Portrait d’un homme heureux – André Le Nôtre (1613 – 1700) – Erik Orsenna

JARDINS ET CHÂTEAUX…..

Versailles

Dans le matin, au bout d’une assez longue allée pour remonter le temps, deux silhouette. un enfant gambade autour d’un homme qui parle. C’est la leçon de jardin. Des oiseaux chantent. Un chien fouille la terre. Le père promène son fils dans l’univers des plantes. Il lui apprend à reconnaître et à nommer, à regarder et à humer. Il lui enseigne l’utilité des abeilles, que les poires comices trop vertes donnent la colique, que les saisons marchent, que l’hiver il faut travailler le sol si on veut un riche printemps….

Merci Monsieur Orsenna pour cette promenade dans les jardins des Tuileries, de Vaux-le-Vicomte, de Versailles, Chantilly, Sceaux, Marly, Saint Germain….ordonnés, dessinés par Le Nôtre, le Jardinier du Roi Soleil. Jardins dans lesquels je me promène souvent et que je ne regarderai plus du même œil naïf. 

Perspective des jardins de Vaux le vicomte

Né au Tuileries, fils du Jardinier des Tuileries qui lui délivre cette leçon de jardin, André Le Nôtre a aussi bénéficié du voisinage des artistes et des artisans du Louvre. Son ami est Le Brun qui l’entraînera dans son premier grand chantier Vaux-le-Vicomte où il dessine un parc enchanté par les miroirs d’eau. Il faudrait que j’emporte les pages racontant les pièges et illusions optiques calculés par Le Nôtre(p.46 et 47).

Versailles : Encelade

On connaît le sort que le Roi infligea à Fouquet qui débaucha les artistes de Vaux pour construire Versailles. Comme à Vaux-le-Vicomte, Le Nôtre fit creuser canaux et bassins. Apporter l’eau à Versailles fut un travail titanesque avec le creusement des canaux sur le plateau de Saclay, la construction d’aqueducs et la puissante machine de Marly. Avec le Voyage Métropolitain, nous avons randonné sur les traces de l’hydraulique de Louis XIV.

voici ce qu’écrit Orsenna p.79

Le contentement des fontaines

Le XVIIème siècle a l’amour fou de l’eau. Dans le jaillissement des fontaines et le bouillonnement des cascades, il voit le portrait de la vie. Dans les images reflétées à la surface des étangs et des canaux et que soudain brouille le vent, il aime à se rappeler la fragilité des choses. Epris de lignes et de perspectives, rien ne le distrait mieux que ces fantaisies optiques. Religieux jusqu’au fond de l’âme, il croit que toutes les eaux douces ou salées communiquent entre elles, et toutes avec le ciel….

 

Promenade mais biographie, surtout!

Les témoignages concordent sur la bonté foncière de Le Nôtre, son égalité de caractère, son humour en toutes circonstances, sa spontanéité, sa simplicité…Toutes les qualités du « bonhomme », il les mais en exerce-t-il le métier?

Même si le jardinage est l’un des arts de l’agriculture, avouons que sa manière d’être paysan ne ressemble à aucune autre. Aménageur pharaonesque plus que cultivateur, hanté par la perspective plus qu’amoureux de botanique, il entretient avec la nature des relations de domination sourcilleuse. 

Nous suivons Le Nôtre à la cour parmi les artistes que sont Racine, Molière ou La Fontaine, mais surtout auprès de Louis XIV . Fidélité, amitié?

Ce petit livre est passionnant, poétique, instructif. A lire, relire et emporter sur place.

Unité 8200 – Dov Alfon

POLAR ISRAELO/PARISIEN

En ce moment je lis beaucoup. J’alterne gros pavés et polars exotiques plus vite lus. Un polar israélien? J’embarque et télécharge sans méfiance puis qu’il est recommandé par Matatoune    

J’aurais dû être plus attentive : le titre original est A long Night in Paris et le livre est traduit de l’anglais. Je risque de ne pas être dépaysée et de ne pas me promener beaucoup en Israël!

