18. Rabat et Salé

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

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Peu après cinq heures, le muezzin chante la prière de l’aube. Son chant répétitif  et lancinant dure une éternité. Comme nous sommes réveillées toutes les deux écoutons ses modulations sur des phrases inhabituelles. Pourquoi est ce si long ? Vers la fin, il lance le cri Allahou Akbar ! à plusieurs reprises . Silence, nous nous rendormons.

Le Monde à l‘étranger

Quand nous ouvrons les volets, le trottoir est mouillé, le ciel encombré de nuages nous incite à paresser. Je termine la lecture du Monde qui est un plaisir quotidien. Ici, le Monde arrive le matin sans aucun retard, il coûte même moins cher qu’en France dix dirhams seulement. L’actualité est pressante. Si on se borne à la télé, on dirait « qu’ils remettent tous les jours la même cassette » comme le dit Mohamed d’Erfoud. En revanche le Monde décrit chaque jour les évolutions qui malheureusement concernent plus les opinions publiques que les décisions du principal intéressé. Cela me fait extrêmement plaisir que les Britanniques s’opposent à Blair et que beaucoup d’Américains soutiennent la France et l’Allemagne. En tout cas, je ne veux rien louper.

La rue Ben Abdallah jusqu’à une grande mosquée située sur le terre-plein au milieu de Mohamed V,  se continue par des rues plus étroites. Les trottoirs sont plantés de magnifiques ficus avec des racines aériennes pendantes.Ils sont vides, de chaque côté de beaux murs blancs enferment de très beaux jardins qui cachent à moitié des ministères et des installations militaires. Devant chaque entrée, des plantons en arme interdisent même le trottoir.

Calme et silence à l’ombre de l’armée.

Musée

Le musée se trouve dans un quartier résidentiel de petits immeubles blancs avec de larges baies et des balcons. Architecture évoquant plus le Bauhaus ou l’Art Nouveau que l’Orient.

Le Musée est construit tout à fait Art Nouveau : l’architecture est remarquable, mais la muséographie pitoyable et vieillotte. Étiquettes blanches, jaunies, tapées à la machine sans grand intérêt. Vitrines vides. Pots cassés, outillage paléolithique… Je suis venue pour le Chien de Volubilis, posé par terre, dans l’ombre, magnifique, prêt à bondir.

Évidement, le gardien me suit partout. Heureusement, il m’ouvre la salle des bronzes, la plus intéressante. Ses commentaires sont tout à fait judicieux : il compare le profil de Caton, romain typique avec celui de Juba qu’il qualifie de Berbère. Cours sur la statuaire romaine. Le marbre vient de Carrare, il est donc rare, on ne change que les têtes gardant les bustes. Un buste de Ptolémée, fils de Cléopâtre Séléné, la fille de Cléopâtre.

Retour par Mohamed V, la Gare, les beaux bâtiments soulignés de grès blond comme en Espagne. Puis Mohamed V devient une rue commerçante aux boutiques vieillottes ressemblant à celles de notre enfance. Hier nous avons vu une enseigne « Le nain bleu », c’est bien une boutique de jouets comme autrefois.

Le graphisme des enseignes est celui de la France des années 50. On pourrait tourner un film d’époque rien qu’en supprimant les voitures trop neuves (on peut laisser les autres et les autobus).

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D me conduit sur les lieux qu’elle a découverts : un marché au poisson avec des sardines, des anchois des rougets, des petites soles en abondance. Sans parler des crevettes! Les prix sont marqués, tout est propre et net.

Mohamed V se transforme en une rue de souk : pendillocheries, CD cassettes et matériel hi-fi … A onze heures du matin les boutiques ouvrent, il y a peu de monde dans la rue. Nous traversons rapidement la médina .On rénove un petit théâtre plein de stucs et de miroirs. Nous arrivons aux cimetières entre la Casbah et la mer. Discret coup d’œil, c’est vert, aéré, poésie des cimetières marins.

Corniche

La corniche est minable, c’est le dépotoir. Dommage, derrière le phare, dans une échancrure dans le grès, les vagues se brisent donnant un spectacle magnifique. Feu d’artifice liquide .Les goélands ont colonisé un rocher tabulaire émergeant de l’eau blanche d’écume.

Nous nous installons sur la digue qui protège la plage et l’embouchure du Bou Regreg et restons une heure sous un franc soleil. Des surfeurs en combinaison barbotent, les rouleaux sont  trop atténués pour qu’ils nous offrent un spectacle intéressant. Deux baigneurs en maillot font trempette.

