Soulèvement un film de Thomas Lacoste

Le 23 mars 2023, à Sainte Soline, eurent lieu des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants avec plus de 200 blessés. A la suite de cet évènement le ministre de l’Intérieuseptuagr Gerald Darmanin a qualifié les manifestants d’écoterroristes et demandé la dissolution du Mouvemement des Soulèvements de la Terre. Cette mesure de dissolution a été depuis annulée par le Conseil d’Etat. 

Le réalisateur Thomas Lacoste présente dans ce film un tout autre visage de militants des Soulèvements de la Terre et des images bien différentes des vidéos violentes que les télévisions ont médiatisées. 

Le film se présente comme une série d’interviews : 16 visages, 16 voix tantôt un personnage seul, tantôt à deux. Hommes et femmes, jeunes, trentenaires, mais aussi un père et sa fille, un septuagénaire, maire d’une commune rurale, engagé auprès des instances régionales et syndicales. Nous avons l’occasion d’entendre une éleveuse qui est également bouchère (et toc, un préjugé saute « tous des végétariens »).  Deux habitants du Tarn, en lutte contre l’A69, un jeune et un plus vieux, et les cabanes des écureuils dans les arbres. Deux habitants de La Clusaz   ont occupé l’emplacement d’une retenue collinaire pour la neige de culture et ont réussi à détourner le projet. Encore en montagne une jeune fille  raconte une un camp sur le seul endroit où l’hélicoptère apportant le matériel pour une station de téléphérique sur un glacier, pour stopper les travaux. Un naturaliste nous parle du chant de l’engoulevent et de la protection de l’outarde canepetière. Je n’ai pas tout retenu. Un groupes des « greniers » fournissant des repas aux grévistes…

En revanche, c’est plutôt la bienveillance et le soin vis à vis des personnes et des animaux qui prévaut dans leur discours avec une douceur étonnante. Pas de slogans, pas de rancoeurs martelées. Un attachement au terroir dans lequel ils ont grandi et qui est massacré par la construction d’une autoroute ou de bassines. Une attention aux rivières, aux espèces menacées. Un lien avec le paysage qui différe de l’image « black block » que leur collent les médias et les politiques. Le goût du travail « bien fait » et du « fait main » quand ils construisent les charpentes des cabanes.

Bienveillance et mesure : chaque fois, ils soulignent l’importance de faire l’action juste, et juste au bon endroit. Economie de moyens. Quelques campeurs sur un rocher peuvent suffire. Une ZAD, une zone à défendre, cela peut être un bois, un marais, l’habitat d’un oiseau. On est très loin du terrorisme…

C’est un très joli film où les interviews sont entrecoupées de très beaux paysages. Oh le regard de la vache qui profite des derniers rayons du soleil! Et la brume sur le plateau de MilleVaches….Un film très construit, interludes de cascades, générique de fin intrigant.

Ne le laissez pas filer s’il passe près de chez vous. Il est en ce moment à Créteil à La Lucarne pour encore 4 séances!

La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob – Jean-Philippe Daguerre

Eimelle, Tours et Culture CLIC a vu la pièce tirée du roman de Jean-Philippe Daguerre mise en scène par l’auteur. Comme c’était un coup de cœur pout elle, j’ai téléchargé le livre. 

Justement, Rabbi Jacob de Gérard Oury est devenu un classique du cinéma populaire qui me fait beaucoup rire. J

‘ai toujours plaisir de voir danser Ilan Zaoui et sa compagnie. 

J’ignorais l’histoire vraie sur laquelle s’appuie le roman : le 18 octobre 1973 Danielle Cravenne a détourné le vol Paris-Nice pour empêcher la sortie du film produit par son mari Georges Cravenne. A Marseille, après la libération des passagers pris en otages, elle fut abattue par la police. 

Le 18 octobre 1973, c’était la Guerre de Kippour, et le détournement de l’avion n’était pas arrivé à ma connaissance.

