Retour de Service – John le Carré

ROMAN D’ESPIONNAGE

J’ai découvert L’Espion qui venait du Froid en 1968, et, depuis lors, je goûte avec autant de plaisir les romans de John Le Carré. Quand la Guerre Froide a pris fin je me suis demandée comment l’espionnage vers quelles cibles se tourneraient les espions. Le Tailleur de Panama ou La Constance du jardinier, sur d’autres problématiques montrent que Le Carré a su se renouveler.

Retour de Service revient sur l’espionnage entre services britanniques et russes. Nat, le héros a parcouru la Russie et l’Est de l’Europe, de Prague à Talinn en passant par Berlin. Proche de la cinquantaine, de retour à Londres après des missions lointaines, Nat  est un joueur de badminton de haut niveau et ce sport joue un rôle non négligeable dans sa carrière. Comme dans ses romans précédents Le Carré s’intéresse au contexte géopolitique britannique avec le Brexit comme aux équilibres internationaux dominés par les personnalités de Trump et de Poutine. A la fin de chaque partie de Badminton Nat et Ed boivent des bières et Ed se lance dans des analyses politiques très critiques….

Vous quittez l’Europe en prenant vos grands airs. “Nous ne sommes pas comme tout le monde, nous sommes
anglais, nous n’avons pas besoin de l’Europe. Nous avons gagné toutes nos guerres tout seuls. Sans les
Américains, sans les Russes, sans personne. Nous sommes des surhommes.” Et le grand président Donald Trump qui aime tant la liberté va sauver votre économie, à ce qu’il paraît. Tu sais ce que c’est, Trump ? – Dis-
moi. – C’est le nettoyeur des chiottes de Poutine. Il fait tout ce que le petit Vlad ne peut pas faire lui-même : il pisse sur l’unité européenne, il pisse sur les droits de l’homme, il pisse sur l’OTAN. Il nous assure que la Crimée
et l’Ukraine appartiennent au Saint-Empire russe, que le Moyen-Orient appartient aux Juifs et aux Saoudiens, et
merde à l’ordre mondial ! Et vous, les Britiches, vous faites quoi ? Vous lui taillez une pipe et vous l’invitez à
boire le thé avec votre reine.

Impossible d’en dire plus sans spoiler…je ne vous raconterai pas l’intrigue. Je vous dirai seulement que tout se passe en finesse, en psychologie, sans violence inutile, sans gadgets d’espion à la James Bond mais avec beaucoup de bureaucratie. Et que vous passerez un temps agréable.

 

Aucun homme n’est une île – méditation de John Donne

No man is an island

entire of itself;

every man is a piece of the continent,

a part of the main;

if a clod be washed away by the sea,

Europe is the less,

as well as if a promontory were,

as well as any manner of thy friends or of thine own were;

any man’s death diminishes me,

because I am involved in mankind.

And therefore never send to know

for whom the bell tolls;

it tolls for thee.

.

John Donne – No man is an island

Meditation XVII, 1624, Poem

Aucun homme n’est une île,

un tout, complet en soi

Tout homme est un fragment du continent

Une partie de l’ensemble

Si la mer emporte une motte de terre

L’Europe en est amoindrie

Comme si les flots avaient emporté un promontoire

Le manoir de tes amis ou le tien

La mort de tout homme me diminue

Parce que j’appartiens au genre humain

Aussi n’envoie jamais demander

pour qui sonne le glas :

C’est pour toi qu’il sonne

Je ne connaissais pas l’origine de cette expression, ni le poème en entier même si un film a choisi pour titre CLIC

.

Ce documentaire écolo avait pour thème les Biens Communs. Le concept d’écosystème montre les inter-relation entre les hommes et le milieu géographique ou vivant. J’ai beaucoup aimé ce film qui montrait des hommes de bonne volonté cultivant des agrumes bios en Sicile, ou construisant de maisons s’intégrant dans le milieu de montagne en Suisse. Un film donnant la parole aux hommes. 

