Musée de Céret – collections permanentes

CARNET CATALAN

Céret vue de la route des évadés

Matin nuageux, occasion pour retourner au Musée de Céret  pour les collections permanentes que j’ai négligées. Dominique me monte en haut de Céret vers 9h30. Trop tôt pour le Musée. Je monte vers Fonfrède sur la route qui domine du village. De jolies maisons entourées de cerisiers surplombent le village. Les voilà les cerises de Céret !

Céret : fontaine des neuf jets

Je fais une pause pour admirer le panorama : au premier plan, des cerisiers au plus beau de leur floraison, se détachant sur une herbe vert vif. Sur un épaulement à droite, une grande bâtisse est accompagnée de trois cyprès élancés. D’autres cyprès se détachent sur la pente. Dans le creux, se blottissent les maisons de Céret. Le centre du village est couronné de la ramure des hauts platanes, au centre on distingue l’église. A l’arrière de Céret tout un amas de toits rouges neufs des quartiers périphériques qui colonisent la vallée du Tech. A l’horizon les lignes de crêtes des Corbières. Les flancs des collines sont boisés de chênes, les mimosas font des taches jaune vif.

En descendant, au-dessus d’une fontaine, à la fourche de deux routes qui montent, un panneau avec la reproduction d’un tableau de Braque signale l’atelier de Picasso et de Braque dans une bâtisse de 3 étages aux grands volets bleuissant, dont la peinture délavée doit dater du séjour des deux artistes. La porte est encadrée par deux colonnes.

J’arrive sur une place biscornue, polygonale, bordée de restaurants et ombragée de trois vieux platanes entourés de bancs de pierre, il y en a d’autres plus jeunes. Au centre, une fontaine octogonale de marbre blanc : la fontaine des neuf jets fut construite en 1333 sous le règne du roi  de Majorque Sanç I, cette fontaine fut le symbole de ce territoire marqué par les révoltes ; Ferdinand d’Aragon la fit coiffer du lion de Castille. Après l’annexion par la France on a écrit « Venite Ceretens, leo factus gallus » (le lion s’est fait coq). Sur cette place furent étudiés les termes du Traité des Pyrénées.

Une ruelle d’’à peine 1 m de large conduit à la place de l’église de forme encore plus bizarre l’arrondi est souligné par deux rangs de bancs de briques. Trois oliviers remplissent le coin. L’extérieur de l’église est très sobre, sauf un porche majestueux en marbre de Céret. En revanche le toit semble soutenu par des contreforts couverts de tuiles sur le dessus.

Musée d’Art Moderne de Céret

Herbin : Paysage de Céret

Les collections permanentes occupent une partie du rez de chaussée. Quand j’arrive une conférencière raconte la vie de Soutine à Paris avec Modigliani de façon très précaire. C’est une visite guidée « privée » quand je demande la permission d’écouter on me renvoie à la billetterie acheter un autre ticket (3.5€).

Soutine (musée de l’Orangerie)

Chaïm Soutine arrive donc à Céret après avoir rencontré le marchand de tableau Zborowski qui lui alloue 5 F par jour. Il y restera 3 ans et peindra 200 tableaux. Mais il s’intègre mal à Céret, les habitants parle de lui comme du peintre « sale » (il se promenait en bleu de travail taché de peinture). Sa peinture expressionniste, colorée présente des distorsions. Ses paysages sont déformés, brisés, les maisons sont penchées. Cette déstructuration témoignerait de l’expression de la colère de Soutine. Il rentre à Paris en 1923, Barnes lui achète toutes ses œuvres qu’il rachètera par la suite pour les détruire.

Kremegne

Pinkus Kremegne était un ami de Soutine, originaire comme lui de Vilnius, comme Soutine envoyé à Céret sur le conseil d’un marchand de tableaux, peintre expressionniste. Il peint des paysages colorés. Héritier de Van Gogh pour le liseré noir et de Cézanne pour la composition en trois parties. Contrairement à Soutine, Kremegne s’est bien intégré à Céret, il y a installé son atelier  et y est mort. Il a également peint des aquarelles joyeuses et colorées.

Herbin : la porteuse de linge

Auguste Herbin a une facture cubiste mais ses tableaux restent très figuratifs. La conférencière nous montre le Paysage de Céret.  Le paysage est très géométrique mais tout à fait reconnaissable. On reconnait les arches du pont sur le Tech. Au-delà du pont on voit bien le Canigou. Mais la montagne subit des changements de couleur, comme il se produit dans la journée, blanc, rose et bleu selon l’heure.

