Le Tour de l’Oie – Erri de Luca

LIRE POUR L’ITALIE

 

« Je lisais un livre où un vieil homme s’invente un fils. C’est un menuisier et il le fait en bois. Il aimait l’idée qu’on l’appellerait papa. »

Evidemment, on pense à Pinocchio… Dans la maison qu’il a construit de ses mains, le narrateur, Erri de Luca, allume un bon feu de bois et va passer la soirée en compagnie de ce fils inventé. Il va lui raconter sa vie, ses parents, ses expériences de militant, d’écrivain. Confidences intimes, transmission de ce qu’un père aimerait passer à son fils, à la génération suivante…

« Être avec toi, fils, me retire du passé. Tu me fais déboucher dans le présent d’un soir réchauffé par le bois de mimosa, qui pousse tout seul dans le champ. »

 

Et la lectrice est ravie d’être dans la confidence, de découvrir les secrets d’un de ses auteurs favoris, qui monologue, puis dialogue puisque ce fils inventé lui répond :

 » Tu te résumes ainsi : révolutionnaire, ouvrier, émigré, dans le sillage des dernières guerres sur le sol d’Europe. Tu as voulu avancer de cinquante ans ton acte de naissance. Je préfère les histoires de tes parents, elles sont sans intention, aucun signe à discerner, agrandir, souligner. Bref, leurs histoires »

Imaginer ce qu’on a l’habitude de nommer les « années de plomb » qu’Erri de Luca nomme par son nom Lotta Continua, années de militance, établissement en usine, clandestinité et prison pour certains, parenthèse qui n’est toujours pas refermée pour d’autres (Battisti).

Et bien sûr, imaginer le travail d’écriture de l’écrivain et toutes ses lectures…

« Je pratique des abstinences littéraires de grandes signatures du XXe siècle. J’ai abandonné Joyce, Beckett, Musil, Brecht, Sartre dès les premières pages.

Je crois que seul Borges est obligatoire »

L’imaginer à Sarajevo,  à Belgrade :

« Cette nuit est irréparable : tu citais Ossip Mandelstam dans la chambre de l’hôtel Moskva à Belgrade. »

Retrouver ses ouvrages comme Montedidio…retrouver Naples, le meilleur d’Erri de Luca, selon moi, est à Naples. Naples qui’l connaît, ou l’éruption du Vésuve que lui a raconté sa mère…

« Mon fils, il s’agit purement et simplement de mots, mis à la file comme les fourmis. Leur tanière est le vocabulaire. Ils peuvent transporter une charge supérieure à leur poids. Tel est le prodige qui touche ceux qui lisent les livres des littératures. Ils voient que les mots peuvent tout décrire. »

J’ai envie de tout surligner, de recopier toutes les citations que j’ai choisies.

 

Et puis, toujours ce jeu que je pratique à chaque lecture : chercher l’énigme qui se cache sous le titre.  Et je l’ai trouvée!  p. 120 :

« J’ai un corps et j’ai joué au jeu de vivre dedans. Quel jeu ? Le jeu de l’oie. On lance un dé et on se déplace dans un circuit en spirale »

Le jeu de vivre. Qui lance le dé?

A vous de le lire, de le découvrir, tant de belles surprises et tant de poésie

Tous sauf moi – Francesca MELANDRI

LIRE POUR L’ITALIE

Lorsque Babélio a proposé une rencontre avec Francesca Melandri, je me suis précipitée. J’ai découvert cette auteure avec Plus haut que la mer qui évoque les années de Plomb et se déroule en partie en Sardaigne, que j’ai beaucoup aimé. Eva Dort raconte un autre épisode de l’histoire de l’Italie : celle des villages germanophones du Haut Adige italianisés au cours de la période fasciste et après la Seconde Guerre mondiale. Francesca Melandri m’a fait découvrir une Italie que je ne soupçonnais pas dans des romans denses et puissants. Gallimard m’a fait parvenir un exemplaire de Tous sauf moi et l’invitation à rencontrer l’écrivaine. 

