ADN – Yrsa Sigurdardottir

POLAR ISLANDAIS

 

Faire un tour à Reykjavik en ces temps de confinement où tout projet de voyage se trouve exclus? ADN ne vous fournira que peu de dépaysement. L’action se situe à l’intérieur d’appartements sans intérêt particulier et non localisé dans la ville ou ses environs, ou dans un poste de police non identifié, dans une Maison d’Enfants impersonnelle.

Faire la connaissance avec de nouveaux enquêteurs? Le 4ème de couverture parle d’une psychologue mais son rôle n’est pas principal. L’enquêteur est un policier Haldur, bien classique…

L’intrigue est embrouillée à souhait, les crimes tout à fait horribles. Les armes du crimes sont la principale originalité du roman : le tueur a utilisé un aspirateur, un fer à friser et un fer à souder pour chacun de ses crimes. Pour égarer le lecteur il y a un club de cibistes, j’ignorais qu’au temps d’Internet, d’Instagramm et Face-Book les radios-amateurs existaient encore.

J’ai lu rapidement  ce livre, les pages se tournent seules, avec la même culpabilité que j’éprouve quand je regarde les séries policières à la télévision. Impression que je pourrais employer mon temps à lire quelque chose de plus intelligent, et en même temps, j’ai bien le droit de me divertir dans la facilité!

La prochaine lecture islandaise se fera plutôt avec Arnaldur dont il me reste de nombreux livres à découvrir!

La Daronne – Hannelore Cayre

NOIR/ POLAR?

La daronne : le livre

Je lis des polars exotiques, nordiques, grecs, érythréens, pour découvrir l’envers de la société inaccessible aux touristes.

Avec la Daronne je me promène près de l’autoroute A13 aux alentours de Marly dans un improbable domaine, dans un Belleville très chinois,  sur le parking de la prison de Fresnes, chez Tati à Barbès et un peu autour du Quai des Orfèvres et du Palais de Justice. Peu d’exotisme donc, quoique, la narratrice part aussi en vacances chics, en Suisse ou à Oman…

Je découvre une société interlope gouvernée par le principe que « l’argent est Tout« , c’est d’ailleurs le titre du premier chapitre du livre. Cosmopolite ou rastaquouère? La petite fille grandit dans une parfaite amoralité, à la lisière de la forêt, à la lisière de la société. Jeune femme, elle épouse un homme d’affaires qui lui procure luxe et confort sans qu’elle ne se soucie de la provenance de la richesse.

Veuve et mère de deux filles, elle devra travailler pour assurer sa subsistance. Son meilleur atout : une très bonne connaissance de la langue arabe. Elle est donc traductrice auprès des tribunaux et de la police. Sans contrat, à la tâche. Elle côtoie toute la misère du monde; comme celui qui a fait deux ans et demi de détention provisoire sur la foi d’une dénonciation avant d’être acquitté et qui demandait réparation

« Le tribunal aurait pu l’écouter cinq minutes ne serait-ce que pour s’excuser qu’un juge d’instruction ait foutu sa vie e l’air pour l’avoir maintenu sans preuve durant trente mois. Eh bien non, le président, méprisant, l’a coupé net : « Monsieur vous travailliez au noir à l’époque. Vous n’avez aucune prétention à réclamer quoi que ce soit. Pour nous, vous n’existez même pas!

Je ne trouvais plus mes mots en arabe tellement j’avais honte. je n’arrivais même pas à le regarder en face. J’ai commencé à balbutier et puis c’est sorti tout seul : Moi aussi, monsieur le Président, je suis payée au noir; et par le ministère de la Justice. Alors puisque je n’existe pas, débrouillez-vous sans moi! »

Et elle se retrouve à transcrire les écoute téléphoniques de dealers et trafiquants de drogue qui convoient le shit du Maroc.   Dépourvue de tout scrupule, elle va saisir sa chance au vol.

l’affiche du film La Daronne

« Çà y est, j’y étais de plain  pied dans le business. Le côté cour que mon père nous cachait ; là où l’entrepose les poubelles. Ce moment où il revenait les mâchoires serrées de ses voyages et qu’à la maison nous comprenions qu’il était de bon ton de s’écraser. »

j’ai déjà assez spoilé comme cela. A vous de le lire et de découvrir les rebondissements, les surprises que ce roman noir distille peu à peu.

Cela se lit bien, d’un trait.

Et j’ai hâte de voir le film!

Six Fourmis blanches – Sandrine Collette

LIRE POUR L’ALBANIE?

Une histoire qui se déroule dans les montagnes autour de Valbona où j’ai d’excellents souvenirs d’un accueil chaleureux et d’une nature vierge?

