Martin Eden , un film de Pietro Marcello (DVD)

CHALLENGE JACK LONDON

J’ai raté le film de Pietro Marcello, en salle à cause du confinement et il ne s’est libéré à la Médiathèque que récemment. J’étais très impatiente de visionner cette adaptation napolitaine du roman de Jack London qui m’avait beaucoup intéressée. C’est un peu dommage de le découvrir sur le petit écran,  depuis la pandémie, on se contente de moins. 

Il y a quelques années, deux blogs amis de Claudiaducia et Wens publiaient une rubrique « un livre, un film » que je lisais avec curiosité. Ils seraient plus qualifiés que moi pour cet article.  J’ai parfois du mal avec les adaptations.  Quand je viens de terminer un livre, je me suis fait une image mentale des héros ;  découvrir les traits de tel ou tel acteur me perturbe. Le réalisateur peut accorder une moindre importance à des scènes qui me paraissaient capitales. Faire tenir une œuvre de 600 pages en 1h30 ou 2h de film nécessite d’opérer des coupures. 

Un film  fidèle qui colle exactement au livre risque de l’affadir. L’idée de dépayser l’action, de la situer à Naples m’a séduite. J’aime cette ville, ses rues populeuses cadrent bien avec l’esprit du livre. Luca Marinelli est un Martin Eden convaincant, aussi bien en marin mal dégrossi qu’en apprenti écrivain, vers la fin,  décadent, il est moins séduisant mais bien dans l’esprit du personnage. Elena-Jessica Cressy m’a semblé plutôt falote, il lui manque l’éclat de la  Ruth du roman. Les étapes de l’apprentissage de Martin suivent la progression du livre. En revanche, avec le dépaysement de l’action, j’aurais aimé plus de couleur locale dans les luttes politiques.

Si le déplacement géographique ne m’a pas gênée, au contraire, le déplacement temporel  dans une modernité  floue m’a perturbée. La famille de sa sœur et son beau-frère est installée devant la télévision, années 70? 80? Des images bleues ou sépia montrent un magnifique trois-mâts d’un autre siècle.

London, au tout début du 20ème siècle découvre la philosophie avec Darwin, Nietzsche et Spencer, dans le film il ne reste que l’illustre Spencer, peut-être Marx et Gramsci auraient été plus couleur locale?

Une soirée agréable mais pas le grand film que j’espérais!

 

Danube – Claudio Magris (3)

MITTELEUROPA 

Quittant l’Autriche, Claudio Magris et ses amis (plus présents que dans le début du volume) passent le Rideau de Fer (sans que cette expression n’apparaisse dans la narration) et font halte à Bratislava . Pas de visite touristique mais plutôt une méditation entre Châteaux et et drevenitsas. Les châteaux parsemant la campagne étaient ceux des nobles hongrois, tandis que les paysans slovaques logeaient dans des cabanes de torchis et de chaumes. Magris évoque les nationalismes hongrois, tchèques et slovaques dans l’empire Hongrois en 1848, les Slovaques s’opposant plutôt aux Hongrois eux même en rébellion contre l’autorité viennoise.

Considérés comme un simple groupe folklorique à l’intérieur de la nation hongroise, les Slovaques voient niées leur identité et leur langue »

Etrange opposition entre Slovaques (producteurs de vin)et Tchèques(aux brasseries mondialement réputées), les premiers refusent de servir la bière tchèques à Magris et ses compagnons.

Magris introduit dans son essai des évènements politiques étrangers à la littérature, procès staliniens de 1951, printemps de Prague. Il faut se rappeler que le voyage s’est déroulé vers 1983, bien avant la Chute du Mur de Berlin. Quand ils rencontrent des intellectuels, il prend parfois des précautions pour  évoquer les positions politiques de ces derniers.

Aux Portes de l’Asie? est le titre de la visite en Hongrie. 

Ce paysage magyar, plein de  force mais aussi d’indolence, ce serait déjà l’Orient, souvenir des steppes de l’Asie, des Huns, des Petchenègues ou du Croissant ; Cioran célèbre la bassin du Danube en ce qu’il amalgame des peuples bien vivants mais obscurs[…]Ce pathos viscéral qui se proclame à l’abri de toute idéologie, n’est qu’un artifice idéologique. Un arrêt dans une pâtisserie ou une librairie à Budapest apporte un démenti à celui qui pense qu’à l’est de l’Autriche, on pénètre confusément dans le sein de l’Asie

Sous la botte de Staline

Magris développe les antagonismes entre le nationalisme hongrois et la souveraineté des Habsbourg. Les pages hongroises sont passionnantes quoique un peu datées. Toute l’histoire communiste, les émeutes de 1956, les luttes politiques me semblent maintenant du passé alors que tout cela était bien vivant quand Magris se trouvait là. Les longues pages consacrées à Lukacs sont-elles encore actuelles? J’ai lu (un peu) Lukacs autour de 1968,  j’ai oublié; sans doute n’y avais-je rien compris. 

