Saint Jacques de Compostelle baroque

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL

Saint Jacques matamore


Muros

Nous quittons O Pindo sous une pluie battante, 16°C.
La côte est très sauvage jusqu’à Muros. La mer est grise, de belles vagues déferlent sur les rochers.
A Muros, le front de mer est aménagé avec des restaurants et des magasins sous des arcades de granite. Je trouve Le Monde. Depuis plus d’une semaine, je ne l’ai pas lu. La télévision espagnole donne des nouvelles insuffisantes : le Tour de France, beaucoup de sport, des faits divers, accidents, scandales politico-financiers, quelques images d’Irak…
  Muros est adossé à la montagne, les maisons de granite ornées de vérandas s’alignent dans des petites ruelles tortueuses coupées d’escaliers. Nous parvenons à un petit marché à étage en beau granite gris. Les paysannes du coin y apportent des paniers avec quelques salades, oignons, des prunes de leurs jardins. Dans l’estuaire à marée basse, des dizaines de pêcheurs à pied avec râteaux et seaux ramassent des coquillages, cela fait plaisir de voir ramasser autre chose que du mazout. L’estuaire s’est vidé presque jusqu’à Noia. Que nous évitons.

L’hôtel Boa Vista

La Pension Boa Vista

La dame de Sol y Mar du Pindo a réservé par téléphone un hôtel recommandé par le Routard. Pour une fois, nous savons où nous allons. L’hôtel Boa Vista se trouve à Costoïa, petit village perché sur les collines à l’écart de la route de Noia à l’ouest de Santiago. C’est une grande bâtisse carrée recouverte sur deux côté par une galerie vitrée blanche à petits carreaux . Nous sonnons, une dame nous ouvre et ne nous laisse pas entrer . Pourtant, nous avions réservé ! Arrive une dame toute vieille et toute petite qui nous montre notre chambre à l’étage. Comme toujours en Espagne, murs crème, mobilier en bois foncé. Aux quatre coins des lits, des torsades de bois pointues donnent un air « espagnol », les meubles et les portes sont rehaussés de losanges et de pointes diamant. Un très joli lustre à pendeloques de verre ajoute une touche raffinée, couvre-lits jaunes très sobres. La salle de bain est petite, une cabine de douche, impeccable.

Notre chambre très espagnole

Dans la galerie sont installées de petites tables et des chaises. On peut y jouir de la vue sur le jardin planté de quatre rangs de vigne, de deux houx sur un côté, une pelouse avec un magnolia et des thuyas de l’autre ? Comme il se doit, il y a un bel horréo couvert de lichen avec une croix en granite et deux colombes en terracotta. Aux alentours, les maisons aux toits de tuile sont dispersées dans les vignes et les vergers. Dommage qu’il pleuve ! On aurait pu s’installer sur la table de pierre et les bancs du jardin. Notre chambre donne sur les ruelles du village. Des fougères poussent sur le toit à la jointure de deux maisons mitoyennes.
Après une rapide installation, nous partons pour Saint Jacques de Compostelle toute proche. On peut vraiment féliciter le Routard pour ce choix !

Saint Jacques de Compostelle

Baroque!

Parking Saint Clément en bordure de la vieille ville interdite aux voitures.
Les rues étroites sont bordées de maisons à deux ou trois étages. Au rez de chaussée restaurants et bars abondent. Nous entrons dans la Cafétéria Paradiso (recommandée par le Guide Vert, décor 19ème siècle) et commandons des bocadillos que nous mangeons sur la place des Orfèvres (Praza das Platerias) sur le côté de la cathédrale. Très beau porche sculpté, portail roman 12ème donnant sur le transept. Sur le côté, la Tour de l’Horloge baroque.

Pélerins

Au milieu de la place : une fontaine ornée de chevaux. La foule qui passe est  amusante à observer. Dominique est très critique, elle n’a jamais vu autant de gens aussi mal habillés ! Il pleut, les pèlerins sont affublés de pèlerines en plastiques. Normal, la pèlerine pour un pèlerinage ! Il y a des scouts, des groupes de jeunes en shorts mais aussi toute une faune de vrais ou faux pèlerins, bâtons et coquilles, sacs à dos, gros godillots. L’un d’eux est particulièrement folklorique : cheveux longs et barbe grise déployée, habits de clodo, assis jambes écartées, il téléphone longuement avec son appareil mobile. Tout ce monde a sorti appareil photo numérique et camescope.

La place de l’Obradoiro et la Cathédrale

Nous faisons le tour de la cathédrale et découvrons l’immense place de l’Obradoiro pour admirer la façade baroque.
Il me revient une expression à la mode il y a une quinzaine d’années « il est trop ». Cette cathédrale est vraiment « trop ».
Trop grande, trop baroque, trop pèlerinage, trop décorée, trop catho …
On ne peut qu’admirer l’escalier monumental qui la précède avec ses ferronneries compliquées, puis en entrant : le Portail de la Gloire (c’est ce que j’ai préféré). Puis être impressionnées par les dimensions de la nef, les dorures de l’autel baroque.

Portail de la Gloire : évangélistes

Nous parcourons la nef en tout sens(enfin pas tout à fait, il y a des cordons comme dans les aéroports pour canaliser les files d’attentes et la circulation des pèlerins). A l’entrée, longue file (on croyait qu’il y avait un guichet pour des tickets d’entrée), les gens vont mettre leur main dans des mains creusées et se tapent la tête sur le saint aux bosses. Ils viennent en famille et se prennent mutuellement en photo ou au camescope. Une autre file permet de rentrer derrière l’autel embrasser la statue de Saint Jacques. De devant, on les voit poser leurs mains sur les épaules de la statue de bois.

Portail de la Gloire

La religiosité, la bondieuserie ou l’obscurantisme (qu’on nomme cela comme on veut) imprègne le lieu. Dominique ne décolère pas devant ces débordements. Chez moi, comme toujours, la curiosité l’emporte. Nous sommes bien décalées par rapport à tous ces gens. Il y a sûrement des touristes dans notre genre qui visitent l’église comme n’importe quel monument historique, mais ils ne se comportent pas « en touriste »  (heureusement, les japonaises de Konya m’avaient exaspérée).

Baroque ! Toujours baroque !

Nous déambulons au hasard dans les ruelles et les places. De l’autre côté de la Cathédrale, la place Immacolada nous fournit l’occasion d’une pause goûter dans un joli jardin. Les tours de l’horloge sont visibles,  au dessus de tout un enchevêtrement de toits, de coupoles, de balustres, de volumes de sculptures baroques. Encore du baroque, toujours du baroque. L’ensemble est homogène. Le baroque a tout phagocyté : la cathédrale romane, les ruelles moyenâgeuses …le granite rend ce baroque lourd par rapport à celui de Noto en Sicile.
Il tombe toujours une pluie fine. Les ruelles se sont vidées, les magasins sont fermés à l’heure de la sieste.