J’ai retrouvé la méditation de John Donne dans l’essai Contagions de

« Si les êtres humains qui interagissent entre eux étaient reliés par des traits de stylo  le monde serait un unique et gigantesque gribouillis. En 2020 l’ermite le plus rigoureux a un taux minimal de connexions.[…] Le virus suit les traits de stylo et arrive partout

Cette méditation galvaudée de John Donne « Aucun homme n’est une île » prend dans la contagion une nouvelle et obscure signification ». 

Tu seras un homme, mon fils – Pierre Assouline

BIOGRAPHIE DE RUDYARD KIPLING

Tu seras un homme, mon fils est la chute du célèbre poème If. 

Pierre Assouline a construit son livre autour de ce poème et sur le thème de la relation père/fils.

 Le narrateur, Lambert,  professeur de Français,  voue une véritable vénération à Kipling. Il ambitionne d’écrire la traduction parfaite du poème. A la station thermale Vernet-les-Bains, en 1912, il fait la connaissance de Kipling qui lui propose de donner des cours particuliers de français à son fils John. Lambert entre donc dans l’intimité des Kipling dans la campagne anglaise.

Malgré les injonctions viriles de son père, le jeune John Kipling est un frêle jeune homme, réformé par l’armée pour une très forte myopie. Quand la guerre éclate, Kipling fera jouer toutes ses relations pour lui permettre de s’engager.

Tombé à la bataille de Loos-en- Gohelle en septembre 1915, John Kipling est porté disparu. Son père, incrédule, consacrera toute son énergie à retrouver les restes de son fils, puis à l’entretien des  cimetières militaires.

J’ai apprécié la première partie du livre où l’on fait connaissance avec le célèbre écrivain et avec le narrateur, sa femme et ses collègues du Lycée Janson-de-Sailly. En revanche, la deuxième partie qui traite de la Grande Guerre est très sombre et pénible à lire. Assouline s’appesantit sur les cimetières, le patriotisme de l’arrière, celui des anciens combattants. En filigrane, on devine (on suppose) la culpabilité du père qui a envoyé son fils à la boucherie.

Dans la fin du livre qui traite de l’après-guerre, Kipling apparaît comme un personnage assez antipathique, d’un patriotisme agressif, revanchard, antisémite et j’ai été impatiente de quitter sa compagnie. Le narrateur s’efface devant ces considérations amères. En miroir,  s’explique la relation père/fils difficile entre le narrateur et son père, sur fond d’Affaire Dreyfus.

En épilogue, le livre se termine à Westminster pendant la seconde guerre mondiale. Le narrateur se confie à son fils qu’il a appelé John comme John Kipling . Ce fils va être parachuté sur la France occupée. On espère que l’histoire du père qui envoie son fils à la guerre ne se répétera pas de la même façon.

J’avais beaucoup aimé l’exotisme et l’humour de la biographie de Zorgbibe   

Déjà, j’avais des réserves sur Kipling,  à la lecture de La Lumière qui s’éteint 

La misogynie, l’apologie de l’impérialisme britannique m’avaient paru assez insupportable  ce n’est pas l’aspect sombre du personnage qui me le rend plus sympathique. Et  pourtant, quel écrivain quel conteur dans Le Livre de la Jungle, Le jeu de Kim et L’homme qui voulait être roi (mon préféré)!

La Lumière qui s’éteint – Rudyard Kipling

SOUDAN / GUERRES MAHDISTES

A la suite de la lecture du roman soudanais The Longing of the Dervish de Hammour Ziada qui se déroulait pendant les guerres mahdistes (1881-1898) au Soudan, j’ai eu envie de lire la version britannique de ces guerres que donne Rudyard Kipling dans le roman La lumière qui s’éteint. J’ai vraiment adoré  Kim et L’homme qui voulut être roi, deux romans d’aventures et d’espionnage complexes dans le contexte des Indes victoriennes et du Grand Jeu en Afghanistan. J’espérais que Kipling m’entraînerait dans des aventures soudanaises comme dans les deux romans précédents. 

Le roman commence comme un roman d’amour entre deux enfants, à peine adolescents en pension chez une dame sévère dans un village de la côte anglaise. Dick Heldar restera fidèle à la petite fille sauvage Maisie.

