Artistes au Muséum – à l’occasion des 400 ans du Muséum

Exposition temporaire jusqu’au 7 mars 2027

Madeleine Rollinat (1914-2007) Orchidée araignée 1974 vélin

A l’occasion des 400 ans du Muséum d’Histoire Naturelle, à côté de la Grande Galerie de l’Evolution 300 oeuvres sont exposées, oeuvres d’art très variées. J’ai adoré cette expostion et je me promets d’y retourner. 

Qui sont ces artistes? 

Le lion ayant faim se jette sur l’antilope du Douanier Rousseau et son modèle la statue de Quentin et Terrier

Le plus attendu, le Douanier Rousseau, en prologue. Le Douanier Rousseau n’a jamais mis les pieds sous les tropiques, il a trouvé ses modèles au Muséum d’Histoire naturelle. Une illustration sonore de Jean Roché qui a enregistré des sons de l’environnement montre que tous les arts peuvent participer. 

Artistes embarqués : depuis le 17ème siècle, dessinateurs et peintres ont rendu compte des expéditions lointaines des explorateurs; comme l’expédition Baudin qui prévoyait de rejoindre l’Australie. Très beaux dessins scientifiques comme ceux de Lesueur décrivant l’ornithorynque ou les herbiers de Leschenaut.

la chasse au morse Edouard Mérite 1905-1909

Les expéditions en Arctique ont aussi été documentée par des peintres. Les instruments du peintre sous température polaires sont présentés sur des plaquettes de bois. Une planche appuie-mains, un coussin n’étaient pas du luxe pour le peintre.

Francçois-August Biard (1799-1882)Vue de l’Océan Glacial, pêche aux morses par des Groënlandais (détail)

L’oeil et la main : le dessin scientifique

Plus qu’une illustration, le dessin scientifique participe de l’actrivité du naturaliste .  Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) est considéré comme l’un des fondateurs de la botanique, il a herborisé en Crète et au Moyen Orient . Joseph de Jussieu(1704-1779) a présenté ses carnets de terrain et des herbiers.

Achillée millefeuille d’Egypte étudiée par Tournefort

les carnets de terrain des géologues sont de véritables instruments de travail. le géologue reporte ses observation, note les affleurements qu’il devra étudier de près

panorama dans le Velay

Ces paysages annotés sont de véritables tableaux, pourtant il n’ont aucune prétention artistique.

Encore aujourd’hui, le dessin est utiles aux entomologistes de terrain comme cette planche de la Mission Guêptop en Guyane 2021

 

carnet de terrain de Julien NOrwood (né en 1980)

Des artistes reconnus font irruption dans ces documents de travail :

Delacroix et Barye

Delacroix : le lion est mort

« Le lion est mort.Au galop »

est le message que Delacroix a fait parvenir à son ami, le sculpteur Antoine-Louis Barye en Juillet 1829 pour disséquer et étudier la dépouille du lion. 

Antoine -Louis Barye

Un autre artiste reconnu qui vint au Muséum étudier les animaux marins : Gustave Moreau faciné par la mythologie et les athmosphère oniriques du monde marin

animaux marins inspirant la galatée de G Moreau
G Moreau : Galatée (1880)

Les murs d’une salle sont couvert de velins (ou de reproductions) , véritable encoyclopédie de la nature. Certains sont l’oeuvre de Redouté (1759-1840), d’autres dessinateurs.trices sont moins connus comme Marthe et Juliette Vesque. Souvent ces dessins sont exécutés en noir et blanc, car l’exactitude des couleurs est un véritale problème : les poissons se décolorent sortis de leur milieu aquatique, la couleur est parfois subjective. On a dû confectionner des nuanciers pour colorier les dessins. 

langouste

On peut s’interroger sur la pertinence de ce travail de précision maintenant que la photographie est répandue.  Le dessin de la langouste présenté vis à vis de la photographie de l’animal vivant dans son milieu naturel répond à cette question.

je me suis émerveillée devant les dessins et aquarelles, la finesse, la transparence des aquarelles.

le dessin scientifique permet des représentation d’animaux disparus, comme la sarrigue de Cuvier, le mammouth de Durfort…

Reconstitution du Dronte

Reconstitution de l’environnement des dinosaures….

Larynx d’ocelot

uen photographie XXL m’interpelle, une statue? une oeuvre contemporaine? C’est simplement l’agrandissement du larynx d’un ocelot dont le moulage se trouve juste à côté.

Bernard Buffet : petit Duc

pour le plaisir : Bernard Buffet

Des oeuvres encore plus contemporaines utilisent les thèmes animaliers comme ce papier peint très coloré

ou cette machoire de dinosaure flashy.

