Une rumeur dans le vent – Ilaria Gaspari – Ed le bruit du monde

LITTERATURE ITALIENNE

« La calomnie ne connait pas le principe des innocents, vous savez? Les gens écoutent jugent, et même s’ils décident de ne pas croire. Ils se laissent convaincre, sans le laisser transparaître »

Rome, 1983, une boutique de confection chic est en flammes…Le roman s’inspire de la Rumeur d’Orléans d’Edgar Morin. 

La rumeur est un phénomène qui couve d’abord à bas bruit avant de se propager, de surgir au plein jour par épiphénomènes qu’on ne remarque pas tout de suite. Quand la calomnie est identifiée, il est trop tard. La rumeur malveillante stigmatise les victimes, elle est indémontrable et pourtant elle court.

De la même manière, l’autrice ne raconte pas les faits . Dès le début, pourtant, un article de magazine raconte :

Le raid antisémite contre la boutique des jeunes filles

Il faut longtemps pour que se tisse l’intrigue.

La narratrice, Barbara, est un étudiante à la dérive. Elle ne parvient pas à terminer sa thèse de philosophie, Marcello, son amoureux l’a laissé tomber. Elle vivote de baby-sitting, fuit son propriétaire faute de pouvoir payer le loyer, son unique paire de botte tombe en ruine. Elle rencontre sa « pygmalione à l’accent français« , Marie-France, la patronne d’une boutique chic qui cherchait une vendeuse pour sa boutique qui affirme « tu es de la pure matière à Saint Laurent », l’habille, lui enseigne l’élégance, le maintien et les techniques de vente, l’introduit dans des fêtes romaines et finalement la loge dans un appartement avec ses deux autres vendeuses et sa chienne. 

Marie-France, imitant ce qui se fait à Paris, ouvre un rayon pour les « jeunes filles » élargissant sa clientèle aux adolescentes friandes de mode qui trouvent dans la boutique un lieu de rencontre. 

Je me suis un peu ennuyée dans cette longue introduction. La mode, le shopping ne sont pas ma tasse de thé, les « jeunes filles » m’agacent avec leur futilité. Barbara et ses deux collègues ne m’intéressent pas plus, superficielles sans personnalité affirmées, dans l’ombre de la patronne autoritaire. 

Petit à petit, le scénario déraille. Des incidents minuscules dérangent le  déroulement de la vie sociale. Un homme cherche sa femme et fait un scandale. Des mannequins, en vitrine, sont abimés. Des chenilles envahissent la boutique. Tous ces évènements semblent n’avoir aucun rapports entre eux mais la bonne ambiance du début s’altère.

Puis l’atmosphère s’alourdit encore, lettres anonymes, sourdes menaces. Une jeune cliente disparait. Marie-France, drapée dans son élégance et sa dignité ne réagit pas. Giosué, le gérant, qui a vécu les persécutions dans le ghetto de Rome, comprend la menace mais préfère laisser courir.

L’histoire est très claire, et pour limiter les risaues d’être mal interprétée, elle se répète depuis la nuit des temps, et revient chaque fois, ne serait-ce dit-on – sous forme d’une farce ; seulemnt je crois, moi, qui’l s’agit à chaque fois d’une nouvelle tragédie, même si personne ne s’en rend compte, personne ne s’en soucie. personne n’ intérêt à réfléchir. Et pas même à défendre ceux qui en sont victimes. 

Barbara qui doit tout à Marie-France découvre la calomnie par l’intermédiaire d’anciens copains de faculté. Elle aurait pu défendre sa patronne. Etrangement, par lâcheté, par conformisme, elle laisse dire, laisse faire.  Cette absence de solidarité  révoltante est bien dans la ligne de tous les faits racontés dans cette histoire.

« ils ont forcément fait quelque chose »

Histoire glaçante aujourd’hui quand on constate une résurgence de l’antisémitisme.

 

 

La Maison-Atelier de Chana Orloff, villa Seurat

ATELIER D’ARTISTE NON LOIN DE MONTPARNASSE

Maternité

Il convient de réserver sur Internet sur le site de la Maison de Chana Orloff.(www.chana-orloff.org). Elle est ouverte le week-end et certains mercredis. Pour y aller : métro ligne 6, station Saint Jacques et prendre la rue de la Tombe-Issoire.

