Les liens du silence – Gilda Piersanti – LePassagePolar

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO – CALABRE

Bien que ce roman soit dans la collection de polars, j’hésiterais à le qualifier de « policier« , des meurtres, des enquêtes, certes mais pas le moindre carabinier dans cette histoire mafieuse. Chez les Cordellaro on règle les affaires en famille en effaçant les preuves ou les traces qui pourraient donner lieu à une enquête, on fait taire les témoins gênants, d’ailleurs inutile de leur demander de se taire, l’omerta règne. Vous avez compris, c’est une histoire de mafia, d’hommes d’honneur. En résumé, d’hommes. 

Et les femmes dans tout cela? Jeunes filles, elles seront promises à des héritiers prometteurs, pour souder des alliances, agrandir des domaines d’influence,  sceller des différends, comme les princesses autrefois au gré de la géopolitique. Il ne sera pas question d’amour, tout juste d’amour maternel, et encore, les enfants sont l’objet de chantage si la mère se rebelle. Rares sont les manipulatrices qui , comme l’Araignée, joueront de leur pouvoir pour avancer leurs pions,  fils ou neveux, dans les rivalités des clans. Nombreuses, les victimes, qu’on enferme dans le secret des grandes maisons et qui disparaissent mystérieusement.

 

Je croyais découvrir un village de  Calabre, berceau des Cordellaro. La romancière m’entrainera  à Zurich, Rotterdam où la famille a des succursales pour développer ses trafics. Magasins Bio ou Jus de fruits tropicaux pour couvrir les importations de cocaïne, bienfaisance pour exploiter les migrants, main d’œuvre bien utile dans les diverses récoltes de tomates ou d’agrumes. Ni vu, ni connu!

C’est un thriller psychologique où les manipulations, les exécutions, s’enchaînent. C’est aussi une histoire d’amour. Cela se lit bien, même si au début on s’emmêle un peu dans les relations familiales. Quand on est accroché on ne le lâche plus pour savoir la fin.

A l’ombre du brasier – Hervé Le Corre – Rivages/Noir

LA COMMUNE DE PARIS

 » Un monde nouveau s’imprimait chaque jour, les rêves se lisaient enfin noir sur blanc, en plein jour, enfin évadés des nuits, de leurs brouillards et de leurs terreurs. C’était le
printemps de la vie, tout cela, et les rosiers qui escaladaient les murs et débordaient sur les trottoirs, versant
parfois leurs parfums sur eux, ne disaient pas autre chose. »

Les dix derniers jours de la  Commune de Paris du 18 Mai 1971 au 28 Mai 1971 qu’on nomme aussi la Semaine Sanglante. 

Dans ce roman touffu, nous suivons Nicolas et ses deux frères d’arme Adrien et Le Rouge, soldats fédérés du 105ème, qui courent de barricade en barricade pour ralentir l’avance des Versaillais qui sont aux portes de Paris, Caroline, la bonne amie de Nicolas, ambulancière qui soigne les blessés. Des personnages louches profitent du désordre : Monsieur Charles, le photographe d’un genre « un peu spécial », Pujols qui lui procure de jeunes modèles pour ses photos érotiques, Clovis, le cocher complice de Pujols dans l’enlèvement des jeunes filles. Antoine Roques, ouvrier relieur a été élu commissaire de police du Xème s’attache à résoudre cette affaire d’enlèvements, il doit traverser Paris dans les combats pour délivrer une prisonnière.  On s’attache aux personnages : Communards idéalistes, courageux ouvriers dévoués aux rêves d’un avenir meilleur. Au cours de l’action, les caractères s’affirment, se complexifient. La solidarité du peuple de Paris, des inconnus soutiendra les fédérés jusqu’au bout. Avec l’avance des Versaillais les massacres sont effroyables…

Roman noir, roman historique? Histoire des anonymes, du peuple des ouvriers, des artisans , l’auteur évoque en filigrane quelques figures connues au fil des conversations, le Général Dombrowski ou Louise Michel.

