La Daronne – Hannelore Cayre

NOIR/ POLAR?

La daronne : le livre

Je lis des polars exotiques, nordiques, grecs, érythréens, pour découvrir l’envers de la société inaccessible aux touristes.

Avec la Daronne je me promène près de l’autoroute A13 aux alentours de Marly dans un improbable domaine, dans un Belleville très chinois,  sur le parking de la prison de Fresnes, chez Tati à Barbès et un peu autour du Quai des Orfèvres et du Palais de Justice. Peu d’exotisme donc, quoique, la narratrice part aussi en vacances chics, en Suisse ou à Oman…

Je découvre une société interlope gouvernée par le principe que « l’argent est Tout« , c’est d’ailleurs le titre du premier chapitre du livre. Cosmopolite ou rastaquouère? La petite fille grandit dans une parfaite amoralité, à la lisière de la forêt, à la lisière de la société. Jeune femme, elle épouse un homme d’affaires qui lui procure luxe et confort sans qu’elle ne se soucie de la provenance de la richesse.

Veuve et mère de deux filles, elle devra travailler pour assurer sa subsistance. Son meilleur atout : une très bonne connaissance de la langue arabe. Elle est donc traductrice auprès des tribunaux et de la police. Sans contrat, à la tâche. Elle côtoie toute la misère du monde; comme celui qui a fait deux ans et demi de détention provisoire sur la foi d’une dénonciation avant d’être acquitté et qui demandait réparation

« Le tribunal aurait pu l’écouter cinq minutes ne serait-ce que pour s’excuser qu’un juge d’instruction ait foutu sa vie e l’air pour l’avoir maintenu sans preuve durant trente mois. Eh bien non, le président, méprisant, l’a coupé net : « Monsieur vous travailliez au noir à l’époque. Vous n’avez aucune prétention à réclamer quoi que ce soit. Pour nous, vous n’existez même pas!

Je ne trouvais plus mes mots en arabe tellement j’avais honte. je n’arrivais même pas à le regarder en face. J’ai commencé à balbutier et puis c’est sorti tout seul : Moi aussi, monsieur le Président, je suis payée au noir; et par le ministère de la Justice. Alors puisque je n’existe pas, débrouillez-vous sans moi! »

Et elle se retrouve à transcrire les écoute téléphoniques de dealers et trafiquants de drogue qui convoient le shit du Maroc.   Dépourvue de tout scrupule, elle va saisir sa chance au vol.

l’affiche du film La Daronne

« Çà y est, j’y étais de plain  pied dans le business. Le côté cour que mon père nous cachait ; là où l’entrepose les poubelles. Ce moment où il revenait les mâchoires serrées de ses voyages et qu’à la maison nous comprenions qu’il était de bon ton de s’écraser. »

j’ai déjà assez spoilé comme cela. A vous de le lire et de découvrir les rebondissements, les surprises que ce roman noir distille peu à peu.

Cela se lit bien, d’un trait.

Et j’ai hâte de voir le film!

Keith Tyson dialogue avec Claude Monet à Marmottan

DIALOGUES INATTENDUS

Connaissez-vous Keith Tyson

Artiste britannique contemporain.

Tyson : London

Comment peindre après l’invention de la photographie?

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Détails

Cézanne et les maîtres – Le rêve italien -Musée Marmottan

Exposition temporaire jusqu’au 5 juillet 2020

 

Cézanne n’est jamais allé en Italie, pourtant cette exposition  le décrit comme  Italien par la lumière qui inonde ses tableaux, lumière de Provence. Italien parce qu’il connait les peintres italiens et s’en est inspiré! L’exposition 2020 au Musée Marmottan fait suite à une exposition de 2014 que j’ai trouvée racontée sur un blog que j’aime beaucoup ICI

1) Cézanne l’Italien.

L’exposition du Musée Marmottan  présente les tableaux par paires : La Descente de Croix du Tintoret qui a inspiré un petit tableau La Femme étranglée où la composition se trouve inversée (explication et schéma sur les cartel : passionnant!). Aucun rapport pour le sujet profane mais l’analogie est remarquable.

