Le Bon, la Brute et le Truand dans le Paris du début de la 5ème République, Papon règne à la Préfecture, la Guerre d’Algérie ne veut pas dire son nom, barbouzes et FLN, SAC et OAS.
C’était une actualité qui parvenait brouillée à mes oreilles de fille de 10 ans. On a fait des provisions quand la menace des généraux félons est parvenue aux ménagères. On a craint les plasticages de l’OAS à cause d’un homonyme qui avait signé le Manifeste des 121 qui a poussé le mauvais goût à résider dans la même rue. Mémoire lointaine que les filtres des historiens n’ont jamais éclairci pour moi. Le livre de Cantaloube remue des souvenirs.
Un massacre quai Montebello, une famille entière assassinée, est passé hors des radars de la Presse. Facile à imputer à des réglements de comptes entre Algériens, une des victimes étant un avocat algérien. Enquête bâclée, poussière sous le tapis.
Le Bon, c’est Luc, un jeune flic, naïf, chargé de l’affaire, qui ne se contente pas des conclusions de ses supérieurs. La Brute, Sirius Volstrom, homme de main, ancien collabo, chargé par l’adjoint de Papon de faire disparaître l’assassin de l’avocat ; il ne refuse aucune mission même meurtrière pourvu qu’on le paie. Le Truand, Carrega, le bandit corse, ancien résistant, vrai trafiquant, appelé pour faire la lumière sur le massacre du quai Montebello, par un camarade de la Résistance. Roman choral à trois voix, chacun raconte son histoire qui se tresse à celle des deux autres.
Nous allons croiser Mitterand et être témoin de l’Attentat de l’Observatoire (16 octobre 1959), entendre Michel Debrédans un « discours de mobilisation patriotique » sécurisé par le SAC, voir émerger l’OAS dont j’avais oublié que les initiales signifiaient l’Organisation de l’Armée Secrète, avec ses actions meurtrières, dont le déraillage du train de Vitry-le-Françoisqui a fait 28 morts et 160 blessés, et pour finir la répression sanglante de la manifestation des Algériens le 17 octobre 1961.
Leçon d’Histoire, dans un thriller très bien mené avec des personnages secondaires bien campés dans un Paris interlope derrière Montmartre, quand roulaient Simca, Dauphine, qu’on faisait poinçonner le ticket de métro en carton.
A la sortie de l’exposition Silla nous avons déjeuné coréen dans le restaurant du musée. La carte est difficilement compréhensible pour le novice. Nous avons choisi un bulgogi lamelles de boeuf mariné puis mijoté et servies avec des légumes dans une sauce parfumée. Dans un bol métallique (en bas à gauche) du riz avec des coupelles contenant, haricots verts, chou, racine de lotus. Les baguettes sont métalliques, très design
.
pour dessert des mochi, mangue, thé vert ou litchi. Délicieux.
Récemment, dans le métro parisien, la cosmétique s’affichait proposant des produits de beauté. K-beauté, K-pop, la Corée a le vent en poupe, très populaire chez les jeunes qui reproduisent les chorégraphies s’inspirent de la mode, des gadgets et des mangas.
Qu’est-ce qu’être belle ou beau en Corée?
Scènes de la vie coréenne
L’exposition propose des portraits de beauté selon les canons de la période Joseon (1392-1910)
Femme se coiffant- attribué à Kim Hongdo
les coiffures sont spectaculaires. L’exposition fait une belle place auxe soins des cheveux, les postiches, les peignes et les aiguilles à chignon .
Costumes traditionnels : hanboks
Une section est connsacrée aux cosmétiques, remèdes et soins . Un traité médical de 1613, est présenté dans une vitrine avec les poudres, les produits utilisés pour la toilette (grande importance de l’hygiène, ablutions et aux soins des cheveux) des poudres, des huiles parfumées sont également présentés.
la Nouvelle Femme
Dans les années 1920 -1930, la Corée subit de profondes transformations avec l’infljuence du cinéma et des magazins féminins qui diffusent les clichés de la modernité.
Après la Guerre de Corée, (1950-1953)la partition du pays, la beauté se trouve « en reconstruction » avec l’influence de l’industrie du divertissement américain.
Affiche des J.O. de Séoul 1988
Les Jeux Olympiques de Séoul (1988)procurent à la Corée une notoriété culturelle. A partir de 2010, le préfixe K-se décline dans les exportations culturelles dont la K-beauty : industrie cosmétique mais aussi cinématographique, et essor de la K-pop. Les vedettes de la K-pop témoignent de la recherche esthétique qui combine les canons traditionnels du Joseon à une imagerie futuriste
Bâtons lumi neux et différents accessoires
Cependant ce rapport à la beauté avec des canons précis est une réalité contraignante : régimes alimentaires, chirurgie esthétique..
une vidéo présente l’histoire d’une jeune fille qui ne peut pas nouer de relation avec des garçons parce que son image n’est pas conforme. L’exposition ne fait pas l’impasse sur ce conformisme induit par la dictature de l’apparence.