En 165 pages et 39 très courts chapitres, l’auteur, qui est également metteur en scène et acteur, raconte cette histoire.  il met en scène le mari Georges Cravenne, producteur du film, Louis de Funès qu’il est inutile de présenter, Gérard Oury le metteur en scène, Danielle Thomson, scénariste, Danielle Cravenne; et même Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur incarnant le retour à l’ordre après mai 68. La lecture est fluide avec avec un bon rythme et de l’humour (forcémentavec Louis de Funès, on rit). 

« Je ne comprends pas pourquoi ! – Pourquoi ? Mais parce que c’est pas possible ! On ne peut pas rigoler avec ça ! – Avec La Grande Vadrouille, on a bien fait rigoler la France entière avec l’Occupation nazie. – Mais là, c’est pas pareil, c’est pire ! On ne rigole pas avec les religions ! En plus, les juifs et les musulmans, c’est vraiment pas le moment ! D’ailleurs, ce n’est jamais le moment. T’as vu ce qui se passe dans leur bande de Gaza où ils arrêtent pas de se mettre sur la poire ? »

Avant de commencer le livre, j’avais pensé à une censure bien-pensante, surtout que je viens de terminer la lecture de Richard Malka ave le droit au blasphème. Est-ce que dans la conjoncture actuelle on ferait un film rigolant des religions?

Danielle, pourquoi cette obsession furieuse contre ce film ? – Dans le contexte actuel, c’est un film dangereux.
– C’est un film comique et généreux contre l’antisémitisme en particulier et le racisme en général. Gérard veut démystifier la xénophobie à travers un personnage odieux qui fait rire : un Français moyen raciste auquel on peut s’identifier.

Danielle Cravenne veut empêcher la sortie du film  à cause de la situation au Moyen Orient. 

« On doit absolument reporter la sortie du film, attendre que les choses se calment en Israël comme en France.
Ça ne suffit pas à saint Georges pour redescendre de son petit nuage : – C’est parce que la période est sinistre
qu’il faut sortir le film tout de suite. Ça va faire un électrochoc ; ça sert aussi à ça, le cinéma ; à exorciser les
angoisses de nos petites vies. »

En effet épilogue  le 18 octobre 1973!

Un livre distrayant, intelligent.

Seul petit reproche : des anachronismes. Danielle était peut être en avance sur son temps avec ses positions féministes et écologiques, mais en 1973 on ne nommait pas le « glyphosate » par son nom et je ne crois pas qu’on avait identifié les firmes américaines comme responsable de l’empoisonnement de la terre.

Magellan, le film de Lav Diaz – le livre de Stefan Zweig

UN LIVRE/UN FILM

J’aime les surprises, les explorations, les découvertes…

Magellan, dans le genre « Grandes Découvertes« , semble très indiqué!

Je ne lis jamais les 4èmes de couverture des livres, ni les critiques des films avant d’aller les voir. Je fais confiance au sourire de la  petite Télérama, au nom de l’auteur ou du réalisateur, à la présence d’un acteur. Quitte à être déçue. Lav Diaz, réalisateur philippin, me semble une invitation au voyage suffisante,  garantie de dépaysement et exotisme.

Images merveilleuses d’une nature tropicale, d’une population vivant nue. Navigation sous toutes les conditions imaginables. Lav Diaz est réputé pour le slow cinema . Effectivement il prend son temps pour un film de 2 heures 40. Il s’attarde sur des plages magnifiques, mais jonchées de cadavres, pour une tempête à vous donner le mal de mer, au calme plat avec violences pour les mutins…Les images sont sublimes mais les plans interminables. j’avoue que je me suis passablement ennuyée.  Je suis passée totalement à côté du film par manque de connaissances en géographie. Ces autochtones sont-ils malais ou brésiliens? Pourquoi passe-t-on du Portugais à l’Espagnol? Où se trouve Malacca? et Cebu? 

