Le Pain perdu – Edith Bruck

LECTURE AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE


Les livres des survivants ou survivantes de l’Holocauste révèlent des personnalités fortes et très diverses. Edith Bruck est une écrivaine originale. 

Le Pain perdu débute dans un village hongrois en 1943 . La petite fille Ditke a déjà très conscience de l’antisémitisme des villageois et des lois antisémites qui s’appliquent aussi à l’école et les brimades de la part des adultes et des enfants

« S’ils se rendaient à l’unique pompe d’eau potable, ils étaient repoussés en queue de la file d’attente et il n’était pas rare que l’on crache dans leurs seaux. Contre les Juifs, tout devenait légitime pour les villageois, et le plus petit d’entre eux se sentait puissant, en imitant les adultes. »

Le Pain perdu, c’est celui que la mère avait préparé avec la farine qu’une voisine avait offert, qui levait et qui devait être mis au four, quand les gendarmes sont venus en 1944 chercher la famille pour la déporter vers le ghetto. « le pain »,  » le pain », était la plainte de sa mère devant la catastrophe imminente.

Birkenau, Auschwitz, Landsberg, Dachau,  Bergen-Belsen…

Ditke et sa soeur Judit se soutiennent après avoir été séparées du reste de la famille

« Est-ce que c’étaient trois mois ou trois années qui étaient passés ? Chaque jour, à chaque heure, à chaque minute on mourait : l’une par sélection, une autre à l’appel, une autre de faim, une autre de maladie et une autre, comme Eva, suicidée, foudroyée par le courant du fil barbelé, restant longtemps accrochée comme le Christ en croix. Son image s’est imprimée en moi et en Judit, »

Quand la guerre se termine « une nouvelle vie » s’ouvre aux deux soeurs qui recherchent d’abord les survivants de leur famille à Budapest : Sara et Mirjam les soeurs ainées mariées,  David leur frère. Elles retournent au village où elles trouvent leur maison pillée et l’hostilité des voisins.

Judit persuade Ditke à la suivre en Palestine qui était le rêve de leur mère. Edith a une autre vocation : elle veut écrire. Elle pressent que la discipline qu’on exigera d’elle lui pèsera. Elle ne supportera pas « les dortoirs »

Pour suivre sa sœur et son frère Ditke essaye de s’installer à Haïfa, se trouve un mari, marin, un travail, rêve un moment d’une maison, et même d’un bébé. Fiasco, son mari est violent ; elle divorce.

« Fais ce que tu veux, de toute façon tu n’écoutes personne ! Attends, dès que tu auras dix-huit ans, tu pourras devenir une très jolie soldate et tu apprendras même la langue. — Je ne prendrai jamais une arme en main. — Tu préférerais te faire tuer ? — Je crois que oui. Je préfère avoir eu un père martyr plutôt qu’un père assassin. — Moi, par amour d’Israël, j’aurais été militaire. — Je sais. Pas moi. Les guerres entraînent des guerres. Moi, je désarmerais le monde entier. — Rêve donc tes rêves. Mais le réveil sera rude. — J’ai déjà vécu ce réveil »

 

Pour fuir le service militaire, elle se remarie, avec Bruck qui lui donnera son  nom d’écrivaine. Mariage blanc, elle s’enfuit devient danseuse à Athènes. D’Athènes à Istanbul, à Zurich suivant sa troupe , et enfin Naples et Rome

Pour la première fois, je me suis trouvée bien tout de suite, après mon long et triste pèlerinage. “Voilà, me disais-je, c’est mon pays.” Le mot “patrie”, je ne l’ai jamais prononcé : au nom de la patrie, les peuples commettent toutes sortes d’infamie. J’abolirais le mot “patrie”, comme tant d’autres mots et expressions : “mon”, “tais-toi”, “obéir”, “la loi est la même pour tous”, “nationalisme”, “racisme”, “guerre” et presque aussi le mot “amour”, privé de toute substance. Il faudrait des mots nouveaux, y compris pour raconter Auschwitz, une langue nouvelle, une langue qui blesse moins que la mienne, maternelle.

C’est donc en Italien qu’elle écrira comme elle l’avait toujours désiré. Coiffeuse des acteurs et actrices du cinéma italien, des critiques littéraires  des cinéastes, se marie avec le cinéaste Nisi. Toujours antifasciste, elle écrit :

« En fille adoptive de l’Italie, qui m’a donné beaucoup plus que le pain quotidien, et je ne peux que lui en être
reconnaissante, je suis aujourd’hui profondément troublée pour mon pays et pour l’Europe, où souffle un vent pollué par de nouveaux fascismes, racismes, nationalismes, antisémitismes, que je ressens doublement : des plantes vénéneuses qui n’ont jamais été éradiquées et où poussent de nouvelles branches, des feuilles que le peuple dupé mange, en écoutant les voix qui hurlent en son nom, affamé qu’il est d’identité forte, revendiquée à et à cri, italianité pure, blanche… Quelle tristesse, quel danger ! »

Une leçon de vie!

