Noa Eshkol au MAHJ – Danse et Compositions

Exposition temporaire jusqu’au 30 Aout 2026

very orange tree 1992

Noa Eshkol est née au kibboutz Degania en 1924 – Holon 2007.

Affiche Chamber Danse group

Danseuse, chorégraphe, elle fonde en 1954 le Chamber Dance Quartet avec des compositions dansées sans musiques rythmées seulement par una métronome. Une vidéo captée à Holon 1960 est projetée dans la salle d’entrée. Le tic-tac du métronome, la danse accueillent le visiteur entre des tentures suspendues ou plaquées au mur

A big kolo

La tenture, A big Kolo représente une danse, une danse balkanique qui se danse en rond comme la Hora.

ECRIRE LE MOUVEMENT

mouvement complexe bras jambe

Avec Wachman, Noa Eshkol met au point un système de notation chorégraphique très précis selon les segments du corps avec des sphères

Par delà l’aspect décoratif, très esthétique, un autre intérêt de l’exposition se trouve dans la projection de Décade , comémoration du Soulèvement du Ghetto de Varsovie au Kibboutz Lohamei Ha Getaot, spectacle dansé en extérieur devant l’aqueduc romain.

Cette chorégraphie a inspiré Yael Bartana pour son film The Undertaker (2019) projeté au milieu de l’exposition.Cette installation sonore de 13 minutes montre une cérémonie, une sorte de procession dansée à Philadelphie, manifestation avec une banderole « Bury your weapons not our bodies » spectacle très impressionnant qui se termine dans le cimetière sous la surveillance de personnages costumés à l’époque de la guerre d’Indépendance. CLIC

1973 Guerre de Kippour : « il n’est plus temps de danser »

Yom Kippur (mourning) 1983

La chorégraphe arrête la danse et commence une nouvelle création textile. De nombreuses tapisseries font référence au deuil comme Yom Kippur in memoriam of DanSapir ou Skud- the Gulf war (homage to Moshe Kupferman)

Skud – La Guerre du Golfe – Homage to Moshe Kupferman

Mais toutes les teintures ne sont pas si violentes ou si tristes. Souvent elles évoquent des paysages, la mer ou des collines

la mer de la Reine de Saba

Dans ces patch-word ou quilt Noa Eshkol se tissent des symboles :

En hébreu, les verbes coudre (tefira) et guérir(terufa) partagent une racine commune. Ainsi on peut interpréter la production de ces carpets cousus comme un acte de résilience…

Les seules règles que je mesuis imposées : ne pas acheter de tissu, n’utiliser que des chutes, des chiffons ou des vêtemnts usagés qui me tombent plus ou moins par hasard entre les mains. je m’impose aussi de ne pas couper le tissu, mais uniquement de découdre des pièces cousues

Et pour revenir à la danse ce magnifique paon, motif aussi de chorégraphie

peacock

La paix est notre avenir – Aziz Abu Sarah et Maoz Inon – Ed. l’Arbre qui marche

APRES LE 7 OCTOBRE

LA PAIX EST NOTRE AVENIR – Un voyage de réconcilation en Terre Sainte est un cadeau de la Masse Critique de Babélio et de l’édition L’arbre en marche que je tiens à remercier, excellente pioche cette fois-ci!

Toutes les initiatives vers le dialogue et la Paix sont à encourager dans le contexte de guerre, de destructions. Jamais la violence et les radicalisations n’ont été aussi marqués au Proche-Orient comme dans le reste du monde :

« les gens s’affichent pro-israéliens ou pro-palestiniens comme on soutiendrait une équipe de foot »

Les deux auteurs Aziz Abu Sarah, palestinien, et Maoz Inon l’israélien auraient pu se haïr. Aziz a perdu son grand frère qu’il adorait à la suite de sévices dans les prisons israéliennes, les parents de Maoz sont des victimes du 7 octobre, à Netiv HaAsara à quelques centaines de mètres de Gaza. le deuil les a rapprochés.

Aziz et Maoz ont fait de leur deuil une force comme Rami et Bassam, les héros du magnifique Apeirogon de Column Mc Cann CLICqui est également une histoire vraie.

Nos Coeurs invincibles – correspondance entre une étudiante de Gaza et une étudiante israélienne CLICest aussi une tentative de dialogue très émouvante.

Des musiciens ont tenté de chanter d‘Une seule voix : documentaire de Xavier de Lauzanne (2009) sans oublier le West Eastern Divan Orchestra de Daniel Barenboim.

Aziz et Maoz emmènent le lecteur pour un voyage de 8 jours à travers le pays et le temps. Et ce n’est pas un artifice pour construire un livre. Les deux amis sont des professionnels du tourisme et emmène réellement des touristes pour des voyages aussi bien en Israël/Palestine qu’ailleurs dans le monde. Aziz a monté dès 2009, une agence de voyage Mejdi tours CLICqui organise des voyages avec deux guides, l’un palestiniens, l’autre israélien et même avec une option de cueillette des olives (mais celui d’octobre prochain est déjà complet). Maoz est à l’origine d’une chaîne d’auberges de la jeunesse, toujours dans l’optique de connaissance des deux cultures et des rencontres interculturelles, à Nazareth et à Jérusalem, Tel Aviv. Le voyage qu’ils proposent dans La Paix est notre avenir est réel.