Budapest

La visite de Budapest est plus « touristique » que celle de Vienne. J’ai retrouvé avec grand plaisir l’Île Marguerite, le tombeau de Gül Baba dans les rosiers, le Café Gerbaud, les maisons colorées de Szentendre avec les céramiques de Margit Kovacs, de bons souvenirs pour moi…

« Le Danube s’écoule, bavard, sous les ponts titanesques comme écrivait Endre Ady ; il parle de fugue et même de mort dans la Seine, dans ce Paris dont Budapest est comme l’image dans une glace de style empire… »

Ici, il discute encore du concept de Mitteleuropa 

« Mitteleuropa devient le mot de passe de ceux qui refusent la politique, ou plutôt la politisation systématique et totalitaire en tant qu’ingérence de l’Etat et de la raison d’Etat dans tous les domaines de l’existence. La division de l’Europe entre les deux super-grands scellée  à Yalta …« p 371

Après Pecs,  Mohacs – défaite du roi de Hongrie en 1526 et invasion turque de la Hongrie – une très belle image du violoniste dans le champ de bataille. 

Le Danube coule alors en Yougoslavie (qui existe alors), en Voïvodine, il font étape à Bela Crkva (prononciation???) chez Mémé Anka , non loin de la Roumanie, où cohabite une mosaïque de peuples, de religions, de langues : Serbes, Hongrois, Roumains, Slovaques et Ruthènes mais aussi Allemands, colons souabes venus des pontons d’Ulm, Macédoniens, Grecs, Juifs, et même des catalans venus en 1734 pour repeupler les plaines désertes après le retrait des Ottomans. Mémé Anka,native de Bela Crkva, est triestine: Magris livre de cette femme pittoresque un beau portrait. 

Village saxon

Tout proche, en Roumanie, le Banat roumain avec Timisoara pour ville principale. Timisoara ou Temesvar? Magris cite les historiettes du barbier racontées par Kappus, qu’il compare au turc Nasreddine. Les Allemands du Banat furent maltraités par le pouvoir roumain, expropriés et déportés. Ceaucescu a  finalement condamné ces déportations mais ils restent sous un contrôle étouffant.  Magris note une vie littéraire « difficile et ardente » pour ces minorités du Banat et de Transylvanie (Siebenbürgen) citant Herta Müller. Une excursion à Sibiu, Brasov, Sigishoara,en Transylvanie est l’occasion d’approfondir la culture germanique de ces Saxonsprésents depuis 1224 appelés par le Roi de Hongrie Geza II. Magris cite de nombreux écrivains de langue allemande, quelques hongrois. On note la complexité des allégeances, le pouvoir fut hongrois, autrichien, jacqueries,  révoltes et rébellions contre ces pouvoirs se sont succédés pendant les siècles.

Puisque nous sommes arrivés dans les Carpathes, comment ne pas évoquer Dracula et les Sicules? Et de Transylvanie, on glisse en Bucovine aux vignes sauvages du Pruth, à Czernowitz. Monde disparu de Paul Celan, Rezzori, Rose Ausländer…. et (c’est moi qui ajoute) Aharon Appelfeld.

Cette excursion roumaine a éloigné l’auteur du Danube, il rentre donc à Bela Crkva pour aller à Subotica proche de la frontière hongroise. Ville Art Nouveau (que cite Greveillac), kitsch selon Magris. Puis retrouve le Danube à Novi Sad encore une ville multi-culturelle. C’est dans cette région que se déroule l’histoire des Confins sorte de cordon militaire ou sanitaire formant une sorte de no-mans land entre l’Orient ou les Balkans turcs et l’Empire Autrichien. 

Belgrade ne retient pas l’auteur.

