pause vacances!

BLOG EN PAUSE!

Demain nous serons dans l’avion pour San Jose, Costa Rica.

Nous espérons bien voir des paysages comme sur la photo!

Je n’emporte pas d’ordi, seulement 3 cahiers de brouillon,  96 pages et mon carnet moleskine, un crayon et une gomme…l’appareil photo, bien sûr, et la liseuse, chargée.

Le blog sera en pause, mais je vous enverrai des cartes postales sur Facebook

 

LE TRAIN D’ERLINGEN ou la Métamorphose de Dieu – Boualem Sansal

LITTÉRATURE FRANÇAISE

« Si Henry David Thoreau était parmi nous, il nous l’écrirait ce livre dont nous avons intensément besoin pour nous aider à repenser notre rapport à l’Etat, au Marché, à la Religion, à la Nature. Ces quatre piliers porteurs de notre vie et de notre civilisation donnent tous les signes d’un effondrement imminent, rongés par un mal surpuissant : le cancer du béton, l’usure du temps, le modernisme artificieux, la mondialisation qui distend les liens humains et renforce la chape de l’inhumain argent-roi, la surpopulation, la bougeotte massacreuse du touriste, le tournis des modes, le trouble obsessionnel compulsif des chefs, l’incurie des élites, l’inculture des féodaux, l’attaque au carbone radioactif des esprits et de la nature, la prolifération des moustiques et des rats, le trop-plein des milliardaires, etc., tout pousse dans le même sens : la fin »

Roman ambitieux, critique de notre monde en crise selon tout ces aspects économiques, spirituels, philosophique.

Dédié  sur la page de garde :

« ...à Henry David Thoreau, Charles Baudelaire, Franz Kafka, Constantin Virgil Gheorghiu, Dino Buzzati … »

Ambitions littéraires sous ces patronages célèbres!

Pourtant, le résultat est confus et parfois ennuyeux à lire. J’ai dû m’accrocher pour le poursuivre. Ce n’est pas avec de bonnes intentions qu’on écrit la meilleure littérature.

Le livre commence comme une dystopie, dans une ville allemande imaginaire assiégée par un envahisseur indéfini, à une période indéterminée…j’ai horreur des dystopies, très à la mode en ce moment. la ville doit être évacuée par un train qui n’arrive pas. Train bondé dans la campagne allemande, cela évoque de cruelles images – et cela ne doit pas être un hasard.

Curieusement l’histoire remonte le temps et nous suivons les pas d’immigrants allemands qui font fortune en Amérique. Fortune immense mais par des moyens inavouables, relents d’esclavage et de colonisation. Regard décalé sur les migrations. Autrefois c’est l’Europe qu’on quittait pour chercher une vie meilleure! Cet aspect m’a beaucoup intéressée. Saga de la famille Ebert multimillionnaires mondialisés.

Le récit fait des embardées, revient à Erlingen au conseil municipal où la démission des dirigeants se prépare… une certaine résistance s’organise….

Le livre est construit en miroir : la première partie LA RÉALITÉ DE LA MÉTAMORPHOSE  est composé de lettres d’Ute, à Erlingen adressée à sa fille Hannah à Londres. La seconde, symétrique est intitulée LA MÉTAMORPHOSE DE LA RÉALITÉ est également un roman épistolaire, mais les lettres écrites par Lea ne parviendront jamais à sa mère Elisabeth Potier puisque cette dernière est décédée.

Cette réalité est celle de Paris ou de sa banlieue à l’heure des attentats et du Bataclan. La mère de Léa,  enseignait dans un établissement difficile d’une cité du 9.3. A sa retraite, elle part en Allemagne comme préceptrice de la fille de richissimes industriels et visite un Musée de l’émigration. Nous revenons sur cette thématique de l’émigration.

A la suite des attentats, mère et filles rentrent à Paris

« La journée fut longue et héroïque. L’appareil-photo et le portable de maman recelaient une centaine d’instantanés magnifique, des foules denses, graves, la vie qui marche, la vie qui proteste, mais aussi des foules hébétées qui rasent les murs, qui se fondent dans le paysage. Il y avait dans l’air parisien comme une réminiscence de l’envers…Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé…et Paris occupé! »

J’ai préféré cette seconde partie qui traite plus du réel mais où des digressions sur l’esclavage et le colonialisme nous conduisent encore en Amérique.

