Pompéi au Grand Palais

EXPOSITION IMMERSIVE

L’éruption du Vésuve comme si vous y étiez

Depuis des mois, j’attendais cette exposition retardée pour cause de Confinement. Passionnée d’archéologie romaine et d’Italie, je m’étais promis de la voir dès l’ouverture. Et je n’étais pas la seule! j’ai eu du mal à réserver un créneau horaire sur Internet, ceux qui me convenaient étaient complets! Nous avons visité Pompéi il y a 24 ans et je brûlais de découvrir les découvertes  des fouilles récentes….

Des vidéos passionnantes retraçant l’éruption de 79 sont passées à la télévision Science Grand Format sur France 5 ainsi que sur Art. J’ai eu le loisir de les visionner en Replay pendant le confinement. De plus, le site du Grand Palais propose d’autres vidéos afin de préparer la visite.

Jeudi dernier je n’étais pas seule à faire la queue, masquée devant l’escalier et bien que mon horaire était de 16 h, j’ai dû patienter debout 45 minutes.

Visite immersive! Réalité Virtuelle!  Réalité augmentée!

Autant de technologies pour transporter le visiteur 2000 ans en arrière dans les maisons de taille réelle, telles qu’elles étaient la veille de leur destruction. Se promener, non pas dans un champ de ruine (et de fouilles archéologiques) mais dans une rue romaine. Entrer dans la Villa du jardin, découvrir en même temps que les archéologues la mosaïque de la Maison d’Orion et les chimères…voir la splendeur des fresques projetées, plus vraies que nature…..Etre surprise par le début de l’éruption, voir le panache grandir, sentir pleuvoir les ponces et lapilli…

Exposition spectaculaire! 

Certes, pourtant avec moi, bon public en général, cela n’a pas vraiment fonctionné. On a tout reconstruit, virtuellement, pour que je découvre la réalité et tout ce que je cherchais, c’était la réalité des pains carbonisés, les tesselles qui traînent encore sur le sol, les poteries cassées, les traces des gonds dans les entrées. Tous ces restes brûlés, usés, méconnaissables que mon imagination projette dans une cuisine, un atrium, un jardin.

Le virtuel tue la poésie des ruines, empêche le jeu de puzzle, écrase la démarche de celle qui se prend pour un archéologue et qui imagine à partir d’un détail la réalité manquante. Un site bien ruiné où il ne reste que quelques dalles du Cardo ou du décumanus, un égoût ou les céramiques des thermes, envahi de mauvaises herbes et de fleurs, me parle plus que toute réalité augmentée.

 

Certes, j’ai aimé me promener virtuellement dans les ruines des Cités millénaires à Palmyre, Mossoul, Alep ou Leptis Magna. la réalité virtuelle m’est apparue comme un sauvetage de ce qui n’existera peut être plus jamais du fait des destructions des guerres totales, des bombardements. Si jamais le tourisme revenait en Syrie, en Libye, en Irak que restera-t-il à visiter. Que reste-t-il des Bouddhas de Bâmiyân? Les reconstitutions virtuelles se justifient alors.  

Malgé ces réserves, tout le travail autour de l’Exposition du Grand Palais est exceptionnel. Ne vous privez surtout pas de la visite. Et Surtout regardez chez vous au calme les nombreuses vidéos sans être dérangé vous pourrez les visionner plusieurs fois, les étudier, vous en imprégner!

LE PREMIER GHETTO – l’exemplarité vénitienne – alice becker-ho – ed Riveneuve

LIRE POUR VENISE

 

Merci à Babélio et aux éditions Riveneuve pour cette découverte dans le cadre de la MASSE CRITIQUE! 

