Céphalonie : Mont Ainos


Le Mont Ainos culmine à 1685m. Un Parc National protège la forêt de sapins de Céphalonie. Une route asphaltée conduit au parc, elle se transforme en une bonne piste caillouteuse mais large et roulante pendant 5 km puis la piste se rétrécit, les derniers 5km sont plus difficiles. Comme nous hésitons à nous engager deux voitures passent et nous les suivons.

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 Une forêt de sapins endémiques Abies Cephalonica couvre le sommet de la montagne. Ces arbres furent exploités par les Vénitiens pour la construction navale et la renommée de cette forêt du Monte Nero était même arrivées aux oreilles de  Napoléon. Ces arbres magnifiques ont des aiguilles courtes plantées très dense sur les rameaux.  Les cônes dressés à la cime du sapin ressemblent aux pommes d’un cèdre. Nous pique-niquons au sommet. La vue est dégagée vers la côte sud : nous reconnaissons le domaine, la longue maison au dessus du polygone vert vif de la vigne. En revanche nous n’avons pas trouvé les restes du temple de Zeus Ainessos cité par Hésiode et mon nouveau livre.

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La descente a occupé une bonne partie de l’après midi : la piste étroite et caillouteuse qui traverse la forêt est une agréable promenade à pied pour moi tandis que D s’applique à la conduite automobile sportive.  En bas de la pente, nous ne trouvons pas le chemin qui devrait nous conduire à Arginia. Sans doute était-ce une piste que nous avons négligée parce que non-carrossable.  Au lieu de continuer à descendre voilà qu’on remonte ! A notre droite nous voyons bien la route et les villages. Mais comment les atteindre ? Un ravin touffu les sépare. Sur la carte il existe un chemin vers Andriolata ou Xenopoulo. Introuvable. Nous longeons le bord du Parc en direction du Nord Ouest alors qu’il faudrait se diriger vers le sud Est. Enfin, après avoir presque bouclé le tour du massif, nous trouvons la route à Tsakassianos à 12 km de Sami. En chemin, nous n’avons pas trouvé les chevaux sauvages mais un troupeau de chèvres aux cornes torses et aux derrières poilus qui ont l’air tout à fait sauvages !

La route de Sami à Poros traverse des villages et des paysages verdoyants. Les cyprès poussent dru en aiguille très pointues tout à fait curieuses; non pas comme les cyprès toscans qui bordent les allées des propriétés ou des cyprès provençaux en rideaux coupe-vent, mais anarchiquement, très nombreux, ils dépassent des chênes kermès ou des pistachiers.

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Nous coupons par Agia Irini et ne regrettons pas le supplément de route : le paysage est vert frais et cultivé. L’île a ici, un visage agricole prospère.

Lorsque nous trouvons la route de la côte sud, passé 17h, le soleil tape encore dur, nous roulons vers l’ouest avec le soleil dans les yeux et rentrons au gite trempées de sueur.

Heureusement « ma « plage me rafraîchit. Nous passons la soirée à regarder les étoiles. Nous avons sorti les chaises sur la terrasse des orangers. Les lumières s’allument les unes après les autres sur la colline. Le mince croissant de lune rougit. Une étoile filante passe. Les cloches du troupeau qui rentre tintent. Des chiens aboient. Quelques moustiques volètent, rien de bien méchant. La lune se reflète dans la mer plate comme un miroir. Nous attendons que la lune soit couchée pour rentrer.

Céphalonie : Ithaque à Céphalonie?


Et si Ithaque n’était pas Ithaque ?

C’est l’hypothèse de Bittlestone. Il situe le Palais d’Ulysse à Athéras sur la presqu’île de Paliki rattachée aujourd’hui à Céphalonie mais autrefois séparée par un mince canal. Le thème de la balade d’aujourd’hui  sera la poursuite  des lieux de l’Odyssée. Route du nord, nous  obliquons avant la baie de Myrtos.

Zola

Zola, petit village fleuri, est notre premier détour dans l’itinéraire homérique. Une piste très pentue nous conduit à la plage de Vouti : deux petites criques avec de l’eau verte avec  Une paillote-bar sur un terre-plein entre les deux. Je les explore l’une après l’autre. La première est sableuse. Dans  la seconde une touffe de posidonies  attire les poissons.