Circumnavigation (wikipédia)

D’après une critique du Monde, ce film serait un film décolonial, donnant la parole aux colonisés . J’ai bien  perçu cet aspect lors de la « christianisation » des autochtones. Le rôle important accordé aux populations rencontrées, admirablement filmées et surtout à l’esclave malais Henrique interprète indispensable dans les îles des Epices. 

Je me suis souvenue de la biographie de Magellan par Stefan Zweig que j’ai relue avec beaucoup de plaisir. 

Derrière les héros de cette époque se cachent les forces agissantes, les commerçants, l’impulsion
première elle-même a eu des causes essentiellement pratiques. Au commencement étaient les épices.

Le texte de Zweig prend en compte différents aspects des Grandes Découvertes, rivalités entre l’Islam et la Chrétienté dans le commerce des Epices. , Rivalité entre le Portugal et l’Espagne dans la constitution d’empires coloniaux. Révolution dans l’histoire des sciences que procure l’idée que la Terre est Ronde. 

Moment inoubliable ! Pour la première fois un homme est revenu à son point de départ après avoir fait le
tour du monde. Peu importe qu’il s’agisse d’un esclave insignifiant

Cette grande épopée a trouvé son scribe Pigafetta, qui a inspiré Shakespeare dans la Tempête. Zweig donne à sa biographie un ton d’épopée, de tragédie quand il évoque la « trahison » de la patrie portugaise de Fernao de Magalhaes   devenu Fernando de Magallanes en soumettant son projet à Charles Quint après avoir été dédaigné par le roi Manoel du Portugal. 

Ce que Magellan vit en cette minute, c’est la tragédie de Coriolan, du transfuge par amour-propre,
immortalisée par Shakespeare. Comme lui, Coriolan est un homme qui a servi fidèlement sa patrie
pendant des années, qui, injustement repoussé par elle, met son talent dédaigné au service de l’
adversaire.

Et tout au long de son périple de trois ans, il aura à craindre une autre traitrise, celle des nobles Espagnols qui sont jaloux d’avoir pour chef un Portugais….

Cette biographie est vraiment passionnante et a mérité une seconde lecture.

Je n’en ai pas fini avec Magellan : Le Musée de la Marine propose une exposition Magellan, et comme j’adore les maquettes je vais sûrement aller y faire un tour!

 

la Petite Dernière – le livre de Fatima Daas – et le film de Hafsia Herzi

UN LIVRE/UN FILM

aux Cinémas du Palais en avant-première

Hafsia Herzi est venue présenter son film La Petite Dernière aux Cinémas du Palais à Créteil la veille de la sortie en salles. Je n’aurais voulu rater  cette occasion de rencontrer la réalisatrice que j’admire beaucoup. Surtout qu’elle n’est pas venue seule, elle était accompagnée de Nadia Meliti et de l’actrice qui joue la mère. 

j’ai beaucoup aimé ce film qui semblait jouer très juste. Sujet délicat: l’homophobie est très présente dans les quartiers mais pas dans le film. Les garçons tolèrent très bien cette fille « garçon-manqué », cela m’a étonné. Côté Paris, bars lesbiens et Gay Pride, très belles images quand Fatima porte sa copine dans le défilé. j’ai consigné mes impressions, sortie de salle, dans mon autre blog Toiles Nomades CLIC

Bien sûr, j’ai voulu lire le livre.

« Ca raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni
clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec
une homophobie intégrée. Quoi d’autre ? Je pense très

fort. »

J’ai été surprise par la forme. Roman en prose ou vers libres? Chants murmuré en confidence ou chanté avec l’affirmation « Je m’appelle Fatima Daas. », comme un refrain.  Elle décline ses identités multiples, sa place dans la fratrie, son asthme, les origines de son prénom Fatima la plus jeune fille du prophète, la « petite chamelle sevrée ». 