Lire aussi ICI le billet d’Aifelle

Roi par effraction – François Garde

ROMAN HISTORIQUE

Pizzo : château aragonais

« Mourir à Pizzo ! Personne ne connaît Pizzo. Pizzo n’existe pas encore, et n’apparaîtra au monde que comme le lieu du martyre de Murat. »

Roi par effraction est un roman historique retraçant la vie de Joachim Murat

Pizzo que nous avons visité il y a quelques années en vacances en Calabre. Sans cette visite, je ne me serais peut-être pas intéressée à ce Maréchal d’Empire et à sa carrière militaire  bien que la fréquentation de Balzac a renouvelé mon intérêt pour l’épopée napoléonienne. 

selon Wikipedia :

« Le , le maréchal Joachim Murat, ancien roi de Naples, débarque à Pizzo avec ses partisans pour tenter de reconquérir son trône. Capturé par la foule et emprisonné au château de Pizzo, il est exécuté à la suite d’un procès joué d’avance le . »

Le roman de François Garde se déroule pendant ces 5 jours où Murat est prisonnier et revient sur sa vie, de son enfance, fils d’aubergiste dans le Quercy. Brillant cavalier, soldat intrépide de l’Empereur, il est remarqué par Caroline, la sœur de Napoléon qui en fera le Roi de Naples

« Roi par effraction » parce que Napoléon veut avoir le dernier mot et désavoue les initiatives qui feraient de lui un vrai roi et un champion de l’unité italienne.

« Il se prenait pour un véritable souverain ? Il reste le lieutenant de l’Empereur, voire le sous-lieutenant. Un simple délégué dépourvu de toute autonomie de décision. »

Et pourtant, il s’est attaché à l’Italie et s’est vraiment cru une mission en règnant à Naples. Après Waterloo, tandis que Napoléon prisonnier fait route vers Sainte Hélène, Murat croit encore en son destin à Naples. Réfugié en Corse,

« Lui qui a commandé les plus grandes charges de cavalerie de l’histoire et triomphé sur tous les champs de bataille d’Europe ne peut accepter l’idée d’être pourchassé comme un contrebandier dans la montagne corse, et au final capturé. Il ne se laissera pas enfermer dans un destin aussi médiocre.

[…]
toute hâte Murat fait imprimer des milliers d’exemplaires d’une proclamation célébrant son retour sur le trône et appelant tous les Italiens à se réunir sous sa paternelle autorité. »

Son destin s’arrêtera à Pizzo.

 

 

 

L’Illusion du Mal – Piergiorgio Pulixi – Gallmeister

POLAR ITALIEN

J’ai rencontré Eva Croce et Mara Raïs, les enquêtrices de Cagliari lors d’un  précédent épisode, L’Île des Âmeslu au début de nos vacances sardes en juin dernier qui m’avait servi de guide de voyage sur la côte sud aux environs de Cagliari. Entre meurtres rituels, archéologie nuragique,  vie rurale, gastronomie, j’avais bien aimé ce roman, même un peu  gore pour moi. Dns un polar il faut ce qu’il faut de sang!

Envie de soleil et d’Italie, au cœur de l’hiver, envie d’un polar distrayant après des lectures plus sérieuses. J’ai eu envie de continuer la série, de retrouver les enquêtrices et Cagliari.

L’Illusion du Mal pose son intrigue dans un sujet très actuel : le populisme et l’exploitation par une certaine télévision trash, des faits divers :

 » Quand certains directeurs d’antenne flairent une affaire atypique qui pourrait provoquer une flambée des parts d’audience, la justice est contournée sans scrupule et les procès se tiennent dans un studio de télévision, sans garantie de sécurité ni d’anonymat des témoins et des accusés, et sans aucun critère objectif autre que l’indignation personnelle. La priorité est alors d’alimenter la curiosité morbide et compulsive du public, qui de simple spectateur se mue en juge.. »

Il joue aussi sur la frustration devant les injustices de la vie et reproche à la justice d’être inefficace. Spectacle des injustices, désirs de vengeance, défiance des institutions et de l’Etat de Droit. Ignorance du Droit aussi. Refrains que distillent aussi les médias populistes chez nous.

En effet, le Dentiste a choisi une cible hautement symbolique et représentative d’un dysfonctionnement de l’institution judiciaire, déclara-t-il. Ce n’est pas tant un assassin que nous cherchons, qu’un semeur de colère
sociale. Il veut faire monter la haine parmi la population, et l’utiliser pour renverser le système. — Une sorte de justice poétique, quoi.