La lectrice est accrochée. Ce livre très riche mais très confus me laisse une impression de ratage étrange et sympathique. Chaque chapitre est intéressant en soit. La construction est intelligente, le propos réfléchi. mais cela ne prend pas (comme on dit d’une mayonnaise). En revanche j’ai envie de relire La Métamorphose, le Désert des Tartare , Les Immortels d’Agapia et surtout Thoreau que je ne connais que de nom.

 

Les enfants du Ghetto : je m’appelle Adam – Elias Khoury

PALESTINE

« C’est l’histoire de l’agneau qui n’a pas renâclé lorsqu’il est mené au sacrifice. C’est l’histoire des enfants du ghetto. »

« Non je ne cherche pas à mettre en parallèle l’Holocauste et la Nakba, je déteste les comparaison de ce genre et j’estime que le jeu des chiffres est haïssable, nauséabond même. »

Cette lecture est d’une actualité criante. Pas seulement parce que ce livre vient de sortir en Français. Surtout à cause de ce qui se passe à Gaza.

Le titre est ambigu, le  mot « ghetto » fait penser à  Varsovie. Ce n’est pas anodin, ni fortuit :  le héros du roman joue avec cette ambiguïté.  Le ghetto du livre est celui de Lod. Evidemment, Lod évoque l’aéroport, j’ignorais qu’en 1949 un ghetto fut mis en place pour parquer les Palestiniens. J’ignore beaucoup de choses en ce qui concerne la guerre d’Indépendance d’Israël, et encore plus sur la Nakba. La version officielle serait que les Palestiniens  auraient fui pour revenir avec les armées  arabes victorieuses.

Noter que ce livre est un roman et  pas un témoignage historique. L’auteur prend d’ailleurs des précautions vis à vis des historiens. Le narrateur était un nourrisson en 1949 qui ne peut que rapporter les paroles qu’il a entendues plus tard, paroles qui se contredisent parfois. Cependant, le contexte historique est très documenté et cite de nombreux auteurs israéliens comme Yizhar, Tom Seguev, Ilan Pappé ainsi que les auteurs palestiniens, Edward Saïd ou Mahmoud Darwich, pour les plus connus.

C’est un roman très riche qui intègre différents thèmes en cahiers séparés. Comme d’autres romans libanais(j’ai lu l’an passé Hakawati de Rabih Alameddine) l’auteur cherche les origines de la littérature arabe dans la poésie médiévale. L’évocation du poète dans le coffre est présentée comme un conte.

« En effet, la poésie n’est pas uniquement le registre des Arabes, elle est aussi le réservoir de leurs contes sans lequel il n’y a pas d’histoires, et sans celles-ci, la poésie rétrécit et s’anéantit… »

C’est un conte mais  aussi une critique littéraire : Adam, le narrateur,  est un universitaire israélien spécialisé dans la littérature arabe. Il cite Taha Hussein  discutant les rapports de la langue à la poésie anté-islamique et au Coran.

Dans les chapitres suivant, Adam renonce au conte,: il rédige ses mémoires:

« je ne suis entré dans aucun coffre comme mon cher poète, mais je constate maintenant que j’ai vécu toute ma vie dans le coffre de la peur et que pour en sortir, il me fallait le briser, non seulement l’écrire… »

Adam, arabe israélien,est un personnage complexe. Son manuscrit relate la quête de son identité et raconte l’histoire du ghetto de Lod.

« Et j’avais réussi. j’étais un israélien comme les autres. Je n’avais pas dissimulé mon identité palestinienne, mais je l’avis remisée dans les ghetto où je suis né. J’ai été le fils du ghetto qui m’a accordé l’immunité de Varsovie – mais c’est une autre histoire… »

Je ne vous raconte pas les aventures de l’enfant, à vous de les lire…

C’est un livre passionnant qui donne envie de lire  les auteurs qu’il cite ainsi que les Portes du Soleil du même auteur. J’ai téléchargé Khirbet Khizeh et je me suis empressée de le relire (en anglais, disponible en version numérique, cela ne va pas me faciliter le travail pour les citations). Et j’ai fait toute une liste des autres!