Musée des Pèlerinages
Après l’Université, nous trouvons le petit musée des Pèlerinages (gratuit) installé dans les trois étages d’une belle maison du 15ème siècle. L’exposition, très moderne, très didactique ne laisse rien deviner de l’ambiance du 15ème siècle.

Au premier étage, des maquettes de la cathédrale montrent des vestiges romains, la petite église romane qui a brûlé vers l’an Mil et la construction de la grande nef romane avant l’ajout de la façade et des tours baroques.

Au second étage, exposition très moderne sur les routes de Pèlerinages au Bas Moyen Age sous le portrait de Constantin : le pèlerinage de Sainte Hélène à Jérusalem et toutes les routes romaines vers Jérusalem et vers Rome. Au troisième étage : des objets se rapportant aux pèlerins (leur habit, besace, coquille…) et des sculptures de bois. On nous donne un petit livret en français si fourni qu’on ne peut pas le lire sur place.

Musée du Baroque

Retable baroque

 L’église San Martin Pinario est transformée en musée du baroque. L’escalier qui descend vers l’entrée est encore très baroque et très compliqué. A l’intérieur, c’est un musée des retables. La visite est guidée, ce qui permet d’observer mieux les détails. Dans la nef, le peuple suivait la messe debout (on a ajouté des bancs). De chaque côté, une série de chapelles fermées permettaient aux familles nobles de suivre une messe privée. Certaines chapelles avaient la dimension d’une véritable église avec des coupoles. Le bâtiment, comme tout ici, est en granite, mais il a été peint de manière à imiter le bois dans des plafonds à caissons, en trompe l’œil ou en faux marbre. Certains autels sont baroque italien avec des colonnes droites peintes en faux marbre, des statues installées sur des nuages qui rappellent ce qu’on a vu à Vienne ou en Hongrie. D’autres sont baroques espagnols avec des colonnes torsadées recouvertes de dorures avec des pampres des grappes de raisin, les statues sont aussi pleines de dorures.
Le maître-autel est tout à fait impressionnant, conçu comme un grand baldaquin surmonté de baldaquins empilés (il y en a trois) formant une sorte de pyramide creuse, toute dorée. Au dessus, deux statues équestres, l’une de Saint Jacques Matamore –c’est à dire tuant des Maures. L’autre est un autre saint écrasant sous son cheval un Maure grimaçant. Les écussons de l’Espagne s’entremêlent avec les symboles religieux. On contourne l’autel pour trouver une salle toute de boiseries avec les stalles des moines et trois registres de bas reliefs sculptés dans du bois foncé. Au dessus l’orgue monumental est une étrange scène masquant l’organiste. Enfin le guide nous mène dans la sacristie où sont alignés des angelots blancs (putti) tenant les objets de la passion. Ils sont très nombreux, de bois recouvert de stuc, et ressemblent aux putti siciliens, sauf qu’ici ils sont en rang d’oignon ayant perdu leur emplacement original.

Nous avons acheté du poulet et une salade que nous mangeons en nous cachant un peu sur la table de la galerie. Un couple d’allemand fait de même sans aucune discrétion. Nous avions bien tort de nous sentir coupables de ne pas manger le dîner de l’hôtel, tout le monde fait ainsi.

 

 

 

O Pindo : la plage de Carnota

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Lever à l’heure espagnole, petit déjeuner au bar, temps couvert. L’employée de l’office de tourisme de Carnota  est bien aimable. Elle nous donne une documentation bien complète, sentier, grenier record de longueur. Mais c’est un peu tard, quel dommage que l’Office ait été fermé samedi, lors de notre premier passage.
La plage de Carnota s’étire sur sept km de sable fin derrière un cordon dunaire planté d’oyats qui la sépare d’un marais, un petit rio se jette dans l’océan. Dans le marais poussent les mêmes immortelles bleues que nous avons cueillies au Danemark. Les oiseaux nombreux, se balancent aux herbes sèches et sont très bruyants. Dans les flaques du marais vivent crabes et crevettes ainsi que de petits poissons. Nous parcourons la plage. Nous sommes presque seules, seulement deux personnes vers le nord. Cinq vers le sud en comptant les ramasseurs de la marée noire.

Au bout d’environ deux km, il nous faut franchir le ruisseau. Avant même d’atteindre le lit où il y a du courant, Dominique s’enfonce jusqu’à mi- cuisse et s’extrait à grand peine, nous rebroussons chemin et elle s’enfonce à nouveau dans le sable mouvant qui l’engloutit jusqu’au short . Panique, on arrive quand même à s’en sortir mais on n’ira pas plus loin ! Peu de temps après un couple en maillot de bain passe sans encombre à un autre endroit où le courant est moins fort et où le ruisseau forme un petit delta.

La pluie s’intensifie « un grain » ne nous arrête pas. J’atteins un alignement de rochers. En m’approchant, je constate qu’ils sont tout noirs. Peut être n’aurais je dû pas venir ? Ils sont recouverts de jolies moules bien luisantes, je suis rassurée. Je commence à mieux comprendre comment le nettoiement des plages s’opère : de grands panneaux aux couleurs de la Galice et de l’Europe (75°/°) nomment l’entreprise chargée de l’opération, à chaque plage une différente, il semble que ce donc des sous-traitants privés locaux, ce qui explique les méthodes différentes . Ici, un gros tracteur tire une machine ressemblant à une botteleuse de foin, là bas comme des tondeuses à gazon. On dirait du bricolage d’outils agricoles. Je regrette bien que mon Espagnol soit insuffisant pour approfondir mes recherches ? Notre promenade sous la pluie a été bien agréable. Ce n’est pas gênant de marcher les pieds dans l’eau sous le crachin. Le pique-nique est une autre affaire, quand on s’arrête on se refroidit.

Des couples arrivent en maillot de bain, parapluie déployé : ils se baignent et retournent à la voiture.
Nous sommes rentrées à l’hôtel nous sécher. Notre chambre très claire est très agréable et ce n’est pas un malheur de faire une pause une demi-journée. Je guette par la fenêtre les éoliennes. Tant qu’elles sont dans le brouillard, inutile de sortir, pas de visibilité.

Eoliennes et Horreos

4 heures, les éoliennes sortent du brouillard, la grosse pluie a cessé. Nous tentons une sortie en voiture vers un mirador situé dans la montagne au dessus de Carnota. Nous arrivons à un très joli village : à l’entrée de nombreux horreos, un petit calvaire, une fontaine, une tourelle basse des maisons en granite, des fleurs et des chats. Tout cela en granite patiné incrusté de lichen. Sur les toits de tuile, de grosses pierres. Avec un rayon de soleil, j’aurais fait des photos pittoresques. Sous la pluie, c’est tout gris. Du mirador, nous surplombons la dune, le marais, la plage. Le ruisseau serpente, se divise en bras, delta miniature.