Roman de guerre, sur les flaques de sang, l’odeur de la poudre, des cendres des incendies. Interminables traversées de Paris du fort d’Issy par le Bois de Boulogne et les quartiers de l’ouest de Paris abandonnés par les bourgeois, aux barricades de la Rive Gauche, du XVème au Quartier Latin, finalement les derniers jours tous se replient vers la Bastille, Château d’Eau, et l’Est de Paris. L’errance de Nicolas et Caroline se terminera vers Bagnolet ou Montreuil où les Prussiens campent encore. Beaucoup de combats, de faits d’armes, d’héroïsme qui finissent par lasser le lecteur qui sait que les Versaillais seront impitoyables.

Histoire des femmes aussi, des ouvrières qui se réunissent pour faire valoir leurs droits, féministes activistes.

Et bientôt, les filles n’auront plus besoin de demander la permission pour tout, pas vrai ? C’est toi qui me l’as
dit, une fois. Qu’la Commune et tout ça, ça changerait la vie des femmes.

 

Accessoirement, histoire de la photographie, Charles Gantier rêve d’être un des premiers reporters de guerre avec un procédé de sa façon.

La guerre sera bientôt dans la rue, sous nos fenêtres, et j’en veux enregistrer toutes les convulsions ! Mes confrères
photographient ces imbéciles posant sur leurs barricades, devant leurs canons, bravaches, triomphants ! Mais
moi, je les prendrai sous le feu, face à de vrais soldats, dans la fureur du combat, et l’on verra qui alors est le
plus brave, de cette mégarde nationale, de ces bonimenteurs à képis, ou des régiments de ligne menés par nos
meilleurs officiers. Alors la vérité sautera aux yeux de l’Histoire.

Roman policier avec l’enquête des enlèvements….

J’ai suivi avec beaucoup de sympathie l’Odyssée de Nicolas du Bois de Boulogne aux Grands Boulevards . J’ai un peu décroché pendant les faits d’armes qui traînent  en longueur. Sans doute était-ce nécessaire de maintenir le lecteur dans les bombardements et le sang. Mais je me suis accrochée et ne l’ai pas regretté.

De chair et d’os – Dolores Redondo

POLAR BASQUE

J’avais envie de rester dans les montagnes basques, rien de mieux qu’un polar bien épais (608 p.) pour me scotcher et m’emmener dans la vallée du Baztàn, à Elizondo (tout près d’Aldudes où nous avons piqueniqué) et me raconter  les secrets cachés dans ces Pyrénées navarraises.

la vallée de Baztán on a envoyé au bûcher des douzaines de femmes accusées de sorcellerie, dénoncées bien souvent par leurs propres voisins, et elles étaient de la vallée depuis toujours. Tout comportement un peu « anormal » était soupçonné d’avoir quelque chose à voir avec le diable,

Ces  villages enclavés recèlent des traditions de sorcellerie, de monstres des forêts  en plus des ours et des secrets familiaux que tout le monde connaît.

Le Tarttalo, connu également comme le Tártaro et comme le Torto, est une figure de la mythologie basco-navarraise, un cyclope de taille gigantesque, extraordinairement fort et agressif, qui se nourrit de brebis, de jeunes filles et de bergers.

Histoires aussi des cagots, qui remontent aux temps médiévaux ayant souffert de discrimination pendant des générations qui ne sont pas oubliés.

Vous êtes de la vallée, vous avez forcément entendu parler des cagots. — Les cagots ? Tu veux dire ceux qui vivaient à Bozate ?

Les historiens ne sont pas d’accord sur l’origine des cagots. Ils estiment qu’ils sont arrivés en Navarre par les Pyrénées, fuyant les guerres, la faim, la peste et les persécutions religieuses au cours du Moyen Âge. La théorie la plus répandue c’est que c’étaient des cathares, membres d’un groupe religieux persécuté par le Saint-Office ; d’autres pensent que c’étaient des soldats goths déserteurs, réfugiés dans des léproseries du sud de la France, où ils ont contracté la lèpre, une des raisons pour lesquelles on avait peur d’eux ; selon une autre hypothèse, ce serait un mélange de proscrits et de parias amenés ici pour servir le seigneur féodal de la région, qui était alors
Pedro de Ursúa, dont il reste un palais fortifié à Arizkun.

