Nada queda sino nuestra ternura

J’aime qu’un film me transporte très loin dans l’inconnu , et le dépaysement fut total!

Sébastien est un ami qui a fondé Voix Nomades où mon premier blog fut hébergé et qui était une communauté chaleureuse que j’ai quitté à regrets.J’ai suivi de loin ses explorations andines et j’ai beaucoup aimé son livre chez Transboréal : L’Appel de la Route ainsi que son premier film La Voix des Andes.

Nada queda sino nuestra ternura met en scène des Indiens après les « violences  » : guérilla entre le Sentier Lumineux et les forces armées régulières – ou plutôt des femmes victimes de cette guerre. 
Ni le réalisateur, ni les femmes ne prennent parti clairement pour les « terroristes » ou pour les forces gouvernementales. Elles fuient la violence, les fusillades, et semblent victimes involontaires d’enjeux qu’elles ne saisissent pas. Pour elles, il n’y a que fuites, massacres, charniers et destructions. Pourtant nous ne les voyons jamais abattues. pour se donner du courage elles chantent.

Il y a beaucoup de musique  dans ce film. Chants de révolte. Folklore mais pas que, le rocker ancien policier, chante une musique électrique. 



Il y a beaucoup de pauvreté, beaucoup de souffrance et toujours la dignité de gens debout qui marchent, franchissent des ponts sur des abîmes, voyagent, s’entraident. 

Beaucoup d’émotion

Il me faudrait me documenter davantage pour tout comprendre. Mais ce n’est pas nécessaire pour apprécier ce film sensible et si beau. 

Merci Sébastien!

le chanteur de Gaza – Hany Abu-Assad

C’est une histoire vraie, celle de Muhammad Assaf qui a gagné le télé crochet Arab Idol après s’être enfui clandestinement de Gaza en 2012 et qui est devenu ambassadeur des Arts et de la culture de l’Unesco. Lire lCI
C’est un de ces rêves que nourrit la télévision, on pense à Slumdog Millionnaire. 
Le metteur en scène Hany Abu-Assad aime filmer – et filme très bien –  les courses des enfants, déjà dans Omar, le héros courait vite. 


Dans la première partie, 4 enfants courent à travers Gaza, dans les ruelles, de toits en toit, rattrapant même un homme à vélo. 4 amis qui veulent former un groupe musical et qui n’ont que des bidons …mais Nour est exigeante, sous sa casquette à l’envers, Nour est une fille, cela ne se voit au début. C’est elle qui rêve de matériel professionnel et qui motivera les garçons, le chanteur c’est son frère Muhammad. 
Cette première partie du film, en 1905, est une réussite totale, rythme, action, musique et drame. 

La seconde, 2012 dans Gaza en ruine raconte le concours. Elle inclut  les véritables images du concours, le triomphe de Muhammad Assaf après ses épreuves pour rejoindre le Caire. Elle montre les ruines, l’évolution de Gaza. un des amis du groupe, devenu barbu veut interdire la musique. Laissera-t-il son ami passer la frontière? 

Je danserai si je veux – film de Maysaloun Hamoud

FILM ISRAELIEN/PALESTINIEN

Laila et Salma partagent un appartement à Tel Aviv. Laila est avocate, belle, indépendante. Salma est DJ et barmaid dans un bar branché. Elles sont joyeuses et libres, boivent des bières, fument des joints et profitent de la vie trépidante de Tel Aviv. Quand Nour débarque dans la colocation avec sa grosse valise et son voile, elle détonne un peu.

Trois filles palestiniennes qui essaient de gagner la liberté et le bonheur, chacune à sa façon.

Laila, courtisée par un collègue juif ,  ne cède pas à ses avances, elle tombe amoureuse de Ziad, le beau garçon qui revient de New York ils forment un très  beau couple mais rapidement Ziad lui demande des compromis inacceptables pour elle.

