Apparition de la Fille – Letizia Muratori – Noir/Blanc

LITTERATURE ITALIENNE

Un livre entre Rome et Haïfa, en passant par Turin : la balade n’est pas pour me déplaire.

Une héroïne originale, très jeune cinéaste, Nourit a le projet de présenter un film autour de ses origines familiales à un  concours de l’armée avec l’ambition de passer son service militaire dans les bureaux de l’audiovisuel. Conçue par FIV, née en Israël, mais ayant grandi en partie à Turin, sa filiation et le parcours familial sont un peu compliqués. Elle a connaissance de l’identité du donneur de sperme, d’une famille répartie entre Israël et Rome.

Nourit part à la recherche de ses origines. Si les recherches de filiation peuvent être assez banales, la saga familiale de Nourit s’enrichit de nombreux divorces, d’aller/retours entre l’Italie et Israël. Le géniteur/donneur de sperme, Giorgio, est décédé mais il se trouve en filigrane de l’ouvrage presque le personnage principal.

Plusieurs thèmes sont abordés, la filiation, le désir d’enfant, le cinéma et la conception d’un documentaire à partir d’archives familiales, le sionisme, et les lois raciales du temps du fascisme.

La forme du roman est surprenante. Il  commence comme un roman épistolaire, sauf que Nourit n’est pas Madame de Sévigné, elle écrit des mails, envoie des courriers électroniques à plusieurs destinataires, transfère des courriers reçus. Echanges assez brefs qui se croisent parfois, se répondent mais pas toujours. Il n’est pas facile, au début d’identifier tous les destinataires. Les échanges de mails s’interrompent pour laisser la place à des dialogues. Il faut un certain effort pour localiser les locuteurs, sont-ils face à face, ou en Skype, ou au téléphone? L’ensemble est assez confus. Peu d’espace pour imaginer les lieux et les circonstances. Aucunes descriptions. Pour le tourisme, vous repasserez!

269 pages, des textes courts, des dialogues Le livre se lit vite. je me suis laissé prendre au jeu et j’ai passé un moment de lecture agréable. Il ne laissera sans doute pas une trace inoubliable.

Consuelo – George Sand

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

 

« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »

« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la
rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »

Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.

Pauline Viardot par Maurice Sand

L’histoire commence à Venise. Consuelo est la très jeune fille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane.  Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître  qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset à Venise  ; Consuelo  a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville. 

« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »

Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans  ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.

….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »

Château dessiné par Victor Hugo

Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.

« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette
très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la
lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une
demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de
son oeuvre savante. »

Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sand n’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs

« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. « 

L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn, qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporina sera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.

Vienne 1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora  ruiné et passablement aigri.  Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice. 

« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »

Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!

Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cette Consuelo : intelligente, douée, fidèle en  amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer. 

Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue  sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadt qui est la suite de Consuelo!

ma participation acu Challenge des Epais de l’été

Giovanni Segantini – Voglio vedere le mie montagne – musée marmottan-monet

Exposition temporaire jusqu’au 16 aout 2026

Giovanni Segantini (1858 -1899) né à Arco dans le Trentin austro-hongrois, passe sa jeunesse en Lombardie. Après une enfance chaotique, il est même interné dans une maison de redressement pour vagabondage, il regagne Milan pour devenir peintre. 1880 s’installe dans la Brianza à Puisano, puis à Savognin dans les Grisons.

La cueillette des cocons

Segantini a peint les montagnes, paysages et habitants. Il apporte le même soin à décrire la vie rurale, le travail des bergers et les animaux.

Dernier Labeur

Dernier labeur évoque la peinture de Jean-François Millet .

Effet de lune

Il porte un regard attentif aux bergers et aux moutons qu’on retrouve sur nombreux tableaux. Il joue avec les effets de lumière (il a été assistant dans l’atelier de photographie de son demi-frère).

les deux mères (très grand tableau 2 m)

Une autre thème de prédilection est la maternité. La mère et l’enfant sous la lampe, dans l’ombre : la vache et son veau. Un autre tableau montre les deux mères : la femme et une brebis.

Ave Maria à la Traversée

Ave Maria à la Traversée est l’oeuvre que j’ai préférée. La composition est particulièrement intéressante. Les deux arceaux de la barque amorcent la composition circulaire. Cercle des rides de la surface de l’eau mais surtout cercles de lumière (cela ne se voit malheureusement pas sur ma photo). Presque au milieu de l’horizon le soleil se couche et les rayons irradient le ciel et se reflètent sur le miroir de l’eau. 

les deux mères

Dans ses paysages de haute montagne, il peint selon le divisionnisme en utilisant une technique différente de Seurat ou Signac qui sont plutôt pointilliste. Il peint des traits fins. 