« mon fils marin » de Chana Orloff, place des Droits de l’Enfant

Quand vous aurez trouvé Didi dans le petit square vous serez presque arrivés! Chana Orloff est une artiste qui me touche beaucoup aussi bien pour la qualité de ses oeuvres que pour son histoire.

Chana Orloff

Chana Orloff est née en Ukraine en 1888, qu’elle a quitté avec sa famille en 1905 pour la Palestine. En 1910, elle part pour Paris se perfectionner comme couturière, rencontre les artistes de Montparnasse, Soutine, Modigliani …En 1926 elle fait construire sa maison-atelier dessinée par Auguste Perret

Auguste Perret

Cet atelier son « travailloir » comporte un espace d’exposition, sorte de galerie, un atelier éclairé par une verrière et un appartement en étage. Cent ans plus tard je retrouve les oeuvres exposées

Portrait de ses contemporains

Chana Orloff a réalisé de nombreux portraits très originaux. Elle saisit les traits caractéristiques d’un personnage sans toutefois tomber dans la caricature. J’ai regretté qu’un inventaire de ces contemporains n’ait pas été fait. La guide, très aimable m’en a montré quelques un dont Anaïs Nin qui était sa voisine. Des têtes mais pas seulement. Sur les bustes ou sur les personnages en pied, on peut noter le soin porté aux accessoires, aux costume bien taillé : l’oeil de l’ancienne couturière!

Personnages mais aussi animaux comme ce teckel

Un de ses sujets favoris sont des maternités, ce qui n’allait pas de soi pour les pionnières de l’époque comme Anaïs Nin, ou les Amazones qu’elle fréquentait.

Naturalisée française (et décorée) en 1925, elle reste à Paris pendant l’occupation allemande, prévenue juste avant la rafle de juillet 1942, avec sont fils, elle fuit en Suisse jusqu’à la fin de la guerre. Pour retrouver sa maison pillée, ses sculptures disparues. Seules 4 seront retrouvées.

Le Retour

Son style va changer, elle va prêter moins de soin aux détails vestimentaires. Surfaces plus rugueuses. Le Retour restera donc caché longtemps avant d’être présenté.

Après la naissance de l’Etat d’Israël, elle va y travailler. Une commande de statue à la mémoire de héros de guerre sera honorée avec la monumentale maternité d’Ein Gev

Maternité d’Ein Gev

Elle décède à Tel Hashomer en 1968.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la biographie que lui a consacrée Rebecca Benhamou : L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture CLIC

Le livre commence au kibboutz Beeri, kibboutz victime du 8 octobre, encore une maison détruite, une maison pillée. La statue des Inséparables a disparu, volée? détruite?

Inséparables

la musée de la Maison de Chana Orloff organise à l’étage des expositions : en ce moment La Guerre et la Paix

Guerre et Paix

 

IDISS – BD d’après le livre de Robert Badinter -Richard Malka /Fred Bernard

Depuis très longtemps, je projette de lire Idiss de Robert Badinter, livre de souvenirs consacrés à sa grand-mère. Une série de lectures de Richard Malka : Après Dieu,ICI, Passion antisémite ICI et l’écoute d’un podcast ICI  m’ont entrainée à réserver la bande dessinée de Malka à la médiathèque. J’étais curieuse de découvrir l’autre versant de Malka, le bédéiste à côté d l’avocat. 

Dans une BD, il y a le plus souvent deux auteurs, le scénariste Malka et l’illustrateur, Fred Bernard qui s’accordent si bien qu’il est difficile de faire la part de l’un ou de l’autre dans le mérite du livre. Les deux m’ont charmée. Jolies couleurs aquarellées et décors pittoresques (surtout en Bessarabie) . Quant au scénario, il prend son temps pour cerner les ambiances et les personnages. C’est donc un très agréable moment de lecture. mais il faudra quand même que je lise le roman de Badinter!

Chaïm Kaliski « Jim d’Etterbeek » Mahj

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 13 décembre 2026

Jim d’Etterbeek

A la suite de l’écoute du podcast des Midis de Culture  CLIC  j’ai filé au Mahj. Attention, l’exposition se tient dans les caves du sous-sol. les planches sont nombreuses mais ce sont de petits formats. 