On identifie aussi très bien les arbres dans le tableau des trois arbres.

Le troisième tableau de l’artiste est plus énigmatique surtout quand on na pas lu le titre. On imagine une silhouette, mais ce pourrait être aussi une machine avec des engrenages. Herbin affectionne particulièrement les cercles dans ses constructions géométriques. La conférencière nous aide en montrant l’arrondi d’une épaule, un bras, une main (l’avant-bras a disparu). C’est donc une femme : La porteuse de linge catalane, on devine maintenant le linge, les chemises sont même disposées verticalement le long de sa jupe, les cols se voient bien. Le pointillé rappelle le liège, produit dans la région. La culture inspire le peintre comme nombreux artistes de Céret.

Herbin aspirait à un art total. Il avait inventé un alphabet plastique, attribuant à chaque lettre une couleur. Certains tableaux pouvaient être joués en musique. Cela me rappelle le livre Alham de Marc Trévedic que j’ai lu récemment.

Manolo

Manolo est arrivé en 1910 à 38 ans. Alors, le maitre de la sculpture était Rodin. Manolo et Maillol vont simplifier les formes, les épurer et s’inspirer de la culture locale : le Toréador (sur la place près des Arènes), un modèle réduit se trouve dans la vitrine avec des paysannes catalanes, avec leur fichu et leur châle traditionnel.

Edouard Pignon : la remmailleuse de filets

Dufy est arrivé en 1941 à Perpignan il était venu dans la région pour soigner son arthrose. Ayant du mal à se déplacer, il a peint des intérieurs et des vues d’atelier. C’est amusant pour moi de retrouver son atelier de Perpignan dont j’avais vu des représentations au Musée Hyacinthe Rigaud, et placé sur un chevalet la toile du cargo noir, vue elle aussi au Musée Rigaud. Parfaite synthèse de ces deux visites.

Comme Dufy, Chagall est inclassable. Il est venu à Céret entre 1927 et 1929. Il y a peint les illustrations des fables de La Fontaine commandées par Ambroise Vollard. Deux tableaux sont accrochés : La Guerre 1943 et les Gens du voyage 1968.

Chagall : la Guerre

Dans la Guerre l’atmosphère  est oppressante, on a l’impression que la Guerre a tout chamboulé, la moitié des maisons du village russe (Vitebsk ?) sont la tête en bas, ou plutôt le toit en bas. Un homme git les bras en croix. Que transportent les charrettes ?  Une femme à la chevelure rouge s’élève, on pense qu’elle est morte, triste assomption. Dans un coin, Chagall s’est représenté en juif errant avec son baluchon de fuyard.

Les gens du voyage traduisent au contraire un moment joyeux. Marc Chagall et Valentine se marient. Une troupe de Tsigane font un spectacle de jongleur, d’équilibriste. Les spectateurs du cirque sont représentés sur des gradins clairs. Dans un coin un orchestre fait de la musique. On reconnait un violon. Oiseaux et poisson sont de grande taille. Dans le ventre du poisson bleu qui survole la scène est allongé le couple de mariés. Trois bouquets de fleurs, trois lunes, des chevaux….Une femme a deux visages, il s’agit de Bela, la première épouse de Chagall décédée.

Dans la même salle, la conférencière n’a pas le temps de commenter les deux tableaux de Catalanes d’Edouard Pignon  qui a séjourné à Collioure : la remailleuse de filet attend son mari, pêcheur d’anchois, l’autre catalane est une paysanne.

« Le chef d’œuvre du Musée » selon la guide est la collection des coupelles de tauromachie de Picasso qui revient à Céret en 1953 et peint une série de 30 coupelles en 6 jours seulement. Comme il lui est impossible de retourner dans l’Espagne franquiste, il va dans le midi assister à des corridas. Les 29 coupelles (une a disparu) sont présentées par ordre chronologiques. Elles sont peintes avec des argiles blanche, brunes, noire. Le jaune arrive ensuite. Le soleil se mue en œil….

J’ai vraiment eu une chance folle de rencontrer cette conférencière. Sans son analyse j’aurais beaucoup perdu. Comme j’aimerais être capable de rester un long moment devant un tableau et d’en analyser les éléments !