Il faut aussi prendre son temps pour visionner des vidéos passionnantes comme celle qui raconte la cristallisation du venin de la vipère et celle qui montre une plasticienne construisant des pavés avec des champignons capables de digérer du plastique en mer. Plasticiennes ou scientifiques?

Admirations – Gilles Pialoux

MEDECINS ET SCIENTIFIQUES 

« La crise sanitaire a révélé toute l’ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. Lorsque, d’un côté, l’inculture prend le pouvoir, que, de l’ autre, l’argument d’autorité écrase tout sur son passage, lorsque la crédibilité de la recherche ploie sous la force de l’événement et de l’opinion, comment garder le goût du vrai – celui de découvrir, d’apprendre, de comprendre ? […]La médecine, paradigme absolu de la confiance, est désormais reléguée aux marches de la défiance ». 

« Comment, à partir de portraits de grands médecins et scientifiques, redonner le goût d’admirer, d’embrasser la vocation, de suivre le chemin de ces grands praticiens inconnus ou injustement oubliés ? »

Gilles Pialoux est  chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon, spécialiste du Sida, il a vécu la crise du Covid à l’hôpital.  Accessoirement, il a été journaliste à Libération. Il livre ses « Admirations » pour des médecins ou scientifiques connus ou méconnus à travers le prisme de son vécu.

Admiration pour des savants connus comme Marie Curie, Yersin ou Hippocrate ou méconnus : Madeleine Brès(1842-1921) Zénon Drohocki(1903-1978),  James Miranda Stuart Barry (1789 -1865), Marthe Gautier(1925-2022). Son ouvrage Admirations se compose de 7 biographies détaillées et d’un  » abécédaire de quelques oubliés « subjectivement repêchés ». 

Parmi les méconnus, les oubliés, les repêchés, nombre de femmes qu’on aurait peut-être qualifier d’empêchées, justement parce que femmes.

La  première qui ouvre le bal, Madeleine Brès, est « la première Française à avoir prêté le serment d’Hippocrate le 3 juin 1875 après avoir soutenu à l’âge de 33 ans une thèse féminisante intitulée « De la mamelle et de l’allaitement ». A force d’entêtement, elle réussit à s’inscrire en médecine. La guerre de 1870 qui mobilise les médecins au front, est pour elle une opportunité. Après une carrière honorable, elle a fondé une crèche et avait une nombreuse patientèle, elle finira dans la misère aveugle et abandonnée. Gilles Pelloux, à l’occasion, soulève le problème de la misogynie qui sévit encore de nos jours. Après avoir interdit aux femmes l’exercice de la médecine, le harcèlement existe encore justifiant #Metoo à l’hôpital. 

Marthe Gauthier, un siècle plus tard, Découvreuse oubliée (et pillée) du chromosome de la trisomie 21. Après un stage aux Etats Unis où elle a acquis les techniques de culture des cellules, a réalisé le caryotype de cellules d’enfants trisomiques et a mis en évidence le chromosome supplémentaire, cause de la pathologie. Lejeune, généticien de renom lui a tout simplement volé la preuve de sa découverte, une photographie, puis l’a ignorée dans les publication, altérant même son prénom et son nom, enfin s’est approprié ses carnets de laboratoire qu’il a fait disparaître. Non content de s’être approprié la découverte, « il est connu comme farouche militant anti-IVG et pro-life » et « malgré les polémiques, en voie de canonisation » . 

En passant, on découvre que : Rosalind Franklin fut également oubliée pour le Nobel : 

en 1953 pour la découverte nobélisée neuf ans après de la structure en double hélice de l’ADN par James
Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins. Les trois Nobel oubliant au passage l’apport considérable d’une
certaine Rosalind Franklin, morte d’un cancer de l’ovaire sans doute lié à ses recherches irradiantes comme Marie Curie qui utilisa dans son laboratoire du Kings College à Londres la diffraction des rayons X pour étudier la structure de l’ADN…

Et, c’est bien sur l’insistance de Pierre Curie, son mari, que Marie Curie ne fut pas écartée. 

Zénon Drohocki : l’électrochoc de la déportation – est mis en lumière dans Admirations. Neurologue de renom en Pologne, Drohocki décrit en 1937 une analyse de l’EEG et met au point une technique d’électrochocs.