Bruxelles 1938 : les Juifs manifestent

Cette bande-dessinée est l’oeuvre de ChaÏm Kaliski  d’Etterbeek, de la commune de Bruxelles (1929 – 2015). Il  a réalisé des centaines de dessins à la soixantaine ayant gardé une mémoire très fidèle des évènements qui ont marqué son enfance, caché de l’occupant allemand à la suite de l’arrestation et de la déportation de son père. 

l’étoile jaune

Il raconte le quotidien des Juifs belges, on voit jouer aux cartes, travailler la maroquinerie, on les « entend » discuter entre eux, en Français comme en Yiddisch

 

arrestation 10 mai 1940

Il témoigne avec une précision étonnante des arrestations et des raffles avec la date, le nom de la rue, les circonstances

On a réuni ces dessins dans une bande dessinée éditée disponible au Musée.

Témoignage, « memory book »oeuvre d’art émouvante tout à la fois alors que la mémoire s’efface et laisse place à une politique  qu’on veut appeler « décomplexée ».

Le coeur pensant – David Grossman

APRES LE 7 OCTOBRE 

Depuis le 7 Octobre je suis aux aguets des écrits des écrivains israéliens, tribunes dans les journaux, déclarations de Shalom Archav, j’avais hâte de lire Grossman.

le Coeur pensant est un recueil de 6 articles parus dans Libération, Le Nouvel Obs publiés en 2022 – 2023, de deux discours encadrés par un prologue « Un cauchemar à nul autre pareil- 10 octobre 2023 », « un hommage aux victimes du 7 octobre – 16 novembre 2023 » 

Articles de fond analysant la situation intérieure avec l’arrivée de l’extreme-droite mais aussi les mouvements de protestations, les manifestations monstres dans les années 2022-2023. Le 27 aout 2023, retrospectivement juste avant le 7 octobre il écrivait « Mon pays est un corps malade »

« Aujourd’hui, c’est un processus de déstabilisation et de désintégration qui est à l’œuvre, une mise à mal du
contrat social et une détérioration de l’armée comme de l’économie. Non seulement le progrès est à l’arrêt,
mais la régression s’accélère : attitudes réactionnaires de discrimination et de racisme ; exclusion des femmes,
des LGBTQ+ et des Arabes ; ignorance et muflerie érigées en valeurs positives. »
[…]

« Pour la première fois depuis des années, les Israéliens commencent à sentir ce que signifie la faiblesse. Pour la
première fois peut-être depuis la guerre du Kippour, nous entendons résonner dans nos têtes la petite
musique de la peur existentielle. »

 il se termine par un texte publié dans le Courrier International « Aujourd’hui, Israël est plus une forteresse qu’un foyer- 1er mars 2024″. 

Scholem a dit un jour : « Tout le sang afflue vers la blessure. » Aujourd’hui, près de cinq mois après le
massacre, c’est ce que ressent Israël. La peur, le choc, la fureur, la peine, l’humiliation et l’esprit de vengeance,
les énergies mentales d’une nation entière – tout cela n’arrête pas d’affluer vers cette blessure, vers l’abîme
dans lequel nous sommes encore en train de tomber.
[…]

Aujourd’hui, je crains qu’Israël soit plus une forteresse qu’un foyer.

Depuis mars 2024, la guerre s’est intensifiée, a élargi son champ. Qu’aura écrit Grossman?

La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob – Jean-Philippe Daguerre

Eimelle, Tours et Culture CLIC a vu la pièce tirée du roman de Jean-Philippe Daguerre mise en scène par l’auteur. Comme c’était un coup de cœur pout elle, j’ai téléchargé le livre. 

Justement, Rabbi Jacob de Gérard Oury est devenu un classique du cinéma populaire qui me fait beaucoup rire. J

‘ai toujours plaisir de voir danser Ilan Zaoui et sa compagnie. 

J’ignorais l’histoire vraie sur laquelle s’appuie le roman : le 18 octobre 1973 Danielle Cravenne a détourné le vol Paris-Nice pour empêcher la sortie du film produit par son mari Georges Cravenne. A Marseille, après la libération des passagers pris en otages, elle fut abattue par la police. 

Le 18 octobre 1973, c’était la Guerre de Kippour, et le détournement de l’avion n’était pas arrivé à ma connaissance.

En 165 pages et 39 très courts chapitres, l’auteur, qui est également metteur en scène et acteur, raconte cette histoire.  il met en scène le mari Georges Cravenne, producteur du film, Louis de Funès qu’il est inutile de présenter, Gérard Oury le metteur en scène, Danielle Thomson, scénariste, Danielle Cravenne; et même Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur incarnant le retour à l’ordre après mai 68. La lecture est fluide avec avec un bon rythme et de l’humour (forcémentavec Louis de Funès, on rit). 