Le seul défaut de Tous sauf moi est son poids : 568 pages d’un grand format, un pavé pour la lectrice qui a le poignet cassé! Au dessus de 400 pages, je préfère le numérique. C’est un détail . Il ne faut surtout pas s’effrayer de ce pavé parce qu’une fois qu’on est entré dans l’histoire on se laisse entraîner dans une histoire passionnante.

Tous sauf moi est le dernier opus de la trilogie historique. Il retrace l’histoire du fascisme et particulièrement celle de l’aventure coloniale mussolinienne en Ethiopie. Comme dans ses précédents romans, le présent et le passé se télescopent et la saga familiale ne sera pas racontée de façon linéaire. C’est d’ailleurs le présent qui déclenche l’enquête qu’Ilaria mène pour découvrir l’histoire de son père. Un migrant africain débarque sur son palier, à Rome avec une carte d’identité qui prouve qu’il est son neveu : il porte le même nom que son père Attilio Profeti.  Ce dernier, à 95 ans, n’a plus toute sa tête ; sa seule préoccupation « gagner le concours » consiste à survivre plus vieux que tous.

Tous sauf moi est la devise, le refrain, répété comme un mantra depuis son enfance, tous mourront « sauf moi« . En effet, la chance est du côté d’Attilio Profetti : il va survivre à une guerre meurtrière. Il réussira, sans même le chercher, à être planqué. Il va s’enrichir et s’élever dans l’échelle sociale par des relations louches. Il va aussi passer à travers les enquêtes des juges dans l’opération mains propres, compromis mais pas assez important pour être condamné. Dans sa vie familiale, il a aussi une chance folle…mais ne spoilons pas le récit.

C’est en fouillant dans la vie de son père qu’Ilaria va découvrir presque un siècle d’histoire. Attilio, chemise noire, est envoyé en Ethiopie, se compromet aussi dans les théories raciales les plus abjectes,  est témoin des massacres.  Plus tard, on découvre  corruption et affaires de Berlusconi. Et finalement, les camps de rétention des migrants. Une histoire peu reluisante !

La romancière a construit un puzzle riche et foisonnant. Les personnalités sont complexes. Rien n’est simple. Au détour d’un chapitre, Francesca Melandri évoque deux personnages historiques qui n’ont rien à voir avec les héros inventés pour le roman : Badoglio et Graziani, figures importantes de l’histoire la plus trouble de l’Italie. Au cours de la rencontre, elle a évoqué le monument à Graziani qui a fait polémique : on célèbre encore les héros du fascisme, même si on sait qu’ils sont responsable de massacres.

Tous sauf moi peut être lu comme un roman historique. Il peut aussi être envisagé sous le prisme des relations familiales. On croit connaître ses parents, son mari. Qu’en sait-on vraiment?

C’est en tout cas un très beau roman!

Francesca Melandri – la photo est floue mais je la garde parce que c’est un bon souvenir.

La rencontre avec Francesca Melandri a aussi été passionnante. Dans cette heure de questions-réponse, nous avons appris comment ce livre s’est construit avec dix ans de recherches, de rencontres, en Italie et en Ethiopie. Le choix du titre aussi différent en français du titre italien…

Un rêve d’Italie – Collection Campana – Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 18 février 2019

Une collection comme geste politique!

Giampetro Campana – directeur du Mont de Piété à Rome –  a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et  de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.

L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.

Sarcophage des époux

Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.

A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :

urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant

Une autre urne

duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.

L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).

La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .

Vase romain

A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.

En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.

Plaques campana avec des scènes variées.

Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)

L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.

Brutus,Antinoüs et César
Venus d’Anzio

Les marbres étaient exposés dans les jardins.

A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du  14ème siècle –

Nativité de Saint Jean Baptiste  (1340) école d’Arezzo

une très belle Annonciation

Annonciation

A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.

panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessous
Ariane et le Minotaure (1510 – 1515)
Ariane à Naxos

Le studiolo d’Urbino  de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.

Studiolo d’Urbino

la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant

Bataille de San Romano

j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli

Botticelli : Noli me tangere

Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés :  la mort de Cléopâtre de Girolamo Marchesi da Cotignola est originale. 

Mort de Cléopâtre

Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses

Belle donne e istoriati
Un banquet donné au peuple romain

Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.

Della Robbia

La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!