Un petit livre de moins de 150 pages que je croyais lire en une soirée et qui m’a demandé 3 jours! Si je pensais faire une promenade guidée dans le Ghetto de Venise, j’aurais pu être déçue. Ce n’est pas du tourisme c’est de l’Histoire (avec un Grand H), de l’Histoire avec références bibliographiques sérieuse, notes et surtout des concepts très précis. Dans l‘avant-propos, l’auteure questionne: 

« quel sens a eu le mot ghetto, d’où est-il venu, dans quel contexte et pour quelles raisons? »

« que signifient étranger, citoyen? Qu’est-ce qui les distingue? Quel rôle ont joué ici la religion? le commerce? l’Etat? les guerres?… »

Elle tâchera de répondre à ces interrogations en établissant Les fondements de la cité en revenant aux cités antiques, à la Grèce et Rome, à la présence d’une acropole, d’une enceinte, à la définition du citoyen et de l’étranger. La ville cosmopolite Alexandrie, Constantinople, peuvent aussi donner des réponses analogues. Venise, la commerçante est héritière de l’hellénisme, de l’Empire byzantin. Avec ses possession maritimes, ses comptoirs, ses Echelles d’Orient, Venise va suivre les modèles de ses  villes commerçantes anciennes. Dans ces trois premiers chapitres, l’auteure pose les bases de sa recherche. Je suis mais m’impatiente un peu. 

Enfin; page 35, elle aborde La communauté juive : d’un exil à l’autre prenant son temps puisque le premier exil est celui de Babylone. Elle raconte les tribulations des Juifs autour de la Méditerranée, en Allemagne, en Espagne…C’est instructif, et je complète mes connaissances.

Venise cité-état va faire l’état des lieux de la fondation de la ville en 421 par les populations romanisées fuyant les Huns, en passant par l »Empire byzantin, les Croisades et l’établissement des comptoirs maritimes, les Echelles, de cet « état au service ds marchands. » enfin l’apparition de la Peste  en 1513 pour arriver à la décision  en 1516 d’isoler les Juifs et de les regrouper dans le Ghetto. Nous voici p 93 arrivés au fait : la fondation du premier ghetto.

Le chapitre : Le ghetto juif ne compte que 17 pages.  sur une période allant de 1516 à 1655. Nous voyons l’installation des Juifs levantins, allemands, et ds marranes, l’établissement d’un nouveau ghetto Ghetto nuovo , puis d’un troisième nuovissimo. La vie quotidienne se dessine. Mais il me manque des références précise, plan des rues, architecture plus précise. 

Le dernier chapitre A la recherche du Ghetto perdu est la partie la plus originale, la plus personnelle de l’ouvrage. Rassurez-vous, ce n’est pas une ville qui a perdu son ghetto, c’est le mot « ghetto » qu’elle interroge, cherchant l’origine, l’étymologie de ce mot qui a connu un succès planétaire si bien que maintenant plus personne ne pense à Venise, et peut être même plus aux Juifs pour désigner un quartier où une population serait assignée à résidence, enfermée. Elle interroge les mots, lance le lecteur sur des pistes inattendues comme celle du funduk arabe ou de la fonte des caractères d’imprimerie. Elle remet en question les idées préconçues comme le caractère péjoratif qu’on attribuerait au ghetto. Le lecteur se laisse entraîner dans cette enquête sémantique originale. 

Si je reste sur ma faim en ce qui concerne le quartier de Venise où j’aime me balader je note dans l’abondante bibliographie des ouvrages que je vais m’empresser d’acquérir  surtout celui de Riccardo Calimani. J’aime bien le jeu de billard livresque, un livre renvoie à un autre qui renverra à un troisième….

Borgo Vecchio – Giosuè Calaciura – Sellerio

LIRE POUR PALERME

Ce court roman, une centaine de pages, est traduit en Français et édité par Noir et Blanc. Par inadvertance j’ai téléchargé la version italienne. J’ai pensé qu’un petit livre se lirait plus facilement. C’est sans compter la richesse du vocabulaire et le style dont j’en ai goûté la saveur en ayant recours plus que de coutume au dictionnaire.  Cette lecture lente m’a permis de passer un bon moment à Palerme que je connais un peu et qui me fascine.

Gemito

Tragique et burlesque.