[..].
….avec le côté émotionnel de son “spectacle”, il paralyse le sens critique des gens, et plus généralement leur sens
de la réalité. Le public n’a plus l’impression de participer à quelque chose de réel. C’est comme si les gens scellaient avec lui un pacte de suspension de l’incrédulité et devenaient parties prenantes de ce théâtre virtuel.
Pour que l’effet fonctionne à plein, il a recours au masque le plus populaire de la commedia dell’arte… —
Arlequin. L’esclave rebelle. »

Qui est ce Dentiste qui arrache les dents à des personnages peu recommandables et pourtant impunis, et qui remet le sachet de dents aux victimes? Qui est ce personnage qui utilise  à merveille les médias et les réseaux sociaux? Comment sera-t-il démasqué?

A vous de lire cette intrigue captivante. En prime, vous allez enrichir votre vocabulaire d’insultes en sarde,  sicilien et même  vénitien.

Le Fil sans fin – Voyage jusqu’aux racines de l’Europe – Paolo Rumiz – Arthaud

LIRE POUR L’EUROPE

voyager ainsi à pied, dans le maquis, est une juste entreprise, parce que cela vous fait entrer dans le ventre oublié du pays. Cela vous porte à écouter les déshérités, leurs craintes que personne ne veut entendre, et aussi à
reconnaître la trace immonde, impossible à confondre, la trace presque olfactive du racisme qui renaît en
réponse à ces peurs.

J’ai suivi avec enthousiasme Rumiz Aux Frontières de l’Europe, j’ai adoré le voyage des Dolomites aux  des Alpes suisses et dans  les Appenins dans La légende des montagnes qui naviguent, j’ai lu Dans l’ombre d’Hannibal sans aucune réserve. Dès que j’ai lu le billet de Dominique je ai téléchargé le Fil sans Fin et lu sans attendre. 

En cheminant sur les flancs du Redentore – aussi blancs et réguliers que ceux du mont Ararat et de l’Etna – on
pouvait suivre des yeux la longue cicatrice des Apennins où un éboulement de neige qui laissait la roche à nu
mettait les hommes en garde. Au fond de la cuvette, l’unique lieu habité, le rocher de Castelluccio, réduit à l’état de décombres, confirmait la souveraineté absolue des sommets.

Amatrice touchée par le séisme de 2016 est encore en ruines et interdite d’accès quand  Paolo Rumiz découvre intacte à Norsia parmi les décombres la statue de Saint Benoît de Norsie – patron de l’Europe – fondateur de l’ordre des Bénédictins. Touché par cette sorte de miracle, Rumiz va parcourir l’Europe de monastère en monastère, cherchant ces « racines chrétiennes de l’Europe ». 

Que disait-il, ce saint qui nous bénissait, au milieu des débris de tout un monde ? Il disait que l’Europe se portait bien mal ? Que la Grande-Bretagne venait à peine de voter pour sortir de l’Union européenne et que je me trouvais peut-être devant les ruines

[…]
Oui. Le message du saint pouvait aussi être celui-là : l’Europe avait replongé dans le Moyen Âge et, pour
retrouver ses racines spirituelles, il lui fallait repasser encore une fois par une saison de ruines. Une troisième
catastrophe, en l’espace de cent ans, nécessaire pour sortir du tunnel autodestructeur de la consommation.

 

Diversité des monastères de bénédictins, et de bénédictines, diversité culturelle mais toujours la même Règle : la Règle de Saint Benoît qui codifie aussi bien la liturgie et les horaires que les principes d’accueil et de bienveillance vis à vis de l’étranger, le pèlerin, le silence aussi

Sous le signe de la devise :  Ora et Labora et lege et noli contristari – prie et travaille, étudie et ne te laisse pas aller à la méfiance. 

De Praglia en Vénétie, à Sankt Ottilien en Allemagne, Viboldone en Lombardie, Muri-Gries et Marienberg au Tyrol du sud, Saint Gall en Suisse, Citeaux, Saint Wandrille en France, Orval en Belgique…jusqu’à Pannonhalma en Hongrie,  Rumiz va expérimenter l’accueil, goûter au vin ou à la bière fabriqués dans les monastères. Il va écouter les trilles des hirondelles dans le silence, les orgues et le piano de moines musiciens…rencontrer moines et pèlerins…

Sans oublier l‘Europe bien sûr qui est la préoccupation majeure de l’auteur.

Je ai lu Le fil sans fin avec plaisir, je suis fan absolue de Rumiz.