« Je ne comprends pas pourquoi ! – Pourquoi ? Mais parce que c’est pas possible ! On ne peut pas rigoler avec ça ! – Avec La Grande Vadrouille, on a bien fait rigoler la France entière avec l’Occupation nazie. – Mais là, c’est pas pareil, c’est pire ! On ne rigole pas avec les religions ! En plus, les juifs et les musulmans, c’est vraiment pas le moment ! D’ailleurs, ce n’est jamais le moment. T’as vu ce qui se passe dans leur bande de Gaza où ils arrêtent pas de se mettre sur la poire ? »

Avant de commencer le livre, j’avais pensé à une censure bien-pensante, surtout que je viens de terminer la lecture de Richard Malka ave le droit au blasphème. Est-ce que dans la conjoncture actuelle on ferait un film rigolant des religions?

Danielle, pourquoi cette obsession furieuse contre ce film ? – Dans le contexte actuel, c’est un film dangereux.
– C’est un film comique et généreux contre l’antisémitisme en particulier et le racisme en général. Gérard veut démystifier la xénophobie à travers un personnage odieux qui fait rire : un Français moyen raciste auquel on peut s’identifier.

Danielle Cravenne veut empêcher la sortie du film  à cause de la situation au Moyen Orient. 

« On doit absolument reporter la sortie du film, attendre que les choses se calment en Israël comme en France.
Ça ne suffit pas à saint Georges pour redescendre de son petit nuage : – C’est parce que la période est sinistre
qu’il faut sortir le film tout de suite. Ça va faire un électrochoc ; ça sert aussi à ça, le cinéma ; à exorciser les
angoisses de nos petites vies. »

En effet épilogue  le 18 octobre 1973!

Un livre distrayant, intelligent.

Seul petit reproche : des anachronismes. Danielle était peut être en avance sur son temps avec ses positions féministes et écologiques, mais en 1973 on ne nommait pas le « glyphosate » par son nom et je ne crois pas qu’on avait identifié les firmes américaines comme responsable de l’empoisonnement de la terre.

22 Mapesbury Road – Rachel Cockerell

FAMILLE MEMOIRE ET QUÊTE D’UNE TERRE PROMISE

Enquête familiale sur trois générations, sur trois continents et près d’un siècle.

L’ancêtre David Jochelman (1869-1941) arrive à Londres dans les années 1910 et s’investit dans le mouvement sioniste aux côtés d‘Israël Zangwill (1864 -1926)écrivain  britannique, très célèbre l’auteur des Enfants du Ghetto. 

Son fils Emmanuel Jochelman, (1898- 1939)sous le nom de plume de Emjo Basshe fut un dramaturge Newyorkais qui s’impliqua dans le théâtre expressionniste expérimental en compagnie de Dos Passos et d’Hemingway, entre autres. Ses demi-sœurs Fanny  et Sonia vivaient à Londres dans la belle maison de 22 Mapesbury Road, qui a donné le titre du livre. 

La troisième génération, née dans les années 1930-1940, ont vécu la Seconde Guerre Mondiale à Londres, puis certains s’installèrent en Israël à la création de l’Etat d’Israël.

Ce n’est pas tout à fait une saga familiale que Rachel Cockerell mais plutôt une enquête très documentée sur le mouvement sioniste, du Congrès de Bâle fondateur à la Création de l’Etat hébreu, en passant par différentes péripéties dans la recherche d’une Terre Promise qui ne fut pas obligatoirement située en Palestine et qui passa par Galveston (Texas). 

La forme du livre m’a déroutée. De grandes marges, pourquoi ces marges? Et puis des liens qui nous renvoient à des articles de Presse ou à des essais. L’autrice a mené son enquête et construit un texte comme une mosaïque ou un patchwork de citations. Elle présente les différents acteurs du mouvement sioniste par la plume de témoins, ou de critiques.

Première partie Vienne, Bâle, Galveston

Le chapitre 1er fait le portrait de Théodor Herzl, quelques lignes, parfois plus de journalistes ou de Schnitzler, Stefan Zweig, Chaïm Weizmann, Zangwill…

Le chapitre 2 nous fait connaitre Zangwill avec des témoignages de presse et d’écrivains

Chapitre 3 : récit du Congrès de Bâle selon le même procédé. 