Retour aux origines : commence dans l’ouest du Neguev, le 7 septembre avec le massacre des parents de Maoz. Ce dernier revient aussi sur les origines de ses parents, Nir Am, le kibboutz où il est né. Le deuil. 

Tel AvivJaffa un carrefour de cultures et de conquêtes remonte loin dans le temps, dans les temps bibliques, de Jonas au Roi David, les Croisades, et le succès agricole de l’orange de Jaffa exportée dans le port…Indépendance d’Israël, et Nakba pour les Palestiniens contraints à l’exil. Fascination de la mer pour Aziz et découverte d’une ville arabe  autrefois florissante avec 120 000 habitants avant la Nakba. Maoz convie le lecteur sur la Place des Otages, comment oublier les otages? occasion aussi d’une leçon d’histoire du sionisme avec l’arrivée de ses grands-parents de Bessarabie et le souvenir de la Shoah. Assassinat de Rabin.

La troisième étape conduira les touristes en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et au village natal d’Aziz : Bethanie où il raconte son enfance, la brutalité de l’occupation, la mort de son frère et les différents statuts des Palestiniens de Jérusalem-est…

« Etre artisan de la paix n’est pas facile, mais c’est encore pire pour un Palestinien. D’un côté, vous devez supporter l’occupation violente et l’oppressionquotidienne. De l’autre vous devez affronter la suspicion de votre propre communauté…. »

 

« refuser le dialogue, c’est laisser la parole à ceux qui ne croient qu’à la force »

L »expérience de Maoz est autre : c’est la soumission à l’armée et la dépression qui s’en suivit.

Le 4ème jour les conduit à Jérusalem « Cité de la Paix » avec sa longue histoire dont je découvre des épisodes étonnants du roi David à Alexandre le Grand, Omar ibn al-Khattab le calife (638), et Soliman, à la visite d’Anouar Sadate(1977). Nous faisons connaissance avec d’autres guides, dont une rabbine américaine. Multitude de communautés des trois religions avec même des batailles de prêtres au Saint Sépulcre. Confrontation du sacré et du profane. Peut être ce multiculturalisme sera une chance de cohabitation et de paix?

le 5ème et le 6ème jour du voyage se dérouleront en Cisjordanie,Occupation et partition:  Bethanie, Jericho, complication des zones A, B et C, checkpoints et tracasseries militaires. Cie dans les camps, un provisoire qui s’éternise.

7ème jour : Nazareth, une ville aux portes de l’espoir

« une ville chrétienne à majorité musulmane dans un Etat majoritairement juif? Aucune ville au monde ne ressemble à Nazareth »

 

J’ai suivi ce périple avec un intérêt croissant. Il faudra que je le relise pour digérer toutes les informations.J’ai refermé le livre avec l’envie de les rejoindre pour un vrai voyage!

La Maison-Atelier de Chana Orloff, villa Seurat

ATELIER D’ARTISTE NON LOIN DE MONTPARNASSE

Maternité

Il convient de réserver sur Internet sur le site de la Maison de Chana Orloff.(www.chana-orloff.org). Elle est ouverte le week-end et certains mercredis. Pour y aller : métro ligne 6, station Saint Jacques et prendre la rue de la Tombe-Issoire.

« mon fils marin » de Chana Orloff, place des Droits de l’Enfant

Quand vous aurez trouvé Didi dans le petit square vous serez presque arrivés! Chana Orloff est une artiste qui me touche beaucoup aussi bien pour la qualité de ses oeuvres que pour son histoire.

Chana Orloff

Chana Orloff est née en Ukraine en 1888, qu’elle a quitté avec sa famille en 1905 pour la Palestine. En 1910, elle part pour Paris se perfectionner comme couturière, rencontre les artistes de Montparnasse, Soutine, Modigliani …En 1926 elle fait construire sa maison-atelier dessinée par Auguste Perret

Auguste Perret

Cet atelier son « travailloir » comporte un espace d’exposition, sorte de galerie, un atelier éclairé par une verrière et un appartement en étage. Cent ans plus tard je retrouve les oeuvres exposées

Portrait de ses contemporains

Chana Orloff a réalisé de nombreux portraits très originaux. Elle saisit les traits caractéristiques d’un personnage sans toutefois tomber dans la caricature. J’ai regretté qu’un inventaire de ces contemporains n’ait pas été fait. La guide, très aimable m’en a montré quelques un dont Anaïs Nin qui était sa voisine. Des têtes mais pas seulement. Sur les bustes ou sur les personnages en pied, on peut noter le soin porté aux accessoires, aux costume bien taillé : l’oeil de l’ancienne couturière!

Personnages mais aussi animaux comme ce teckel

Un de ses sujets favoris sont des maternités, ce qui n’allait pas de soi pour les pionnières de l’époque comme Anaïs Nin, ou les Amazones qu’elle fréquentait.

Naturalisée française (et décorée) en 1925, elle reste à Paris pendant l’occupation allemande, prévenue juste avant la rafle de juillet 1942, avec sont fils, elle fuit en Suisse jusqu’à la fin de la guerre. Pour retrouver sa maison pillée, ses sculptures disparues. Seules 4 seront retrouvées.