Nous retrouvons Dick au Soudan.  Il est dessinateur de Presse, remarqué par le grand reporter Torpenhow qui le fait engager par son journal. Frères d’armes, ils nouent une amitié indéfectible et des relations de camaraderie avec les autres journalistes. Nous devinons la brutalité des combats, la sauvagerie de cette guerre?

mais dites-donc, espèce de vieil athlète balafré et débauché, oubliez-vous que vous êtes chargé, au début de chaque guerre, d’étancher la soif de sang du brutal et aveugle public anglais? on a supprimé, de nos jours, les combats de l’arène ; mais il y a en revanche des correspondants spéciaux. Vous n’êtes qu’un gladiateur obèse….

En revanche, Kipling fournit peu d’informations géopolitiques. On ne peut pas considérer ce roman comme un roman historique alors que dans les deux romans précédents les enjeux stratégiques de l’empire victorien étaient bien présents. Si j’espérais rencontrer Gordon, le Mahdi ou Kitchener, je resterai sur ma faim.

De retour à Londres, à son insu, Dick est célèbre. Ses dessins de presse lui valent un franc succès. Il compte exploiter le filon de la peinture de guerre pour gagner une fortune, quitte à galvauder son art, à produire des peintures de style pompier pour plaire aux acheteurs .

Torpenhow et son collègue l’Antilope en sont ulcérés et cherchent à le détourner de la facilité et de la vanité qu’il en tire.

Eh bien! croiriez-vous que le directeur de cette misérable revue a eu le front de me dire que ma composition choquerait ses abonnés!…qu’elle était trop brutale, trop grossière, trop violente! L’homme st naturellement doux comme un mouton, n’est-ce pas quand il défend sa vie! […]-voyez-vous ce petit reflet, correctement posé sur l’orteil? C’est de l’art! J’ai nettoyé sa carabine avec le plus grand soin, car tout le monde sait que les carabines sont toujours propres quand elles ont servi : c’est de l’art! J’ai astiqué le casque : on emploie toujours de la pâte à polir, en campagne, car sans elle, pas d’art!

Au sommet de sa carrière artistique, Dick retrouve Maisie qui est peintre, elle aussi, mais sans succès. Il se croit capable de la séduire avec sa renommée. Il est assez riche pour l’entretenir, assez célèbre pour l’influencer. Mai la jeune fille tient à son indépendance :

« On! non impossible! C’est mon travail; à moi seule. j’ai toujours vécu ainsi, indépendante et ne veux appartenir qu’à moi-même. Je me rappelle bien …ce dont vous me parlez., mais c’est fini, tout cela. C’étaient des enfantillages… »

La suite du roman d’amour se déroule dans un climat de misogynie bien victorien et gênant pour les lectrices (teurs) contemporains. Dick cache son amour pour Maisie à Torpenhow et à l’Antilope, cela gâcherait leur camaraderie virile et pourrait être interprété comme de la faiblesse. Une autre jeunefille entre en scène et le mépris des hommes est assez insupportable. Pourtant ces jeunes femmes prouvent leur caractère!

Quand la lumière s’éteint, quand la blessure de guerre entraîne la cécité.  Le   héros perdre la vue et se retrouver aveugle…je vous laisse découvrir la fin. 

Cependant Quand la lumière s’éteinn’est pas mon Kipling préféré. Lire aussi le billet  de Claudialucia

Nuage de cendre – Dominic Cooper

LIRE POUR L’ISLANDE

Nuage de cendre par Cooper

 

 

 

Sombre comme le panache de cendres qui orne la couverture!

Dominic Cooper est écossais mais l’essentiel du récit se déroule en Islande au cours du 18ème siècle en des temps très noirs pour l’Islande :

en 1783 des éruptions volcaniques apocalyptiques couvrent l’Islande de cendre, détruisant les récoltes et provoquent une famine. C’est dans ce pays dévasté que deux représentants de l’autorité coloniale danoise vont s’affronter dans un conflit qui sera jugé par l’assemblée populaire traditionnelle

 

Ce roman se base sur une affaire d’inceste célèbre en Islande. Il se déroule pendant tout le siècle de 1718 à 1788. pendant cette période les Islandais ont vécu les famines, les épidémies de variole, les éruptions cataclysmiques en plus de la rudesse du climat ordinaire et des rigueurs de la colonisation danoise qui prive l’île des ressources du commerce en monopolisant les échanges et envoie des fonctionnaires peu scrupuleux.

