Le cheval de Turin

Cinéma du dépouillement, de l’épure.

Un cheval gris, fourbu, en sueur, peine en tirant une charrette dans la tempête, il gravit une côte pour arriver à une ferme isolée dans une campagne déserte. Une musique lancinante l’accompagne. L’homme et une femme rentrent l’animal et sa charrette. Gestes simples. La femme aide l’homme à s’habiller – (je m’interroge) – la femme cuit des pommes de terre. L’homme écrase la sienne et mange avec difficulté – son bras droit est paralysé.

Cinéma du dépouillement : gestes quotidiens répétitifs, chaque jour la femme tire l’eau au puits, cuit les pommes de terre, fait la vaisselle, aide son père à s’habiller. Ils vont ensuite à l’écurie. Le cinéaste filme en longs plan-séquences qui donnent l’impression de laisser se dérouler le geste domestique dans toute sa durée. Dépouillement : ces gens n’ont rien : palinka et pommes de terre bouillies, une chacun. pendant le long plan-séquence on a tout le temps d’admirer les images magnifiques : la table de bois brut, la porte, la lampe à pétrole. Visages sauvages du père et de la fille, économie de paroles. Répétition des tâches :chaque jour les mêmes immuables.

Dehors une étrange tempête fait rage – sèche – il ne tombe ni pluie, ni neige. Les feuilles volent en abondance. Chaque jour, le quotidien perd quelque chose. Le second, le cheval refuse d’avancer, la musique est remplacée par le bruit du vent. Le voisin vient emprunter de la palinka, lui seul parle de la désolation qui s’étend…Arrive un curieux attelage de tsiganes, menaçants. Le lendemain, le puits est à sec. L’homme tente de résister au malheur, chargeant leurs biens sur une charrette à bras tirée par la femme, ils tentent de fuir. Après l’eau, c’est la lumière qui vient à manquer. Assis à table, dans l’obscurité, ils tentent de manger les pommes terre qu’on ne peut plus cuire.

L’écran devient blanc. Plus d’image. Fin du film, fin du monde.  !comme la création à l’envers : disparaissent les hommes, le cheval,  l’eau, la lumière….Bela Tarr met fin à sa carrière de réalisateur sur cette absence d’image.

C’est un très beau film. Les 2h26 ont passé sans aucun ennui. Tellement sont belles les images!

 

Zsolt HARSANYI : la vie de Liszt est un roman – Actes sud

diaporama miscellanea48 : merci pour tous ces portraits!

Complément naturel à notre « promenade Liszt », au concert sur le piano de Liszt, aux »Lisztiades » qui avaient été l’occasion plus d’aller à la messe que d’entendre un concert….que l’auteur de la biographie soit un romancier Hongrois Zsolt Harsanyi  (1889-1940) était un évidence au retour de Budapest.

Liszt, en soutane, sous sa coquille à l’Opéra, Liszt en bronze jouant de ses mains immenses en secouant son abondante chevelure au milieu du square, ou trônant au dessus de la porte de la Zenakadémie, sont les images que nous avons rapportées de notre voyage.

Un des Hongrois les plus fameux ?

J’ai eu la surprise de constater que Liszt, de langue maternelle allemande n’a jamais pris la peine de parler le Hongrois. Né près de Sopron, fils d’un intendant du Prince Esterhazy dont nous avons visité le château à Fertö il y a quelques années. Il a donné son premier concert – enfant prodige, « petit Mozart » – à Pozsony, l’actuelle Bratislava. A dix ans, il part pour Vienne où il prend des leçons de Czerny et de Salieri. Beethoven complètement sourd lui fait l’honneur d’assister à son premier concert viennois et l’embrasse.

Comme Mozart, sous la conduite de son père, le petit Liszt sillonne l’Europe et joue dans les cours françaises et anglaises. Il s’installe à Paris où il vivra longtemps, parlera français qui deviendra sa langue habituelle. C’est là qu’il fréquentera les Romantiques, se liera d’amitié avec Chopin, George Sand, Musset, Berlioz et rencontrera aussi bien les grands du faubourg Saint Germain que tous les musiciens de l’époque. Ce livre retrace une « histoire de la musique » et des mouvements artistiques au cours du 19ème siècle.

Imaginer Budapest, et se retrouver à Paris ou à Croissy ou à Nohant !

Liszt était plus parisien qu’exotique. Son charme, il le devait à la précocité de son talent, à sa virtuosité et aussi à son physique de dandy avec un « profil de médaille » et à des cheveux de page. Enfant, adolescent puis, jeune homme, le pianiste était la coqueluche des dames du grand monde. Affichant une grande piété, il ne résista jamais à la tentation d’une conquête féminine. Même au sein d’une grande passion interdite, quand sa maîtresse Marie d’Agoult, la mère de ses trois enfants, il n’hésita jamais à tromper celle-ci. Rivalisant de virtuosité avec Paganini, il était adulé et profitait bien de son succès.