Le Retour

Son style va changer, elle va prêter moins de soin aux détails vestimentaires. Surfaces plus rugueuses. Le Retour restera donc caché longtemps avant d’être présenté.

Après la naissance de l’Etat d’Israël, elle va y travailler. Une commande de statue à la mémoire de héros de guerre sera honorée avec la monumentale maternité d’Ein Gev

Maternité d’Ein Gev

Elle décède à Tel Hashomer en 1968.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la biographie que lui a consacrée Rebecca Benhamou : L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture CLIC

Le livre commence au kibboutz Beeri, kibboutz victime du 8 octobre, encore une maison détruite, une maison pillée. La statue des Inséparables a disparu, volée? détruite?

Inséparables

la musée de la Maison de Chana Orloff organise à l’étage des expositions : en ce moment La Guerre et la Paix

Guerre et Paix

 

Le coeur pensant – David Grossman

APRES LE 7 OCTOBRE 

Depuis le 7 Octobre je suis aux aguets des écrits des écrivains israéliens, tribunes dans les journaux, déclarations de Shalom Archav, j’avais hâte de lire Grossman.

le Coeur pensant est un recueil de 6 articles parus dans Libération, Le Nouvel Obs publiés en 2022 – 2023, de deux discours encadrés par un prologue « Un cauchemar à nul autre pareil- 10 octobre 2023 », « un hommage aux victimes du 7 octobre – 16 novembre 2023 » 

Articles de fond analysant la situation intérieure avec l’arrivée de l’extreme-droite mais aussi les mouvements de protestations, les manifestations monstres dans les années 2022-2023. Le 27 aout 2023, retrospectivement juste avant le 7 octobre il écrivait « Mon pays est un corps malade »

« Aujourd’hui, c’est un processus de déstabilisation et de désintégration qui est à l’œuvre, une mise à mal du
contrat social et une détérioration de l’armée comme de l’économie. Non seulement le progrès est à l’arrêt,
mais la régression s’accélère : attitudes réactionnaires de discrimination et de racisme ; exclusion des femmes,
des LGBTQ+ et des Arabes ; ignorance et muflerie érigées en valeurs positives. »
[…]

« Pour la première fois depuis des années, les Israéliens commencent à sentir ce que signifie la faiblesse. Pour la
première fois peut-être depuis la guerre du Kippour, nous entendons résonner dans nos têtes la petite
musique de la peur existentielle. »

 il se termine par un texte publié dans le Courrier International « Aujourd’hui, Israël est plus une forteresse qu’un foyer- 1er mars 2024″. 

Scholem a dit un jour : « Tout le sang afflue vers la blessure. » Aujourd’hui, près de cinq mois après le
massacre, c’est ce que ressent Israël. La peur, le choc, la fureur, la peine, l’humiliation et l’esprit de vengeance,
les énergies mentales d’une nation entière – tout cela n’arrête pas d’affluer vers cette blessure, vers l’abîme
dans lequel nous sommes encore en train de tomber.
[…]

Aujourd’hui, je crains qu’Israël soit plus une forteresse qu’un foyer.

Depuis mars 2024, la guerre s’est intensifiée, a élargi son champ. Qu’aura écrit Grossman?

22 Mapesbury Road – Rachel Cockerell

FAMILLE MEMOIRE ET QUÊTE D’UNE TERRE PROMISE

Enquête familiale sur trois générations, sur trois continents et près d’un siècle.

L’ancêtre David Jochelman (1869-1941) arrive à Londres dans les années 1910 et s’investit dans le mouvement sioniste aux côtés d‘Israël Zangwill (1864 -1926)écrivain  britannique, très célèbre l’auteur des Enfants du Ghetto. 

Son fils Emmanuel Jochelman, (1898- 1939)sous le nom de plume de Emjo Basshe fut un dramaturge Newyorkais qui s’impliqua dans le théâtre expressionniste expérimental en compagnie de Dos Passos et d’Hemingway, entre autres. Ses demi-sœurs Fanny  et Sonia vivaient à Londres dans la belle maison de 22 Mapesbury Road, qui a donné le titre du livre. 

La troisième génération, née dans les années 1930-1940, ont vécu la Seconde Guerre Mondiale à Londres, puis certains s’installèrent en Israël à la création de l’Etat d’Israël.

Ce n’est pas tout à fait une saga familiale que Rachel Cockerell mais plutôt une enquête très documentée sur le mouvement sioniste, du Congrès de Bâle fondateur à la Création de l’Etat hébreu, en passant par différentes péripéties dans la recherche d’une Terre Promise qui ne fut pas obligatoirement située en Palestine et qui passa par Galveston (Texas). 

La forme du livre m’a déroutée. De grandes marges, pourquoi ces marges? Et puis des liens qui nous renvoient à des articles de Presse ou à des essais. L’autrice a mené son enquête et construit un texte comme une mosaïque ou un patchwork de citations. Elle présente les différents acteurs du mouvement sioniste par la plume de témoins, ou de critiques.