Carrière de Vaujours à ciel ouvert de Bois-Gratuel et piliers anciens de la carrrière souterraine
Le Gypse ou pierre à plâtre a souvent été présent : étudiants, nous avions entendu parler de la Carrière Lambert, à Cormeilles-en-Parisis, dont la grande coupe faisait rêver les apprentis-géologues. Etudiante-chercheur, thèse de 3ème cycle dans le laboratoire des Evaporites, je l’ai aussi rencontré. A Vitry puis à Créteil, j’ai enseigné longtemps cet élément consécutif du paysage : les zones inconstructibles de Vitry avec le Parc des Lilas à l’applomb des anciennes carrièes, et la construction étonnante sur pilotis des immeubles de Créteil. Sans parler de la Toponymie, avec la rue des Plâtrières, le Carrefour de la Roue, et la Rue des Porte-dîner, quand les femmes apportaient les gamelles aux carriers du Mont-Mesly. Sans parler des séances de TP à manipuler les beaux cristaux si tendres que les élèves les rayaient à l’ongle….
cristaux de gypse
Sans oublier les anciennes carrières de Paris, le rue Blanche, les Buttes Chaumont et les souvenirs littéraires dans Zola.
Quand j’ai trouvé la visite sur Explore Parisde la Carrière de Vaujours, j‘ai sauté sur l’opportunité. Sans bien réfléchir que Vaujours est difficilement accessible par les transports en commun surtout avec un départ à 8h30. par la route, deux itinéraires possibles, par le nord, le pont de NogentA86, A3 Rosny-sous-bois, Bondy, Livry Gargan sur la N3 ou par l’Est, A4 Champigny, Collegien, et A104 jusqu’à Villeparisis.
Attention, la visite dure au moins 4 heures!
Surtout, se vêtir de bonnes chaussures, tenue de randonnée, et ne pas oublier la carte d’identité qui sera demandée à l’accueil en l’échange d’un badge. Le site est sensible, photos permises dans la carrière mais absolument interdites dans l’usine (des fois qu’on serait des espions industriels). Le site fournit casque et gilet orange, les chaussures de randonnée font office de chaussures de sécurité.
Introduction dans la salle de conférences : Rappels de Géologie, formation du gypse il y a 40 millions d’années par évaporation de lagunes salées, puis transgressions marines et dépôt de marnes imperméables qui ont protégé le gypse. Le gypse est donc présent sous 3 masses épaisses de 16m, 5m et 2m à Vaujours. Il est exploité aussi bien à ciel ouvert dans la carrière de Bois Gratuel à Villevaudé que nous allons visiter, qu’en carrière souterraine à Vaujours à proximité de l’usine Placo.
Le conférencier est très fier de nous annoncer que le gypse est recyclable à l’infini : de formule CaSO4 2(H2o) il perd son eau au chauffage, devient plâtre sec qu’on va réhydrater pour en faire soit de l’enduit, soit du placoplâtre. Placorecycle de puis 1993 les chutes de fabrication, depuis 2008, les plâtres de chantier et 2023 les plâtres de déconstruction.
Réhabilitation et barrière pour les grenouilles
Une attention particulière est portée pour l’Environnement : compensation (mesures ERC) dans le cas du cordon boisé le long de la Dhuis, 3 mares sont crées, des cordons pour empêcher les grenouilles d’aller dans le chantier, conservation des eaux de ruissellement. L’entreprise s’est aussi engagée à remettre en état la carrière en fin d’exploitation : remblayage et revégétalisation.
visite de la carrière de Villevaudé
Carrière de Villevaudé : le ballet des gros camions jaunes
Nous avons observé les gros engins, camions et tractopelles occupés soit à l’extraction, soit au remblaiement. L’extractionse situe au niveau de l’ancienne carrière souterraine dont on observe les anciens piliers qui sont arrasés. Les camions déchargent à proximité au concasseur et retourne sur le lieu d’extraction. En revanche de très grosse pelleteuses travaillent dans les marnes vertes et les marnes bleues qui recouvrent le site, les marnes vont recouvrir les zones où l’exploitation est terminée. Des engins applanissent ce remblayage, on ajoutera de la terre végétale et pourra procéder à la plantation d’essences analogues à celles qui poussaient avant l’exploitation.
convoyeur électrique
Un convoyeur électrique long de 4 km va du concasseur à la plâtrière de Vaujours, transportant le gypse de granulométrie réduite. l’installation de ce tapis roulant représente un investissement onéreux mais il a des avantages environnementaux, remplaçant des camions bruyants et gourmands en carburant.