« Au cours des six premières années après mon retour au pays  il paraît que quelque dix mille personnes sont mortes, simplement de faim. Ensuite le Katla est entré en éruption. Juste sous la glace, ce qui a déclenché des inondations dévastatrices. Et en 1766; l’Hekla s’est lui aussi réveillé entrant dans une phase d’activité qui a duré sans interruption pendant presque deux années entières. »

Le narrateur Gunnar Thordason est un médecin qui tente de rendre un jugement modéré et impartial sur les faits terribles mais embrouillés. Histoire de rivalité entre deux shérifs, l’un islandais l’autre danois, jalousie et vendetta qui se transmet sur deux générations : Jens et Thorsteinn (1717-1740) et Hans et Pétur (1765).  Jens, le danois, alcoolique et exploiteur, Thorsteinn l’Islandais qui tente de coïncer son rival puis à la génération suivante Hans et Pétur se trouve en position similaire. Pétur, lecteur des livres saints, redresseur de torts, mu par une haine sourde et tenace.

La lecture n’est pas toujours aisée, le nombre de personnage, les noms islandais qui se ressemblent, les flash-back et le changement de narrateurs en cours de chapitre sans prévenir ne facilitent pas la compréhension.

Malgré cela, j’ai beaucoup apprécié cet ouvrage qui se déroule dans des endroits que j’ai visités. Les paysages sont magnifiquement décrits dans leur sauvagerie et leur dangers ainsi qui la cruauté des tempêtes, du gel, des congères de neige qui bloquent les personnages dans un huis-clos parfois pénible. On traverse des rivières glaciaires en crue à gué et à cheval, et parfois on se noie. On se perd dans les marais sous un brouillard on disparaît. Les rigueurs des éléments peuvent masquer agressions et meurtres….

Thingvellir

J’ai aussi apprécié les références à l‘Assemblée de Thingvellir, qui se réunit annuellement depuis le 9ème siècle et qui siège encore au 18ème pour juger les procès d’importance. Les femmes exécutées dans la Fosse des Noyades

Sombre, très sombre, vous dis-je!

 

 

Agatha Raisin enquête : A la Claire Fontaine – M.C. BEATON

SOFT POLAR

Il existe une longue tradition d’écrivaines anglaises, la plus connue Agatha Chrisitie n’est sans doute pas étrangère au nom de la détective Agatha Raisin. On peut aussi citer Patricia Wentworth et son héroïne, Miss Silver, Ann Perry (en beaucoup moins soft)…. les potins et ragots de villages remontent à Cranford d‘E. Gaskell …..J’aime bien l’atmosphère feutrée, les meurtres élucidés avec une tasse de thé, ou une pinte de bière à la suite de potins, l’intervention miraculeuse du pasteur ou de la femme du pasteur…

J’étais donc impatiente de connaître la série des enquêtes d’Agatha Raisin. A la Claire Fontaine est l’opus 7 de la série, peut être aurais-je dû commencer par le début? Le calme d’un tranquille village pittoresque risque d’être troublé par l’exploitation industrielle de la source d’eau minérale. Le conseil municipal est divisé. Les associations de défense des Renards manifestent.

J’ai apprécié l’humour anglais de MC Beaton, mais je ne me suis pas laissé prendre à l’enquête. Les déboires sentimentaux d’Agatha Raisin vieillissante mais encore désireuse d’aventures amoureuses parasitent un peu trop le récit; Une cougar, pourquoi pas? mais cela prend un peu trop de place.

Le dénouement est téléphoné.

¨Peut être n’ai-je pas choisi le bon livre, le plus souvent les critiques sont élogieuses.