Innocence du regard des deux enfants Mimmo et Cristofaro qui sont plongés dans une réalité sordide d’une violence sans limites où le vol, le chantage les coups, le meurtre font partie de la vie ordinaire. Couteau et pistolet sortent facilement de leur cachette.  Carmela, la pieuse putain, enferme sa fille dans une sorte de cage sur le balcon pour recevoir ses clients. Le quartier résonne des plaintes de Cristofaro que son père bat quand il est ivre.

Gemito : ils sont napolitains mais j’imagine un air de famille avec Mimmo et Celeste

 

Il est pourtant plein de vie, ce vieux quartier près du port. L’auteur nous fait sentir la proximité de la mer, l’odeur du pain, les effluves de la viande, des légumes du marché. Il se prépare à la fête paroissiale attendue avec impatience. L’auteur passe de l’action d’un véritable thriller à des moments de contemplation et de tendresse. Tendresse et naïveté de Nana, la jument, confidente des enfants.

Un concentré de poésie, d’action, de tendresse, un roman très noir aussi!

Contagions – Paolo Giordano

LE MOIS ITALIEN : Covid19

Avec quelques semaines d’avance sur la France, l’Italie a subi les assauts de l’épidémie. Dès la fin mars, Contagions de Paolo Giordano a été traduit et publié au Seuil. A la suite de la lecture de Erri de Luca : Le Samedi de la Terre, je vais chercher une réflexion posée, loin des infos tapageuses ou redondantes, des infox et autres annonces officielles qui saturent nos médias.

Romancier mais de formation scientifique (lauréat d’une thèse de physique) Paolo Giordano a écrit un  essai où logique, mathématique et philosophie, sont déclinées dans une langue claire.

Sur ma liseuse j’ai surligné de nombreux paragraphes :

« Je n’ai pas peur de tomber malade. De quoi alors ? De tout ce que la contagion risque de changer. De découvrir que
l’échafaudage de la civilisation que je connais est un château de cartes. J’ai peur de la table rase, mais aussi de son contraire : que la peur passe en vain, sans laisser de trace derrière elle »

 Contre le fatalisme

L’épidémie nous encourage donc à nous considérer comme les membres d’une collectivité. Elle nous oblige à
accomplir un effort d’imagination auquel nous ne sommes pas accoutumés : voir que nous sommes
inextricablement reliés les uns aux autres et tenir compte de la présence d’autrui dans nos choix individuels.
Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.

Il conclue ce chapitre « Contre le fatalisme »

l’effet cumulatif de nos actions singulières sur la collectivité est différent de la somme des effets singuliers. Si
nous sommes nombreux, chacun de nos comportements a des conséquences globales abstraites et difficiles à
concevoir. Dans la contagion, l’absence de solidarité est avant tout un manque d’imagination. 

Invitation à réfléchir…..

La contagion est donc une invitation à réfléchir. La quarantaine en offre l’occasion. Réfléchir à quoi ? Au fait que
nous n’appartenons pas seulement à la communauté humaine. Nous sommes l’espèce la plus envahissante d’un
fragile et superbe écosystème.

A Réfléchir aussi comment fonctionne la science :

« Dans la contagion, la science nous a déçus. Nous voulions des certitudes et nous avons trouvé des opinions.
Nous avons oublié que cela marche toujours ainsi, ou plutôt que cela ne marche qu’ainsi, que le doute est pour la science encore plus sacré que la vérité »

 

et à propos des fausses nouvelles :

« Les fausses nouvelles se répandent comme les épidémies. Le modèle qui permet d’en étudier la propagation est
le même. [….]De même que le COVID-19 se déplace en avion, de même les mensonges se diffusent très rapidement d’n smartphone à un autre. »

j’aurais pu tout recopier!

Je vous laisse le plaisir de découvrir le livre par vous-même. Il se télécharge gratuitement, ne boudez pas votre plaisir!