Visite de l’usine V5
le Placoplâtreest arrivé en France en 1947 des Etats-Unis avec le Plan Marshall et la reconstruction nécessaire après-guerre. La technologie américaine fut importée et a pris son essor dans les années 60.
Après être équipés de casque, chasuble et d’un casque audio pour les explications, on nous donne les consignes de sécurités. Le téléphone ne doit pas quitter le sac à dos. Interdictions formelle de prendre des photos. Même les photos sur internet ne sont pas exploitables (format incompatible avec le blog).
Nous entrons à la file dans le très grand bâtiment, et montons sur une passerelle longue de 700 m et découvrons la ligne de production qui commence avec de monstrueuses bobines de carton. En effet les plaques sont une sorte de sandwich : entre deux couches de carton on injecte la gâchée (plâtre liquide : mélange de plâtre et d’eau), ces plaques vont subir leur traîtement sur un tapis roulant où elles seront sèchées (environ 150°C) au gaz, découpées à bonne dimension, les bords droits ou affinés, selon. En fin, elles sont empilées et rangées dans des cellules de stockage, prêtes à être expédiées avec le matériel nécessaire à leur pose (rails métalliques, sac de plâtre en poudre, carreaux).
Je suis étonnée de me trouver dans une usine presque vide d’ouvriers, tout est automatisé. Le personnel qui surveille ces installations se déplace soit à vélo, soit sur des engins électriques. Les convoyeurs des piles de placoplâtre sont des engins autonomes sans chauffeur dont la navigation est règlée par Wifi. Selon l’étape de chauffage, il fait plus ou moins chaud. Peu de poussière. On ressent les vibrations des tapis-roulant mais cela ne ressemble pas du tout à ce que j’imaginais. Sur Internet on décompte 500 salariés sur tout le site, mais à quoi correspondent ces emplois, administratifs, chauffeurs, recherche? Pendant la visite on a l’impression que la ligne de production fonctionne toute seule.
En cette période de Guerre en Ukraine, et de fermeture d’Ormuz, la question de l’énergiese pose. Pour chauffer le gypse et faire du plâtre, pour sècher les plaques c’est le gaz qui est la source d’énergie. En revanche, transpalettes électriques (batteries chargées sur place) gros engins autonomes, électriques également. On aurait pu imaginer des panneaux solaires sur le toit du bâtiment géant. Ce n’est pas prévu. On a pensé au recyclage, à minimiser l’impact environnemental mais on est très dépendant des énergies fossiles.
Cette visite a été passionnante, mais elle soulève encore bien des interrogations de ma part.
Attention! Exposition très prisée, réservation recommandée! Même avec résa, queues à prévoir. Lee Miller est un personnage romanesque. Au-delà de la qualité exceptionnelle des photographies, on peut visiter cette exposition en s’attachant au parcours de vie de Lee Miller.
« je suis née dans la chambre noire et c’est là que j’ai grandi »
Lee Miller : 1932 autoportrait
Elisabeth Miller nait en 1907. En 1917, elle reçoit son premier appareil photo. Visite l’Exposition Art Déco de Paris 1925. En 1927, engagée comme mannequin, elle adopte le prénom androgyne Lee, correspondant mieux à son caractère indépendant. 1929, Elle se présente à Paris pour étudier la photographie comme apprentie de Man Ray. En 1930, installe son propre studio-photo.
Nu penché vers l’avant 1930 – Lee Miller
Auprès de Man Ray (Emmanuel Radnitzky) elle apprend diverses techniques, dont la solarisation, elle développe les négatifs de Man Ray, même se les approprie en les retravaillant. Difficile, dans l’exposition de distinguer les photos des uns ou des autres
Têtes mises sous cloche – Man Ray et Lee Miller
1930, elle joue le rôle de la statue dans le film de Cocteau : Le sang d’un poète dont un extrait est projeté à l’entrée de l’exposition.
Une section de l’exposition UN REGARD SURREALISTE (1929-1932) on voit des photos de Paris avec des cadrages originaux et des portraits des artistes se rattachant à cette mouvance.
Portrait de l’espace près de Siwa 1937
En 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey, et s’installe au Caire, suit des cours d’arabe, de chimie, voyage à Jérusalem et photographie l’Egypte selon des angles variés comme le Portrait de l’espace ou le goudron fondu, elle documente aussi la modernité de l’Egypte avec les tours d’une cimenterie à Helwan, l’ombre projetée sur Gizeh de la Pyramide de Chéops.