 2)Cézanne regarde Venise et Naples

occasion d’apparier les tableaux La déploration du Christ du Tintoret  et Le Meurtre  de Cézanne. 

le meurtre Cézanne

Occasion de découvrir un aspect de la peinture de Cézanne que j’ignorais complètement : ces peintures sombres  que je n’imaginais pas du tout, loin des paysages lumineux de la Sainte Victoire ou des tranquilles natures mortes.

La toilette funéraire ou l’Autopsie Cézanne

Cette toilette funéraire est appariée à la Déposition du Christ de Ribera, même si les personnage ont été réduits de six à trois et que le sujet est bien profane.

Ce jeu des paires marche aussi pour une tête de vieillard de Cézanne inspiré du Portrait d’Antonio da Ponte de Bassano, ou de deux jeunes filles l’une du Gréco (magnifique mais interdit de photographier). La parenté entre la Préparation du banquet et la Cène du Tintoret n’est pas aussi évidente.

En tout cas : Cézanne connaissait la peinture vénitienne et napolitaine!

3) Cézanne regarde Rome

Pastorale

Plusieurs paysages dans cette section: surtout des Poussins – archétype du paysage classique – qui invente un paysage idéal tandis que Cézanne peint sur le motif. Cette Pastorale est accrochée à côté d’un Poussin Paysazge avec Bacchus et Cérès.

Cezanne : le château noir

Le Château  noir correspond plus à ma vision de  la peinture de Cézanne. C’est d’ailleurs un des tableaux que j’ai préféré dans l’exposition.

4)Cézanne regarde la nature morte en Italie

nature morte ou vanité? Je découvre la Vanité avec Crane de Salvator Rosa que je ne connaissais pas du tout.

Cristoforo Munari

 

Cristoforo Munari (encore une découverte pour moi) a peut être inspiré Cézanne

5) Cézanne vu par les Italiens

Si les maîtres italiens ont inspiré Cézanne, la réciproque est aussi vraie: Soffici, Carrà, Morandi, Sironi et Pirandello sont présent dans le jeu des paires.

Sironi : Portrait du frère Ettore/ Cézanne
Cézanne : la bouteille de liqueur
morandi

baigneuses de Cézanne et baigneuses de Pirandello

Baigneuses de Pirandello

Cette exposition m’a beaucoup plu, non seulement les tableaux sont magnifiques et certains inconnus mais encore la démarche de faire dialoguer les œuvres, de mettre en évidence les analogies, les compositions, les parentés est très formatrice pour l’oeil.

Claudia Andujar – La Lutte Yanomami à la Fondation Cartier

Exposition temporaire 30 janvier/10 mai 2020

Je ne loupe aucune des expositions de la Fondation Cartier et je n’ai jamais été déçue.

Cependant ce compte-rendu est difficile : j’ai du mal à commenter les photos et c’est une exposition de très belles photographies. Evidemment, cela n’a pas de sens de photographier les photos, j’ai donc été chercher sur Internet les illustrations de ce billet. 

Deux vidéos et un film complètent les  photographies.

Un magnifique catalogue en grand format est offert aux visiteurs contenant des cartes du territoire yanomami en forêt amazonienne à la limite du Venezuela. Une biographie très détaillée présente Claudia Andujar ainsi que Davi Kopenawa le chaman et porte-parole des indiens yanomami ainsi que Carlo Zacquini, un missionnaire en territoire yanomami. 

Deux rencontres!

Avec les indiens, bien sûr, magnifiés par ces belles photos. On découvre enfants, femmes ou hommes avec leurs parures de cérémonie, dans l’abandon du sommeil, dans la forêt amazonienne.

