Bakhita – Véronique Olmi

SOUDAN/ITALIE

Bakhita, est née dans le Darfour en 1869 et a été enlevée  à 7 ans au cours d’une razzia, elle a marché des centaines de kilomètres à pied dans la savane, la forêt souvent enchaînée. Sa survie, elle la doit à Binah une autre fillette-esclave « je ne lâche pas ta main » ensemble, elle se soutiennent, elles vont même s’évader, ensemble elle seront reprises, vendues. 

Bakhita verra d’autres fillettes-esclaves mourir sous ses yeux, elle ne pourra pas sauver le bébé que sa mère ne peut pas nourrir ni faire taire, ni Yebit sous les mains de la tatoueuse. Elle est vendue à plusieurs reprises, domestique ou même jouet pour les petites filles, abusée par leur frère…

Fillette-esclave, j’avais commencé cette histoire à la suite de la lecture de Paradise d‘Abdulrazzak Gurnah l’histoire d’un garçonnet vendu pour dette en Tanzanie. Cette première partie du livre De l’esclavage à la liberté est éprouvante. Aucun répit pour la petite fille qui subit ses épreuves avec courage mais passivité. Survivre est déjà un exploit.

 

Je ne savais pas que Bakhita n’était pas un roman mais une histoire vraie. Je ne savais pas non plus qu’elle est devenue une sainte canonisée en l’an 2000 après être devenue religieuse à Venise en 1890 puis à Schio. 

Sauvée par un consul italien qui l’a achetée à 14 ans pour la libérer, elle le suit en 1885 après la révolution mahdiste. Il la donne comme domestique à un couple d’amis ; elle devient la nourrice de leur petite fille.

La deuxième partie du livre De la liberté à la sainteté m’a d’abord moins intéressée. J’ai eu du mal avec cette vie édifiante au couvent, trop exemplaire pour que j’accroche. Un aspect m’a beaucoup intéressée : l’exploitation de la popularité de la Moretta dont la couleur de peau effraie, repousse les italiens mais que la personnalité  fascine,  dans l’entreprise coloniale italienne en Afrique. 

« Bakhita est acceptée au noviciat. Elle n’est ni une conquête ni un trophée mais une confirmation : l’Italie catholique sauve les esclave »

puis quand le livre de sa vie est publié

« Quand elle se confiait à Ida Zanoli, elle ignorait que cela ferait un livre et que ce livre on lui demanderait de l’offrir à un chef de guerre »

 

« C’est l’Afrique qui fait rêver le Duce et le peuple à genoux, l’Afrique des barbares et des mendiants pouilleux dont la conquête rendra aux italiens leur honneur et leur puissance. L’Afrique dont on fait des cartes postales, des  des  romans […]alors pourquoi pas un feuilleton de l’histoire terrible de Madre Giuseppina anciennement Bakhita »

Toute l’histoire de l’Italie dans la première moitié du XXème siècle s’inscrit en filigrane. Bakhita est illettrée mais fine, elle perçoit les horreurs en Afrique, les bombardements en Lybie, puis plus tard l’usage des gaz en Ethiopie. Finalement, le racisme et l’antisémitisme chasse sa meilleure élève qui est juive.

Un film a aussi été consacré à Bakhita

 

Farniente à Baia delle Ginestre,

CARNET SARDE

Au petit matin, vue de la route : les plages

Nous nous accordons un jour pour profiter de notre belle résidence.

A 5h50, un peu avant le lever du soleil, je pars à pied sur la route en direction des belles plages de Campionna et de Piscinni. Nous avons mesuré la distance hier : 2.5 km. A l’ »heure magique » il fait frais. Je profite encore mieux des paysages que dans la voiture. Asphodèles et fenouils sont desséchés mais les champs sont jaunes d’une nouvelle fleur la Molène sinuée Verbascum sinuatum.

Petite frayeur : le troupeau passe, deux chiens jaunes, dans le genre vieux corniauds, tout hérissés me barrent la route. Le berger n’est pas loin mais il ne fait rien pour les rappeler. Je passe quand même, pas rassurée « ils sont bons ils ne font rien » déclare le berger qui ne les rappelle toujours pas.

Schistes verts et argentés

Au-dessus de Campionna, un gros mobil-home est garé. La plage suivante est occupée par une tente décathlon et 4 cannes à pêche. Je retourne à Campionna. Les schistes gris-vert, l’eau argentée, la tour au loin ont un aspect mystérieux. Sérénité , calme souligné par le clapotis de l’eau. Je fais un petit paquet avec mes lunettes et mon téléphone et ma robe de plage, le tout coincé dans mes sandales et j’entre précautionneusement dans l’eau. Graviers et galets, il faut me jeter à l’eau dès le premier mètre. Quand je ange, je sens des roches qui affleurent. Mais il ne sera pas dit que je n’aurai pas essayé !

Après le petit déjeuner je descends explorer les plages de Baia delle Ginestre. J’ai découvert lundi la petite plage au bout de notre allée : une petite bande de graviers gris sous des schistes verts. Chaussons obligatoires. La deuxième plage se trouve un peu plus loin à l’est, mêmes graviers gris. J’ai mis mes chaussons mais je ne suis pas rassurée à cause des rochers qui affleurent cachés par les algues et posidonies. Je nage doucement, les yeux fixés sur le fond. Les schistes se détachent formant des arêtes vives, parfois soulignées par un filon de quartz. C’est beau les plaques qui se détachent et brillent au soleil.

Troisième baignade à la petite plage du bas. J’ai failli me décourager puis j’ai remarqué du sable plus fin au bout à droite de la crique. L’eau plus verte, les algues plus profondes. Enfin je trouve un accès facile sans trébucher sur les gros galets glissants, sans racler des rochers cachés. Je trouve le passage en eau profonde. Le fond bien visible. La petite baie est fermée et très tranquille. Une belle baignade.

 Plages et restaurant pour notre dernier jour en Sardaigne

Trois baignades à la petite plage maintenant j’ai trouvé la voie d’accès dans la partie sableuse. L’eau est si transparente que je peux anticiper les écueils, les touffes d’algues brunes et les massifs de posidonies. Curieusement je n’ai pas vu un seul poisson.

Vers 11 heures nous reprenons la corniche pour faire les dernières photos des caps et des tours. Le ciel est couvert, l’eau un peu grise, les crêtes embrumées. Près des plages, turquoise de l’eau relevé par quelques parasols colorés.

Midi, au restaurant Riccio Bianco. Il ne faut pas garer la voiture face à la mer. La police verbalise. Le restaurant loue aussi des gommone. Grimpette à la tour ronde du Capo Malfatano. C’est court mais cela monte dur.