Cornouailles,1937, quatre endormies Lee Miller, Leonora Carrington, Nusch Eluard,
1937, rencontre RolandPenrose, peintre, photographe et poète britannique surréaliste. Ils passent à Mougins(portrait de Picasso) puis en Angleterre.
1938 Sur la route en Roumanie
1938, voyage en Roumanie avecPenrose, ils rencontrent l’ethnomusicologue Harry Brauner, frère de Victor Brauner, peintre surréaliste ARTISTES ET AMIS
Leonora Carrington Lee Miller a fait le portrait de nombreux artistes, je reconnais au passage Picasso, Cocteau, Colette, Magritte, Leaonora Carrington, Dora Maar….
Elle fait également des photographies de mode pour le magazine Vogue SOMBRE GLOIRE : BRITAIN AT WAR
Lee Miller, correspondante de guerre
La guerre les fixe d’abord en Angleterre. Lee Miller se fait photojournaliste, elle photographie pour Vogue Londres sous le Blitz. Ses photographies sont destinées à influencer le public américain pour amener les Etats Unis à s’impliquer dans le conflit. En 1942, elle est accréditée par Vogue comme correspondante de guerre.
En Angleterre, elle fait le portrait de femmes militaires en guerre, de pilotes, radios, mais aussi d’ouvrières, de plieuses de parachute SUR LE FRONT 1944
Lee Miller n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’en 1944. Une série montre Saint Malo en guerre. Elle documente mais garde son regard surréaliste quand on voit un canon sous une nappe de dentelle ou des scènes étranges. Une de ses photos sera censurée : celle qui montre la nouvelle arme secrète : le napalm.
1944, Libération de Paris, ce sont les retrouvailles avec Picasso, Dora Maar, Nusch Eluard …
1945, elle suit les troupes alliées en Alsace. Un cliché est tout à fait original : en ligne directe avec Dieu un calvaire a été touché, le support des pieds du Christ se trouve pris dans les cables électriques emmêlés d’un pylône bombardé. IL FAUT LE CROIRE : BELIEVE IT Elle découvre Dachau, couvre le procès de Pétain. En plus des photos, rédige des textes. La salle présente des planches-contacts de cette réalité atroce. Les organisateurs de l’exposition du MAM prient les visiteurs de ne pas prendre de photos. Cela se comprend. Elle documente l’impensable pour que le monde la croit.
Comme une purification, avec Schermann ils accèdent à l’apartement de Hitler encore intact et se baignent dans la baignoire d’Hitler.
Guillaume Ernerest journaliste à France Culture, écrivain, sociologue. Dans une autre vie, il fut un des dirigeants de La City, une marque de prêt-à-porter très en vogue dans les années 90. C’est aussi l’auteur de Judéobsession CLIC que j’ai lu « après le 7 Octobre ». Je l’ai écouté dans le podcast des Midis de Culture CLICoù il parlait de son livre Schmattès et de l’écrivain sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918).
« Moi, j’étais à la fois l’Obélix et le Kant du schmattès. Obélix parce que j’étais tombé dedans quand j’étais petit, Kant parce que je connaissais les catégories de l’entendement. Avec des yeux de mouche, nous aurions
construit une autre géométrie. Moi je n’avais pas des yeux de mouche mais des yeux de schmattologue, c’est
pour cela que je voyais le monde autrement. »
Erner, dans Schmattès,fait un récit très personnel, il se met en scène avec ses parents, ses voisins, ses associés dans l’aventure de La City, ses succès et sa déconfiture. C’est le récit d’un quartier : le Sentier,entre Rue de Turenne, rue de Cléry, Porte Saint Martin, le quartier de la confection, des textiles depuis des décennies. Ateliers, boutiques, et tous les métiers…et ceux qu’on n’imagine même pas, boutons, étiquettes, livreurs,
« Chaque métier portait un secret, chaque visage racontait une histoire. Le Sentier n’était pas un quartier, c’était un écosystème, et derrière chaque rideau de tissus, un théâtre d’ombres et de lumières. »
Il décortique tous les ressorts économiques de ces commerces, la sociologie, les différentes couches de population. Ashkenazes arrivés de Pologne, de Roumanie ou de Russie pour qui le textile était un moyen de vivre (et de survivre), se définissant comme ouvriers (même s’ils devenaient patrons), votant à gauche. Séfarades, pieds noirs arrivés dans les années 60, à droite (par rancoeur contre la décolonisation) flambeurs, joyeux…
Ce pourrait être un livre de sociologie sérieux et ennuyeux, pas du tout : Ernerécrit avec un humour détonnant et beaucoup de pittoresque un presque thriller, surtout quand, ayant accumulé les dettes, il est aux abois. C’est un livre très drôle, une lecture addictive.