Espionnage, jeux de  pouvoirs entre les différents services des Renseignements israéliens, entre Mossad et Shabak, dans les bureaux et les salles de conférences de Tsahal à la Kyria. Guerres d’égo, cirage de pompes, coups tordus. Un Israélien est enlevé à Roissy ;  est-ce un fait divers ou une affaire d’Etat?  Une série de cadavres retrouvés cette nuit-là fait craindre le pire.

L’auteur ne nous épargne aucune note de service avec les destinataires, de niveau de secret, les codes et les procédures pour garantir la confidentialité. Cela pourrait être original, c’est plutôt ennuyeux. Quelle bureaucratie!

Dov Alfon se complait dans la technologie des téléphones mobiles, des smartphones capables de géolocaliser les correspondants (c’est finalement banal) de crypter les conversations (on s’en douterait).  et même de localiser les armes et les attaquants derrière une porte….miraculeux! Fascination pour les antennes???? Même attention complaisante pour les armes. Je m’ennuie.

Seule figure un peu folklorique : madame Abadi, la mère du colonel israélien. Mère tunisienne typique, elle va cuisiner couscous-boulettes, et makhrouds (emballés dans du papier alu). Madame Abadi habite Créteil. Alors là, la lectrice cristolienne se vexe. Créteil est décrite comme une banlieue affreuse avec un maire communiste  et des constructions staliniennes. Et non! l’urbanisme a été dessiné du temps du Général Billotte, gaulliste bon teint, et depuis, le Maire Socialiste a entretenu une ville verdoyante. L’auteur résident à Paris aurait pu prendre le métro avant d’imaginer des choux-fleurs, à la place  des épis de maïs!18

Olmèques au quai Branly

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 25 juillet 2021

Félin

Spectaculaires statues de basalte, délicates sculptures de jade, haches polies, et même ballon de caoutchouc pour des jeux de balle rituels.

Découverte d’une civilisation dont j’ignorais jusqu’au nom.

personnages de jade (environ 12 cm de haut)

Malheureusement, en vacances scolaires, il y avait foule, des familles avec des enfants, des provinciaux en vacances….J’ai un peu bâclé la visite, incapable de prendre des notes et de me concentrer. Je me contenterai de faire une galerie de photos.

J’ai quand même noté que les Olmèques formèrent la première grande civilisation du golfe du Mexique datée de 1700 à 400 avant JC avec San Lorenzo et La Venta et Tres Zapotes pour capitale. La terre humide a digéré tous les matériaux organiques, le bois, les ossements, il ne reste donc que la pierre (et les balles en caoutchouc) ainsi que les pyramides d’argile.

Le jade que j’avais découvert à San Jose Costa Rica fut aussi associé à des objets cérémoniels symbolisant fertilité, eau et éternité. Il était extrait au Guatemala.

Plus récentes que les Olmèques, la civilisation Huastèque a aussi laissé des statues magnifiques, très sophistiquées de pierre volcanique ou de céramique.

huastèque

4

Albrecht Altdorfer, Maître de la Renaissance Allemande au Louvre

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 4 janvier 2021

Adoration des mages

Albrecht Altdorfer (1480 – 1538)de Ratisbonne , proche des humanistes fut le chef de file du « style du Danube » selon la présentation de l’Exposition. L’exposition chronologique commence par les Jeunes années et le style en formation où les œuvres d’Altdorfer sont mises en regards avec les maîtres qui l’ont influencé : Dürer (1471 – 1528)de Nuremberg, Cranach (1472 – 1553) Mantegna (1431 – 1506) et d’autres italiens.

St François recevant les stigmates et St Jérôme en pénitent

Ces deux petits tableaux de style miniaturistes sont exposé à côté de deux gravures de Dürer et de Cranach dont la composition est très voisine. Si Altdorfer s’est peut être inspiré de Dürer celle de Cranach est postérieure. De même une Vierge aux longs cheveux d’Altdorfer est très proche de celle de Dürer.