Première partie Vienne, Bâle, Galveston

Le chapitre 1er fait le portrait de Théodor Herzl, quelques lignes, parfois plus de journalistes ou de Schnitzler, Stefan Zweig, Chaïm Weizmann, Zangwill…

Le chapitre 2 nous fait connaitre Zangwill avec des témoignages de presse et d’écrivains

Chapitre 3 : récit du Congrès de Bâle selon le même procédé. 

Chapitre 4 : le pogrom de Kichinev. Ch. les réactions des politiques : Winston Churchill, Chamberlain. l’urgence d’offrir un refuge aux Juifs de Russie est reconnue. . Le territoire n’est pas forcément la Palestine : les britanniques proposent une colonisation en Afrique de l’Ouest. A Bâle, le congrès se divise sur ses objectifs. la Terre Promise sera-t-elle l’Ouganda? Ch. 8 : 1904, décès de Herzl. le mouvement sioniste a perdu son leader charismatique .

Selon Chaïm Weizmann, au VIIème Congrès le projet Ouganda est liquidé. Une nouvelle organisation pour un « sionisme sans Sion » va se mettre en quête d’un territoire : en Cyrénaïque, en Mésopotamie en Australie, en Angola etc…mais aucun ne convient, aucun n’est vraiment dénué de peuplement.

Jacob Schiff : « il me semble que la terre promise des juifs c’est l’Amérique »

Ainsi Schiff et Zangwill mettent sur pied le Mouvement de Galveston organisant l’émigration de milliers de Juifs Russes vers le Texas et le Sud Ouest des Etats Unis. La conclusion théâtrale serait-elle la pièce de Théâtre The Melting Pot de Zangwill?

Deuxième partie : New York 

Selon le même principe, l’autrice retrace la vie et l’œuvre du fils ainé de David Jochelmann à New York. On y découvre la vie des Juifs américains et le théâtre newyorkais et le théâtre. Le livre prend une tournure plus personnelle quand la narratrice, Emjo, la fille d’Emjo Basshe, le dramaturge, prend la parole. il n’est plus question de sionisme. 

Troisième partie : Londres

La famille est installée à 22 Mapesbury. On assiste de Londres à la montée du nazisme. Le 20 juillet 1933, une manifestation monstre des Juifs traverse la ville contre l’hitlérisme. Un nouveau personnage se présente : Jabotinsky qui ramène le sionisme au cœur du livre. Avec les persécutions en Allemagne, la guerre et l’Holocauste, la question d’un Etat Juif redevient urgente.

Témoignage de la vie sous le Blitz à Londres. Comme dans la deuxième partie, la saga familiale prend le dessus sur l’Histoire. La cousine américaine vient en visite.  Le lecteur  suit  avec plaisir la famille de l’autrice.

L’Histoire n’est pas bien loin : émigration d’une partie de la famille à  Jérusalem. Churchill entre dans le débat. Occasion pour nous d’assister à la création de l’Etat d’Israël et de suivre Ben Gourion dans sa déclaration de l’établissement de l’Etat Juif.. Liesse mais aussi début de la catastrophe pour les Palestiniens, qui n’est pas occultée.

London Daily News:  « C’est une des ironies les plus tragiques de l’époque moderne que l’établissement d’un foyer pour les Juifs, qui ont tant souffert, doive impliquer un si grand malheur pour autant d’Arabes
impuissants. Victor Gollancz, The Times Mieux que quiconque, les Juifs devraient comprendre ce qu’être un
réfugié veut dire. Qu’ils restent passifs face à cette tragédie est simplement impensable »

C’est donc une somme historique passionnante!

 

 

Tunnels – Rutu Modan – Actes sud

LITTERATURE ISRAELIENNE (BD)

Les blogs que j’ai l’habitude de suivre présentent de plus en plus de BD. Il faut sans doute que je sorte de ma zone de confort et que je cherche dans le rayon BD de la Médiathèque. Mission difficile, je n’ai toujours pas compris le mode de classement. Si bien que je pioche un peu au hasard.

Tunnels a excité ma curiosité. pour deux raisons. Une bonne : la traductrice est Rosie Pinhas Delpuech que j’apprécie en tant qu’autrice et que traductrice. Une mauvaise : « Tunnels » m’a fait penser aux tunnels de Gaza où ont été prisonniers les otages. Il aurait suffi que je regarde la date d’édition 2021, rien à voir avec la guerre actuelle. 

Le graphisme m’a fait penser à Tintin. Roman d’aventures avec des personnages plutôt farfelus. Nous voici parmi les archéologues. L’archéologie est une passion nationale en Israël, d’abord parce que la terre regorge de restes antiques, ensuite parce que les israéliens voient dans les antiquités juives une justification supplémentaire à leur attachement à la Terre d’Israël, quitte à trouver des synagogues partout et à négliger les églises byzantines, les sites hellénistiques ou les châteaux Croisés. 