« À moi qui devais 250 patates, cela parlait particulièrement. Le 10 septembre, je suis allé à un concert, c’était sublime : de la musique de Lekeu, un compositeur mort de la typhoïde à l’âge de 24 ans. Le lendemain, c’était le 11 septembre, et j’ai honte de le dire mais ce jour fut une bénédiction pour moi. Disons »
Il raconte le déclin des marques attaquées par Zara, H&M, et la financiarisation du commerce des textiles.
« C’étaient les armées du Mordor – Mordor, le pays industriel et sombre du Seigneur des anneaux – au service de l’actionnaire et du dividende. Le pire, c’est qu’ils n’étaient même pas riches : de simples salariés. Pas de Porsche, pas de Rolex. Du vice pur. »
« Avec la génération Green, la question de Max Weber disparaît. Le capitalisme cesse d’être une ascèse ; il devient un carnaval. Plus de protestants, plus de Juifs, plus de repères. Seulement des capitalistes à l’état pur, gouvernés par l’instinct, obsédés par la maximisation immédiate »
Si La City et des marques se termine au début de l’an 2000, la roue de l’histoire continue sa course. Zara et H&M vont être détrônées par Shein et Temu… le quartier va se vider au profit des commandes sur Internet et de la livraison des petits paquets. Erner termine son récit avec la faillite de sa marque.
L’histoire de La City illustre une loi d’airain : la société est là pour protéger l’ordre social. Au fond, plus personne ne connaît de Juifs du Sentier. Le capitalisme a choisi son camp : celui des multinationales qui enjambent les lois, et non ces petites entreprises qui les enfreignent parfois.
Lecture agréable avec en bonus des « rencontres » avec Zola, Durkheim, Max Weber et Simmel, un côté érudit qui ne se prend pas au sérieux. Amusant!
Epilogue personnel : Mercredi, j’ai été voir Collapse en face de Gaza au MK2 Beaubourg, un film de l’israélienne Anat Even, j’ai traversé le quartier à pied, méconnaissable. Cafés bobos, galeries de peinture, troupes de touristes en quête de pittoresque. Je cherchais un sac à main, je n’ai pas trouvé l’entrée du BHV rue de la Verrerie et j’ai dû marcher jusqu’au métro Louvre pour trouver une maroquinerie qui soldait pour liquidation, apparemment la dernière du quartier, queue invraisemblable devant le chausseur Minelli qui ferme à la fin du mois, collapse in Rivoli !
Triptyque réalisé pour la Biennale de Venise 2019 Toussaint Louverture/Remember the Revolution#1 Glenn Ligon/ funérailles de Carole Robertson Alabama 1963
Henry Taylor est né en 1958 en Californie. L’exposition du Musée Picasso est une rétrospecfive présentant les différents aspects de l’oeuvre du plasticien; retracçant le cheminement de l’artiste qui fut soignant en psychiatrie dans les années 70-80, puis entreprit des études de journalisme en 1981, s 1993-1996. Sa première exposition à New York en 2005.
Screaming head
J’imagine, en regardant cette tête hurlante, la douleur d’un patient que Taylor a rencontré. Un cartel explique que ses patients « faisaient partie des plus belles personnes au monde »
Neighborhood Council
« The weight of ordinary » : le plasticien s’empare d’objets : boites, caisses, meubles qu’il repeint et assemble. « Comme une jungle » (2010) est constitué d’assemblages de bidons qui évoquent la sculpture de Louise Nevelson, que j’ai vu récemment à Pompidou-Metz. Les bidons font aussi penser à des masques africains, à des visages.
The 4th July – Barbecue pour la fête nationale américaine. j’ai laissé exprès la passante pour donner l’échelle de ce très grand tableau
Henry Taylor se décrit lui-même comme « chasseur-cueilleur d’images » il peint une chronique sociale des américains de la marge, des laissés pour compte. Une salle du musée a pour titre « Témoins » une autre « Icones » où figurent des sportifs, et curieusement, on croit reconnaître Martin Luther King qui joue au ballon.
jacky Robinson premier joueur noir à intégrer une Ligue de Baseball en 1947 ouvrant la voie à de nombreux joueurs noirs
Son récit inclue aussi la mémoire collective de la Grande Dépression, les communautés rurales
mary had a little lamb (on ne voit aucun agneau dans le tableau)
Taylorest attentif aux marginaux comme le Haïtien qui lave le parebrise au feu qu’il peint de sa voiture
Haitian worker
ou aux vétérans du Vietnam
My brother Gene, the tunnel rat
Taylorrend visible les inégalités, les violences, les discriminations. Dans Trail 2005, il évoque l’activiste George Jackson, emprisonné par son numéro de matricule, il représente un policier et je reconnais le portrait de Bob Dylan qui lui a consacré une chanson
Trail 2005
Autre tableau très violent
TheTimes they aint changing fast enough (2017)Philando Casti le mortellement touché lors d’un contrôle routier allongé sur la banquette de la voiture avec le pistolet meurtrier encore braqué sur lui.