Le rêve de Pâris

A côté des sujets religieux, ou inspirés de la mythologie, comme Vénus et Cupidon ou l’Allégorie nettement inspirée par les Quatre Muses de Mantegna et le Rêve de Pâris, Altdorfer aime représenter des couples d’amoureux

Couple d’amants dans un paysage

Chastes amoureux dans un champ de blé

couple d’amoureux dans un champ de blé

Quelquefois, il est plus grivois avec ces lansquenets lutinant des amoureux

Deux lansquenets et un couple d’amoureux

A propos de lansquenets cela me fait penser à la Farnesina!

Lansquenets avec des plumes sur le casque aussi dans le cortège de Maximilien, oeuvre géante de 139planches, frise de 80 m de long;

cortège de Maximilien
j’ai adoré ces gravures ou dessins, parfois rehaussés de gouache. On pourrait rester des heures à observer tous les détails. Heureusement que les visiteurs qui doivent réserver un créneau de visite, Covid oblige, ne sont pas nombreux. Il y a même des gravures minuscules comme cette histoire sainte
Passion du Christ

habile dessinateur et graveur, Altdorfer est aussi peintre

Crucifixion

Peintre aussi de batailles (on pense à Uccelo)

Bataille de Charlemagne contre les Avars aux abords de Ratisbonne

Comme j’aurais aimé voir le chef d’œuvre de la Bataille d’Issos que livra Alexandre contre Darius. Elle est restée à Munich mais une étude détaillée sur un grand écran nous la fait connaître.

Altdorfer et Dürer ont aussi peint et dessiné des paysages ce qui était une nouveauté. mon préféré est ce Val D’Arco de Dürer qu’on peut contempler aussi longtemps pour découvrir les détails du village sur l’épaulement.

Dürer : Val d’Arco
Altdorfer : paysage

La présence d’épicéas est récurrente dans les paysage d’Altdorfer

Altdorfer : paysage (avec épicéa)

Une bien belle découverte que ce Maître de l’école du Danube! et une belle exposition avec en prime, Dürer, Cranach, Mantegna…26

Victor Brauner : « Je suis le rêve. Je suis l’inspiration. »

EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSEE D’ART MODERNE DE PARIS

du 18 septembre 2020 au 10 janvier 2021

Cérémonie (1947)

Victor Brauner est né en 1903 à Piatra Neamt (Moldavie) pendant sa jeunesse roumaine 1920 -1925 à Bucarest il invente la picto-peinture avec Ilarie Voronca et subit l’infleunce de Cézanne mais aussi des cubistes 

Brauner Portrait de Mme R.B.

Il arrive à Paris en 1925 où il fréquente entre autres Chagall et Delaunay. Il retourne à Bucarest où il expose puis reviendra à Paris en 1930 où il rencontre Brancusi, Giacometti et surtout André Breton et les Surréalistes. L’aventure surréaliste se poursuivra jusqu’en 1948 où il sera exclu du groupe .

Brauner dessin

L’exposition du MAM consacre une salle aux dessins de l’époque. Brauner dessine depuis l’enfance. Son tracé est très sûr et la technique éblouissante. Il se laisse entrainer par un dessin automatique analogue à la démarche des surréalistes.

Brauner : l’Etrange cas de Monsieur K 1934

On retrouve ce graphisme dans un tableau noir très étrange que j’ai bien aimé

Brauner : Débris d’une Construction d’Utilité

Dans les années 30 il adhère au parti Communiste clandestin et on peut imaginer une dimension politique dans la critique du fascisme

Brauner 1935 : Hindenburg

peut on imaginer une dimension politique dans la création de Monsieur K , une sorte d’Ubu dont il donne de multiples images

Monsieur K
Etrange cas de Monsieur K la morphologie de l’homme

Certains tableaux font penser à de Chirico ou Dali

Brauner : La ville qui rêve

Autour de 1937, en tant que Juif et Communiste, Brauner se sent menacé et quitte la Roumanie pour Paris qu’il devra fuir dans l’attente d’un visa américain qui ne viendra pas. Brauner passera donc la guerre dans la clandestinité caché d’abord dans le midi puis dans les Hautes Alpes.

