Intempérie

LITTÉRATURE ESPAGNOLE 

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« De son trou argileux, il entendit ‘écho des voix qui ‘appelaient et essaya de localiser chacun des hommes dans les limites de l’oliveraie, comme s’il s’agissait de grillons. Beuglement pareil à des cistes calcinés. Recroquevillé en chien de fusil, son corps s’encastrait dans la cavité sans lui laisser le moindre espace pour bouger…. »

Pourquoi cette fugue éperdue de l’enfant? Une lubie de gamin, un désir d’ailleurs, ou une tragédie?

« Lui avait bien dû faire quelque chose pour mériter ses brûlures, sa faim, sa famille. « quelque chose de mal » lui rappelait son père à chaque instant »

Pourquoi l‘Alguazil s’acharne-t-il tant sur lui?

Ce roman retrace donc la fuite de l’enfant poursuivi mais aussi raconte la terre meurtrie par une terrible sécheresse. C’est d’ailleurs à cela – probablement – que fait référence le titre du livre. Terrible sécheresse :

« Sur les terres qu’ils traversaient, les traces de sillons et d’aires de battage leur parlait de désolation. Billons au lavis sur lesquels ondulait une croûte de boue cuite que seul l’âne chargé écrasait. Ancienne terres irriguées, à présent pareilles à des planches à laver le ligne parsemées de petits silex aux bords tranchants et à l’aspect cireux détaché des traîneaux à repiquer »

Car la terre  est le personnage principal de Intempérie . De l’enfant ou du chevrier nous ne saurons ni le nom, ni l’âge, ni les traits physiques. Tandis que de la terre, nous connaîtrons les odeurs, le relief, la végétation et les tristes ravages de la catastrophe. C’est le roman de la soif. Des rivières asséchées, des mares qui ont disparu, des puits où l’eau est devenue mauvaise. Des chèvres qui donnent si peu de lait et qu’il faut faire boire. Catastrophe écologique du réchauffement climatique ou manque de pluie récurrent dans  cette région d’Espagne? Roman intemporel. Seule la moto de l’alguazil permet de situer l’action aux temps modernes.  Le pastoralisme et la transhumance pourrait aussi bien venir du fond des temps.

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Roman de la soif. Sécheresse aussi et économie de paroles. L’enfant ne dit rien de sa fuite, ni le vieux de sa vie.Violence aussi.  . Humanité réduite aux rites funéraires. On tue pour survivre mais les hommes ont droit à une sépulture. Pudeur des gestes réduits au strict nécessaire.

J’ai dévoré ce livre dans l’avion qui me ramenait de Fuerteventura, île sèche et déserte où l’eau précieuse des campagnes est puisée grâce aux éoliennes et gardée par des levées de terres, des terrasse. Où l’eau de pluie est parcimonieusement conservée dans l’aljibe, la citerne qui se trouve dans chaque cour. Où on donnera plus volontiers un verre de vin qu’un verre d’eau au passant.

Que fait donc le mouton sur la couverture du livre? des hommes, un enfant, un âne, un chien, des chèvres, un corbeau, un rat apparaissent dans l’histoire. De mouton , nenni.

Water – film de Deepa Mehta (DVD)

 

SAISON INDIENNE

Dernier film de la trilogie de Deepa Mehta : Fire, Earth et Water. Ce n’est pas du cinéma de Bollywood. Réalisé avec la télévision canadienne,  tourné en partie au Sri Lanka, hors des conventions habituelles du cinéma indien, il aborde le sujet douloureux des veuves.

Chuya, la petite veuve

Quel âge peut avoir la petite veuve dont on rase la tête et qu’on habille de blanc? Sept ou huit ans. Son père l’abandonne dans la maison-refuge des veuves parmi des femmes de tout âge. La plantureuse matrone qui règne sur la cour ne l’impressionne pas, Chuya de fureur, lui mord la cheville de ses jeunes dents de « petite souris ». Elle est pleine d’énergie et capable des colères puissantes des jeunes enfants.