Midi passé et nous n’avons rien acheté pour pique-niquer;  quittons à regrets notre perchoir. Dans la médina nous ne trouvons pas les brochettes, seulement du poisson : sardines et daurades frites qui ne nous inspirent pas.

Salé

Un taxi bleu nous emmène à l’extrémité du périmètre urbain de Rabat, au Supermarché Marjane (qui ressemble à n’importe quel centre commercial français, on avait vu le même à Marrakech). Un bon kilomètre de marche à pied dans la campagne, le pont sur le fleuve, nous finissons par trouver les potiers de Salé chaudement recommandés par le collègue de D et les guides.

Déception, ils sont installés dans une sorte de centre commercial moderne avec cafétérias, parking, boutiques. J’imaginais cela tout autrement. Les articles proposés ne me tentent pas tellement. La qualité est assez ordinaire, épaisse faïence aux coloris sans recherche dans le tracé des décors, coloris criards. Tous les produits se ressemblent, variation autour du thème du plat à tajine, pots à épice. Cela manque de finition et de finesse. Les prix sont très attractifs mais cela ressemble trop à ce qu’on pourrait trouver dans les Pier Import ou même dans les supermarchés en France. Après maintes recherches nous repartirons avec due double mini tajine pour le sel et le poivre pour 15 DH, cadeau pas cher.

Comment retourner à Rabat ? Nous n’avons pas envie de recommencer la marche à pied. Pas de taxis, ni grands ni petits. Au hasard, j’arrête la première voiture qui quitte le parking qui nous prend à son bord. Ce sont des gens charmants, le père et les filles, français ou marocains ? Les filles habillées très mode, blondes ont l’air française, ils habitent Casablanca. Ils nous lâchent au bout de Mohamed V à la hauteur de la mosquée sur son îlot.

Derniers achats dans le souk

Fin de la journée dans la médina pour faire les derniers achats : un sac en cuir jaune et le porte-monnaie qui va avec. Tout me tente, je dois me gendarmer pour ne pas acheter un autre petit sac ou une sacoche, c’est tellement bon marché. D trouve pour son père un coffret en bois. J’ai envie d’épices qui compléteront la salière. La rue Suika est très encombrée, au milieu de la chaussée on  trouve des mixers, des batteurs, des fers à repasser, les marchands crient 20 Dirhams, 40 Dirham en montrant des lots de caleçons longs ou des culottes… On se pousse, on se presse. Je rentre avec soulagement à l’hôtel. Il faut faire les valises.

17. Rabat

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

Porte de la casbah des Oudaias
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On rend la Corolla

Nous avons égaré le contrat de location de la voiture. Hier soir j’ai défait trois fois ma valise, cherché dans toutes les cachettes du sac à dos,. On s’est endormies dans l’inquiétude. Combien Budget va–t il nous réclamer ?

Ce matin, il fait un soleil magnifique. Nous laissons la voiture derrière la Gare. On ne nous demande rien.  Abdou de Fès  utilisera l’empreinte de la Carte Bleue. !En tout cas, ici, tout se passe bien. Idem à Royal Air Maroc où nous reconfirmons le vol de dimanche.

Casbah des Oudaïas

Porte de la casbah des Oudaias (détail : coquille)
Porte de la casbah des Oudaias (détail : coquille)

Taxi jusqu’à l’entrée de la Casbah des Oudaïas. La porte est monumentale, gravée d’écriture coufique et curieusement de coquilles Saint Jacques.

Dans la Casbah, nous sommes éblouies : les maisons sont blanches soulignées de bleu. Les ruelles étroites se terminent en impasse  entrecoupées d’escaliers. On se croirait en Grèce !

bleu et blanc, les couleurs de la mer
bleu et blanc, les couleurs de la mer

Le bleu rappelle  la présence de la mer toute proche. Dans la lumière du matin, j’ai envie de tout photographier : collection de portes cloutées, encadrées de mosaïques ou de motifs sculptés.

du bastion, la vue sur la mer
du bastion, la vue sur la mer

Le bastion qui domine l’estuaire du Bou Regreg. Vers la mer : un phare blanc après un cimetière blanc et herbu. L’appareil photo tombe en panne. Nous sommes assez inquiètes : à Rissani, le couvercle m’est resté dans la main. Peut être ne fait il plus contact ? En rachetant une nouvelle pile, tout rentre dans l’ordre. Nous avons utilisé dix pellicules depuis Fès .Nous descendons les petites ruelles en escalier et je me laisse tenter encore par d’autres portes, de nouvelles échappées sur la mer et le ciel bleu.