Une section de l’exposition est consacrée à ces années : Les Frontières Noires de la Guerre. Toute une série de tableaux sont sombres, peints avec les matériaux que le peintre trouve sur place : brou de noix, cire  qu’il incise

Mais c’est aussi pendant les années de guerre qu’il sculpte le Congloméros sculpture anthropoïde, deux hommes et une femme mêlés, chimère hermaphrodite et désarticulée

Congloméros(plâtre) et la Palladiste(tableau)

En une nuit,  Brauner dessine 50 dessins, esquisses préparatoires au Congloméros. En plus du Congloméros il invente d’autres chimères .

Tôt-in-Tôt la Grande Métamorphose

Après la guerre ses oeuvres sont plus colorées plus fantaisiste, mythologique. On dirait qu’il emprunte aux mythes égyptiens, azthèques ou africains motifs et couleurs.

Rencontre avec 4 chats du Monde

 

Brauner

Vers la fin de sa vie il combine sculpture et peinture en concevant de cadres très décoratifs. Des documents audiovisuels permettent d’entendre le peintre parler avec beaucoup d’humour de son oeuvre.

Code 93 – Olivier Norek

POLAR GRAND-PARISIEN

 Les chiffres ne sont qu’une indication. Ils ne veulent rien dire. Demander un chiffre c’est faire l’évaluation d’un travail. La réponse changera en fonction de la personne à qui vous posez la question. Si vous le demandez à celui qui a effectué le travail, il sera poussé vers le haut. Si vous le demandez à ses
détracteurs, il sera tiré vers le bas. Demander de chiffrer une activité c’est être assuré d’avoir une information
déjà faussée. Les chiffres ne sont que des paillettes pour faire beau à la fin des rapports vides. – Vous vous trompez, Coste, les chiffres sont tout, exactement pour cette raison. C’est parce qu’on peut tout leur faire dire
qu’on les fait tant parler. Plus particulièrement ceux de la délinquance et de la criminalité dont les conséquences
ont des répercussions à une multitude de niveaux. C’est ici qu’est nécessaire la pièce du puzzle qui vous
manquait, à vous comme au lieutenant Aubin. Le projet du Grand-Paris.

va falloir en mettre sous le tapis, des cadavres, pour que les investisseurs choisissent la Seine-Saint-Denis
comme nouvel eldorado, au lieu des séduisants 92 et 94. « 

.

Généralement, je lis des polars pour découvrir la face cachée et non touristique des pays que je visite. 2020 n’étant pas propice aux expéditions lointains, je me contente de voyages minuscules dans le Grand Paris.

La télévision donne une image stéréotypée du 9-3, le plus souvent négative. On pense aux Misérables (le film de Ladj Ly , pas Victor Hugo). L’approche de Norek est différente : il s’agit de Police Judiciaire  et  non pas de contrôles au faciès, de racisme ou de terrorisme. Trois crimes spectaculaires – grand-guignolesques – doivent être élucidés par l’équipe de Victor Coste.

Je déteste les billets qui racontent l’intrigue et qui déflorent le suspens. Je ne vous raconterai donc rien.

Sauf, peut être, que j’ai bien accroché à la personnalité de l’enquêteur Vincent Coste que j’ajouterai volontiers à la collection des Brunetti, Montalbano, Erlendur…que la personnalité des personnages secondaires est bien fouillée…que ce n’est pas un polar manichéiste même s’il charge une certaine corruption.

Intéressante, cette analyse des projets du Grand-Paris qui se réalisent maintenant sous nos yeux. En revanche, Norek ne porte qu’un regard distrait au décor, cela m’aurait gêné si je n’avais pas été parisienne, banlieusarde, et habituée des randonnées urbaines en 9-3.

A vous de lire…

Au Louvre – Peinture française : les Grands formats 1780-1850 –

TOURISTE DANS MA VILLE

Louvre, salle Daru et Sacre

Au contrôle des billets (électroniques) je demande où se trouve la Peinture Française. « Les salles du 2ème étage sont fermées, il faudra se contenter du 18ème et 19ème siècle » me répond le gardien.