Juif polonais, Drohocki ne pourra plus exercer sa vocation médicale au moment de la Shoah. C’est cette même vocation, toutefois, qui va lui permettre de sortir vivant du camp d’Auschwitz

Il fuit donc la Pologne en 1938, passe par la Belgique et Paris puis exerce dans la Drôme et se fera arrêter en fuyant vers la Suisse. Drancy, puis 5 camps de concentration. Dans son sac, les plans de son appareil à électrochocs qui intéresse les nazis mais qui lui sauvera la vie :

Au-delà des secousses et de l’amnésie, il y avait aussi ces temps suspendus pendant lesquels les prisonnier(e)sdes différents sous-camps pouvaient entrer en contact pour la première fois, organiser des rencontres, transmettre des lettres. La rumeur sur les bienfaits des électrochocs de Drohocki agrandit le cercle des candidat(e)s bien au-delà de Birkenau

Les fils électriques de Zénon ne transmettaient pas que de l’électricité mais de la chaleur humaine, du lien, des
rencontres inespérées, des missives, de la survie, de la productivité et de l’espoir

Par pudeur ou par douleur; il n’écrira pas son histoire…

 

j’ai trouvé cette histoire bouleversante.

Le chapitre le plus étonnant concerne James Miranda Stuart Barry : chirurgien colonial pionnier de la césarienne et mélange des genres. Chirugien militaire de l’Empire britannique. Né à Cork en Irlande, il s’inscrit comme étudiant en médecine à Edimbourg. Etudiant brillant et studieux, il fait des étude brillantes. Il bénéficie de la protection de son oncle, le peintre James Barry et du général Miranda, révolutionnaire vénézuélien. Affecté au Cap en Afrique du Sud, il sera un pionnier de la chirurgie obstétricale.  et réalisa la première césarienne réussie pour la mère et l’enfant qui fut baptisé James Barry Munnik, dont la descendance perpétua le nom. Ma chronique va s’arrêter ici parce que la suite vous surprendra et que je ne veux pas spoiler.

Ce livre vous apportera bien des surprises, des clins d’oeil à l’actualité, et un grand bond en arrière dans le temps, pour Hippocrate – occasion de lire le Serment qu’on ne connait pas en détail si on n’est pas médecin. Aussi de faire connaissance avec Agnodice (350 av JC) qui dut se travestir en garçon pour exercer la médecine. 

Grande richesse bibliographique :  Pialoux, en bon scientifique est coutumier de citer ses sources. J’ai fait entrer dans mon pense-bête de Babélio deux BD  : La vie mystérieuse, insolente et héroïque du Dr James Barry  Ed Steinkis, et les soeurs d’Hippocrate Ed Les Arènes. En revanche, pour ce qui concerne Yersin, j’ai préféré Peste & Choléra de Patrick Deville. 

 

Dinosaures, crocodiles et coccinelles, les tribulations d’un naturaliste – Philippe Taquet – Odile jacob

PROMENADE AU JARDIN DES PLANTES

Crocodile sarchosaurus imperator galerie de paléontologie

De 1985 à 1990, Philippe Taquet fut le directeur du Muséum d’Histoire Naturelle. Paléontologue, il eut la chance, dès la fin de sa  thèse de partir en mission au Niger, dans le désert du Ténéré et d’y découvrir un gisement de vertébrés fossiles. De cette mission il a rapporté un crane de crocodile géant, Sarchosuchus imperator, âgé de 100 Millions d’année. C’est par le récit de cette expédition que commence le livre. 

Le squelette porte comme il se doit sa carte d’identité : Sarcosuchus imperator – Broin et Taquet – 1966 –
Aptien du Niger. Des milliers de visiteurs dont de nombreux enfants contemplent ébahis cet énorme
reptile ressuscité du passé. Souvent, parmi les commentaires une voix malicieuse s’écrie : « Ah ! Sarkozy, l’empereur des crocodiles ! »

Que les lecteurs ignorants de la Paléontologie des vertébrés se rassurent : cet ouvrage n’est pas destiné aux spécialistes. Il est de lecture facile et surtout très amusante.

Une quinzaine de chapitres courts racontent sa vocation de savant, ses rêves depuis l’enfance. Il nous offre  une promenade dans le Jardin des Plantes en commentant les arbres remarquables : le Robinier de Robin, planté en 1636, le Sophora du Japon dont on fit cadeau des graines à Bernard de Jussieu, le Cèdre du Liban qui fit le voyage dans le chapeau de Jussieu….

Histoire de la Grande Galerie de l’Evolution, je ne savais pas qu’elle avait fait partie des Grands Travaux de Mitterrand!