Salomé – Oscar Wilde –

salome-couvertureJe me dépêche de rédiger mon billet avant d’ouvrir la session du MOOC d’Oscar Wilde, parce qu’après la conférence d’Aquien, je n’oserai plus rien écrire. (comme je sèche après les billets de Claudialucia que je ne lis qu’après coup).

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Que dire de cette jolie pièce?

Une salle de l’Exposition Oscar Wilde lui était consacrée,  belles illustrations de Beardsley , photos et vidéos, costumes, décors….

Étrangement , le personnage du prophète Iokanaan, Saint Jean Baptiste, prisonnier dans la citerne, m’a plus intéressée que Salomé, genre princesse gâtée à qui personne ne résiste. Les battements des ailes de l’ange de la mort, plus que la danse des 7 voiles, très théâtrale ( c’est l’inconvénient de lire une pièce sans la voir représentée). Pourquoi le tétrarque protège-t-il le prophète alors qu’il le couvre d’opprobre? Qu’est-ce qui le retient? Pourquoi est-ce si difficile d’accéder à la demande de Salomé?

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J’ai eu envie de relire Hérodias de Flaubert qui fait dire à Antipas :

– « sa puissance est forte…Malgré moi, je l’aime »

-« Alors, qu’il soit libre? »

Le Tétraque hocha la tête. Il craignait Hérodias, Mannaëi, l’inconnu…..

Encore une fois j’ai été envoûtée par la prose de Flaubert, la luxuriance des descriptions, la précision des détails. Après la lecture de Salomé de Wilde, j’ai été plus attentive aux imprécations de Iaokanaan, aux implications politiques et aux alliances du Tétrarque.

Le thème de Salomé ou d’Hérodias est loin d’être épuisé : il me reste la Salomé de Strauss, et l’Hérodiade de Mallarmé.

 

La Promenade au phare/to the Lighthouse – Virginia Woolf

LECTURE COMMUNE

notre promenade au phare (par voie de terre!)
notre promenade au phare (par voie de terre!)

Enfin! avec beaucoup de retard, je termine cette Promenade, promise, retardée et finalement réalisée.

J’avais pourtant commencé pleine d’enthousiasme : les Lectures communes sont toujours des occasions de partage, de confrontation de nos impression, d’enrichissement. Virginia Woolf est une auteure qui m’intéresse. j’ai gardé une très forte impression d‘Orlando, si bien que j’avais acheté dans la foulée Les Heures et La traversée des apparences que j’ai sans doute lus (les livres ne sont pas neufs) mais qui ne m’ont laissé aucun souvenir. Troisième raison, non la moindre, j’ai beaucoup aimé Skye  où nous avions loué un cottage.

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Skye terre et mer

Peut être ai-je été présomptueuse, j’ai téléchargé en anglais, To the Lighthouse. Depuis que j’ai la Kindle avec ses 4 dictionnaires, la lecture en VO s’impose.

Lecture toutefois ralentie par la consultation des dictionnaires, je ne me contente plus de comprendre le sens général, je vérifie chaque mot inconnu. Lecture laborieuse, non du fait de la richesse du vocabulaire, mais à cause du nombre de personnages, je me suis perdue pendant tout le début du livre entre les nombreux enfants et les nombreux invités. A cause du style parfois répétitif. Une phrase peut se retrouver à plusieurs reprises. Il ne se passe rien de notable. Mrs Ramsay tricote une chaussette, raconte une histoire au petit James, se préoccupe du bien être de ses invités, s’inquiète du retard que prendra le dîner si les jeunes amoureux en promenade tardent….Mr Ramsay passe, interrompt la lecture à James…Mrs Ramsay reprend le récit où elle l’avait laissé, reprend le tricot….et moi je reprends la lecture. J’avais pourtant l’impression que j’avais déjà lu cela avant!

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un cottage à Skye

Je me lasse et prends Télérama, pour changer. Pourtant je suis incapable d’abandonner la Promenade. Je reprends ma lecture, pour l’interrompre avec le Monde…Et je reviens à Skye sans que rien de notable ne se soit passé. De fil en aiguille, la lecture a traîné. Est arrivée la Grande Guerre, de nombreux personnages ont disparu, Andrew mort à la guerre, Prue en couches, Mrs Ramsay, on ne sait comment. Je me suis familiarisée avec le livre, j’ai envie de poursuivre jusqu’au bout.