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Café maure

rabat musée des oudaias
rabat musée des oudaias

rabat musée des oudaias

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Promenade paisible et ensoleillée qui nous mène au Café Maure ( terrasse admirablement bien située, zelliges et cornes de gazelle – pour ces dernières, c’est trop tôt )puis jardins andalous carrés aux allées pavées de petits galets formant des figures géométriques, hauts palmiers, orangers couverts d’oranges, lauriers roses. Le Palais des Oudaïais (XVIIème siècle) est en pierre blonde, les murs qui enserrent le jardin sont surmontés de jolis créneaux.

Bijoux et parures

Nous avons de la chance ! Après l’exposition des Arts du Feu de Fès, les Tapis de Meknès, voici la troisième exposition patrimoniale : Bijoux et parures, toujours très bien présentée.

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Les bijoux de l’Atlas et ceux du Sahara  m’ont fait la plus forte impression. Les parures d’or et de pierres précieuses citadines sont de toute beauté mais moins émouvantes : trop d’or, trop de pierres, trop travaillées, trop lourdes. En revanche, celles des tribus du désert avec les énormes fibules ornées de pierres et cloutées, parfois très lourdes sont impressionnantes. Le poids des boucles d’oreilles est également considérable. Heureusement, un dispositif permet de les fixer autour de l’oreille ou au diadème. Les matériaux employés sont très variés certains bijoux incorporent du cuir, des tissus mais aussi des clous de girofle, du gingembre à côté de perles d’ambre, de corail ou de turquoises. La base de ces bijoux : des pièces de monnaie : monnaie marocaine, cents américains, pièces espagnoles. De nombreuses pièces sont ornées de l’étoile de David. Les orfèvres étaient Juifs, on ne peut pas l’ignorer. Mais la fréquence des étoiles à six branches est très étonnante. Dans une salle, des costumes sont présentés permettant ainsi de comprendre comment ces parures étaient portées. Les lourds triangles en argent d’une dizaine de centimètres de hauteur étaient fixés sur la poitrine sur le vêtement.

Jardin andalou

jardin andalous
jardin andalous

Pause à midi dans le jardin andalou.  Nous pourrions y rester toute la journée. De nombreux étudiants révisent leurs cours. Les chats paressent (nous en avons vus beaucoup dans les ruelles ce matin).

Nous avions le projet d’aller à Salé de l’autre côté de l’estuaire du Bou Regreg. Les petits taxis bleus (ici ils sont bleu vif, à Meknès, bleu clair, à Fès, rouge) n’ont pas le droit de quitter le périmètre urbain de Rabat. Il faudrait affréter un grand taxi. Nous renonçons et traversons à pied la médina. Comme c’est Vendredi, toute activité a cessé à onze heures et demie pour la prière. Le musée a fermé ses portes, quand nous traversons la médina, les rideaux métalliques sont baissés. Nous trouvons quand même un sandwich aux brochettes de poulet et à la viande hachée.

Le  Parc Triangle de Vue est sous nos fenêtres. Il est très agréablement planté de toutes sortes d’essences, surtout des ficus mais aussi des yuccas qui ressemblent à des dragonniers.

Nous remontons la rue de l’hôtel : Ben Abdallah, puis une grande rue bordée d’un grand mur derrière lequel se trouvent des installations militaires (Méchouar), passons les portes de la ville pour arriver au Chellah.

Chellah

Le chellah, nécropole mérinide
Le chellah, nécropole mérinide

Le Chellah est enclos dans une muraille crénelée et s’ouvre sur une porte très curieuse où l’on remarque la même décoration que celle qui orne la porte de la Casbah des Oudaïais mais surmontée de petites tourelles très finement sculptées avec des alvéoles.Passée la porte, nous trouvons un jardin luxuriant et arrivons sur le site antique de Sala Colonia. Du forum, il ne reste pas grand chose mais c’est lieu de rassemblement des promeneurs. Dans un coin, des jeunes jouent des percussions et chantent. C’est vivant et pas désagréable à écouter .De nombreuses femmes sont assises en groupe ou en famille avec leurs enfants.

tombeaux mérinides dans un jardin fleuri
tombeaux mérinides dans un jardin fleuri

Volatiles

Nous choisissons des sièges sur des ruines antiques, je sors mon bloc et dessine les ruines de la nécropole mérinide, un très joli minaret coloré sur lequel est installée une cigogne, le mur et l’entrée d’une mosquée ruinée où se trouvent les tombes d’Habou Hassan et de son épouse Chams Ed Duna (Aurore). Plus loin sur les pentes s’étagent des koubas en coupoles rondes et surtout des perchoirs pour les cigognes, vieux arbres morts complètement colonisés par ces volatiles bruyants. Sur un arbre il peut y avoir jusqu’à trois nids de taille imposante de taille imposante, mais les cigognes n’y sont pas seules : des petits hérons blancs leur tiennent compagnie, leurs nids invisibles d’ailleurs.