Si on rapproche les deux tableaux, on pense clairement à la chanson de Dylan The Times are a’changing
Chroniqueur de la vie américaine, Taylor revisite aussi les tableaux de la peinture comme le Déjeuner sur l’herbe ou les Demoiselles d’Avignon
From Congo to capital and black again
C’est une belle découverte que cette peinture afro-américaine qui s’affiche en ce moment à Paris avec Mickelene Thomas image glamour, féminine/féministe.
Adya(1876-1959) et Otto van Rees(1889-1957)sont deux artistes néerlandais qui s’installent en 1904 au Bateau-Lavoir et se lient d’amitié avec Arp, Juan Gris, Blaise Cendrars, Kees Van Dongen, Zadkine et d’autres .Ils sont donc chez eux au Musée de Montmartrequi leur consacre une rétrospective. Je fais donc connaissance avec ce couple d’artistes que je ne connaissais pas. Cette visite est aussi l’occasion de traverser l’évolution de la peinture au cours de la moitié du XXème siècle.
Fleury en Bière
En 1905, le couple s’installe à Fleury-en-Bière, près de Barbizon. Ils peignent des tableaux fleuris et colorés par petites touches presque divisionnistes. Après un Grand Tout en Italie, ils s’installent à Paris et se marient en 1909.
Leur peinture évolue, une série montre des à-plat cerclés d’une ligne nette. héritage du cloisonnisme, héritage de Paul Gauguin ou d’Emile Bernard. D’autres sont influencés par le cubisme
Otto van Rees 1910 Mère et enfant
On pourrait prendre certains tableaux pour ceux de Juan Gris. Otto sculpte aussi une tête de Adya cubiste.
Adya 1914 Deux religions
Pendant la Première Guerre mondiale, Otto est mobilisé, Adya se convertit au Catholicisme. On voit leurs deux visages séparés.
En 1919, au cours d’un accident ferroviaire leur fille Adyta décède. Ils quittent Paris pour Zurich et participent au mouvement Dada.
Otto van Rees Carré et Cercle
Ils suivent aussi le mouvement Carré et Cercle expérimentant tous les styles différents. Ils ne se contentent pas de peindre, Adya se consacre aussi à la broderie
Otto van Rees : Adya brodant
l’exposition montre plusieurs broderies d’Adya, certaines de petit format et la très grande très belle tapisserie Dieu avertit
Adya van Rees : 1929 Dieu avertit
En conclusion, je recopie le cartel en fin d’expostion
ODE A ADYA
REGARDS CROISES
Otto Van Rees : Adya dans l’atelier
Exposer un couple d’artistes pose un défi : la disponibilité des sources est souvent inégale et a été longtemps biaisée par un regard masculin. La disparité du nombre des oeuvres relfète un écart réel de productions d’Adya en faiosn du nombre restreint de recherches qui lui ont été consacrées.
Au Pays Bas, Adya van Rees-Dutilh est reconnue comme l’une des premières artistes à pratiquer l’abstraction ainsi que pour son rôle dans les débuts du dadaïsme . lezs oeuvres divisionnistes, de ses débuts la force de sese dessins cubistes proche de l’orphisme côtoient des broderies expérimentales et d’autes créations classées parmi les « arts mineurs », tissus, affiches, jouets.
Adya est plus souvent représentée par Otto que l’inverse, apparaissant « à l’oeuvre » en train de peindre ou de broder. Otto lui rend hommage dans une nature morte intégrant un détail de sa vaste broderie Dieu avertit. Il exprime son admiration pour la capacité d’Adya de garder sa maitrise.
par son engagement antibourgeois et s volonté de transmettre des valeurs spirituelles et ethiques à travers l’art Adya montre combien la contribution des femmes à l’art du XXème siècle et essentielle.
Babélio a organisé une bien jolie rencontre avec Claire Elder : l’autrice de La Botanique des amours perdues, romance où les « amours perdues » avaient pris le pas sur la botanique et qui m’avait un peu déçue.
Thuya taillé en nuage
Occasion de rattrapper la botanique : la rencontre a eu lieu à L’Ecole du Breuil et commence par une visite du jardin en compagnie de l’écrivaine, commentée par la Responsable de la Bibliothèque de l’Ecole. Elle commence par l’historique de l’Ecole, créée en 1867 à la suite de la création par Alphand des parcs parisiens (Montsouris, Monceau, Buttes-Chaumont) afin de former le personnel qui doit entretenir ces parcs. Située à la Porte Dorée, l’école dut déménager à la suite de l’Exposition Coloniale de 1931.