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Le petit port d’Agia Kiriaki n’a qu’une seule taverne : tables carrées aux nappes bleues, chaises de bois patinées, un auvent de canisses, maïs  et tournesol ainsi qu’une série potées fleuries le long du mur chaulé. Taverne grecque toute simple, cadre idéal pour notre « ouzo et frappé », apéro des îles grecques. Je sors le carnet moleskine. Que dessiner ? Le café fleuri ou le port où se balancent quelques bateaux de plaisance et des bateaux de pêche. Une bande de marins ou d’ouvriers en T-shirt noir viennent manger de la friture.

Circuit Ulysse

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La  route de Lixouri de notre circuit « Ulysse » passe dans un défilé : était-ce celui-là qu’Ulysse était capable de traverser d’un trait de flèche  de son arc?  Une digue  sépare un marais de la mer. La présence de cette zone humide basse est la pièce-maîtresse de la thèse de Bittlestone: à la place du marécage, un bras de mer  faisait de Paliki, une île, l’Ithaque occidentale.

Eleftherios nous a conseillé de poursuivre à Atheras,  où le palais d’Ulysse se trouve sur une colline. La place du village est jolie : un clocher de pierre triangulaire, tout plat, juste l’épaisseur de la cloche est entouré de massifs de plumbagos bleus, de lauriers roses et blancs, d’hibiscus et d’althaeas. Porto Athéras aurait été identifiée comme étant Phorkys.

Comme la Matiz ralentit, une femme nous demande si nous pouvons l’emmener à Porto Athéras. Elle parle très bien le français. Sa fille, Aphrodite, porte une mallette blanche. Porto Atheras est une plage de sable blanc. La seule installation est une cabine de bois pour se change ; Des familles grecques ont apporté quelques parasols. Il n’y a pas de touristes étrangers. On s’interpelle en grec. Face à la plage, une belle maison ancienne bleu vif avec 4 fenêtres, deux à chaque étage. Un bâtiment tourne le dos à la plage, arrondi avec une cloche, il ressemble à une chapelle. Ce n’est sûrement pas le monastère dont la dame parlait, les moniales y seraient en maillot de bain rose, impossible ! Au dessus de la maison bleue, un grand eucalyptus et on loin de là, une grotte. La présence des autres baigneurs me rassure et je m’approche de la grotte à la nage.

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Lixouri n’est qu’à 7 km de l’embranchement. Nous décidons de prolonger la promenade en traversant de nombreux villages : Vorikes, Vilatoria, Agia Theki , fleuris de lauriers-roses, d’hibiscus au pistil proéminent. De belles tonnelles de vigne devant les maiisons. Comme nous passons vers 15h, les villages sont déserts.

Lixouri est une petite ville moderne, proprette, bien calme elle-aussi, avec de nombreuses terrasses de restaurants sur le front de mer. Je commande une glace au mastic. Le serveur est très étonné que je connaisse le mastic

          « j’essaie d’explique ce que c’est aux étrangers et ils ne comprennent jamais ! »

          « nous sommes allées à Chios ! » lui répondis-je

Eleftherios et Colette nous ont recommandé la plage de Xi au sud de Paliki avec son sable rouge. Le sable rouge m’intrigue. La plage de Xi est bien fléchée, c’est suspect. Deux hôtels 5* sont construits aux abords de la plage où des parasols de paille, des lits de plage ne laissent pas un mètre libre sur le sable. Le parking est plein. Nous ne descendons même pas de voiture. La plage de Xi sera la seule déception de la journée.

  Ils nous ont aussi conseillé de rentrer avec le ferry qui relie Argostoli de Lixouri. 2.4€ par personne et 3.6€ seulement pour la voiture, beaucoup moins cher que l’essence pour faire le tour du golfe d’Argostoli !

Il fait très chaud ! Sur le parking de Lixouri nous nous liquéfions. La courte traversée en bateau nous rafraîchit et nous ragaillardit de la torpeur du soleil de l’après midi.