cigognes et hérons blancs
cigognes et hérons blancs

A mesure que l’après midi avance, le forum se remplit, bientôt tous les murets toutes les pierres sont occupés. Une femme et sa fille s’installent auprès de nous. Elle est vêtue d’une très jolie djellaba turquoise. Deux gamins nous tiennent aussi compagnie, ils ont l’air polis bien habillés et sont discrets. Le soleil chauffe, je me suis même enduite de crème solaire et j’ai mis mon foulard turc.

Nous faisons une visite au bassin des anguilles censé faire des miracles guérissant les femmes de la stérilité. Un religieux vend des bougies aux fidèles qui nourrissent les anguilles.

Chellah mosquée
Chellah mosquée

Le spectacle n’est pas dans le bassin, les poissons sont invisibles, une horde de gamins effrontés se sont approchés, le saint homme les tance vertement, ils ne paraissent pas impressionnés. Pour aller contempler le coucher de soleil sur l’océan, nous traversons la ville en petit taxi qui nous ramène aux Oudaïais. Sur le bastion qui était tranquille ce matin, se trouve maintenant une foule paisible. Je suis ravie d’avoir découvert cet endroit ce matin dans la sérénité.

Les nuages nous privent de coucher de soleil, nous redescendons par la médina éclairée et très animée. Elle est très différente de celles de Fès ou de Meknès. Les artères principales sont couvertes de belles structures métalliques en pagodes ou en arceaux. A la place des petites ruelles, des rues larges et spacieuses, à la place des échoppes, de beaux magasins très vastes de tapis ou de cuirs. Nous arrivons dans le marché aux vêtements, quelques magasins proposent de jeans très mode, la plupart des chaussures ou des djellabas. Sur la chaussée des déballages de toute sorte. La foule est dense mais nous avançons sans encombre.

Vendeur d'eau
Vendeur d’eau

Retour à l’hôtel vers sept après une excellente journée.

Rabat nous impressionne favorablement. La ville est très aérée, beaucoup plus verte que Fès ou Meknès, plus tranquille aussi, plus ouverte, semble-t- il. Nous ne rencontrons ni faux guides ni commerçants trop zélés qui empoisonnent la vie des touristes . Beaucoup de femmes en cheveux aussi. Des mendiants encore mais pas d’enfants collants. Le beau temps a été de la partie. Pourvu qu’il se poursuive demain !

16. la mer, vers Rabat

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

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 kenitra

8h30,  sous le soleil de Meknès à Rabat par le chemin des écoliers, un peu au Nord sur la route de Tanger, jusqu’à Sidi Kasssem : campagne très verte, vallonnée, champs d’oignons, de fève et de blé pas très typiques. Une route forestière, repérée sur la carte traverse la forêt de la Maamora. Nous obliquons dans à Sidi Slimane, bourgade toute boueuse pleine de nids de poules et très animée. A notre rencontre arrivent des calèches tirées par des chevaux, des mules ou des ânes, des chariots, des plates-formes, portant des hommes, des femmes, des enfants en route vers le marché. Il en vient tans cesse, innombrables, et pas une voiture, pas un taxi.

Après Dar Bel Amri, village assez rudimentaire, nous devons trouver la forêt et la piste. Le paysage devient plus vallonné. Un oued coule le long de la route charriant une eau boueuse après la pluie. La terre rouge est ravinée. Des petits villages aux maisons de terre basses se fondent dans le paysage. Point de forêt, après 19 km nous rebroussons chemin.

Nous retrouvons la boue à Sidi Slimane et la route principale qui traverse une forêt d’eucalyptus plantés serrés, un peu monotone. Dans les carrés des coupes de très jolies fleurettes font un tapis violine, mélange de petites fleurs roses et violette.

La mer

A Kenitra nous trouvons la mer. C’est une surprise totale. Jamais je n’avais pensé à l’océan. Dans l’estuaire du Sébou de nombreux bateaux de pêche attendent, gros bateaux verts et bleus, on se dirait en Bretagne, petites barques orange. L’estuaire est très vaseux. Medhya plage est une station balnéaire dans les dunes. Les vagues font de beaux rouleaux. Le soleil est revenu.