Kalyani, la  seule qui soit coiffée d’une abondante chevelure, vit à l’écart à l’étage. Elle élève en cachette un chiot et consolera Chuya lui faisant partager ses dévotions à Krishna. Je ne comprendrai que plus tard son éloignement des autres femmes. Une autre veuve exerce une autorité naturelle : dévote, austère, elle est aussi la seule femme instruite de l’ashram. Certaines sont infantiles, mariées enfants, elles n’ont rien connu du monde et rêvent de sucreries…Dans la résignation et la dévotion l’énergie de Chuya explose.

Film d’eau qui commence dans un champ de lotus, se poursuit le long du fleuve où se déroulent crémations et ablutions.  Obsession des purifications, pureté des castes. Le contact fortuit avec une veuve apparaît comme une souillure. Film de pluie bienfaisante qui apporte une joie éphémère pendant l’averse.

Film bleu. Bleu, la couleur de Krishna, dit Kalyani. Une lumière bleutée baigne la cour aux murs grisâtres, les saris blancs des veuves. Traces de peinture bleue qui s’écaille sur les planches patinées de l’étage. Le rouge n’apparaît qu’en flash-back: images de ces noces funestes qui ont lié ces femmes à un homme autrefois. Jaune et rose de la fête de Holi, un instant de bonheur. Ambiance nocturne souvent.

Recherche esthétique : certaines scènes sont sublimes : la rencontre de Kalyani de de Narayan sous un ciel rosissant, le jeune homme joue de la flûte comme Krishna.

 

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La figure de Gandhi se profile : l’action se situe en 1938. Évoqué par les deux amis diplômés, par les veuves de l’ashram qui n’apprécient pas son action en faveur des Intouchables. Plus défavorisés que les veuves, les Intouchables, voire….Joie de la population quand Gandhi est libéré de prison,  la foule converge vers la gare où se trouve le train de Gandhi, porteur de tous les espoirs!

 

Danielle Mitterrand : une militante

accès à l'eau pour tous !

La nouvelle du décès de Danielle Mitterrand endeuille cette matinée ensoleillée qui commence. C’est une des figures de mon panthéon personnel qui disparait, non pas la first lady mais la Militante des Porteurs d’eau que j’ai eu la joie d’écouter il y a quelques temps à Villeneuve Saint Georges à l’occasion du Festival de l’Oh. octogénaire mais si dynamique transmettant tout son enthousiasme et son énergie au service d’une cause mondiale : le Droit à l’eau et l’accès à l’eau.

Je lui dédie cette photo d’une porteuse d’eau africaine.

Les porteurs d’eau boiront à leur feuille d’eau un breuvage un peu amer aujourd’hui.

 

Arrivée en Estonie : Rouge, sentier des énergies renouvelables

moulin hydraulique

Valka/Valga, le poste frontière  désert, les installations encore présentes mais rouillées.

La  campagne est cultivée : champs de céréales (blé ou seigle ?) et  colza encore en fleur. Les maisons de bois sont peut être plus nombreuses mais nous ne voyons pas de différences frappantes entre Estonie et Lettonie.

 Rouge. Nous attendions beaucoup du « chapelet de lacs bordés de maisons fleuries ». Stoppons devant le « lac le plus profond d’Estonie » : une plage, de gens nagent. Ce n’est pas tout à fait ce que nous imaginions.

Un peu plus loin, une prairie, une tour de bois couronnée par une structure évidée (éolienne ?). D’ici part le sentier écologique de l’énergie renouvelable.

 Moulins à eau ont été construits pendant les trois derniers siècles, cinq d’entre eux fonctionnent encore.

La vallée de Ööbikuorg est célèbre pour ses « hydraulic ram », pompes à deux valves utilisant l’énergie cinétique du choc hydraulique, technique élaborée dès 1797. En Estonie, une pompe originale a été mise au point par Friedrich Johanson pour approvisionner en eau sa ferme située sur le bord de la falaise.

pompe

Cette vallée résulte de la fonte des glaciers lors de la dernière période Glaciaire. Des cascades ont creusé les grès Dévoniens de Gauja et d’Amata. Les dépressions creusées étaient beaucoup plus importantes puisqu’on a estimé à 180m de moraine et de sédiments glaciaires. Les lacs se seraient formés avec la fonte des blocs de glace enfouis sous les moraines.