Certains paysages sont beaucoup plus précis, presque photographiques

Segantini meurt en 1899 en descendant du Schafberg « Je veux voir mes montagnes » sont ses dernières paroles.

Une rumeur dans le vent – Ilaria Gaspari – Ed le bruit du monde

LITTERATURE ITALIENNE

« La calomnie ne connait pas le principe des innocents, vous savez? Les gens écoutent jugent, et même s’ils décident de ne pas croire. Ils se laissent convaincre, sans le laisser transparaître »

Rome, 1983, une boutique de confection chic est en flammes…Le roman s’inspire de la Rumeur d’Orléans d’Edgar Morin. 

La rumeur est un phénomène qui couve d’abord à bas bruit avant de se propager, de surgir au plein jour par épiphénomènes qu’on ne remarque pas tout de suite. Quand la calomnie est identifiée, il est trop tard. La rumeur malveillante stigmatise les victimes, elle est indémontrable et pourtant elle court.

De la même manière, l’autrice ne raconte pas les faits . Dès le début, pourtant, un article de magazine raconte :

Le raid antisémite contre la boutique des jeunes filles

Il faut longtemps pour que se tisse l’intrigue.

La narratrice, Barbara, est un étudiante à la dérive. Elle ne parvient pas à terminer sa thèse de philosophie, Marcello, son amoureux l’a laissé tomber. Elle vivote de baby-sitting, fuit son propriétaire faute de pouvoir payer le loyer, son unique paire de botte tombe en ruine. Elle rencontre sa « pygmalione à l’accent français« , Marie-France, la patronne d’une boutique chic qui cherchait une vendeuse pour sa boutique qui affirme « tu es de la pure matière à Saint Laurent », l’habille, lui enseigne l’élégance, le maintien et les techniques de vente, l’introduit dans des fêtes romaines et finalement la loge dans un appartement avec ses deux autres vendeuses et sa chienne. 

Marie-France, imitant ce qui se fait à Paris, ouvre un rayon pour les « jeunes filles » élargissant sa clientèle aux adolescentes friandes de mode qui trouvent dans la boutique un lieu de rencontre. 

Je me suis un peu ennuyée dans cette longue introduction. La mode, le shopping ne sont pas ma tasse de thé, les « jeunes filles » m’agacent avec leur futilité. Barbara et ses deux collègues ne m’intéressent pas plus, superficielles sans personnalité affirmées, dans l’ombre de la patronne autoritaire. 

Petit à petit, le scénario déraille. Des incidents minuscules dérangent le  déroulement de la vie sociale. Un homme cherche sa femme et fait un scandale. Des mannequins, en vitrine, sont abimés. Des chenilles envahissent la boutique. Tous ces évènements semblent n’avoir aucun rapports entre eux mais la bonne ambiance du début s’altère.

Puis l’atmosphère s’alourdit encore, lettres anonymes, sourdes menaces. Une jeune cliente disparait. Marie-France, drapée dans son élégance et sa dignité ne réagit pas. Giosué, le gérant, qui a vécu les persécutions dans le ghetto de Rome, comprend la menace mais préfère laisser courir.

L’histoire est très claire, et pour limiter les risaues d’être mal interprétée, elle se répète depuis la nuit des temps, et revient chaque fois, ne serait-ce dit-on – sous forme d’une farce ; seulemnt je crois, moi, qui’l s’agit à chaque fois d’une nouvelle tragédie, même si personne ne s’en rend compte, personne ne s’en soucie. personne n’ intérêt à réfléchir. Et pas même à défendre ceux qui en sont victimes. 

Barbara qui doit tout à Marie-France découvre la calomnie par l’intermédiaire d’anciens copains de faculté. Elle aurait pu défendre sa patronne. Etrangement, par lâcheté, par conformisme, elle laisse dire, laisse faire.  Cette absence de solidarité  révoltante est bien dans la ligne de tous les faits racontés dans cette histoire.

« ils ont forcément fait quelque chose »

Histoire glaçante aujourd’hui quand on constate une résurgence de l’antisémitisme.

 

 

La Grande Soif – Erica Cassano – JC Lattès

NAPLES 1943

Le roman s’ouvre en septembre 1943. Naples est occupée par les Allemands, les Américains ont débarqué en 3 septembre à Salerne. La population napolitaine attend sa libération. Elle va se soulever pendant les Quatre Jours  (27 au 30 septembre) et se libérera elle-même de l’occupant.