Aile Denon, en haut de l’escalier de la Victoire de Samothrace, je trouve les Grands Formats. Deux  galeries, rouge sang, rouge impérial, séparées par le Salon Denon sont dévolues à la Peinture de 1780 à 1850.

La première met à l’honneur David et son monumental Sacre de Napoléon 1er. Toile immense (621 cm x 979 cm) battues de quelques décimètres par les Noces de Cana, elle attire le regard et occupe le centre du mur. On ne voit qu’elle. je ne m’attarde pas, si l’épopée de Bonaparte m’intéresse, les fastes de l’Empire m’agacent.

David autoportrait

Autour et en face, le tableaux historiques et romains de David : Les Sabines arrêtant le combat( 1799), Léonidas aux Thermopyles (1814), Le serment des Horaces (1784), Les licteurs rapportant à Brutus le corps de ses fils (1789). Ces tableaux néo-classiques donnent une ambiance héroïque et martiale qui s’accorde avec l’épopée napoléonienne glorifiée par le Sacre. En traînant dans les coins, en s’attachant aux plus petits tableaux, je découvre un Sommeil d’Endymion de Girodet, avec un éclairage presque caravagesque et une ambiance pré-romantique. David se révèle également un excellent portraitiste Avec le Portrait de Pierre Sérignat (1795) et d’Emilie Serignat. Un peu de fraîcheur dans cette solennité romaine virile. La plus grande tendresse est apportée par l’autoportrait d’Elizabeth Vigée-Lebrun en compagnie de sa fille. J’ai aussi aimé l’autoportrait de David.  Face au Sacre : la très célèbre Madame Récamier. Autant les scènes historiques, romaines et le Sacre me laissent froide, autant je suis touchée par David portraitiste.

Ingres Oedipe et le Sphinx

Plus avant dans la galerie, apparaissent d’autres artistes : Ingres et Gros. Ingres s’inscrit aussi dans la peinture antique avec Oedipe explique l’énigme au Sphinx (1808) et avec le très grand tableau d‘Homère déifié. Bien  sûr, sa grande odalisque est à l’honneur.

Je ne connaissais pas  Prud’hon , l’Enlèvement de Psyché et La Justice et la Vengeance divine poursuivent le Crime(1806) se déroulent dans une atmosphère fantastique avec des gris sombres et l’éclairage de la lune.

Le Salon Denon, carré est décoré d’un plafond spectaculaire : au centre un médaillon sculpté est sans doute une allégorie de la peinture entouré de quatre fresques au coloris pastels réalisés par Charles Louis Müller (1863-1866) chacune glorifiant le règne de quatre souverains mécènes : Saint Louis avec la Sainte Chapelle, François Louis XIV et Versailles, 1er à Chambord et Napoleon 1er devant l’arc de triomphe du Carrousel.

Une boutique de souvenirs occupe la moitié du Salon Denon et détourne l’attention des visiteurs des tableaux exposés qui ne sont pas mis en valeur. Il faut dire que la Salle des Etats débouche en face et que les visiteurs de la Joconde se précipitent sur les cartes postales après avoir fait leur selfie.

Gros Bonaparte visite les pestiférés de Jaffa (détail)

La Galerie Mollien est la réplique symétrique de la Galerie Daru qu’on vient de quitter : même rouge sang, même disposition. Si la première tournait autour de David, dans la Galerie Mollien, Géricault et Delacroix en sont les vedettes. Gros illustre les campagnes napoléoniennes, La visite de Bonaparte aux pestiférés de Jaffa, m’intéresse, j’aurais pu utiliser la photo pour illustrer Turbans et chapeaux de Sonnallah Ibrahim qui raconte cette anecdote ; cela me fait aussi penser à la visite à Beyrouth de notre Président(quelle coïncidence!). Son portrait de Murat chamarré aurait pu figurer dans mon billet relatant la visite à la forteresse aragonaise de Pizzo en Calabre où il a finit sa vie.

Gros Portrait équestre de Joachim Murat

Face  à Murat par Gros, un autre cavalier, par Gericault : Cuirassier blessé (1814) personnifie les incertitude et la vulnérabilité après les revers de 1812.