Chapitre 4 : le pogrom de Kichinev. Ch. les réactions des politiques : Winston Churchill, Chamberlain. l’urgence d’offrir un refuge aux Juifs de Russie est reconnue. . Le territoire n’est pas forcément la Palestine : les britanniques proposent une colonisation en Afrique de l’Ouest. A Bâle, le congrès se divise sur ses objectifs. la Terre Promise sera-t-elle l’Ouganda? Ch. 8 : 1904, décès de Herzl. le mouvement sioniste a perdu son leader charismatique .

Selon Chaïm Weizmann, au VIIème Congrès le projet Ouganda est liquidé. Une nouvelle organisation pour un « sionisme sans Sion » va se mettre en quête d’un territoire : en Cyrénaïque, en Mésopotamie en Australie, en Angola etc…mais aucun ne convient, aucun n’est vraiment dénué de peuplement.

Jacob Schiff : « il me semble que la terre promise des juifs c’est l’Amérique »

Ainsi Schiff et Zangwill mettent sur pied le Mouvement de Galveston organisant l’émigration de milliers de Juifs Russes vers le Texas et le Sud Ouest des Etats Unis. La conclusion théâtrale serait-elle la pièce de Théâtre The Melting Pot de Zangwill?

Deuxième partie : New York 

Selon le même principe, l’autrice retrace la vie et l’œuvre du fils ainé de David Jochelmann à New York. On y découvre la vie des Juifs américains et le théâtre newyorkais et le théâtre. Le livre prend une tournure plus personnelle quand la narratrice, Emjo, la fille d’Emjo Basshe, le dramaturge, prend la parole. il n’est plus question de sionisme. 

Troisième partie : Londres

La famille est installée à 22 Mapesbury. On assiste de Londres à la montée du nazisme. Le 20 juillet 1933, une manifestation monstre des Juifs traverse la ville contre l’hitlérisme. Un nouveau personnage se présente : Jabotinsky qui ramène le sionisme au cœur du livre. Avec les persécutions en Allemagne, la guerre et l’Holocauste, la question d’un Etat Juif redevient urgente.

Témoignage de la vie sous le Blitz à Londres. Comme dans la deuxième partie, la saga familiale prend le dessus sur l’Histoire. La cousine américaine vient en visite.  Le lecteur  suit  avec plaisir la famille de l’autrice.

L’Histoire n’est pas bien loin : émigration d’une partie de la famille à  Jérusalem. Churchill entre dans le débat. Occasion pour nous d’assister à la création de l’Etat d’Israël et de suivre Ben Gourion dans sa déclaration de l’établissement de l’Etat Juif.. Liesse mais aussi début de la catastrophe pour les Palestiniens, qui n’est pas occultée.

London Daily News:  « C’est une des ironies les plus tragiques de l’époque moderne que l’établissement d’un foyer pour les Juifs, qui ont tant souffert, doive impliquer un si grand malheur pour autant d’Arabes
impuissants. Victor Gollancz, The Times Mieux que quiconque, les Juifs devraient comprendre ce qu’être un
réfugié veut dire. Qu’ils restent passifs face à cette tragédie est simplement impensable »

C’est donc une somme historique passionnante!

 

 

Passion antisémite – Richard Malka

APRES LE 7 OCTOBRE 

A la suite du dernier dérapage de Mélanchon au sujet de la prononciation du nom « Epstein » dont l’humour m’a rappelé les calembours de Jean-Marie Le Pen. A quelques jours des élections municipales où se pose le vote pour LFI (aux Législatives cela ne m’avait posé aucun souci de voter Guetté (LFI) dans le cadre de la NUPES), j’ai lu en urgence Passion antisémite de Richard Malka. 

Passion antisémite est la publication de la plaidoirie dans le procès opposant Raphaël Enthoven à Manuel Bompard qui a porté plainte pour insulte, à la suite d’un tweet publié suite à l’exfiltration de Raphaël Glucksman, le 1er mai 2024 à Saint Etienne

« Pour justifier la qualification de LFI de « mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément
antisémite, de club de déficients, tellement cons »… il me faut établir que ces propos relèvent d’un débat d’
intérêt général et que nous avons quelques éléments factuels pour considérer que LFI répond à ces
qualificatifs. Commençons notre analyse… »

Richard Malka va analyser d’abord en quoi la diffamation concerne particulièrement Raphaël Enthoven et  non pas tous les autres qui ont dénoncé l’antisémitisme de LFI .Pourquoi lui et  non pas les intellectuels et universitaires qui sont signé une tribune dans le journal Le Monde? Pourquoi pas Robert Hirsch, encore dans une tribune du Monde, pourquoi pas Aurore Bergé? ou Philippe Val, ou même Clémentine Autain….tous ont dénoncé l’antisémitisme. 