Ornithologie

Derrière le cordon de dunes, dans un creux, une longue lagune est une étape pour les oiseaux migrateurs. Nous nous installons pour pique-niquer près de l’eau en compagnie d’un petit foulque qui plonge et réapparaît plus loin. Sur la rive opposée des canards, peut être des sarcelles, puisque la sarcelle marbrée est le « bijou » de la réserve. Des goélands arrivent, des busards des rivières planent.

Botanique

Sur le sentier pédagogique, les végétaux sont étiquetés, j’apprends le nom français d’un arbuste que je ne savais nommer qu’en hébreu « eilat mastic », c’est le Lentisque ou Pistacia lentiscus. Un petit arbuste porte des fruits, sortes de tomates et des fleurs violettes ressemblant à celles de la pomme de terre : la morelle de Sodome (solanum sodomeum) . Les genets blancs sont étiquetés Rétame.

Rabat 

Retour sur la route principale.  Nous approchons de Rabat : pépinières, poteries de jardins, puis habitat plus dense,  à Salé. Dans Rabat nous nous orientons facilement grâce au fleuve et aux murailles.  Après la tour Hassane, nous longeons la muraille des Andalous et juste après le jardin de Triangle de Vue, la rue principale Mohamed V.

 Royal Hôtel

vue e notre chambre sur la Mosquée des Andalous et le jardin du triangle de vue
vue e notre chambre sur la Mosquée Mouline et le jardin du Triangle de Vue

 Le Royal Hôtel nous convient. Dans un immeuble  blanc, l’hôtel est vieillot mais très propre et très confortable. Meubles foncés et murs blancs.  L’ascenseur est en panne mais la salle de bain – rénovée – est très classe avec son lavabo monumental. Le personnel est aussi désuet que le bâtiment : des vieux messieurs très gentils. Notre chambre a une belle vue sur une placette plantée de très beaux arbres très fournis, des ficus. De l’autre côté de la place une mosquée avec ses toits verts et son minaret carré (la mosquée Mouline) un peu plus loin, le Parc Triangle de Vue/

Nous sommes en plein centre à deux pas de la rue Mohamed V bordée de bâtiments officiels, la Gare, la Poste, un véritable palais avec de la dentelle de pierre, l’Hôtel des Impôts et de grandes banques…Tout près de chez nous, une très bonne librairie où se trouvent les polars d’Ann Perry et moi tout un assortiments d’auteurs marocains ainsi que de tous petits volumes d’une collection du Petit Mercure que je néglige d’acheter, je le regretterai ensuite, ils sont introuvables à Créteil.

La mer

Après notre installation, nous profitons de la Toyota, qu’il faudra rendre demain, pour aller à la mer. Le temps est calme, ensoleillé, sans vent et pourtant, l’océan est déchaîné, pire qu’au Cap Vert. La route borde la mer en corniche. Malheureusement pas aménagée, un peu dépotoir. Nous nous arrêtons à la sortie de la ville en direction de Casablanca.

l'Atlantique!
l’Atlantique!

La côte est découpée, rocheuse, les rouleaux se brisent avec une violence extrême. Les paquets d’eau fusent comme des gerbes d’étincelles. L’air est complètement saturé d’humidité, on se dirait dans le brouillard. Plusieurs rangées de rouleaux se succèdent, certains sont plus puissants et m’éclaboussent.

Le soleil baisse, l’eau se teinte d’or ; les nuages de l’horizon avalent la grosse boule jaune et nous privent de la fin du spectacle.

15. Meknes sous la pluie

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

Promenade au souk
Promenade au souk

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Sous la pluie, les souks

Chaque circuit a son jour plus ou moins raté : la pluie nous a donc bien gâché notre programme!

9h15 – médina. Il fait gris, c’est tristounet.

Les commerçants n’en finissent pas d’ouvrir boutique. L’un d’eux nous explique :

          « on ouvrira vers dix heures, ce sont les vacances après l’Aïd

(cela fait une semaine que cela dure) pas de touristes, pour cause de guerre d’Irak, peu d’acheteurs locaux après la fête, le bazar est à moitié fermé.

 Meknès souk - Copie

Medersa Bou Inania

La petite medersa Bou Inania (beaucoup plus petite que la médersa visitée à Marrakech) Très ornée, très bien conservée, pas de photo, pour cause de vilaine lumière, cela ferait redite après Marrakech pour quelques clichés de toits de tuiles vernissées d’une charmante coupole découpée en tranches comme les côtes d’un melon. Il commence à tomber quelques gouttes.