Sur la route du retour, la pluie redouble, nous essayons une autre petite route qui monte dans la colline : encore une petite route, de petits champs de maïs, pinède, horréos, calvaire, joli village en granite …encore un joli village d’un autre âge ! Ce qui est contemporain, c’est le camion du marchand de légumes ambulant qui nous barre la route. Il s’écarte pour nous laisser emprunter un chemin qui serpente dans les jardins pour nous mener dans une ruelle en cul de sac. Dominique doit refaire tout le chemin à reculons ; heureusement que c’est la championne de la marche arrière ! Ce sera notre dernière exploration sous la pluie, horréos, calvaires, maïs …se ressemblent tous, continuer serait juste bon à abîmer la voiture.

Nunca mais !

les greniers débordent de goudron!

Je retourne faire le tour du petit promontoire face à l’hôtel. J’ai enfin compris le sens de la fresque peinte sur le terrain de handball : le grenier traditionnel dégoulinant de mazout (jalipote ou chalipote) NUNCA MAIS sur le drapeau noir barré d’une diagonale bleue se rapporte à la marée noire. Mes promenades solitaires sont toujours alimentées de pensées sur la marée noire. Il semble que c’est le fil conducteur du voyage. J’ai toujours besoin d’une idée, d’un’ événement pour entrer en sympathie avec la contrée visitée. En aucun cas ce ne pourrait être le pèlerinage de Compostelle. J’aime bien visiter les églises en tant qu’œuvres d’art mais je ressens de la méfiance pour le pays de l’Inquisition. La Reconquête m’est une histoire éminemment antipathique. Quant aux celtes, aux druides et aux cornemuses …. Cette souillure de la mer me préoccupe vraiment. Devant l’immensité de la tâche j’ai envie de m’impliquer. je marche le long des rochers aux formes étranges, sculptures naturelles spectaculaires. Certains sont coiffés de noir. Personne ne peut venir gratter chacune de ces roches.

O Pindo et la Côte de la Mort

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Horreos : grenier à mais

Nous avons passé la fin de la soirée avec les fenêtres ouvertes, les moustiques sont entrés. Nous aurions pu nous en douter avec le marais ! Depuis trois jours la météo nous promet de la pluie, ce matin nous ne sommes pas déçues de nous lever sous un ciel gris avec un petit crachin. Nous allons explorer la « Côte de la Mort » au delà du Cap Finisterre.

Cee

toujours des greniers: je ne m’en lasse pas

Cee, petite ville, est très active ce matin : c’est le marché. La fanfare parcourt les rues, on tire des pétards sur la plage (feu d’artifice de jour !) il fait 19°C, nous faisons nos courses sans nous presser.
J’avais imaginé, je ne sais pourquoi, une route qui aurai suivi la côte traversant des landes désolées et désertes. J’aurais mieux fait de consulter la carte. Au Cap, fin de la route, nous repassons pour la quatrième fois à Cee, coupons par l’intérieur découvrons une campagne très boisée : résineux et eucalyptus La campagne est loin d’être déserte. Des petits hameaux sont dispersés partout. Les fermes sont entourées de petits champs de maïs. Il y a partout des horréos, greniers perchés en granite aérés de fentes verticales ornés de croix, très bien entretenus : les Galiciens semblent prendre grand soin de ces construction, même à l’intérieur des petites villes les horréos sont à l’honneur.

La côte de la Mort

Quand nous atteignons la côte, les nuages ont disparu, le ciel est bleu. Le soleil chauffe même s’il souffle un petit vent frais. Je recommence à envisager une baignade. Pique-nique  sur une pointe rocheuse face à un petit port. Je sors enfin mes aquarelles. Ce n’est pas une réussite, j’ai toujours du mal à peindre Le port n’est pas si petit que cela : de gros bateaux de pêche y sont amarrés. Le front de mer est bien aménagé. A l’arrière, on aperçoit de jolies rues avec des maisons basses en granite avec des balcons fleuris. Nous montons à une église qui a un curieux clocheton séparé de l’église en haut d’un escalier raide.

Le sanctuaire de la Vierge de la Barque se trouve au bout d’un cap près d’un phare. Grand église sur une placette dominant la mer. Le granite massif est lisse comme s’il avait été poli.

Retour à O Pindo

De retour à O Pindo, nous montons au mirador Erzeiro, construit sur la montagne qui domine la ria,  coiffée d’éoliennes, de grosses canalisations aboutissent à une petite centrale électrique située au niveau de la mer. Après avoir grimpé une route en épingles à cheveux nous découvrons un lac . Il se termine par une belle cascade en éventail ,  barrage, le lit du rio est presque à sec dans le chaos granitique devait être beaucoup plus spectaculaire avant le captage. Elle a creusé un entonnoir énorme dans la roche.

Crique de granite rose

Granite rose

En face  de la plage de Pindo, nous découvrons une jolie crique bordée de rochers aux formes contournées comme sur la côte de granite rose bretonne. C’est un endroit ravissant agrémenté de villas fleuries. Dans les jardins : agapanthes, hortensias et lauriers roses. Le sable est très blanc, la mer bleue. De petites barques colorées se balancent. Plus loin, des bâtiments en granite longs et bas comme des maisons de pêcheurs d’un autre âge. Puis une autre crique qui sert de havre à une vingtaine de barques amarrées par deux cordes à des piquets situés sur le haut de la plage. A marée basse elles reposent sur le sable et nous devons enjamber les cordages. C’est vraiment le plus bel endroit de la côte. Tout est harmonieux, parfait, les maisons de pierre, les barques colorées, la mer bleu violent et au loin la ligne embrumée du Cap Finisterre, en face les maisons colorées et la plage du Pindo.
Dîner sur la plage en face de l’hôtel d’une tortilla toute chaude aux pommes de terre.

 

 

 

 

Galice : la côte verte

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Il fait bien gris ;dès  que nous montons dans les collines nous rencontrons le brouillard.

Mondonedo

Sa cathédrale énorme domine la ville. Elle est construite sur une très jolie petite place entourée de maison du XVIIIème siècle avec des vitrines et des balcons en ferronneries.  Les arcades habituelles sont remplacées par des colonnades de granite Un côté de la place est bordé de balustres.

La façade de la cathédrale est tellement grande que je n’ai pas assez de recul pour la faire cadrer les  deux clochers dans la photo. Elle est décorée de délicats ornements : blasons, au centre un personnage (Saint Jacques ?) avec un lion, un autre (un évêque ?).

Cette imposante façade baroque fait oublier que le reste de l’église est roman (ogival, selon le guide vert). Entre roman ogival et gothique, je m’embrouille. Une magnifique rosace aère la façade.