Pourtant,  dans les monastères, j’ai du mal à le suivre. Ses craintes pour l’Europe, son rejet de la xénophobie qui gagne, je les partage. Mais tout ce discours  me paraît  plaqué, artificiel. Les moines ont inventé le bien-vivre en communauté, pourquoi les Européens n’inventeraient pas le bien-vivre ensemble et avec les migrants? Rumiz a cédé aux séductions du bon vin, de la bonne bière, et du chant grégorien. Je n’y arrive pas.

Cela ne m’empêchera pas de dévorer les autres livres de l’auteur, je n’ai pas encore épuisé ses œuvres. Le podcast de France Culture, A Voix nue Paolo Rumiz, l’homme qui écrit avec ses pieds m’a accompagnée pendant mes dernières promenades en forêt et j’ai vraiment aimé écouter sa voix, d’autant plus qu’il s’exprime parfaitement en Français.  

 

Sur le toit de l’enfer – Ilaria Tuti – la Bête noire

POLAR ITALIEN

.

Je suis toujours curieuse de découvrir une nouvelle série de polars. En revanche, je suis mauvaise cliente pour les diableries, monstres et enfer. Ne croyant ni à Dieu ni à Diable, j’ai tendance à être agacée par ces références au Bien ou au Mal . Je n’ai pas fait attention au titre mais j’ai eu un peu de recul comme dans les livres de Dolorès Redondo ou Illiska sous-titré « le Mal » de l’islandais Erikur Norddahl, je ne crois pas aux monstres non plus. Ce roman a eu raison de mes réticences à la fin que, bien sûr, il n’est pas question de divulgâcher.

L’histoire se déroule dans les montagnes italiennes à la frontière de l’Autriche dans un village enclavé, jaloux de sa culture, de son territoire, très solidaire, qui préfère garder ses secrets que de collaborer avec la police italienne. Même le policier local se sent plus tenu à l’omerta qu’à faire avancer l’enquête. Montagnes abruptes, forêts sauvages, grottes inexplorées. Le terrain n’est pas facile pour l’équipe de policiers sous la direction du commissaire Battaglia…Commissaire atypique, Teresa Battaglia, la soixantaine, diabétique,  un caractère de cochon mais très appréciée de ses lieutenants qui lui sont aveuglement dévoués.

Un premier crime horrible, la victime est énuclée, les yeux ont été arrachés, fait penser à un meurtrier monstrueux, criminel en série. En effet, d’autres victimes suivront….Je commence à tiquer : gore, trop gore! Et puis les criminels monstrueux, ce n’est pas ma tasse de thé.

Ilaria Tuti a monté une intrigue haletante, je me laisse prendre par cette lecture addictive avec mauvaise grâce d’abord, puis hameçonnée. C’est très bien fait avec ce qu’il faut de mystère et de rebondissements. La fin est surprenante, Teresa Battaglia est une femme,  non seulement intelligente, mais pleine d’empathie, très sympathique sous ses abords grognons. 

Lisez-le, c’est une lecture surprenante.

les silences d’Ogliano – Elena Piacentini – Actes sud (2022)

POLAR MEDITERRANEEN

Elena Piacentini est une écrivaine d’origine corse dont j’ai déjà lu un roman policier : Un Corse à Lille CLIC

Les Silences d’Ogliano se déroule dans une île méditerranéenne : Corse, Sardaigne ou Sicile, j’ai aussi pensé à la Calabre. Pays de mafia, de bandits et culture de l’Omerta qui est la traduction littérale du titre. Pays de maquis où l’on peut se cacher, illusion de liberté, doublé dans le roman de grottes et de cavernes. Le livre s’ouvre sur les funérailles d’un mauvais sujet, « officiellement leveur de liège  braconnier et voleur de bétail » cinq étrangers louches sont présents. 

En même temps, le Baron, son fils et sa ravissante femmes viennent prendre leurs quartiers d’été. Deux mondes coexistent : les misérables et les nobles propriétaires.

Libero, le narrateur, est un jeune homme, encore lycéen, le fils de l’institutrice ami du fils du baron comme des jeunes du village. Entre ces deux mondes. Roman d’apprentissage ou d’amour? Libero connait comme sa poche la montagne. Roman de nature?

Je n’ai pas envie d’en dire plus. L’intrigue vous conduira dans des lieux secrets et vous découvrirez les secrets que Les Silences d’Ogliano recèlent. C’est une lecture addictive, très agréable, dépaysante. Et puis, en filigrane Antigone de Sophocle, ne peut que me plaire.

Cependant, j’ai été un peu agacée par le machisme, la virilité célébrée, même si elle est très couleur locale. Surprenant d’une écrivaine, ce rôle mineur dévoué aux femmes sainte mama ou putain, il y a aussi l’alternative folle… Antigone qui dit NON vaut mieux que cela.