Nous marchons au hasard dans les rues couvertes. La pluie tombe dru. Nous passons et repassons devant les échoppes de babouches et de djellabas pour marocains. Nous nous laissons tenter : je trouve pour moi de belles babouches jaunes, marchande pour le principe, et des vert pâles pour 50 dirhams, très décorées, très marocaines. Il pleut maintenant à verse nous nous replions vers la voiture, trempées. Retour à l’hôtel. Heureusement que nous sommes bien installées.

En voiture

Vers 15 heures nous reprenons la voiture (comme prévu, la veille quand il faisait beau) Nous retournons vers Volubilis. Nous essayons une route dans les champs vallonnés : oignons, fèves sur des parcelles de bonne taille, blé en herbe. Tout es vert vif mais pas de quoi dessiner. Direction Moulay Idriss nous nous arrêtons dans une oliveraie.

 

14. Moulay Idriss

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès

Moulay Idriss
Moulay Idriss

Avant de trouver le parking à Moulay Idriss, nous loupons l’entrée et faisons un tour de ville, retour au point de départ sur une place encombrée bordée d’échoppes dans des arcades de faïence blanche et verte qui serait jolie sans un bric à brac hétéroclite. Les portes du village sont monumentales, presque aussi grandes que celles de Meknès.

Moulay Idriss
Moulay Idriss

Dès que nous sortons de la voiture, on nous aborde « nous ne vouons pas de guide ! »mais dès que nous nous dirigeons vers l’entrée de la mosquée barrée d’une poutre interdisant le passage aussi bien aux animaux qu’au non-musulmans, c’est la limite que nous ne devons pas franchir.

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Un homme nous dit de contourner par la droite. Il nous emboîte le pas s’imposant comme guide. Nous grimpons des marches et des marches dans les ruelles blanches, passons sous des porches, prenons des passages dérobés, tantôt cela monte raide, tantôt nous redescendons… marches, impasses, les maisons s’emboîtent les unes dans les autres, épousent la colline, sans aucune logique. Certaines portes sont belles, cloutées, peintes en rouge ou en marron avec une main de Fatima. D’autres plus modernes sont encadrées par des carreaux, d’autres, simples plaques métalliques.

Moulay idriss0002

Le village est chaulé de blanc, mas sans soin particulier, ce n’est pas l’immaculée blancheur espagnole ou grecque. Ici, il y a des dégoulinades, des ordures par terre. Très peu de boutiques, rien que des maisons empilées et refermées sur elles mêmes Finalement nous aboutissons à la « vue panoramique ». A nos pieds : le mausolée entouré de nombreuses mosquées, même plan qu’à Fès : mausolée carré recouvert de tuiles vertes, salles avec des toits en pente comme la Karaouine. En face une colline pareillement recouverte de maisons. Notre guide nous fait tout un topo sur Moulay Idriss, venu au VIIIème siècle islamiser le Maroc. Il me montre les géraniums apportés au Maroc par Liautey. D’après lui, Moulay Idriss est la cinquième ville sainte pour les Marocains après la Mecque, Médine, Jérusalem et Kairouan. Les oliviers, richesse du village sont exploités par des sociétés religieuses qui utilisent le produit de la vente de l’huile pour entretenir le mausolée, acheter des tapis, aider les indigents. Ce qu’il raconte est bien intéressant mais cela nous coûtera 100dirhams.

13. Volubilis

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Volubilis - Copie

Nous commençons la journée par des courses dans la ville nouvelle qui est assez dépaysante. Les avenues bordées d’arcades avec de petits magasins me font penser à Athènes. Si les immeubles sont modernes, les commerces sont désuets finalement plus proches de ceux de la médina que de ceux qu’on s’attendrait à trouver dans une ville européenne. Grands cafés avec des terrasses uniquement fréquentés par des hommes. Banques ultramodernes et boutiques de téléphones mobiles sont les seuls commerces du XXIème siècle. Pour se garer, pas d’horodateurs, on laisse la voiture le long du trottoir, un homme en blouse bleue apparaît, c’est le gardien à qui je donne 5 dirhams, ce qu’il a l’air de trouver trop peu. Nous ne restons qu’un petit quart d’heure –Nous commettons sûrement beaucoup d’impairs. Ici tant de choses reposent sur l’ « appréciation » du client. Il existe sûrement un « tarif » que nous ne connaissons pas.

Volubilis

Volubilis0001

Volubilis se trouve sur la route de Tétouan, dans de très jolies collines dominant une plaine très verte en cette saison : champs de blé en herbe, verts vif. A flanc de colline de belles oliveraies sont limitées par des rangées d’agaves aux belles feuilles bleutées lancéolées ainsi que par des figuiers de barbarie aux grandes raquettes.

