marche pour le climat 26 septembre annulée pour cause de visite du Pape

GROSSE COLERE

Après l’été caniculaire, l’automne sec, les incendies, fruits et légumes inabordables….une protestation s’imposait.

Un collectif a organisé une marche Pour le Climat, le vivant, la paix et la justice sociale 

Avec les écolos du groupe local de Créteil, nous pensions nous y associer. marcher de Nation à République – un minimum.

Et voilà que la Préfecture refuse l’autorisation pour défiler. Seul le rassemblement 17h à la République est permis.

Pour cause de visite du Pape, sans doute? La Laïcité peut attendre, le Climat aussi

Le Test Elzéard – Laurine Roux

PHOTOVOLTAÏQUE AU PAYS DE GIONO

Reporterre – trouvé sur Internet

Sur mon sentier, j’ai écouté le podcast des Midis de Culture du 29/7/26 CLIC
Laurine Roux, l’invitée y présentait deux ouvrages, son roman Trois fois la colère et cet essai Le Test Elézéard
Eléazard, cela ne vous dit rien? c’est le berger de l’Homme qui plantait des arbres de Giono que j’ai adoré, j’aurais tant aimé que ce fut une histoire vraie. Et puis, Laurine Roux nous parle de sa grand-mère, Madeleine Roux, la maire-adjoint de Veynes dans les années 70-80 qui fit de la petite ville de cheminots, en déclin, une capitale solaire. Comme j’ai passé mes vacances, hiver et été pendant 30 ans dans le Devoluy, cela me parle.

Et hop dans la liseuse!
Le Test Eléazard est un essai, une commande,

« Il s’agissait d’écrire un récit documentaire au sujet de la prolifération des centrales photo voltaïques sur la montagne de Lure. »

A Cruis dans la montagne de Lure, le pays de Giono.

Pendant notre été caniculaire, on réalise tous qu’il faut baisser la consommation en combustibles fossiles. Le solaire paraît la solution idéale. Bien sûr, les panneaux ne sont pas jolis, jolis dans le paysage….not in my backyard? l’enquête s’impose.

Pour installer les fameux panneaux, la société Boralex (entreprise canadienne), avec la bénédiction des autorités locales , a choisi de massacrer une forêt où vivent des espèces protégées, reptiles, oiseaux, papillons. Et pourquoi donc détruire la nature? les forêts sont des puits de carbone. Tout simplement parce que le foncier ne coûte rien ; la location de friches industrielles, de parkings ou autres surfaces déjà anthropisées revient bien plus. Et que Boralex qui communique sur le renouvelable, le vert, l’écolo… ne cherche que le profit.

Evidemment, il faut quand même faire des études d’impact, demander des dérogations pour la destruction d’habitat d’espèces protégées, proposer des compensations. Il existe des lois à respecter!
Laurine Roux promène le lecteur sur le terrain, qu’elle connaît fort bien, étant native des Hautes Alpes et qu’elle sait décrire. Elle raconte le contexte, les habitants, les traditions solaires et militantes. Traditions festives aussi. Puis elle se plonge dans les textes, les compte-rendus minicipaux, les plans d’urbanisme PLU.

En 2016, lors des enquêtes d’utilité publique – PLU et permis de construire –, on a compris la bêtise de la
démarche, l’aberration de vouloir sauver la planète en rasant une jeune forêt avec des arbres dont la majorité
avait tout de même atteint six mètres, au moment du défrichement.

Puis elle aborde les textes administratifs dans un chapitre Attention, austère, où l’on constate les failles dans les études préalables et les prises de positions du Prefet « mon rôle c’est de lever les freins pour que les projets se concrétisent » . Bien dans l’air du temps!

« les verrous qui sautent les uns après les autres au profit d’intérêts industriels illustrent le détricotage du droit de l’environnement que les réformes promulguées sous le gouvernement Macron favorisent »

Les habitants de la régions ne se laissent pas imposer ce projet sans réagir : des associations se sont crées, chacune avec ses méthodes.