 

Trois Heures du matin – Gianrico Carofiglio

LITTÉRATURE ITALIENNE

De l’auteur Gianfranco Carofiglio, j’ai lu des polars bien noir : Les Raisons du doute, Le Silence pour preuve et Le Passé est une terre étrangère. Trois Heures du Matin  n’est pas un policier. C’est un court roman qui met en scène un jeune homme, 17 ans, encore lycéen et son père. 

Antonio a fait, enfant, des crises d’épilepsie. Son médecin lui prescrit un traitement lourd, lui interdit le football, les boissons gazeuses et les plaisirs adolescents. Antonio se sentant diminué sombre dans la dépression. Ses deux parents le conduisent à Marseille chez un spécialiste qui allège le traitement et qui lui rend le goût de vivre. Quelques années plus tard, son père l’accompagne pour une visite de contrôle.

Pour vérifier que la guérison est complète, le neurologue soumet l’adolescent à un test curieux : pendant deux jours, il ne doit surtout pas s’endormir et doit vivre une vie « normale » : il a même le droit de boire de l’alcool et de faire la fête. Une seule injonction : ne pas dormir.

Père et fils vont donc occuper ces « vacances » inattendues à Marseille. Ils vont visiter la ville, Notre Dame de la Garde, les Calanques, goûter à la bouillabaisse sur le Vieux Port, écouter du jazz dans une boîte interlope et même participer à une fête improviser chez des artistes….je les suis volontiers dans ce tourisme improvisé.

Mais surtout, père et fils vont faire connaissance.  Antonio vit chez sa mère et ses visites à son père n’ont aucun caractère d’intimité. Ce court séjour va changer la perception du jeune homme. Il découvre la personnalité de son père. Cet échange est très touchant. Découverte aussi des premiers émois sexuels.

Un roman sensible, tout en douceur. Je me suis demandée d’où venait ce titre : va-t-il se passer quelque chose à Trois Heures du matin? C’est une référence à Gatsby le Magnifique :

Fitzgerald était un grand écrivain et un homme malheureux. je pense souvent à cette citation de lui « dans la véritable nuit noire de l’âme, il est toujours trois heures du matin »

Le père fait aussi connaître Cavafy à son fils et j’ai toujours un faible pour ceux qui citent le poète d’Alexandrie.

Le samedi de la terre – Erri de Luca

« Pour la première fois de ma vie, j’assiste à ce renversement : l’économie, l’obsession de sa croissance, a sauté
de son piédestal, elle n’est plus la mesure des rapports ni
l’autorité suprême. Brusquement, la santé publique, la
sécurité des citoyens, un droit égal pour tous, est l’unique
et impératif mot d’ordre »

Je me ferme aux bruits du monde, aux litanies de statistiques morbides, aux discours et aux injonctions anxiogènes qui se déversent sur nous.

Soudain un titre : Le samedi de la Terre d’Erri de Luca traverse la barrière que je me suis construite. Urgence! il me le faut!

Gallimard offre le téléchargement gratuit dans sa collection Tracts. Plus qu’un essai, ce court texte(12 pages) est un tract que j’ai envie de diffuser autour de moi.

Enfin! dans les écrits et paroles « sur le confinement » vient une réflexion qui me donne comme une bouffée d’oxygène.

 

Et soudain une épidémie de pneumonies interrompt l’intensité de l’activité humaine. Les gouvernements instaurent des restrictions et des ralentissements. L’effet de pause produit des signes de réanimation du milieu ambiant, des cieux aux eaux. Un temps d’arrêt relativement bref montre qu’une pression productive moins forte redonne des couleurs à la face décolorée des éléments

Enfin! quelqu’un donne à lire une pensée cohérente, politique, poétique, belle, qui me traverse, me porte au lieu de me consterner.

Pourquoi ce titre?

le Samedi qui littéralement n’est pas un jour de fête mais de cessation. La divinité a prescrit l’interruption de toute sorte de travail, écriture comprise. Et elle a imposé des limites aux distances qui pouvaient être parcourues à pied ce jour-là. Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre.