La Pension de la Via Saffi – Valerio Varesi

POLAR ITALIEN (PARME)

C’est une lecture de saison! L’action se déroule pendant la semaine qui précède les vacances de Noël avec  le dénouement  le jour de Noël. Parme est noyée dans le brouillard, tout juste comme la Région Parisienne aujourd’hui. Ambiance de circonstance!

Le centre de Parme (2004) s’est vidé de la population étudiante et laborieuse, bureaux et immigrés ont remplacé les autochtones. Seul résiste le barbier qui attend la retraite. Le commissaire Soneri ne retrouve  plus ses souvenirs de jeunesse dans la pension pour étudiants où logeait sa fiancée Ada et où l’on retrouve la propriétaire Ghitta assassinée.

L’enquête démarre doucement, très doucement.  Soneri revisite son passé autant qu’il cherche les indices pour résoudre l’affaire. Il marche en plein brouillard. Les mobiles du meurtrier (e) ne manquent pas. Ghitta était un personnage singulier, sa pension, un établissement louche, maison de rendez-vous. Soneri lève une affaire de corruption dans les affaires de construction de Parme qui se transforme…

Soneri revient sur ses années de jeunesse, années 70, années de plomb, quand les gauchistes avaient viré terroristes, quand les factions se faisaient la guerre. Années où le parti communiste italien était encore influent. Parme, de tradition ouvrière ancienne. Allusions aux années 20 et aux barricades de de 1922, Arditi del Popolo. Un goût d’Ettore Scola dans « nous nous sommes tant aimés » (avec 30 ans d’écart)... Nostalgie, qui donne un charme indéniable à ce polar lent. Un photographe à l’ancienne a gardé des clichés des manifestations ou des réunions des anciens militants. Soneri découvre une photo de son ancienne femme qu’il n’aurait pas dû voir….

Les vitrines de Parme Parmesan et jambon

Traditions de Noël. Il fut un temps où on faisait maigre la veille de Noël (ça c’est un scoop). Gastronomie parmesane. Evidemment, en planque Soneri trompe l’ennui ou la faim avec des copeaux de parmesan! Il est question de préparer (ou non) des anolini specialité de Parme, et bien sûr le jambon, bien gras….

J’ai beaucoup aimé ce livre et je reviendrai sûrement vers cet auteur.

Eblouissante Venise au Grand Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 21 janvier 2019

 

Venise, les arts et l’Europe au XVIII ème siècle

Cette promenade dans la Venise du XVIII ème siècle est toujours un émerveillement, même si les thèmes sont connus et si j’ai en mémoire une récente  exposition à Jacquemart-André(2013) des vedute avec de nombreux tableaux de Canaletto et Guardi. 

Pietro Longhi : l’audience du Doge

L’exposition du Grand Palais est plus diverse. Le très grand portrait du procurateur Daniele Dolfin  en habit rouge, de Giambattista Tiepolo nous accueille dès l’entrée. La taille de la Vue du Palais Ducale  de Canaletto me surprend, j’avais été habituée aux plus petits formats. Plusieurs vues de Venise témoignent de son active importance diplomatique avec la visite des ambassadeurs : Luca Carlevaris (1721); ou les fêtes présidées par le doge Pietro Longhi L’audience du Doge, ou Guardi Le Doge à bord du Bucentaure (1775-1777).

Luca Carlevaris ; Entrée du comte de Gergy 1721

Ces vedutistes ont peint la vie mondaine de Venise tandis que certains ont peint  aussi des aspects moins brillants comme les mendiants Canaletto  Rio dei mendicanti ou l’atelier des tailleurs de pierre.

Rieci : Repétition d’un opéra

Une salle est consacrée à la musique Vivaldi (1678-1741) et Porpora (1686 -1768), Farinelli en sont les figures les plus connues. Les luthiers étaient aussi très réputés à Venise et de beaux instruments sont présentés.

Pietro Longhi : Il Concertino

La musique est aussi peinte : répétitions d’un opéra, Il  Concertino de Pietro Longhi, bals et commedia dell Arte, bals masqués…..

Guardi : Le Ridotto du Palazzo

Les arts décoratifs sont raffinés, tendance rococo, chinoiseries, stucs, dorures et meubles peints . Un reliquaire a attiré mon attention : j’imaginais plutôt miroir d’une élégante que destiné à quelque ossement sacré!

