Toute la violence des hommes – Paul Colize

POLAR BELGE

Trouvé sur les blogs d’Aifelle et de Kathel

Après une série de livres sérieux et denses, j’avais envie de me divertir avec un polar,  me laisser entraîner par un auteur que ne connaissais pas encore.

Coïncidence : le héros de l’histoire est un Croate qui a vécu, enfant, l’horreur du siège de Vukovar (1991) alors que je viens de lire une série de livres de l’ex-Yougoslavie ; j’ai donc été sensible à cette tragédie évoquée dans le livre.

Le château d’eau de Vukovar

Je m’intéresse également au Street-Art qui est au centre de l’intrigue.

Et je n’ai pas été déçue. Polar original et très bien ficelé.

Des personnages intéressants et loin des clichés du genre dont on découvre progressivement la complexité.

Ne comptez pas sur moi pour spoiler et vous révéler l’histoire, il faut le lire. Une soirée suffit, on se laisse entraîner et on ne le lâche plus.

Zinc – David Van Reybrouck Actes Sud – essai traduit du Néerlandais

le triangle blanc matérialise le territoire de Moresnet-neutre

« Sans avoir déménagé une seule fois de sa vie, il a été successivement citoyen d’un État neutre, sujet de l’Empire
allemand, habitant du royaume de Belgique et citoyen du Troisième Reich. Avant de redevenir belge, ce qui sera
son cinquième changement de nationalité, il est emmené comme prisonnier de guerre allemand. Il n’a pas
traversé de frontières, ce sont les frontières qui l’ont traversé. »

Ce court essai raconte l’histoire d’un homme, Emil Rixen (1903-1971) qui changea cinq fois de nationalité sans quitter son village. 

C’est aussi l’histoire d’un minuscule territoire  coincé entre Belgique, Prusse et Pays Bas : Moresnet-neutre

« nouveau mini-État, à l’inverse, était constitué de bois pour plus de la moitié de sa superficie et comptait tout au plus une cinquantaine de maisons et de cabanes éparses, abritant 250 âmes, regroupées pour la plupart au hameau de Kelmis/La Calamine. »

Résultant du Traité des Limites en 1816, après la défaite napoléonienne, les Pays Bas et la Prusse ne réussissant pas à se mettre d’accord sur l’attribution de ce territoire recelant une richesse convoitée : la mine de Zinc. Ce micro-état possédait un drapeau. Il était soumis au Droit du Code Civil napoléonien, avait même choisi une langue officielle : l’espéranto et émis pendant quelques semaines un timbre-poste. Le traité de Versailles (1919) a mis fin à cette bizarrerie diplomatique. Moresnet-neutre est devenu Belge mais l’Allemagne nazie a envahi ce territoire, et engagé de force ses hommes dans son armée bouleversant encore les citoyennetés. 

C’est aussi un essai sur ce métal qui a donné le titre à l’ouvrage de David Van Reybroukdont l’exploitation récente au XVIIIème siècle et la richesse du minerai expliquent cette bizarrerie diplomatique. 

« XIXe siècle était le siècle du zinc, de même que le XXe allait devenir celui de la bakélite, de l’aluminium et du nylon. Les seaux, les arrosoirs et les bassines que Maria Rixen avait trimbalés en son temps dans la maison de son employeur : en zinc, sans aucun doute. Les chéneaux, les corniches et les gouttières de cette même maison : en zinc, très probablement. La baignoire, la lessiveuse, l’égouttoir : en zinc. La pommade pour ses mains desséchées et crevassées : à base de zinc. La revue illustrée qu’elle feuilletait en rêvassant : du zinc dans la
plaque d’impression, la photographie et la photogravure… »

La Communauté Européenne a fait disparaître les frontières qui se rejoignaient au Tripoint (convergence des frontières belges, allemandes, néerlandaises) La Covid va-t-elle les faire resurgir? 

Un essai qui tombe à point pour nous faire repenser aux frontières. une histoire originale et un livre très agréable.

Merci à Keisha qui m’a signalé cette lecture lire ICI