Bakhita – Véronique Olmi

SOUDAN/ITALIE

Bakhita, est née dans le Darfour en 1869 et a été enlevée  à 7 ans au cours d’une razzia, elle a marché des centaines de kilomètres à pied dans la savane, la forêt souvent enchaînée. Sa survie, elle la doit à Binah une autre fillette-esclave « je ne lâche pas ta main » ensemble, elle se soutiennent, elles vont même s’évader, ensemble elle seront reprises, vendues. 

Bakhita verra d’autres fillettes-esclaves mourir sous ses yeux, elle ne pourra pas sauver le bébé que sa mère ne peut pas nourrir ni faire taire, ni Yebit sous les mains de la tatoueuse. Elle est vendue à plusieurs reprises, domestique ou même jouet pour les petites filles, abusée par leur frère…

Fillette-esclave, j’avais commencé cette histoire à la suite de la lecture de Paradise d‘Abdulrazzak Gurnah l’histoire d’un garçonnet vendu pour dette en Tanzanie. Cette première partie du livre De l’esclavage à la liberté est éprouvante. Aucun répit pour la petite fille qui subit ses épreuves avec courage mais passivité. Survivre est déjà un exploit.

 

Je ne savais pas que Bakhita n’était pas un roman mais une histoire vraie. Je ne savais pas non plus qu’elle est devenue une sainte canonisée en l’an 2000 après être devenue religieuse à Venise en 1890 puis à Schio. 

Sauvée par un consul italien qui l’a achetée à 14 ans pour la libérer, elle le suit en 1885 après la révolution mahdiste. Il la donne comme domestique à un couple d’amis ; elle devient la nourrice de leur petite fille.

La deuxième partie du livre De la liberté à la sainteté m’a d’abord moins intéressée. J’ai eu du mal avec cette vie édifiante au couvent, trop exemplaire pour que j’accroche. Un aspect m’a beaucoup intéressée : l’exploitation de la popularité de la Moretta dont la couleur de peau effraie, repousse les italiens mais que la personnalité  fascine,  dans l’entreprise coloniale italienne en Afrique. 

« Bakhita est acceptée au noviciat. Elle n’est ni une conquête ni un trophée mais une confirmation : l’Italie catholique sauve les esclave »

puis quand le livre de sa vie est publié

« Quand elle se confiait à Ida Zanoli, elle ignorait que cela ferait un livre et que ce livre on lui demanderait de l’offrir à un chef de guerre »

 

« C’est l’Afrique qui fait rêver le Duce et le peuple à genoux, l’Afrique des barbares et des mendiants pouilleux dont la conquête rendra aux italiens leur honneur et leur puissance. L’Afrique dont on fait des cartes postales, des  des  romans […]alors pourquoi pas un feuilleton de l’histoire terrible de Madre Giuseppina anciennement Bakhita »

Toute l’histoire de l’Italie dans la première moitié du XXème siècle s’inscrit en filigrane. Bakhita est illettrée mais fine, elle perçoit les horreurs en Afrique, les bombardements en Lybie, puis plus tard l’usage des gaz en Ethiopie. Finalement, le racisme et l’antisémitisme chasse sa meilleure élève qui est juive.

Un film a aussi été consacré à Bakhita

 

Farniente à Baia delle Ginestre,

CARNET SARDE

Au petit matin, vue de la route : les plages

Nous nous accordons un jour pour profiter de notre belle résidence.

A 5h50, un peu avant le lever du soleil, je pars à pied sur la route en direction des belles plages de Campionna et de Piscinni. Nous avons mesuré la distance hier : 2.5 km. A l’ »heure magique » il fait frais. Je profite encore mieux des paysages que dans la voiture. Asphodèles et fenouils sont desséchés mais les champs sont jaunes d’une nouvelle fleur la Molène sinuée Verbascum sinuatum.

Petite frayeur : le troupeau passe, deux chiens jaunes, dans le genre vieux corniauds, tout hérissés me barrent la route. Le berger n’est pas loin mais il ne fait rien pour les rappeler. Je passe quand même, pas rassurée « ils sont bons ils ne font rien » déclare le berger qui ne les rappelle toujours pas.

Schistes verts et argentés

Au-dessus de Campionna, un gros mobil-home est garé. La plage suivante est occupée par une tente décathlon et 4 cannes à pêche. Je retourne à Campionna. Les schistes gris-vert, l’eau argentée, la tour au loin ont un aspect mystérieux. Sérénité , calme souligné par le clapotis de l’eau. Je fais un petit paquet avec mes lunettes et mon téléphone et ma robe de plage, le tout coincé dans mes sandales et j’entre précautionneusement dans l’eau. Graviers et galets, il faut me jeter à l’eau dès le premier mètre. Quand je ange, je sens des roches qui affleurent. Mais il ne sera pas dit que je n’aurai pas essayé !

