Adieu Jérusalem – Alexandra Schwartzbrod

LIRE POUR ISRAËL

C’est le troisième livre d’Alexandra Schwartzbrod que je lis.  Les personnages 4récurrents sont  Eli Bishara, le commissaire de police arabe israélien, Landau son homologue juif, Ana Güler, la libraire stambouliote….que je commence à connaître et auxquels je me suis attachée.

Politique-fiction, dystopie : une épidémie de peste se déclare à La Mecque pendant le pèlerinage. Dans la panique une rumeur se répand : les Juifs auraient empoisonné les puits. Dans  le monde musulman une vague antisémite déferle. A Jérusalem, la situation devient explosive. Des attentats meurtriers endeuillent Israël. Andreï Sokolov,  homme d’affaire russe  candidat à la Mairie de Jérusalem, veut exploiter la situation et déporter les Arabes hors d’Israël. 

A New York, aux Nations Unies les autorités paniquent : l’épidémie peut-elle être contenue? Comment réagir à la véritable guerre civile au Moyen Orient?

L’idée est intéressante. Le pitch  crédible : guerre bactériologique ou épidémie, le risque de contagion mondiale est sévère, les réserves d’antibiotiques et de vaccins sont au plus bas. Manque de masques et de protections. J’ai entamé cette lecture avec intérêt et tourné les pages pour savoir la fin.

Cependant, j’ai moins accroché que dans les deux autres livres  : trop de personnages, trop de lieux différents. On saute de Kazan à La Mecque, de New York à Istanbul, à Dubaï (au sommet de la tour Burj Khalifa) et bien sûr Tel Aviv et Jérusalem. J’ai un peu le tournis. Si les ambiances israéliennes sont bien rendues, les autres villes sont survolées. Beaucoup de personnages, un secrétaire des Nations Unies estonien , une diplomate américaine, un journaliste, des médecins égyptiens, tunisiens, des pèlerins de toute provenance. Difficile de s’attacher à toute cette foule! Qui trop embrasse mal étreint.

La fin paraît bâclée, les Etats Unis lâcheront-ils Israël? La peste restera-t-elle circonscrite à la Mecque?

Une, deux, trois – Dror Mishani

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Une : Orna, enseignante divorcée, mère d’un petit Erann, qui fréquente rencontre

Deux  :Emilia, lettone, venue à Tel Aviv comme « aide à la personne » prenant soin de personnes âgées

Trois : Ella, qui rédige une thèse au café pour fuir l’atmosphère confinée de son foyer

Toutes trois  rencontrent Guil, avocat dragueur, menteur, spécialiste des pays de l’Est.

Il faut lire plus de la moitié du livre pour comprendre pourquoi il se trouve classé Polar ou Thriller.

 Drame psychologique, divorce  mal vécu , Orna tente de réinventer une vie après que Ronnen, son mari, l’ait abandonnée. Elle fait suivre son fils par un psy.  Que peut-il arriver.  Emilia, travailleuse immigrée s’adresse à Guil pour avoir un visa qui lui ouvrira plus de portes. Drame de la solitude, sa seule sortie ; la messe dite par un prêtre polonais. Ella est plus difficile à cerner. Jeux de séduction. Savoir jusqu’où on peut aller dans le flirt quand on est marié (e), goût de l’aventure?

Nous traînons dans Tel Aviv, jeux d’enfants sur la plage, restaurant de poisson à Jaffa. C’est reposant un polar sans (ou presque) sans violence. Flirt, séduction mais sans sexe torride.

C’est un peu énervant de ne pas savoir comment cela va se finir! Il faut attendre la fin….

Balagan – Alexandra Schwartzbrod

LIRE POUR ISRAËL

Balagan: Amazon.fr: Schwartzbrod, Alexandra: Livres

Balagan ? C’est le mot le plus utilisé dans ce pays. Il signifie « bordel », et il englobe tout, de l’embouteillage à
l’Intifada… Dans le langage des jeunes Israéliens, et même des Palestiniens, il revient quasiment à chaque phrase

Balagan? un mot trop anodin, passe-partout, pour qualifier ces carnages. Au cours de quelques jours il n’y a pas un attentat, il y en a 3 séries de deux; au moins. Carnage, massacre, auraient mieux convenu. Assassinats, meurtres, explosions, attentats-suicides sont les éléments obligés de thrillers et de polars surtout à Jérusalem en  période d’Intifada. Hémoglobine, démembrements, enfants morts aussi. Même si je me dis « dans un polar c’est normal » c’est trop gore. 