A l’intérieur est très sombre. Une machine à sous est censée déclencher les éclairages  sans résultat. On devinera plus qu’on n’admirera les deux buffets d’orgue à chamade. Le retable baroque est bien doré, orné de statues peintes sur des nuages empilés comme il se doit.  C’est un baroque encore raisonnable, on en a vu de bien plus délirants au Portugal ou en Sicile. Ce qui m’a le plus amusée, c’est une fresque naïve du 15ème : le Massacre des Innocents. Des chevaliers en cotte de maille brandissent de grandes épées, des têtes sont tranchées. Leurs adversaires sont enturbannés : Scènes de la Reconquête ou Croisades ?

Dans le brouillard !

A 600 m, au col, nous nous trouvons dans un épais brouillard. Pas de commentaires pour le paysage!

Le chemin de Saint Jacques

Passé le col, tout s’éclaire, il fait beau. La campagne est riante, les maisons couvertes de tuiles romaines sont fleuries dans des champs de maïs, de haricots bien ramés, d’autres de plantes potagères. Nous suivons tranquillement la route 632, la même que depuis Bilbao. La coquille bleue et jaune de chemin de Saint Jacques (On dirait un soleil avec des rayons inégaux !) indique le chemin des Pèlerins qui suit parfois des chemins creux bordés de dalles plates alignées verticalement. Nous sommes en pays de granite . Des eucalyptus sont plantés serrés, les châtaigniers sont en fleur. L’Espagne apparaît ici très sauvage, peu cultivée, couverte de forêts denses.

Pour les pèlerins le voyage s’achève. A midi, nous abordons Santiago que nous contournons.
L’idée est de loger au bord de la mer à une quarantaine de km de Santiago et d’y venir en excursion.

Noia

Nous avons fixé l’étape à Noia . Avant le weekend, nous devons faire le plein des courses.

Nous arrivons à Noia en pleine fête médiévale et en plein embouteillage. Pour faire « Moyen Age » on a répandu du foin dans les petites rues et les buvettes ont remplacé les chaises par des bottes de paille. Cela sent bien bon la grillade. Si Noia est une petite ville coquette, ce n’est pas du tout ce que nous espérions : un village en bord de mer. Les guides ont tendance à qualifier de village n’importe quelle agglomération de moins de 100 000 habitants même s’il y a des immeubles, dix banques et quinze supermarchés. En tout cas Noia est située profondément dans la ria et nous ne sommes pas du tout à la mer.

Contourner la Ria

Après le pique-nique sur un  petit embarcadère nous décidons de poursuivre jusqu’à Muros pour trouver l’océan. Il nous faut contourner la ria, s’éloigner du rivage et parcourir encore 30 km Dans l’estuaire, on voit des barges d’aquaculture De jolies plages de sable seraient bien tentantes si nous trouvions un hébergement. Il faut dire que nous avons été tellement gâtées ces derniers temps que nous devenons difficiles ! Nous voulons une chambre avec vue sur la mer ! Muros est une agglomération importante, nous ne voyons aucune pension selon nos critères. Et continuons la route côtière s’éloignant de Santiago. La Côte devient très sauvage, il y a  peu de villages et ceux-là n’ont aucune infrastructure hôtelière !

Nous nous arrêtons boire un café dans une Fonda. La dame très gentille nous propose ses chambres. La maison nous semble bien rustique et surtout loin de  la mer. Pour ne pas la vexer, je prends prétexte du temps : nous voulons profiter de cette belle journée pour voir le cap Finisterre. Demain et après demain, prévu pluie, nous irons à Santiago.

Et si nous adoptions cette solution de rechange ?
La côte est pittoresque, les collines qui la bordent sont hérissées de chaos granitiques. Les grosses boules se détachent sur les ajoncs j et les bruyères. Sur la côte, des plages de sable blanc sont encastrées dans les rochers de granite rose. On pense au Connemara, au Finistère français.

O Pindo

Nous trouvons enfin la Pension que nous cherchions dans un petit immeuble moderne aux belles vitrines laquées blanches et à la façade en granite gris. Au rez de chaussée cervezaria moderne tenue par une jeune femme coiffée avec des mèches rouges quelques jeunes sont accoudés au comptoir, elle me tend la clé . Je monte un bel escalier de granite à deux couleurs rose et vert et trouve une grande chambre blanche aux meubles de bois foncé avec une glace encadrée de bois et un lustre rustique en bois. Tout est soigné et paraît neuf. La salle de bain est particulièrement luxueuse : baignoire basse encastrée dans un granite vert formant de larges bordures. Seul défaut : vue sur la colline. Je demande une chambre sur le devant : impossible. Déception!

Nous visitons une autre pension tenue par une vieille dame très gentille, qui nous propose une belle chambre soignée – toujours pas de vue.

Il reste une troisième pension à O Pindo mais nous préférons retourner à la première, nous installer rapidement et aller au cap Finisterre ou Fisterra.
O Pindo, villagconstruit autour de deux petites baies et deux rias En face de notre Pension Sol y Mar la ria se termine par un petit marais, l’autre plus large abrite des bateaux. Le petit village s’étire le long de la route côtière . Une pointe rocheuse s’avance dans l’océan et abrite un petit port de l’autre côté. La toute petite église de granite rose est éclipsée par  les maisons aux alentours plus grandes. Bâtisses à étage en ciment peint en blanc, toit de tuiles. Le tour des fenêtres est le plus souvent souligné de granite gris ou peint en rouge. Certaines maisons colorées sont revêtues de carrelage comme au Portugal. Entre la côte et la montagne raide, il y a peu de place pour un village ! à l’arrière de la route principale quelques maisons sont adossées à la pente.
Dans la mer, des roches émergent, granite rose réplique de celui de Perros Guirec, peut être plus marron . Dans la brume on devine la ligne de rivage compliquée avec des caps et des îles.
Avant le cap Fisterre, nous traversons plusieurs villages avec des plages de sable blanc, des forêts de pins et d’eucalyptus. Un port accueille même de gros bateaux et une usine sidérurgique : gros tas de charbon et toutes sortes de ferrailles.


Le cap Finisterre et son phare représentent avant tout un symbole : le point le plus à l’ouest de l’Europe, la fin des terres au XVème siècle. Mais c’est le quatrième que nous visitons : en plus de la pointe du Raz, il y en a deux autre rien qu’au Portugal :
Avec son parking qui enlaidit l’endroit, ses boutiques de souvenirs très kitsch (tout un artisanat à base de coquillages, du lustre au set de table en passant par de petits phares peints, des marins en plastique et de curieux bateaux givrés. Ce n’est pas le plus bel endroit de la région. Le phare a été transformé en hall d’exposition « Finistère 1929 » : de très belles photos, des aquarelles grand format très intéressantes : des portraits, des femmes avec des filets d’une Valero m’ont bien plu.
Au bout du Cap, on distingue la limite entre la Ria, mer d’huile et le grand large tout agité de vagues alors qu’il n’y a pas un souffle de vent. Des traînées d’écume se déploient à partir de la pointe. Certaines sont d’un blanc douteux jaunâtre. Où est le Prestige?
Nous dînons sur le petit port dO Pindo . Une famille se promène. Des barques rentrent . Une dame engage la conversation « d’ où venez vous ? »où habitez vous ? »Puis nous parlons du temps qu’il fait

– « la télé a prévu trois jours mauvais «

–  « c’est la télé qui le dit »

Nous parlons enfin du Prestige . je peux enfin demander où il se trouve ,tout près derrière le Cap Fisterra

« Oun desastre »

la dame raconte que le naufrage a eu lieu en novembre, cela fait donc huit mois.  je montre mes pieds « Aceite y frottar » elle insiste sur « frottar ». Ils n’ont pas fini de frotter ? La plage est pleine de micro-boulettes qu’on ne voit pas au début. Les rochers curieusement ne semblent pas trop atteints sauf certains gros qui émergent et sont couverts de noir . Ceux qui sont sous le niveau de la marée haute apparaissent de loin, presque propres.