Tour Malfatano

Le restaurant est installé sur la plage. Tables carrées laquées de blanc, sets en papier blanc et bleu clair, serviettes en papier bleu marine. On nous a gardé la table d’angle proche du sable. Sur l’ardoise, le menu du jour. Huitres à l’unité 4€, homard au poids. Nous choisissons une tranche de thon sur un lit de tomates-cerises, un plat de pâtes tomates, morceaux de dentice (vivaneau) avec de la boutargue qui sert plutôt à décorer.

Riccio bianco

Jolie conclusion aux vacances. Un peu cher, mais l’endroit est exquis.

Il va falloir refaire les valises, laver la Lancia….

 

 

 

Nora, site archéologique et les belles plages de Chia

CARNET SARDE

Une route panoramique

Marianna vient chercher Dominique avec la voiturette qui est indispensable pour monter (et descendre) les allées dallées sinueuses qui serpentent entre les maisons étagées sur la pente très raide. La SP 71 suit la côte en balcon. C’est une route panoramique et spectaculaire « la plus belle de Sardaigne » disons-nous, oubliant la route de Nebida à Masua, les rochers de granite de la côte nord….qui sont aussi des routes panoramiques spectaculaires. Le matin, il n’y a pas de circulation et nous pouvons nous arrêter à chaque belvédère découvrant les plages de Campionna, de Piscinni et les criques cachées du Capo Malfatano. Des bateaux sont alignés en travers d’une baie très étroites et évoquent un pont de bateaux comme autrefois. Ce sont les zodiacs des excursions touristiques. Il serait très tentant de descendre me baigner. Mais le temps presse, il faut arriver au site archéologique de Nora le plus tôt possible. A midi, les sites sont des fournaises. Après Tuerredda, la route s’enfonce dans la verdure. Aux alentours de Chia les villages de vacances et les campings se cachent dans les pinèdes. Les bords de la route sont très fleuris de lauriers roses,  d’agapanthes et de massifs de lantanas.

Après Chia, nous retrouvons la SS195 Sulciana et arrivons à Nora.

Site archéologique de Nora

La visite en Italien vient de commencer, je la prends en route. On peut aussi télécharger une application sur le smartphone et visiter librement avec les commentaires en anglais ou en français.

Quand j’arrive, le guide, coiffé d’un panama, parle du site nuragique. Les capanne étaient en bois, boue et roseaux qui, bien sûr, n’ont pas laissé de trace. On peut tout juste retrouver l’emplacement des anciens poteaux.

Comme Sulky, Monte Sirai, Nora fut phénicienne puis punique mais ce sont les monuments romains les plus visibles. Nora fut abandonnée et cachée par la végétation jusqu’en 1950, mise au jour par Gennaro Pesce. Depuis sa découverte les universités de Cagliari, Padoue, Milan et Gènes envoient des étudiants poursuivre les fouilles.

Sur le forum les goélands sont vigilants

Le Forum Romain est constellé de plumettes et de duvet blanc, les poussins des goélands sont en train de muer. Les adultes sont agressifs avec les visiteurs, manifestement des intrus. La ville punique était construite sous le forum. On reconnait le bâti carthaginois par l’emploi de gros moellons « appareil africain/opus africanum ». Andréa, le guide nous montre : « devant vous vous avez un peu de Carthage. D’ailleurs, Carthage est plus proche de nous  que Sassari. » je vérifierai cette assertion avec Googlemaps quand nous chercherons une station de lavage pour la Lancia « autour de nous » et que google me proposera un garage à La Goulette.

Nous déambulons sur une rue romaine bien dallée, bombée à l’axe, pour évacuer les eaux de ruissellement, et, équipée d’une canalisation d’égout (cloaque). Andrea soulève le regard (moderne) le cloaque romain est en état.

Un petit théâtre romain est bien conservé.

Théâtre

Du petit temple (230 après JC), il ne reste plus qu’une seule colonne sur les six ; Curiosité : l’autel est situé devant la colonnade alors qu’il est normalement caché à l’intérieur du sanctuaire. Devant le temple une mosaïque.

Temple d’Eshnoun/Esculape est situé à l’extrémité de la presqu’ile. Il était décoré de marbre, on a retrouvé de motifs de disque et de serpent

Le guide insiste sur le fait que la population de Nora était multiethnique et que les multiples influences se retrouvent mêlées dans la vie quotidienne : on a retrouvé des écritures puniques sur des plats romains. Plusieurs religions co-existaient. Plusieurs langues y étaient parlées y compris l’Egyptien. Sur l’architrave d’un temple, Andrea montre le cercle représentant Râ protégé de 15 urei (cobras égyptiens), ces figures sont à rapprocher des scarabées égyptisants étaient également fabriqués en Sardaigne que  nous  avons vus dans le musée de Sant’Antioco. Septime Sévère qui a règné de 193 à 211  est né à Leptis magna en Lybie était lui-même africain ; il parlait le berbère, le punique, le latin et le grec ; il fut en poste en Sardaigne.

Sous les arbres la via sacraa dallée de basalte relie les temples à la ville

Les maisons romaines étaient parfois luxueuses comme la Casa tetrastyle (quatre colonnes soutenant le toit de l’atrium). Ses mosaïques ont été réalisées par des artisans nord-africains (IIIème siècle ap.JC) la taille minuscule des tesselles atteste de la qualité du travail ainsi que la finesse des motif. On reconnait une néréide. Plusieurs pièces furent ainsi décorée.

Nora possédait cinq établissements thermaux. L’un d’eux a servi de forteresse pour protéger le port des attaques des Sarrazins. Ce sont ces derniers qui ont causé la perte de la ville au VIII ème siècle. Occasion pour le guide de rappeler les différentes fonctions des thermes : sportive, hygiéniste mais surtout sociale. Il nous montre les différentes salles : frigidarium, caldarium, tepidarium et même solarium. L’eau était recyclée dans les latrines collectives et en plein air.

devant le port, les thermes et les colonnes de la villa tetrastyle

La promenade se termine au temple de Tanit dont il ne reste rien et par la nécropole.

Ce fut une belle visite, plus d’une heure et demie grâce à la « fraîcheur », en cas de chaleur Andrea raccourcit. Il nous recommande le site http://www.nora>.it et e-archeo.it. Le premier offre une visite virtuelle éblouissante.

Dominique a trouvé un endroit charmant au port près du Centre de Récupération des Tortues

Au programme de la journée, nous avions prévu la visite du Musée de Pula, la Torre del Coltellazzo  et celle de l’église de Sant Efisio. La tour est en restauration, l’église n’ouvre que le dimanche, le musée fermé. Cela change !