Plusieurs mouvements se sont coordonnés – Extinction Rebellion, le Groupe national de surveillance des
arbres, Elzéard, Lure en résistance, auxquels se greffent spontanément des membres du Café des libertés de
Forcalquier

Laurine Roux enquête, interroge les acteurs de cette résistance, transcrit dans son ouvrager les interviews, les témoignages. De Claudine septuagénaire et Sylvie qui ont choisi d’empêcher les machines de travailler, et qui se sont retrouvées en garde à vue avec des procès délirants. Ceci est bien aussi dans l’air du temps avec l’invention des « écoterroristes » par Darmanin! Des militants d’Extinction Rebellion qui apparaissent sous pseudonymes et qui se sont fait tabasser par les vigiles de Boralex. Des écureuils progégeant les arbres comme pour l’A69. D’autres, Amilure ont choisi la voie procédurière pour assigner Boralex en justice. On a aussi imaginer de labelliser le paysage de Giono pour le protéger.
Laurine Roux interroge aussi des naturalistes pour les fameuses « compensations » promises par l’industriel. Elle rencontre des bergers et démonte le mythe de l’agrivoltaïsme (greenwashing encore). Ce court essai(286 pages) est d’une grande richesse.

Sur mon étagère virtuelle, j’aimerais ranger Le Test Eléazard tout à côté des romans de Giono, non loin des ouvrage racontant le village de Chaudun , surtout celui de Luc Bronner, à proximité de Anima de Kapka Kassabova pour le pastoralisme. Et puis bien sûr, suivra Trois fois la colère de Laurine Roux que je viens de commencer, la lister n’est pas close.

Aux Origines, Défaire le Racisme – Palais de la Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)

COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?

COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?

L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavage et Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent. 

William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne

Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention. 

Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images  habituelles. 

William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves

William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou. 

Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)

Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales. 

Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021

En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté  et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse (Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka,  survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches. 

les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française

Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalme montre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.

Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War

Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante. 

Bouba Touré

Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes. 

La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atys dansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire. 

 

Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane

Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèque orné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur. 

Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.

Passion antisémite – Richard Malka

APRES LE 7 OCTOBRE 

A la suite du dernier dérapage de Mélanchon au sujet de la prononciation du nom « Epstein » dont l’humour m’a rappelé les calembours de Jean-Marie Le Pen. A quelques jours des élections municipales où se pose le vote pour LFI (aux Législatives cela ne m’avait posé aucun souci de voter Guetté (LFI) dans le cadre de la NUPES), j’ai lu en urgence Passion antisémite de Richard Malka. 

Passion antisémite est la publication de la plaidoirie dans le procès opposant Raphaël Enthoven à Manuel Bompard qui a porté plainte pour insulte, à la suite d’un tweet publié suite à l’exfiltration de Raphaël Glucksman, le 1er mai 2024 à Saint Etienne

« Pour justifier la qualification de LFI de « mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément
antisémite, de club de déficients, tellement cons »… il me faut établir que ces propos relèvent d’un débat d’
intérêt général et que nous avons quelques éléments factuels pour considérer que LFI répond à ces
qualificatifs. Commençons notre analyse… »

Richard Malka va analyser d’abord en quoi la diffamation concerne particulièrement Raphaël Enthoven et  non pas tous les autres qui ont dénoncé l’antisémitisme de LFI .Pourquoi lui et  non pas les intellectuels et universitaires qui sont signé une tribune dans le journal Le Monde? Pourquoi pas Robert Hirsch, encore dans une tribune du Monde, pourquoi pas Aurore Bergé? ou Philippe Val, ou même Clémentine Autain….tous ont dénoncé l’antisémitisme. 

C’est un procès monstrueux dont vous êtes saisi. Un procès visant à interdire aux victimes de l’antisémitisme de désigner leur bourreau. Un procès visant à décerner un brevet de non-antisémitisme à un parti politique et à neutraliser toute réponse immunitaire à un cancer qui se répand. Tout cela en évitant tout débat par le recours artificiel à la qualification d’injure plutôt qu’à celle de diffamation et en ne se déplaçant même pas.

Pas à pas, l’avocat va étudier mot à mot les termes de la plainte. Il ne va pas s’étendre sur le qualificatif de « détestable« , que les militants utilisent abondamment « tout le monde déteste le Parti socialiste », ont-ils chanté…

« Violent » est plus intéressant.

-Voilà un parti dont le grand timonier hurle qu’il est « le bruit et la fureur » et il fait un procès quand on fait état de la violence de son mouvement? C’est une farce?