C’est en Allemagne qu’il va passer l’essentiel de son âge mûr. Établi à Weimar, il va consacrer son énergie à faire connaître la « nouvelle musique », celle de Berlioz, et surtout celle de Wagner. Représenter les opéras de Wagner va être l’objet de tous ses efforts. Même pendant les jours héroïques de la Révolution de 1848, Liszt, se déclarant patriote hongrois ne prendra pas part aux soulèvements et au contraire intriguera auprès de la cours d’Autriche pour être anobli. Certains Hongrois ne lui pardonneront pas de fréquenter Bach, l’oppresseur autrichien de la Hongrie. Pourtant, il  n‘hésitera pas à défier le tsar en jouant Chopin et en encourageant les Polonais !

« La vie de Liszt est un roman «, roman d’amour, amours consommées mais toujours illégitimes. Entre sa fiancée secrète Caroline, son élève que le père congédie comme un domestique à 18 ans, la fuite en Suisse avec Marie d’Agoult qui abandonne son mari, la longue attente d’une annulation par le Saint Siège du mariage de Carolyne Wittgenstein … les liaisons avec ses jeunes élèves et ses admiratrices…

Dernier épisode : le voyage à Rome  qui se termine par l’entrée en religion. Liszt revêt une soutane de soie, une pose ? Presque ! Il reste clerc et pourrait se marier si Carolyne le souhaite encore et ne peut dire la Messe.  C’est en soutane qu’il va s’installer à Pest où il consacrera ses derniers efforts à installer une Académie de musique de qualité à Pest. Après la Messe d’Esztergom, il écrira la Messe du Couronnement d’ Elisabeth (Sissi) et de François Joseph dans la Cathédrale Mattias de Buda.

Vieillissant, il connaîtra la tristesse des trahisons, le deuil de ses enfants et les difficultés de sa relation avec Wagner et sa fille Cosima.

Je pensais lire une histoire hongroise, c’est une histoire européenne que j’ai trouvée,  partagée entre l’Autriche mais surtout la France et l’Allemagne.  Dans un contexte de réveil des nationalités des révolutions de 1830 et 1848, s’imbrique la vie culturelle entre Londres et Saint Petersbourg. Réseaux d’échange, d’amitié, de tournées de récitals et d’opéras.  Opposer la musique française de Berlioz et l’allemande de Wagner ? Pas si simple ! Liszt fut l’ami des deux compositeurs. Et souvent ce sont les querelles amoureuses qui prirent plus d’importance que des évènements politiques majeurs !

Je pensais trouver un abbé, j’ai plutôt trouvé un don Juan ! Et pourtant sa piété était sincère….

Budapest – longeant le Danube côté Buda

CARNET DE BUDAPEST – Toussaint 2008

le pont des chaînes

Retour à pied le long du Danube sur la rive de Buda.

But de la promenade : la place Batthyány que j’ai négligée hier et qui n’est pas seulement une correspondance entre métro et autobus. Un côté de la place est occupé par l‘hôpital des chevaliers de Malte. Bâtiment rose aux fenêtres blanches baroques. Un autre par des Halles vitrées transformées en supermarché SPAR, le troisième par l’église Sainte Anne, baroque, avec un très bel orgue et un plafond peint.

*église sainte Anne

La promenade sur les quais doit se terminer au Pont des Chaînes : après, le trottoir est occupé par la piste cyclable, ce qui n’est pas agréable pour les piétons. A la hauteur du Pont Erzebet, un échangeur routier complique le passage à pied.

Budapest : grands boulevards, Palais New York

CARNET DE BUDAPEST – Toussaint 2008

 

Café New York

De la station  Astoria à Blaha Lutza, une seule station de métro : Erzebet Korüt.Le palais New York est  occupé maintenant par un hôtel 5 étoiles. C’est un immeuble surmonté d’une pointe prétentieuse, trop kitsch, vraiment trop. Il paraît que le Café New York est un must touristique.

Les nouveaux propriétaires découragent les touristes impécunieux et intempestifs par un cordon de velours à l’entrée avec  des  écriteaux dissuasifs « Attendre son tour ! » (polyglotte) « Interdit de photographier » (pictogramme).  On ne rentrera pas mais on fera deux photos quand même des dorures et des fresques, des lustres de cristal interdits au commun des mortels. Autant les garçons du Café Callas (au moins aussi chic) avaient été aimables autant ici, l’accueil est détestable.

café New York

Pique-nique en face de l’immeuble prétentieux sur un banc : gyros au poulet et blanc de poulet farci à la chapelure et au chou. Mon intention était d’acheter deux gyros mais la serveuse a pris un air tellement ennuyé que j’ai pris le blanc de poulet pour lui évite le tracas de couper une nouvelle part ! En règle générale, les serveuses et vendeuses sont peu empressées (souvenir du communisme ? ou manque de communication linguistique ?)

Budapest – Musée historique du château de Buda

CARNET DE BUDAPEST – Toussaint 2008.