Le village de Moulay Idriss épouse les deux rochers et les cubes blancs s’étagent jusqu’au sommet se détachant sur toute cette verdure.

Volubilis labours - Copie

Volubilis se voit aussi de loin, alignement de ruines, colonnes, et arc de triomphe. Le site est vaste.Ce qui m’a tout de suite plu : ce sont les fleurs ! Fleurs oranges, sorte de soucis sauvages, moutarde jaune, lavande (la même que celle de Cerbère), des asphodèles prêtes à éclore. J’ai plus envie de photographier les fleurs que les ruines.

 
Nous avons visité assez de sites antiques pour nous sentir en pays de connaissance. Nous reconnaissons tout de suite le pressoir d’une huilerie (production essentielle ici, les oliviers sont la richesse actuelle de la région. En était il ainsi à l’époque romaine ? Nos documents font plutôt état de céréales, les Romains auraient déboisé pour faire de la Maurétanie un grenier à blé.

Orphée charmant les animaux
Orphée charmant les animaux

Nous trouvons les thermes (petits peu spectaculaires, nous avons vu mieux), le forum avec ses boutiques et la basilique.

Nelles, encore, est remarquable et guide notre visite. Toutes les villes romaines n’étaient pas identiques ! Ici, tout est bâti de pierre. L’appareil de brique et petites pierres typique de Rome n’a pas été utilisé .Autre surprise : la simplicité des chapiteaux et des ornementations. Les sites hellénistiques contemporains d’Ephèse et d’Aphrodisias semblent baroques par comparaison. Ici, la feuille d’acanthes simple, presque stylisée. Peut être que toutes les décorations sophistiquées on disparu pour être réemployés à Meknès ? Les jolies colonnes de marbre des palais et du Mausolée viennent de Volubilis.

Volubilis0002 - Copie

Nous voici reparties à notre jeu préféré : à l’aide du plan de la ville et d’écriteaux (bien faits, lisibles et discrets) nous localisons toutes les belles villas décorées des mosaïques. Celles-ci sont en très bon état et très variées, sur des thèmes de la mythologie : Orphée, Ariane à Naxos, les travaux d’Hercule.

Travaux d'Hercule le lion de Némée
Travaux d’Hercule le lion de Némée

Celles de Piazza Armerina  ou d’Istanbul étaient plus belles. Mais ici, dans leur site naturel, dans les fleurs et les ruines, elles sont tout à fait charmantes. Nous restons trois heures et demie très agréables. Les groupes de touristes nous dérangent un peu bien sûr, nous n’avons plus l’habitude d’en rencontrer. Dès midi, ils disparaissent du paysage. Le soleil chauffe, nous devons nous abriter à l’ombre.

Travaux d'Hercule : les oiseaux du Lac Stymphale
Travaux d’Hercule : les oiseaux du Lac Stymphale

Pique-nique dans un endroit charmant en contrebas du site près d’un ruisseau dans une oliveraie ? Nous déjeunons à l’ombre bien tranquilles. Un jeune homme fait semblant de réparer son  grillage près de nous. Un vieux passe avec son âne…Un peu plus loin, je peins les oliviers et les agaves bleutés.

bourricots de labour
bourricots de labour

12. Meknès

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

Meknès : porte
Meknès : porte

Nous suivons, pas à pas, l’itinéraire  p. 116 du le guide Nelles.

Garons la voiture sur la grande place devant Bab el Mansour, la porte la plus fameuse de la ville. L’air est vif et clair mais il est difficile de prendre des photos : les perspectives s’étendent sur de grandes places, la présence des voitures complique le travail du photographe .A 9heures, il est bien tôt, pour le Maroc, les boutiques de souvenirs sont en train d’ouvrir, les marchands des échoppes du marché à la laine commencent tout juste à sortir leur matériel.

Meknès
Meknès

 

Mausolée de Moulay Ismaïl

Le Mausolée de Moulay Ismail est ouvert aux non-musulmans. Nous parcourons des salles couvertes, sol et murs en mosaïques, plafond de cèdre et stuc, colonnes de marbre, passons par des courettes dallées de zelliges, murs jaunes et portes en fer à cheval, fontaines de marbre sur des bassins sophistiqués. On se déchausse pour entrer. Les vieux gardiens, bien aimables, nous font les honneurs du mausolée. Curieux manège d’hommes pressés qui traversent la cour des sacs de sables sur l’épaule :  les fossoyeurs  déblayent le sable d’une tombe qu’ils sont en train de creuser.