Là, je ris aussi; je ne savais pas qu’une plaidoirie pouvait être aussi drôle. Je n’ai pas l’habitude des prétoires. Malka va donner du « factuel » : énumération de déclarations injurieuses vis à vis de la Presse écrite, entre autres ou des journalistes de télévision. Egarements ou trouble comportemental.

Il démonte rapidement les « complotisme » et « déficient »qui ne relèvent pas de l’outrage.

Plus intéressant, plus fouillé, moins drôle, le volet « passionnément antisémitisme » occupe une bonne partie du livre.

Pourquoi m’être autant impliqué ? Pourquoi publier ? Parce que ce qui se joue dans ce dossier dépasse de loin
le seul cas de mon client. À travers lui, c’est la question de l’antisémitisme de gauche qui est posée et plus
largement le retour de la question juive qui décide en partie de notre avenir politique, éthique, civilisationnel.
Il faut témoigner d’un moment de notre histoire, d’une inquiétude, d’une blessure menaçante,
potentiellement fatale pour notre société. Il faut témoigner parce que je crois à la bonne foi et à l’esprit
critique. Il faut témoigner pour que l’ignorance ne soit pas une force.

L’antisémitisme ne se résume pas à la Droite ou à l’Extrême-Droite. Un antisémitisme de gauche a existé et va chercher les « bases factuelles » justifiant ces termes. Il démonte l’argument du déni de l’antisémitisme par Mélanchon

Contrairement à ce que dit la propagande de l’officialité, l’antisémitisme reste résiduel en France. Il est en tout cas totalement absent des rassemblements populaires. » Cette déclaration, devenue fameuse, est un véritable négationnismeles

Il invoque, à ce propos, les crimes de Mohamed Merah, la fillette de 12 ans violée parce que juive, et diverses falsifications de l’histoire. Dès le 19ème siècle l’antisémitisme de gauche s’est exprimé, avec Proudhon et même Marx, Bakounine, Duclos invectivant Mendès France,  pour aboutir à Garaudy, le négationniste.

ce n’est pas grave non plus de publier des affiches de propagande authentiquement nazies s’inspirant du Juif
éternel de Goebbels pour représenter l’animateur Cyril Hanouna

Richard Malka produit des statistiques portant sur l’antisémitisme des jeunes, à l’extrême droite, comme à l’extrême-gauche. Statistiques également de l’explosion de la judéophobie, des agressions contre les juifs. Aussi du concept de double-allégeance opposant les juifs d’un côté et les Français de l’autre.

l’occasion du refoulement de Rima Hassan d’Israël, la « diaspora » se voyait en effet enjoindre par le leader
insoumis de « protester, en solidarité des Français pour les représentants de leur pays quand ils sont
maltraités ». Il oppose ainsi les juifs, réduits à une diaspora, d’un côté, aux Français de l’autre. C’est de l’
antisémitisme à l’état chimiquement pur.

 

En quelques mois seulement, la passion obsessionnelle des Insoumis a transformé des Français en juifs. L’
extrême droite n’y était pas parvenue en plusieurs décennies.

Et comme cela ne suffisait pas. Hier soir, sur Canal+ passait le film « L’Amour c’est surcoté », film de potes de banlieue, comédie de stand-up. Et qu’est ce qui réunit les copains? Ben justement les blagues sur les juifs, ben voyons! Avec les réflexions misogynes et homophobes. Mais les Juifs c’est encore plus rigolo! Bien sûr rien à voir avec LFI, mais quand même l’antisémitisme dans les banlieues,  c’est porteur….

Le Câble C1 a pris son envol entre Créteil et Villeneuve-Saint-Georges

TOURISTE DANS MA VILLE

Le 13 décembre 2025, a été inauguré le téléphérique urbain long de 4.5 km reliant La Pointe du Lac (et la ligne 8 du métro) à Villeneuve-Saint Georges- Villa-Nova. En passant par Valenton, Limeil-Brévannes. Inauguration festive avec des jeux pour les enfants, des ateliers, visites naturalistes et même carnaval. La foule était au rendez-vous, surtout les familles, enfants venant des communes mal reliées par des autobus et même complètement enclavées dans des zones ferroviaires, industrielles. 

Je me suis précipitée pour un survol du territoire . On comprend vite pourquoi la solution aérienne s’est imposée pour relier les communes.