Avant de retourner à l’hôtel nous trouvons un sentier le long de la pointe rocheuse. Une dame grande et blonde nous aborde dans allemand bizarre puis nous demande d’où nous venons « de France » elle ne parle pas français mais un  curieux italien et elle est très fière d’être polyglotte ? Nous parlons du temps

« il va pleuvoir et c’est très bien il commençait à faire chaud »
C’est le premier endroit où nous sommes si bien accueillies.

 

– Barreiros de Saint Cosme

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

6h30, je monte le store : il fait à peine jour. Je commence à mieux comprendre l’ »heure espagnole » Tout se fait avec deux heures d’écart par rapport à la France. Il y a ici, une raison naturelle : nous sommes plus à l’ouest, presque à la longitude du Portugal de Greenwich ou du Maroc. Le décalage horaire explique les coutumes.
Le ciel est couvert, il tombe un petit crachin qui ne mouille pas. Je ne sais si je dois appeler cela brouillard, brume ou nuage la nébulosité accrochée au flanc de la colline.

Petit déjeuner dans la belle salle du bar : immense jus d’orange, 4 toasts, café crème, thé pour Dominique. Nous retournons à la plage des cathédrales.

Plage des Cathédrales

Il n’y a personne nous avons le site pour nous toutes seules. Le sable est mouillé, vierge d’empreintes. Nous explorons les arches, les tunnels, les piliers et les grottes. Nous ne savons jamais où un tunnel va déboucher : coté mer  ou côté falaise avec de la végétation terrestre. Des petites cuvettes contiennent une eau claire, bleue habitée par les poissons des sables, des crevettes ou des crabes qui détalent quand je les traverse. (Heureusement que je suis en short). Ce qui est un peu inquiétant, c’est que la marée monte et qu’il ne faut pas se laisser piéger au fond d’un tunnel. L’implantation des moules et des balanes et la laitue de mer montre que l’eau arrive très haut, au moins à 205m du sable. (Un panneau explicatif donne un marnage de 4 m, probablement pour les grandes marées). Nous repérons des plates-formes accessibles dans la falaise.

Heureusement les commandos blancs, truelle et cabas de caoutchouc noir, débarquent. Ce sont des filles d’une vingtaine d’année, style étudiantes. Leur présence me rassure. Si elles patrouillent dans les tunnels c’est que nous ne risquons rien. L’une d’elles est particulièrement affairée. Elle fonce, traverse les petites mares, visite toutes les grottes. Tandis que les autres bavardent et rigolent.

Sédimento

Hier, j’avais mal observé les roches : les petits bancs sont plus gris que les schistes. Finalement, je les qualifierais d’ardoise gréseuses (d’ou l’intérêt du fameux triangle calcaire-argile-sable) .L’aspect de la tranche perpendiculaire à la stratification varie aussi selon que la roche est toujours à l’air libre ou au contact avec l’eau. La tranche émergée est plus claire, gris argenté parfois oxydée en orange, les lits se détachent, la roche semble feuilletée. Est ce le rôle du vent ? Les différences de température, La partie en contact avec l’eau est noircie, peut être le pétrole (en tout cas pas celui du Prestige) mais sûrement un milieu plus réducteur. Le mur est aussi plus compact.
moules et balanes

pousse pieds

Sur environ deux mètres, la roche est colonisée par les moules dans les creux, et les balanes. Des amoureux ont gravé leurs noms et une date : Juillet 2002 dans une colonie de balane. La trace est très nette. Cela me rassure : le pétrole du Prestige n’a pas fait son arrivée en masse ? Le noir observé plus haut ne peut pas lui être imputé. Il se manifeste sous forme de petites galettes ou de petites boulettes ? Nous explorons méthodiquement tous les creux. . Je prends photo sur photo comme chaque fois qu’un endroit me plaît. Et, comme toujours, la pellicule se termine justement dans le coin le plus pittoresque quand, par une fente, on voit les vagues se briser au loin et qu’au premier plan, une vasque d’eau claire laisse entrevoir les rides sur le sable.

Nous remontons en voiture explorer d’autres plages : celle des châteaux, la plage des îles … qui sont moins spectaculaires.

Nous poussons jusqu’au port d’un tout petit village qui pourrait être breton ou irlandais avec les petits jardins bien protégés par les murs d’ardoise sèche : oignons, pommes de terre, haricots sont sagement bêchés. Les filets sèchent au sommet des murs. Sous un ciel bleu, j’aurais été tentée de prendre des photos. Seule caractéristique typique de la Galice : les greniers à maïs rectangulaires aérés par des fentes verticales, sur pilotis, coiffés d’étranges pointes.   Ils ressemblent aux Espigeiros portugais. Le Gallego ressemble au portugais : plage se dit Praia. Je reconnais d’autres mots mais j’ai plus de mal à comprendre les gens. Ce n’est pas fameux pour mes progrès en Espagnol.

Foz

Nous allons à Foz à l’office de tourisme, à la banque et au supermarché. C’est une petite ville avec des problèmes de parking et pas de caractère particulier : sans intérêt. . Nous déjeunons d’une spécialité locale lEmpanada : tourte aux sardines. Pâte à pain fourrée d’une pâte de sardines et d’oignons jaune (sans doute du curry peut être du safran). Nous nous installons à la plage dans le creux des rochers sur le sable sec. La mer est haute. Trois rangées de vagues déferlent à la fois. On a hissé le drapeau jaune de baignade dangereuse et nous sommes seules sur la plage.

J’arpente la plage. Le sujet de ma méditation : la marée noire. La mer commence à descendre, elle a laissé son lot de galettes et de boulettes. Je constate que le travail des combinaisons blanches est bien nécessaire. Combien de temps encore ? Mon fantasme serait d’écrire un article ou un livre. . J’imagine écrire à Corinne Lepage (ce serait un bon prétexte pour renouer une amitié d’enfance) C’est un fantasme, mon Espagnol est insuffisant pour interviewer les gens ainsi que ma méconnaissance totale des administrations espagnoles. Qui paye le nettoyage ? la commune, la Province ,Madrid, l’Europe ? Qui décide du nombre des employés , des embauches , des machines , De même mon utilisation d’Internet !