Une histoire racontant un trek hivernal pour une randonneuse?

Un thriller addictif et haletant qu’on ne lâche pas une fois commencé.

Certes, les Six Fourmis blanches offre un bon moment de lecture, c’est du travail bien fait. 

Mais je décroche quand on invoque les esprits ou le diable. Je suis diablement cartésienne, le surnaturel m’agace. Je suis mauvais public pour les films d’épouvante. Parfois ces incursions dans l’irrationnel sont justifiées, dans l’évocation de coutumes locales. La Transylvanie et les vampires de Dracula, par exemple. L‘Albanie, aux confins de l’Europe, dans les Balkans, le pays des Aigles comme on l’appelle parfois héberge des coutumes d’un autre temps, comme la vendetta, les tours…vierges jurées. Des sacrifices d’un bouc (chèvre) émissaires y ont-ils encore lieu? Un des narrateurs est le Sacrificateur qui précipite les chèvres du haut des montagnes, il a du charme ! Comme mon esprit critique me titillait je me suis promenée sur la Toile à la recherche de sacrifices, ou de bouc émissaire dans les Balkans, et j’ai été surprise de découvrir une fête de l’été (ou de Saint Georges) au Kosovo où des chèvres et moutons étaient sacrifiés, sans parler de la fête musulmane du sacrifice du mouton….

Pour la randonnée qui tourne mal dans le mauvais temps et la tourmente, c’est très bien fait, on ressent le froid et la peur, on tremble quand une crevasse s’ouvre sous les pieds des marcheurs encordés. Un petit clignotant d’incrédulité s’allume.  Pour les glaciers, j’ai médit! Il y a vraiment 8 glaciers de petite envergure en Albanie,  proche du Monténégro (selon un site anglais,trouvé sur Internet). Le pic le plus haut  au-dessus de Valbona approche 2500m . Parce que je suis exigeante! Si on me balade, j’aime bien qu’on détaille le contexte.

Hypothermie – Arnaldur Indridason

LIRE POUR L’ISLANDE

lac de Thingvellir

Dans la série des enquêtes d’Erlendur, entre la Femme en vert et l’Homme du Lac, j’ai dévoré cette histoire, avec la surprise en moins ; il faut que je freine sur les séries, l’intérêt finit par s’émousser.

Pour illustrer le voyage, pour animer des personnages dans les paysages trop vite visités.  L’action se situe à Reykjavík et dans la ville toute proche de Kopavogur mais aussi sur les bords du lac de Thingvellir dans un de ces chalets d’été que nous avons entrevus.

Erlendur,  enquête seul sur des affaires non résolues oubliées parfois vieilles de 30 ans. Cette fois-ci, il a la chance de résoudre 4 énigmes pour une seule enquête. Je ne veux pas spoiler, je ne vous raconterai rien!

Les thèmes abordés ne m’ont pas trop accrochée, la vie après la mort, les fantômes, les médiums sont bien loin de mes intérêts. J’ai mis un certain temps à entrer dans le roman, mais l’auteur sait trousser une énigme et je me suis laissée embarquer.

Maintenant je ne peux plus reculer, il faut que j’ouvre la Saga de Saint Olaf de Snorri Sturlusson même si la littérature médiévale m’intimide.

Passage des ombres – Arnaldur Indridason

LIRE POUR L’ISLANDE

Goupies d’Erlendur, vous serez peut-être déçues?

L’enquêteur est Konrad, à la retraite.  Il ressort  une affaire de 1944  à la suite de la mort suspecte d’un octogénaire discret et solitaire. Seule piste : des coupures de journaux traitant de la disparition d’une jeune fille. Étrangement, les archives ne conservent pas de trace de l’enquête ou d’un éventuel procès. 

Début 1944, de nombreuses troupes britanniques, américaines et canadiennes sont stationnées en Islande, dans l’attente d’un débarquement allié. L’Indépendance islandaise sera proclamée à Thingvellir le 17 juin 1944.

Quand Rosamunda est retrouvée morte par deux jeunes gens, un soldat américain et une jeune fille islandaise, la police militaire alliée enquête de concert avec la police locale. Cet afflux de soldats n’est pas sans conséquences sur la société islandaise.

« …Quittant les campagnes et leurs fermes, les gens affluaient vers Reykjavik en quête d’un avenir radieux. Un tas d’opportunités toutes neuves s’offraient à eux. Thorson ne leur avait pas parlé de la situation pour ne pas ternir la belle image qu’ils avaient gardé du pays; Ils s’était contenté de dire que l’occupation constituait un événement dans la vie de la nation et qu’elle en serait sas doute à jamais transformée. la vieille culture paysanne que ses parents avaient connue était vouée à disparaître…. »

La « situation » est le mot vague et pudique désignant les relations entre les jeunes islandaises et les soldats.