Attends, si je comprends bien ce que tu me dis, la ségrégation envers un groupe racial au Moyen Âge est la
raison historique à laquelle faisait référence le père Sarasola pour expliquer les dernières profanations dans
l’église d’Arizkun

Influence de l’Eglise et surtout de l’Opus Dei, puissance occulte. Un étrange prêtre en Armani.  Dépaysement garanti!

L’inspectrice de police est une jeune femme, nouvellement mère, native de la vallée. Policière brillante, très bien notée :  on fait appel à ses services dans les affaires délicates comme la profanation de l’église d’Arizkun. Elle est aussi très impliquée dans des cas de féminicides et de violences conjugales (malheureusement bien fréquents dans ces régions qu’on imaginerait tranquilles).

Un gros pavé, thriller plein de rebondissements et de pistes, de personnages bien campés et pittoresques dans un décor magique, entre pluies, brumes, routes givrées, torrents et barrages. Belles maisons basques anciennes qui sentent bon la cire d’encaustique.

Un bon moment de lecture malgré de petits bémols : l’allaitement et les biberons du nouveau-né occupent une place non négligeable dans le roman.  Certes, la maternité et les bébés font partie de l’intrigue policière mais les nuances de piaillement des bébés ne me passionnent pas. La question de l’instinct maternel est intéressante.

Je ne suis pas une bonne cliente pour le surnaturel et le paranormal. Que l’on fasse appel aux traditions locales anciennes de sorcellerie m’intéresse. En revanche les phénomènes de transmission de pensée (avec l’agent du FBI américain) parasitent le récit le rendant peu crédible. Les références au « diable » ou au « mal » me sont complètement étrangères.

Du sang, c’est le genre qui veut cela dans un polar, mais point trop n’en faut…c’est un peu Grand Guignol.

Malgré ces réserves (qui me sont personnelles) je reviendrai lire les deux autres opus de la trilogie quand j’aurai envie de retourner dans les Pyrénées. A mettre dans la valise pour les journées pluvieuses!

Toute la violence des hommes – Paul Colize

POLAR BELGE

Trouvé sur les blogs d’Aifelle et de Kathel

Après une série de livres sérieux et denses, j’avais envie de me divertir avec un polar,  me laisser entraîner par un auteur que ne connaissais pas encore.

Coïncidence : le héros de l’histoire est un Croate qui a vécu, enfant, l’horreur du siège de Vukovar (1991) alors que je viens de lire une série de livres de l’ex-Yougoslavie ; j’ai donc été sensible à cette tragédie évoquée dans le livre.

Le château d’eau de Vukovar

Je m’intéresse également au Street-Art qui est au centre de l’intrigue.

Et je n’ai pas été déçue. Polar original et très bien ficelé.

Des personnages intéressants et loin des clichés du genre dont on découvre progressivement la complexité.

Ne comptez pas sur moi pour spoiler et vous révéler l’histoire, il faut le lire. Une soirée suffit, on se laisse entraîner et on ne le lâche plus.

Du Rififi à Bucarest – Sylvain Audet-Gainar – Coll. Rouge

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Un polar réussi pour nous dépayser et nous faire voyager. Citybreak impossible? Partons pour Bucarest!

Tous les ingrédients pour le genre : de la baston, une enquête bien compliquée, des jeunes femmes sexy, du sexe, un chauffeur de taxi bien graveleux, un maître-chanteur….Pour la couleur locale : au centre-ville, un immeuble logeant des privilégiés de l’ancien régime (toujours en place 40 ans plus tard), des rues grises et défoncées dans des quartiers moins huppés.

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Arthur, gallo-dace,  est venu de France liquider la succession de son oncle qu’il n’a jamais rencontré . A peine installé dans l’appartement dont il a hérité, il est défiguré à coup de poêle à frire par un agresseur invisible.  Après une seconde effraction, Arthur décide d’enquêter sur la vie de son oncle. Une archiviste, un historien l’aideront à dépouiller les Archives de la Securitate : son oncle était un médecin proche des Ceausescu, gynécologue.

