Yo Gee Ti – Mourad Merzouki et la compagnie Käfig à la Mac (Créteil)

 

Je n’avais jamais vu de performance de Merzouki, trop connoté hip hop à mon goût. Le hip hop, la culture banlieue, ne me font pas rêver, je les côtoie au quotidien même si certains slam ou rap me touchent. C’est donc plus pour accompagner mes élèves que j’ai réservé ma soirée. Et ce fut une excellente surprise.

Spectacle éclectique, surprenant. Le parquet brille comme un miroir, reflétant les corps assis des dix danseurs, en prologue au spectacle, alignés ils se retournent font des pompes. Humour dans le mouvement d’ensemble, gestes décalés, ambiguïté des silhouettes androgynes, des costumes de camouflages, filles? garçons? Trois grosses cordes à nœuds énormes comme seuls éléments du décor. Intriguée, je n’ai pas le temps d’imaginer une interprétation car le groupe s’est fondu, reformé au fond du plateau, confusion des corps et des reflets….

Les tableaux s’enchaînent : derrière un rideau étrange de franges trois personnages se balancent : crocodiles de BD, dinosaures ou monstres enfantins? à l’arrière plan les autres danseurs ont revêtu le même accoutrement de laine grise. L’évocation reptilienne  cède la place à la chrysalide. Bon sang! mais bien sûr! c’est la métamorphose. Les danseurs sont quitté le manchon laineux qui est suspendu à différentes hauteurs.

Jeux de rideaux, franges tressées, colonnes fluides, roseaux ou bambous, de l’univers de la BD, on passe à une ambiance très zen. Naturelle puisque le spectacle est à moitié chinois.

Nouveau dépaysement avec Masâr du trio Joubran. Je reconnais la musique entendue à une autre occasion : Antigone joué par le Théâtre National Palestinien. Il me semble qu’ils ont accéléré le tempo. Les danseurs ont revêtu des voiles à franges, étranges. Cérémonie envoûtante, presque derviches tourneurs.

Nouveau glissement des rideaux des décors, des costumes. Merzouki se joue du spectateur, le prend par surprise, le transporte subrepticement dans un autre univers. Quand la lumière se rallume dans la salle je suis encore déconcertée. Les saluts seront hip hop et acrobatiques sous les applaudissements de la salle et des collégiens qui retrouvent leurs codes et m’avoueront en classe que c’est ce qui leur a plu le plus.

La danse comme langage universel d’une culture mondialisée?