Après le petit déjeuner je descends explorer les plages de Baia delle Ginestre. J’ai découvert lundi la petite plage au bout de notre allée : une petite bande de graviers gris sous des schistes verts. Chaussons obligatoires. La deuxième plage se trouve un peu plus loin à l’est, mêmes graviers gris. J’ai mis mes chaussons mais je ne suis pas rassurée à cause des rochers qui affleurent cachés par les algues et posidonies. Je nage doucement, les yeux fixés sur le fond. Les schistes se détachent formant des arêtes vives, parfois soulignées par un filon de quartz. C’est beau les plaques qui se détachent et brillent au soleil.

Troisième baignade à la petite plage du bas. J’ai failli me décourager puis j’ai remarqué du sable plus fin au bout à droite de la crique. L’eau plus verte, les algues plus profondes. Enfin je trouve un accès facile sans trébucher sur les gros galets glissants, sans racler des rochers cachés. Je trouve le passage en eau profonde. Le fond bien visible. La petite baie est fermée et très tranquille. Une belle baignade.

 Plages et restaurant pour notre dernier jour en Sardaigne

Trois baignades à la petite plage maintenant j’ai trouvé la voie d’accès dans la partie sableuse. L’eau est si transparente que je peux anticiper les écueils, les touffes d’algues brunes et les massifs de posidonies. Curieusement je n’ai pas vu un seul poisson.

Vers 11 heures nous reprenons la corniche pour faire les dernières photos des caps et des tours. Le ciel est couvert, l’eau un peu grise, les crêtes embrumées. Près des plages, turquoise de l’eau relevé par quelques parasols colorés.

Midi, au restaurant Riccio Bianco. Il ne faut pas garer la voiture face à la mer. La police verbalise. Le restaurant loue aussi des gommone. Grimpette à la tour ronde du Capo Malfatano. C’est court mais cela monte dur.

Tour Malfatano

Le restaurant est installé sur la plage. Tables carrées laquées de blanc, sets en papier blanc et bleu clair, serviettes en papier bleu marine. On nous a gardé la table d’angle proche du sable. Sur l’ardoise, le menu du jour. Huitres à l’unité 4€, homard au poids. Nous choisissons une tranche de thon sur un lit de tomates-cerises, un plat de pâtes tomates, morceaux de dentice (vivaneau) avec de la boutargue qui sert plutôt à décorer.

Riccio bianco

Jolie conclusion aux vacances. Un peu cher, mais l’endroit est exquis.

Il va falloir refaire les valises, laver la Lancia….

 

 

 

Nora, site archéologique et les belles plages de Chia

CARNET SARDE

Une route panoramique

Marianna vient chercher Dominique avec la voiturette qui est indispensable pour monter (et descendre) les allées dallées sinueuses qui serpentent entre les maisons étagées sur la pente très raide. La SP 71 suit la côte en balcon. C’est une route panoramique et spectaculaire « la plus belle de Sardaigne » disons-nous, oubliant la route de Nebida à Masua, les rochers de granite de la côte nord….qui sont aussi des routes panoramiques spectaculaires. Le matin, il n’y a pas de circulation et nous pouvons nous arrêter à chaque belvédère découvrant les plages de Campionna, de Piscinni et les criques cachées du Capo Malfatano. Des bateaux sont alignés en travers d’une baie très étroites et évoquent un pont de bateaux comme autrefois. Ce sont les zodiacs des excursions touristiques. Il serait très tentant de descendre me baigner. Mais le temps presse, il faut arriver au site archéologique de Nora le plus tôt possible. A midi, les sites sont des fournaises. Après Tuerredda, la route s’enfonce dans la verdure. Aux alentours de Chia les villages de vacances et les campings se cachent dans les pinèdes. Les bords de la route sont très fleuris de lauriers roses,  d’agapanthes et de massifs de lantanas.

Après Chia, nous retrouvons la SS195 Sulciana et arrivons à Nora.

Site archéologique de Nora

La visite en Italien vient de commencer, je la prends en route. On peut aussi télécharger une application sur le smartphone et visiter librement avec les commentaires en anglais ou en français.

Quand j’arrive, le guide, coiffé d’un panama, parle du site nuragique. Les capanne étaient en bois, boue et roseaux qui, bien sûr, n’ont pas laissé de trace. On peut tout juste retrouver l’emplacement des anciens poteaux.

Comme Sulky, Monte Sirai, Nora fut phénicienne puis punique mais ce sont les monuments romains les plus visibles. Nora fut abandonnée et cachée par la végétation jusqu’en 1950, mise au jour par Gennaro Pesce. Depuis sa découverte les universités de Cagliari, Padoue, Milan et Gènes envoient des étudiants poursuivre les fouilles.