Le maréchal Tito a fini par ressembler de plus en plus à François Joseph, no pas parce qu’il s’était battu sous ses drapeaux durant la Première Guerre mondiale mais parce qu’il était conscient ou désireux de recueillir un héritage et un leadership danubien supra national

Après les Portes de Fer le Danube trace la frontière entre la Roumanie et la Bulgarie. La partie bulgare diffère du reste du livre qui se déroule dans l’ancien empire austro-hongrois. La Bulgarie a vécu des siècles sous le joug turc, Ils méprisent les turcs est le titre du premier chapitre. Point de multiculturalité comme précédemment : la guide-interprète affirme qu’en Bulgarie « Il n’y a que des Bulgares! » Et pourtant, la joie de vivre, et de boire le raki est contagieuse, le voyage semble pittoresque et agréable.  Magris conte l’histoire de la Bulgarie et fait des propositions de lecture bien séduisantes : j’ai noté les récits de Tcherkazski de Yordan Raditchkov , Sous le joug d’Ivan Vasov et Auto-da-Fé de Canetti. Nous passons par la maison dElias Canetti à Ruse.

Delta du Danube

Matoas – le titre de la partie roumaine du voyage – est le nom Thraco- Phrygien du Danube (selon Wikipédia). Magris  passe le Danube sur le POnt de l’Amitié et entre en Roumanie par la Dobroudja que les anciens ont nommée Scythie Mineure ou Istrie. « Les Istriens sont-ils les Thraces? » se demande l’auteur Triestin qui voit une analogie avec l’Adriatique, il pense à la Toison d’Or et aux Argonaute. Nous voici proches de l’Antiquité, thrace, grecque ou romaine avec Ovide qui fut exilé à Constanta 

« L’Histoire ne connaît les origines d’aucun peuple » comme disait Curtius, parce que cela n’existe pas ; c’est une création et une production de l’historiographie, qui pose la question puis se livre à des recherches pour y répondre. Toute généalogie remonte au big-bang : les discussions sur l’origine latine des Roumains ou sur la lignée dace-gète-latine-roumaine, thème privilégié de l’historiographie et de l’idéologie nationale en Roumanie ne sont guère plus importantes que le litige entre Furtwangen et Donauschingen sur les sources du Danube »

Et la boucle est bouclée!

Bucarest palais de Ceaucesu

Enfin presque! Nous visitons Bucarest, le Paris des Balkans avec ses immeubles tarabiscotés, Art Nouveau des résidences fin de siècle mais aussi subissant le Hiroshima de l’urbanisme de Ceaucescu

« Les puissants dont Elias Canetti fait le portrait ont besoin pour exalter leur volonté de puissance de dépeupler les villes[…]Ceaucescu préfère chercher l’ivresse dans ce maxi-déménagement de l’Histoire et de ses vestiges… »

Des souterrains sont mis à jour, des maisons éventrées, des églises déménagées. Magris note que « la littérature aime les bas-fonds et les immondices » et cite Mircea Eliade pour son roman Le vieil homme et l’officier. 

Brauner

A Bucarest, nous rencontrons Grigor von Rizzori affectueusement surnommé Grisha et encore Cioran. Panorama d’une littérature bouffonne avec Caragiale, un Labiche roumain, qui a inspiré Ionesco et les dadaïstes. 

Rencontre avec un poète yiddisch : Bercovici et le monde de Chagall avec un peintre que je ne connaissais pas Issachar Ben Rybak. 

Enfin, à Braila et Galati : Panaït Istrati que j’attendais. Nous retrouvons le Danube et le livre se termine par une promenade enchantée dans la nature du Delta. 

Danube (2) Claudio Magris – Café Central à Vienne

MITTEL EUROPA – LIRE POUR VOYAGER

Magris consacre 70 pages à l’étape viennoise de son épopée danubienne. Pèlerinage littéraire plutôt qu’excursion touristique : aucune description des musées ou châteaux, même les parcs sont oubliés.

Le chapitre est intitulé « CAFE CENTRAL »  ce sont les lieux privilégiés de la vie intellectuelle viennoise et c’est là que Magris choisit de faire ses rencontres. Je fais la connaissance avec Peter Altenberg, mannequin de bois qui lit encore son journal au Café Central (j’ignorais jusqu’au nom de ce poète) . Un autre habitué des lieux était Trotski 

C’est aussi ici que s’asseyait Bronstein, alias Trotski, à telle enseigne qu’un ministre autrichien, mis au courant par les services secrets qu’une révolution se préparait en Russie, avait répondu « Et qui devrait la faire; en Russie, la révolution? Ce M. Bronstein peut être qui passe ses journées au Café Central? »

La maison de Wittgenstein n’existe plus, à sa place l’ambassade de Bulgarie, amusant?