Un site exceptionnel, des curiosités intéressantes, une idée porteuse, les énergies renouvelables. Avec un peu plus de méthode et de communication, le sentier des énergies renouvelable aurait dû être passionnant. Au lieu de cela, c’est mal fichu. Le sentier n’est pas balisé. On n’en voit pas le départ (ni la suite d’ailleurs). Les explications sont soit pas traduites, soit confuses. Même les WC ne sont pas indiqués !

Nous errons avant de trouver le départ.

Des archéologues débitent à la hache un  tronc de pin. Ils construisent une maison varègue (8ème siècle) utilisant les techniques d’époque : pas de scies seulement des haches et des couteaux. Ils bouchent les interstices avec des mousses ou des sphaignes et enduisent l’intérieur à l’argile. Une cuisine primitive à l’intérieur consiste en un tas de pierres, où se trouve le foyer et un gros trou dans lequel on met les poteries de cuisine sur des braises et sous la cendre. Ils ont retrouvé sur place les restes d’une forteresse de l’ « âge de fer » qui a disaru au 11ème siècle. C’est amusant de noter que leur « Préhistoire » est, chez nous, une période tout à fait historique.

Nous n’avons pas vu les chapelets de lacs ni les maisons du bord de l’eau promis par le Guide Vert.

Dans les veines ce fleuve d’argent – Dario Franceschini

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A la veille d’un voyage qui doit me conduire de Bologne au Delta du Pô

merci à Dominique qui m’a recommandé ce roman!

 » … Je dois le retrouver. Un matin, à l’école, avant de partir, il m’a posé une question à laquelle  je n’ai jamais répondu… »

se souvient Bottardi quarante-deux ans plus tard, qui commence le voyage à la recherche de son camarade perdu de vue.

Voyage en charrette le long du fleuve, omniprésent. Voyage dans les souvenirs, à travers les villages d’une contrée toute habitée par le fleuve. Peuple du Fleuve, pêcheurs, lavandières  sont les figurants des épisodes qui se succèdent, mais aussi aubergistes et forains ainsi que le charretier Artoli qui emmènera Bottardi le long du chemin de halage au pas tranquille de son cheval.

Baignades et amours sur les plages du fleuves, noyades aussi

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Le fleuve, jamais nommé, mystérieux, puissant est-il réel ou mythique? j’ai dû me faire confirmer par Internet la présence de l’esturgeon dans le Pô. Page 125, j’en ai la confirmation, c’est d’ailleurs la seule occasion de lire ces deux lettres : Pô.

« Tu vois, Primo, tous les jours depuis toujours, je ne fais que ça : aller et venir jusque-là. Pourtant je viens seulement de comprendre que le fleuve est comme la vie. C’est pourquoi – dit-il en le montrant d’un signe de tête – lorsque je vais vers l’amont je regarde l’eau qui coule vers moi et , comme maintenant, je me sens bien. il me semble être plus fort, pouvoir regardeer le fleuve dans les yeux comme si je lui disais « Tu peux bien aller où bon te semble, tu ne m’entraîneras pas avec toivers la fin. Moi, je vais vers le haut, lmà où la vie commence »…. »mais lorsque je vais vers l’aval, je suis envahi par la mélancolie, c’est comme si le fleuve m’aspirait et m’emportait avec luui sans même s’apercevoir de moi et de ma charrette….. »

Même la Pluie – film d’Iciar Bollain

Une équipe espagnole vient en Bolivie filmer l’arrivée de Christophe Colomb, l’exploitation des Indiens, le pillage de leurs richesses mais aussi la protestation de Las Casas contre l’esclavage. Pourquoi en Bolivie? la nature fournit des décors somptueux mais surtout les salaires des figurants sont ridiculement bas : 2$! Et les figurants ne manquent pas! Au casting, des files impressionnantes attendent le réalisateur qui se sent rapidement dépassé. Pauvres mais pas si dociles que ne l’imagine le D’ailleurs, ils tombent mal : la ville est en proie à une révolte sanglante . Les Indiens de Cochabamba se battent contre la privatisation de l’eau. 