Adieu Simone Veil! – Et tu n’es pas revenu – Marceline Loridan-Ivens

J’avais dévoré ce livre sensible, témoignage poignant, de Marceline Loridan que Claudialucia avait fait voyager. Je n’avais pas su écrire  un billet. Certains sujets m’intimident, la déportation plus encore. Qu’écrire de plus qui soit pertinent?

J’ai beaucoup aimé entendre l’auteur parler de son amie Simone Veil à la télévision.

J’ai senti qu’il fallait que j’aille aux Invalides. rien ne me retenait, ni le travail, ni les obligations. J’avais la matinée libre,. Il faisait beau. Nous y sommes allées à 4 copines. Je goûte très peu les cérémonies officielles, Marseillaise, Drapeau, hommages militaires. Et pourtant je voulais dire adieu à celle qui résume  l’histoire du 20ème siècle, aussi bien la résistance au fascisme, la construction européennes, le droit des femmes, la loi qui porte son nom… toutes grandes causes qui m’ont fait vibrer.

Le Promeneur d’Alep – NIROZ MALEK

Touriste insouciante, visitant châteaux et mosaïques, j’ai approché de trop près la frontière syrienne, vu les tentes des réfugiés pour oublier la tragédie qui se joue non loin d’ici. Cette lecture est un contrepoint à la béatitude vacancière de celle qui n’a même pas accès aux actualités. C’est à Wadi Rum que des touristes français, connectés, m’ont appris que des Syriens avaient été gazés…que Trump avait réagi…

Ce recueil de textes poétiques est le journal d’un écrivain qui n’a pas pu quitter Alep et qui témoigne de l’enfer quotidien de ses habitants.

« – Le corps  pourrait-il survivre sans âme? C’est pour cela que je ne partirai pas de chez moi, car il n’y a pas de valise assez grande pour contenir mon âme »

Texte très courts racontant le quotidien dans la ville, entre bombardements et barrages, parfois prosaïques, de celui qui malgré tout rencontre des amis, va au café, tente une promenade, retrouve ses souvenirs de jeunesse ou d’enfance dans un square où jouaient les enfants….

Textes hallucinés entre vie et mort. Le narrateur est-il encore vivant, est-il échappé de la morgue comme celui qui grelotte de froid dans le chaud été syrien?

Des personnages interviennent, on ne sait pas si l’enfant nu est un fantôme…si la jeune fille amoureuse survivra à son fiancé… des histoires de vivants se trament quand même.

Un texte que je ne suis pas prête d’oublier.

 

Nujeen – L’incroyable périple – Nujeen Mustafa avec Christina Lamb

515ike91dwl-_sx210_J’ai envie d’offrir ce livre à toutes mes élèves kurdes que j’ai rencontrées au collège.

J’ai envie de faire lire l’histoire de Nujeen à tous ceux qui ne sont pas persuadés que les migrants, les réfugiés, les Syriens (ou Irakiens, ou Afghans….) ne sont pas capables d’offrir plus à leur pays d’accueil que leur simple force de travail.

Leçon de vie aussi, que celle de la jeune fille du 5ème étage d’Alep.  Clouée par son handicap à la maison, elle a été capable non seulement de parcourir tout le périple d’Alep à la Rhénanie sur son fauteuil roulant.  Elle a vécu cette Odyssée non comme une épreuve mais comme une aventure. Aventure pleine de premières fois excitantes.

Nujeen à cause de son handicap, n’a pas pu aller à l’école, n’a pas pu nouer d’amitié avec des enfants de son âge, mais elle a   tiré profit de ses heures passées à regarder un feuilleton télévisé pour apprendre l’Anglais seule et cette compétence la rendra, non seulement utile comme traductrice pour sa famille et son entourage, mais même célèbre (je ne spoile pas, cela ressemble à un conte de fées). De sa solitude, et de son éloignement des enfants, elle a accumulé, grâce à Internet, une culture étonnante. Culture hétéroclite, dispersée mais tellement étendue!

Comment ne pas imaginer que Nujeen s’adaptera en Allemagne et qu’elle fera de sa vie quelque chose de bien!

Retour à Selinunte et retour des panneaux

CARNET SICILIEN 2016

Temple E avec les chapiteau du temple G
Temple E avec les chapiteau du temple G

Arrivée tardive, 10h,  l’heure des cars de scolaires et de touristes, ciel voilé. Une visite de trop ?

J’étais revenue pour dessiner.