Les coccinelles, c’est une autre paire de manches! Un des rôles du Muséum d’Histoire Naturelle est de veiller à la biodiversité et aux zones Natura2000, coccinelles et pique-prunes, firent l’objet d’études savantes pour préserver leur habitat. Histoire cocasse pour les coccinelles qui vivaient sur le Plateau d’Albion

gendarmerie d’Apt : « Allô, monsieur le directeur, pouvez-vous nous éclairer sur la présence de
prétendus chasseurs de coccinelles du Muséum dans un lieu hautement stratégique ? – Affirmatif mon
brigadier ! Il s’agit bien de chercheurs naturalistes, en mission officielle, qui luttent pour éradiquer les
pucerons à l’aide des coccinelles françaises.

Rencontre avec deux savants prestigieux : Théodore Monod et Claude Lévi-Strauss…

C’est un livre distrayant, charmant, et fort instructif que je vous recommande sans aucun bémol.

Pour rester dans le Jardin des Plantes vous pouvez écouter le podcast de Radio France: Le Muséum d’Histoire Naturelle a 400 ans interview de son Directeur actuel ICI 

 

l’Expérience de la Nature – les Arts à Prague à la cour de Rodolphe II au Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 30 juin 2025

Arcimboldo : Portrait de Rodolphe II en Vertumne

Rodolphe II (1552 -1612) fils de Maximilien II, fut Roi de Hongrie, roi de Bohème et Empereur du Saint Empire Romain Germanique en 1576, le « plus grand mécène du monde » 

Hoffman : Lièvre entouré de plantes (1585) d’après Dürer

1ère partie de l’exposition « Décrire le monde » présente une collection d’aquarelles et dessins ainsi que des livres savants

Hoefnagel : Scarabée éléphant

Ces planches sont de toute beauté et sont digne d’une encyclopédie naturaliste. Le chardonneret s’inspirant aussi de Dürer, taille réelle aquarellé vaut le déplacement.  Il y a aussi le livre savant Gemmarium et Lapidarium

Compendium astronomique

 

En face, c’est la mesure de la Terre et de l’Univers qui réunit les astronomes aussi fameux que Tycho Brahe qui tente de concilier l’héliocentrisme de Copernic avec les théories de l’Eglise, et Johannes Kepler qui met en évidence le mouvement elliptique des planètes.  on peut voir les calculs de ces savants sur de gros livres. Mais surtout les instruments : sextants, compas, sphères armillaires… décorent les rayons, le compendium réunit en une boîte plusieurs instruments de mesure. 

Une salle est appelée Allégorie à l’époque on pensait que la Nature s’exprimait par un langage secret et par la Magie Naturelle qui s’intéressait à l’optique au magnétisme et à l’alchimie.

Castrucci : (1615)Château aux environs de Prague

Trois tableautins en pierres dures décrivent les environs de Prague.

On assiste au Renouveau du Paysage

Deux paysagiste Pieter Stevens et Roelandt Savery s’inscrivent dans la tradition flamande de Breughel faisant attention au moindre détail. Ils dessinent et gravent des paysages forestiers . Dans al scène avec trois chasseurs, ces derniers sont minuscules, il faut les chercher comme les bucherons dans un autre tableau

Pieter Stevens Paysage avec bucherons

Rodolphe II collectionnait aussi les très belles coupes de jaspe, de cristal de roche, d’ambre ou de corne de rhinocéros. Il tournait aussi ces coupes lui-même en corne.

 

 

 

 

les jardins suspendus du Havre

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Jardins suspendus du havre Serre des bégonias

Jardins suspendus

Dans les hauteurs du Havre, 17 hectares dans les vestiges du Fort militaire de Sainte Adresse bâti au XIXème siècle désaffecté en 1979.

La  Roseraie est proche de l’entrée nord. J’accède par un escalier et un tunnel au Jardin des Robinsons. Ces jardins du Havre sont connectés à l’activité portuaire, à l’exploration du monde, à l’importation des plantes du monde entier. Dans ce Jardin des Robinsons, de curieuses huttes sont tressées avec les tiges des saules vivants selon la technique du plessis.

jardins suspendus : jardin des robinsons

Un plan est fourni pour ceux qui souhaitent une visite exhaustive : suivant les flèches on découvre les jardins d’Amérique, d’Asie ou d’Australie. Sous la pluie battante, je préfère ne pas tremper mon plan et me laisse porter par le hasard.

Près de l’entrée sud je découvre un Labyrinthe qui occupe une terrasse.

jardins suspendus entrée sud

Le centre du fort est occupé par un « Tapis vert » encadré par des carrés odorants où l’on cultive des plantes aromatiques. Sous une température plus chaude ils sentent sûrement plus. Même sous la pluie fraîche ils embaument.
Les Serres ferment pour la pause méridienne. Il nous faut revenir un peu plus tard.