Je savais l’auteur grand lecteur de la Bible en hébreu, il a choisi Samedi plutôt que Shabbat pour que sa parole soit universelle. 

En conclusion :

« Basta che ce sta ‘o sole, basta che ce sta ‘o mare… »

Il suffit qu’il y ait le soleil, il suffit qu’il y ait la mer.

Ce n’est pas une thérapie reconnue, mais c’est bon pour l’âme de se mettre au balcon et de se laisser baigner de lumière.

ERRI DE LUCA

Ne vous contentez pas de ces courts extraits!

LISEZ-LE !

 

 

 

 

 

 

Canal Mussolini – Antonio Pennacchi

LIRE POUR L’ITALIE

Saga familiale racontant le destin des Peruzzi, paysans sans terre du Ferrarais. La tribu, dix-sept enfants, va participer au grand chantier fasciste de l’assèchement et de la bonification des Marais Pontins. 

Evènement fondateur :  1926, expulsion des Peruzzi, métayers ruinés  par la dévaluation Quota 90, du domaine du Comte Zorzi-Vila dont le nom sera maudit comme un refrain par toute la famille. 

….je veux ma terre. J’veux mes bêtes.

J’peux pus t’les donner. Mais j’te donnerai dans les marais Pontins tous les domaines que tu voudras. Et cette terre sera la tienne, Peruzzi, cette fois nous donnons la terre aux paysans. Après quelques années de métayage, elle t’appartiendra, tu deviendras propriétaire terrien[….] Et le visage de Rossoni étincelait tandis qu’il parlait. Exactement comme s’il offrait à mes oncles la Terre promise.

En prologue : la rencontre du grand-père en 1904 avec Rossoni , à la suite d’une bagarre, l’incarcération de Peruzzi dans la même cellule que Rossoni pendant un mois. Rien ne prédestinait Peruzzi à devenir fasciste. Bouffeur de curé, d’un milieu plutôt socialiste Peruzzi était  à gauche. Rossoni vint un jour à la ferme en compagnie de Mussolini qui fit grande impression sur les Peruzzi. Cette rencontre sera décisive: les Peruzzi seront des fascistes de combat! En première partie, l’histoire de l’Italie se déroule, vécue par ces paysans du nord de l’Italie : luttes syndicales, première guerre mondiale, création des Faisceaux (1919) et agitation prolétarienne Biennio Rosso(1919-1921) . Bien sûr, les Peruzzi participent à la Marche sur Rome (1922).

Ce fut un exode. Trente mille personnes en l’espace de trois ans – dix mille par an  – parties du Nord. De la Vénétie, du Frioul, du Ferrarais. Emmenées à l’aventure, au milieu d’étrangers, parlant une autre langue. Ils nous traitent de « bouffeurs de polenta » ; pis encore de « Cispadans », ce qui, dans leur bouche, signifie « envahisseurs »….

La deuxième partie raconte la Bonification des Marais Pontins, l’installation des colons, sous la direction de L’OEuvre nationale des combattants, institution fasciste qui choisissait des paysans anciens combattants de la Grande Guerre connaissant le travail de la terre et bons fascistes. Elle raconte le creusement du Canal Mussolini, drainant les eaux descendant des monts Lupini et bloquées par la dune en marais sauvages et malsains. Elle raconte encore la construction des villes mussoliniennes. Racontée par le plus jeunes des Peruzzi, on assiste à l’installation, et à la vie quotidienne de la tribu. Aspects techniques, agricoles mais aussi politiques. On voit évoluer la doctrine fasciste vers les fastes impériaux:

Désormais, tout le monde avait une idée fixe – bien sûr je ne discute pas, c’était la faute du Duce et du fascisme qui n’arrêtait pas d’en parler – l’idée fixe de la romanité et des fastes impériaux qui nous revenaient de droit à nous autres Italiens, mais aussi cette notion un peu païenne selon laquelle les hommes n’étaient pas pour ainsi dire, tous égaux.