La baronne Marie Vetsera n’aimait pas la musique de Wagner, et disait même qu’elle ne pouvait pas le souffrir ; aussi lorsque l’Opera de Vienne inaugura avec l’Or du Rhin un cycle Wagner, cette aversion fut un prétexte pour ne pas aller à l’Opera….

Elle allait rejoindre l’archiduc Rodolphe de Habsbourg. Et c’est ainsi que l’auteur introduit le drame de Mayerling!

 

A nouveau, nous croisons Joseph Roth, puis Karl Kraus et au hasard de cette lecture je glane le titre d’un roman de Jules Verne : Le Pilote du Danube que je télécharge sur le champ (mauvaise pioche, il est numérisé avec les pieds et illisible).

Au Café Hawelka nous attend Elias Canetti

Sur la Karlsplatz on célèbre par une exposition le tricentenaire du siège de Vienne par les Turcs (1683) occasion d’un rappel historique.

Après les célèbres cafés, Magris poursuit son pèlerinage dans les cimetières où l’ont voit la tombe d’Altenberg, celle de Schoenberg.

Impossible de ne pas évoquer l’Anschluss, et les suicidés de 1938 comme Egon Friedell.

Au café Landtmann : Lukàcs

Puis visite des maisons de Joseph Roth et de Freud, Berggasse 19..

Avant de quitter l’Autriche, il s’arrêtera à Eisenstadt, ville de Haydn : Là où se trouve Haydn, rien ne peut se passer!

Je viens de lire le retour des trains de nuit pour fin 2021. Je vais réserver un aller pour Vienne et cette fois-ci, je relirai Magris avant de partir!

Danube : Claudio Magris -(1) De la Forêt Noire à Vienne

MITTELEUROPA : LIRE POUR VOYAGER

Le Danube à Ratisbonne

Le Danube, est souvent enveloppé d’un halo d’antigermanisme; : c’est le fleuve le long duquel se rencontrent se croisent et se mêlent les peuples les plus divers; alors que le Rhin est le gardien mythique de la pureté de la race. C’est le fleuve de Vienne, de Bratislava; de Budapest, de Belgrade, de la Dacie…C’est le ruban qui ceint[…]l’Autriche des Habsbourg….

C’est un livre-fleuve qui va emporter le lecteur à travers l’histoire et la littérature germanophone (allemande mais plutôt autrichienne), dans les remous et l’érudition.  Ma lecture est entrecoupée de pauses. J’ai autour de moi, mon téléphone intelligent qui va faciliter mes recherches (dates et hommes illustres, écrivains connus ou méconnus de moi), un stylo et mon carnet pour prendre des notes, un crayon pour souligner. Lecture laborieuse? Non, plutôt jubilatoire!

2850 km de la source à la Mer Noire!

Mais au fait où est donc la source? Magris, tel les explorateurs des sources du Nil remonte le courant, et surprise : il trouve deux sources, deux ruisselets qui couleront vers la mer. Deux petites villes de Forêt Noire revendiquent cet honneur : Donauschingen et Furtwangen. Pour authentifier ses recherches Magris se réfère à un ouvrage ancien L’Antiquarius du Danube de Johann Hermann Dielhelm (1785). Après la controverse des sources, il pose un nouveau dilemme : Mitteleuropa « hinternationale » ou tout-allemande?

 » depuis la Chanson des Niebelungen, Rhin et Danube se font face et se défient. Le Rhin, c’est Siegfried, la virtus et la pureté germanique[…]Le Danube c’est la Pannonie, le royaume d’Attila; c’est l’Orient »

Me voilà avertie, je vais naviguer aussi bien dans l’histoire, la géographie que dans le mythe et les légendes! Il suffit de se laisser embarquer, ne pas refuser les paradoxes. 

A chaque étape, une rencontre, parfois plusieurs. Studieusement, je note  la page, la ville, le personnage.

P. 60 Messkirche : Heidegger revendiquant son appartenance au monde paysan de Forêt Noire, mais dont le culte de l’enracinement a flirté dangereusement avec le fascisme. En philosophie, je ne suis pas compétente. 