Le havre jardins supendus

En attendant leur ouverture, nous descendons au Port que nous parcourons en voiture, nous le plus près possible des bassins et des portiques immenses. Un grillage enferme de très longs tubes effilés. Il faudra un bon moment avant que je n’identifie les éléments d’éoliennes offshore de l’usine Siemens Gamesa. J’ai été très surprise de lire que ces éoliennes n’étaient pas en métal mais en balsa et résine. Nous sommes impressionnées par les dimensions.

éoliennes

Retour dans les Serres

Je suis restée deux bonnes heures pour profiter d’une promenade abritée de la pluie dans les 10 serres abritant les collections végétales. Chaque serre est dédiée à un botaniste.

Serre Poivre :  les plantes utiles qui ont toutes voyagé : le cotonnier (Gossypium) a été rapporté par Alexandre le Grand. Le piment (pili-pili),introduit à Séville par Christophe Colomb. Le sucre fut extrait dès le VIème siècle Av.J.C. en Chine,  la Canne à sucre arriva en Martinique apportée par les Juifs chassés du Brésil en 1654

Les premiers grains de café arrivèrent au havre en 1728 en provenance des Antilles. Les plantes étaient apportées dans des caisse de Ward, l’une d’elles est présentée ici.

La serre Adanson(1727-1808) abrite des plantes de sous-bois tropical. Souvenir de lecture la Porte du Voyage sans Retour de David Diop a pour héros le botaniste qui vint herboriser au Sénégal(1748-1754)

Serres des jardins suspendus épiphytes

La serre dédiée à Bonpland (1773-1858) contient des broméliacées et des orchidées, plantes épiphytes. Souvenir de lecture encore, Bonpland s’est lié d’amitié avec Humboldt et l’a accompagné en Amérique Centrale. Leur voyage est relaté dans le livre d’Andrea Wulf  L’Invention de la Nature

La serre Plumier (1646-1704) présente toutes les variétés possibles de bégonias. Plumier part à la découverte de l’Amérique avec Michel Bégon (1638-1710)

La serre suivante est attribuée à Lamarck(1744-1829) et à Armand David (1826-1900) avec des plantes sans fleurs : fougères et mousses, les premières dans l’Evolution.

Henri Cayeux (1869-1963) directeur des jardins de la ville du Havre est honoré par la flore des zones humides, avec de beaux nymphéas dans des bassins peuplés de charmants poissons minuscules. .

Il y a également une serre Tournefort(1656-1708) pour les plantes tropicales.

Non seulement la balade dans les serres est charmante mais c’est une leçon d’histoire de la botanique très instructive. Je suis tout à fait preneuse !

plante carnivore

Des serres, on arrive dans les Carrés d’essais  de plantes fleuries très colorées. Mon temps est compté je suis déjà restée très longtemps.

 

 

Paléontologie – Une histoire illustrée – David Bainbridge – Delachaux et Niestlé

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

C’est un très joli cadeau que Babélio et Delachaux et Niestlé m’ont offert et je les remercie!

Un très beau livre, dont les illustrations sont remarquables, dessins scientifiques classiques comme on savait le faire autrefois, d’une précision scientifique mais aussi de grande beauté. Rien que pour les images, ce livre va rester en bonne positions sur les rayons de ma bibliothèque! iconographie abondante, bien expliquée, aussi belle qu’étonnante!

Une histoire de la Paléontologie, des origines – citation de Léonard de Vinci en exergue – plus inattendu, un monstre sur un vase grec antique, à nos jours avec les découvertes les plus récentes comme les études menées sur le petit mammouth sibérien découvert en 2007 et même des découvertes encore plus récentes.

Cette histoire n’est pas exhaustive, elle se veut distrayante, avec des chapitres consacrées à des personnalités marquantes, aussi bien des aventuriers chasseurs de fossiles à la Indiana Jones, que des chercheurs universitaires nobélisés comme les Alvarez. Des découvertes marquantes qui mettront des décennies à faire surface, des batailles épiques autour  » guerre des os », des montages spectaculaires et même des fraudes avérées…L’auteur s’est attaché à faire ressortir des personnages originaux. Il n’oublie pas de citer des femmes comme  Mary Annings, ou Mary Leaky (dont je ne connaissais que le mari)  ou Jenny Clack. Comment dit-on paléontologue au féminin?

En revanche, Bainbridge, britannique, ignore superbement les scientifiques non anglophones.  Cuvier n’apparaît que dans une légende d’illustration dans le chapitre dédié à Mary Annings, de même Coppens au détour d’une phrase. Buffon et Lamarck ne sont pas cités du tout, Le Pichon (tectonique des Plaques) non plus.