Temps gris et doux, les nuages ne nous empêchent pas de déjeuner sur la table dehors. Sardines grillées et pommes de terre.

Collioure : Fort Saint Elme

CARNET CATALAN

Fort saint Elme

Pour pique-niquer, changement de décor : le Fort Saint Elme perché sur une colline à 160 m d’altitude, accessible en voiture.Très jolie balade dans les vignes de Banyuls sur des terrasses petites et très soignée. La route très étroite, est à sens unique, mais nous ne le savions pas. Un peu d’excitation, et si quelqu’un venait en sens inverse ? Nous nous arrêtons pour des photos, avec les ceps en premier plan, avec un arbre tout blanc (peut être un poirier ?) des genêts jaunes…La route décrit une grande boucle passe devant un autre fort : le fort Dugommier moins imposant que le Fort Saint Elme.

Les vignobles de Collioure et de Banyuls

Devant le Fort Saint Elme,  il y a un petit parking, en saison un petit train y accède, pas aujourd’hui. La plupart des visiteurs sont venus à pied par le sentier (30 minutes à la montée raide, 15 environ pour descendre).

La visite n’est pas guidée mais commentée. Le gardien me raconte l’histoire du fort : au début les Maures avaient construit une tour pour surveiller la terre et la mer. Il existe d’autres tours dans la région La tour Madeloc(656 m) et la Tour  de la Massane(800m) qui sont des tours à signaux. L’une d’elle est surnommée en catalan la tour du diable à cause de l’essaim de chauve- souris qui s’en échappent par temps d’orage. Charles Quint décida de restructurer les défenses de Collioure et fit entourer la Tour d’une enceinte en étoile à 6 pointes et d’installer des pièces d’artillerie. En 1552 les travaux furent achevés. Plus tard Vauban améliora la forteresse en construisant une troisième enceinte.

Après le tour des extérieurs, le gardien complète les explications à la base des marches « coupe-souffle » que l’ennemi devait monter en file indienne chargé de son équipement, d’au moins une dizaine de kg. Des portes très étroites devaient l’obliger à ralentir. Au premier pont-levis des archers gardaient la porte. Un carreau tiré sur le premier assaillant faisait chuter les autres selon l’ »effet-domino ».  Des assommoirs étaient  prévus à la deuxième porte, tandis que, par les meurtrières, ont pouvait lancer toutes sortes de projectiles ; pas d’huile bouillante ni d’eau selon mon conteur ce sont des matières bien trop précieuses pour les gardiens de la forteresse, plutôt de la poix (résine) et des cailloux. La tour était donc imprenable (elle fut quand même prise une fois).

Après la « pénible » montée je découvre le petit musée avec des cottes de mailles, des armures des casques dont beaucoup de morions espagnols.

De nombreux panneaux délivrent un cours d’histoire . Charles Quint (le bâtisseur du fort) ses possessions, ses voyages, son blason… . Soliman, autre un personnage marquant avec ses corsaires (j’ai retrouvé Barberousse et le célèbre Dragut (rencontré à Malte et à Djerba) .

En revanche, François 1er joue le mauvais rôle,  traître qui n’est pas de parole allié des Turcs.

Le siège du fort de Salses

Une surprise pour moi : la Fresque du Moli dels Frares,   découverte en 1997 en Espagne près de Valence,  illustre la Guerre de Trente ans (1618-1648) en Catalogne du nord ainsi que les différents sièges de la Forteresse de Salses. Son auteur semble être un italien.

La descente sur Collioure est une très agréable promenade qui passe par le Moulin de Collioure. Il est très ancien, on conserve la preuve que « le chevalier Raymond de Toulouse, procureur du Roi de Majorque, céda à Jacques Ermengard la parcelle pour y édifier un moulin à grain.

Musée de Collioure

Le sentier continue dans une olivaie et arrive au musée au milieu d’un joli jardin avec des arcades comme un cloître.

Exposition temporaire Jacques Capdeville: Les Nanas

Nana Jacques Capdeville

De grands tableaux souvent sur des toiles sans cadre représentent le visage d’une femme sur un fond le plus souvent laissé blanc, de grands yeux dépassent du visage, cils et sourcils hérissés, cheveux en toupet ou en pétard ; elles tirent la langue. Certaines sont blondes aux yeux bleus. D’autres sont noires. Toutes les Nanas ont un sacré caractère. Je les aime bien mais je trouve l’exposition un peu répétitive. Je regrette l’absence des collections permanentes. Certes, je n’ai pas été privée de Collioure après la grande exposition Derain à Pompidou.