 

 

 

p. 64 Sigmaringen : Céline à la suite du repli de Laval et de Pétain. 

p.78 Ulm « A main nues contre le Reich » : un frère, une soeur, Hans et Sophie  Scholl, furent exécutés en 1943. Récit de l’enterrement de Rommel. Presque 40 ans après la fin de la guerre, les souvenirs sont encore prégnants. D’Ulm, sont parties les barges de colons allant peupler le Banat, les Souabes du Danube. Première occasion de rencontrer Grillparzer et Joseph Roth à propos des conquêtes napoléoniennes. Roth ayant écrit Les Cent jours et Grillparzer ayant écrit une pièce sur le roi Ottokar II de Bohème. Moins sympathique, Mengele

 

 

 

L’épopée napoléonienne a laissé la tombe vide d’un Grenadier, héros de l’Indépendance américaine combattant de la République et un monument à la gloire des peuples allemands en lutte contre Napoléon.

 

p. 133 : Ingolstadt : Marieluise Fleisser écrivaine des année 1928-29, compagne de Brechtéclipsée par la gloire du dramaturge. 

Le pont de pierre de Ratisbonne

p.141 : Ratisbonne . Son pont de pierre fut considéré comme la « merveille du monde ». Ville importante au 15ème et 16ème siècle. Elle fut le siège de la Diète permanente du Saint Empire Romain Germanique . Kepler y séjourna, étudia en plus de l’Astronomie la structure du flocon de neige! 

p.153 : Straubing se déroula une tragédie . La jeune Agnes Bernauer fut noyée après accusation de sorcellerie seulement parce que le fils du seigneur local l’avait épousée, mésalliance. Elle fut noyée dans le Danube et l’on dut entortiller sa chevelure pour la faire couler. « Dommage que ce ne soit pas Marieluise Fliesser qui ait écrit cette histoire  » regrette Magris, Hebbel qui l’a chroniqué s’est fait l’avocat de la « violence de droit », défendant la Raison d’Etat tandis que Grillparzer a traité la même thématique dans La Juive de Tolède

p.175 : Linz , ville prisée par Hitler a échappé de peu à l’urbanisme que le Führer lui destinait. S’y est déroulée une histoire d’amour entre Goethe et Marianne Willemer. Goethe y rédigea le Divan occidental-oriental qui comporte des poèmes de la main de Marianne Willemer (bien sûr signés par Goethe)

p.197 : Mauthausen

p.202 :  Saint Florian : la plus grande abbaye baroque d’Autriche. Bruckner, Altdorfer

Altdorfer : Saint Florian (détail)

p. 225 : Dans la plaine humide du Danube Konrad Lorenz menait ses expériences avec ses oies.

p.226 : nous assistons aux derniers instants de Kafka  

J’ai pris beaucoup plus de  notes que j’aurais pu transcrire. J’ai éliminé celles qui concernent des écrivains ou personnages que je connais seulement de nom ou complètement inconnus pour moi : Jean Paul, Stifter et beaucoup d’autres.

 

 

 

L’inconnu du Grand Canal – Donna Leon

LIRE POUR VENISE

DL

Je suis une fan de Guido Brunetti, j’ai vu ses enfants grandir, j’ai partagé les repas gastronomiques préparés par Paola….la signorina Elettra, Vianello, Foa les équipiers du commissaire sont de vieilles connaissances. J’ai lu au moins 7 épisodes de la série.

Les enquêtes m’ont conduite dans les ruelles, les calli, les canaux et les places de Venise que notre enquêteur parcourt le plus souvent à pied au pas de la promenade. Les sujets abordés ont été variés , patriciens quand l’enquête touchait la famille de Paola, artistiques ou plus triviaux. Et chaque fois, j’étais enchantée de découvrir le Venise des vénitiens et pas celui des touristes. Enquêtes tranquilles pour prendre le temps de flâner.

Mais cette fois-ci, ce n’est plus de la promenade, l’enquête fait du sur-place, pendant les 100 premières page on tourne en rond, et même pas dans les canaux vénitiens, Guido traîne à la questure devant son nouvel ordinateur et quand il quitte enfin son bureau c’est pour aller à Mestre. Embouteillages et visite d’un abattoir – pas glamour du tout.

L’intrigue s’anime un peu dans la deuxième moitié du livre, je m’ennuie un peu moins mais la solution est téléphonée et je me doute bien à l’avance de ce que le commissaire va mettre au jour. Corruptions à tous les étages.

Beau final, original. Ne pas le louper en abandonnant trop tôt.