Cathédrale de San Martino

 

La cathédrale de San Martino est dans un tout petit village à 4 ou 5 km de Foz . la route traverse un bois d’eucalyptus très fourni, au pied des fougères très hautes. Dans le creux de la vallée très verte : une très belle ferme toute en pierre au toit de lauzes précédée par haie d’hortensias géants. La cathédrale du 10ème  (ou 11ème) est une des plus anciennes d’Espagne. Très haute pour une cathédrale dans un endroit perdu. A l’intérieur : beau plafond de bois qui me rappelle l’église de Ciboure. Les chapiteaux qui sont remarquables ainsi que les fresques.

Le soir, il fait si bon que nous laissons la fenêtre ouverte pour nous endormir et nous réveiller avec le bruit de la mer.

 

Arrivée en Galice : la Plage des Cathédrales

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

 

Traversons une ria, arrivons en Galice, et obliquons vers la mer en suivant un panneau « plage des Cathédrales » Nous nous reposons sur une belle plage de sable blanc immense et peu peuplée. Dernier objectif de la journée : trouver un logement. Après une tentative infructueuse (chambre misérable et sans confort), je m’adresse au bar d’un grande maison neuve en bord de mer : les chambres à 42 € sont magnifiques, toutes neuves et donnent sur la plage.

Nous montons un étage dans un escalier de granite poli et arrivons dans une chambre très claire beige avec des boiseries foncées, des rideaux de dentelle. La salle de bain est luxueuse. Nouveauté : les double-fenêtres, un grand radiateur et sur les lits des couvertures bien chaudes et des couvre-lits matelassés. La décoration est discrète : des gravures anciennes représentant des fruits dans des cadres de bois vert, belle lampe de chevet sur un support en laiton orientable.

Les nuages ont enfin disparu. Il fait bon sur la plage. L’eau est presque tiède, la surface de l’eau lisse. Il faut marcher longtemps pour avoir assez d’eau pour nager. Dominique lit Ann Perry allongée sur le sable tiède. .Je me livre à mon exercice favori : arpenter la plage à la limite de l’eau. Comme je suis en maillot, j’entre dans les cuvettes autour des rochers. Je marche depuis un bon moment sans voir le bout de la plage. Quand je reviens, Dominique est debout et scrute la plage. Habillée de blanc, je l’avais prise pour les travailleurs de la marée noire. Je suis partie depuis plus d’une heure.


Le Routard recommande vivement la Plage des Cathédrales. Nous arrivons sur un parking aménagé : restaurant, promenade de planches sur pilotis au dessus des massifs de bruyère fleurie. Nous empruntons les planches et sommes déçues : nous sommes loin du bord. Toutes ces installations ôtent le parfum d’aventure, c’est très sécurisé, très américain. Une famille d’Espagnols scandalise Dominique en escaladant les rambardes pour se faire photographier dans les bruyères. Le père est juché en haut de la falaise. Moi, je les comprends, trop de sécurisation appelle la transgression. Les planches étaient un attrape-nigauds ! la plage de cathédrales est dégagée à marée basse . J’y descends seule. Elle est vraiment impressionnante. Les falaises d’un schiste argenté lisse selon la schistosité, noir transversalement à la stratification, sont creusées à la base donnant des arches monumentales, mais aussi des piliers, des voûtes des couloirs des grottes. Négatif photo d’Etretat, falaises noires et plage blanche.

Carte de la Galice

 

 

Les Asturies sous la grisaille

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Des Asturies que nous avons traversées sous un ciel gris très bas et une atmosphère brumeuse, il ne nous restera que quelques images fugitives : les Horreos, greniers à maïs, carrés perchés sur des cônes de pierre, souvent sur le toit d’un cube avec un balcon à claire-voie.
Des hortensias énormes, en rangées fournies, têtes bleues, roses ou violettes, des pommiers, des haricots. Le parfum des eucalyptus.

A Ribadesella, jolie station balnéaire autour d’une plage très soignée, le routard nous signale des empreintes de dinosaures. Nous les trouvons avec l’aide d’un vieux monsieur qui faisait sa promenade matinale. Sur une couche de schiste, trois doigts griffus, plus loin d’autres pas moins nets.

La plage du silence

Après Avilès, nous cherchons un cap 2* au Michelin Vert pour pique-niquer. Une petite route cimentée nous conduit à la « Plage du Silence ». Au pied de hautes falaises, une mince bande de galets. Dans la mer, toute une série de rochers émergent, une dizaine de bateaux de pêche. Le nom de la plage est paradoxal : une colonie de mouettes est établie sur les rochers et fait un vacarme assourdissant.

Le soleil fait de courtes apparitions, je descends à la plage

L’ancienne route 632 passe dans des bois de châtaigniers, de pins, d’eucalyptus. Certaines maisons sont très fleuries. Quand nous remontons sur la nouvelle route nous passons de viaduc en viaduc au dessus des rias et des vallées. Les habitations sont laides, le paysage est peu intéressant.

Santillana del Mar

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

    La Grotte d’Altamira

Altamira : bisons

Comme à Lascaux, la grotte est interdite de visite aux profanes. Une réplique  du plafond orné de bisons se trouve à l’intérieur d’un musée très moderne. A Lascaux, nous avions vraiment l’impression de pénétrer dans une grotte avec ses tunnels, ses recoins, son obscurité. A Altamira, rien n’a été fait pour imiter l’ambiance souterraine si ce n’est un courant d’air humide et glacé : des rampes lumineuses courent le long de murets, des scènes de la vie préhistorique apparaissent en hologrammes. Si nous avions su cela, Dominique qui est claustrophobe serait venue.

Altamira : bison

L’effort est mis sur la pédagogie : on nous explique les étapes de la réalisation d’un bison, les pigments Je suis un peu déçue. Le musée est ultra moderne avec écrans interactifs, grands panneaux montrant l’évolution de l’Homme, vitrines bien présentées. Je préfère le Mas d’Azil près de Perpignan, moins interactif mais beaucoup plus fouillé du point de vue des recherches universitaires. Vers 11h le musée se remplit de groupes d’ados pas très motivés par la Préhistoire.

Santillana del Mar

Santillana del Mar est décrit comme le « plus beau village d’Espagne ». C’est plutôt une petite ville qu’un village avec un très bel ensemble de maisons anciennes : maisons bourgeoises à balcons fleuris de géranium et maisons patriciennes aux façades plates ornées d’écussons et d’armoiries. Certaines sont de véritables palais. Sur la Plaza Mayor, le dallage dessine un triangle et sur chacun des côtés se trouve un tour carrée tandis que l’Hôtel de Ville  a des arcades en grès rose. Cette ville-musée est occupée uniquement de restaurants et de magasins de souvenirs (lesquels le plus souvent se mangent : anchois en conserve, huile d’olive, vin, biscuits secs et flans, charcuterie). Malheureusement des T-shirt suspendus défigurent un peu les lieux.