Parmi ces fadas d’archéologie, on rencontre d’abord un collectionneur, M. Abouloff, richissime et vaniteux, qui n’hésite pas à acheter des pièces pillées par Daech, incapable de débrouiller des vrais des faux. Nili Broschi, fille d’un archéologue distingué mais sénile, veut poursuivre les fouilles que son père a entrepris. Son frère, est également archéologue mais carriériste. Motké Sarid, le Grand Professeur, dont la plus grande trouvaille est d’avoir évincé Israël Broschi. Dénué de tout scrupule, il espionne Nili pour s’approprier ses découvertes éventuelles. A cette collection de « savants » s’ajoute Gedanke, un illuminé orthodoxe qui croit hâter la venue du Messie en trouvant l’Arche d’Alliance, il a surtout le mérite d’avoir des pelleteuses et une certaine expérience dans les excavations. A sa suite tout un lot de jeunes colons hurluberlus qui pourront peut-être manier une pelle.

Le site des fouilles est situé dans les Territoires, en zone palestinienne où les Israéliens ne sont pas censés creuser et surtout juste en dessous du mur de séparation. Le tunnel que les archéologues creusent doit rejoindre un tunnel ancien que le père de Nili a creusé avec des Palestiniens du village le plus proche. Palestiniens et archéologues vont se rencontrer. Les villageois n’ont aucune visée archéologique mais le tunnel serait bien pratique pour rejoindre leurs champs. Pratiques aussi pour de la contrebande? Nili retrouve avec plaisir les anciens ouvriers de son père qui acceptent de continuer le travail….

Si vous voulez savoir la suite, il faudra lire la BD.

Amusante, farfelue, invraisemblable, humoristique, à vous de voir.

La Colline du Mauvais Conseil – Amos Oz

LITTERATURE ISRAELIENNE

 

Jérusalem,  1947. Les britanniques s’apprêtent à quitter leur mandat. L’ONU n’a pas encore décidé du partage de la Palestine.

3 nouvelles, ou trois parties, dans ce court roman (253 pages) qui se déroule dans un même quartier de Jérusalem. Dans la dernière partie Nostalgie les personnages des deux premières se retrouvent.

Tous les voisins sortirent pour accompagner du regard le docteur Kipnis et sa femme qui se rendaient au
bal de la Nuit de Mai donné par le haut-commissaire, sur la colline du Mauvais-Conseil.

La Colline du Mauvais Conseil a pour héros, Hillel, jeune fils d’un  couple assez modeste : le père est vétérinaire qui a l’occasion d’être invité au bal du gouverneur anglais, sur la colline du Mauvais Conseil. Un honneur, peut- être mais pas partagé par leur fils  qui écoute plutôt Mythia, le locataire russe qui est très anti-britannique. 

Ce roi-là, je ne l’envie pas. Il sera bientôt puni par le Bon Dieu ; Oncle Mythia l’appelle Kedorlaomer1, roi
du pays d’Albion, et dit que l’armée secrète l’attrapera et le fera exécuter pour tout ce qu’il a fait aux
rescapés des camps. »

La seconde nouvelle, M. Levy, a aussi une enfant narrateur, Uri, fils d’un imprimeur. Uri, ses proches, ses voisins sont impliqués dans la lutte pour bouter les Anglais de Palestine.

La dernière nouvelle, Nostalgie.  est rédigée sous forme de roman épistolaire. Emmanuel Nissenbaum, médecin, écrit à sa bienaimée, une psychanalyste, partie aux Etats Unis. Il va mourir.  Ses lettres racontent  sa vie à Vienne et plus tard à Jérusalem. Il donne des nouvelles de la situation en Palestine à la veille de la guerre d’Indépendance qui se profile.

Mina, nous devons nous préparer à la guerre. Quelle tristesse, Mina, quelle tristesse. Et quel affront pour
un homme paisible comme moi. J’ai pourtant essayé d’empêcher cette guerre. Au début de l’été, j’ai eu de
longues conversations avec un collègue arabe, le docteur Mahadi. Je me demandais comment un abîme
pouvait soudain séparer deux hommes tels que nous, modérés et pacifiques. Nous avons échangé tous
les arguments possibles : historiques, moraux, objectifs et subjectifs. Mahadi était convaincu, je doutais  

On retrouve Uri qui prend soin du malade et que ce dernier « adopte » comme un fils de substitution. Il compare l’enfant à l’enfant de la Diaspora

 Ils ont peut-être le sentiment qu’une fois bronzés ces enfants de Juifs deviennent des Hébreux. Une race
nouvelle croîtrait ainsi au soleil, ignorante de toute peur et de l’obligation de fuir. Une race audacieuse,
qui n’aurait plus dans la bouche des dents gâtées serties d’or et d’argent, les mains moites, et les yeux
fous derrière des lunettes aux verres épais. Le hâle du soleil les endurcirait et ils ne seraient plus jamais
un peuple aux abois. En bronzant, ne deviennent-ils pas de bronze ?

Dans ce contexte nostalgique, on peut se permettre de douter que le médecin n’adhère complètement à cette théorie.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui décrit  cette période d’expectative avant l’Indépendance, et la guerre qui a suivi le départ des Anglais. Avec beaucoup de nuances et d’appréhension. 

 

 

Zeev Sternhell contre le fascisme, un historien engagé en livre et podcast.

 

Par ces temps mauvais, l’actualité me déprime, Guerre au Moyen Orient, Guerre en Ukraine, 7 Octobre, Anéantissement de Gaza, pogrom en Australie

les chevaliers de l’Apocalypse, Galerie Martel , Art Spiegelman et Jo Sacco signent leurs livres

Toujours la même interrogation : est-ce le retour du fascisme?