Mosaiques et tour de coltellazzo

Nous cherchons une plage pour le pique-nique et se baigner. Nous quittons la Sulcitana à Chia dont le guide Vert chante les louanges. Les plages sont difficiles à approcher. Les parkings ombragés ou pas, sont chers. On hésite à payer le tarif « journée » pour un bain d’une demi-heure. Belles plages de sable mais aujourd’hui il y a des vagues. Sur le sable très blanc, l’eau a une couleur menthe glaciale. Je me baigne au pied de la Tour de Chia.

La piste sableuse qui va au Capo Spartivento passe au bord d’un étang, plus loin on devine des dunes très blanches et des plages aménagées très luxueuses (personne sur les lits). Le drapeau rouge est hissé à cause des vagues. Je me promène les pieds dans l’eau, m’écarte du maître-nageur pour faire une courte baignade. L’eau est peu profonde, la taille des vagues raisonnable. Au petit port de Tuerredda nous cherchons un restaurant pour jeudi. Le premier, pieds dans l’eau, L’Antica Pescheria nous plait beaucoup, mais jeudi est jour de fermeture. Une piste monte vers le Capo Malfatano, montée très raide, bravo à la courageuse Lancia Ypsilon, puis jolie descente mais nous sommes récompensées. Il y a un restaurant de poisson Riccio Bianco qui prend la réservation

Dimanche à Sant’Antioco : plages et restaurant

CARNET SARDE

Pavot cornu

Dernier jour à Sant’Antioco, nous avons épuisé les excursions des environs et préférons profiter tranquillement de la douceur de l’île. Il y a plus de monde à Cala Lunga que d’habitude. Il y a même la queue au parcmètre, signe que la saison touristique a bien commencé. Les familles avec glacières, diables chargés de lits de plage, chaises et parasols s’installent. Une planche à voile, trois canoës, paddle(monsieur debout la dame et fifille assises, crocodiles gonflables, frites roses. Il y a même du monde dans l’eau. Il y a pourtant du vent. Un homme se bat avec une voile, ce n’est pas une voile mais une tente décathlon qu’il replie après un quart d’heures de gymnastique inutile. Malgré le vent, le miracle se reproduit comme hier : pas une vague, une eau tranquille à peine hérissée d’une petite risée. Et comme je ne suis plus seule je m’enhardis à nager jusqu’à la grotte. Au deuxième aller/retour, un détail me fait reculer : un jeune garçon brandit un fusil sous-marin. Vraiment jeune. Je ne veux pas être harponnée, je retourne vers des eaux plus tranquilles.

Nid d’oiseau

Du parking nous nous dirigeons vers Calasetta, suivant les traits jaunes du sentier côtier qui emprunte la petite route. Quand elle s’approche de la falaise, je descends et continue à pieds. Je cherche le « nid d’oiseau » étoilé au guide Michelin sans avoir bien compris s’il s’agit d’une crique ou d’un rocher. Nous avons 3 plans de l’île et chacun donne une localisation différente. Celui de la cuisine donne les coordonnées GPS mais le situe dans la mer.

Falaises volcaniques rouge violacée, trachyte ou rhyolite ? la côte est découpée avec des ilets, des rochers sur l’eau transparente. Les fleurettes jaunes de l’héliochryse (immortelle de Corse) et du Pavot cornu (Glaucium favum) sont du meilleur effet. Déception olfactive pour l’héliochryse qui ne sent rien malgré la chaleur. Belle promenade le long de la falaise, en pointillé parce qu’il n’existe pas de sentier côtier balisé continu).

Nous nous arrêtons pour l’apéro sous un genévrier impressionnant, arbre avec un tronc, de grosses branches et surtout de gros fruit qu’on ne mettrait pas dans la choucroute. Genévrier cade ? Un  , peu plus loin, lace au petit phare blanc sur l’îlot Mangebranche (mange-barques plutôt ?) un reste du squelette d’un petit phare, socle en béton d’une batterie de la dernière guerre. Attendait-on un débarquement sur l’île ?

Nous passons près des grandes plages de sable : Spiaggia Grande, la Salina. Traversons la ville blanche de Calasetta (achat d’un melon).

 

13H arrivée à Cussorgia.  J’ai réservé par Internet une table au Restaurant Acqua Sale . Comme à S’Archittu, il faut cliquer sur un QR code pour obtenir le menu (sans smartphone que faire ?) La serveuse jeune mais peu gracieuse prend la commande sans même proposer d’apporter une ardoise ou un menu sur papier.

Thon et fritures

Thon et frittura mista – Excellents : quatre gros morceaux de thon coupés très épais, marinés dans la sauce soja set « panés » de graines de sésame, grillé juste saisi, la chair est tendre et mi-cuite. Un délice ! la friture est bien variée : crevettes, calamar, petits poissons roses. On partage.

Le spectacle est dans la salle. Des familles sardes sont venues pour le dimanche midi à la plage, trois générations. Ils parlent fort et ont commandé plusieurs plats généreusement servis. Authenticité garantie. Je me baigne dans l’eau tranquille en face du restaurant. Des retraités allemands ont installé leur yorkshire sur une planche en polystyrène et font naviguer le chien ravi en le poussant de l’un à l’autre.

Après midi sur la terrasse, rafraîchie par le vent (29 km/h). le miracle de la Cala Lunda se renouvelle. Je rentre par le sentier côtier et découvre de belles promenades. Si j’avais su avant !

Le vent tombe après le coucher du soleil, les moustiques reviennent et abrègent la veillée.

Monte Sirai – Portoscuso

CARNET SARDE

Monte Sirai

Nous avons eu du mal à trouver le site à la sortie de Carbonia, Googlemaps nous a égarées. Finalement sous le trouvons sur la route de Portoscuso. L’écriteau est très discret. La route qui monte à l’Acropole de Monte Sirai est raide. L’emplacement choisi par les Phéniciens domine la mer et la petite vallée où se trouve maintenant Carbonia. De là, on pouvait voir Sulky, l’autre ville phénicienne puis punique. Les Romains se sont installés à Sulky sur la ville punique en réemployant le matériel ou la nécropole. Rien de semblable à Monte Sirai  où l’on découvre la ville punique et ses trois rues, les quatre groupes de maisons, le temple d’Astart(Démeter). Les tombes de la nécropole sont accessibles mais vides .