Reliquaire

Bien sûr les tableaux d’inspiration religieuse sont aussi présents : Guardi a peint Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs  tout à fait surprenant. C’est un très grand tableau où des apparitions, femmes alanguies (en extase?) têtes émergeant des nuées, contrastent avec le réalisme du la partie inférieure beaucoup plus classique.

Je fais connaissance avec un artiste que je ne connaissais pas Giovanni Battista Piazzetta (1682 -1754) avec Judith et Holopherne de caractère et des dessins intéressants.

Piazzetta : Judith et Holopherne

A l’étage l’exposition se poursuit avec La Diaspora des Vénitiens en Europe qui montre que toute l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne ont fait appel aux peintres vénitiens pour décorer châteaux et belles demeures . je découvre qu’il y avait deux Tiepolo : Giambattista et Giandomenico (son fils). J’ai beaucoup aimé les scènes de rues de Giandomenico Scène de Carnaval et L’arracheur de dents.

Giandomenico Tiepolo : scène de Carnaval

 

 

 

 

 

Giendomenico Tiepolo : L’arracheur de dents

Décidément Venise a bien du charme à la veille de sa chute quand Bonaparte met fin à la Sérénissime République séculaire.

Giambattista Tiepolo

Caravage à Rome amis et ennemis – Musée Jacquemart-André

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier 2019

Gentileschi : Judith et Holopherne

J’ai rencontré le Caravage à Rome, Naples, La Valette….et toujours impressionnée par le Maître! J’ai aussi lu et relu La Course à l’Abîme de Dominique Fernandez  a guidé mes pas dans Rome dans  Le piéton de Rome, et La Couleur du soleil de Camilleri.

Baglione : l’amour divin et l’amour profane

 

Retrouver Le Caravage ressemble plutôt à la visite d’un ami de longue date. Quoique – je ne suis pas sûre que la fréquentation de ce mauvais garçon soit recommandable! J’ai beaucoup apprécié que ses toiles soient confrontées à celle de ses concurrents, contemporains ou élèves, ses amis et ennemis comme le dit le titre. Le musée n’est pas grand, on  peut prendre notre temps : remarquer les petites taches de sang qui mouchettent le bras de Judith et Holopherne dans le tableau de Gentileschi (1610)…

Orazio Borgianni DAvid et Goliath

Dans la première salle « THEÂTRE DES TÊTES COUPEES » le tableau du Caravage, Judith décapite Holopherne, sous un drapé rouge qui accentue le drame avec un décor théâtral, est accompagné d’autres décapitations de Judith, Saraceni, Gentileschi, ou de David et Goliath du Cavalier d’Arpin. Le David et Goliath  d’Orazio Borgianni nous a fait sourire : la posture assez extravagante, les pieds en l’air et cette physionomie de pirate de BD (ou peut être les dessinateurs de BD se sont-ils inspiré de cette tête grimaçante?)

Artemisia Genteleschi : Sainte Cécile

Salle 2 :  Musique et Nature morte, le très beau et rare (il vient de l’Ermitage) Joueur de Luth fait face à Sainte Cécile d’Artemisia Gentileschi (j’ai très envie de lire Artemisia de Lapierre que Claudialucia a chroniqué récemment). Deux belles corbeilles de chasselas décorent la Douleur d’Aminte de Bartoloméo Cavarozzi (celui-là vient du Louvre je pourrai lui rendre visite).

Caravage : Joueur de luth

Salle 3 : au saint Jean-Baptiste du Caravage de la villa Borghèse avec son mouton répond un autre Saint Jean-Baptiste de Manfredi nettement plus habillé au mouton plus mièvre, plus agneau que bélier.

Saint Jean-Baptiste (détail)

Salle 4 CONTEMPORAINS, occasion de découvrir une adoration des mages d’Annibal Carrache surchargée d’angelots (avec un concert d’anges sur un nuage) très baroque.