Les Allemands ont endommagé l’aqueduc : les robinets sont à sec et les Napolitains assoiffés. Comme c’est la ville des miracles l’eau coule chez Anna, la narratrice. Cacher ce privilège ou distribuer des seaux aux voisins?

La narratrice est une jeune fille de 20 ans. Son père, cheminot, opposant au fascisme a été exilé de Gênes, disparaît au début du roman. Le mari de sa soeur est parti soldat. Dans l’entresol s’entassent la mère, la soeur et ses deux enfants. Entre bombardement qui les jettent à l’abri et privations diverses, la vie est dure à Naples.

Avec l’arrivée des Américains, la situation s’améliore. Anna qui a appris un peu d’Anglais est embauché à la base américaine. Elle devient de plus en plus indépendante et soutien de famille. La coexistence des Alliés et des Napolitains ne va pas de soi. Libérateurs ou occupants? Incompréhension du « théâtre » napolitain, mépris réciproque. Et même le Vésuve s’en mêle.

J’avais aimé Le Jour avant le Bonheur d’Erri De Luca, clic mais c’était le regard d’un petit garçon, et La Storia d’Elsa Morante dans Rome clic et bien sûr, à une autre époque, mais toujours à Naples L’amie Prodigieuse. La Grande soif, raconte une histoire passionnante et me donne envie de retourner à Naples!

 

Le Pavillon des oiseaux – Clélia Renucci

ROME 1571 – 1589

Clélia, fille naturelle du Grand Cardinal, Alessandro Farnèse, nacquit à Parme et fut mariée à 13 ans à un fils de bonne famille Giovan Giorgio Cesarini à peine plus âgé qu’elle. Mariage de convenance, mais union heureuse, les jeunes mariés sont amoureux. Ils s’établissent à Rome où rivalités et médisances se distillent par écrit dans les avvisi rédigés par les menanti les Pasquinade (placards satiriques). Le Petit cardinal, Ferdinando Medicis, ami de Giovan Giorgio amant de Clélia complète un trio scandaleux. 

Le Grand Cardinal Fanèse qui brigue la tiare, éloigne pour un moment Clélia après la naissance d’un héritier Giuliano. 

On se distingue en construisant de fastueux palazzi ou en collectionnant les statues antiques. Farnèse et Medicis rivalisent avec la Farnesina en plus du Palais Farnèse tandisque que Medicis occupe les hauteurs du Pincio. Dans les jardins de la Villa Medicis, le Pavillon des Oiseaux abrite les amours de Ferdinando et de Clelia. 

Très joli roman historique qui nous fait visiter les splendeurs de la Rome de la fin de la Renaissance, voyager à Florence chez les Medicis, assister à un conclave. Fastes et intrigues, assassinats même. vous ne vous ennuierez pas!

Gabrielle Hébert – Amour fou à la Villa Médicis – Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 15 février 2026

Annonciation dans les lys de la villa Medicis

Gabrielle Hébert (1853 Dresde- 1934 La Tronche)

En 1880, Gabrielle vient à Paris étudier la peinture dans l’atelier d’Ernest Hébert. Le 6 novembre ils se marient, elle a 28 ans, lui 63. En 1884, Ernest Hébert prend la direction de la Villa Médicis où ils resteront jusqu’en 1893. 

Ernest Hébert – Villa Médicis

Ernest Hébert collectionne les photographies. Il en possède des centaines d’images. 

Le 21 juillet 1888, Gabrielle « sort acheter les choses nécessaires pour la photographie »[…]prend des leçons auprès de Cesare Vasari et installe en compagnie du pensionnaire Alexis Axilette, une chambre noire pour développer ses négatifs, tirer et retoucher ses épreuves.