RN 406 – SIAAP (assainissement) – ligne haute tension

Les premiers obstacles évités par le téléphérique : la 4 voies RN 406 puis le terrain occupé par le SIAAP (traitement des eaux usées)malheureusement les gros yeux peints par JR que l’on découvre de la route ne sont pas visibles sur les citernes . En revanche on découvre les plans d’eau, les zones naturelles entourant les installations d’épuration. Passe le TGV. Encore un obstacle terrestre à la circulation;

Lignes SNCF à l’approche de Villeneuve-triage

l’emprise de la SNCF est impressionnante. On pourrait deviner les parkings et les endroits de déchargement des containers. Les autobus doivent contourner ces obstacles, ce qui allonge considérablement les temps des trajets.

La plage bleue.

La première station du C1 se trouve à quelques centaines de mètres de la Plage bleue, parc entourant une pièce d’eau. Lieu de mes promenades que je découvre vu du ciel. 

La seconde Valenton se trouve au pied de la pente plantée d’un agréable parc Le Parc Saint Martin traversé par la coulée verte, ou Végétale (anciennement TGVal) des arbres anciens sont complétés par de nouvelles plantations. La station La Végétale. La grosse boite argentée  de la station est perchée sur le plateau de Brie, toute proche de la nature : au dessus du Parc Saint Martin et des Bois de Granville traversé par la belle piste piétonne ou cycliste . Le Câble est coudé et fait un angle pour se diriger vers Villeneuve. Sous les cabines, le territoire est alors peu attrayant, entrepôts, constructions diffuses pavillons mais aussi caravanes, même des sortes de cabanes de jardin puis  des cimetières très étendus. De grands immeubles se succèdent ensuite. Seul attraction : du street art a été réalisé sur une façade aveugle : un magnifique héron fantaisie et plus lins un grand panneau en camaïeu rose orange cubiste moins réussi. 

Il y a foule à la station Villa-Nova, une grande queue attend pour descendre à Créteil, toujours les mêmes jeux pour enfants, une troupe de danseurs et percussionnistes, et surtout une maquette du quartier des Castors, des cheminots ont construits eux même leur pavillon dans une sorte de cité-jardin, initiative tout à fait étonnante. 

Au retour une étape à La Végétale j’emprunte la coulée verte, découvre un verger pédagogique, un champ – curieuse incursion de la vraie campagne – et la Végétale s’enfonce dans le bois. Une promenade rejoint le RER A  à Boissy Saint Léger. Un autre itinéraire va rejoindre le Bois de la Grange et le château du Maréchal de Saxe, au km 7 de la voie verte qui rejoindra au km 17 Santeny puis le Chemin des Roses, 20 km rn Seine et Marne. Le Câble est donc le moyen de faire de très belles randonnées-nature et aussi des circuits-vélo puisqu’il est possible d’emporter sa bicyclette dans les cabines. 

 

La Fissure – Carlos Spottorno – Guillermo Abril – Gallimard bandes dessinées

Classé BD Doc., je l’ai emprunté à la médiathèque sans l’ouvrir. Format BD bros album de 170 pages. Une claque!

J’attendais une bande dessinée, point de dessins : des photos. Soigneusement encadrées de noir, disposées comme les vignettes d’une bande dessinée. Si le sujet n’était pas aussi grave, on penserait à un roman-photo. Plutôt un photo-reportage. Très belles photos, très travaillées. Noir et blanc ou sépia avec des plages colorisées. Le gris domine ou le marron, avec des personnages colorés, des plages vertes de l’herbe parfois….Et le thème récurrent des hommes en route, des barbelés, des miradors.

Publié en Espagnol en 2016, ce reportage glaçant est prémonitoire. Il annonce les guerres actuelles, les faiblesses de l’Europe, ses fissures.

« Cela fait quelques temps que nous y réfléchissons. En suivant la frontière extérieure, la grande fissure, nous avons trouvé des dizaines d’entailles  dans le rêve européen. C’est l’immense faille des réfugiés, les brèches du nationalisme, la fermeture des frontières et l’ombre du Brexit ; le populisme et l’islamophobie, la crise qui a opposé le Nord et le sud, la f^lère d’un bloc de l’Est qui considère Bruxelles comme la nouvelle Moscou, les cassures de la Syrie, de l’Orak, fr la Lybie. Et puis il y a la Russie, une énorme crevasse sur laquelle nous voulons à présent nous pencher »

Le livre rassemble plusieurs reportages des journalistes espagnols, Carlos Spottorno, photographe et Guillermo Abril, grand reporter pour El Pais Semanal en divers points brûlants des frontières de l’Europe : Mellila et sa haute barrière que les Africains sautent. Passages de Syriens de Turquie en Europe, à Lesbos, en Thrace et en Bulgarie.