Au centre, à la place d’honneur : Le Radeau de la Méduse symétrique du Sacre de la Galerie Daru. Célébrissime. je suis surprise par son aspect sombre (sale?). Ces couleurs sales dramatisent la tragédie, seul signe d’espoir, les chiffons blancs qui volent au vent. Signe d’espoir ou violence de la tempête? Sur le mur d’en face, très grand et nettement plus colorée la toile du Massacre de Scio (1824) . De l’Antiquité grecque et romaine on glisse vers l’Orientalisme avec la Mort de Sardanapale. (1827). Du néo-classicisme on a évolué vers le Romantisme. Les guerres napoléoniennes sont finies, l’héroïsme et les scènes de bravoures trouveront leur inspiration dans les guerres d’indépendance de la Grèce. Sardanapale vient d’ailleurs d’un poème de Byron.

Delacroix : massacre de Scio

Les Femmes souliotes de Scheffer (1827-1828) et la Prise de Constantinople par les Croisés de Delacroix(1840) sont de la même veine.

1830, La Liberté guidant le Peuple m’apparaît presque petite à côté des énormes tableaux napoléoniens.

Dante et Virgile aux enfers(1822) est exposée à côté de la Liberté. Pendant que j’essaie de cadrer avec mon smartphone la barque de Dante, passent deux personnages, père et fils habillés d’une harmonie parfaite de jaune rouge et noir, (belges ou allemands?) Papa porte en bandoulière un téléobjectif de photographe animalier. Et que vise-t-il? non pas la Liberté qui ne nécessite pas un tel équipement, mais son fils en plein devant le tableau, en  masquant un bon quart. Chercher le spectacle dans les œuvres exposées, dans leur décor et aussi parmi les visiteurs!

1834 Les Femmes d’Alger, marquent les conquêtes coloniales.

Elacroix mort de Sardanapale

Jeanne d’Arc d‘Ingres et Suzanne de Chasseriau gardent la porte de sortie de la Gallerie Mollien. Nous parvenons alors dans un autre salon carré : Le Salon Mollien occupé par une belle cafeteria : self service avec les fenêtres qui regardent les Tuileries et l’Arc de Triomphe du carrousel. Côté cour et pyramide, une belle terrasse est installée au dessus du bassin et un petit jet fait un bruit rafraîchissant . Surtout, être à l’extérieur à une terrasse de café permet d’ôter un moment le masque. Qui sont les personnages géants debout dont je ne vois que le dos?

Maison de Balzac – La Comédie Humaine par Arroyo

TOURISTE DANS MA VILLE 

Balzac par Arroyo

La Maison de Balzac a été rénovée récemment, je me suis dépêchée d’aller visiter  l’exposition Comédie Humaine par Arroyo qui se termine le 16 Août.

Maison de Balzac

La Maison de Balzac est situé rue 47 Raynouard, à mi-pente sur la colline de Chaillot, à la limite entre les villages d’Auteuil et de Passy. Construite sur une terrasse d’où il y a une belle vue. Un jardin y est installé et un café qui semble très accueillant. Promenade tranquille. Wikipédia raconte que Balzac s’y était installé sous le pseudonyme de Monsieur Breugnol pour fuir ses créanciers et qu’il avait chois cette demeure parce qu’elle disposait de deux entrées (l’autre au 24 de la Rue Berton). J’aime bien ces anecdotes. Balzac occupa cette maison de 1840 à 1847.

la cafetière de Balzac en porcelaine de Limoges

Le musée conserve peu de souvenirs personnels : la cafetière en porcelaine de Limoges,  la canne ornée d’or et de turquoises. Cette canne a inspiré un roman à Emilie de Girardin qui est  disponible gratuitement en lecture électronique et que j’ai téléchargé de retour à la maison. Cette canne aurait  été acquise à la suite du succès d’Eugénie Grandet, ce serait un objet magique conférant l’invisibilité à son porteur. Seul le cabinet de travail est meublé avec son bureau, son fauteuil, une bibliothèque et la  cheminée au manteau sculpté de noyer et tilleul.  

manteau de la cheminée de Balzac noyer et tilleul

En revanche, les images, bustes, têtes de Balzac me fourniront assez d’images pour les futures lectures communes de la Comédie Humaine et aussi de lectures personnelles.