Monte Sirai Temple d’Astart

Je suis entrée dans la ville par la porte nord entre des murs de gros blocs de trachyte rouge. On remarque encore la trace des gonds. Le temple d’Astart a été construit sur un site nuragique préexistent, sa première phase de construction est datée VIII-VI ème siècle av.JC, une deuxième phas au Vème siècle puis reconstruction sur une terrasse au IIIème siècle. Le trésor contenait de nombreuses offrandes : images féminines en terre cuite masques masculin et bronzetti. La déesse serait la déesse de la fertilité , le dieu serait peut-être Bès ou Baal.

De là-haut, on a une très belle vue sur Carbonia et je reconnais les cités-jardins invisibles d’en bas.

Monte Sirai maisons puniques

La maison du talc est la maison d’habitation la plus ancienne mis au jour (fin VIIème)Elle avait 5 chambres et un étage, le rez de chaussée était occupé par un atelier, la cuisine avec un four pour le pain et la boutique artisanale d’un coutelier avec des pierres pour affûter les lames, des cornes de cerf et une faucille en fer. Un puits de lumière éclairait le centre de l’entrée. On a émis l’hypothèse de l’utilisation d’une couverture translucide.

La maison Fantar date du IIIème siècle. On y a reconnu une boutique, un espace pour le culte domestique, un moulin à grains et des statuettes féminines ainsi qu’une urne contenant des cendres.

La nécropole phénicienne compte 270 tombes.

L’idéal serait de visiter les sites archéologiques au lever du jour ou au coucher du soleil. Il y a peu d’ombre, les pierres gardent la chaleur qui est accablante aujourd’hui. En sortant je croise la visite guidée que je me proposais de suivre. Vraiment trop chaud. Je renonce. La colline du Monte Sirai est aménagée avec un théâtre à l’antique, un bar, des banquettes face à la vue et un kiosque.

Nous évitons la grande route SS 126 et suivons le bord de mer par Portovesme et sa centrale électrique qu’on devine depuis Sant’Antioco. Citernes de carburant, pas moins de 12 hautes cheminées rouges et blanches. La centrale thermique est doublée d’un parc éolien assez important. Au cours de la visite de la mine de Serbariu, la guide avait parlé de cette centrale. A-t-elle utilisé le charbon de la mine ?

Portoscuso : nous passons par des zones urbanisées sans grâce puis devant une belle pinède à l’ombre touffue. On a installé des tables pour l’apéro. Peut-être pourrions nous y faire une pause ? Nous continuons la route vers les plages. Quittant la ville par le nord, nous arrivons au bout de la route dans une sorte de lande où sont installés un parking et une piste cyclable et piétonnière. Un autre jour, je l’aurais bien suivie, mais à midi sous la chaleur ce n’est pas raisonnable. Je me contente de suivre un sentier vers la mer. Et là, surprise : des rochers gris argentés ont les courbes caractéristiques des coulées volcaniques s’écoulant vers la mer. D’où proviennent-elles ? Quand se sont-elles formées ?

Portoscuso

Un peu plus bas, il y a un bel hôtel. Malgré la proximité de la centrale, cette dernière est invisible. Au pied de l’hôtel, une merveilleuse plage dominée par une tour. C’est bien joli. Nous trouvons aussi un petit port avec de nombreux restaurants. Evidemment c’est toujours quand le pique-nique est prêt que nous trouvons les restaurants (et inversement) Non loin, l’embarquement des ferries pour Caloforte, le port de l’île San Pietro . Il y a bien sur la carte une petite route blanche qui relie Portovesme au pont de Sant’Antioco : impossible de l’emprunter.

Nous déjeunons sur la terrasse du gîte. Confortablement et bien à l’ombre. Sieste. Cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes pas accordé une demi-journée de repos. Le vent s’est levé et souffle fort. Sera-t-il possible de se baigner ?

Vers 16h30, je descends à Cala Lunga. Cette petite baie très encaissée est miraculeuse. Sur la plage, les posidonies sèchent volent en une tornade de confettis argentés et de serpentins. L’eau est calme. Je nage sereine. Pas une vague, juste une risée qui n’empêche pas de voir le fond de l’eau. Une planche à voile navigue. Je n’ose pas m’approcher de la mer ouverte ayant peur de ne pas pouvoir revenir. Je fais trois allers retours au lieu de deux les autres jours.

En nageant, j’avise une piste qui monte dans la colline. Le sentier côtier est balisé avec des traits jaunes. Bien sûr cela grimpe dur. J’arrive rapidement sur la crête. Comment rejoindre notre maison rouge nettement plus bas. Non seulement le maquis est touffu mais on a entouré le terrain de barbelés. Je fais donc le détour pour trouver une grande piste deux maisons plus loin.

Nous prolongeons la soirée sur la terrasse bien après la tombée de la nuit. Le vent a chassé les moustiques et nous profitons de la fraîcheur.

les villages miniers de la côte sud-ouest de la Sardaigne

CARNET SARDE

Belvédère sur la corniche avant Nebida

Juste à côté de chez nous Dominique repère un chemin et un panneau Cala Grotta. Un condominium barre la route. Il est construit de villas originales est-ce le village cyclopi ou le village Polyphème ? Un sentier le contourne et va à la falaise : spectacle magnifique mais j’ai oublié de prendre mon téléphone.

Avant le Pont Romain nous entrons dans la Saline pour observer les flamants qui ne sont pas si roses que cela. Calme et sérénité. Les salines ne sont plus exploitées mais il y a de gros tas de sel encroutés sur les bords. La SS 126 – Strada Statale Sud Occidentale – ici les routes ont des noms que le GPS serine – passe à côté de Carbonia et de ses zones commerciales. Il faut quitter la 126 après Gonnesa et prendre la SP 83 pour un parcours en corniche spectaculaire. On remarque la floraison des mimosas.

Fontana da mare

Fontana mare une piste dans une pinède conduit à un parking payant proche des plages. L’une d’elles sableuse qui ne semble pas vouloir se terminer et une autre, séparée par des rochers, a une vue merveilleuse sur de grandes falaises et l’îlot du Pain de Sucre. Baignade bien rafraîchissante pour bien commencer la journée.  Le gardien du parking est sympa, comme nous ne sommes même pas attardées une heure, pour nous ce sera gratuit !

La route entre Fontana Mare et Nebida est extraordinaire : à-pic vertigineux, roches rouges, oranges, falaises blanches qui se détachent sur la mer bleue et le maquis vert vif. L’îlot pain de Sucre se rapproche, Dominique pense à Sarq et moi, au Mont Aiguille. Selon Wikipedia, 133 m de haut, est formé de calcaire Cambrien, ce serait un stack, un pinacle de pierre détaché du littoral par l’érosion.