Collegiale :

La Collégiale  se trouve au bout d’une des rues en pente. Elle est précédée d’un parvis formant une belle place carrée entourée d’un mur sur lequel s’adossent des banquettes de pierre, deux lions gardent l’entrée, devant lesquels les touristes se font tirer le portrait. Le portail est roman, très simple. Sur la façade au dessus du porche deux rangées de personnages ornent la façade. Au dessus une galerie de colonnettes surmonte le tout. L’édifice est flanqué de tours carrées ou cylindriques donnant un ensemble de volumes compliqués.

Santillana del mar : cloître chapiteau roman

Le cloître roman du XIIIème est une merveille. Les chapiteaux sont tous différents. La visite est commentée par un enregistrement très détaillé qui décrit chacun des chapiteaux. Voici encore une leçon d’Espagnol ! Ils représentent des scènes extrêmement détaillées : le combat du Bien et du Mal : un chevalier en cotte de maille combat un ours. Un homme combat un dragon. David et les lions.


Les costumes montrent avec un luxe de détails la vie de l’époque. Un moine en robe de bure et sa ceinture. Les centaures sont coiffés d’une sorte de béret basque. D’autres chapiteaux sont ornés de motifs végétaux. Le commentaire explique les symboles, les entrelacs représentent  l’infini ou l’éternité. Je suis la visite avec beaucoup de plaisir. A l’intérieur de la Collégiale, un retable du XVème  ressemble à ceux que nous avons vus à Bilbao (curieux martyre de Sainte Julienne pendue par les cheveux).

Dominique a acheté des sandwiches délicieux que nous mangeons assises sur la banquette du parvis.

Cette ville mérite de figurer en bonne place dans notre album ! J’ai toujours du mal à cadrer les bâtisses carrées. Si j’ai assez de recul, je peux les saisir de côté, mais sinon ils emplissent le viseur sans angle et la photo sera toute plate sans intérêt. Avec le vieil Olympus, j’avais un grand angle, le 35 mm n’est pas suffisant.

    Exposition « Ibero-America Mestiza »

Dans les deux belles tours de la Plaza Major il y a une exposition « Ibero-America Mestiza ». Cette expression Mestiza ne m’évoque rien ! je débarque sans idée préconçue, à l’aveuglette dans un diaporama retraçant l’histoire de l’Espagne depuis les peuplements Celtes et Ibères, la conquête romaine, les grandes invasions, puis la conquête arable … Sur trois écrans les images sont projetées simultanément . Je suis très contente de cette leçon d’histoire. La suite de l’exposition interactive continue avec des écrans tactiles et des diaporamas tonitruants : Conquistadores et civilisations indiennes. J’ai épuisé mon crédit de concentration pour la journée et parcours distraitement les salles fuyant les sonorisations bruyantes. Dans l’autre bâtiment, la suite de l’exposition est plus tranquille et plus agréable. De très beaux objets sont présentés dans de belles salles disposées sur trois niveaux autour d’un patio. Entre temps j’ai compris le thème de l’exposition : il s’agit du métissage. Mélange entre Celtes, Ibères et romains, puis Romains et Wisigoths, puis Chrétiens, Juifs et Musulmans, enfin Espagnols et Indiens. De toutes ces influences différentes résulte un assemblage de jolis objets hétéroclites dispersés dur un trop long laps de temps et sur un trop large aire géographique. Un beau cavalier de pierre, guerrier ibère retient mon attention, un masque indien représentant la vie et la mort, masque coupé verticalement, lèvres relevées sur une moitié, pendantes de l’autre. Je retiens aussi de jolis tableaux du XVIIIème, colorés, un peu naïfs représentant le maître blanc et l’esclave noir, ou des métisses.

Le couvent abritant le musée diocésain est fermé jusqu’à 16 heures. Nous en avons assez de visites pour la journée et n’attendons pas l’ouverture. Quant à Dominique, déjà peu tentée par les musées, son anticléricalisme lui fait imaginer le musée diocésain comme un repoussoir.

Nous terminons donc l’après midi sur une toute petite plage encaissée entre deux falaises de roches plissées : une petite langue d’eau tranquille et transparente serpente entre les rochers. Une maison est curieusement encastrée, incluse dans un synclinal évidé, une plate-forme recouverte d’un tapis d’algues vertes fluo lui ait une pelouse étrange. Pelouse .Dominique plante le parasol, le ciel est sans nuages, la température parfaite. A plusieurs reprises je vais me baigner sans toutefois nager, l’eau est fraîche. A marée basse les hommes en blanc arrivent avec leurs râteaux, leurs pelles et leurs sacs plastique. Ici aussi, on nettoie …

Nous rentrons vers 19 heures à Comillas. La plage est métamorphosée : les parasols ont fleuri. Je monte au restaurant au dessus du port commander une tranche de thon à la plancha. Pendant que le thon cuit, j’interroge la serveuse à propos de la marée noire. Il vient du mazout tout le temps, par à-coups tantôt sur une plage tantôt sur une autre. Le Prestige continue à fuir le goudron vient aussi des rochers qui n’ont pas été nettoyés, la tempête enlève des fragments de mazout et les courants les font dériver vers le nord . Le thon est délicieux, piqué de gros morceaux d’ail.

Les Pics de l’Europe

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

les pics de l’Europe

J’ouvre les stores : le ciel est bleu, sans un nuage. Nous irons donc voir les Pics de l’Europe à une cinquantaine de km. Nous suivons l’itinéraire proposé par l’Office de Tourisme à partir de San Vicente de la Barquera le long de la vallée du Rio Tina Major. A Unquéra, des cafés-restaurants énormes proposent la spécialité locale la corbata (cravate) sorte de mille feuille sec torsadé en forme de nœud de cravate. Nous en achèterons au retour, c’est vraiment délicieux.

Nous remontons le cours du Rio Deva qui a creusé des gorges imposantes : le défilé de la Hermida. La route emprunte sur une trentaine de km une sorte de canyon entre des murailles grises verticales très hautes. Le paysage ressemble aux gorges de la Souloise, même couleur, mêmes à-pic, sauf que cela se prolonge sur 30 km.

Santa Maria de Lebena

A la sortie du défilé nous quittons la route pour visiter la petite église de Santa Maria de Lebena du Xème siècle de style mozarabe, toute petite cachée dans la verdure. Le campanile, récent, a été rajouté il y a 100ans. Sous la toiture, de curieuses parures : les modillons à copeaux. La visite est guidée : nous sommes les seules visiteuses, la dame me raconte donc en espagnol toutes les légendes de l’église. Je décroche par moments, mais c’est une leçon particulière d’espagnol.

style mozarabe :modillons à copeaux

A retenir : les arcs en fer à cheval venant des arabes, les chapiteaux en feuille d’acanthe très stylisés, ni animaux ni figures humaines. Le plan basilical rappelle celui des églises byzantines. Le retable est baroque,  plutôt sobre, doré comme il se doit. Il  porte des sculptures naïves – paysannes ? –Une Vierge en bois peint est très curieuse : c’est une Vierge allaitante, un concile (Trente ?) a interdit ce genre de représentation, plus tard la sculpture a été volée, puis retrouvée. La dame parle d’une façon touchante de sa statue « interdite, puis volée, retrouvée … » Derrière l’autel une dalle porte des inscriptions mystérieuses, des cercles décorés de signes : symboles solaires païens ou symboles chrétiens ?