Nana Jacques Capdeville

Chrétiens d’Orient à l’IMA – 2000 ans d’histoire

EXPOSITION TEMPORAIRE A L’INSTITUT DU MONDE ARABE

jusqu’au 14 janvier 

Plaques d’ivoire 6ème et 7ème siècle

Exposition importante couvrant 2000 ans d’histoire et tout le Moyen Orient, de l’Egypte à l’Anatolie, du Liban à l’Arménie……réunissant des pièces d’une valeur inestimables, certaines prêtée par des communautés et couvents. Grande variété aussi des objets, mosaïques et chapiteaux, icônes, manuscrits et textiles sans oublier les photographies et même des films…Chacun y trouvera ce qu’il cherche.

Bible arménienne enluminée

Pièces antiques des premiers chrétiens et objets liturgiques. Une étude très exhaustive présente  les courants du christianisme avec les influences, les conciles, les théories qui les différencient: christianisme alexandrin, nestorien, arménien, melkite, maronite…. La naissance du monachisme, des stylites aux monastères du désert égyptien occupe une salle entière.

icône

Après la Conquête Musulmane au 7ème siècle, les Croisades au 11ème, et la Constitution de l’empire Ottoman, les influences se mêlent, les cultures s’hybrident, se répondent. Les objets s’échangent : objets de la vie quotidienne fabriqués par les artisans chrétiens pour les dignitaires musulmans,  ou gravure des commerçants turcs à la Foire de Beaucaire.

maquette des lieux saints à destination des pélerins

Une Bible polyglotte en sept langues, imprimée à Paris par l’orientaliste Savay de Brèves, ambassadeur à Constantinople 1591-1614 – publiée de 1620 à 1645 permettait aux érudits de comparer la version hébraïque du texte sacré à sa traduction grecque, syriaque, copte, araméenne….J’ai été aussi très impressionnée par la lettre de Soliman à François 1er accordant les capitulations.

Détail du rideau d’autel en coton de madras

Un rideau d’autel de la chapelle arménienne de Jérusalem est en coton de Madras, venant d’Inde, illustrant le rôle des chrétiens dans le négoce des textiles dans la région et surtout à Alep…

Difficile de ne pas évoquer dans l’histoire récente, les persécutions :  le Génocide Arménien ainsi que les massacres des Syro-Chaldéens au début du 20ème siècle. Une exposition photo des Pénélopes, femmes attendant un  mari, un fils disparus, un film libanais…

 

 

 

 

De Caen à Ouistreham : l’estuaire de l’Orne et le canal

BALLADE NORMANDE

le phare de Ouistreham

Vendredi est jour de marché place Saint Sauveur : légumes, charcuteries et nombreuses poissonneries, tout est appétissant. J’achète de l’andouille, de la terrine aux orties et du pain pour un pique-nique dans la voiture, sous la pluie sur le parking de la Maison de la Nature de Sallenelles où aboutissent plusieurs balades dans l’estuaire de l’Orne. On s’embrouille avec un des employés pour une histoire de parking handicapé, je ne trouve pas le départ de la promenade.

Le canal de l’Orne, chemin de halage le pont Pegasus see soulève

Nous rentrons donc contrariées à Ouistreham . Dominique s’installe sous le phare et j’emprunte le chemin de halage le long du canal. Cet itinéraire est une Voie verte une vélo-route – partagée par les cyclistes et les piétons (cyclistes nettement majoritaires). Ils sont de toutes origines, personnes âgées et enfants, hommes et femmes, familles ou sportifs…Certains équipages sont impressionnants : des charrettes à enfants sont tractées par les parents qui ont aussi le vélo chargé de nombreuses lourdes sacoches. Parmi eux beaucoup d’Anglais, des Hollandais bien entendu, mais les Français sont nombreux à pédaler pour des vacances itinérantes. Après Caen, la route verte se dirige vers La Rochelle. Il existe un autre itinéraire suivant le littoral de la Manche vers le Mont Saint Michel. Je croise le groupe classique des grands parents accompagnés de deux ou trois petits enfants, ceux là ne sont pas chargés, c’est sans doute une balade de la journée. Peu de cyclistes en mode sportif, les maillots des clubs et cuissards, nous les verrons dimanche matin sur les routes avec les autos. Je marche jusqu’au Pont Pegasus, promenade plate un peu monotone. Près du pont : gros attroupement. Le tablier se soulève majestueusement pour laisser passer deux grands voiliers. La route reste coupée un bon quart d’heure causant un embouteillage monumental.