Balzac par David d’Angers

Une salle est entièrement couverte de citations d’écrivains ou critiques : une lettre de Marie d’Agout (1857), des textes de Simenon, Marguerite Duras, Cendrars, Mauriac, Proust,  Henry Miller….

Plaque pour la gravure de Pierrette;

Une autre pièce contient une bien intéressante exposition : les manuscrits, épreuves corrigées et différentes éditions revues par l’auteur de Pierrette. On voit les rajouts dans les marges des épreuves qui augmentaient le texte de moitié. Cette recherche de la perfection exigea 13 épreuves.

Une autre salle est couverte de vitrines présentant les plaques des gravures qui ont servi à illustrer la Comédie Humaine. toutes utilisent la même technique de gravure sur bois et étaient imprimées en même temps que le texte.

la vendetta

2500 personnages apparaissent dans la Comédie Humaine; pas étonnant que je n’en connaisse qu’une toute petite fraction! Les érudits doivent se régaler.

Arroyo Elisabeth Baudoyer

Je découvre Eduardo Arroyo,  plasticien espagnol. Né en 1937 à Madrid, il quitte l’Espagne franquiste en 1958 pour Paris. A la suite d’une exposition à Madrid : les quatre dictateurs, il ne peut plus retourner en Espagne avant la mort de Franco et ne s’y réinstallera qu’en 1977. Les cartels parlent plutôt d’une rêverie-promenade  dans le monde de Balzac et d’Aragon où littérature et peinture se fondent.

 

Arroyo le père Goriot

j’ai surtout été étonnée par la technique des collages que le plasticien a employée. Mosaïque ou marqueterie? Les pièces collées sont des photographie découpées qui forment un puzzle. Le plus souvent du noir et blanc, parfois sépia, plus rarement en couleur. je m’approche, je cjerche l détails qui ne sont pas anodins. le résultat est bluffant.

Balzac et madame Hanska

Il a réuni Balzzac et Madame Hanska pour un collage original (noter que la dame n’est pas madame Hanska mais une élégante anonyme)

Et pour finir un peu d’humour : tout le monde connait Jean Mineur Balzac 0001 des publicités du cinéma

Balzac 0001

Au Louvre – Peinture Italienne dans la Grande Galerie et la Salle des Etats

TOURISTE DANS MA VILLE

Paolo Uccello – la Bataille de San Romano

La Grande Galerie fut construite entre 1595 et 1610. Décorée par Nicolas  Poussin, elle abrita les Plans-reliefs de 1697 à 1777. Le Musée fut ouvert en 1793.

Elle abrite la peinture italienne et les chefs d’oeuvre les plus connus. Grands tableaux accrochés chronologiquement  qui se répondent. Parfois deux maîtres ont traité le même thème et se retrouvent proches.

Je remarque d’abord la Bataille de San Romano d’Uccello (1440-1445), composition extraordinaire ds lances et des pattes des chevaux où seul au milieu Micheletto da Cognole coiffé d’un turban se détache sur des anonymes chevaliers en armure.

je découvre des peintres dont je n’avais jamais entendu parler : Bondone, Lo Zoppo (1455)

Lo Zoppo – la Vierge entourée de 8 anges

Le Saint Sébastien de Mantegna (1480) fait face à celui du Perugin (1450). Même sujet mais deux tableaux si différents. Le martyre est accroché à un pilastre antique à l’avant d’un paysage pittoresque chez Mantegna.

En face je retrouve Mantegna dans un sujet tout à fait profane : Minerve chassant les vices dans les jardins de la vertu qui fait partie d’un ensemble de cinq tableaux peints par des artistes différents (Mantegna, Perugin Costa) mais dans des formats et des cadres identiques pour la Duchesse de Mantoue. C’est un Mantegna inattendu, j’ai beaucoup aimé les amours à ailes d’insectes et aussi les citrons rafraîchissants.