Lundi, tous les musées sont fermés sauf le Musée Historique situé au château.

Nous parcourons rapidement les salles du 3ème étage consacrées à la Préhistoire. A part quelques récipients originaux, coniques, c’est toujours l’âge du cuivre, l’âge du bronze. Poteries, bijoux…

Romains

Les Romains retiennent notre attention. Les cartes murales montrent bien les provinces romaines et le mur d’Hadrien qui justement fut gouverneur d’Aquincum. La verrerie est très sophistiquée. Un détail amusant : un sceau en forme de bottine ou de sandale. Sur la semelle le nom de la légion Adutrix (presque Astérix).
De belles cartes expliquent les Grandes Invasions : Huns Ostrogoths, Avars. Ces envahisseurs n’étaient peut être pas de bons artisans sauf en ce qui concerne la métallurgie : très fines plaquettes ciselées appliquées sur le cuir des rênes et les ceintures. On imagine les cavaliers richement harnachés.

 

Moyen âge, turcs

 

Curieusement, Moyen Age, Renaissance se télescopent dans les vitrines consacrées aux différents métiers. Illustrées avec des enluminures (fac similés) expliquées en anneaux bilingues hongrois-anglais) Des statistiques ont été établies par les historiens.
L’arrivée des turcs en 1526 apporte une nouvelle civilisation : céramiques de toute beauté, des maquettes montrent la coupe d’une mosquée ou des bains. Les Turcs de Soliman n’étaient nullement des barbares ! Leur mode de vie sophistiqué met un  point final au Moyen Age.

Habsbourg
L’arrivée du règne des Habsbourg à la fin du 17ème est curieusement illustrée par un tableau : le triomphe encastré dans la muraille ?
Les salles 18ème sont illustrées par des tableaux. Une salle baroque montre des anges musiciens comme ceux du buffet d’orgue de sainte Anne.

 

 Château de Buda:18ème, 19ème

maquette du Millenium 1876

 

Le 19ème siècle avec le personnage de Széchenyi  marque un autre tournant. Un mur entier est consacré à des représentations des inondations du Danube. Une des gloires du Comte est d’avoir domestiqué le fleuve.
La vie quotidienne du 19ème siècle est racontée en détail : vitrine d’une boutique de mode, reconstitution d’un café, d’un intérieur bourgeois avec des chaises gothiques, des teintures pourpres, une « soirée chez Liszt »….

La représentation du Millenium 1896 fait penser aux Expositions Universelles de 1900. Tout semble s’articuler : Le Monument du Millenium sur la grande place Hözök Tere, le château kitsch du Bois-de-Ville, les Bains Széchenyi. Tout s’inscrit dans un cercle bouclant la perspective d’Andrassy.

 

 

Expositions temporaires

la restauration de la ville après les destructions de la 2ème guerre mondiale.

Affiche , on aurait aimé une traduction!

L’autre : 100 ans de Propagande par l’Affiche Politique. Le graphisme des affiches communistes est familier, celui du parti chrétien, pétainiste avant l’heure, aussi. Mais il faudrait mieux connaître l’histoire récente de la Hongrie pour apprécier la suite.

 

affiche : couleurs hongroises!

Nous zappons l’exposition consacrée au roi Mattias Korvin et de ses représentations ultérieures. Nous sommes saturées.

 

 

 

 

Szentendre bords du Danube et musée du massepain

CARNET DE BUDAPEST – Toussaint 2008

 

le Danube à Szentendre

Nous descendons ensuite au Danube.

Les touristes sont arrivés. Les broderies sont sorties. La rue Bogdanyi est une véritable foire aux touristes. Certains vêtements proposés sont de belle facture, bonne qualité et coupe originale pour des prix dérisoires. J’achète un châle en cashmere. Hongrois ? Sans doute pas. Mais léger, chaud et joli.

Sur les bords du Danube, les cafés et les restaurants sont pleins. Les promeneurs se pressent sur la digue. Il y a foule sur la plage. Le soleil cogne tellement que je retourne dans les rues à l’ombre.

Kitsch!

Musée du massepain
Un attrape touriste, même pas joli (400ft) . Esthétique Playmobile ou Disney. Que tous les personnages ou accessoires soient en pâte d’amande me touche fort peu. Le Parlement en chocolat ne me fait pas béer d’admiration.

Szentendre Musée Ferencsy

CARNET DE BUDAPEST – Toussaint 2008

 

Les collections de Ferencsy Károlyi (1862-1917) ainsi que celles de ses enfants Béni, sculpteur, et sa jumelle Naomi, tisserande, y sont exposées. Nous avions beaucoup aimé les tableaux  colorés de Ferencsy Károlyi à la galerie Nationale. En dehors d’un marronnier qui se détache sur le ciel les tableaux paraissent plus ternes, moins bien mis en valeur. Nous avions également vu les petits bronzes de Ferencsy Béni. Les tapisseries de Naomi sont une découverte.