J’avais vraiment besoin de rafraîchir mes connaissances en Géologie et j’ai été ravie des découvertes récentes aussi bien mises en évidence.

A lire, à feuilleter!

L’Extinction des Espèces – Diego Vecchio

HISTOIRE DES SCIENCES

Merci à Claudialucia qui m’a indiqué ce titre qui résonne en écho avec des ouvrages sur l’Histoire des sciences : l’Invention de la Nature,d’Andrea Wulf les Arpenteurs du Monde d’André Kehlmann et d’autres…

« Les océans qui avaient été un des lieux les plus agréables de l’univers, devinrent d’une extrême dangerosité. Avant l’Ordovicien précoce, les êtres vivants pouvaient se promener dans toute région sous-marine et profiter des beautés d’un récif corallien ou admirer les formes plumeuses des crinoïdes. C’était désormais inenvisageable. Des mafias de poissons aux mâchoires acérées montaient la garde partout, prêts à planter leurs dents dans le moindre visiteur. les assassinats au grand jour se multiplièrent, même dans les endroits les plus fréquentés, bien souvent gratuits pour le simple plaisir de tuer. Cet accroissement de l’insécurité eut pour conséquence un des faits les plus importants de l’histoire de la vie : la conquête de la terre ferme. »

Histoire de la Terre, Paléontologie, expéditions pour rechercher des fossiles de dinosaures, ne peuvent que me passionner.

Muséographie : le  Smithsonian Institute avec ses musées géants et ses publications ne me sont pas non plus inconnus (surtout les publications et les collections de carottes sur lesquelles j’ai planché autrefois pour ma thèse).

Attention, sérieux s’abstenir! C’est un livre léger, drôle, facile à lire, très divertissant. Surtout pas un livre scientifique de référence. On le lit, le sourire aux lèvres en se demandant parfois où est la science et où est la fiction. Cela ne fait rien. On s’amuse en s’instruisant.

C’est une vision américaine (pas uniquement étasunienne, l’auteur est argentin) . il est beaucoup question de valeur marchande des fossiles (en Europe c’est un aspect sacrilège), question aussi le l’attraction du public par des expositions spectaculaires, de la rentabilité économique d’un musée. Un musée qui n’aurait que peu de visiteurs serait en danger….(cela nous gagne peut-être?)

Vision américaine aussi que cet intérêt pour la « vie primitive » alors que la destruction des prairies, des bisons, et des Indiens, natives. Là aussi, on se demande où est la limite entre la fiction et la science. Ces tribus primitives ont-elles vraiment existé? Pointe aussi la réflexion sur le genre, le rôle des femmes (réflexion XIXème ou XXIème siècle) ? Peu de réponse sérieuse à toutes ces questions?

mais cela ne fait rien, j’ai passé un bon moment de lecture.

Le Détail du Monde – L’art perdu de la description de la nature -Romain Bertrand

HISTOIRE DES SCIENCES

En trois chapitres Romain Bertrand raconte l’entreprise de la Description de la nature de Bernardin de Saint Pierre et Buffon en passant par Goethe

« Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d’une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s’autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la « peinture de paysage » au rang d’un savoir crucial. »

Dans la première partie : La vie rêvée des coléoptères, l’auteur dresse un tableau de cet inventaire du monde par les naturalistes du XIXème siècle. Il présente Wallace (1823-1913) gallois qui a sillonné le pays pour arpenter les pâtures et labours pour le compte de l’Eglise d’Angleterre et qui, dans le sillage de Humboldt part en expédition sur l’Amazone,

Ivre de canopée, Wallace exulte : « Je ne me suis jamais autant amusé. » La remontée du Rio Negro lui offre
l’occasion d’une initiation à la vie de brousse. Il dort au beau milieu de la jungle, dans des huttes de fortune, à
même le sol de terre battue ; fouille à mains nues la boue …

Il part ensuite pour Singapour et Bornéo, rencontre Brooke, un aventurier, un peu bandit, qui s’offre un royaume à Sarawak.

« Wallace observe la déclinaison des espèces et de leurs attributs. Parvenant à la corréler aux états anciens des
terres émergées, il avance à pas de géant dans la compréhension des mécanismes de la « lutte pour l’existence » : séparées par accident géologique ou climatique de leur groupe-souche, des populations animales développent des caractères inédits »

Sous d’autres latitudes, observant d’autres espèces, il arrive à des conclusions analogues à celles de Darwin qui publie simultanément L’Origine des Espèces. Wallace se reconnaîtra darwinien avec fairplay.