Evidemment, malgré mes réserves ci-dessus, je me suis laissé embarquer et je n’ai rien fait avant d’être arrivée à la fin de l’histoire. Thriller addictif!

A l’équipe de policiers chargés d’enquêter sur les deux premières explosions  à Jérusalem, s’ajoutent un diplomate français, un journaliste américain, un ultra-orthodoxe volontaire pour ramasser les restes des victimes éparpillés, une femme mystérieuse, des Palestiniens, un Russe déjanté… toute une galerie intéressante de personnages. un soin particulier est donné aux personnages secondaires. Landau, l’officier chargé de l’enquête est persuadé que les coupables sont à chercher du côté du Hamas, borné, macho, il n’aura pas le beau rôle, il songe surtout à évincer Bishara, le policier Arabe-israélien, l’anti-Landau. Sharon, la seule femme de l’équipe ne se laisse pas démonter et enquête à sa manière…Personnage complexe cet Eli Bishara, comment un Arabe peut-il se prénommer Eli et servir dans la police israélienne. L’auteure semble affectionner ce policier borderline, qui apparaît dans le roman Les lumières de Tel Aviv. mais je ne vous en dirai pas plus, de peur de spoiler.

D’un coup, le monde n’était plus binaire, il n’y avait plus les méchants d’un côté et les gentils de l’autre, juste un
puits de souffrance dans lequel ils chutaient tous sans raison, sans explication.

Goût des nèfles, du houmous, des pitas encore chaudes. Parfums, ruelles de la vieille ville. Ambiances contrastées entre Méa Shéarim,une discothèque branchée un peu bizarre à Tel Aviv, une boutique un peu désolée à Beer Sheva…une maison à Hebron. On est dépaysé!.

Un bon thriller si on supporte la violence!

 

 

 

Les Lumières de Tel Aviv – Alexandra Schwarzbrod – Rivages/Noir

LIRE POUR ISRAËL

Anticipation et dystopies ne sont pas mes lectures favorites. L’histoire et la géographie  me suffisent ; les mondes imaginaires m’intéressent rarement. Néanmoins, depuis contagions, épidémies et confinement je me suis tournée vers des récits d’anticipation. 

Dans un futur non précisé, la géopolitique a suivi des tendances qu’on devine aujourd’hui. Sous l’effet des nationalismes, les états se sont fracturés : Tel Aviv a fait sécession du Grand Israël ultra-orthodoxe sous protection des Russes

La société israélienne s’était réfugiée dans la religion quasiment sans s’en rendre compte. Lassés par la querelle
sans fin avec les Palestiniens, épouvantés par l’arrivée des djihadistes aux portes du pays puis par les guerres
fratricides des pays arabes, déboussolés par la perte d’influence de l’allié américain et la montée en puissance du
partenaire russe, de nombreux jeunes en quête de valeurs s’étaient enfermés dans l’étude de la Torah.

En revanche les laïcs – les Résistants – se sont concentrés à Tel Aviv :

La cité côtière était devenue un vaste caravansérail où les laïcs de tous horizons, juifs en majorité mais aussi
chrétiens et musulmans, venaient retrouver l’utopie des premiers kibboutznikim

Pourtant, Tel-Aviv n’était pas le premier exemple de sécession dans le monde. La Californie venait de se séparer
du reste de l’Amérique, on y vivait désormais en autosuffisance au sein de communautés qui tentaient de raviver
l’esprit hippie et le folklore des années 1970. L’Écosse, la Catalogne, le Pays basque mais aussi le Tyrol….

Le réchauffement climatique n’était plus un chiffon rouge mais une réalité, les pays du Sud étouffaient et ceux du
Nord se cadenassaient pour bloquer l’afflux des réfugiés.

Le monde était devenu une succession de murs et de cloîtres. On ne se voyait plus, on ne se parlait plus.

 

Un nouveau mur parfaitement étanche sépare les Ultra-religieux des Résistants de Tel Aviv. Tandis que les Israéliens se consacrent à la prière, leurs alliés russes protègent le Grand Israël et lui fournissent un arsenal de drones programmés pour tuer les fugitifs ou les infiltrés.