Salle 5 MEDITATIONS  réunit autour de Saint Jérôme une figure que j’ai rencontrée aussi à La Valette – un Saint François toujours du Maître et d’autres tableaux représentant une figure unique(figura sola)

Manfredi : couronnement d’épines

Salle 7 LA PASSION DU CHRIST  donne à voir les rivalités entre artistes, un concours sur le Thème Ecce Homo aurait été remporté par Cigoli .

Ecce Homo : Cigoli

Le mur du fond est occupé par le très grand tableau de José de Ribera qui se trouvait à Rome cette année-là : Le Reniement de Pierre peint dans un décor d’auberge, où 5 personnages jouent aux dés sous un éclairage caravagesque. En face le tableau de Manfredi nous étonne : on dirait que le soldat romain est décapité (où est donc sa tête alors que son armure brille de tous ses détails?)

Caravage : Ecce Homo

Jeu des différences avec les deux Madeleine en extase, presque identiques. Nathalie qui est plus observatrice que moi me montre le traitement des cheveux, les mains….

Souper à Emmaüs (détail)

 

En conclusion : le très beau Souper à Emmaüs.

Et comme toujours, à Jacquemart-André, des vidéos prolongent de façon savante la visite.

Une matinée bien remplie, avec le plaisir de rencontrer une blogueuse que je ne connaissais que virtuellement.

Elsa mon amour – Simonetta Greggio

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

« Toutes mes clés sont dans mes romans. Que celui ou celle, qui tentera de raconter mon histoire le sache, hors de mes pages, mon existence n’est que commérage. Quelques détails, quelques goûts, quelques inflexions. Aborder l’histoire d’autrui n’est acceptable que dans la désinvolture oublieuse et amicale d’une partie de carte avec un inconnu » 

Les lectures communes permettent de s’échapper de la routine et d’aller vers des livres auxquels je n’aurais pas pensé.

Si je connais de nom Elsa Morante, je n’ai rien lu d’elle. Cette biographie me sert donc d’introduction et je me promets de lire au moins la Storia très prochainement. Cette biographie est-elle désinvolte, amicale ou commérage?

Elsa Morante et Moravia à Capri

De nombreux personnages, écrivains ou cinéastes,  apparaissent dans ce roman. Parfois furtivement, parfois ils ont droit à tout un chapitre et même plusieurs. Moravia, son mari est plutôt décrit comme compagnon d’écriture et de travail que comme amant ou mari. A la fin :  longue citation du Mépris, tel que Godard l’a filmé. Portrait vachard comme celui de Malaparte sous un jour peu flatteur.  Personnages mondains comme les  Agnelli, Virginia et Eduardo du temps du fascisme – personnages influents dans l’Italie d’alors. Avec beaucoup plus de tendresse : Anna Magnani,  Pasolini qui traverse le roman à nombreuses reprises. Très belle évocation de Leonor Fini. Plus équivoque, le personnage de Visconti avec qui Elsa a entretenu une relation plutôt univoque. Fellini, Pavese…combien d’autres? Toute une période de la vie intellectuelle italienne. Un peu « people » quand même. L’auteure a-t-elle évité l’écueil du commérage?

Histoire d’amour avec sa ville de Rome  où j’ai eu plaisir à y retourner :

« Je me suis souvenue à quel point ma ville est un Caravage, chiaroscuro, un miracle secret. Une intimité effarouchée, un baiser volé. Une ville habitée par des bêtes monstrueuses, mi-chevaux, mi-dauphins, animaux mythiques chers à mon âme. Je suis moi-même l’un des monstres sacrés de Piazza Navona….. »

Rome, bien plus que l’Italie, est ma patrie »

On peut aussi faire une lecture historique, s’intéresser au rapport entre les intellectuels et les puissants au fascisme, s’intéresser à la façon dont deux écrivains juifs (à moitié mais les Allemands ne faisaient pas dans la nuance) ont traversé la période de la guerre.

Bizarre! je me suis plus attachée aux comparses qu’à Elsa elle-même. Peut être parce que ces amis faisaient partie de sa personnalité?

elle écrit aussi

« Pourquoi croit-on que les écrivains écrivent, si ce n’est pour prêter leur voix à ceux qui n’en ont pas – qui n’en n’ont plus? »

Comme si l’évocation de ses amis étaient l’essentiel de sa vie? Il faut vraiment que je lise dans le texte!