Lampedusa : ils rapportent un reportage de l’Opération mare nostrum sauvetage en Méditerranée de bateau de migrants. (2014)

Ils suivent les colonnes de migrants à travers la Hongrie, la Serbie, la Croatie, toujours des barbelés à franchir!

La deuxième partie de l’ouvrage les conduit plus au Nord et plus à l’Est : Pologne, Lituanie, Estonie, Finlande aux frontières de la Russie alors que la première guerre d’Ukraine fait rage au Dombass, avec l’annexion de la Crimée et l’intervention de Poutine en Syrie. La  présence des réfugiés est toujours là mais la menace se fait plus précise : Kaliningrad, Narva et même au delà du cercle polaire.

Les fissures dans la glace de la banquise symboliseraient elles  ces cassures   préfigurant les conflits d’aujourd’hui?

Nos cœurs déracinés – Marie Drucker

APRES LE 7 OCTOBRE

Paul Klee – légende des marais. pourquoi Klee? Exposition Art Dégénéré

J’ai écouté Marie Drucker sur FranceInter : « il y a des millions de manières de se sentir juif ou de ne pas se sentir particulièrement juif » et j’ai eu envie de lire Nos cœurs déracinés.

«Être juif, c’est se confronter à la vastitude des possibilités d’être. Cela peut être affaire de religion, de croyance, de foi, d’appartenance, de non-appartenance, de mysticisme, de culture. On n’est ni croyant ni pratiquant, mais à la question : vous êtes juif ? on se doit de répondre « oui » sans conditions. Car, plus que toute autre, notre identité est aussi faite de nos morts.»

Percutée par le 7 octobre, Marie Drucker explore ses racines, comme le suggère le titre des « coeurs déracinés »

« Exclusivement guidée par ma liberté que je crains à tout moment de perdre, je refuse d’être estampillée et réduite à cette seule part de mon identité.

Alors pourquoi m’attaquer à ce sujet hautement inflammable ?

Parce que aujourd’hui, c’est différent. Depuis le 7 octobre 2023, c’est différent. Je ressens le besoin impérieux d’explorer l’inexploré – je viens de ces familles où l’inconnu n’est pas l’avenir mais le passé, le saut dans le vide n’est pas demain mais hier. »

J’ai beaucoup aimé l’évocation de ses grands-parents qui

« avaient un amour immodéré pour la France, pour ses valeurs, et un attachement viscéral à la laïcité »

Venus d’Europe de l’Est, Pologne ou Roumanie. Attachement à la langue allemande, celle de Zweig. L’étoile jaune encadrée. Evocation de l’antisémitisme en Pologne qui a poussé à l’exil sa famille paternelle. Vie cachée pendant la guerre.

Drancy, le Dr Drucker, le grand père,  est médecin du camp « Abraham Drucker s’est bien comporté » selon Serge Klarsfeld. Installation du cabinet médical en Normandie.

« n’est-ce pas cette condition extraterritoriale, sans contrainte de frontières, qui a donné le meilleur du
judaïsme et tant apporté à l’Europe et au monde ? Puisque les Juifs ont, de tous temps ou presque, été
détachés de la question territoriale, la préoccupation majeure était alors la circulation des idées. Le vrai
territoire est celui de l’échange oral, qui fonderait notre identité malgré nous »

La suite est une réflexion sur l’identité juive, les rapports avec le sionisme : indifférence du côté paternel, ou adhésion au sionisme pour le côté maternel. Confiance dans l’Europe, rempart contre l’oubli. Maternité.

Et pour terminer ce crédo :

« je crois aux sciences humaines, à la littérature, au cinéma comme valeurs refuges et échappatoires. malheureusement c’est vers la télévision et les réseaux sociaux que nous nous tournons par paresse… »

Crédo désabusé de l’ancienne journaliste après le 11 septembre et le 7 octobre quand l’actualité est traitée par les chaines d’information continue 24 h/24  et les téléspectateurs voraces d’images, de son, de violence. Sans parler des réseaux sociaux.