Le RN de Marine Le Pen et Bardella est-il fasciste? les attaques contre l’Etat de Droit et les juges de la part de Retailleau, est-ce du fascisme?  Trump est-il fasciste? Et l’accusation de fascisme de Poutine quand il fait la guerre à l’Ukraine, c’est le monde à l’envers. Et Netanyahou et son gouvernement? Sans parler du retour de l’antisémitisme de plus en plus inquiétant.

Il me semble urgent de revenir à une définition du fascisme, et à étudier son histoire et ses racines. Sternhell a consacré toute sa carrière d’historien à cette question. Il était donc urgent de lire ce livre. 

…contre le fascisme sous toutes ses formes, dont la définition qui est retenue dans ces pages est celle, matricielle, de Marie-Anne Matard-Bonucci : le fascisme est un mouvement ou système politique ultranationaliste, opposé à la philosophie des Lumières (libéralisme et communisme) qui vise à transformer la société et l’individu sur la base d’une conception holistique de la société, c’est-à dire qui ne laisse rien de côté, soit au moyen de la dictature d’un parti unique, soit de l’État et au moyen de la violence. (p. 12)

dans la présentation de Pierre Serna. 

Ce sont donc près de 50 ans d’histoire de l’extrême droite et des fascismes qui marquent la longue carrière de Sternhell entre 1972 et 2020.  (p. 12)

Cet ouvrage n’est pas un biographie de Sternhell ni un résumé de son oeuvre. C’est une compilation d’articles de spécialistes de l’histoire des idées politiques listées dans le sommaire ci-dessous :

DU SOLDAT CITOYEN A L’HISTORIEN HUMANISTE-Pierre Serna

ENTRE GUERRES DICIBLES ET GUERRES INDICIBLES – de Annette Becker

SIONISTE FACE AU SIONISME – Philippe Gumplowicz

LA QUESTION DES FASCISMES FRANCAIS -LE NATIONALISME BARRESIEN ET SES ECHOS DANS LA FRANCE ET LES ETATS-UNIS D’AUJOURDHUI – Philip Nord

NI DROITE NI GAUCHE ENTRE 1983 ET 2020 LES FONDEMENTS D’UNE CONTROVERSE HISTORIOGRAPHIQUE -Olivier Forlin

STERNHELL ET LA THESE IMMUNITAIRE – Kevin Passmore

UN IMAGINAIRE HISTORIQUE OU LA CONTRE-REVOLUTION REFOULEE – de Baptiste Roger-Lacan

PLUTÔT HITLER QUE BLUM LE NAZISME COMME TENTATION DES « ELITES OCCIDENTALES » DANS LES ANNEES 30 -Johann Chapoutot

LES ANTI-LUMIERES DE VICO A CROCE – Frédéric Attal

FLEURIR LA TOMBE DU DICTATEUR (1936-2024) Pierre Salmon

VU D’ITALIE : UN DEBAT D’HISTORIENS – Valeria Galimi

EN ALGERIE AUSSI LA DROITE REVOLUTIONNAIRE – Benjamin Stora;

CONCLUSION D’UNE RENCONTRE – Henry Rousso

C’est donc un ouvrage de spécialiste, destiné à un public averti de l’histoire des idées politiques. Les sujets traités sont plus ou moins abordables pour la lectrice lambda que je suis.

Dans ce système, l’Autre, c’est-à-dire le Juif, l’étranger, l’indigène, le communiste, l’humaniste, la femme
ou l’homme des Lumières, est pensé comme un être à détruire, au point de rendre possible la culture
politique de la violence, voire de justifier la provocation à la guerre civile et la conquête du pouvoir par la
force, en négation totale avec les principes des républiques démocratiques,
Page 20

J’ai été très intéressée par l’histoire sur le temps long, qui fait remonter le débat aux Idées des Lumières, à la Révolution de 1789 et au cheminement des idées s’opposant aux Lumières au cours du XIXème siècle, à travers le Boulangisme, l’Affaire Dreyfus, Barrès… L’idée reçue que le fascisme découlerait des suites de la Grande Guerre, aussi bien en Italie et en Allemagne se trouve battue en brèche par l’analyse au long cours de Sternhell. qui remonte plus loin dans les origines :

Avec le boulangisme et l’antidreyfusisme, le rejet des Lumières passe ensuite des sphères intellectuelles
à l’espace public. Cette fois, la politique des anti-Lumières « est un phénomène de masse »

Autre idée que Sternhell apporte  : le concept de Droite révolutionnaire, droite qui ne cadre pas avec la classification habituelle faite par René Rémond de trois Droites : bonapartiste, légitimiste, orléaniste. Opposition aussi de Sternhell à l’idée que la France serait immunisée au fascisme, idée répandue chez les intellectuels français qui éviterait de penser Vichy comme fasciste mais comme un épisode passager de l’Histoire de France.

J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les réactions violentes des historiens de Science Po (J’ai moi-même eu Touchard et René Rémond comme professeurs à Science Po).