Des robots tueurs ? Je pensais qu’il s’agissait juste de nous équiper de drones sophistiqués. Cela signifie que la
décision de tirer ne dépendra plus des humains ?

Haïm, un conseillé du Premier Ministre prend la fuite juste avant la mise en fonction de ces drones-tueurs dotés du pouvoir d’éliminer sans intervention humaine,  grâce à l’intelligence artificielle. Révolté par ce procédé, il veut confier les plans de la surveillance électronique aux Résistants de Tel Aviv. Son successeur Isaac aura les mêmes problèmes de conscience.

Les Arabes palestiniens ont été déportés du Grand Israël, Moussa et Malika se cachent dans des grottes. Ils se joindront à Ana, la femme de Haïm pour fuir vers Tel Aviv. Il est urgent qu’ils rejoignent l’autre côté avant que les drones ne soient activés. Nous suivrons donc l’exode de ces fuyards.

Avec l’arrivée de Haïm à Tel Aviv, nous découvrons la cité utopique, multiculturelle et égalitariste, féministe. Privée de ressources financières les habitants sont retournés à la débrouille et  au troc. Expérience chaleureuse mais non dénué de conflit. Des extrémistes de la laïcité « ni voile ni perruque » menacent la paix civile. Le flic Eli (arabe malgré ce prénom qui sonne juif) est chargé d’une mission secrète et doit passer le Mur…

C’est donc un thriller avec une histoire d’amour où Ana joue une rôle central. Si l’analyse politique m’a intéressée, je suis moins convaincue par la psychologie des personnages. La personnalité d’Ana ne m’a pas parue crédible et celle des personnages masculins un peu simpliste.

 

Sous la Même Etoile – Dorit Rabinyan

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Tablzau Hassan HJourani

Sous la même étoile est paru en hébreu en 2014. Roman d’amour mettant en scène une israélienne juive et un palestinien, il a fait l’objet d’un scandale – « menaçant l’identité juive, et favorisant les mariages mixtes », il a été retiré du programme des lycées. Ce scandale a assuré au livre un succès phénoménal en Israël comme à l’étranger. 

 

Je lis rarement les critiques et les dédicaces pour garder la surprise. J’ai eu tort. J’aurais appris dès le début du livre que l’amoureux de la narratrice a vraiment vécu, ‘Hilmi, dans le roman , fut le peintre Hassan Hourani dont la fin tragique a été racontée dans le livre largement autobiographique .

La narratrice, Liat – traductrice – vient étudier un semestre à New York. A l’automne, elle rencontre ‘Hilmi , un peintre palestinien. Les deux amants vont vivre une véritable passion pendant le très long hiver new-yorkais. Amour partagé, intense,  mais secret, provisoire. La date de la séparation est fixée dès le début, à l’expiration du visa et au retour de Liat en Israël.

hassan Hourani

Liat cache cette liaison à sa famille. Au risque de blesser ‘Hilmi, elle lui demande même de « disparaître de sa vie dix minutes » le temps d’une conversation téléphonique hebdomadaire le soir du Shabat avec ses parents.

Dorit Rabinyan

Liat et ‘Hilmi vivent leur amour au présent, à New York, leur langue commune est l’Anglais. On pense à une idylle de vacances adolescente. Ils ne sont pas naïfs pour autant : ils évoquent librement la situation politique, l’occupation israélienne de la Palestine. ‘Hilmi a fait de la prison à 15 ans. Liat ne fait pas mystère du fait qu’elle a fait son service militaire. Liat défend la solution à deux états, comme les israéliens de gauche tandis que ‘Hilmi et ses frères soutiennent que seul un état binational est réaliste (à l’aide de la démographie palestinienne et de sa natalité plus forte).

Dans le froid nord-américain de cet hiver si long et si enneigé, les deux « moyen-orientaux » rêvent de soleil, de Méditerranée. L’auteure donne une description vivante de New York, pages très évocatrices. Quand elle rentre à Tel Aviv, au début de l’été elle emporte le lecteur dans une

Tel Aviv l’insouciante, la prétentieuse, la fainéante. Avec ses milliers de cafés toujours bondés, avec ses mille races de chiens[…]Tel Aviv l’élégante, préoccupée d’elle-même, qui se reflète dans les vitrines de ses boutiques de luxe. Tel Aviv qui n’est que soif de plaisir, débordante de vie, encombrée de jeunes dès l’arrivée des vacances d’été[…]Tel Aviv la douce, la désinvolte avec ses vastes terrasses….