Vivaces, sauges et graminées, hélichryses….supportant ensoleillement et sécheresse.
Actuellement, l’école assure une formation scolaire de la Seconde au BTS, une formation par l’apprentissage ainsi que de niveau universitaire en liaison avec la faculté d’Orsay. En outre, des cours de formation professionnelle pour adulte ainsi que des cours pour un millier de jardiniers amateurs qui peuvent se perfectionner, quelques heures, quelques jours.
Gouttes d’eau sur une pivoine
Notre guide nous montre les différents tableaux végétaux : jardin à la française avec ifs taillés en cône sur la cour d’honneur, entrée de la bibliothèque, jardins d’ombre avec des fougères, jardins de terre de bruyère avec rhododendrons, bruyère taillée en haies. Lycéens et apprentis apprennent le métier mais aussi expérimentent. Sans phytosanitaires depuis une quinzaine d’années, ils protègent avec un voile les salades et laissent le soin aux poules et aux bernaches de limiter escargots et limaces.
pois fleuris
Au potager, dans le jardin enclos de murs avec des fruitiers en espaliers, il y a des salades, des fèves, des petits pois, des blettes de toutes couleurs.
On anticipe le changement climatique, avec l’agroforesterie, des plantes sauvages sont censées éponger les pluies. On laisse agir la nature dans certains coins en ne touchant ni aux orties, ni à la chélidoine ou aux fausses oseilles arrivées par le vent ou les oiseau. Certaines assureront la régulation de l’eau en excès.
Jarfdin polynésien et kayak (on edst à Joinville, lieu de l’aviron)
Des étudiants plasticiens sont invités à installer leurs créations dans le jardin. Ce jardin est vraiment un plaisir des yeux! On peut le visiter chaque jour de 9h à 19h en été. Les serres, en revanche ne sont ouvertes que le mercredi après-midi.
Dans les serres, les sedum
j’ai oublier de décrire la roseraie, splendeur odorante en ce début mai. Et les rosiers grimpants qui colonisent les hêtres..
Comme nous sommes venues (seulement des dames dans les visites) pour parler d’un livre, la conférencière a choisi de nous présenter les végétaux emblématiques du livre puisque l’héroïne de l’histoire est botaniste comme son amoureux. Nous nous arrêtons donc devant l’albizia, les hélichryse au parfum de cumin, la sauge, les hellébores cités dans le livre.
TRès très joli plateau de fromages.
Babélio qui nous invite a préparé un très joli pique-nique, très très bien présenté avec des fruits frais et des fromages variés. Nous avons l’occasion de rencontrer Claire Elder qui dédicace ses livres.
Dans l’arboretum, une vedette, le Pin de Napoléon haut de 16m et 78 cm de circonférence.
Je suis venue en autobus 281 jusqu’à la gare RER A de Joinville et 750 m de marche sur la route de la Pyramide que j’ai en bien du mal à trouver. Comme le soleil brille, j’ai envie de poursuivre la promenade dans le Bois de Vincennes. En traversant l’arboretum qui est une collection des arbres de Paris. Tous les arbres sont étiquetés et surveillés. Etudiés, il donnent des indications de leur comportement dans le changement climatique.
je suis une allée sur le Plateau de Gravelle non loin de l’hippodrome, puis le long d’un petit lac, rejoint l’allée du Point de Vue, il faut redescendre sur la route dès qu’on a atteint un petit kiosque, la traverser et descendre raide vers l’autoroute A4 et la Marne.Une haute et longue passerelle enjambe l’autoroute, la jolie passerelle de Charentonneau surplombe la rivière et débouche juste à la nouvelle plage sur la Marne. Par les bords de Marne on peut rejoindre le métro Maisons-Alfort -Vétérinaire vers l’ouest ou prendre un autobus pour Créteil .
Le rendez-vous pour la visite d‘Explore Parisintitulée « Sous les pavés les aqueducs : les secrets du 14ème arrondissement » est fixé au coin de la Villa Seurat.Du métroSaint Jacques j’ai emprunté la rue de la Tombe-Issoire, l’avenue René Coty qui est occupée par une végétation luxuriante, comme une coulée verte, un escalier mène à la rue des Artistes et on retrouve la Rue de la Tombe-Issoire un peu plus loin. Ce quartier à l’arrière de Montparnasse fut un quartier d’artistes.
La Villa Seurat est une impasse bordée d’ateliers d’artistes. Le plus connu est la maison de Chana Orloff au 7bis,(visites le week end, réserver à l’avance CLICDali occupa le n°1, au n°4, se trouve la Villa Lurçat (appartient à l’Institut)et peut se visiter)CLIC.>
Soutine et Henry Miller ont également habité la villa Seurat.