Comme il est encore tôt, nous retournons à la plage. La marée est haute, je marche avec de  l’eau au dessus des  chevilles.

Arrivée à Berat

CARNET DES BALKANS/ALBANIE 

Berat la ville aux 1000 fenêtres

Retour à Fier par la même route, déserte à l’heure de la sieste. Entre Fier et Berat c’est tout droit. La chaleur (39°) écrase tout. Je remarque une odeur de goudron. De curieux réservoirs cylindriques sont alignés, plus loin brûle une torchère. Nous passons à côté du champ pétrolier de Marinza,  pétrole conventionnel ou gaz de schiste, les articles que j’’ai trouvé sur Internet ne sont pas clairs même si tous s’accordent sur la pollution.

La rivière Osum à Berat

Les montagnes se rapprochent, nous arrivons à Berat vers 15h30. Nous nous orientons grâce à la rivière Osum qui sépare les deux quartiers anciens de Mangalem sous la kalaja où se trouve notre hôtel et le quartier de Gorica  sur l’autre rive, adossé à l’autre colline. Le Road book stipule qui’l faut se garer près de la Mosquée des Célibataires. On se trompe de mosquée, je pars à pied, un peu perdue. Personne ne semble connaître l’Hôtel Nasho Vruho.

au paradis! notre jardin suspendu

Je monte une ruelle et trouve notre logeur qui nous attend et qui se charge de garer la voiture dans « son parking ». Dominique gravit péniblement la ruelle aux galets polis et glissants. Notre hôte ouvre une porte : nous sommes au paradis : la chambre s’ouvre de plain pied sur un jardin suspendu au dessus des toits. La vue est merveilleuse, sur la rivière Osum, les toits de Mangalem, la ville moderne avec sa promenade et la coupole de l’université.

notre vue

J’écris assise sur un siège de pierre, accoudée au muret sous un agrume non identifié en fleur (citron ou orange ? ) une dizaine d’arbres soigneusement taillés, au tronc chaulé poussent entre les dalles. Deux oliviers dépassent les orangers, un petit grenadier tente de se frayer une place. Dans des poteries, des plantes vertes ; les sièges sont maçonnés grossièrement ; Il y a aussi une chaise longue en bois et deux fauteuils de fer forgé très confortables. Des jarres « antiques » complètent le décor.

La chambre est éclairée par deux baies en ogive encadrées de briques. Les murs sont dallés de pierre grise avec des joints peints en rouge. Deux lits, une table de chevet, la télévision sur une tablette. La salle de bain est lilliputienne, la douche est en hauteur alimentée par un tuyau sur le lavabo. Quelle importance puisque nous sommes au paradis ! Le climatiseur est réglé sur 24°, il nous semble arriver dans une glacière ; je me dépêche de l’arrêter. Jamais je n’arriverai à me doucher dans un froid pareil.

Notre hôte parle français, il est aux petits soins et nous a aidé à monter les trois valises (quelle idée d’emporter tant d’affaires !). Pour éviter que Dominique n’ait à descendre en  ville pour dîner, il propose que sa femme nous fasse de la soupe. De la soupe par cette chaleur ? J’irai acheter des yaourts et des pêches !

Après quelques temps dans le jardin je pars à l’aventure sans plan ni guide. Berat n’est pas si grande ! Je situe les deux quartiers de Mangalem et Gorica, de chaque côté de la rivière, emprunte la promenade moderne entre un jardin public et les terrasses des cafés alternant avec des boutiques de mode. Puis je rentre par une rue parallèle commerçante où je trouve les supermarchés et les petites boutiques, elle va de la cathédrale orthodoxe à la Mosquée où nous nous sommes garées la première fois.

merveilleuses boiseries de la galerie des femmes

Un panneau touristique indique le Complexe formé par la Mosquée du Roi, le Tekke halveti et un Caravansérail. Je m’approche timidement de la Mosquée. Pendant le Ramadan c’était un peu compliqué, fermé le jour. Ramadan est terminé depuis trois jours. La mosquée est ouverte mais vide. Je me déchausse, j’ai oublié mon foulard. Le gardien m’encourage en italien « vous pouvez monter à la galerie des femmes et prendre toutes les photos que vous voulez ».