Et à la suite de ces « fastes impériaux » sont venues les guerres coloniales, en Afrique d’abord, puis la Guerre d’Espagne et enfin, à la suite d’Hitler la seconde guerre mondiale, et l’invasion de l’Albanie et de la Grèce. Bien sûr, les Peruzzi- chemises noires –  participèrent à l’aventure coloniale et furent engagés sur tous les fronts.

En Ethiopie, ils retrouvent les eucalyptus qui ont fourni leur contribution à la bonification des Marais pontins

l’eucalyptus – qui était pour le Fascio le monumentum perenne, le monument éternel de la bonification

Même les arbres sont un symbole politique!

Les guerres tournent à la catastrophe, pour l’Italie comme pour les Peruzzi. Quand les Alliés avancent pour libérer l’Italie en 1943, les Peruzzi combattent du côté des Allemands. Ils croient défendre leurs domaines.

Difficile de résumer en quelques lignes ce roman-fleuve, cette saga, roman historique passionnant. J’ai lu récemment la Storia d’Elsa Morante, et le Christ s’est arrêté à Eboli de Carlo Levi qui témoignent de cette période de l’histoire italienne avec une critique radicale du fascisme qui me semble évidente. Plus éloignée de ma vision de l’histoire : ce récit  de paysans fascistes loin d’être irréprochables : Pericle, le héros des Peruzzi est un assassin et une brute, leur ami Rossoni, un dignitaire fasciste très proche de Mussolini, le Duce est présenté plutôt sympathique. La bonification des Marais pontins est aussi présentée comme une entreprise positive.

Malgré toutes mes réserves, mes craintes, je me suis laissé emporter par ce livre. Pennacchi a recréé un monde riche, pas forcément sympathique. Il a donné la parole à des paysans pour raconter l’histoire  telle qu’ils l’ont vécu.

Le Temps des hyènes – Carlo Lucarelli – Métailié

LIRE POUR L’ITALIE

Un polar Erythréen ou un polar Italien?

Les deux mon capitaine!

Le capitaine des carabiniers royaux, Colaprico est chargé d’une enquête concernant le meurtre (ou le suicide) de trois « indigènes » et du marquis Spérandio, pendus aux branche du sycomore d’Afelba.  Il est accompagné de son « bachi-bouzouk » abyssin, Ogbà.

Nous voici transportés dans la Corne de l’Afrique, colonie italienne. Chaleur accablante et orages de la saison des pluies, pistes poussiéreuses, plantations. Ambiance coloniale, casernes, bordels, alcool, racisme…Vie rurale africaine : traditions, costumes, cuisine. Une leçon de cuisine extraordinaire au foyer d’Ogbà, quand la femme de ce dernier veut honorer le capitaine, son hôte d’un soir.

Roman italien d’une Italie tout juste unifiée avec des provinces bien identifiées par leur dialecte. Comme je regrette que mon faible niveau d’Italien ne me permette pas de goûter les nuances dans les parlers de Romagne, de Livourne, Turin ou Naples! Lucarelli insiste sur les différentes prononciations.  Les jurons doivent être savoureux pour les linguistes. Ces nuances langagières ont leur importance dans la résolution de l’enquête, aussi bien en tigrigna (la langue locale) qu’en Français…

L’histoire italienne ne se résume pas à la colonisation de l’Afrique. En filigrane, on devine Garibaldi, et les républicains italiens, la mafia sicilienne et ses « morts qui parlent« (les vivants n’étant pas bavards).

C’est surtout un polar avec ses mystères, ses rebondissements, les violences et les cadavres qui se décomposent vite. Si Colaprico est un grand lecteur de Sherlock Holmes, c’est plutôt Ogbà qui réfléchit et résout les énigmes.

« il préférait réfléchir, le tarbouch en équilibre au bout d’un doigt et les soies bleues du gland qui lui fouettaient la paume ouverte de l’autre[….]

A voir l’affaire ainsi, elle semblait b’ghez, évidente. mais aussi zegherherrim, étrange. 