Rencontre avec la photographe dont l’histoire singulière commence en Hongrie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Son père, son premier amoureux, ses proches sont déportés à Auschwitz. Claudia quitte l’Europe en 1944 pour les Etats Unis d’abord, puis pour le Brésil. En 1955, elle commence à s’intéresser à la photographie mais ce n’est qu’autour de 1970 qu’elle photographie les Yanomami et rencontre Carlo Zacquini en lutte pour la défense des Yanomami et présente ses photographies pour contrer le projet de route transamazonienne traversant les terres yanomami propageant les épidémies et facilitant l’arrivée des orpailleurs. En 1977, Claudia Andujar rencontre Davi Kopenawa.

la deuxième partie de l’exposition s’intitule DE L’ART AU MILITANTISME DE 1978 A NOS JOURS 

Expulsée du territoire Yanomami en 1977, Claudia Andujar se consacre à la lutte indigéniste. Elle témoigne de la campagne de vaccination contre les épidémies décimant les indiens. En 1989, l’exposition Genocido do Yanomami : Morto do Brasil inclue une installation audiovisuelle crée par Claudia Andujar. Depuis elle n’a pas cessé de témoigner en faveur des indiens de plus en plus menacés avec l’élection de Bolsonaro et de l’afflux des mineurs clandestins.

C’est décidément une très belle personne et les photographies sont remarquables!

 

A la Recherche des oeuvres disparues d’Alberto Giacometti à l’Institut Giacometti

Exposition temporaire jusqu’au 12.04.2020

l’atelier de Giacometti (reconstitué)

Depuis longtemps j’avais envie de visiter l’Institut Giacometti. 

L’Institut Giacometti occupe le très bel hôtel particulier du décorateur  Paul Follot (1877-1941),5 rue Schoelcher (métro Raspail), une rue tranquille le long du cimetière Montparnasse. Cette maison et son intérieur méritent la visite (cliquer  sur les liens pour les photos). Entre Art Nouveau et Art déco, les meubles, bien sûr ont laissé place à un espace d’exposition mais on remarque les murs recouverts de tentures ou lambrissés, les vitraux ou les corniches, les mosaïques avec des tesselles dorées. J’ai surtout aimé le coin du feu avec la cheminée d’angle entre deux banquettes de cuir blanc sur lesquelles il devait faire bon s’asseoir.

Hôtel particulier de Paul Follot, 5 rue Schoelcher

La porte bleue s’ouvre, en face de la billetterie – une simple table – on a reconstitué l’atelier du sculpteur, protégé par une paroi transparente – ébauches et plâtres, pinceaux, outils….tout est resté tel quel.

Dans un coin on peut voir 3 minutes du film Portrait de Giacometti d’Ernst Scheidegger qui montre Giacometti travaillant et commentant son travail. Ce film  de 50 minutes est disponible sur Youtube, mais en Allemand non sous-titré . Il commence avec une série de dessins plutôt cubistes, des portraits d’Eluard, des tables de café, ambiance de Montparnasse…

Giacometti : Autoportrait 1925

L’exposition temporaire est présentée dans le reste de la maison. Elle restitue des reconstitutions d’oeuvres qui ont disparu dont il reste des documents d’archives : photographies, croquis….

Giacometti :femme assise

Ces sculptures perdues datent de 1920 à 1935. On devine l’influence surréaliste dans la première salle organisée autour d’un objet surréaliste qui fait penser à une charrue ou à un instrument de musique selon l’angle considéré.

objet surréaliste

Des photographie restituent les sculptures dans leur contexte comme cette Girafe dans son jardin. Des croquis sur de petits carnets sont émouvants.

L’oiseau-silence

L’oiseau-silence fut réalisé en bois par un ébéniste. D’abord entreposé dans l’atelier de Max Ernst, il fut ensuite détruit

Bien différentes des sculptures filiformes que nous connaissons, les réalisations plus massives traduisent l’influence cubiste:

1926

j’ai beaucoup aimé le mannequin

mannequin (1932-1933)

Même si la place manque pour de grandes rétrospectives, je reviendrai 5 rue Schoelcher!

Musée des années trente – Boulogne

TOURISTE DANS MA VILLE -PARIS/BANLIEUE

Merci d’abord à Nathalie qui m’a donné envie de faire cette visite!

Paul Landowski : le Pavois

Tout proche de Paris, accessible par le métro (Jean Jaurès ou Marcel Sembat) , bus 52, 72, 123, à côté de l’Hôtel de Ville de Boulogne, dans un quartier animé, le Musée des Années Trente ou Médiathèque Landowski, est logé sur 4 étages desservis par un ascenseur. 