Cephalonie : Assos

 

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L’arrivée à Assos est spectaculaire. La route côtière en corniche offre des échappées sur la côte découpée très escarpée. Après le mirador de la plage de Myrtos – carte postale – Assos se rapproche, petite presqu’île reliée par un mince cordon presque une digue. Lorsqu’on quitte la route du nord, des lacets descendent dans des terrasses piquées de cyprès pointus que nous avons rencontrés sur Céphalonie. Les terrasses abandonnées m’’attristent toujours : autant de patience pour les construire, les entretenir, y cultiver la vigne, les oliviers ou les légumes. Travail de générations de paysans depuis l’Antiquité peut être anéanti en quelques années, gommé par le maquis. L’île verdoyante et soigneusement cultivée deviendra-t-elle un caillou cerné d’hôtels et de villas de ciment pour les estivants ?

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Dans le creux, entre la presqu’ile et Céphalonie, le long de la digue se tassent des maisons colorées. La presqu’île montagneuse est coiffée d’une citadelle. Bien  à l’abri, une marina et une minuscule plage tout autour de la baie de beaux, trop beaux, trop chics restaurants. Les maisons sont toutes trop neuves, trop belles, trop décorées de poteries vernissées. Elles abritent des studios à louer pour les touristes. Cela doit être agréable d’y passer un week-end. Mais c’est trop joli, pas naturel.

Sur la petite presqu’île les Vénitiens ont construit une forteresse à partir de 1593 pour protéger l’île des incursions des pirates. Le fort avait aussi une importance stratégique dans la rivalité de Venise et de l’empire Ottoman. Les Turcs stationnèrent en 1684 et les Vénitiens l’occupèrent jusqu’en 1797.

Une belle forêt de pins est plantée sur la colline. Une chaussée en belles dalles micacées conduit au château : 1.8km  précise un panneau.

 A 11h30 l’expédition est pénible au soleil, je renonce juste en dessous des remparts.

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Céphalonie : histoire des îles ioniennes

Céphalonie nous est devenue familière.

Ne pas chercher dans les Iles ioniennes une « Grèce standard » popularisée par les catalogues des agences de voyage et la publicité ! Les maisons blanches cubiques ne sont pas typiquement « grecques » elles sont cycladiques, les tavernes aux tables bleues aussi. A Céphalonie, on peint les maisons de ce rouge que les Italiens utilisent aussi pour les bâtiments des cantonniers, ou en rose « à l’italienne », orange, ocre ou jaune et même parfois en vert tendre ou bleu violent.

Pas non plus d’église à coupoles bleues ou rouges. Les séismes ont abattu les églises byzantines, ou les pirates, les normands ou les chevaliers francs qui auraient voulu imposer le catholicisme ? Les campaniles sont en ciment et datent des années 50  le modèle est  vénitien. Les deux grosses forteresses Saint George et d’Assos sont des souvenirs vénitiens. Il faut chercher dans la végétation les ruines des anciennes églises de pierre finement sculptées, classiques ou baroques ? Quand j’ai cessé de demander à Céphalonie une grécité touristique et simplificatrice j’ai découvert une île aux paysages variés, verts ou arides, des lauriers-roses fleuris et une profusion de bougainvillées. Si les séismes ont effacé de nombreuses traces de l’histoire j’ai quand même fini par en apprendre plus sur l’histoire de l’île grâce au petit livre pour touristes très bien documenté.

Histoire d’un peuplement très ancien: Homérique ou mycénien ? Quatre royaumes se partageaient l’île qui participa aux conflits entre Athènes et Sparte. L’île résista aux rois macédoniens puis aux romains avant de leur céder. Comme partout dans le monde grec on adorait Zeus (2 sanctuaires, Poséidon, Artémis… Jusque là, rien d’étonnant.

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L’histoire des Iles Ioniennes est également très liée à celle de l’Italie. Les Normands s’y fixèrent ; le nom de Fiscardo dérive de celui de Robert Guiscard, mort des fièvres en face d’Atheras en 1085 suivi par Bohémond et Roger . En 1185, les Iles Ioniennes furent détachées de l’empire byzantin. Vint ensuite une période trouble sous le pouvoir d’Orsini, tantôt vassal de Venise ou allié des Génois, jouant double jeu avec le Pape, s’opposant à Frédéric II de Sicile. Le livre Cephalonia a journey without end donne le détail des alliances entre le Francs et les familles royales byzantines, des hésitations entre catholicisme et orthodoxie. Les Turcs ne dominèrent l’Ile que deux ans de 1479 à 1481 et furent chassés par les Vénitiens aidés de l’Espagne. En 1538 cependant 13000 Céphaloniens furent réduits en esclavage. L’autorité vénitienne reposait sur un conseil Communautaire où la noblesse locale était enregistrée dans le Libro d’Oro. Les deux forteresses de St George et d’Assos  furent fortifiées par les Vénitiens. En 1757 Argostoli devint la capitale de Céphalonie.