Ces luttes font un écho saisissant avec le propos du film. La jeune photographe saisit l’occasion : elle photographie et veut intégrer la lutte des Indiens à son making-of du film. producteur, réalisateur, acteurs se trouvent entraînés dans la tourmente quand les choses se gâtent sérieusement. Chacun réagit à sa manière et parfois de façon étonnante. les plus idéalistes se révèlent pétochards tandis que les cyniques témoignent de plus d’humanité….

Racontant une lutte qui s’est déroulée et qui s’est terminée par la victoire des Indiens, ce film n’est pas un documentaire. C’est du cinéma! Du cinéma à la Ken Loach, pas étonnant puisque le scénariste est celui de Ken Loach ! Ce qui n’est pas du goût de tous.

Ce film m’a touchée, la fin est un beau cadeau aux porteurs d’eau de la Fondation Danielle Mitterrand!

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la Nouvelle Vallée : Wadi-El-Gadid.



A mi chemin entre Farafra et Dakhla, se trouve le village de Dorham  entouré de cultures irriguées, luzerne et céréales.
Après le village, des petits tas à distance régulière, sur un tracé bien parallèle à la route ont manifestement été exécutés par une excavatrice. Après le km 110 de Dakhla, les cultures se précisent : oliviers et arbres fruitiers irrigués au goutte à goutte. Céréales et luzernes sont protégées par des haies coupe-vent. Une jolie mosquée multicolore au minaret trapu semble toute neuve. Je vois très peu de maisons d’habitation. Où sont donc les paysans qui travaillent dans ces champs et ces vergers ? Où habitent-ils ? Comment viennent-ils travailler ? Les vergers sont vides. Inutile de questionner Samer que cela n’intéresse visiblement pas. Son rôle se borne aux rapports avec la police et  à faire la conversation à Chérif pour que ce dernier ne s’endorme pas. L’endormissement du chauffeur est un risque réel sur ces routes vides où rien n’accroche l’œil. Chérif arrive du Caire, il a probablement roulé toute la nuit. J’en suis donc réduite aux conjectures. Je ne sais que penser du grand projet de la Nouvelle Vallée . Faire fleurir le désert ! Ce projet m’a souri il y a presque 40 ans. Ce que les Israéliens ont réalisé dans le Néguev, se fait ici aussi. Les 70 millions d’Egyptiens sont concentrés sur 5% de leur territoire. Exploiter les 95% restant est un défi passionnant. Les vergers le long de la route d’Alexandrie ont rendu caduc le nom de Desert Road. Relier les oasis du désert libyen en une vallée verte est en cours de réalisation. Mais n’est-ce pas au détriment des oasis ? La nappe qui alimente miraculeusement les sources ne risque-t-elle pas de se tarir ? La culture oasienne est déjà mise à mal par l’arrivée du béton et des engins à moteur. Qu’en est-il de l’hydrologie ? Les lacs du  désert sont souvent des lacs salés, à tant forer, ne risque-t-on pas une salinisation des sols ? Même problème avec les autres minéraux contenus dans les sources thermales.
Qui  répondra à mes questions ? Au retour je lancerai des antennes sur INTERNET. Peut être dans cet espace inconnu, se trouvera-t-il quelqu’un comme ce monsieur Roumain qui se donnera la peine d’y répondre ? J’aurais envie de les poser à Erik Orsenna qui m’a passionnée avec son  Avenir de l’Eau. Dans son enquête planétaire il a sans doute étudié le sujet. Devant le désert qui défile, j’ébauche un brouillon de lettre qui commencera par le témoignage de mon admiration, les roches de Portsall…
On voit maintenant des vaches au pré. On double des charrettes transportant du fourrage qui a même été bottelé en pavés. Des palmiers bordent un chemin. Sommes- nous déjà arrivées dans l’oasis de Dakhla ou dans cette Nouvelle vallée. Check-point, encore le Gouvernorat du Wadi-El-Gadid.