Plafond mosquée du roi

Comme la Mosquée du roi d’Elbasan elle date de 1492 et le Roi est Bayazit II (1481-1512). Le plafond est peint en rouge , des sourates y sont inscrites. Les boiseries de la galerie des femmes sont travaillées ; c’est peut être la plus belle mosquée d depuis celle de Tirana. Au moment où j’allais sortir, la mosquée s’illumine, un groupe de français et leur guide arrivent. Le gardien commente, le guide traduit. Du temps du communisme, la mosquée fut transformée en salle de ping pong et utilisée pour que les femmes s’y réunissaient pour coudre. Une chance pour la mosquée qui ne fut pas endommagée par ces activités.

Tekke

De l’autre côté de la place,  dans le Tekke, les derviches lisaient le Coran et les derviches tourneurs dansaient.  Il fut construit au 18ème siècle et appartenait à la secte Halveti. Je me repère mal dans les sectes soufies confondant Halvetis et bektashis. Le plafond est peint dans le style « baroque musulman »fleuri, doré à la feuille, très différent du plafond ancien de la Mosquée.L’éclairage de la pièce provient de fenêtres décorées d’entrelacs délicats.  On voit pendre les chaînes où étaient accrochées les lampes à huile. Dans le mur du fond,  sous les moucharabiehs pour les femmes, on remarque des trous qui s’élargissent à l’intérieur du mur. Le son était réfléchi par des coupelles de céramiques conférant à la salle une acoustique particulière. N peut accéder à la galerie des femmes par un escalier extérieur. Dans le tekke régnait une atmosphère très différente de celle de la Mosquée voisine. Dans la Mosquée du ri se pratiquait un islam sunnite traditionnel tandis que le tekke était beaucoup plus tolérant : la séparation homme/femmes n’était pas aussi rigoureuse, une femme pouvait se joindre aux danses et aux chants des derviches.  Les Halvetis et les bektashi s étaient plutôt rattachés au chiisme.  Du temps du communisme le tekke fut fermé on y entreposait des légumes ; Le gardien et le guide parlent de cette époque où la prédication était interdite tant pour les musulmans que pur les orthodoxes et les catholiques. Des prêtres de toutes confessions furent emprisonnés. Paradoxalement cette répression eut des conséquences bénéfiques : els religieux de toute obédience se sont rapprochés et la tolérance y a gagné. Des mariages entre communauté ont eu lieu et cela continue actuellement .

Vers le soir la promenade se peuple

Nous avons terminé la soirée dans notre jardin . A 19h les rues se sont animées et la promenade noire de monde. Au bout,une estrade et un écran, les lampadaires se sont illuminés. Un spectacle s’est déroulé jusqu’à tard dans la nuit, musiques diverses puis un spectacle théâtral comique , nous nous sommes endormies dans les rires et le vacarme.

Butrint

CARNET DES BALKANS / ALBANIE 

Butrint presqu’île verdoyante entre mer ionienne et lac

 

 

Nous arrivons trop tôt à Saranda,  la chambre n‘est pas prête.

Nous filons donc à Butrint, à 17km au sud. La route passe entre une colline et le lac où on élève moules ou huitres( ?).

11h est la pire heure pour arriver à Butrint  qui est le site le plus fréquenté d’Albanie. Les touristes viennent aussi  de Corfou, ou de bateau de croisière.

La tour Vénitienne à l’entrée du site

Je me faisais une joie de flâner sur la presqu’île verdoyante, d’évoquer le souvenir d’Enée ou d’Andromaque, ou du Normand Guiscard.

Malheureusement, je dois subir  le groupe francophone  dont le guide n’arrive pas à se faire entendre entre plaisanteries gauloises ou séniles

-« je préfère Parkinson à Alzheimer, je préfère renverser mon pastis que d’oublier de le boire… »

me voici loin de Racine ou de Virgile !  De très vieilles dames peinent sur le sentier

« dans le catalogue, on n’avait pas demandé d’être en bonne condition physique… »

Le guide germanophone tonitruant a sa  manière de chasser l’intruse (moi) qui essaie d’accéder aux explications en anglais. Il se plante devant le panneau. Je pourrais l’écouter mais les Allemands font photos sur photos, de vrais Japonais ! Troisième groupe – anglophone – avec une guide charmante qui brandit un drapeau albanais.