Que rajouter au billet très fouillé de Claudialucia?

J’aime beaucoup l’expression impressionniste qui décrit si bien le style de l’auteure, touche après touche, elle fait surgir l’impression générale, sans s’appesantir dans des analyses psychologiques. Impressionniste le roman, et peut être aussi la peinture de Lily Briscoe.

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Je me suis d’ailleurs plus attachée au personnage de la vieille fille avec ses yeux bridés et son visage un peu chafouin moins séduisante, mais tellement plus existante. Lily peint et sa peinture occupe une bonne partie du roman. Se mariera-t-elle avec William Bankes? Mrs Ramsay favorise ces rencontres. Je l’ai trouvé plus intéressante que la belle, la solaire, la merveilleuse hôtesse, la mère attentionnée de famille nombreuse, l’épouse modèle, parfois rudoyée. En creux, la personnalité de Mr Ramsay, le chef de famille, le professeur émérite, le père autoritaire, assez odieux. Les autres sont esquissés sans que je m’y sois vraiment attachée.

 

 

 

 

Oscar Wilde, l’Impertinent absolu – au Petit Palais

OSCAR WILDE EXPO AFFICHE

Comment réaliser une exposition pour présenter un écrivain?

Depuis quelques temps, Oscar Wilde m’intéresse, je me suis même inscrite au MOOC qui lui est consacré. Je redoutais toutefois une accumulation de manuscrits, lettres ou photographies anciennes. Ou pire! des pages et des pages d’exégèses sur des panneaux.

La mort et le sommeil portant Sarpédon
La mort et le sommeil portant Sarpédon

Oscar Wilde, le dandy, l’esthète, a lui-même mis en scène sa vie, ce qui a facilité la scénographie de l’exposition. Scénographie rythmée par ces citations ou aphorismes spirituels appropriés à chaque étape de son existence.

En introduction à l’exposition, le visiteur lit :

UNE BONNE REPUTATION. C’EST UNE DES CONTRARIÉTÉS A LAQUELLE JE N’AI JAMAIS ÉTÉ SOUMIS

ON NE DOIT JAMAIS FAIRE SES DEBUTS PAR UN SCANDALE. IL FAUT RÉSERVER CELA POUR L’INTÉRÊT DES VIEUX JOURS.

Plusieurs documents, photographie, de Sarah Bernhard ainsi qu’un sonnet manuscrit que Wilde lui a offert nous projettent dans l’univers de l’écrivain, théâtre, mondanité.…je découvre sa belle écriture régulière.

 

Dans la seconde partie, nous découvrons Wilde, critique d’art, sur un portrait de groupe à la Grosvenor Gallery, 1877. La plupart des tableaux ont des sujets mythologiques comme La Mort et le Sommeil portant le corps blessé de Sarpédon de William Blake Richmond, Orphée et Euridyce de Watts. Wilde était fasciné par Rome peinte par Heilbuth.

night and sleep
night and sleep

Sous Night and Sleep d’Evelyn de Morgan on peut lire le commentaire de Wilde. J’ai aussi aimé le tableau Préraphaélite de Stanhope, Love and the Maiden, la Renaissance de Vénus de Walter Crane…

John_Roddam_Spencer_Stanhope_-_Love_and_the_Maiden

1882 : conquête de l’Amérique

S’AIMER SOI MÊME C’EST SE LANCER DANS UNE BELLE HISTOIRE D’AMOUR QUI DURERA TOUTE LA VIE

L’écrivain , déjà célèbre, y fait une tournée de conférences.  A  cette occasion le photographe Napoleon Sarony tire une série de portraits dont celui de l’affiche de l’exposition. La citation introduit ces photographies ainsi que des caricatures et même des cartes publicitaires qui utilisèrent la figure de Wilde pour vendre un peu n’importe quoi.