Ce joyeux mélange entre Retour vers le futur, Good Bye, Lenin ! et le Petit Nicolas m’a aussitôt fait regretter qu’un appareil aussi fantastique n’existe pas dans la réalité.

Il obtient le concours d’alliés un peu baroques : un grand-père amateur de Frédéric Dard et son petit-fils de 5 ou 6 ans aux déguisements fantaisistes particulièrement mal embouché mais très sagace, un Don Juan chargé de nombreuse et encombrante famille, une vieille voisine fouineuse et tenace et même une étoile du cinéma roumain.

Mais suis-je tant à plaindre ? Après tout, je profite de l’aide précieuse d’une sacrée escouade ! Un pote aux petits
oignons, une urgentiste aussi compétente qu’affriolante, son fripon de fils champion du monde du déguisement
et toujours flanqué de son sémillant grand-père philosophe, deux historiens caractériels aux connaissances titanesques, un commissaire mordu d’espionnage, un homo expert en confession sur l’oreiller et maintenant, l’une des actrices les plus renommées de Roumanie !

 

Je ne vous dévoilerai pas l’intrigue ni les épisodes qu’on pourrait qualifier de baroques, de surréalistes et même parfois de grotesques. Je vous laisse découvrir et profiter de cette lecture distrayante.

Vous n’avez pas connu ces temps-là, jeune homme. Quand on recevait un ordre émanant de si haut, on s’y
soumettait sans rechigner. Aussi absurde qu’il fût ! Ne faites pas cette tête-là, mon garçon ! J’ai travaillé toute ma vie comme journaliste pour le journal Scânteia.

Par delà la rigolade, l’intérêt historique :  la période Ceausescu et ses suites.

L’épilogue en 2017 et le mouvement #REZIST :

« Assisterait-on enfin au réveil d’une conscience civique en Roumanie bientôt trente ans après la chute de la dictature?

Rien n’est moins certain

Cet espoir me procure cependant une ivresse incroyable »

Le Pilote du Danube – Voyages Extraordinaires de Jules Verne

POLAR FLUVIAL ET DANUBIEN

….. »Ilia Brusch comprit le danger. Faisant pivoter la barge d’un énergique coup d’aviron, il s’efforça de se
rapprocher de la rive droite. Si cette manœuvre n’eut pas tout le résultat qu’il en attendait, c’est pourtant à elle
que le pêcheur et son passager durent finalement leur salut. Rattrapée par le météore continuant sa course
furieuse, la barge évita du moins la montagne d’eau qu’il soulevait sur son passage. C’est pourquoi elle ne fut
pas submergée, ce qui eût été fatal sans la manœuvre d’Ilia Brusch. Saisie par les spires les plus extérieures du
tourbillon, elle fut simplement lancée avec violence selon une courbe de grand rayon. À peine effleurée par la
pieuvre aérienne, dont la tentacule avait, cette fois, manqué le but, l’embarcation fut presque aussitôt lâchée
qu’aspirée. En quelques secondes, la trombe était passée et la vague s’enfuyait en rugissant vers l’aval, tandis
que la résistance de l’eau neutralisait peu à peu la vitesse acquise de la barge. »

Quel plaisir de s’évader au fil de l’eau à bord de la  grosse barque du pêcheur Ilia Brusch, champion  de la Ligue Danubienne des Pêcheurs au concours 1876 de Sigmarigen à Routchouk. Ilia a imaginé ce périple comme une véritable opération de communication : annonçant ses étapes par voie de presse, vendant aux enchères le produit de sa pêche.

Depuis plusieurs mois, en effet, les rives du Danube étaient désolées par un perpétuel brigandage.

Les voleurs, très mobiles, sont insaisissables et la police fluviale délègue un fin limier Karl Dragoch pour les arrêter. L’enquêteur, incognito, s’invite à bord de la barge d’Ilia Brusch. Jusqu’à Vienne c’est une véritable partie de pêche et de plaisir. Tout se complique quand le pêcheur fait escale dans la Capitale et que de nouveaux personnages s’immiscent dans la navigation. Véritable imbroglio d’identités, Ilia Brusch est-il le paysan Hongrois qu’il prétend?