Bosco

Gabrielle tient la chronique de la Villa Médicis, de son architecture, de ses jardins avec une grande attention pour les fleurs, surtout les lys qu’elle inclut dans ses mises en scène comme l’Annonciation (plus haut), elle photographie les visiteurs : Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt

Elle photographie les pensionnaires au travail : le sculpteur Denys Puech, l’architecte Hector d’Espouy. Sans oublier le jardinier, leurs petits chiens. Amusante scène de jeu de saute-mouton des pensionnaires

La muse d’André Chénier – Denys Puech

Ces épreuves sont de très petits formats figurant parfois des véritables tableaux vivants comme l’Annonciation qui rappelle la Renaissance mais dans l’esprit des Préraphaélites. Autre mise en scène: sa soeur jumelle pose pour les Vestales sur l’escalier du Bosco 

Vestales sur l’escalier du Bosco

 

Elle fait aussi de nombreux portraits de son mari à qui elle voue une admiration sans borne. Dans ses écrits elle l’appelle « Alles » (tout)

ERnest Hébert et les enfants des rues, ses modèles

Après avoir quitté la villa Médicis, ils font de longs périple en Italie et en Sicile, en Espagne. Avec bien sûr de très belles photographies. Sa production s’interrompt à la mort d’Ernest en 1908 à la Tronche en Isère où elle se consacrera à un musée à sa gloire. Son œuvre photographique ne sera redécouverte qu’au XXI -ème siècle, par hasard.

Ernst Hébert : la Mal’Aria

Primo Levi – Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci – STEINKIS (roman graphique)

HOLOCAUSTE

La Shoah en BD?

il faut être Art Spiegelman pour oser avec Maus. 

Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci ont choisi un témoin pour angle d’attaque et non des moindres : Primo Levi. Pour s’adresser aux ados, il a choisi de présenter la visite de Primo Levi dans une  classe de collège. Point de vue acceptable même pour une lectrice susceptible. 

« Vous savez les enfants quand j’avais votre âge j’aimais beaucoup les chiffres. Mais je ne pouvais pas imaginer que j’allais en porter six sur le bras pendant toute ma vie »

Lecture jeunesse, donc.  S’adresse à un public très ignorant de l’histoire.

115 pages , annexes comprises

Noir et blanc, j’ai bien aimé le graphisme, le propos très humain.

Il m’a donné envie de revenir aux livres de l’écrivain.

Stella – Piergiorgio Pulixi – Gallmeister

LIRE POUR LA SARDAIGNE (POLAR)

Pour le plaisir de retourner à Cagliari, de retrouver Mara Rais et Eva Croce, les deux enquêtrices de choc, de boire des verres sur le front de mer, de m’amuser à l’irruption du dialecte, sarde mais aussi napolitain ou vénitien, et au choc des particularismes italiens. Pour m’évader dans une intrigue bien sanglante, bien compliquée avec rebondissements, surprises dont a le secret Piergiorgio Pulixi dans cette série Les Chansons du Mal dont c’est le tome 5 : j’avais aimé l’Ile des âmes , polar ethnologique, L’Illusion du mal surfant sur le pouvoir des médias. 

Sur une plage de Cagliari, on retrouve le cadavre affreusement mutilé d’une lycéenne. Stella est originaire d’un quartier très défavorisé où règne le narcotrafic et où l’omerta est la règle, surtout vis à vis de la police détestée. L’enquête s’avère ardue. Le duo d’enquêtrices a reçu du renfort, Clara, florentine, géante de 2 m, et l’expert en criminologie Strega, arrivé de Milan. Beaucoup de monde sur l’affaire d’autant plus que la Juge d’instruction a aussi fait appel à un commissaire de police napolitain. Les jurons en dialectes divers vont fuser! 

Le décor est planté, l’enquête peut commencer. A vous de vous laisser emporter. Attention, pavé de 576 pages.

Fuori film de Mario Martone – L’Université de Rebibbia Goliarda Sapienza

UN FILM/UN LIVRE

Portrait de Goliarda Sapienza, l’autrice de L’Art de la Joie. Martone a choisi la période suivant sa sortie de Reb. ibbia, la prison de Rome où l’écrivaine fut incarcérée pour un vol de bijoux. Goliarda ( Valeria Golino)déclassée, a perdu son aura et ses relations mondaines , elle cherche n’importe quel travail pour assurer sa subsistance.  Rendez-vous avec Roberta, une ancienne codétenue (Matilda de Angelis) mystérieuse et fantasque, promenades dans Rome pour notre grand plaisir. Joyeuse sororité, amitié amoureuse et souvenirs de Rebibbia. A la sortie du film j’ai chroniqué « à chaud » .CLIC dans mon blog Toiles Nomades. Et j’ai téléchargé le livre en rentrant.

L’Université de Rebibbia 

Entre ces murs, sans en avoir conscience, on est en train d’essayer quelque chose de vraiment nouveau : la fusion de l’expérience et de l’utopie grâce à la rencontre entre les quelques vieux qui ont su comprendre leur propre vie et les jeunes qui aspirent à apprendre, la formation d’un cercle biologique qui rassemble passé et présent sans fracture, sans mort.