En 1797, la population accueillit avec enthousiasme les troupes napoléoniennes entrées dans Venise. On brûla le Livre d’Or, planta un arbre de la Liberté à Argostoli: Céphalonie devint  française. Pas pour longtemps ! Avec la défaite d’Aboukir, une intervention russo-turque en connivence avec l’Angleterre amenait les Iles Ioniennes sous domination turque : une république de Sept Iles (Eptanisia) fut proclamée. 807, par le traité de Tilsit elles redevinrent françaises. Le sort des Iles Ioniennes dépendait directement des guerres napoléoniennes et passèrent sous l’administration britannique  de 1809 à 1864. Les évènements de 1848 eurent des échos à Céphalonie, des élections se tinrent en 1850 pour élire un Parlement. L’unification avec la Grèce ne se fit qu’en 1864. L’histoire contemporaine fut marquée par des épisodes d’occupation pendant les deux guerres mondiales et le massacre de troupes italiennes par les nazis en 1943.

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Vue par le petit bout de la lorgnette, on repasse l’histoire européenne pendant un millénaire alors que je n’imaginais que les rivalités entre Venise et les Ottomans je vois s’inviter les Normands (entrevus dans nos voyages en Sicile et dans les Pouilles), Frédéric II,  les Croisés…. Je ne soupçonnais pas que les rivalités franco-britanniques présideraient taux destinées d’une si petite île. Je comprends mieux les interventions des romantiques, de Lord Byron et Chateaubriand, Lamartine et Emerson. Les soutiens enflammés à l’Indépendance de la Grèce devaient alors se lire dans ce contexte géopolitique.

Céphalonie : Sami acropole

 

Eleftherios nous a coupé deux grappes de raisin blanc et deux de noir aux grains petits serrés, délicieux. Pas de nostalgie dans ce départ puisque nous reviendrons dans une semaine !

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Pour aller à Sami prendre le ferry nous passons par Agia Erini et sa belle campagne piquée de cyprès.

A Sami pendant que je me renseigne des horaires du ferry, Dominique lie connaissance avec une petite dame toute courbée assise à côté d’une jardinière cimentée qui plante des canas. Dimanche dernier, elle se tenant à la même place, jardinant. Elle est ravie de sonportrait et offre un brin de jasmin en posant sa main sur son coeur

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La visite de l’Acropole de Sami occupera le temps libre. La route monte dans une colline très touffue plantée d’oliviers énormes et très vieux : leurs troncs tourmentés, noueux et creux dessinent des figures grotesques, leur bois semble irrigué de veines saillantes. J’aime imaginer que ces oliviers étaient déjà là pendant l’Antiquité.

Un sentier pédestre mène au site, distant d’une centaine de mètres. Je découvre une muraille cyclopéenne. Un appareil de levage permet de remonter  les blocs énormes : une porte a été reconstituée. Il ne reste pas grand-chose de l’antique Sami qui opposa une résistance farouche aux romains de 187 av. JC. Cette visite imprévue m’enchante ainsi que le pique-nique sous un amandier géant en compagnie d’une petite chèvre grise aux cornes pointues portant comme un edelweiss sur le front une touffe de poils blancs.

La plage d’Antisami est bondée. Le parking est plein. Je renonce à la baignade à regret. Nous irons prendre un café frappé sur une des belles terrasses du port « since 1890 ».

Arrivée à Ithaque, chic et cher!

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Kefalonia arrive à l’heure à 15h25 : il ne faudra pas plus de 10 minutes pour que 4 autobus et plusieurs dizaines de voitures ne sortent de la cale et qu’une douzaine de véhicules (y compris le camion-poubelle d’Ithaque) monte à bord.

La traversée est très courte pour l’énorme bateau : nous voyons s’approcher la côte sauvage et escarpée d’Ithaque. Pas une plage en vue, pas une plage en vue, pas une maison ni un village. Nous débarquons sur une jetée rudimentaire, simple ruban de ciment où se pressent les piétons et une longue file d’autos. Nous sommes à Piso Aétos à 8km de Vathy.