A l’escale suivante, en Hongrie, une villa est dévalisée, une tempête chahute la barque et Karl Dragoch tombe dans le Danube…C’est un roman d’aventures!

L’action se déroule en 1876 avec les guerres d’indépendances des patriotes bulgares contre la Turquie, trafics d’armes, pirates du Danube.

Il y a aussi un une romance.

Tous les ingrédients pour un polar aventureux très réussi.

 

 

L’inconnu du Grand Canal – Donna Leon

LIRE POUR VENISE

DL

Je suis une fan de Guido Brunetti, j’ai vu ses enfants grandir, j’ai partagé les repas gastronomiques préparés par Paola….la signorina Elettra, Vianello, Foa les équipiers du commissaire sont de vieilles connaissances. J’ai lu au moins 7 épisodes de la série.

Les enquêtes m’ont conduite dans les ruelles, les calli, les canaux et les places de Venise que notre enquêteur parcourt le plus souvent à pied au pas de la promenade. Les sujets abordés ont été variés , patriciens quand l’enquête touchait la famille de Paola, artistiques ou plus triviaux. Et chaque fois, j’étais enchantée de découvrir le Venise des vénitiens et pas celui des touristes. Enquêtes tranquilles pour prendre le temps de flâner.

Mais cette fois-ci, ce n’est plus de la promenade, l’enquête fait du sur-place, pendant les 100 premières page on tourne en rond, et même pas dans les canaux vénitiens, Guido traîne à la questure devant son nouvel ordinateur et quand il quitte enfin son bureau c’est pour aller à Mestre. Embouteillages et visite d’un abattoir – pas glamour du tout.

L’intrigue s’anime un peu dans la deuxième moitié du livre, je m’ennuie un peu moins mais la solution est téléphonée et je me doute bien à l’avance de ce que le commissaire va mettre au jour. Corruptions à tous les étages.

Beau final, original. Ne pas le louper en abandonnant trop tôt.

Intrigue à Giverny – Adrien Goetz

POLAR IMPRESSIONNISTE ? PLUTÔT SNOBINARD

Je ne me prive jamais d’une visite à Giverny. Dès que j’ai découvert ce titre à la Médiathèque, je l’ai commandé (click&collect). Malheureusement, les scènes se déroulant à Giverny  sont peu nombreuses et je ne profiterai guère du jardin de Monet. En revanche, on traînera dans un vernissage au Musée Marmottan-Monet avec le gratin snob et assez détestable. Puis l’action se transportera à Monaco où se prépare un mariage princier. Tout aussi kitsch et snob. Fin navrante sur une piste de ski improbable dans les émirats. 

L’intrigue est légère :  deux spécialistes de Monet disparaissent du diner mondain succédant au vernissage. L’une d’elles est retrouvée égorgée dans un sarcophage de bronzage (j’ignorais que la chose existât) ; la seconde sera enlevée à Monaco. Il sera question de la vente d’un tableau de Monet, peut être un faux.  Wandrille, journaliste mondain, et sa fiancée Pénélope, conservatrice du Mobilier National (imbuvables) mènent l’enquête qui ne démarre vraiment que dans la seconde moitié du roman. Dans la première partie au charmant titre Des crocodiles dans les nymphéas, l’intrigue traîne et la lectrice s’ennuie, le livre manque de me tomber des mains.

Dans la deuxième partie, Les parfums de Giverny, il est plus question de Monet mais pas tellement de sa peinture, plutôt de sa fortune….la fin est plus réussie mais ce serait dommage de la raconter ici.

 

Unité 8200 – Dov Alfon

POLAR ISRAELO/PARISIEN

En ce moment je lis beaucoup. J’alterne gros pavés et polars exotiques plus vite lus. Un polar israélien? J’embarque et télécharge sans méfiance puis qu’il est recommandé par Matatoune    

J’aurais dû être plus attentive : le titre original est A long Night in Paris et le livre est traduit de l’anglais. Je risque de ne pas être dépaysée et de ne pas me promener beaucoup en Israël!