Je m’appelle Fatima

Je suis une petite chamelle sevrée.

je suis mazoziya, la dernière

Avant moi, il y a trois filles

Mon père espérait que je serais un garçon

Son destin dès sa naissance, ses origines algériennes, et sa religion très assumée, très importante. Sa ville Clichy. Mais aussi son dilemme

Je m’appelle Fatima Daas

Je suis une menteuse

Je suis une pécheresse. 

Je lis d’un trait ce chant.

Je n’y retrouve pas tout à fait la Fatima du film. Et je trouve cela très bien. Les adaptations trop littérales affadissent le texte et l’histoire. La réalisatrice a choisi une période courte dans la vie de l’héroïne : la dernière année au lycée et ses premières expériences d’étudiante à Paris avec la découverte de la sexualité, de l’amour, du milieu lesbien. Elle  fait de Fatima une sportive, fan de foot. Ce n’était pas dans le texte et pourtant c’est très bien. Elle a montré la jeune fille faire ses prières, une visite à la mosquée mais n’a pas donné à la religion toute la place qu’elle tient dans le livre. Peut être plus difficile à mettre en scène.

j’ai aimé les deux, le film et le livre et j’ai apprécié qu’ils ne soient pas identiques. Quoique fidèle.

Alice Guy – Catel&Boquet – Casterman

LES CLANDESTINES DE L’HISTOIRE

J’ai découvert cette série de romans graphiques avec Olympe de Gouge puis Anita Conti qui ont été des coups de cœur, j’ai aimé Joséphine Baker, un peu moins le personnage de Kiki de Montparnasse. Dès que j’ai trouvé Alice Guy à la médiathèque je me suis précipitée. 

Je connaissais le nom d‘Alice Guy, mais juste son nom, ni ses films ni sa vie. 

J’ai donc découvert sa biographie dans le gros roman graphique de Catel&Boquet qui retrace l’histoire du cinéma, avec les essais, les tâtonnements, les machines aux noms savants à racines grecques Chronophotographe,  Biographe, Bioscope, Phonoscope, et j’en passe. Chacun brevetant un appareil soi-disant original, avec querelles menant au tribunal. Intéressante rivalité entre les scientifiques perfectionnant la technique et les créateurs. Après les premiers films des Frères Lumière, Alice Guy, la première à imaginer des fictions à embaucher des scénaristes et avec Léon Gaumont à envisager la production à grande échelle, la construction de studios de tournage aux Buttes Chaumont. Comme toujours Catel et Boquet contextualisent leur biographie dans les décors précis et soignés, nous racontent l’Exposition Universelle de 1900, ou l’incendie du Bazar de la Charité. 

Comment une personnalité aussi originale et importante a disparu de l’Histoire du Cinéma alors qu’on se souvient des Frères Lumière ou de Méliès? Sa déconfiture financière à son retour des Etats Unis explique peut-être cet oubli?

Histoire du Cinéma, mais aussi Histoire des Femmes. A toutes les étapes de sa vie Alice Guy a été confrontée au machisme. On imaginerait Meetoo quand jeune secrétaire, elle fait face à des personnages grossiers. on imagine la force de caractère pour s’imposer dans ce milieu masculin sans jamais faire de concession. C’est beaucoup plus tard, aux USA, mariée, mère de famille que le patriarcat la rattrape quand son mari fait mauvais usage de sa fortune et la trompe. Rentrée en France, elle ne retrouve pas sa position d’avant son départ en Amérique

Histoire passionnante, accompagnée comme toujours dans cette collection de chronologie et de fiches biographiques des personnages secondaire. Si c’est peut être moins un coup de coeur que pour les deux premiers ouvrages, c’est peut-être seulement parce que l’effet de surprise s’est émoussé. Peut être aussi parce que la longue introduction : enfance ballottée de France au Chili, en Suisse et les études dans différents couvents m’a paru un peu longue. On entre dans le vif du sujet uniquement après 90 pages. J’aurai préféré un plan resserré sur l’enfance et plus de détails sur la dernière partie de la vie d’Alice.