Nebida

les hautes falaises et le pain de sucre vus du Belvédère avant Nebida

L’arrivée sur Nebida est intéressante : on voit des restes d’exploitation minière, de beaux bâtiments de pierre : la  « laveria », ont perdu leurs toits et sont en ruine. J’aurais aimé en savoir plus sur cette exploitation minière de zinc et de plomb. Des visites sont organisées mais il aurait fallu téléphoner, prendre rendez-vous.

Nebida ruines industrielles

Avant-goût : la promenade autour de l’éperon rocheux juste à l’entrée de Nebida, promenade dallée à plat qui surplombe la Laveria. Une pizzeria a installé ses tables à l’ombre au milieu de l’allée. C’est trop tôt mais tentant.

La petite ville se tasse sur l’autre versant. Une grue pour la construction d’un grand immeuble la surplombe. Quel gâchis pour le paysage !

Masua

Masua roches ruiniformes à la sortie de Masua

Nous trouvons à Masua le restaurant de plage : le Warung Beach Club . Sa terrasse, couverte et fermée, est au-dessus des installations de plages. Classieux et cher, tant pis ! Jolie décoration. Une idée originale comme bouquet de table : trois bouchons de liège sont collés une branchette de lentisque fraîche y est fixée. Sièges metteur en scène très confortable et tables en bois lazuré. Joli, classieux mais très prétentieux. Quand je m’adresse au garçon en Italien, il s’entête à me répondre en anglais. C’est vexant ! Chichis pour remplir (à peine la moitié) du verre de vin. L’eau en carafe est payante (on y ajoute même la TVA) les moules à la tomate (16€) sont absolument délicieuses avec de vrais morceaux de tomate fraîche. La pizza margharita(14€) est petite sa pâte est épaisse (certains aiment, pas nous) mais il y a de vrais morceaux de tomate et du pesto de basilic frais. C’est bon mais bien cher.

Entre les moules et le café, je fais une courte baignade le long des lignes de bouées des gommone

Le restaurant organise également des excursions en mer : 1h Pane di Zucchero 25€, 3h 60€ tour de la mine à Porto Flavia

La mine a été abandonnée en 1999. Elle est spectaculaire, énorme vue de la route.

La route de Buggeru

Buggeru tunnel

Sur a carte Michelin, la route s’interrompt relayée par une piste jusqu’à Buggeru distant de 15 km, aller et retour inenvisageable à 15 heures. Bonne surprise : ce n’est pas une piste mais une excellente route qui franchit une montagne (la grande falaise blanche qu’on a vue de loin) . La montée est très raide et la descente aussi. Au début, paysage ruiniforme avec des pitons et des chicots. Après le col le maquis devient sec et clairsemé.

Buggeru est un village minier. Sa transformation actuelle vers le tourisme efface le passé ouvrier. Les installations industrielles sont vraiment en ruine ? les maisons ouvrières ont été modernisées. Une marina héberge des voiliers de plastique. Un grand chantier est en cours sur le port : on nivelle, on recouvre de terre, on cimente…Si nous étions arrivées le matin nous aurions pu prendre le train touristique qui roule dans le tunnel de la mine. J’aurais pu visiter le Musée. Arriver à 15h en Italie est une hérésie. Tout est fermé. Trente kilomètres pour rien, bougonne Dominique. Pas tout à fait : la route était belle, nous avons entendu les cigales. Et puis le nom de Buggeru m’est familier : à cause du massacre de Buggeru

La première grève eut lieu en 1904. Pour toute réponse, l’armée tira sur les ouvriers : trois moururent, et nombreux furent les blessés. C’était le 4 septembre, …

J’aurais regretté de ne pas y passer alors que nous étions si près.

 

Le tour de l’île de Sant’Antioco par Calasetta

CARNET SARDE

Calasetta

Evitant la grande route SS126, nous partons le long du littoral vers le nord, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Nous empruntons une très petite route entre de très hauts roseaux formant une double haie bruissante qui cache le paysage. J’ai réglé le GPS sur Punta Ditta. Nous entrons dans un terrain privé mais vide avec des hangars. Sur le plan d’eau plusieurs rangées de bouées blanches nous intriguent. A quoi servent-elles ? Au sol des coquilles de moules. Peut être des bouchots ? ou un élevage aquacole ?

Cussorgia

Le petit village de Cussorgia a une petite plage et un restaurant Acqua e sale très bien placé sur la plage. Malheureusement fermé.

Calasetta

palomar Café

Calasetta est l’autre ville de l’île. C’est le port du ferry pour San Pietro et aussi un port de plaisance tout à fait charmant avec beaucoup de bateaux en bois. Sur le qui plusieurs restaurants ont installé leur terrasse. Nous choisissons le plus joli Palomar Café qui a une petite terrasse surélevée à l’ombre avec seulement 6 tables à l’extérieur (il y a une petite salle couverte). Le menu est difficile à déchiffrer, heureusement la patronne parle français. Dominique choisit lasagnetta au pain carascu (carta da musica) : tomate fraîche, fromage et pistou sur un fin fin sandwich croquant décoré rouge et vert. C’est très joli, délicieux mais pas très rassasiant. Pour moi :3 crostadini (pain grillé) thon séché et salé, lamelles de boutargue et le troisième aux anchois. Comme souvent en terrasse je sors mon carnet moleskine pour dessiner les bateaux de bois.

Dans nos assiettes crostadini au premier plan lasagneta au fond

La petite ville de Calasetta est toute blanche comme un village grec ; blanc relevé de bleu, rues étroites en pente montant à une grosse tour ronde (1737) d’où il y a une vue plongeante sur la plage Sottotorre. Il aurait suffi de descendre la rampe pour y accéder à pied. En voiture c’est beaucoup plus compliqué. Baignade agréable dans une eau transparente et très calme malheureusement assez peu profonde.

Nous essayons de coller à la côte pour explorer de nouvelles plages.

Deux accès pour la plage La Salina : un parking payant à l’intérieur du camping ou plus loin une allée dallée qu’on emprunte timidement le long de l’étang et qui conduit à un restaurant de plage (pas encore ouvert, le propriétaire fait de la peinture).

Un peu plus loin Spiaggia Grande proche de la route.

la route côtière entre Calasetta et Cala Lunga

Des chemins desservent des maisons non loin du Rocher Mangibarche où un phare est perché sur un ilôt.

Nous cherchons sans le trouver le Nido dei Passeri (une curiosité incontournable citée sur tous les guides et plans). La vue sur la falaise est vertigineuse.

On se retrouve à Cala Lunga après avoir traversé le lit (à sec) du ruisseau Mercuri au pied du Mont Mercuri (qui a donné son nom à l’hôtel Mercury proche du gîte). Baignade parfaite à Cala Lunga.