Paris-Londres (1883-1889)

LA DANSE MAURESQUE

Reçu par Victor Hugo, rencontrant Verlaine, Paul Bourget, Gide, Wilde est introduit dans la société littéraire parisienne. Dans cette salle une vitrine consacrée à sa famille nous montre sa femme Constance et une lettre à son fils Cyril. Un panneau de Toulouse Lautrec décorant la baraque de la Goulue, la danse mauresque illustre cette période.

Les années créatrices (1890-1895)

IL N’EXISTE PAS DE LIVRE MORAL OU IMMORAL. UN  LIVRE EST BIEN ECRIT OU MAL ECRIT. UN POINT C’EST TOUT

 

LE PUBLIC FAIT PREUVE D’UNE TOLERANCE ÉTONNANTE. IL PARDONNE

salomé

 

Salomé

 

 

 

Salomé pièce écrite en français, a l’honneur d’une piece à elle-seule. Au sol sont projetés les deux films de Charles Bryant et d’Al Pacino. les illustrations de Bearsdsley : 17 estampes sont de toute beauté

J’ADORE LE THÉÂTRE, IL EST TELLEMENT PLUS VRAI QUE LA VIE

Le Procès, la prison et l’Exil (1895-1900)

VIVRE EST LA CHOSE LA PLUS RARE AU MONDE. LA PLUPART DES GENS SE CONTENTENT D’EXISTER

Une vitrine montre les éditions des oeuvres publiées après sa sortie de prison signées C.3.3 ou même « L’auteur de l’éventail de Lady Winthermer »

Un grand portrait d’André Gide qu’il a rencontré quand Gide avait 22 ans et qui lui est resté fidèle.

NOUS SOMMES TOUS DANS LA BOUE. MAIS CERTAINS D’ENTRE NOUS REGARDENT LES ETOILES

 

 

 

 

CRANFORD – A tale by MRS GASKELL

LITTÉRATURE ANGLAISE

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Elizabeth Gaskell (1810-1865)est moins connue que les Soeurs Brontë  ou que Jane Austen. C’est ma maman qui m’a confié le joli petit livre entoilé vert des éditions Collins quo’n lui avait offert en 1936. 305 pages d’un petit format illustré de quelques gravures….

Dans la préface, il est écrit que Cranford « nécessite un fauteuil confortable, un feu de bois, des rideaux tirés et une lampe douce ».

 Ambiance feutrée qui était celle des réunions des dames de Cranford, se réunissant pour boire le thé, jouer au cartes, et distiller des ragots. Il semble que la couleur des rubans de leurs coiffures, leurs broches, et la préséance dans la hiérarchie de la bonne société du village. Société essentiellement féminine, les hommes en sont bannis, à de rares exceptions.

Lecteurs de thrillers, de turn-pages, de sagas ou pavés, passez votre chemin. Cranford se déguste lentement, il ne se passe pratiquement rien dans ce village tranquille.  Les jeunes filles ont vieilli sans même s’en apercevoir. Un mariage semble une incongruité. Des souvenirs des disparus,  l’arrivée d’une Lady, d’un magicien, un vol de pomme ou d’un gigot d’agneau déclenchent des réactions disproportionnées. Et pourtant, c’est une lecture délicieuse. L’humour et l’ironie d’Elizabeth  Gaskell se savourent lentement. Les pointes anti-françaises, peu de temps après les guerres napoléoniennes, sont particulièrement acérées.

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J’ai d’abord eu l’impression qu’il n’y aurait pas ni intrigue, ni d’histoire. Lentement, l’auteur a présenté ses personnages, puis des personnages secondaires (masculins) sont arrivés  par effraction. On a vu revenir un ancien prétendant de Matty, qui a presque pris le deuil à son décès. La narratrice, l’amie de Matty, découvre l’existence de Peter, le frère disparu. L’auteur distille les indices, sans s’y attarder.

A la fin, la tragédie se noue. la naïve Matty se retrouve ruinée par la banqueroute de la banque. On est loin des tergiversations sur la couleur d’un turban ou d’un ruban. On a le cœur serré. Comment va-t-elle s’en sortir?