Mantegna : Minerve chassant les vices dans les jardins de la Vertu (détail des amours avec des ailes de papillons ou de libellules)

Après Saint Sébastien, Saint Jean Baptiste, de Leonard da Vinci, de son atelier, transformé en Bacchus? Raphael l’a aussi représenté avec le geste de l’index.

Saint Jean Baptiste Leonardo da Vinci (1513-1516)Lumineuse Prédication de Saint Etienne à Jérusalem de Carpaccio (1514) qui s’est amusé à donner une tonalité orientale avec les barbes et turbans et constructions pittoresques

Carpaccio : Prédication de Saint Etienne

Un micro rappelle les prescriptions sanitaires pour la Covid19 : nous approchons de la Salle des Etats  transformée en salle d’embarquement d’aéroport pour canaliser les fans de Monalisa que je snobe. Ne pas se laisser intimider par le labyrinthe : les peintres vénitiens sont accroché là. On ne peut ignorer la toile géante de Véronèse : Les noces de Cana (1563 m ) de presque 10 m x 7 m. Une guide montre aux enfants le peintre qui s’est représenté, les 123 personnages et les laisse chercher les 6 chiens. Dans les Pèlerins d’Emmaüs, je note encore la présence des chiens ; aniamaux fidèles, ils symboliseraient les chrétiens.

Véronèse : noces de Cana (détail ds musiciens et des chiens)

Titien et Tintoret sont un peu dans l’ombre, dommage!

Une médiatrice fait remarquer qu’il y a deux tableaux presque identiques :La Vierge et Sainte Catherine d’Alexandrie et un lapin du Titien. Celui du haut est une copie de Manet ! 

Titien : Vierge au Lapin

Retour dans la Grande Galerie, dans la deuxième moitié du 16ème siècle : Correge et Andrea del Sarto autour de Raphael. 

Je ne veux pas quitter la Galerie sans un regard pour Caravage avec la Diseuse de Bonne aventure je préfère celle de Rome mais surtout le portrait impressionnant d’Alof de Wignancourt, le Grand Maître de l’Ordre de Malte. Nous sommes arrivés au 17ème siècle avec les frères Carrache et Cavalier d’Arpin. 

Cela fait plus de 2 heures que je transpire sous le masque…Je reviendrai bientôt pour la suite!

 

Au Louvre – La Peinture italienne ( Primitifs)

TOURISTE DANS MA VILLE

La Victoire de Samothrace au sommet de l’escalier nous ouvre le chemin vers la peinture italienne.

Cela ne commence pas très bien : les salles Perrier et Fontaine (1809-1812) offrent un écrin trop pompeux et surchargé pour les fresques de Botticelli .

Dans la Salle Duchâtel, le plafond représentant le Triomphe de la Peinture Française très surchargé ne parvient pas à écraser le sobre calvaire de Fra, Angelico ni d’affadir les fresques de Luini très lumineuses : l’Adoration des mages. 

Le Salon Carré est en restauration : dépoussiérage du plafond doré. C’est dans ce Salon que se déroulèrent les Salons des Artistes vivants jusqu’en 1848, donnant l’expression « salon » pour ces expositions.

 

Le Pérugin : St Jérôme soutenant les deux pendus

les Primitifs italiens sont exposés dans la Salle des 7 mètres (hauteur de plafond) salle moderne. Je suis tellement fascinée par les œuvres que je cesse de m’intéresser à la scénographie comme j’avais commencé à le faire. Découverte étonnante de ce Maître de 1333

maître 1333 détail du retable en triptyque

je pourrais rester des heures à regarder les petits personnages de l‘Adoration des Mages de Bernardino da Parenzo , formant la caravane des rois mages en serpentant dans la montagne.

Bernardino da Parenzo détail de l’Adoration des mages

Très surprenant Stefano di Giovanni dit Sassetta (Sienne 1450) qui m’évoque les surréalistes ou De Chirico

le Bienheureux Ranieri délivre les pauvres d’une prison de Florence

1275, Guido da Siena : de tout petits tableaux dorés me rappellent les icônes byzantines