Sur le forum les goélands sont vigilants

Le Forum Romain est constellé de plumettes et de duvet blanc, les poussins des goélands sont en train de muer. Les adultes sont agressifs avec les visiteurs, manifestement des intrus. La ville punique était construite sous le forum. On reconnait le bâti carthaginois par l’emploi de gros moellons « appareil africain/opus africanum ». Andréa, le guide nous montre : « devant vous vous avez un peu de Carthage. D’ailleurs, Carthage est plus proche de nous  que Sassari. » je vérifierai cette assertion avec Googlemaps quand nous chercherons une station de lavage pour la Lancia « autour de nous » et que google me proposera un garage à La Goulette.

Nous déambulons sur une rue romaine bien dallée, bombée à l’axe, pour évacuer les eaux de ruissellement, et, équipée d’une canalisation d’égout (cloaque). Andrea soulève le regard (moderne) le cloaque romain est en état.

Un petit théâtre romain est bien conservé.

Théâtre

Du petit temple (230 après JC), il ne reste plus qu’une seule colonne sur les six ; Curiosité : l’autel est situé devant la colonnade alors qu’il est normalement caché à l’intérieur du sanctuaire. Devant le temple une mosaïque.

Temple d’Eshnoun/Esculape est situé à l’extrémité de la presqu’ile. Il était décoré de marbre, on a retrouvé de motifs de disque et de serpent

Le guide insiste sur le fait que la population de Nora était multiethnique et que les multiples influences se retrouvent mêlées dans la vie quotidienne : on a retrouvé des écritures puniques sur des plats romains. Plusieurs religions co-existaient. Plusieurs langues y étaient parlées y compris l’Egyptien. Sur l’architrave d’un temple, Andrea montre le cercle représentant Râ protégé de 15 urei (cobras égyptiens), ces figures sont à rapprocher des scarabées égyptisants étaient également fabriqués en Sardaigne que  nous  avons vus dans le musée de Sant’Antioco. Septime Sévère qui a règné de 193 à 211  est né à Leptis magna en Lybie était lui-même africain ; il parlait le berbère, le punique, le latin et le grec ; il fut en poste en Sardaigne.

Sous les arbres la via sacraa dallée de basalte relie les temples à la ville

Les maisons romaines étaient parfois luxueuses comme la Casa tetrastyle (quatre colonnes soutenant le toit de l’atrium). Ses mosaïques ont été réalisées par des artisans nord-africains (IIIème siècle ap.JC) la taille minuscule des tesselles atteste de la qualité du travail ainsi que la finesse des motif. On reconnait une néréide. Plusieurs pièces furent ainsi décorée.

Nora possédait cinq établissements thermaux. L’un d’eux a servi de forteresse pour protéger le port des attaques des Sarrazins. Ce sont ces derniers qui ont causé la perte de la ville au VIII ème siècle. Occasion pour le guide de rappeler les différentes fonctions des thermes : sportive, hygiéniste mais surtout sociale. Il nous montre les différentes salles : frigidarium, caldarium, tepidarium et même solarium. L’eau était recyclée dans les latrines collectives et en plein air.

devant le port, les thermes et les colonnes de la villa tetrastyle

La promenade se termine au temple de Tanit dont il ne reste rien et par la nécropole.

Ce fut une belle visite, plus d’une heure et demie grâce à la « fraîcheur », en cas de chaleur Andrea raccourcit. Il nous recommande le site http://www.nora>.it et e-archeo.it. Le premier offre une visite virtuelle éblouissante.

Dominique a trouvé un endroit charmant au port près du Centre de Récupération des Tortues

Au programme de la journée, nous avions prévu la visite du Musée de Pula, la Torre del Coltellazzo  et celle de l’église de Sant Efisio. La tour est en restauration, l’église n’ouvre que le dimanche, le musée fermé. Cela change !

Mosaiques et tour de coltellazzo

Nous cherchons une plage pour le pique-nique et se baigner. Nous quittons la Sulcitana à Chia dont le guide Vert chante les louanges. Les plages sont difficiles à approcher. Les parkings ombragés ou pas, sont chers. On hésite à payer le tarif « journée » pour un bain d’une demi-heure. Belles plages de sable mais aujourd’hui il y a des vagues. Sur le sable très blanc, l’eau a une couleur menthe glaciale. Je me baigne au pied de la Tour de Chia.