Les musées de Sant’ Antioco : village hypogée, fort, nécropole

CARNET SARDE

Village hypogée

Pour visiter les musées de Sant’Antioco, il existe un billet cumulatif à 10€/journée. Faire toutes les visites à la file me paraît indigeste. J’ai donc vu le Musée Archéologique et le Tophet mardi dernier. Le Musée Ethnographique, le Village Hypogée, Le Fort, la Nécropole et l’Aire archéologique se trouvent dans la Ville historique non loin de la Basilique Sant’Antioco sont au programme d’aujourd’hui.

Comme la circulation automobile est un casse-tête nous décidons de garer la voiture sur le Lungomare en espérant trouver de l’ombre avec la fraîcheur de la mer pour Dominique. Sur le Lungomare Vespucci, à l’arrière d’une belle pinède, nous croyons trouver le parking idéal.

La via E. d’Arborea rejoint la Place Umberto 1er(roi d’Italie 1878-1900) la via Margharita (reine et femme du précédent) me conduit à la basilique. Avec les plaques des rues je révise l’histoire d’Italie.

Basilique Sant’Antioco

Sant’Antioco (95 -127), martyr d’origine nord-africaine qui fut réduit en esclavage par les D’après la légende, les Romains auraient condamné Antioche à travailler dans les mines de plomb (piumbaria)  pour avoir refusé d’abjurer sa foi. Il s’en échappa, caché dans une barrique de goudron, et des chrétiens clandestins le dissimulèrent dans les catacombes. En 1615, on retrouva ses reliques. J’arrive pendant la messe. Un prêtre est à l’harmonium, sa partition sur son téléphone portable. L’assistance est étrange, uniquement masculine. Je m’éclipse intimidée. Je les croiserai plus tard dans la ville ce sont des curés. Donc pas de visite d’église encore moins des catacombes. Dommage !

village hypogée : photo ancienne

Le bar en face de l’église s’appelle Villaggio ipogeo, le village ne doit pas être loin ; j’interroge un homme assis sur les marches. Une dame en robe à rayures fines bleues et blanches m’attends « je vais vous y conduire ! Vous êtes en vacances ? » petite conversation bien aimable.

Le Musée ethnographique

Musée ethnographique : outils

On m’ouvre le Musée ethnographique : dans une remise sont entassés les outils du maréchal ferrant, du forgeron, des barriques, tamis, scies, sellerie…à l’intérieur les outils des champs, un pressoir à huile, des pièges.

Musée ethnographique Dentelles de byssys et pinnes

Un panneau explique le travail du byssus d’un énorme coquillage- la pinne – « oro del mar ».

Musze ethnographiques : pains à manger ou à offrir

Sur une table différente variétés de pains et de pâtes.

Le village hypogé

Village hypogé : entrée d’une maison troglodyte

Un homme m’entraîne dans le village troglodytique qui me rappelle les villages troglodytiques tunisiens ou Sacromonte à Grenade, maisons chaulées et fraîches. Dans une pièce on a exposé des photos anciennes du temps où les grottes étaient encore habitées. Dans une autre sur une planche figurant les sarcophages de bois puniques on a placé de la vaisselle et des masques censés éloigner les pilleurs et le mauvais sort (comme le masque de chat que j’ai vu au Musée). Dans une autre grotte, la table est mise. On imagine la vie des Sardes. Les habitants les plus pauvres de la ville s’étaient installés dans les « grutas », caveaux creusés par les Phéniciens, Carthaginois ou Romains.

La billetterie se trouve près du fort Fortino Sabaudo Su Pisu . Il fut construit en 1812 pour protéger la ville des pirates (800 corsaires tunisiens avaient débarqué sur l’île et pillé le pays enlevant 22 personnes) Ce fut la dernière razzia. Les attaques des sarrazins avaient vidé l’île depuis la fin de l’Antiquité où Sulky était une ville importante. Ses habitants l’ont déserté. L’île était terre d’Eglise. La découverte des restes de Sant’Antioco martyr dans les catacombes a relancé l’intérêt de l’Eglise pour l’île qu’elle a cherché à repeupler en distribuant les terres agricoles. Le fort fut construit sur l’emplacement d’un nuraghe dont on devine les pierres derrière un caroubier.

Fortino Saubado

Acropole

Sous le fort on a retrouvé l’acropole punique et les constructions romaines. En haut, une un petit temple et 9 colonnes était précédé d’une rampe où l’on a retrouvé els deux lions du Musée archéologique. Sous le temple il y avait une citerne. On devine plus bas un théâtre romain.

Nécropole

nécropole : tombe peinte

Pour visiter la nécropole, on est équipé d’un casque pour descendre dans les tombes .

Dans la   nécropole punique (VI- IIIème siècle av JC, on dénombre jusqu’à 1500 tombes. Chacune d’entre elles avait un accès, un couloir appelé dromos. Les tombes carthaginoises furent aussi utilisées par les Romains puis les habitants de l’îles en firent leurs habitations ou leurs cachettes.

Le tuf tendre était facile à creuser. Les objets retrouvés donnent des indices sur les personnes décédées, les inscriptions épigraphiques donnent parfois les noms et les âges Dans la tombe de l’ »égyptien » les couleurs sont encore visibles. Certaines chambres ont des niches creusées

Il ne me faut pas plus d’une vingtaine de minutes pour traverser à pied toute la ville et atteindre le lungomare.

 

Carbonia et la Grande Miniera di Serbariu

CARNET SARDE

Piazza Roma : architecture fasciste

Carbonia : Piazza Roma : municipio

Au centre de Carbonia la monumentale Piazza Roma : gigantesque et vide correspondant à la volonté de Mussolini de construire la ville nouvelle pour les mineurs. Mussolini visita la ville en 1935 et inaugura en 1938. Un parcours architectural est mis en place dans la ville à grand renfort de tôles découpées qui sont aussi des éléments décoratifs ; il fait partie d’un programme L’Architecture de la Dictature. Les architectes sont Gustavo Pulitzer et Finali ainsi que Cesare Valle et Ignazio Guidi qui furent appelés pour la construction d’Addis Abbeba.  Cette grande place vide est bordée d’un côté par une église San Ponziano dominée par un très haut campanile sombre et rougeâtre. D’un côté : les arcades jaunes du Municipio (Hôtel de Ville) en L à droite, tandis qu’en L à gauche arcades et galeries du Cinéma-Teatro, le club des travailleurs Doppolavoro termine l’ensemble par une tour carrée.

Carbonia : piaeza Roman côté doppo lavoro

Dans l’espace intérieur : le vide et une statue de marbre blanc de Gio Pomodoro : Fragment du vide.