Pas besoin de consulter la carte, il suffit de suivre la circulation. Juste à l’entrée de Vathy, après la station- service, je remarque le panneau Dioskouri, notre résidence. Vathy est une toute petite ville, un village presque.

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L’accueil est rapide. Une autre voiture arrive en même temps que nous, la jeune fille parle mal anglais, elle téléphone et paraît affolée. Gentille mais pas professionnelle du tout !

Deux maisons accolées, adossées à la colline abritent une douzaine de studios. Il faut descendre deux étages pour arriver sur notre terrasse compartimentée en six logettes avec une table en simili-marbre, trois fauteuils confortables  sous un store orange. La porte bleue s’ouvre sur un grand studio blanc meublé par deux lits jumeaux, un petit bureau, une table et au fond une cuisinette. Impeccable, tout le confort. Luxe extrême : un ventilateur chromé à longues pales au plafond, silencieux que nous préférons  à la climatisation. En revanche, la télévision ne parle que grec. Le niveau inférieur niveau inférieur est occupé par une belle piscine bleue entourée de jarres et d’amphores. Cette piscine est un sujet de frustration : on n’a pas le droit de s’y baigner. Plus bas, des toits à quatre pentes et de la verdure, à droite, de grands oliviers. La vue est merveilleuse sur le golfe de Vathy fermé par des collines où s’étagent quelques maisons. De beaux bateaux ont jeté l’ancre non loin.

La ville de Vathy se déploie autour de la marina. Sur le bord Ouest(le nôtre), un quai, quelques maisons, des barques de bois. Perpendiculaire, un long quai vide, face à une île plantée de pins avec une minuscule chapelle, le lazaret. Plus loin  s’amarrent de luxueux yachts les uns contre les autres. Tous sont immatriculés au Panama, à Jersey ou même à Londres, ensuite une vingtaine de bateaux plus petits mais toujours luxueux, grecs, italiens ou néerlandais. L’ambiance n’est pas cosmopolite comme le laisseraient supposer les pavillons. Ici on parle grec et on est entre soi, grecs armateurs ou milliardaires. Sans chichis ni clinquant (si on oublie le bateau), on est en short et en tongs. Pas de perlouzes ni bagouzes, les milliardaires sont en vacances !

Ithaque est proche de Céphalonie meurtrie par le séisme et pourtant les maisons sont en pierre et semblent anciennes. Maisons grecques aux toits de tuile à un ou deux étages avec une tonnelle de vigne, un balcon de fer avec un store. Les jardins sont passés à la chaux comme le tronc des agrumes. Les fleurs sont dans de grosses potées de terre. (Pas dans des bidons on est chic quand même ! Dans le guide, je lis que Vathy fut également détruite par le séisme mais reconstruite à l’identique et le site, classé.

Après 25 minutes de traversée, nous arrivons dans un autre monde. Chaque île a sa personnalité. La proximité n’y fait rien. C’est ce qui est passionnant. Même climat, même relief et pourtant une telle diversité !

Oubliés, les menus en anglais et les publicités voyantes des agences immobilières qui s’étalent sans retenue. Ici, on fait discret. Si discret qu’on a oublié d’afficher les prix dans les magasins. Combien cette robe ? Joli tissu, jolie coupe. Combien ces bijoux ? Ces turquoises ? A la pâtisserie le croissant est à 1.8€, le pain au chocolat aussi, les feuilletés au fromage et les gâteaux aussi ! Même l’essence est plus chère ! on roule pourtant en grosse cylindrée, 4×4, Mercedes ou Alfa-Romeo. Cherchant un hébergement, j’avais lu sur un forum qu’Ithaque était hors de prix et qu’il était impossible d’y loger. C’est faux, les chambres et les studios existent, mais chers.

La plage de Dexia est située à 1.1km des Dioscures (mesurés au compteur), la jeune fille m’avait effrontément annoncé 300m. Elle est jolie, quelques installations pas trop, un bar à l’ombre des arbres. J’ai oublié de prendre mes sandalettes. Je l’ai regretté : les galets sont coupants et il y a des oursins. Des oursins ! Il n’y en avait pas à Céphalonie. Sont-ils milliardaires eux aussi ?