La piste sableuse qui va au Capo Spartivento passe au bord d’un étang, plus loin on devine des dunes très blanches et des plages aménagées très luxueuses (personne sur les lits). Le drapeau rouge est hissé à cause des vagues. Je me promène les pieds dans l’eau, m’écarte du maître-nageur pour faire une courte baignade. L’eau est peu profonde, la taille des vagues raisonnable. Au petit port de Tuerredda nous cherchons un restaurant pour jeudi. Le premier, pieds dans l’eau, L’Antica Pescheria nous plait beaucoup, mais jeudi est jour de fermeture. Une piste monte vers le Capo Malfatano, montée très raide, bravo à la courageuse Lancia Ypsilon, puis jolie descente mais nous sommes récompensées. Il y a un restaurant de poisson Riccio Bianco qui prend la réservation

Dimanche à Sant’Antioco : plages et restaurant

CARNET SARDE

Pavot cornu

Dernier jour à Sant’Antioco, nous avons épuisé les excursions des environs et préférons profiter tranquillement de la douceur de l’île. Il y a plus de monde à Cala Lunga que d’habitude. Il y a même la queue au parcmètre, signe que la saison touristique a bien commencé. Les familles avec glacières, diables chargés de lits de plage, chaises et parasols s’installent. Une planche à voile, trois canoës, paddle(monsieur debout la dame et fifille assises, crocodiles gonflables, frites roses. Il y a même du monde dans l’eau. Il y a pourtant du vent. Un homme se bat avec une voile, ce n’est pas une voile mais une tente décathlon qu’il replie après un quart d’heures de gymnastique inutile. Malgré le vent, le miracle se reproduit comme hier : pas une vague, une eau tranquille à peine hérissée d’une petite risée. Et comme je ne suis plus seule je m’enhardis à nager jusqu’à la grotte. Au deuxième aller/retour, un détail me fait reculer : un jeune garçon brandit un fusil sous-marin. Vraiment jeune. Je ne veux pas être harponnée, je retourne vers des eaux plus tranquilles.

Nid d’oiseau

Du parking nous nous dirigeons vers Calasetta, suivant les traits jaunes du sentier côtier qui emprunte la petite route. Quand elle s’approche de la falaise, je descends et continue à pieds. Je cherche le « nid d’oiseau » étoilé au guide Michelin sans avoir bien compris s’il s’agit d’une crique ou d’un rocher. Nous avons 3 plans de l’île et chacun donne une localisation différente. Celui de la cuisine donne les coordonnées GPS mais le situe dans la mer.

Falaises volcaniques rouge violacée, trachyte ou rhyolite ? la côte est découpée avec des ilets, des rochers sur l’eau transparente. Les fleurettes jaunes de l’héliochryse (immortelle de Corse) et du Pavot cornu (Glaucium favum) sont du meilleur effet. Déception olfactive pour l’héliochryse qui ne sent rien malgré la chaleur. Belle promenade le long de la falaise, en pointillé parce qu’il n’existe pas de sentier côtier balisé continu).

Nous nous arrêtons pour l’apéro sous un genévrier impressionnant, arbre avec un tronc, de grosses branches et surtout de gros fruit qu’on ne mettrait pas dans la choucroute. Genévrier cade ? Un  , peu plus loin, lace au petit phare blanc sur l’îlot Mangebranche (mange-barques plutôt ?) un reste du squelette d’un petit phare, socle en béton d’une batterie de la dernière guerre. Attendait-on un débarquement sur l’île ?

Nous passons près des grandes plages de sable : Spiaggia Grande, la Salina. Traversons la ville blanche de Calasetta (achat d’un melon).

 

13H arrivée à Cussorgia.  J’ai réservé par Internet une table au Restaurant Acqua Sale . Comme à S’Archittu, il faut cliquer sur un QR code pour obtenir le menu (sans smartphone que faire ?) La serveuse jeune mais peu gracieuse prend la commande sans même proposer d’apporter une ardoise ou un menu sur papier.

Thon et fritures

Thon et frittura mista – Excellents : quatre gros morceaux de thon coupés très épais, marinés dans la sauce soja set « panés » de graines de sésame, grillé juste saisi, la chair est tendre et mi-cuite. Un délice ! la friture est bien variée : crevettes, calamar, petits poissons roses. On partage.

Le spectacle est dans la salle. Des familles sardes sont venues pour le dimanche midi à la plage, trois générations. Ils parlent fort et ont commandé plusieurs plats généreusement servis. Authenticité garantie. Je me baigne dans l’eau tranquille en face du restaurant. Des retraités allemands ont installé leur yorkshire sur une planche en polystyrène et font naviguer le chien ravi en le poussant de l’un à l’autre.

Après midi sur la terrasse, rafraîchie par le vent (29 km/h). le miracle de la Cala Lunda se renouvelle. Je rentre par le sentier côtier et découvre de belles promenades. Si j’avais su avant !

Le vent tombe après le coucher du soleil, les moustiques reviennent et abrègent la veillée.