peut-être un peu de raison dans la déraison des extrémismes.

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Écrit en 1949, édité en français par Galaade Edition
(traduction Laurent Schuman)- postface David Shulman

Ce court récit(98p)est d’une beauté fulgurante et d’une actualité criante.

Dans la postface, D Shulman  analyse le texte en hébreu. Il me fait regretter de ne pas avoir abordé ce texte en VO,  classique de la littérature hébraïque qui, à ma grande surprise, figure au programme de littérature des lycées.

Le narrateur,  un beau matin d’hiver 1949, part en mission afin de « regrouper les habitants de la zone située en deçà des points X et Y…en vue du transfert des populations autochtone hors des frontières; détruire à l’explosif les bâtiments de pierre…. » c’est à dire « brûler-dynamiter-capturer-embarquer-expulser » dans les règles de l’art… »

Dès les premières lignes, l’auteur est clair.

Et pourtant, malgré cette mission sinistre, le texte adopte d’abord un ton élégiaque. C’est le plus beau chant à la terre palestinienne, cultivée dans l’harmonie et la beauté, qui puisse être écrit. Les jeunes soldats y sont tous sensibles, comme à la beauté sauvage d’un jeune poulain.

Dans l’attente de l’action – comme l’attente est commune chez les militaires! – ils admirent la beauté de cette campagne.

– « le diable les emporte! s’écria Gabby. C’est trop beau pour eux! »

Yizhar, fait un compte-rendu, d’abord neutre, de l’action. Ne pas oublier que ce récit se déroule pendant la guerre d’indépendance. Il était alors officier de renseignements.

Lorsque la conquête facile du village déserté par les combattants est achevée, commence la mission d’expulsion. Expulsion de pauvres diables, de vieillards d’enfants de femmes. Devant l’humiliation des villageois, les doutes font surface. la plupart des soldats les font taire par des bravades ou des brutalités, des vantardises. Le narrateur soulève la question :

« Est-ce bien raisonnable d’expulser ces gens?…
– on ne discute pas les ordres!
– Mais c’est injuste…
 »

La mission devient encore plus glauque. Une mare inonde la chaussée là où l’on devait embarquer les déportés dans des camions. La boue.

Ce texte m’a poursuivie. Sur Internet j’ai trouvé un texte se référant à cette boue, et à la boue de Kippour, le film d’Amos Gitaï.

L’actualité de ce récit est évidente.

Hier, coïncidence? la Gauche israélienne manifestait contre les colonies tandis que les Palestiniens commémoraient la Naqbah, cette déportation que raconte Hirbat-Hiza.

Et toujours je rumine :

comment les lycéens israéliens qui ont étudié ce texte peuvent ils continuer ainsi sans se poser plus de questions?

Comment ai-je pu passer à côté d’un tel texte pendant tant d’années?

Femmes du Caire, de Yousry Nasrallah

Les films se répondent parfois, résonnent en une polyphonie, il y a trois jours j’ai vu Les Secrets,film tunisien, Femme du Caire vibre ensemble. Pourtant ce n’est pas une redite : les femmes des Secrets étaient modestes un peu frustres, Hebba est une star, une présentatrice vedette de la télé qui évolue dans un monde moderne occidentalisé très glamour

Le générique commence avec de belles images de tomates au coeur noir, d’oignons roses, citrons translucides. la femme est elle toujours vouée aux arts ménagers? Le film semble hésiter dans un appartement de rêve. Ils sont riches, ils sont jeunes, ils sont beaux et amoureux évoluent dans les hautes sphères des médias.

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Karim, le jeune mari, attend une promotion dans la Presse officielle, Hebba évoque des sujets provocateurs dans un talk show embarrassants pour la carrière de son mari. Est-ce la demande de se dernier d’abandonner les émissions politiques ou la rencontre inopinée avec une vendeuse dans un très chic magasin de parfumerie, Hebba quitte les actualités pour une emission consacrées aux femmes, à l’amour, à la sexualité. Hebba fait venir sur le plateau des femmes qui racontent des histoires singulières. Le titre en version originale est Sheherazade. Elles sont instruites, belles, institutrices, dentiste…mais toutes victimes de la mysogynie et elles se rebellent à leur manière. Il est intéressant de noter que toutes les anecdotes correspondent à un fait divers qui s’est déroulé dans la vraie vie.

http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2010/05/04/femmes-du-caire-quand-scheherazade-conte-la-vie-des-egyptiennes_1346391_3476.html