Encore plus de mal à comprendre les implications italiennes de Vico et Croce dans l’Histoire du Fascisme. En revanche, le culte que certains vouent encore à Franco est plus facile à saisir. Le chapitre consacré à l’Algérie par Benjamin Stora est limpide. On comprend très bien comment les lois excluant les Juifs pendant la Guerre se sont si bien appliquées dans des régions pourtant éloignées de Vichy et encore plus de l’Allemagne.

Tel que je le conçois, le sionisme était avant tout le retour du Juif à la normalité. Les Juifs ne devraient
plus être à la merci du bon vouloir d’autres peuples, mais fixeraient eux-mêmes leur destin. En ce sens, j’
ai été “archi-sioniste” et je le suis aujourd’hui encore.

Le chapitre Sionisme face au sionisme m’a particulièrement interpellée. Il est tout à fait d’actualité même si  Sternhell est décédé en 2020.qu’il aurait dit pour le 7 Octobre, puis la Guerre à Gaza m’aurait intéressée. Sternhell se définit comme israélien, il a combattu pendant 4 guerres mais il a adopté une position très critique vis à vis de la politique de colonisation. A tel point qu’il a subi un attentat : une bombe déposée en 2008. Sa critique dépasse celle du gouvernement de droite : la gauche sioniste aussi est caractérisée par le nationalisme

la synthèse entre socialisme et idée nationale était revendiquée par le courant central du travaillisme —
« De la classe à la nation », tel était le slogan asséné par David Ben Gourion dans maintes tribunes de
congrès —, la dissolution du socialisme dans le nationalisme prôné par la droite sioniste ne pouvait qu’
irriter la gauche israélienne.

primat de la nation commandait tous les autres. Le drapeau rouge du socialisme des défilés du 1er Mai
dans les rues de Tel-Aviv n’était qu’un leurre. Le corpus idéologique des fondateurs d’Israël était bien
moins marxiste qu’inspiré par « le nationalisme organique, le nationalisme historique et culturel(p.72)

Ce recueil est difficile  à lire quand on ne dispose pas de la culture historique suffisante. A relire! Je n’ai toujours pas de réponse à mes interrogations initiales mais l’Histoire des idées se précise.

Pour mieux connaître Sternhell le podcast de RadioFrance : L’Histoire à Bras le corps interview par Philippe Gumplowicz CLICest passionnant et surtout très éclairant . 5 épisodes de 28 minutes permettent un abord chronologique plus méthodique. Parcours de vie de l’enfant de Galicie occupée par les nazis, caché par des Justes polonais, orphelin qui arrive en Avignon, à 16 ans s’engage en Israël . L’étudiant à Sciences Po, élève de Touchard qui fait une thèse sur Barrès (pas du tout à la mode) . L’universitaire qui disserte sur les Lumières et les Anti-Lumières, explique Herder et Kant, Rousseau. Le polémiste dont les travaux ont été contestés jusque dans les tribunaux quand il a écrit que Jouvenel avait collaboré sous Vichy.

Sternhell a accompagné mes promenades en forêt, compagnon de route. Quelle merveille ces podcasts qui permettent de faire entendre la voix de telles personnalités!

Forêt obscure – Nicole Krauss – Ed de l’Olivier

KAFKA A TEL AVIV (suite)

J’ai trouvé ce titre dans le livre de Léa Veinstein, J’irai chercher Kafka et comme j’ai du mal à quitter Kafka dont je viens de lire la Lettre au Père j’ai téléchargé Forêt obscure dans la foulée. sombre 

Il sera fort peu question de sombre forêt dans ce roman. Il se déroule en grande partie à l’Hôtel Hilton de Tel Aviv, à Safed et dans les collines désertiques. La Forêt Obscure du titre est une référence littéraire tirée des vers de Dante :

« Au milieu du chemin de notre vie

je me suis trouvé dans une forêt obscure

Car la voie droite était perdue »

la métaphore de la forêt dont on doit sortir est encore évoquée à propos de Descartes

Plus il parle de sortir de la forêt suivant une ligne droite, plus j’ai envie de me perdre au coeur de cette
forêt où nous vivions jadis dans l’émerveillement, la considérant comme la condition préalable d’une
véritable conscience de notre existence et du monde. 

Forêt virtuelle. Exit donc la forêt.

Deux récits s’entremêlent, se croisent. Point d’intersection : l’Hôtel Hilton. Histoire d’Epstein, avocat d’affaires, richissime, collectionneur d’œuvres d’art vieillissant. Au décès de ses parents,  il disperse ses œuvres d’art, dilapide sa fortune et part sans laisser de nouvelles en Israël où il devient mécène au nom de ses parents. Au début du roman il perd son manteau dans un vestiaire et son téléphone portable avec. Il devient donc injoignable, ou presque surtout quand il quitte l’Hôtel de luxe pour un appartement minable à Ajami. 

Histoire de Nicole, romancière reconnue,  en panne d’inspiration, part pour quelques jours en Israël, pour démarrer un nouveau roman dont l’Hôtel Hilton doit être un élément central. Un mystérieux personnage Eliezer Friedmann la contacte pour une mission spéciale, écrire une suite à une œuvre de Kafka. L’ombre de Kafka intervient à plusieurs reprises dans cette histoire : Friedmann l’entraîne Rue Spinoza, à la maison où les papiers de Kafka sont gardés au milieu de dizaines de chats chez Eva Hoffe. Le procès que que la Bibliothèque d’Israël lui intente pour récupérer ces documents est évoqué.