Botticelli -Revue DADA, la première revue de l’art

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

 

REVUEDADA

 

J’ai gagné un joli cadeau à la dernière MASSE CRITIQUE une revue d’Art destinée « à toute la famille » . Illustrations de très bonne qualité et abondantes, plaisir de feuilleter encore et encore (et de retrouver la belle Simonetta que j’avais admirée dernièrement à Chantilly). Des chapitres courts et variés nous conduisent à Florence au Quattrocento, puis racontent l’apprentissage de Botticelli, comme orfèvre d’abord puis dans l’atelier de Filippo Lippi. Portraitiste , de beaux portraits illustrent la revue) . Il était une fois raconte les grandes œuvres religieuses,  ou mythologiques. Nous entrons ensuite Dans l’atelier de Botticelli où les secrets de fabrication sont dévoilés : œuvres en série, assistants qui peignent les parties moins importantes du tableau. Grands et petits pourront s’essayer en suivant les conseils du maître dans la réalisation des drapés ou des boucles, et même point par point réaliser un « poncif » en 6 étapes.

Et comme c’est une revue d’art : il y a aussi toute l’actualité des expositions importantes de 2020 (s’il n’y avait pas eu de confinement!).  Je chercherai le autres numéros.

Et si vous cherchez un cadeau de Noël pour les petits et les grands, pourquoi pas un abonnement?

Une journée dans la Rome Antique. Sur les pas d’un Romain – Alberto Angela

1LIRE POUR ROME

Comment on lave le linge au temps des Romains ? C’est simple, on l’apporte à la fullonica : la foulerie,
l’équivalent de notre blanchisserie. Les vêtements vont y subir divers traitements qui nous obligeraient à nous
pincer le nez. Les tuniques, les toges, les draps et le reste finissent en effet dans des bassins emplis d’eau
additionnée d’une substance alcaline comme la soude, l’argile smectique (encore appelée « terre à foulon ») ou,
tenez-vous bien, l’urine humaine ! Aux coins des rues, en particulier près des fouleries,

Après le foulage, on procède au rinçage puis au battage, et l’on traite le linge avec des apprêts pour lui redonner
du lustre et de la tenue. Ensuite, on l’essore et on l’étend dans la cour, voire dans la rue, et pour finir on le
défroisse sous de grandes presses à vis.

A emporter pour un prochain voyage à Rome ou même pour n’importe quel site antique romain! 

A notre dernier passage à Rome, j’avais pris pour guide Dominique Fernandez et le Piéton de Rome et j’avais suivi ses pas  sur le forum, la Via Appia, au Château Saint Ange, puis sur les traces de Michel-Ange, du Caravage et du Bernin dans , les églises, les fontaines et les rues. Dix jours n’avaient pas suffi. 

Alberto Angela propose une démarche différente :

 Un jour, un mardi de l’an 115 après J.C. sous le règne de Trajan. Rome est à l’apogée de sa puissance et peut-être de sa beauté

C’est donc au rythme de la clepsydre que vous serez initiés au quotidien de la Rome antique.

Heure par heure, dès le lever du jour, le lecteur voit la ville s’éveiller . Il  rencontre des Romains: un dominus dans sa villa cossue se lève, s’habille, fait sa toilette aidé de ses esclaves. Puis nous pénétrons dans les insulae – immeubles collectifs – visitons des appartements. Nous nous laissons porter par la foule  des rues, atmosphère d’une ville indienne. L’école se fait en plein air. Nos pas nous porteront aux forums, nous assisterons à un procès dans la basilique Julia, à une exécution au Colisée, puis des combats de gladiateurs. Déjeuner dans une popina, un restaurant de rue. Bien sûr nous irons aux thermes! Banquet dans une villa avec un menu fastueux….

Avec de courts chapitres, d’une écriture agréable, d’un style vivant presque cinématographique, l’auteur aborde des sujets variés : habillement, menus et recettes élaborées inspirées par le plus grand des chefs Apicius. Il resitue les activités commerciales dans le cadre de l’Empire Romain.  Il n’oublie pas la sexualité. Aucune invention, les descriptions sont documentées à partir textes anciens, graffitis, mosaïques. Alberto Angela cite ses sources avec précision.

j’ai passé un très agréable moment de lecture et me promets de relire ce livre à de prochaines visites archéologiques

 

 

Impossible – Erri de Luca

LE MOIS ITALIEN

11

Mon coup de coeur de la rentrée, sans aucune hésitation!

172 pages d’une écriture sobre, épurée comme l’air des cimes des Dolomites où commence le roman. L’auteur touche l’essentiel.

Un roman? presque du théâtre : un huis clos. Un interrogatoire mené par un juge d’instruction qui cherche à obtenir des aveux et l’accusé d’un meurtre qu’il nie avoir commis.

Impossible c’est la définition d’un événement jusqu’au moment où il se produit.