La perspective la plus spectaculaire sur Tel Aviv et la côte,  la plus originale est apportée par le film que le frère d’Hilmi lui envoie, filmé de la terrasse du 9ème étage de l immeuble de Ramallah occupé par sa famille. 

Depuis Ramallah, l’œil de la caméra arrive droit sur les immeubles de verre et les gratte-ciels de Tel Aviv. Et moi, d’ici, je reconnais la partie supérieure cd la Tour de la Paix. Je discerne même la cheminée de Reading …Les immeubles de la Kirya […]Et dans le même frisson qu’hier, je suis envahie par la pensée de ma famille : la pensée de mes proches et amis là-bas. Où étaient-ils pendant que depuis Ramallah, Marwan filmait? Cette situation me renvoie au jour où, âgée de six ou sept ans, je m’étais tenue à la fenêtre de l’appartement des voisins pour scruter en cachette l’intérieur de notre propre cuisine […]

Car ce renversement apparaît des plus singuliers ; nous voir de l’extérieur, postés à la fenêtre des voisins et nous voir comme le côté caché d’un miroir. D’ici – de New YOrk – voir ce qui leur apparaît depuis Ramallah par delà les collines d’obscurité. Me voir à leur place, sur le balcon, comme sur quelque mont Nevo. Voir quotidiennement Israël, les banlieues de Tel Aviv, notre existence telle qu’elle se déroule de l’autre côté, une existence aussi confiante qu’inconsciente, et qui semble, d’ici, privée de réflexion lumineuse….

La citation est, certes longue mais c’est ce point de vue qui m’a le plus intéressée, cette coexistence étrange de chaque côté de la Haie Vive (Gader Haya)qui est le titre en version originale. Cette Haie est peut être une allusion  au mur de béton qui sépare Juifs et Arabes et qu’on est en train d’ériger au moment où se déroule l’action (2003). Cette séparation, clôture le 20 mai, date du retour en Israël de Liat, est aussi implicite dans le titre hébreu et Borderline le titre en anglais alors que le titre français Sous la même étoile n’y fait aucune allusion.

Ce titre français, un peu gnan-gnan et le rapprochement avec la tragédie de Roméo et Juliette ont quelque peu pollué ma lecture dans les premiers chapitres. Je suis un mauvais public pour les romans d’amour. Pendant la première partie je me suis demandée où l’auteure voulait en venir : Liat refuse de tomber amoureuse, et, en même temps, elle ne vit que par sa relation à ‘Himli . A part quelques visites à des amis, elle n’a de vie que dans l’ombre de son amant. On ne la voit ni étudier, ni travailler. Mon intérêt ne s’est éveillé que dans leurs confrontations. Au fur et à mesure de la lecture, je me suis passionnée pour leurs divergences et ce qui les unissait, moyen-orientaux dans le froid américain et je n’ai plus lâché la lecture jusqu’au dénouement final. 

Dans le faisceau des vivants – Valérie Zenatti



Valérie Zenatti est la traductrice d’Aharon Appelfeld – écrivain israélien majeur dont j’ai lu avec grand bonheur plusieurs ouvrages (Les Partisans, Tsili, Le garçon qui voulait dormir….).
Dans le Faisceau des vivants paru en janvier 2019, est un récit très personnel qui raconte comment elle a vécu la courte période, 45 jours, séparant l’annonce du décès de l’écrivain début janvier et le 16 janvier – jour où il aurait eu 86 ans. Livre de deuil. Livre délicat et sensible. Evocation très personnelle d’Aharon Appelfeld dont la voix résonne encore. Valérie Zenatti traduit des vidéos anciennes, des interviews…elle cite abondamment des textes qui la touchent, réécoute son répondeur téléphonique…et fait le voyage jusqu’à Cernowitz, lieu de naissance d’Appelfeld, pour trouver lieux de son enfance et de son inspiration.
Ce n’est pas une biographie de l’écrivain, et j’en suis satisfaite. Les livres d’Appelfeld puisent tant dans sa vie qu’une paraphrase eût été inutile. Je suis souvent frustrée par les écrits comme Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik ou certaines biographies comme celle de Duras par Laure Adler, pourtant excellente. Je préfère les mots de l’auteur.
J’attendais plus de détails sur le travail de traductrice. La traduction m’intéresse. Traduction/trahison ? ou au contraire intimité avec l’auteur ? Je reste sur ma faim. Mais ce n’était pas le propos. Ce n’était pas le moment. La perte était trop récente.