Wes Anderson – revue DADA / the Phoenician Scheme – Exposition à la Cinémathèque

UN FILM/UN LIVRE/UNE EXPO

 

Babélio a proposé dans l’Opération La Masse Critique le numéro 289 de la Revue DADA je l’ai coché.

Je suis inconditionnelle de la Revue Dada qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux amateurs d’art. Son coup d’œil décalé, les ateliers de création – Brico-studio -proposés aux plus jeunes mais passionnants pour les grands, ses « Artualités », actualités des diverses expositions à Paris ou à Berlin…Diversité des sujets qui dépassent le titre de Wes Anderson. 

Wes Anderson est le réalisateur de The Grand Budapest Hotel que j’ai beaucoup apprécié (vous pouvez réaliser grâce à DADA votre propre maquette illuminée avec une boîte à chaussures) . Vous pouvez aussi admirer la maquette du film à la Cinémathèque. J’ai aussi aimé A bord du Darjeeling limited mais j’ai loupé les autres opus. Je comptais bien me rattraper avec DADA et la Cinémathèque. 

Tout d’abord, j’ai vu le dernier film : The Phoenician Scheme mais il ne m’a pas convaincue. J’ai admiré le travail du photographe avec ses cadrages de génie. La salle de bain est absolument bluffante! J’ai pris plein de couleur dans les mirettes avec ses décors étonnants. La BO m’a aussi séduite, bravo à Alexandre Desplat et à Stravinsky en passant. Encore des machines et des maquettes virtuoses . Sans parler des costumes et des accessoires. Des secrets dans les boîtes à chaussure…. Comme une visite dans un musée de l’illusion, ou dans un mausolée, où dans une galerie-photos. 

Généralement, on demande à un cinéaste de raconter une histoire avec des personnages qu’on a envie de suivre, d’aimer ou de détester. Et là…déception, je n’ai rien compris. Les scènes se succèdent dans ces décors et costumes mirifiques. Et ne s’enchaînent pas. On comprend vaguement que Zsa Zsa Korda, homme d’affaire multimilliardaire veut léguer sa fortune à sa fille inconnue et nonne. On devine qu’il est poursuivi par des concurrents qui attentent à sa vie violemment, Sza Sza réchappe à 6 crashes de son avion…Serait-il immortel? Je n’ai aucune sympathie pour ce personnage, ni pour la fille déguisée en bonne sœur, peut être un peu plus pour l’entomologiste dont je n’ai pas bien saisi le rôle. 

Bref, je n’ai rien compris. Est-ce grave docteur?

Mon palmarès de cinéma – 2024 -2025

mon cinéma préféré!

Quand revient le mois de mai, revient le goût du cinéma, rediffusions de films palmés à la télé. Avant-goût des films montrés à Cannes….

Temps des bilans personnels. Aucune ambition de critique cinématographique. Pas assez cinéphile pour motiver mes choix. Comme j’ai gardé les Bandes annonces sur mon blog Toiles Nomades ICI

Il me suffit d’y revenir pour sélectionner les dix films qui m’ont le plus marquée – pas nécessairement les plus grands chefs d’œuvre -ceux qui font encore écho dans mon  souvenir