Meurtre ou accident de montagne? Pour le magistrat, il est impossible que tant de coïncidences soient fortuites. La personnalité de l’accusé : un ancien terroriste des  brigades rouges qui a été condamné et emprisonné. L’accusé connaissait très bien la victime qui était un repenti, un délateur qui a trahi ses camarades de lutte. Le mobile: punir le traître. Meurtre presque parfait : la vire où la victime a dévissé était dangereuse, s’effritait. mais sans les aveux, il n’y a aucune preuve de culpabilité.

La célébrité qui nous rend inoubliables, nous anonymes, c’est notre inscription à vie dans les archives de la
police. Là-dedans, nous sommes ineffaçables, à perpétuité. Moi, je le suis depuis des dizaines d’années.

Pour l’accusé, c’est une regrettable coïncidence. Il a lui-même appelé les gendarmes quand il a découvert l’accident. Il ignorait l’identité de l’alpiniste. Il voulait marcher seul, il avait laissé de l’avance à l’autre grimpeur.

Dans la vie économique où tout repose sur la partie double donner/avoir, sur le profit et l’utile, aller en
montagne, grimper, escalader, est un effort béni par l’inutile. Il n’est pas utile et ne cherche pas à l’être.

Le juge est tenace, il instruit à charge et attend une défaillance, une incohérence, dans la défense de l’accusé. L’alpiniste connaît les rouages de la justice, il sait que rien ne peut être prouvé. Il refuse l’assistance d’un avocat, ce dernier restera muet, mis à l’écart. Formidable jeu d’échecs où chacun avance ses pions.

Seule respiration dans ce duel : les lettres d’amour que l’accusé écrit mais n’envoie pas. Il y raconte sa détention et comment il tient bon.

Véritable thriller, qui cèdera du jeune juge ou du vieil accusé? Au fil de l’interrogatoire, ils s’affrontent, mais avec respect et politesse. Chacun estime son adversaire. Une amitié pourrait presque naître quand l’accusé veut faire connaître au juge l’alpinisme.

Deux générations sont confrontées. Pour l’accusé,  celle du militantisme, du collectif, de la solidarité, des camarades…. et pour le jeune juge, celle de l’individualisme, de l’image,  des réseaux sociaux, du recours au Droit.

L’obsession d’être déclaré important par les autres ne me concerne pas. J’ai fait partie d’une génération qui a agi
au nom du collectif. Je considère donc insignifiantes les individualités, les personnalités.

La peinture métaphysique de Giorgio de Chirico à L’Orangerie

Exposition temporaire du 18 septembre au 14 décembre 2020

la Récompense du Devin

Giorgio de Chirico est né à Volos en Thessalie où son père, ingénieur a construit une voie ferrée de Miliès dans le Pélion jusqu’à Volos. Ce détail a son importance parce que les trains sont très présents dans les tableaux ainsi d’ailleurs que la figure du père. La mythologie grecque est aussi source d’inspiration pour le peintre : Centaures et Prométhée sont le sujet de tableaux de jeunesse (que je n’ai pas beaucoup appréciés) dans la première salle de l’Exposition, face à des tableaux de Böcklin rappelant le passage du peintre à Münich où il a étudié.

Peinture métaphysique (l’expression est d’Apollinaire et peut être philosophique quand De Chirico s’attache aux pas de Nietzsche à Turin. travail pictural, sur le temps, l’Eternel Retour, les arcades de Turin. De Chirico choisit comme décor une ville vide, intemporelle pour des figures énigmatiques.

De Chirico : la Nostalgie de l’Infini

« L’abolition du sens en art, ce n’est pas nous qui l’avons intentée. Soyons justes, cette découverte revient au polonais Nietzsche, et si le Français Rimbud fut le premier à l’applique dans la poésie, c’est votre serviteur qui l’appliqua pour la première fois dans la peinture. »Giorgio de Chirico 1919

De Chirico : La Conquête du philosophe

De Chirico arrive à paris le 14 juillet 1911. En 1913, il est découvert par Apollinaire, exposé dans la galerie de Paul Guillaume. Il rencontre Picasso.

Portrait de Guillume apollinaire – portrait prémonitoire avec la cible?

Une série de tableaux marque l’arrivée du mannequin

De Chirico : Le Voyageur sans fin

et le le Vaticinateur

Le Vaticinateur

Ce mystérieux personnage est un devin, un mannequin auquel le peintre s’identifie comme le laisse penser le tableau sur le chevalet représentant une ville en perspective. Le personnage adopte une improbable position : la tête de face, les épaules de 3/4,  et les jambes de profil. Sa tête lisse porte un bandeau, un oeil unique, une cible, l’œil rappelle celui que les anciens peignaient sur les bateaux pour se prémunir du mauvais sort.