Le XIXème siècle est celui des grandes collections qui ne se font pas sans un massacre systématique de la faune étudiée. Pour dessiner ses merveilleux oiseaux Audubon utilisera des techniques de thanatopracteur aussi sophistiquée que les égyptiens anciens dans leur momification. Des centaines d’oiseaux, de mammifères sont abattus pour la cause de la science sans état d’âme. Si

Alfred Russel Wallace, le grand et austère savant coauteur de la « théorie de l’évolution », donnant le biberon puis la becquée à un bébé orang-outan,

c’est parce qu’il a arraché le bébé à sa mère. Pour lui « il n’existe aucune contradiction entre la vie contemplée et la vie prise » et il est dit plus loin que la « somme des spécimens collectés par Wallace est tout bonnement collosssale pas mois de 125.660 pièces » .

Le chapitre 2 : Le bleu des choses commence au début du XXème siècle lors de l’Exposition universelle de Paris, plus précisément dans le Pavillon de Madagascar où se trouvent un diorama « une série de scènes d’après natures signées d’un certain Louis Tinayre ». Un des protagonistes de l’histoire sera le peintre Louis Tinayre – ancêtre des reporters de guerre qui a cheminé à Madagascar. Le « bleu » qui donne son nom au chapitre est celui du ciel, ou tout au moins la difficulté de rendre toutes les nuances de bleu.
Albert 1er de Monaco repère le peintre et l’associe à ses expéditions de 1904 à 1914 qui aboutiront à l’exploration des abysses.

La réputation de pionnier de la protection des milieux marins d’Albert Ier de Monaco ne sort d’évidence pas
indemne du récit détaillé des chasses auquel le prince s’est livré »

comme Wallace, dans le chapitre précédent, le prince est un « viandard »

Dans la palette des peintres se trouve le « Bleu Guimet » , encore un explorateur! L’auteur s’attarde sur la « Nomenclature des couleurs, devenue outil de référence de la description naturaliste » et nous fait rencontrer Syme et Werner.

A la croisée de l’art et de la science, Haeckel est un savant remarquable

« Toute la vie intérieure de Haeckel se trouve placée sous le double signe de Darwin et de Humboldt. […]
En 1866, c’est encore en hommage à Humboldt qu’il forge, dans sa Morphologie générale des organismes, le
terme d’« écologie » pour désigner « la science des relations d’un organisme avec son environnement ».

Il note la réciprocité de l’admiration de Darwin

« Darwin s’émeut de la qualité et de la beauté de l’oeuvre de Haeckel, et en conséquence, l’admet dans le cercle restreint de ses disciples »

« l’esthétique de Haeckel est, sous cet aspect, impeccablement darwinienne, qui donne à voir les marqueurs de surface de l’Evolution »

Peinture, dessin il manquait la poésie, déjà évoquée avec Goethe, au début du livre, maintenant Valéry et Ponge sont convoqués. Ponge puis DH Lawrence et toujours cette difficulté à rendre le bleu du ciel!

le chapitre 3 : Le sociologue et l’oiseau va introduire le Birdwatching , science ou passe-temps amateur particulièrement développé dans le Royaume Uni.

« Pour Nicholson, qui gravite dans l’orbe d’influence du célèbre zoologiste Julian Huxley, l’art de l’observation
des oiseaux, amusant passe-temps s’il en est, se doit de devenir une véritable science. Il n’est plus question de se
contenter d’identifier au jugé les espèces selon les seuls critères – pittoresques mais trompeurs – de leur ramage et de leur plumage, mais de décrire scrupuleusement leur habitat et leur comportement. »

Le héros de ces observations est Tom Harrison et son groupe de Birdwatchers qui vont opérer une véritable révolution en

« Prenant le contrepied de la théorie de Darwin – pour qui c’est toujours la nature qui opère, souveraine, la
sélection des espèces –, il y affirme qu’il existe un processus concurrent de « sélection de l’environnement par l’animal ».

« La connaissance fine des milieux modifie la perception même des paysages. Ceux-ci ne sont plus des étendues
étales, mais des damiers d’habitats, des chapelets d’orées ouvrant sur des univers où coexistent et s’entremêlent des formes de vie. »

Il ne s’agira plus de chasser, de décrire des espèces, de collectionner des plumages mais de se cacher, d’être à l’affût, de se mettre dans la peau d’une poule d’eau pour raconter le comportement de l’oiseau, du point de vue de l’oiseau!

Et de la description des sociétés animales à celle des sociétés humaines, en appliquant les méthodes d’observation mises au point avec les oiseaux, « anthropologie de nous-mêmes » conduit à une anthropologie de masse.