Forcément : kem negher zeybabriawi yelen

Il n’y a rien de plus trompeur que l’évidence.

 

There is nothing so unnatural as the commonplace. 

Putain, Ogbà, putain…tu l’as encore fait! tu as cité Sherlock Holmes

Keith Tyson dialogue avec Claude Monet à Marmottan

DIALOGUES INATTENDUS

Connaissez-vous Keith Tyson

Artiste britannique contemporain.

Tyson : London

Comment peindre après l’invention de la photographie?

tyson : 4 seasons

Comment peindre le passage des heures? des année, du temps?

Détails

Cézanne et les maîtres – Le rêve italien -Musée Marmottan

Exposition temporaire jusqu’au 5 juillet 2020

 

Cézanne n’est jamais allé en Italie, pourtant cette exposition  le décrit comme  Italien par la lumière qui inonde ses tableaux, lumière de Provence. Italien parce qu’il connait les peintres italiens et s’en est inspiré! L’exposition 2020 au Musée Marmottan fait suite à une exposition de 2014 que j’ai trouvée racontée sur un blog que j’aime beaucoup ICI

1) Cézanne l’Italien.

L’exposition du Musée Marmottan  présente les tableaux par paires : La Descente de Croix du Tintoret qui a inspiré un petit tableau La Femme étranglée où la composition se trouve inversée (explication et schéma sur les cartel : passionnant!). Aucun rapport pour le sujet profane mais l’analogie est remarquable.

 2)Cézanne regarde Venise et Naples

occasion d’apparier les tableaux La déploration du Christ du Tintoret  et Le Meurtre  de Cézanne. 

le meurtre Cézanne

Occasion de découvrir un aspect de la peinture de Cézanne que j’ignorais complètement : ces peintures sombres  que je n’imaginais pas du tout, loin des paysages lumineux de la Sainte Victoire ou des tranquilles natures mortes.

La toilette funéraire ou l’Autopsie Cézanne

Cette toilette funéraire est appariée à la Déposition du Christ de Ribera, même si les personnage ont été réduits de six à trois et que le sujet est bien profane.

Ce jeu des paires marche aussi pour une tête de vieillard de Cézanne inspiré du Portrait d’Antonio da Ponte de Bassano, ou de deux jeunes filles l’une du Gréco (magnifique mais interdit de photographier). La parenté entre la Préparation du banquet et la Cène du Tintoret n’est pas aussi évidente.

En tout cas : Cézanne connaissait la peinture vénitienne et napolitaine!

3) Cézanne regarde Rome

Pastorale

Plusieurs paysages dans cette section: surtout des Poussins – archétype du paysage classique – qui invente un paysage idéal tandis que Cézanne peint sur le motif. Cette Pastorale est accrochée à côté d’un Poussin Paysazge avec Bacchus et Cérès.

Cezanne : le château noir

Le Château  noir correspond plus à ma vision de  la peinture de Cézanne. C’est d’ailleurs un des tableaux que j’ai préféré dans l’exposition.

4)Cézanne regarde la nature morte en Italie

nature morte ou vanité? Je découvre la Vanité avec Crane de Salvator Rosa que je ne connaissais pas du tout.

Cristoforo Munari

 

Cristoforo Munari (encore une découverte pour moi) a peut être inspiré Cézanne

5) Cézanne vu par les Italiens

Si les maîtres italiens ont inspiré Cézanne, la réciproque est aussi vraie: Soffici, Carrà, Morandi, Sironi et Pirandello sont présent dans le jeu des paires.

Sironi : Portrait du frère Ettore/ Cézanne
Cézanne : la bouteille de liqueur
morandi

baigneuses de Cézanne et baigneuses de Pirandello

Baigneuses de Pirandello

Cette exposition m’a beaucoup plu, non seulement les tableaux sont magnifiques et certains inconnus mais encore la démarche de faire dialoguer les œuvres, de mettre en évidence les analogies, les compositions, les parentés est très formatrice pour l’oeil.