J’ai aimé cette voix lucide qui parle de notre monde.

Toutes les vies de Théo – Azoulai Nathalie

APRES LE 7 OCTOBRE…

Giacometti et Rothko

Depuis le 7 octobre, je suis saisie de « Judéobsession » comme l’a écrit Guillaume Erner dont je suis justement en train de lire le livre. Ecoute  compulsive de podcasts sur l’antisémitisme, les Juifs, la Shoah. J’ai découvert Toutes les vies de Théo en même temps que L’Annonce d’Assouline sur Répliques : la Littérature face aux attaques du 7 octobre. En même temps que l’Annonce, j’ai téléchargé Toutes les vies de Théo. Autant le livre d‘Assouline m’a parlé, autant j’ai été agacée par celui d’Azoulai. 

Théo, à moitié allemand par sa mère, à moitié breton, rencontre Léa à une séance de tir sportif, en tombe amoureux et l’épouse. La mère de Théo pour vaincre sa culpabilité d’allemande vis à vis de la Shoah, est ravie de cette union avec une juive, une sorte de rédemption par son fils. Ils ont une fille Noémie. le 7 octobre va déchirer cette union.

« Elle dit que l’histoire l’avait prise par le col, qu’elle l’obligeait à retourner dans sa niche. »

Léa se sent renvoyée à son identité juive, solidaire d’Israël. Théo se sent exclu. Il rencontre une plasticienne libanaise, en tombe amoureux et épouse la cause palestinienne sans réserve. Mais la belle est volage et il va se retrouver abandonné

La fracture que le 7 octobre peut induire dans un couple mixte, je la comprends ; son analyse m’aurait passionnée. Fracture réelle pour de nombreux juifs s’éloignant d’amis proches et de relations, de militants, et surtout de toute une gauche qui maintenant les rejette. Je pensais trouver cela dans le livre.

« On aurait voulu inventer ta vie, Théo, qu’on n’aurait pas osé, dit Léa. Tu auras passé la première moitié à
vouloir être juif et la deuxième à vouloir être arabe. – Et toi, à vouloir oublier que tu étais juive puis à t’en
vouloir d’avoir voulu l’oublier, dit-il du tac au tac. – Au moins, moi, je me débrouille avec ce que je suis.
Mais qui sait, un jour, tu seras peut-être toi-même… »

Mais non, plutôt une caricature. Je n’ai pas pu m’attacher à la personnalité de Théo réduite à son attraction vers les Juifs puis les Palestiniens. Il est dessiné en creux, amoureux de l’autre différente, puis retourne à son identité. J’aurais aimé voir vivre la famille de Léa, comprendre les réactions différentes au départ des deux soeurs Léa et Rose qui vivent un mariage symétrique et un divorce aussi prévisible. Cette symétrie me semble bien artificielle. Quant à la conversion de Noémie au catholicisme puis son retour au judaïsme, cela m’ a paru bien superficiel.

 

Le 8-octobre – Généalogie d’une haine vertueuse – Eva Illouz – Tracts Gallimard

APRES LE 7 OCTOBRE …

Dana Schutz : Fanatics

Le 7 octobre, l’horreur, le pogrom, le séisme. Déchirement. Urgence de vérifier qui va bien, qui est touché… Sidération.

Mais, pourquoi Eva Illouz  a-t-elle choisi  le 8 octobre ? 

« Pourquoi ce 8 octobre a-t-il été la date où la compassion, même froide et convenue, s’est aussi
mystérieusement absentée ? »

Comment, devant l’horreur des crimes, des viols, des enlèvements de bébés, la jubilation de certains intellectuels s’est exprimée? Non pas les foules  de Gaza, Beyrouth, ou  Damas. On aurait compris mais celle d’universitaires américains, canadiens, suédois qui ont théorisé cette jubilation.