DANIEL BARENBOÏM de la Musique avant toute chose – Myriam Anissimov

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Daniel Barenboïm est une personnalité qui m’intéresse beaucoup.

D’abord, c’est un grand musicien que j’admire.

Mais surtout c’est un esprit libre qui a créé et dirigé un orchestre réunissant des musicien israéliens et palestiniens, libanais, syriens et jordaniens avec Edward Saïd :  West-östlicher Divan,

« Nous devons combattre le nationalisme étroit et le fanatisme religieux par l’éducation, l’humanisme. »

a déclaré Barenboïm à Londres en 2017 avant de commencer à diriger un concert!

Esprit assez anticonformiste pour chercher à imposer la musique de Wagner en Israël où elle n’a pas droit de cité depuis la Shoah.

Quand sa biographie a été proposée sur la liste de la Masse Critique de Babélio, j’ai coché la case sans aucune hésitation.

Myriam Anissimov a écrit les biographies de nombreuses personnalités que j’admire : Grossman, Romain Gary, Primo Levi ainsi que des romans. Elle a eu soin de replacer la vie et la carrière de Barenboïm dans un large contexte temporel que géographique. Daniel Barenboïm est né en Argentine mais sa famille a fui l’antisémitisme et les pogroms en Ukraine, elle situe les origines à Odessa. L’Argentine de Peron n’était peut être pas la destination la plus clémente pour les Juifs. La famille Barenboïm émigre en Israël en 1952. L’auteure apporte son éclairage.

La vie du musicien est surtout faite de rencontres avec les plus grands musiciens de la seconde moitié du XXème siècle. La lecture de cette biographie est jalonnée des rencontres avec les plus grands , de Rubinstein à Fürtwängler (le cas de ce dernier est discuté), de Menuhin à Boulez…impossible de les énumérer! C’est donc un plaisir de croiser dans le livre les plus grands interprètes et les proches de Barenboïm Sukerman et Perlman – amis depuis l’enfance .

Une grande partie du livre est consacrée à la première femme de Daniel Barenboïm : Jacqueline du Pré, immense violoncelliste, aussi bien avant sa rencontre avec Barenboïm qu’ensuite quand le couple se produisait ensemble, leurs noces au lendemain de la Guerre des Six jours. J’ai beaucoup aimé cette partie du livre, l’auteur a été très inspirée par la personnalité de Jacqueline du Pré et par son triste destin.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu cet ouvrage, même si l’énumération des œuvres jouées dans chaque concert ou festival m’a semblé un peu fastidieuse. Mais il faut dire que je suis peu mélomane et que nombreux titres me sont inconnus. J’aurais aussi aimé que l’auteure fasse surgir avec plus d’éclat la personnalité de Daniel Barenboïm, alors qu’elle a été plus inspirée par Jacqueline Dupré.

Le mérite d’un livre est aussi de suggérer d’autres lectures et j’en ai noté plusieurs, sans parler des écrits de Barenboïm lui-même.

Merci encore à Babélio et à l’éditeur Tallandier pour cette lecture passionnante!

 

 

 

La Boîte noire (1987)- Amos Oz

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Ce roman épistolaire réunit des échanges de lettres et de télégrammes datés de février  à octobre 1976. Ilana, après 7 ans de silence,  initie la correspondance avec son ex-mari Alec, professeur aux Etats Unis,  à propos de leur fils Boaz

« qu’est-ce qui m’a poussée à écrire?

Le fond du désespoir. et en fait de désespoir, n’es-tu pas un expert? (Mais oui, bien sûr, comme tout le monde j’ai lu la Violence désespéréeétude comparée des fanatismes.)… »

Ilana s’est remariée avec Michel Sommo, professeur de français, séfarade, très pieux, très vertueux, heureux père d’une petite Yifaat, un mari idéal, prévenant, doux doué de toutes les qualités.

Alec, est à l’opposé de Michel. D’origine russe, officier tankiste, intellectuel, laïque, il a quitté Israël pour enseigner aux Etats Unis.

Boaz, fils d’Alec, est devenu un géant incontrôlable, d’une grande violence. Michel essaie de remplacer le père absent et de l’influencer, sans grand succès.