Cette place me fait penser à un tableau de Di Chirico.

Alors que l’architecture est fasciste, les noms des rues sont plutôt de gauche : Gramsci, Matteoti, Ardeatine…

Ici, on prend encore très au sérieux le Covid 19 : devant une pharmacie s’étale une file de gens masqués FFP2, un seul client à l’intérieur. Pendant la visite que je ferai dans la mine tous seront masqués malgré la grosse chaleur.

Grande Miniera di Serbariu

Serbariu : lampisteria

Musée du Carbone, visite de la mine : à 1.6 km de la ville. La visite guidée commence à 11h30, je dispose de ¾ d’heures pour voir le Musée du Carbone installé dans le beau bâtiment très clair de la Lampisteria

Différents thèmes sont abordés. Je me suis plutôt intéressée à l’Histoire de Carbonia qu’à la formation du charbon ou à la structure chimique du charbon et à l’exploitation minière.

serbariu : fresque des mineurs

Bergers et Mineurs : En 1936, le Sulcis est un désert qui compte très peu d’habitants (environ 3000). Le gisement de lignite fut découvert en 1865 et exploité par de petites structures.

La Ressource Carbone : Avec l’autarcie (1934) le gouvernement fasciste s’intéresse à l’ »immense richesse naturelle » du Sulcis. Mussolini visite la région et « Naît l’idée d’une ville ». En 1938, elle compte 17.848 habitants, 15.293 en 1939, 40.000 en 1946 qu’il faudra loger, occuper. En 1964, fermeture de la mine

L’urbanisme de Carbonia ,

La ville de Carbonia apparaît comme un moment historique des années 30 en réaction aux sanctions internationales, le duce construit une ville :

La Cité-machine est formée de maisons alignées selon un ordre militaire. Pour les premiers occupants, on a construit, s’inspirant des cités-jardins, 600 maisons avec terrasse et 1000m2 de jardin. L’urbanisme traduit les notions fascistes d’autarcie et hiérarchie avec le paternalisme. Cet embrigadement se traduit Piazza Roma, les ouvriers se trouvent  embrigadés dans leur vie au travail comme après (doppolavoro), la grande place vide permet les rassemblements fascistes. Pendant la guerre, les mineurs travaillaient 16 h/jour pour contribuer à l’économie de guerre. En 1942 ils se mirent en grève pour demander des conditions de vie plus humaine.

La visite de la mine

Serbariu : Cable des ascenseurs

La visite de la mine dure 1 heure. On équipe les touristes d’un casque de chantier et la visite commence devant le panneau des médailles dans la lampisteria : les médailles et les lampes à carbures (comparées aux cafetières italiennes) servaient pour les contrôles.

Nous sortons vers le chevalet où on nous explique le fonctionnement des ascenseurs pour descendre dans les puits. Il y a eu jusqu’à 11 puits en exploitation, il n’en reste plus que deux. La guide nous explique le système de communication entre les niveaux, par signaux morses et par communication téléphonique. On peut observer les énormes cylindres où s’enroulent les câbles.

Serbariu extraction traditionnelle et tapis roulant

Un plan des galeries nous montre que la ville actuelle est construite au-dessus. On ne descend plus au fond parce que les pompes ne fonctionnent plus. Notre promenade se déroule sur un parcours aménagé. Si on avait voulu vraiment voir de vraies galeries, les enfants auraient été interdits, les objets électroniques aussi. La législation italienne est très stricte. Nous allons voir plusieurs sites correspondant à l’exploitation de la mine à différentes époques : Au temps où les mineurs travaillaient avec des marteaux piqueurs et

Etraction du charbon avec les machines modernes

, dans un chantier moderne où l’excavatrice avance seule, les armatures métalliques remplaçant le boisage. Cette machine énorme arrive démontée et il faut remonter les pièces dans la galerie. On voit les dernières machines (la mine a été fermée en 2018) dont les 2 fraises travaillent en spirale tandis que des vérins montent automatiquement pour soutenir le toit de la mine, bougeant avec l’excavatrice vers l’avant. Nous terminons la visite par une galerie particulière très basse très étroite où on faisait travailler des déportés, opposants politiques, galerie-prison galerie punition.

Tratalias

Santa maria di Monserrato

Tratalias se trouve à une quinzaine de kilomètres de Carbonia, à l’intérieur des terres. Le village de Tratalias a été ravagé dans les années 50 après la construction du barrage de Monte Pranu, l’ancien village a été abandonné et la population relogée plus loin. Il ne reste à Tratalias Vecchia que la Cathédrale Santa Maria di Monserrato (1213) de style roman-pisan et un bourg fantôme avec de jolies maisons colorées très photogéniques, une place avec un puits et un très bel arbre.

Tratalias : jolie place pour un village fantôme

13 heures, il fait très chaud ; Nous cherchons la fraîcheur de la mer à Porto Botte . Un chemin blanc passe entre la mer et l’étang. Des bateaux son amarrés, ceux qui sont sur la mer sont pleins de nasses et de cannisses, ils sautillent dans les vagues sous l’œil attentif d’un cormoran. Nous déjeunons d’une salade pommes de terre-saumon-anchois assises sur des bancs de pierre. Il n’y a pas d’ombre mais le vent procure de la fraîcheur. Un peu plus loin, il y a une plage avec du monde où je vais nager. De retour à Cala Lunga je fais une baignade merveilleuse dans mon petit fjord.

Sant’Antioco : Musée Archéologique et Tophet

CARNET SARDE

Il y a deux Offices de Tourisme à Sant’Antioco.

A 9h30, Dominique me dépose Piazza Repubblica devant l’un des bureaux, le plus petit, Pro Loco, où une jeune fille me donne un plan de la ville et énumère les plages de l’île. Cala Lunga ne lui plait pas, moi si, nous n’avons pas les mêmes critères. J’abrège.

9h35, Dominique et la Lancia ont disparu. Je multiplie les appels pour savoir où elle est garée. Je comprends au bout d’une dizaine qu’elle a sûrement oublié son téléphone au gîte. Comment se retrouver ? Sans téléphone, elle n’a pas de GPS non plus pour se repérer dans le labyrinthe des sens uniques. Je l’attends sans bouger d’un mètre et c’est d’autant plus bête que j’ai derrière moi le grand bureau d’Information touristique de la région et que je n’ose pas y entrer.

10h30, enfin ! la matinée est déjà bien entamée. Nous allons au Musée Archéologique Ferucio Barreca, piazza Cartagine, à l’extérieur de la ville à côté du cimetière moderne. Coïncidence ou presque, le Musée est installé à côté du Tophet – nécropole carthaginoise.