Villa Lurçat 4 villa Seurat
Lurçat est à l’origine de l’intallation des ateliers dans ce quartier modeste du Petit-Montrouge, non loin des fortifs et de la zone. Jean Lurçat fameux pour ses tapisseries avait un frère architecte André Lurçat qui a construit d’élégantes maisons blanches dans le style du Bauhaus. Au N°3 se trouve un autre atelier Bauhaus.
Maison de Chana Orloff, villa Seurat dessinée par Auguste Perret
La Maison de Chana Orloff est l’oeuvre d’Auguste Perret, les structures en béton sont visibles rappelant les maisons à pan de bois. A l’étage un décor en relief un peu comme les décors à la pointe de diamant, pour les pièces d’habitation. Dans l’entrée j’ai aperçu l’accordéoniste
Non loin Rue Marie Rose, nous découvrons la grande église franciscaineen briques rouge. Construite (1934-1938) au coeur de la ville dans l’idée d’évangéliser les quartiers populaires
églisde franciscaine
Poursuivant la rue de la Tombe-Issoire, nous découvrons les très vastes réservoirs protégés par des rouleaux de fils barbelés dissuasifs. Second Empire, dûs à Alphand, l’ingénieur responsable des travaux hydrauliques de Paris ainsi que des Parcs, comme le Parc Monsouris tout proche.
Réservoirs Montsouris
D’élégants pavillons de meulière et briques surmontés par une verrière portant des mascarons à tête de lion bleus sont sur les vannes de grands aqueducs le plus souvent souterrains transportant l’eau de rivières : Le Loing et la Voulzie. La qualité de l’eau était vérifiée par un « truitomètre » les poissons faisant office d’appareils. Non loin de là, un aqueduc fait surface à Arcueil
Fontaine Wallace
De l’autre côté de l’avenue Reille, un panneau présente le projet SILVIAd’une Agroforêt urbaine et comestible pour passer d’un espace bétonné à une renaturation. En 2023 furent plantés 120 châtigniers et noisettiers. Le nom « forêt urbaine » me fait sourire, square, parc, bosquet peut-être, mais forêt n’est-ce pas exagéré?
Square Montsouris
Le Square Montsouris n’est pas un square mais une rue bordée de grosses maisons mitoyennes derrière des jardinets très fleuris. En cette journée de printemps glycines, cornouillers, rosiers sont en pleine floraison.
square montsouris nichoirs
Ces maisons tranquilles sont maintenant très chics mais elles ont été construites pour une population modeste.
Square Montsouris maison Le Corbusier.
Au coin on remarque encore une maison d’architecte. A l’autre extrémité on découvre le Parc Montsouris avant d’y entrée, détour par la Rue Braque où l’atelier du peintre, oeuvre d’Auguste Perret, est masqué par une jungle de lierre, bambous et autres lianes. Des volets métalliques obstruent les fenêtres Est-il à l’abandon? Mystère! Une observation plus attentive laisse penser que non, le jardin est propre et la poubelle sortie.
REr B dans le parc sous les rail une exposition de panneaux racontant l’histoire du parc et Alphand
Le Parc Montsouris a été créé en 1860, ouvert en 1878, à proximité des fortifications. Curiosité soulignée par notre guide : « parc de gares » parcouru par deux lignes de chemin de fer le RER B et la Petite Ceinture qui courrait dans un creux. Un lac (bac en ciment) rafraîchit le parc. De l’autre côté on peut deviner la maison de Coluche. Higelin habitait aussi dans le coin mais sa maison a disparu, on a nommé une allée à son nom. Il y a énormément de monde sur les pelouses comme en plein été .
Notre guide nous a ménagé une surprise : la ZAC Alésia Montsouris a été aménagée dans les année 1990 sur des friches ferrovaires(RATP). Le chantier a mis au jour deux aqueducs : l’Aqueduc Médicis qui amenait l’eau aux jardins du Luxembourg et un aqueduc romain desservant Lutèce. les constructions ont endommagé les conduits mais on a préservé quelques vestiges qui sont encore visibles : on peut voir le vériatble béton romain dont l’usage s’est perdu. La toponymie garde le souvenir de deux empereurs Julien l’apostat (331-363) et Valentinien.
Fontaine sur les boulvards des Maréchaux
La promenade se termine le long de la Cité Universitaire et nous retrouvons un troisième aqueduc (Second Empire) et les vestiges des fortifications de Thiers.
Ce fut une après midi très agréable et le conférencier l’a rendue très vivante avec de nombreuse anecdotes et explications historiques.