Nour est fiancée à Wissam, un homme pieux qui ne songe qu’à avancer la date du mariage alors que Nour tient à terminer ses études d’informatique et à obtenir un emploi.

Salma est lesbienne. Sa famille chrétienne de Nazareth, qui paraît tolérante lui présente des prétendants qu’elle refuse.

A chacune, son degré de révolte, sa résistance,  ses limites.

Ce n’est pas facile d’être une femme – palestinienne – libre et heureuse même dans la grande ville.

Un film féministe réalisé par Maysaloun Hamoud qui a cherché à faire entendre une nouvelle voix dans l’ambiance des changements annoncés par les Printemps arabes.

Un film produit par Shlomi Elkabetz dédié à Ronit Elkabetz, sa sœur décédée il y a tout juste un an, bouleversante dans le Procès de Viviane Amsallem qu’ils ont réalisé ensemble.

 

Sieranevada – Film de Cristi Puiu

TOILES NOMADES

sieranevada

Attention! 2h53, impatients et pressés s’abstenir!

Le film  démarre avec une lenteur calculée, exaspérante, autant pour les protagonistes de l’histoire que pour les spectateurs. C’est voulu, puisqu’il s’agit d’un repas de famille, commémoration  du patriarche défunt, sans cesse retardé. D’abord le pope n’arrive pas, puis les incidents se succèdent. Et pendant que la chorba et les sarmale mijotent, les hommes parlent entre eux, les femmes à la cuisine. Grand déballage: le scandale explose avec l’arrivée de Tony, un des beaux frères.

Roman familial d’une famille nombreuse où règne la mère endeuillée sur les fils et belles-filles . Roman familial ou ballet? la caméra va de groupe en groupe . Elle s’attarde sur le couple de Lary et sa femme qui rêve des marchés flottants de Bangkok et file en douce à Carrefour, très agaçante, bourgeoise dans le genre mégère, puis sur le duo que forme Lary et sa mère, très proches.  On trouve les frères dans une discussion surréaliste autour des thèses complotistes expliquant le 11 septembre jusqu’à l’arrivée du pope qui réunira toute la famille pour la bénédiction. Dès qu’il quitte l’appartement les échanges aigre-doux entre un jeune couple et leur bébé occupent la scène. Les protagonistes sont nombreux. Au bout d’une heure on arrive à peu près à les identifier…on s’attache aux personnalités si diverses qui s’affrontent.

Tragi-comédie, Lary   entre fou-rire et larmes, personnalise l’atmosphère en même temps tragique et loufoque, hystérie et tradition mêlées.

Sieranevada pope

Lecture ethnographique aussi, pour moi qui connais mal la Roumanie, d’une tradition orthodoxe : cérémonie commémorative des 40 jours pour libérer l’âme du défunt, coliva, chants et prières, cadeaux et aumônes aux voisins. Un détail m’a intriguée : la présence supposée du mort : un costume sur son lit que bénit le prêtre et qu’un fils devra porter au repas.

Lecture politique: dans les conversations les non-dits s’accumulent.  L’amie de la famille, ancienne communiste,  subit les reproches d’une jeune femme, et  ne se prive pas de répondre.   Sous-entendus autour du 11 septembre, de Bush, de la guerre en Irak : chacun des frères envoie des signaux que l’on peut interpréter comme autant de critiques de la vie politique roumaine. Silences, passivité envers les autorités, peur, même. C’est un peu obscur pour moi.

Tromperies et adultères sont déballés très crûment, si je m’en tiens aux sous-titres.

 

Sans parler de la violence routière autour d’une place de parking.

Un film foutraque et barré, comme souvent les romans roumains.  3 heures ou presque où on ne s’ennuie pas du tout!