La demande d’aide d’Ilana est suivie d’un chèque de 2000$, Alec a les moyens.

La correspondance qui suit et transite par l’intermédiaire d’un homme d’affaires Zakheim, fait plutôt penser à une manipulation afin de soutirer des fonds à Alec.  Michel, le pieux, le parfait, sollicite ouvertement une donation en faveur d’une colonie religieuse en Cis-Jordanie. Boaz, après des incartades, est placé dans une institution religieuse dans les Territoires. On en revient à l' »étude des fanatismes » car Michel est un prêcheur impénitent qui tente de jouer sur la culpabilité d’Alec pour obtenir des sommes de plus en plus importantes pour son parti ultra-nationaliste religieux. Alec n’est pas dupe et pourtant il inonde littéralement Sommo de dollars31, si bien que Michel se métamorphose en homme d’affaires imbu de sa personne et de son importance qui néglige sa femme et sa fille et parade avec des dirigeants politiques…Qui manipule qui?

S’il ne s’agissait que d’argent, de spoliations des terres palestiniennes, ce serait déjà intéressant.

« Nous avons terminé, Ilana. Echec et mat. Comme après une catastrophe aérienne, nous avons déchiffré par correspondance le contenu de la boîte noire. Désormais, ainsi que le mentionne notre jugement de divorce nous ‘avons plus rien en commun »

Cette phrase fournit la clé du titre (c’est une de mes manies de lectures de chercher le pourquoi de chaque titre). en même temps tout ce qui va se passer après dément cette affirmation. Au fil des lettres entre Ilana et Alec nous allons décrypter leur histoire mais pas seulement : un jeu de séduction va les rapprocher. Qui manipule les sentiments de l’autre?

«  »Si je suis le diable, toi tu es la boîte, Ilana. pas moyen de s’en sortir.

Non plus que pour vous, lady Sommo. Si le diable c’est vous – alors la boîte c’est moi »

La boîte noire n’est pas seulement l’enregistrement des relations avant le krach, c’est aussi le piège que se tendent les amants.

Jeux d’argent et de politique. Jeux de séduction et de couples. Diable et bon Dieu. Alec endosse le rôle du diable avec délectation. Michel brandit la Torah et les règles de cacherout. Ashkenazes et Séfarades.

Cela donne une lecture passionnante.

 

 

 

 

Une panthère dans la cave – Amos Oz

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE 

une panthère à la cave

incipit :

« On m’a très souvent qualifié de traître, dans ma vie. La première fois que cela se produisit, j’avais douze ans e j’habitais à la périphérie de Jérusalem. C’étaient les grandes vacances, un an avant la fin du mandat britannique et le début de la guerre qui préluda à la naissance de l’Etat d’Israël.

Un matin, un graffiti s’étalait en grosses lettres noires sur le mur de notre maison, sous la fenêtre de la cuisine : PROFI EST UN VIL TRAÎTRE! »

Relecture, avec un plaisir renouvelé!

Relu après le Judas, le thème du traître qui est la trame des deux romans, prend une importance  accrue. Profi connait l’auteur du graffiti : Chita Reznik, membre de l’OLOM, « organisation clandestine » formée des 3 gamins, à l’imitation des adultes de la Résistance contre l’occupant britannique. Il connaît aussi le motif : il rencontre le sergent Dunlop pour échanger des cours d’hébreu et d’anglais. Le sergent Dunlop lui donne une Bible anglaise avec le Nouveau Testament où il va découvrir le personnage de Judas Iscariote.

Profi cherche l’exacte définition du « traître » dans le dictionnaire d’abord, dans la Bible, dans le Livre de Job, et selon Jérémie?Puis il semble en connaître le goût

« Pourquoi donc avais-je encore ce goût de trahison dans la bouche comme si j’avais mâchonné du savon » 

se demande-t-il un peu plus loin.

Pour justifier ses fréquentations du sergent britannique, Profi s’imagine espion. Le personnage qu’il aimerait incarner c’est la panthère dans la cave! 

Traître ou félin?

Profi est avant tout un « enfant de mots ». Ce caractère lui a valu son surnom. Profi cherche le mot précis, il fait la différence entre une dispute et une dissension. Il sait qualifier les nations. Il cherche à savoir si un traître est toujours « vil », se demande comment « la traîtrise peut être cynique et opportuniste » . L‘enfant de mots vit entouré de livres. Avec quelle précision, quelle jouissance, il décrit la bibliothèque de son père : le classement des livres avec une hiérarchie toute militaire, 28 pages y sont consacrées. Culture encyclopédique où les classiques latins et grecs, voisinent avec les éditions anciennes des érudits juifs religieux.