Et la fille Hoffe, pathologiquement obsessionnelle et paranoïaque comme elle l’est, elle a accepté ça ? Et
la Bibliothèque nationale d’Israël ? Au beau milieu d’un procès, vous avez obtenu les droits d’adaptation
d’une oeuvre dont la propriété est très contestée, une pièce de théâtre de Kafka, qui va devenir un film ? »

Puis l’affaire prend une allure kafkaïenne, l’écrivaine est enlevée par l’armée, les services secrets? séquestrée dans une cabane dans le désert. Elle est persuadée que Kafka y a vécu… Cela devient de plus en plus étrange..

Le seul livre en anglais que j’avais avec moi était Paraboles, et après avoir relu plusieurs fois le chapitre
sur le Paradis, je regardai dehors et l’idée me vint que j’avais raté quelque chose chez Kafka, que je n’avais
pas su reconnaître le seuil initial, à l’origine de tous les autres, dans son oeuvre, celui qui sépare le
Paradis du monde d’ici-bas. Kafka avait dit un jour qu’il comprenait mieux que personne la chute de l’
homme.

Quant à Epstein, il est entraîné par un rabbin puis par sa fille dans le tournage d’un film sur le Roi David qu’il devrait financer. On nage dans l’invraisemblance mais c’est amusant.

Totalement barré, quoique bien écrit et agréable à lire. Digressions littéraires ou bibliques, politiques tout à fait intéressantes.

Une journée dans la vie d’Abed Salama -Anatomie d’une tragédie à Jérusalem – Nathan Thrall

PALESTINE

Une journée dans la vie d'Abed Salama : anatomie d'une tragédie à Jérusalem

Nathan Thrall journaliste américain – récompensé par le Prix Pulitzer 2024 enquête sur un fait divers  : l’accident et l’incendie d’un bus scolaire le 16 février 2012 qui a conduit au décès de 7 personnes dont six enfants d’une école maternelle en sortie. Abed Salama est le père d’un petit garçon de 5 ans. 

Cet essai de 400 pages( dont une quarantaine en annexe) et références très détaillées, sources officielles israéliennes, palestiniennes, des Nations Unies, journalistiques, entretiens…un travail approfondi et sérieux.

Ce n’est pas du tout un texte aride ou ennuyeux. Des chapitres présentent les personnages et leur histoire personnelle.  il raconte une histoire qui commence avec la Nakba (1948) et l’histoire de  la Palestine, Première Intifada(1987), Accords d’Oslo (1993), Seconde Intifada(2000-2002), avec. les violences et les incarcérations . Personnages palestiniens et israéliens, tous nommés, caractérisés avec leurs interactions.  Un chapitre est consacré à la conception de la barrière de séparation, son inventeur, les arguments des différentes parties concernées.

Surtout, ce sont des personnages qui ont des vies diverses, des histoires d’amour, des mariages plus ou moins heureux, des carrières professionnelles ou politiques. Les chapitres s’entrelacent. Vie quotidienne compliquée par les checkpoints, où la couleur de la carte d’identité permettra ou interdira le passage. L’apartheid est régulé par la couleur de la carte. Heureux possesseurs d’une carte de couleur bleue qui permet l’accès à Jérusalem !

Ces 350 pages se lisent comme un roman. Au début, je n’avais pas compris qu’il s’agissait de véritables personnes et de leur vraie vie. C’est à la lecture des annexes que j’ai vu l’ampleur de la documentation du journaliste.

La tragédie a bien fait l’objet d’une enquête, de la recherche des responsabilités dans l’accident : négligences des chauffeurs du camion ou du car, indemnités. Le drame aurait-il pu être évité? Le tribunal a jugé.

Si des coupables furent désignés, personne — ni les enquêteurs, ni les avocats, ni les
magistrats — ne pointa les causes véritables de la tragédie. Personne n’évoqua le manque chronique de
classes à Jérusalem-Est, qui avait conduit de nombreux parents à envoyer leur progéniture dans des
écoles de Cisjordanie très médiocrement encadrées. Personne ne pointa non plus du doigt le mur de
séparation et le système d’autorisations qui avaient contraint.

Personne ne fit remarquer qu’une seule et unique route par ailleurs très mal entretenue ne pouvait
suffire au trafic routier palestinien nord-sud de la zone Grand Jérusalem-Ramallah. Et personne ne
rappela non plus que les checkpoints étaient utilisés pour endiguer la circulation palestinienne et
faciliter celle des colons aux heures de pointe. Personne ne releva que l’absence de services de secours d’
un côté du mur de séparation ne pouvait que conduire à une tragédie. Personne ne déclara que les
Palestiniens qui vivaient dans la région de Jérusalem étaient négligés parce que l’État juif cherchait
activement à réduire leur présence là où l’expansion d’Israël était la priorité des priorités. Et personne ne
fut tenu de rendre des comptes pour tout cela