Après dîner, j’ai hâte de me promener dans la ville. Pas de passaggiata, pas de trottoir. Les voitures me rasent les fesses avant d’arriver au centre où les trottoirs existent mais sont occupés par de très jolis restaurants – menus en grec, toujours pas de prix ! On n’est pas harcelé comme à Plaka.

 

Sur la place devant le musée se donne un concert de mandoline. Dix musiciens, un accordéoniste, un harmonica, un bouzouki, le reste guitares et mandolines. Les musiciens ne sont pas jeunes, la soixantaine bien sonnée. L’assistance a apporté des chaises. Tous les âges sont représentés dans le public. Les dames ont des éventails et s’en servent pour battre la mesure. Les enfants sont sages. Tous connaissent les airs joués, se balancent et les reprennent à mi-voix. A la fin chacun  emporte sa chaise. Après avoir flâné devant les belles boutiques, je rentre au pas de course dans le noir.

Premier jour à Ithaque, route vers le nord

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Le soleil se lève tôt à Ithaque : il sort de la montagne à 7h et dé

jà une demi-heure plus tard inonde la terrasse et c’est intenable. Comme la plage Dexia est un peu loin, je préfère aller en ville chercher le pain du petit déjeuner. Pas de boulangerie dans notre quartier, il faut aller dans le centre. Guidée par mon odorat j’achète deux petits pains au sésame . Je rentre après 3/4d’heure.

Nous partons à l’aventure à la découverte de l’île: montagneuse, ses flancs sont recouverts tantôt d’oliviers tantôt de maquis à pistachiers. Elle parait plus sauvage qu’elle ne l’est réellement. Par erreur, nous nous retrouvons au débarcadère de Piso Aétos.  Demi-tour au sommet de la colline, un panneau marron indique le site archéologique d’ Alakomenes où Schliemann situe le palais d’Ulysse. Le Palais d’Ulysse : c’est exactement ce que nous cherchons ! Je suis moins chanceuse que l’illustre archéologue : un étalage de mangeoires pour les moutons ou les chèvres, des cabanes de planches et de tôles, une bergerie rudimentaire barrent le chemin. Redoutant les chiens je préfère abandonner. Un homme taille ses oliviers non loin de là, la montagne est entretenue malgré mes doutes.

La route vers le nord passe par un col occupé par un café restaurant panoramique puis nous circulons sur une corniche face à Céphalonie toute proche. De la route, nous découvrons la plage d’Agios Yoanis. Les plages étant rares à Ithaque nous n’hésitons pas : un parking est aménagé, un chemin dallé mène à la petite plage de galets pourvue de quelques discrètes installations (lits blancs sous des parasols blancs). Première baignade de la journée à Aspros Gialos dans une eau très claire, près des rochers, des posidonies attirent de nombreux poissons.

La route en corniche traverse Levki pour arriver à Stavros d’où nous descendons à la plage de Polis. Quelques lits et des parasols multicolores sont dispersés sur toute la plage. Dans l’eau, des bouées délimitent le domaine réservé à la navigation. On peut louer ici de petits bateaux à moteur et amarrer quelques voiliers. Le quai est expressément réservé aux barques des pêcheurs. Un grand quadrilatère limité par des bouées orange. J ‘y fais des longueurs comme en piscine (très grande piscine !!).

Vers 14h nous nous laissons tenter par la taverne en bout de plage. Taverne rudimentaire : une caravane sert de cuisine, des tables de plastique blanches.  Nous commandons des souvlakis et des calamars frits. Les calamars sont délicieux, rien à voir avec les rondelles surgelées enrobées de pâtes à beignet épaisses. Ceux d’ici sont très petits les tentacules croustillants, la pâte fine et légère. Le spectacle est autour de nous. On descend du taxi pour monter sur le bateau à tout âge. Des gamins tout juste dix ans, commandent avec aplomb un déjeuner puis téléphonent pour qu’on vienne les chercher. La vie est facile pour les enfants riches!

Dernière baignade avant de rentrer vers 16 heures par temps couvert.

Dans la marina de l’autre côté de la rade de Vathy, les voiliers s’entassent. J’en compte une bonne vingtaine. Ils se pressent en cohorte, de toute taille, par groupe de 3 ou4. Pourquoi sont-ils si nombreux ? Cherchent –ils à s’abriter de l’orage ? Y a-t-il une régate ?