Espionnage, jeux de  pouvoirs entre les différents services des Renseignements israéliens, entre Mossad et Shabak, dans les bureaux et les salles de conférences de Tsahal à la Kyria. Guerres d’égo, cirage de pompes, coups tordus. Un Israélien est enlevé à Roissy ;  est-ce un fait divers ou une affaire d’Etat?  Une série de cadavres retrouvés cette nuit-là fait craindre le pire.

L’auteur ne nous épargne aucune note de service avec les destinataires, de niveau de secret, les codes et les procédures pour garantir la confidentialité. Cela pourrait être original, c’est plutôt ennuyeux. Quelle bureaucratie!

Dov Alfon se complait dans la technologie des téléphones mobiles, des smartphones capables de géolocaliser les correspondants (c’est finalement banal) de crypter les conversations (on s’en douterait).  et même de localiser les armes et les attaquants derrière une porte….miraculeux! Fascination pour les antennes???? Même attention complaisante pour les armes. Je m’ennuie.

Seule figure un peu folklorique : madame Abadi, la mère du colonel israélien. Mère tunisienne typique, elle va cuisiner couscous-boulettes, et makhrouds (emballés dans du papier alu). Madame Abadi habite Créteil. Alors là, la lectrice cristolienne se vexe. Créteil est décrite comme une banlieue affreuse avec un maire communiste  et des constructions staliniennes. Et non! l’urbanisme a été dessiné du temps du Général Billotte, gaulliste bon teint, et depuis, le Maire Socialiste a entretenu une ville verdoyante. L’auteur résident à Paris aurait pu prendre le métro avant d’imaginer des choux-fleurs, à la place  des épis de maïs!18

Code 93 – Olivier Norek

POLAR GRAND-PARISIEN

 Les chiffres ne sont qu’une indication. Ils ne veulent rien dire. Demander un chiffre c’est faire l’évaluation d’un travail. La réponse changera en fonction de la personne à qui vous posez la question. Si vous le demandez à celui qui a effectué le travail, il sera poussé vers le haut. Si vous le demandez à ses
détracteurs, il sera tiré vers le bas. Demander de chiffrer une activité c’est être assuré d’avoir une information
déjà faussée. Les chiffres ne sont que des paillettes pour faire beau à la fin des rapports vides. – Vous vous trompez, Coste, les chiffres sont tout, exactement pour cette raison. C’est parce qu’on peut tout leur faire dire
qu’on les fait tant parler. Plus particulièrement ceux de la délinquance et de la criminalité dont les conséquences
ont des répercussions à une multitude de niveaux. C’est ici qu’est nécessaire la pièce du puzzle qui vous
manquait, à vous comme au lieutenant Aubin. Le projet du Grand-Paris.

va falloir en mettre sous le tapis, des cadavres, pour que les investisseurs choisissent la Seine-Saint-Denis
comme nouvel eldorado, au lieu des séduisants 92 et 94. « 

.

Généralement, je lis des polars pour découvrir la face cachée et non touristique des pays que je visite. 2020 n’étant pas propice aux expéditions lointains, je me contente de voyages minuscules dans le Grand Paris.

La télévision donne une image stéréotypée du 9-3, le plus souvent négative. On pense aux Misérables (le film de Ladj Ly , pas Victor Hugo). L’approche de Norek est différente : il s’agit de Police Judiciaire  et  non pas de contrôles au faciès, de racisme ou de terrorisme. Trois crimes spectaculaires – grand-guignolesques – doivent être élucidés par l’équipe de Victor Coste.

Je déteste les billets qui racontent l’intrigue et qui déflorent le suspens. Je ne vous raconterai donc rien.

Sauf, peut être, que j’ai bien accroché à la personnalité de l’enquêteur Vincent Coste que j’ajouterai volontiers à la collection des Brunetti, Montalbano, Erlendur…que la personnalité des personnages secondaires est bien fouillée…que ce n’est pas un polar manichéiste même s’il charge une certaine corruption.

Intéressante, cette analyse des projets du Grand-Paris qui se réalisent maintenant sous nos yeux. En revanche, Norek ne porte qu’un regard distrait au décor, cela m’aurait gêné si je n’avais pas été parisienne, banlieusarde, et habituée des randonnées urbaines en 9-3.

A vous de lire…