« Récemment, il (Konrad)avait lu un article expliquant que celles qui fréquentaient des soldats avaient eu pendant longtemps mauvaise réputation, mais les choses avaient évolué au fil du temps, avec l’apparition ds mouvements féministes. D’une certaine manière, la guerre aait libéré les femmes du patriarcat qui caractérisait depuis des siècles la société paysanne islandaise. Elles avaient conquis leur indépendance et c’était aussi pour cette raison qui l’opposition à ladite situation avait été aussi virulente. Les blanchisseuses qui travaillaient pour l’armée devenaient chefs d’entreprise et gagnaient plusieurs fois le salaire d’une ouvrière. Elles n’étaient plus sous la coupe de leur mari ni contraintes de trouver un époux sorti d’une ferme en tourbe : tout à coup, elles avaient la possibilité de parcourir le monde et d’aller dans des pays lointain aux bras d’un étranger. Leur esprit d’aventure s’éveillait…. » 

Cet aspect du polar est tout à fait intéressant.

Un autre éclairage concerne les croyances paysannes qui perdurent encore. Dans les campagnes la croyances aux elfes et aux trolls étaient encore vivaces. Quand une jeune fille avait subi une agression et un viol, on lui conseillait de raconter qu’elle avait rencontré un elfe. La disparition de deux jeunes filles « ayant rencontré un elfe » dans des circonstances analogues élimine la piste des soldats et oriente l’enquête vers un coupable islandais.

« Elle était très proche de la nature et aimait beaucoup sa région. Elle la connaissait parfaitement et connaissait les plantes et les oiseaux et elle…comment dire [….]Les gens comme elle croient peut être plus facilement aux elfes, aux démons, aux géants que les autres.

– Et vous vous y croyez?

 – Pas du tout […]je n’y vois qu »un phénomène social. je crois que les contes populaires nous permettent de comprendre l’univers mental des gens…. »

j’arrête ici, de peur de spoiler. Parce que c’est avant tout un polar, avec une énigme, une enquête, des personnages. A vous de les découvrir.

 

SNJOR – Ragnar Jonasson

Il ne se passe jamais rien à Siglufjördur,petite ville du nord de l’Islande qui a joui d une prospérité grâce à la pêche et au salade des harengs. La bourgade était même animée d une vie culturelle dont il reste un théâtre des musées et une élite intellectuelle.

Il ne se passe rien à Siglufjordur ! Les  habitants forment une communauté ou tout le monde se connait. On ne verrouille pas sa porte. Ari Thor venu de Reykjavik : pourra-t-il sonder les habitants ?Et pourtant, deux décès suspects ont lieu autour de Noël.

Siglufjordur est au bout du monde, enclavé entre des montagnes. Pour y arriver : un tunnel inquiétant et une route dangereuse en hiver.

Il neige beaucoup à Siglufjordur qui se trouve coupé du reste de l’Islande par une avalanche. Claustrophobie? L histoire se déroule en 2008 dans le contexte de la crise financière. Cette lecture tombe à pic à notre retour d’Islande. L ‘auteur décrit cette atmosphère particulière.

 

En revanche, l’intrigue policière est tirée par les cheveux. Je n’y suis pas entrée. Trop de coïncidences douteuses. La personnalité du jeune inspecteur ne m’a pas accrochée non plus. Ses hésitations sentimentales n apportent rien. Une réussite pour le contexte mais pas un polar sensationnel. Pour un autre polar islandais je suivrai Erlendu

L’Île déchirée

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et aux éditions Le Lamantin de m’avoir offert un voyage littéraire à Chypre avec ce roman policier!

Lecture facile, les pages se tournent toutes seules ( beaucoup de dialogues). Un galeriste est retrouvé assassiné dans la Green line, la zone de démarcation entre la zone grecque et la zone turque. Chypriote, résident à Paris, sa famille est originaire de la partie nord de l’île (actuellement turque). la piste du trafic d’antiquités nous fait emmène dans les monastères à la recherche d’objets liturgiques, d’icônes, de manuscrits…

Plus de  quarante ans ont passé depuis la partition de l’île en 1974 et les blessures restent ouvertes, ce que souligne le titre L’île déchirée cependant je suis un peu frustrée de rester sur ce constat simple. J’aurais aimé un peu plus sur les tentatives de réconciliations, de dialogues, aussi plus de détails sur la vie quotidienne (en dehors des considérations sur la chaleur qui règne l’été sur l’île, moi j’aime bien la chaleur). 

Une lecture distrayante, sans plus.