 

A la montagne !

Le Rio Deva devient un torrent montagnard. Les villages sont équipés pour le tourisme de montagne : il y a  beaucoup de locations. Des agences proposent des randonnées à cheval ou en 4×4, du canoé, raft. Et toujours de beaux balcons fleuris ! Nous traversons Potes sans s’y arrêter. Nous passons devant sa grosse tour carrée. Au dernier village avant le téléphérique, Espinama, nous entrons dans une épicerie où je demande des sandwiches : l’épicière coupe une baguette tandis que son mari m’entraîne au comptoir pour choisir les ingrédients : il tranche un fromage de montagne, le pèse et prépare le sandwich en coupant de fine tranches. Dominique prélève le jambon cuit.

Les Pics de l’Europe

Le parking du téléphérique de Fuente De est déjà bien plein. De jolis veaux gris paissent en face des voitures. La cabine rouge monte très vite le long de la paroi minérale. Arrivées en haut la vue est magnifique mais une foule marche en procession sur un large chemin. Horreur, des 4×4 l’empruntent ! Nous suivons le mouvement général jusqu’à un embranchement. A droite le chemin descend surplombant une vallée très verte, à gauche il s’engage dans un pierrier et monte vers les sommets 2600m. Nous sommes à la limite de la végétation (à Superdévoluy, ce serait le haut du Sommarel).
Un aigle magnifique plane longuement au dessus de nous, il est silencieux, nous l’avons repéré grâce à l’ombre qu’il projette au sol.
De retour au parking il fait très chaud, la voiture est un four, nous avions prévu de continuer les visites touristiques dans les villages mais ce qui me tente le plus c’est de rentrer le plus vite et prendre un bain de mer.

Baignade à Comillas

Vers 17h30, nous nous installons à notre coin attitré contre le mur de la plage de Comillas, je vais tenter un petit plongeon. C’est marée basse, de nombreux enfants barbotent, l’eau n’est pas assez profonde pour nager mais elle est très calme et très claire. Je vois les petits poissons, les anémones de mer. Ce spectacle me ravit toujours. Je marche, l’eau m’arrive à mi-cuisse, je guette la vie marine. Comme je me rapproche  des rochers pour voir plus d’animaux, je me trouve coincée et dois nage pour rejoindre le sable et sors enchantée de cette courte baignade. Nous restons jusqu’à 9h sur la plage pour le coucher du soleil.

Comillas : Gaudi et les villages de la montagne

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Le village de Comillas

Le Capricho de Gaudi

Malheureusement aujourd’hui, lundi est le jour de fermeture des musées en Espagne. Il nous faut adopter l’ »heure espagnole ». Impossible de déjeuner avant 9h30. A 10h, nous montons au village et trouvons des supermarchés bien achalandés, une jolie place touristique avec des maisons en hauteur aux balcons fleuris, la Plaza Mayor avec ses arcades et des magasins de luxe. Visite des curiosités locales.

Gaudi détail de céramiques

Capricho de Gaudi : villa délirante recouverte de céramique décorée rose, vert, jaune. Chaque carreau jaune est orné d’un tournesol, les verts de plusieurs feuilles. Les ferronneries végétales ressemblent à celles de Guimard. Des chapiteaux sont sculptés de palmes et d’oiseaux. Une tour cylindrique en forme de minaret coiffe le tout.

Gaudi Capricho : détail de chapiteau

Un peu plus loin, une chapelle gothique et le château (1880) du marquis de Comillas Lopez y Lopez. La végétation est luxuriante : hortensias, agapanthes bleus, magnolias, hauts lauriers et marronniers. Le château kitsch ressemble un peu à celui de Cintra. Nous visitons le château. Martorell et Gaudi ont collaboré à ce manoir prétentieux d’un marquis nouveau riche (nouveau marquis) fier d’accueillir le roi Alphonse XII  Vitraux, billard surdimensionné, salle de réception décorée de fresque représentant la visite du souverain et l’inauguration de l’Université Pontificale (travail de Martorell), encore du gothique catalan fin XIXème.

Gaudi : château

Si la visite n’avait guère d’intérêt, elle m’a au moins servi de cours d’Espagnol. La guide débite à toute allure son boniment. J’ai le plus grand plaisir à tout comprendre.

    Recuperacion plage d’Oyambre

Nous retournons sur la plage d’Oyambre découverte hier. Ce n’est pas une plage déserte et vierge comme je l’avais cru  ! Les équipes de la « recuperacion » sont à l’œuvre. D’abord un tracteur et sa pelle ramasse les algues puis les cribleuses passent. Elles ressemblent à de grosses tondeuse à gazon ou à de petits motoculteurs : une lame tourne et envoie le sable dans un tamis. Ensuite les piétons en combinaisons blanches, gants et bottes de caoutchouc, râteaux, pelles ou truelle à la main, creusent, farfouillent et remplissent des sacs poubelles de sable souillé. J’essaie d’interviewer l’un d’eux.
–    «  Non ce ne sont pas des volontaires. Au début, il y avait des volontaires. Ceux là ont un contrat, ils sont payés. «
Mon Espagnol ne suffit pas pour poser les bonnes questions. D’ailleurs, je me rends compte ensuite que je n’ai pas interrogé la bonne personne. Avec sa tenue rouge, c’est un maître nageur sauveteur.

Dominique s’installe dans un creux en bordure de dune. Je marche le long de la plage. Nous avons quitté les pantalons pour des shorts, je peux donc marcher dans l’eau. Cela change un peu mon point de vue sur les arrivées de mazout. Hier j’avais été optimiste. De tout petits agrégats de quelques mm sont apportés par les vagues. Dans certains endroits où le courant a réuni les coquillages cassés ou les gros grains de sable, ces petites particules sont concentrées. Et il y en a encore ! Les petites boulettes de l’ordre du cm sont plus rares. Avant qu’elles ne soient ramassées, les algues font un liseré sur la plage. Elles sont étonnamment variées : rubans bruns des laminaires, ficus vésiculeux (assez peu), ulve verte, mais aussi petites algues rouges rigides qui font penser à du corail, algues vertes épaisses ressemblant à des arbres miniatures, et encore des brunes décolorées en forme d’éponges . Elles sentent très bon. Après le pique-nique, Dominique se plaint du froid. Un petit vent du nord souffle.