  1. Les Graines du Figuier sauvage (Iran) est le gagnant, un grand film, une grande cause 
  2. The Brutalist – Brady Corbet –  Monumental! Grandiose. Retraçant l’histoire d’un architecte juif hongrois; Brutaliste comme les Choux de Créteil, alors forcément ….
  3. La chambre de Mariana Emmanuel Finkiel d’après le roman d’Appelfeld, forcément….excellente prestation de Mélanie Thierry en Ukrainien
  4. Soudan, souviens-toi  – Hind Meddeb – Une révolution. Le documentaire le plus poétique et le plus touchant qui soit
  5. La plus précieuse des marchandises  Michel Hazanavicius -un graphisme magnifique, une façon sensible  d’aborder la Shoah, sans la nommer dans un conte de Jean-Claude Grumberg . 
  6. L’Histoire de Souleymane Boris Lojkine . Vous n’oublierez plus le pourboire au livreur de pizza! Un acteur magnifique. 
  7. Ghostlight –Kelly O’Sullivan – Roméo et Juliette, le théâtre dans le théâtre, mise en abyme. Juliette Dolly de Leon merveilleuse Juliette de 50 ans ! pour shakespeare, toujours….
  8. Tehachapi – JR – JR dans une prison américaine fait entrer l’art avec ses photos géantes
  9. Everybody loves Touda (Maroc) Nabil Ayouch l’histoire d’une Cheikha, une chanteuse traditionnelle, on découvre une musique et un Maroc inattendu
  10. Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde (Roumanie)Queer Palm, Emanuel Parvu, dépaysement dans le Delta du Danube, pratiques moyenâgeuses …

J’ai oublié de citer de plus grands films, encore une fois, je ne suis pas critique. je vais au ciné pour m’évader, rêver et un peu réfléchir.

Jour de Ressac – Maylis de Kerangal

LIRE POUR LE HAVRE

chatonsky la ville qui n’existait pas

Le Havre, terminus, tout le monde descend, un terminus qui porte mal son nom : rien ne saurait se
terminer dans cette ville, tu penses que ça s’arrête, qu’on y est à bout de continent, mais tu descends du
train et tout de suite c’est la mer, alors ça continue.

Rentrée littéraire 2024 – lecture de circonstance pour moi qui rentre de Normandie. Rester encore un moment dans les courants d’air des quartiers construits par Augustin Perret… écouter les galets qui roulent sur la plage, se prendre une belle vague et être trempée.

je remontais alors les artères du quartier Perret tels des couloirs de vent, tête baissée, mon sac US pendu à
l’épaule, je filais sur le plan en damier, de case en case, de bloc en bloc, ignorant à l’époque que cette
géométrie modulaire, ces canyons perpendiculaires et ces carrefours récurrents, ces tours et ces
intersections, multipliant les risques de collision, les angles morts et les lignes de fuite, créaient un espace
propice au hasard, au fortuit, aux coïncidences, un espace devenu la matrice de ma rêverie.

C’est une très belle évocation de la ville, de l’atmosphère du port, marins, trafiquants.

Ville bombardée détruite, comme les villes ukrainiennes ou Gaza…témoignage d’une habitante, rencontre avec deux étudiantes ukrainiennes.

j’étais à genoux sur la plage, tordue, à imaginer l’extraordinaire fossile que serait la ville, une fois ramenée à la surface de la Terre après avoir été engloutie durant des milliers d’années, à me figurer cette mixture géologique urbaine – l’argile de la brique, le fer de l’acier, le sable, le calcaire du béton, le cuivre des fils électriques, l’aluminium des casseroles, le chanvre des tapis, le vinyle des disques, le papier des livres, les microprocesseurs des ordinateurs et des téléphones portables – et comment elle évoluerait dans le temps sous l’effet des forces tectoniques qui élèvent ou enfoncent, de l’érosion sédimentaire, de la dégradation chimique,

Roman policier? La narratrice, doubleuse de cinéma, mère d’une jeune adulte, mariée reçoit un curieux appel de la police du Havre. Un homme est retrouvé mort sur la plage. La seule piste pour l’identifier serait un ticket de cinéma portant son numéro de téléphone mobile. Justement, elle a passé son enfance et son adolescence au Havre. Des souvenirs ressurgissent….

 

Je ne me suis pas  attachée à l’intrigue policière, ni tellement à l’héroïne. Le Havre a suffi à mon bonheur de lecture.