Je souris toute seule,  de connivence avec l’écrivain dont je me délecte d’explorer l’univers. Me vient l’urgence de retourner à la lecture de Judas et d’Une Histoire d’Amour et de Ténèbres. 

 

Dans la maison de la liberté – David Grossman

LIRE POUR ISRAËL

A la suite de Chers fanatiques d‘Amos Oz, j’ai téléchargé Dans la maison de la liberté de Grossman qui procède de la même démarche : recueil d’articles ou de discours plus ou moins longs prononcés au cours de la dernière décennie sur des thèmes politiques.

11 interventions prononcées à l’étranger l’occasion de récompenses directes, prix, diplôme honoris causa. Chaque discours est adapté à la circonstance, bien sûr, mais la portée est toujours générale.

« plus nous nous éloignons de l’époque de la Shoah, et plus les survivants se font rares, plus la crainte augmente que le traitement de la Shoah ne devienne plus théorique et abstrait et ne perde, progressivement son rapport avec sa dimension humaine, individuelle et intime. »

« en un certain sens, on peut affirmer que le peuple juif et, bien sûr aussi, presque chaque juif est le pigeon voyageur de la Shoah. A son corps défendant »

Il est souvent question de la Shoah, surtout quand le discours est prononcé en Allemagne. Souvent Grossman revient sur la paix au Proche-Orient. Ces deux sujets sont d’ailleurs liés, Grossman démonte l’instrumentalisation de la Shoah par certains politiques de droite provoquant angoisses et repli sur soi faisant un lien entre la Shoah et la « situation » d’Israël avec ses voisins,

« il est déprimant de penser que la majorité de la population israélienne est impuissante devant les manipulations de Nétanyahou, un véritable magicien, celui-là dans la manière avec laquelle il rattache les dangers réels qu’affronte Israël à l’écho des traumatismes du passé… » .

« A vrai dire, il est assez aisé de comprendre les motivation d’un tel mode de pensée : afin d’entamer un processus de paix authentique, nous devons, nous Israéliens, surmonter – ou plus exactement, renoncer à – la frayeur existentielle fondamentale qui dicte notre manière de penser et nos actes… »

La recherche d’une paix véritable, de la liberté, et d’une résolution du conflit qui donnerait satisfaction aussi bien aux Israéliens qu’au Palestiniens est le souci principal qui traverse toutes les interventions.

Grossman réagit d’abord en écrivain. Son domaine est l’écriture :

« Lorsque j’écris, tout comme d’autres écrivains, je recherche toujours les moments infimes et privés dans la tempête « historique », politique, militaire »

Chaque fois, un récit, individuel, presque romanesque vient éclairer son propos. Il analyse aussi son travail d’écriture dans Une  Femme fuyant l’annonce roman presque fini quand il perd son fils.La réalité télescope la fiction, et pourtant c’est l’écriture qui lui a donné le courage de vivre.

« A mes yeux d’écrivain, la littérature surtout sont les armes de celui qui s’obstine à réfléchir encore à l’unique, à l’être humain, à la spécificité de chaque individu, homme ou femme, Blanc ou Noir, musulman ou chrétien, Israélien ou Palestinien, à leur droit de vivre honorablement, sans humiliation, avec le sentiment de sécurité, le sentiment d’égalité. En paix. 

Cette obstination en l’occurrence – par l’écriture et par mon action politique – est ma façon de surmonter le découragement, de résister à la force d’attraction de la douleur; 

C’est ma façon de choisir en dépit de tout – la vie. « 

Une autre intervention nous touche particulièrement, Grossman était à Paris le 13 novembre 2015 invité par l’Ecole de la Cause freudienne. Qui mieux que lui peut analyser le terrorisme? ses traumatismes?

Certaines interventions sont récentes, la dernière est datée du 6 août 2018. Son souci de bâtir une paix durable est toujours présent. Il ne peut que s’insurger contre la loi sur l’Etat-nation qui consacre le fait que les citoyens arabes seraient des citoyens de seconde zone comme la langue arabe qui ne serait plus reconnue à l’égale de l’hébreu.

A lire!