Ferrare : dialogue muet entre différents objets, absurdité?

En 1915; l’Italie mobilise, Giorgio de Chirico et son frère, le peintre, Alberto Savinio rentrent en Italie. A Ferrare,  il va peindre une série de tableaux sur la Grand folie du monde

Ferrare : au centre un thermomètre, un poisson dans une boîte….

En 1918 les peintures de De Chirico font face à celles de Carrà et Morandi qui utilisent les mêmes figures du mannequin et des objets, même codes pour une peinture métaphysique

madre e figlio

la figure du mannequin peut aussi être une référence à la deshumanisation que la Guerre a causé, aux gueules cassées et aux prothèses pour réparer les dégâts du conflit.

Morandi

De Chirico peint aussi des intérieurs métaphysiques :

Intérieurs métaphysiques

La peinture métaphysique qui a séduit Breton et les surréalistes s’arrête au début des années 1920, De Chirico choisit un retour à une expression plus classique. l’exposition ne rend pas compte de l’évolution ultérieure de la peinture de ce peintre qui vivra jusqu’en 1978.

 

La liberté au pied des oliviers – Rosa Ventrella

LIRE POUR L’ITALIE (POUILLES)

Années 1940 – 1950 à Copertino dans les Pouilles non loin de Lecce et de Manduria où nous avions passé une semaine délicieuse. 

Deux sœurs inséparables : Tereza, l’ainée la silencieuse, la blonde et Angelina, la brune, la plus belle fille du village. Relation fusionnelle, intense.

« ….vérité, c’était que nous devions lutter pour manger. Mon père le savait. Ma mère le savait. Tout le monde au
village le savait. Pour cette raison, les sentiments et les rêves étaient dosés, savourés comme une forme
d’épargne réservée aux bons jours. »

Grande pauvreté des paysans sous le fascisme puis la guerre. Comment nourrir ses filles quand le mari est au front? Au village, restent les commères qui surveillent les allers et venues de Caterina, la mère. On croit encore aux sorcières.

« En janvier 1950, quand les paysans protestèrent pour avoir le droit de cultiver les terres du marquis Tamborrino
de Maglie, un saisonnier âgé de trente ans reçut des balles de mitraillette en pleine poitrine et mourut. À partir de
là, le vent de la révolte souffla sur les terres de Nardò, Carmiano, Leverano et Copertino. »

« L’injustice qui habitait ces terres depuis la nuit des temps et la colère des peuples laissés pour compte qui
s’étaient mélangés et perdus dans cette lande semblaient avoir élu domicile dans le cœur de mon père. »

masseria : « maison de sucre »1

Tout le village est sous la coupe du Barone qui possède les terres et qui règne avec ses nervis, châtiant les velléités de révolte. En 1950, les hommes rentrés de guerre veulent cultiver les terres laissées à l’abandon, réserves de chasse des nobles, ils se révoltent et finissent par obtenir des terres. C’est donc aussi le roman de cette lutte.

« Le grand mange le petit, déclara-t-elle. C’est comme ça depuis toujours. Et si le petit essaie de devenir grand, le
grand dégaine le premier. »

Lutte de classe? Tout n’est pas simple. Caterina, la mère, et Angelina ont reçu en cadeau une grande beauté, une malédiction selon les commères jalouses. Cette beauté ne laisse pas indifférents les barons père et fils. Angelina deviendra baronne. Tereza doit vivre avec la honte qui va avec ces compromissions. Elle, qui est transparente, réservée raconte l’histoire de sa mère et de sa sœur.

« Moi, j’étais invisible et, bien que devenue femme, mes traits devaient lui paraître confus et interchangeables,
comme ceux de tous les jeunes gens qui n’attirent l’attention de personne. Pour Giacomo j’étais à la fois
familière et insignifiante, au même titre que les meubles de la cuisine, l’armoire, le secrétaire ou les bibelots
dont il avait rempli sa maison. Une jeune fille malchanceuse, coincée entre la beauté désinvolte de sa sœur et la
force de sa mère. »

A lire, pour la chaleur de l’été des Pouilles, pour la lutte des paysans même si j’émets quelques réserves sur cette « malédiction de la beauté » qui se répète de génération. Une lecture agréable sans plus.