C’est un procès monstrueux dont vous êtes saisi. Un procès visant à interdire aux victimes de l’antisémitisme de désigner leur bourreau. Un procès visant à décerner un brevet de non-antisémitisme à un parti politique et à neutraliser toute réponse immunitaire à un cancer qui se répand. Tout cela en évitant tout débat par le recours artificiel à la qualification d’injure plutôt qu’à celle de diffamation et en ne se déplaçant même pas.

Pas à pas, l’avocat va étudier mot à mot les termes de la plainte. Il ne va pas s’étendre sur le qualificatif de « détestable« , que les militants utilisent abondamment « tout le monde déteste le Parti socialiste », ont-ils chanté…

« Violent » est plus intéressant.

-Voilà un parti dont le grand timonier hurle qu’il est « le bruit et la fureur » et il fait un procès quand on fait état de la violence de son mouvement? C’est une farce?

Là, je ris aussi; je ne savais pas qu’une plaidoirie pouvait être aussi drôle. Je n’ai pas l’habitude des prétoires. Malka va donner du « factuel » : énumération de déclarations injurieuses vis à vis de la Presse écrite, entre autres ou des journalistes de télévision. Egarements ou trouble comportemental.

Il démonte rapidement les « complotisme » et « déficient »qui ne relèvent pas de l’outrage.

Plus intéressant, plus fouillé, moins drôle, le volet « passionnément antisémitisme » occupe une bonne partie du livre.

Pourquoi m’être autant impliqué ? Pourquoi publier ? Parce que ce qui se joue dans ce dossier dépasse de loin
le seul cas de mon client. À travers lui, c’est la question de l’antisémitisme de gauche qui est posée et plus
largement le retour de la question juive qui décide en partie de notre avenir politique, éthique, civilisationnel.
Il faut témoigner d’un moment de notre histoire, d’une inquiétude, d’une blessure menaçante,
potentiellement fatale pour notre société. Il faut témoigner parce que je crois à la bonne foi et à l’esprit
critique. Il faut témoigner pour que l’ignorance ne soit pas une force.

L’antisémitisme ne se résume pas à la Droite ou à l’Extrême-Droite. Un antisémitisme de gauche a existé et va chercher les « bases factuelles » justifiant ces termes. Il démonte l’argument du déni de l’antisémitisme par Mélanchon

Contrairement à ce que dit la propagande de l’officialité, l’antisémitisme reste résiduel en France. Il est en tout cas totalement absent des rassemblements populaires. » Cette déclaration, devenue fameuse, est un véritable négationnismeles

Il invoque, à ce propos, les crimes de Mohamed Merah, la fillette de 12 ans violée parce que juive, et diverses falsifications de l’histoire. Dès le 19ème siècle l’antisémitisme de gauche s’est exprimé, avec Proudhon et même Marx, Bakounine, Duclos invectivant Mendès France,  pour aboutir à Garaudy, le négationniste.

ce n’est pas grave non plus de publier des affiches de propagande authentiquement nazies s’inspirant du Juif
éternel de Goebbels pour représenter l’animateur Cyril Hanouna

Richard Malka produit des statistiques portant sur l’antisémitisme des jeunes, à l’extrême droite, comme à l’extrême-gauche. Statistiques également de l’explosion de la judéophobie, des agressions contre les juifs. Aussi du concept de double-allégeance opposant les juifs d’un côté et les Français de l’autre.

l’occasion du refoulement de Rima Hassan d’Israël, la « diaspora » se voyait en effet enjoindre par le leader
insoumis de « protester, en solidarité des Français pour les représentants de leur pays quand ils sont
maltraités ». Il oppose ainsi les juifs, réduits à une diaspora, d’un côté, aux Français de l’autre. C’est de l’
antisémitisme à l’état chimiquement pur.

 

En quelques mois seulement, la passion obsessionnelle des Insoumis a transformé des Français en juifs. L’
extrême droite n’y était pas parvenue en plusieurs décennies.