Visite guidée en Italien pour moi toute seule du Tophet et du Musée.

La Bible raconte qu’on sacrifiait les premiers-nés phéniciens qui étaient brûlés au Tophet. J’ai déjà visité des Tophets, à Tharros , Motzia, en Sicile, à Carthage en Tunisie.

Musée archéologique : reconstitution du tophet

Le tophet de Sulky (Sulky est le nom ancien de sant’Antioco et le nom de la région du sud de la Sardaigne est Sulcis) est le mieux conservé. On a disposé au sol des poteries qui sont les copies de celles qu’on a retrouvées et qui sont conservées au musée. Les urnes funéraires étaient entassées, accompagnées parfois de stèles. Quand il n’y avait plus de place on recouvrait le tout de terre et on recommençait au- dessus construisant ainsi un tumulus. Le site était appelé la collina delle pentole. Les stèles, en trachyte locale le plus souvent étaient sculptées. Ce sont des ex-votos. Les archéologues du XXème siècle ont fait une étude systématique des restes contenus dans les urnes. La présence de nombreux fœtus infirment la thèse biblique : on ne sacrifie pas un fœtus avorté ! il s’agirait plutôt d’un cimetière d’enfants n’ayant pas passé les rites d’initiation pour entrer dans la communauté que le feu aurait purifié avec des animaux sacrifiés. Les stèles auraient été mises par les familles après la naissance d’un enfant vivant en remerciement à la divinité Baal- Amon ou Tanit.

Au musée on a reconstitué la stratigraphie du tophet ; on remarque qu’en dessous, on trouve de simples pierres, sortes de Bétyles, tandis que les stèles des niveaux supérieurs sont sculptées parfois dans le style égyptisant, parfois hellénisant, parfois un animal est représenté (ovin) parfois avec la lune qui se lève. Rarement la pierre est du marbre.

Musée archéologique

Sant’Antioco Musée archéo. Bronzetto archer

Je refuse l’audioguide en français, c’est encombrant et cela m’empêche de prendre des notes, d’autant plus que les cartels sont complets et très nombreux. Je n’aurai pas le temps de les lire parce que la visite est guidée en italien. Une vidéo présente les sites historiques du Sulcis(sud de la Sardaigne) Sulky = Sant Antioco, Tratalias et Santandi que j’ai envie de visiter.

A Sulky on a mis en évidence une colline nuragique et une cité phénicienne autour du port ; les Romains se sont installés à l’emplacement de la cité punique. La cité punique comptait 9000 habitants. C’était un port très bien situé sur la route des Baléares et de l’Espagne vers l’Ouest, de Carthage et de l’Orient. Phéniciens et Carthaginois étaient des commerçants. Ils pouvaient exporter le plomb argentifère dont la Sardaigne est riche. La ligne du littoral a bougé, le port de la ville punique se trouve immergé. On a mis en évidence un temple immergé mais il reste le pont romain à côté du pont moderne. Une belle maquette représente la ville avec son port et les bateaux.

Dans les premières vitrines, on voit les objets nuragiques : céramiques, restes alimentaires. On a pu reconstituer le régime alimentaire des hommes de l’âge du Bronze : viandes, rongeurs avec ce lapin-rat que j’ai vu en Corse, coquilles de mollusques.

L’objet le plus spectaculaire est un merveilleux bronzetto : un archer. Il faudrait vraiment que j’aille à Cagliari voir les bronzetti ! A Oristano, se tient une exposition de faux bronzetti forgés à l’intention du roi de Sardaigne Carlo Alberto di Savoia qui avait participé à des fouilles en 1841.

Sant’Anioco musée archéo Lions puniques

On entre dans la salle suivante en passant entre deux lions de pierres retrouvés dans la zone archéologique romains mais en réutilisation. Ils décoraient la porte punique. Une mosaïque romaine est une représentation bachique figurant des félins qui boivent du vin dans un cratère sous des pampres.

Dans la salle sombre une vidéo projetée montre la fouille de deux tombes puniques avec des objets très bien conservés dans une caisse de bois ainsi que des restes humains dans leur cercueil de bois. Une des tombes a même conservé les couleurs d’origine. Ces tombes ont été mise au jour dans les rues de la ville actuelle lors d’un chantier.

Sant’Antioco Musée archéo : bijoux

On a retrouvé en parfait état des flacons à parfum et des cruches contenant du vin ainsi que de l’huile de lentisque utilisé comme conservateur et parfum.

On voit dans les vitrines de magnifiques bijoux en or. Une bague est réalisée en filigrane. Il y a aussi un sceau en cornaline et toutes sortes d’amulettes dont certaines sont des scarabées provenant d’Egypte mais aussi fabriquées sur place. Colliers en cristal de roche, verre coloré…

masque de félin protecteur de la tombe

Certains objets sont magiques comme le masque de félin, l’œil de Santa Lucia porte-bonheur et les coquillages, cônes et porcelaines symboles de fertilité (ils ressemblent à un sexe féminin). Les objets romains sont aussi de qualité : une vitrine a pour thème la musique avec un sistre, un joueur de flûte de pan et une musicienne (genre tanagra).

Après un passage à Conad nous cherchons une plage et un restaurant de plage pour déjeuner et passer l’après-midi. A Maladroxia, nous trouvons tout cela avec un parking facile. Le kiosque l’Oasi a installé quelques tables à l’ombre d’un parasol sur la plage. Exactement ce que nous cherchons. En revanche, la gastronomie n’est pas au rendez-vous. On commande et on va chercher soi-même son plateau à l’appel de son prénom. Les salades sont servies dans des assiettes en carton. Les ingrédients sortent directement d’une boite de conserve (maïs, haricots verts, thon) pas assaisonnés, la vinaigrette est en sachet. C’est un peu cher : 30€ pour deux mais c’est ce que nous cherchions : je n’ai que 5 m à franchir pour me tremper après m’être changée dans des cabines. La baignade est très agréable dans de l’eau transparente. Près de la plage, l’eau est peu profonde. Un peu plus loin c’est suffisant mais il faut contourner les massifs de posidonies qui cachent des rochers qui affleurent. Une jolie rencontre : un tout petit cormoran remonte à deux mètres de moi, me regarde et replonge.

Capo sperone

Pour terminer l’après-midi, nous suivons la côte jusqu’au Capo Sperone : paysages somptueux, petits ilots, tour sur la mer turquoise.

La 4G est revenue (l’opérateur a changé, c’est Vodaphone). Nous cherchons un hébergement pour les 4 jours de la fin du séjour. C’est hors de prix mais tant pis !