« Le négationnisme et la joie face à la fureur annihilatrice du Hamas continuent d’être pour moi, une énigme obsédante »

la déclaration de Andreas Malm, écologiste de l’université de Malmö est particulièrement choquante : 

« la première chose que nous avons dite dans ces premières heures [du 7 octobre] ne consistait pas tant en des mots qu’en des cris de jubilation. Ceux d’entre nous qui ont vécu leur vie avec et à travers la question de la Palestine ne pouvaient pas réagir autrement aux scènes de la résistance prenant d’assaut le checkpoint d’Erez : ce labyrinthe de tours en béton, d’enclos et de systèmes de surveillance, cette installation consommée de canons, de scanners et de caméras – certainement le monument le plus monstrueux à la domination d’un autre peuple dans lequel j’ai jamais pénétré – tout d’un coup entre les mains de combattants palestiniens qui avaient maîtrisé les soldats de l’occupation et arraché leur drapeau. Comment ne pas crier d’étonnement et de joie»

De la résurgence de l’antisémitisme en France, de l’absence de Macron à la manifestation contre l’antisémitisme, ou des déclarations aberrantes de Mélanchon,  il n’en est pas question dans ce livre qui se concentre sur l’aspect théorique de ce qui se nomme outre-Atlantique la « French Theory« .

French, à cause de Foucault, Derrida, apparue sur les campus américains dans les années 1970 « Antiaméricanisme, anticapitalisme et anticolonialisme en constituaient les fondements »

L’essai de Eva Illouz a pour but d’analyser et de démonter cette théorie. je l’avais écoutée à la radio ICI J’ai eu envie de la lire. Cette lecture s’avère ardue pour qui n’est pas familier du vocabulaire des sciences humaines. Elle permet de mettre des concepts précis derrière le mot très très flou et connoté politiquement de « woke » qu’elle n’utilise pas. L’analyse marxiste se trouve dépassée , remplacée par le pantextualisme

« l’extension de la métaphore du texte à la vie sociale, ce que j’appelle le pantextualisme.
[…]

La déconstruction de Jacques Derrida a peut-être été la forme la plus aboutie du pantextualisme. »

On s’éloigne des catégories habituelles s’appuyant sur des faits pour décrypter des textes. Eva Illouz introduit un nouveau concept : le pouvoirisme

les notions de « discipline », de « surveillance » et « d’orientalisme» n’étaient certes pas marxistes mais
faisaient du pouvoir le signifié ultime à extirper des textes. Ce pouvoir était abstrait et sans agent et
englobait la totalité des pratiques textuelles et des sphères sociales. […]

J’appelle cette position épistémologique le « pouvoirisme

Marx avait situé le pouvoir dans la propriété, dans les moyens de production et le contrôle des termes du
contrat de travail. Pour Max Weber, le pouvoir était défini par la capacité de prendre des décisions pour les
autres et (ou) d’affecter leur comportement Les deux conceptions du pouvoir sont empiriques et font la
distinction entre ceux qui ont du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. Le pouvoirisme ne veut pas et ne peut
pas faire cette distinction, parce que le pouvoir est vu comme constitutif de toutes les relations sociales.
[…] le pouvoirisme, la critique des textes était plus qu’un exercice d’herméneutique : elle devenait une
performance morale de la dénonciation.

De l’analyse critique on glisse vers la dénonciation, acte politique ou moral, en tout cas loin de la rigueur universitaire pour atteindre toutes les approximations, la concurrence entre les dénonciations et toutes les outrances sont les bienvenues. L’oubli de l’histoire est acté. 

« Elles racontent le monde à travers des catégories narratives qui effacent le chaos de l’histoire, l’ordonnent
moralement et créent une nouvelle intuition morale : la cause palestinienne, même défendue par un
groupe génocidaire, est intrinsèquement bonne, Israël, même quand il répond à une attaque, incarne le
mal. »

Et enfin, la concurrence victimaire qui est la négation de l’horreur de la Shoah, les Juifs n’étant plus perçus comme victimes mais comme privilégiés.

« L’antisémitisme et l’antisionisme sont devenus des marqueurs-clés de l’identité sociale grâce à deux
processus sociologiques sous-jacents : la concurrence socio-économique et victimaire des minorités »

Instinctivement, je saisis ces concepts de  « pantextualisme », « pourvoirisme » mais je me trouve intellectuellement bien démunie! A l’heure de l’Intelligence Artificielle et des Fake News, il va être bien difficile pour le citoyen lambda de séparer le vrai du faux. Et j’ai peu d’espoir du côté des universitaires.