Et comme cela ne suffisait pas. Hier soir, sur Canal+ passait le film « L’Amour c’est surcoté », film de potes de banlieue, comédie de stand-up. Et qu’est ce qui réunit les copains? Ben justement les blagues sur les juifs, ben voyons! Avec les réflexions misogynes et homophobes. Mais les Juifs c’est encore plus rigolo! Bien sûr rien à voir avec LFI, mais quand même l’antisémitisme dans les banlieues,  c’est porteur….

Qui se ressemble – Agnès Desarthe –

APRES LE 7 OCTOBRE

sI vous aimez lire en musique téléchargez Enta Omri, Oum Kalthoum sera la bande-son d’une partie du livre….(51 minutes quand même)

J’ai écouté Agnès Desarthe sur le podcast de France Inter Totémic CLIC qui m’a incitée à lire ce livre. Mais attention, spoilers! Après Le Château des Rentiers, et sa famille ashkenaze, elle nous fait connaître la branche paternelle,  de sa famille. Sa grand mère, Bouba, libyenne, passée par l’Algérie, analphabète et arabophone, est un personnage !

Le roman est écrit à hauteur de petite fille de 9 ans  qui découvre  son identité le soir de Kippour, le 6 octobre 1973.

« Oui, c’est la guerre. Mon estomac se noue aussitôt. Je comprends les traits tirés. Je comprends les larmes qui à
présent débordent des paupières. – La guerre avec les Allemands ? dis-je avec un frisson d’horreur. Je pense
au père de ma mère, mort à Auschwitz, je pense à Hitler, aux nazis, aux trains de la déportation. – Non, me répond-on. Avec les arabes. En moi-même, je réplique : Avec les arabes ? Mais voyons, c’est impossible. Les arabes, c’est nous »

En effet, chez la grand-mère les adultes s’expriment en Arabe. On écoute Oum Kalthoum …. la guerre a rattrapé la fête, même après le jeûne, personne ne songe à dîner

« Tu vas manger un petit peu, mais ça n’a pas d’importance. Ce soir, personne ne fera attention aux assiettes. –
Pourquoi ? – Parce que c’est la guerre. – La guerre entre les arabes et les arabes ? – Non, la guerre entre les
arabes et les juifs. – Et nous, on est les juifs, soupire-t-elle tristement. Comme si elle venait de perdre quelque
chose, un morceau de son identité. – Tu viens de perdre un morceau de ton identité, lui dis-je, afin de confirmer sa sensation, pour que les mots se posent comme une compresse sur son tourment »

Il sera aussi question d’identité française

Tu es française parce que tes deux parents sont français. Mais ça remonte plus loin. J’ai longtemps cru que ton
père et sa famille étaient devenus français grâce au décret Crémieux.
[…]
Crémieux quand même, dis-je et ça la fait rire. Un décret, c’est un genre de loi qui est appliqué sans vote. C’est par ce dispositif que les juifs d’Algérie, à l’époque où ce pays était une colonie française, sont tous devenus
français.

Pourquoi seulement les juifs d’Algérie ? Pourquoi pas les musulmans d’Algérie ? ». Saurais-je lui répondre ? Qu’a cru faire M. Crémieux en accordant cette faveur inéquitable

Histoire du père, de son arrivée en France. Agnès Desarthe raconte bien, ses personnages sont vivants, attachants.

On devine les déchirements

Parce que le lendemain, c’est le 7 octobre

Primo Levi – Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci – STEINKIS (roman graphique)

HOLOCAUSTE

La Shoah en BD?

il faut être Art Spiegelman pour oser avec Maus. 

Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci ont choisi un témoin pour angle d’attaque et non des moindres : Primo Levi. Pour s’adresser aux ados, il a choisi de présenter la visite de Primo Levi dans une  classe de collège. Point de vue acceptable même pour une lectrice susceptible. 

« Vous savez les enfants quand j’avais votre âge j’aimais beaucoup les chiffres. Mais je ne pouvais pas imaginer que j’allais en porter six sur le bras pendant toute ma vie »

Lecture jeunesse, donc.  S’adresse à un public très ignorant de l’histoire.

115 pages , annexes comprises

Noir et blanc, j’ai bien aimé le graphisme, le propos très humain.

Il m’a donné envie de revenir aux livres de l’écrivain.