Si je veux faire des photos sans figurants, il me faut ruser entre ces trois groupes. Bouleversant ainsi la chronologie du parcours.

On reconnait les différentes époques aux matériaux employés, grosses roches polygonales pour la Grèce archaïque(6ème siècle av JC)belle pierre  de taille calcaire claire pour la période classique ou hellénistique, mélange brique et petits moellons , romain puis byzantin. Normands et Vénitiens utilisaient la pierre bien taillée.

Dans le Parc National de Butrint, les végétaux sont étiquetés. J’apprends enfin le nom latin de l’arbre de Judée : Cercis siliquastrum.

Le petit théâtre grec est bien conservé mais les Allemands me dissuadent d’y passer plus d’instant. Juste le temps de voir gravé sur ses murs les noms des esclaves affranchis. J’ai vu ces listes à Delphes autrefois. Les archéologues en apprennent beaucoup sur la démographie de même sur le statut d es femmes : habilitées à Butrint à libérer des esclaves.

Le Temple d’Asclépios (4ème siècle av. J.C.) est proche du théâtre mais plus difficile à reconnaitre ;

La ville romaine est plus facile à interpréter : thermes avec les hypocaustes, forum. Le gymnase a peut être été transformé en église.  On passe de Rome à Byzance insensiblement. Non loin du lac un le Palais triconque  occupe un vaste espace.

Baptistère

Le Baptistère rond est le monument emblématique de Butrint, photographié avec ses mosaïques sur les  dépliants et affiches., photographié vu du dessus. Latéralement, les mosaïques cachées, on distingue mal la structure circulaire, il me déçoit un peu.

La grande basilique chrétienne du 6ème siècle a perdu sa toiture mais a gardé des arches impressionnantes surtout si on les compare aux églises médiévales beaucoup plus petites.

Basilique byzantine

Une fontaine romaine a gardé ses mosaïques.

On suit ensuite les fortifications pour découvrir les portes de Butrint astucieusement construites afin qu’un minimum de défenseurs empêche les envahisseurs d’entrer : entrée très basse l’architrave forçait les guerriers à baisser la tête et interdisait toute intervention des cavaliers. La Porte du Lac est authentiquement hellénistique tandis que la Porte des Lions a été reconstruite au Moyen Age. Elle porte un bas-relief où un lion dévore une tête de taureau (Bos) rappelant la légende ayant donné son nom à Butrint, Buthrotum. Enée, voulant sacrifier un taureau aux dieux en mer, l’anikmal blessé serait venu mourir sur l’île. C’est là qu’Enée, aurait retrouvé les Troyens, Helenos ayant fondé la ville après la chute de Troie ;

Porte des lions

Un petit château se trouve sur l’acropole, on y a installé le musée. Vénitien ou Normand, ? il a été édifié en 1930 !

J’ai un peu bâclé cette visite dont j’attendais beaucoup à cause des groupes et de la chaleur. Nous savons pourtant d’expérience que les sites antiques se visitent tôt le matin !

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Forteresse d’Ali Pacha

Il est temps de trouver une cantine ; Ce sera à Kasmil, petite station balnéaire proche du site, dans une pizzeria qui fait aussi pâtisserie. En fait les deux sont mitoyennes , nous avons préféré les tables de la pâtisserie et le patron de la pizzeria a servi le repas chez son voisin ce qui ne semble pas avoir causé de problème. Köfte et salade grecque.

Adieu Simone Veil! – Et tu n’es pas revenu – Marceline Loridan-Ivens

J’avais dévoré ce livre sensible, témoignage poignant, de Marceline Loridan que Claudialucia avait fait voyager. Je n’avais pas su écrire  un billet. Certains sujets m’intimident, la déportation plus encore. Qu’écrire de plus qui soit pertinent?

J’ai beaucoup aimé entendre l’auteur parler de son amie Simone Veil à la télévision.

J’ai senti qu’il fallait que j’aille aux Invalides. rien ne me retenait, ni le travail, ni les obligations. J’avais la matinée libre,. Il faisait beau. Nous y sommes allées à 4 copines. Je goûte très peu les cérémonies officielles, Marseillaise, Drapeau, hommages militaires. Et pourtant je voulais dire adieu à celle qui résume  l’histoire du 20ème siècle, aussi bien la résistance au fascisme, la construction européennes, le droit des femmes, la loi qui porte son nom… toutes grandes causes qui m’ont fait vibrer.