Trois étages – le livre de Eshkol Nevo/ Tre Piani – le film de Nanni Moretti

UN LIVRE/UN FILM

LITTERATURE ISRAELIENNE

j’ai découvert Eshkol Nevo avec La Dernière Interview et je m’étais promis de lire Trois Etages. La sortie du film de Nanni Moretti, Tre Piani, a précipité cette lecture. J’aime beaucoup ce réalisateur mais je ne voulais pas voir le film avant d’avoir fini le livre. J’aime prendre mon temps, le temps du livre, pour découvrir une histoire, me faire mon propre cinéma, imaginer les décors, vivre trois jours à Tel Aviv avant de voir les images italiennes que Moretti aura imaginées. 

Trois étages, trois histoires, trois confessions. 

« Tu sais, j’ai du mal à parler de ces choses-là, mais j’ai pas la force, non plus, de me censurer, je vais tout te raconter simplement, et toi, tu vas me promettre de ne pas t’en servir pour un bouquin, »

Arnon – du Premier Etage –   a invité un ami écrivain pour se confier. Il a besoin de voir plus clair dans son comportement, devenu depuis quelques temps dysfonctionnel, et son couple en crise. Il a confié sa fille de sept ans à son voisin de palier atteint d’Alzheimer, et soupçonne que le vieil homme a abusé de la fillette. Aucune preuve tangible, mais une inquiétude, un remords, qui l’entraîne à devenir violent ce que sa femme ne supporte pas. Les catastrophes s’enchaînent…Arnon n’attend pas d’excuse ou de pardon de son ami qui n’intervient pas dans le récit. Il cherche à comprendre ce qui lui arrive. 

Au deuxième étage, Hani rédige une longue lettre à Neta, son amie d’enfance partie aux Etats Unis. Son mari la délaisse voyage à l’étranger pour son travail. Elle se retrouve mère au foyer tout juste bonne à conduire ses enfants à l’école et aux activités extra-scolaire, sans ambitions, sans contact avec des adultes. Frustrée, elle débloque, voit des chouettes perchées lui parler…Elle non plus n’attend pas de réponse de Neta, elle ressuscite les confidences entre amies du temps de leur adolescence.  

Au troisième étage, Deborah – juge d’instance retraitée, enregistre des cassettes sur le répondeur de Michaël, son mari décédé. Elle poursuit le dialogue jamais interrompu. Déborah vit mal sa solitude. A Tel Aviv, un mouvement social rappelant Les Indignés ou Occupy , Nuit Debout, ou la Place Tahrir regroupe des manifestations, les manifestants ont planté des tentes où se déroulent des forums.

« Après tout, combien de fois avons-nous regardé, brûlant d’envie, nos concitoyens s’assembler sur les places et
scander des slogans chers à notre cœur, alors que nous étions empêchés de les rejoindre, à cause de nos fonctions ? Mais aujourd’hui, avec la retraite, la porte de la cage s’est ouverte. Dans ces conditions, me suis-je demandé, pourquoi devrais-je rester derrière les barreaux ? »

Deborah décide de rejoindre le mouvement et de mettre au service des jeunes manifestants ses connaissances du Droit et son expérience juridique. A l’occasion, elle fait la connaissance d’un homme de son âge, veuf, qui l’entraîne dans un voyage dans le désert. Sur la route elle va raconter son histoire….

j’avais envie de toquer à la porte de chaque voisin, celle de Ruth, de Hani, des Katz, des Raziel, et de leur dire :
Réveillez-vous, citoyens de Bourgeville. Laissez là vos parties de poker et votre inquiétude excessive pour vos
enfants, et les infidélités minables que la vacuité de votre existence, et non le désir, favorise. Levez-vous de vos
fauteuils télé trop confortables

On se demande si ces histoires vont se rejoindre.

L’histoire de Hani m’a moins touchée que les deux autres, celle de Déborah m’a beaucoup plu.

Ce n’est pas un dilemme à imposer à une mère, Michaël. Car quel pacte est le plus important : entre une femme et son conjoint ou entre une mère et ses enfants ?