Le Palais

Meknes0002 - Copie

Longue promenade entre deux murailles très hautes qui longent le palais (Dar El Makhzen). Rien à voir , seulement des nids de cigognes qui se posent sur les murs, des moineaux installés dans les cavités, comme à Marrakech. Cette longue rue droite nous conduit au Méchouar(place d’audience), malheureusement asphaltée. Un coin est agrémenté d’arcades recouvertes de tuiles vertes vernissées, des palmiers aux troncs courts et renflés comme des ananas et des orangers sont plantés le long des murs. La présence des voitures, même rares, dépoétise le lieu.

Dar El Ma

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Toujours le long des murailles beiges, nous arrivons au Dar El Ma (la maison de l’eau), citerne, greniers et écuries, un véritable palais-silo. La partie couverte est impressionnante,  vide mais charmante.

Meknes0005Des dégoulinades végétales tombent des ouvertures sur le ciel. Les traces des coffrages en roseaux sont visibles. Une belle porte en cèdre représente un soleil en l’honneur de Louis XIV, le contemporain de Moulay Ismaïl, véritable parallélisme entre le fondateur de Versailles et celui de Meknès (voir le livre d’Edith Wharton). Enfin pour le soleil, c’est peut être une interprétation abusive selon d’autres sources. Une partie de l’édifice a perdu sa couverture pendant le tremblement de terre de Lisbonne, et se trouve donc à ciel ouvert. Elle nous offre des perspectives de colonnades et d’arcades. La végétation a colonisé les grandes salles, palmiers oliviers et monstrueuses « mauvaises herbes ». Un petit pêcher est en fleur.

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Agdal

Tout proche, le bassin de l’Agdal, bassin rectangulaire où s’arrêtent quelques hérons. Sur les bancs, de nombreux étudiants révisent leurs leçons. Nous y faisons une courte pause.

Mellah

Sur la grande place, nous achetons un sandwich. Il faut attendre 3 heures l’ouverture du musée. Le Mellah, est situé, comme à Fes à proximité  du palais, et reconnaissable à ses larges fenêtres garnies de ferronnerie, ses balcons proéminents. Comme à Fes, il est devenu un bazar où tout se vend, cuvettes en plastique bleu, pruneaux, dattes et raisons secs en cônes, planches à laver en bois, manches de pioche, valises, laine et toiles à matelas que le cardeur utilise sous nos yeux mais aussi fruits et légumes frais, petits pois, cardons, artichauts, salades tomates et courgettes. Rien ne rappelle les anciens occupants. Depuis plus de quarante ans il s’est vidé de ses Juifs. Je cherche la trace d’une mezouza, mais plus rien. Au fond, un cimetière avec les tombes blanches en demi-cylindre dans une jungle de mauvaises herbes.A côté, flambant neuve une zaouïa, où exceptionnellement des jeunes allemands genre hippies sont installés (leur camping car est garé non loin.

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Dès 3 heures, je me précipite à Bab el Mansour où se trouve une partie de l’Exposition des Tapis. Cette grande exposition patrimoniale temporaire, sur le même principe que les Arts du Feu à Fes, regroupe des pièces provenant de tous les musées du Maroc. Peu de pièces exposées mais beaucoup de panneaux explicatifs, une bonne pédagogie. La plupart des tapis ne sont pas très anciens et datent du 20ème siècle. Les plus sophistiqués, les tapis de Rabat (tapis citadins s’inspirent des tapis turcs et persans) ne soutiennent pas la comparaison avec leurs homologues orientaux : il sont  plus grossiers, aux coloris moins vifs, leurs bordures (ou plutôt les bordures, certains en ont cinq à six) envahissent tout le tapis et témoignent de moins d’imagination. Les tapis berbères sont beaucoup plus intéressants. Un lexique des principaux symboles est placé sur un tableau : l’œil, l’oiseau, le grain d’orge, la rose. J’essaie de retrouver les dessins, j’en découvre d’autres, des bonshommes, des dromadaires, des tortues… La symétrie n’est pas respectée, grande liberté dans la fantaisie. Les coloris sont très chauds, orange, marron beige. Les points peu serrés. La facture semble très moderne .Mes préférés sont découpés en carreaux séparés par des bordures très fines.

Palais Jamaï

Nous nous reposons très dans  le joli Palais Jamaï. Les pièces sont extrêmement décorées, belles portes de cèdre, zelliges, fontaines. Encore une fois, nous disposons d’un Palais rien que pour nous. J’écris du jardin andalous original les deux fontaines font face au bâtiment le jardin comporte deux rectangles au lieu des quatre habituels,  un bananier fleuri, un palmier très haut trois orangers et deux cyprès.