Antidote aux pleurnicheries de Sarkozy ! Un livre joyeux, d’une liberté folle. Récit du séjour à la prison des femmes de Rebibbia en 1980. Après le traumatisme de l’enfermement , l’écrivaine vit son incarcération comme une expérience enrichissante. Elle décrit les impressions, les sensations de son corps dans la cellule  d’isolement, la perception du dehors quand, à sa première promenade, elle voit le ciel, sent le soleil.

La surprise du peu de temps écoulé(il faudrait une étude de plusieurs années et des centaines de pages rien que pour étudier à fond le “temps carcéral”) me bloque, tout le corps en alerte. Le ciel est là, exactement du bleu d’avant, avec ses nuages élégamment distants les uns des autres, trompeurs : je ne dois pas les regarder,
ces formes, elles ne sont que le travestissement momentané des sirènes carcérales. Me bouchant les
oreilles à leur chant, au lieu de me jeter dans le mouvement – mes muscles piaffent exactement comme
ceux d’une jument – je m’avance lentement en regardant pour commencer où est assise la femme de tout à l’heure et quelle est son intention, la guerre ou la paix.

Apprivoiser le mode de vie en prison, rencontrer des femmes qu’elle n’aurait jamais croisées, mais toujours avec la finesse d’analyse et le regard de l’écrivaine. Des images surgissent, une femme en robe à motifs de marguerites devient une prairie fleurie, une gardienne sicilienne a un regard de lave…une Marilyn vieillie, une James Dean qui se la raconte….Des personnages très vivants et pittoresque peuplent le récit. Humour et bienveillance. Et toujours, la classe. Elle est une dame. Quand elle utilise le dialecte, on lui reproche gentiment : cela ne lui va pas!

L’impatience est une ennemie en prison comme sur les bateaux,

Je note avec quelle impatience, justement, la gardienne a rouvert la porte, et c’est comme un coup de
poing dans l’estomac pour moi : elle vit à moitié dehors à moitié dedans, et par conséquent l’impatience
qu’elle apporte avec elle du dehors nous blesse, nous qui avons déjà pris un rythme hors du temps.

Transférée dans les coursives des cellules collectives, elle doit s’imposer apprendre les codes et les coutumes. Elle se fera respecter, devra prouver qu’elle n’est pas une moucharde. Et gagnera l’affection de ses camarades de cellule. Intellectuelle, elle analyse les rapports de classe, les rapports de force. Bienveillante, elle apprécie la sororité, la solidarité de ces femmes, la chaleur humaine et fait de l’emprisonnement une expérience de liberté

Je me suis depuis si peu de temps échappée de l’immense colonie pénitentiaire qui sévit dehors, bagne
social découpé en sections rigides de professions, de classes, d’âges, que cette façon de pouvoir
brusquement être ensemble – citoyennes de tous milieux sociaux, cultures, nationalités – ne peut que m’
apparaître comme une liberté folle, insoupçonnée.

En 1980, juste après les années de plomb, les politiques sont nombreuses dans les prisons italiennes. Goliarda se revendique voleuse, prisonnière de droit commun mais elle est vite repérée par les politiques. Et encore sujet de critique :

Seul le prisonnier politique s’attarde à raconter la prison, mais la raison pour laquelle il y est allé est trop
honorable pour pouvoir donner la mesure de la véritable prison : celle des voleurs, des assassins, pour
parler clairement : des maudits. Le politique en sort renforcé dans son orgueil et son récit est faussé par
ce qu’il a d’épique

Analyse féministe aussi. Les prisonnières ne réagissent pas comme les hommes.

Le fait est, Goliarda, que nous les femmes nous supportons mieux le système carcéral. Évidemment, ça
nous est possible parce que nous avons un passé de coercition et ici, au fond, nous retrouvons une
situation qui n’est pas nouvelle pour nous
[…]
Mais je dis : est-ce que nous avons raison, nous les femmes, d’enterrer toutes les qualités que des siècles d’
esclavage ont développées en nous ?

Ne croyez surtout pas que ce texte soit ennuyeux. Je me suis vraiment amusée à le lire. Tant d’anecdotes sont drôles et si bien racontées. Je ne l’ai pas lâché. Aussi addictif qu’un thriller. Et une formidable leçon d’optimisme

De fait, quand on met le pied sur le rivage du “tout est perdu”, n’est-ce pas justement alors que surgit la
liberté absolue
Page

PS le livre qui aurait plutôt correspondu au film ne serait-il pas Les Certitudes du doute?