Histoires de paternité, de rapports père/fille, mère/fils…qui s’inscrivent dans l’espace réduit d’un immeuble de trois étages.

TRE PIANI – le film de Nanni Moretti

l’affiche du film

Ayant terminé, et aimé, le livre, je me suis précipitée au cinéma pour voir l’adaptation filmée. En général, le film qui a un format de 1h30 ou 2h, doit faire des choix dans le récit se focalise sur un aspect tandis que le livre prend son temps. Et le propos est souvent appauvri. 

Curieusement Nanni Moretti a puisé dans le livre l’idée générale, des dialogues entiers s’y retrouvent mais il a « complété » l’histoire. Le mari de la juge, apparait bien vivant dans les deux tiers du film et l’homme que rencontre la juge est à peine esquissé. 

En revanche, l’adaptation à l’Italie et Rome d’aujourd’hui est très réussie. Pas de forum gauchistes, à la place un vestiaire où Dora, la Juge, porte les vêtements de son mari décédé. Le personnage de la jeune mère délaissée est aussi plus fouillé que dans le livre.

En définitive, le film est un objet indépendant du livre,  il convient de les voir séparément et de ne pas les comparer!

Bon film, j’aurais dû attendre un peu!

Mon Festival de Cannes à Créteil aux cinémas du Palais : Annette

Tapis rouge!

Il fallait fêter dignement le retour au Cinéma! pendant tous ces confinements je suis passée désolée devant la vitrine des Cinémas du Palais vides. Dès que cela a été possible, je suis retournée pour combler ce manque.

Adieu les Cons a été le premier, puis bien d’autres. Mention spéciale à Nomadland et aux Indes Galandes qui m’ont enthousiasmée, plus récemment Kuessipan.

Il fallait faire une véritable fête du Cinéma (pas celle qui donne des réductions et qui pousse les paresseux dans les salles obscures), non une vraie fête avec buffet et bulles, tapis rouge et même palmiers. Je n’ai pas regardé le titre du film. Ce qui était important à mes yeux : la Fête a été très réussie.  Sentir les autres vibrer, communier. Tellement différent du petit écran à la maison qu’on délaisse pour répondre, au téléphone, faire pipi…

Découvrir en avant-première, en même temps qu’à Cannes un film. réalisateur reconnu. Ne pas avoir lu de critiques. Etre surprise.

Je ne savais pas qu’Annette de Leo Carax était une comédie musicale, encore moins que c’était chanté en anglais. J’aurais peut être hésité. je ne sais pas pourquoi je n’ai pas vu les autres films du réalisateur. J’en ai entendu parler mais jamais vus.

Sûr que Léo Carax fait de belles images, peut-être trop belles, comme celles de la publicité. Une Amérique rêvée, avec deux vedettes (Marion Cotillard en Diva, Adam Driver, en humoriste, provocateur). Ils sont beaux, amoureux, riches, célèbres. Ils ont une maison de rêve, quel jardin! quelle piscine! un yacht! Et déjà, je décroche, trop c’est trop.

Heureusement, cela dérape. Après un accouchement en chansons (quel mauvais goût) , le bébé qui arrive est une sorte de marionnette hideuse,  que ses parents trouvent très belle et qui me met mal à l’aise. Et l’Amour idéal se détraque, jalousie ou indifférence, la croisière tourne à la tempête….On est sorti de la bluette et du roman-photo, le virage tragique étant amorcé cela pourrait peut-être me toucher?

Bébé-Annette se met à chanter, et je n’y crois pas du tout.

Après plus de deux heures je vois avec soulagement le générique de fin. En général, je reste toujours jusqu’à la fin – sorte de politesse de ne pas me lever avant que les lumières ne se rallument. Cette fois-ci, je suis impolie.

Et déçue.

Merci aux Cinémas du Palais, pour cette belle fête, même si je n’ai pas aimé le film.