On note aussi l’évolution des scientifiques qui passent des massacres des chasseurs à la protection des oiseaux.

Penone Verde del bosco description contemporaine!

C’est donc un ouvrage très riche, parfois un peu touffu, mais toujours passionnant qui complète la lecture des Arpenteurs du Monde de Daniel Kehlmann et de l‘Invention de la Nature d’Andrea Wulf qui m’avaient fait connaître Humboldt et Haeckel et que j’avais dévorés. Souvenir del excellente exposition au Musée d’Orsay Les origines du monde en 2020 juste après le confinement

Jean Painlevé – Les pieds dans l’eau – Jeu de Paume des Tuileries

Exposition temporaire jusqu’au 18.09.2022

Une exposition fascinante dans le bestiaire fantastique du littoral, filmé sous l’eau avec cet équipement baroque ou au laboratoire en microphotographie.

puce

J’ai perdu la conscience du temps qui passe en regardant les films de Painlevé : La Pieuvre, Les Daphnies, Le Vampire, L’Oursin, Crevettes…filmés de loin, de près, de très très près, grossis 150.000 fois. Et j’ai découvert des animaux dont je n’avais jamais entendu parler : Aceras, (mollusque)Hyas et Sténorinques(crustacés), j’ai vu se déployer des Spirographes.

Certains films datent de 1929, d’autres sont beaucoup plus récents comme la Transition de phase des cristaux liquides, en couleur, presque de l’art abstrait (d’ailleurs pourquoi ai-je écrit presque)?

Des tirages Noir&Blanc d’une grande beauté, non dépourvus d’humour comme ces pinces de crustacés qui évoquent un profil (il y en a une autre où la pince de homard ressemble à De Gaulle).

J’ai pensé au temps jadis où la sortie du projecteur Super8 en classe déclenchait l’enthousiasme des élèves pas encore saturés d’Instagram et de documentaires animaliers pompeux. Loin des opéras filmés qui hantent les programmes télévision. Du cinéma slow, sobre, mais tellement bien filmé, du soin, de l’humour, de la précision, de l’observation, de la science quoi!

Acera dansant ou Femme à la fraise Renaissance

 

Au temps des faluns – Musée des Beaux Arts d’Angers

PALEONTOLOGIE

Exposition temporaire jusqu’au 20-02-2022

« Les faluns sont caractéristiques et identitaires de l’Anjou. Le terme « falun » désigne une roche sédimentaire constituée de restes d’animaux qui s’est formée il y a 15 millions d’années. « 

Paléogéographie : Miocène

L’Anjou, il y a 15 Millions d’années était un gigantesque golfe carrefour biologique , lieu d’accueil et passage des migrations des animaux de l’ère Tertiaire.

Le climat était comparable à celui du Sénégal actuel. les faluns étaient des couches sableuses, sables marins ou fluviatiles contenant des fossiles marins et terrestres. Au temps des faluns, la formation des Alpes a entrainé  des basculements, l’ élévation du niveau des mers, résultat de la  dilatation de l’océan avec la hausse des températures, ces facteurs ont causé des transgressions marines avec dépôt de sédiments sableux. Des orages et des crues ont apporté des alluvions et des galets. Ces différentes strates superposées forment une collection de fossiles que l’exposition présente sous deux parties : le Monde marin et le Monde terrestre

Le Monde marin 

Le monde marin au Miocène

 

Deux catégories d’êtres vivants : les invertébrés, mollusques, bryozoaires, échinodermes, arthropodes, et les vertébrés : raies requins, baleines et siréniens. les fossiles sont très bien présentés.

Fossiles encroûtés de bryozoaires

Raies et requins sont impressionnants, on retrouve de nombreuses dents de requins de tailles diverses dans les faluns : les requins en  possèdent plusieurs rangées et en perdent des milliers au cours de leur existence.

les plus grandes sont de l’ordre du décimètre

 Les baleines étaient dérivent du Basilosaurus (-40 Ma), après le miocène un refroidissement des eaux a fait baisser la diversité et les migrations ont favorisé le gigantisme. 

Le Monde Terrestre

L’ère tertiaire voit le développement des mammifères, dans la première partie du Miocène une foret subtropicale couvrait l’Anjou avec des fougères et des conifères. les fossiles sont également remarquables : os et dents. On y voit des animaux disparus comme ces Gomphotères qui ressemblent à des éléphants, des ancêtres des rhinocéros et des chevaux.

gomphothère

une bien jolie exposition qu’on pourrait compléter par une visite à Doué.