Surprise ! Sur les supports vides mardi, on a installé de magnifiques panneaux en couleur – avec QR-codes –  mais aussi des explications. Cela change tout !

Temple F

temple F
temple F

J’étais passée devant le Temple F sans le voir –  en l’absence de colonnade remontée. Il a suffi d’un panneau bien placé pour que je devine l’édifice, les gradins et la base des colonnes. Temple archaïque 6×14 colonnes. Etait-il consacré à Athéna, Hercule ou Dionysos ? On ne le sait pas ; Gravissant les marches, je reconnais encore Pronaos, Naos et Cella avec ici un élément original : un mur entre les colonnes sans doute pour préserver le secret du culte.

Temple G

Les grosses colonnes du Temple G
Les grosses colonnes du Temple G

La dimension du diamètre des colonnes est impressionnante. La gravure de JP Houel (1782) présente six colonnes encore debout. En cherchant bien dans le chaos des blocs je découvre d’autres colonnes à moitié effondrées mais bien en place sur le côté nord. Mon imagination stimulée, j’imagine le temple.

Acropole

Sur l'Acropole le temple D
Sur l’Acropole le temple C

Le miracle des panneaux est encore plus flagrant. Mardi, j’avais fait une promenade distraite ne prêtant attention qu’à la colonnade du temple C remontée en 1925. Je n’avais même pas soupçonné l’existence du Temple A – temple d’Apollon, milieu du 6ème siècle. De dimension modeste, il était, parait-il décoré de marbres précieux et recelait le premier escalier à spirale, raconte le panneau. Le temple B (300 av. JC) ne possédait que 4 colonnes sous le fronton, il était associé au culte de Déméter que vénéraient aussi bien les Grecs que les Carthaginois. Une autre hypothèse en ferait le heroon d’Empédocle. Je n’aurais pas vu le temple D dans lequel un petit figuier pousse, les figues sont déjà bien développées.

mes rues de la ville antique
mes rues de la ville antique

Dans le quadrillage de rues, de maisons de la cité antique située derrière les temples, l’isolaFII a été restaurée en 2014-2015 : une passerelle métallique offre une « vue-de-dessus »des pièces d’une maison où le sol est revêtu de mosaïques (très simples). Suivant la rue principale, j’arrive à la Porte Nord où l’on observe les fortifications de la ville. Selon les nouveaux panneaux quatre phases ont été distinguées dans la défense de Sélinunte  où les murs de 4.5m flanqués de tours sont encore bien visibles:

  • après 409 av JC support des terrasses
  • 4ème siècle : renforcement du mur nord
  • Fin 4ème: un nouveau système de défence est mis en place avec une grande galerie abritant des machines de guerre
  • 3ème siècle : époque punique

On voit bien la galerie ronde haute de plusieurs étages servant aussi de casernement pour des sorties en masse.

Je rentre en longeant le mur Ouest, entre mur et une haie de lentisques touffus. C’est une belle promenade.

Au restaurant, La Pineta, on nous reconnait « Ah oui, les sardines ! ». Les brochettes de sardines nous attendent ? Ce sera Risotto du pêcheur avec moules, vongole, crevettes petites et grosses pour Dominique et spaghetti ale sarde pour moi. Pour nous faire patienter on nous apporte une corbeille de pain, délicieux et je commets l’erreur d’en manger trois tranches. Quand les spaghetti arrivent je n’ai déjà plus faim. Dommage ! Ils sont vraiment extra : sardines fraîches, tomates-cerises cuites, pignons de pin, basilic, ail. Je suis incapable de terminer mon assiette.

la Pineta et la plage
la Pineta et la plage

Avant le café, je fais  une promenade digestive, que je continuerai après le café jusqu’au fleuve Belice (pas si petit que cela, nous l’avons vu sur la route de Corléone). A notre premier passage, une promenade naturaliste dans le marais et la dune, m’avait laissé un bon souvenir, je m’étais promise de la refaire. Hélas les barrières de bois sont en ruine et les chemins vers les plages privatisées par Look Voyage et Marmara, sont les seuls itinéraires possibles. Promenade décevante. Il fait beaucoup moins chaud que mardi, je tente une baignade plus courte aussi parce qu’il n’y a pas de vagues. Pour finir nous nous installons sur les lettini pour lire les guides : demain Palerme !