 

Frantz – film d’Ozon

CINEMA

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C’est un très beau film,  un film étonnant, troublant. On croit voir des images en Noir et Blanc, et, parfois la couleur l’éclaire. On croit saisir les personnages, Anna, la fidèle fiancée de Frantz,  soldat allemand mort au front, Adrien son ami français  venu fleuri sa tombe, le père inconsolable, droit comme un if, qui chasse Adrien de son cabinet, la mère tendre et attentionnée…

On croit comprendre, la vanité de cette guerre où les puissants, les pères ont envoyé à la boucherie les jeunes, innocents. On croit voir poindre la revanche dans la taverne dans les réunions de patriotes, au café quand on chante la Marseillaise.

On imagine un amour neuf, comme une réconciliation, une promesse de paix.

On découvre le mensonge d’Adrien, le remords, et à nouveau le mensonge d’Anna, la trahison… la folie.

Quand on croit avoir saisi les clés, les symboles, on se rend compte que ce n’est pas ainsi.

Seul, Frantz, pourrait peut être raconter la vérité, faire la paix, pardonner.

 

Lady Susan – Love & Friendship

UN LIVRE – UN FILM

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Charme, séduction, élégance.

Ainsi peuvent se résumer aussi bien le livre de Jane Austen, le film de Whit Stillman qui est l’adaptation du livre et le caractère de Lady Susan Vernon.

J’ai d’abord vu le film qui vient de sortir sur les écrans. Élégance du générique, présentation des personnages qui quittent le château de Langford, chevaux, voitures, ballet des départs et des arrivées à Churchhill la demeure de Charles et Catherine Vernon. Les dialogues sont légers, spirituels. Chacun et chacune rivalise de politesse surtout quand il s’agit de masquer les réticences et parfois les hostilités. Lady Susan, veuve, s’invite chez son frère, précédée d’une mauvaise réputation. Sans être la bienvenue, elle déploie un enthousiasme de façade pour ses neveux tandis que Catherine Vernon accueille sa belle-sœur avec une hospitalité convenue.

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Séduction, hypocrisie, art de la conversation. Reginald de Courcy, se laisse prendre au charme.

Légèreté, ironie, humour et même rire au dépend de la bêtise de Sir James Martin, « presque fiancé » de Frederica, la fille de Lady Susan. Bête « il n’est pas Salomon« , mais très riche, et beau garçon- bon parti inespéré pour Frederica, désargentée, qui ne serait ainsi plus une charge pour sa mère.

Les beaux châteaux irlandais (le film est irlandais) fournissent des décors merveilleux.

Musique parfaite. en harmonie avec les décors. Haendel, Vivaldi, Marc-Antoine charpentier, Grétry et Gossec…avec d’autres musiciens moins célèbres comme Sacchini, Vogel ou Jardin.

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Bien sûr, j’ai eu envie de lire le roman de Jane Austen.

Court roman épistolaire, dans un style élégant, très dix-huitième. Facile à lire pour moi, les tournures sophistiquées sont souvent dérivées du français. Je retrouve le ballet des missives, pas toujours bien réglé d’ailleurs, la variété des points de vue selon les personnages. Manipulations et intrigues que mènent de concert Lady Susan et son amie Alicia.

Belle, intelligente, séductrice, sans scrupules, mauvaise mère. Lady Susan doit-elle être blâmée? A-t-elle le choix ? Elle est désargentée,  veuve, contrainte de vivre au dépens de sa famille et de ses relations. A la fin du 18ème siècle , où se déroule l’action, ou même du 19ème (parution du roman posthume en 1871), les femmes sont enfermées dans un rôle mineur. Il faut donc une grande audace pour braver les conventions, choisir un, ou plusieurs amants, se jouer d’eux.

 

 

Celui qu’on attendait – film franco-arménien de Serge Avédikian

TOILES NOMADES

Celuiquonattendait

film sympathique où j’ai retrouvé l’Arménie que nous avons visitée avec bonheur.

La simplicité de ces villageois accueillants, naïveté et roublardise, en tout cas gentillesse, joie de vivre et désespoir mêlés.

« votre monnaie c’est le drame, vous avez de l’humour »

Si ce film passe près de chez vous ….