Paul Landowski maquette du Temple de l’Homme

Paul Landowski (1875 – 1961) est un sculpteur de renom qui a fait le Christ de Corcovado à Rio, la Statue de Sainte Geneviève sur le pont sur la Seine, de nombreux monuments aux morts et statues. Plusieurs statues et maquettes d’un Temple de l’Homme monumental sont présentées dans « musée Landowski ». Honnêtement, je n’ai pas été séduite par cet art officiel même si certaines comme cette fontaine de la porte de Saint Cloud me plait bien

Fontaine de la Porte de Saint Cloud

Nous avons commencé la visite par l’exposition

l’Art Déco, un Art de Vivre -Le paquebot Île-de-France

Affiche

qui reconstitue avec des photos et des objets le décor de ce paquebot luxueux. Les gouaches de Mathurin Méheut et les dessins d’Yvonne Jean-Haffen ont retenu mon attention

gouache Mathurin Meheut
Yvonne Jean Haffen : mâts, canots, cheminées

Nettement plus intéressante que cette exposition anecdotique la section Années Trente qui présente des maquettes d’architectes comme Le Corbusier ou Mallet-Stevens qui ont construit des maisons et villas à BoulogneIl existe un parcours architectural des années 30 dans Boulogne et j’ai bien envie de le suivre. Architecture mais aussi design avec des meubles : paravents en verre et métal de toute beauté, vases, mais aussi chaise-longue en métal chromé et sandows très audacieux et toute une chambre en tôle peinte en rouge…

 

Une section est consacrée à l‘Art Colonial souvent coloré et plaisant à l’oeil 

 

 

Il y a aussi des tableaux religieux, entre autres Maurice Denis.

De nombreuses sculptures sont très intéressantes

Femme enceinte (j’ai oublié de noter l’auteur)

 

Frapper le fer – L’art des forgerons africains- Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 29 mars 2020

Instruments de musique : cloches

Eblouie!

Quelle belle exposition!

Un panneau lumineux accueille le visiteur : en alternance les globules rouge et une éruption solaire : le fer rouge en fusion, rouge le minerai.  Rouge, le fer et le sang. L’art de travailler le fer est un don divin et dans certaines sociétés africaines les forgerons sont vénérés et craints.

herminette cérémonielle

L’exposition commence dans le domaine du cérémoniel et du sacré avec des lames cérémonielles. Ma préférée est une herminette surmontée d’un oiseau symbolisant la « hauteur de vue du chef » qui la possède (selon une conférencière qui guidait un groupe que nous avons suivi de loin). Herminette cérémonielle, aussi hache, faucille. Certaines œuvres sont prestigieuses.

faucille

On s’intéresse à la forge, enclume et marteau, parfois le même outil peut être les deux si on le brandit à deux mains comme une masse ou si on plante le manche dans la terre. Autre outil indispensable : le soufflet. Certains sont étonnants

deux soufflets

Une vidéo montre comment deux sacs de cuir actionnés à deux mains servent de soufflet.

Un masque yoruba (Nigéria) pour honorer les femmes ménopausées (mais porté par un homme) montre une forge

masque yoruba : forge miniature

 

Certaines réalisations sont très sophistiquées comme ce chandelier à lampes à huile avec 46 coupelles : arbre de vie hébraïque

chandelier à huile

Les forgerons fabriquent les outils agricoles comme les houes mais aussi des « outils » plus magiques comme ces crochets à nuages dogons , suppliques pour appeler la pluie  ou ces bouquets magiques en zigzag rappelant les éclairs

vase magique contenant des éclairs activateur de pluie

Les forgerons étaient ainsi en communication avec le monde surnaturel. Le Nommo dogon, voleur de feu rappelle un peu Prométhée.

masque dan

Une série d’objets d’interroge : des ceintures pelviennes, ceintures de chasteté?  protection ou parure. Elles devaient être drôlement inconfortables

Ceintures pelviennes

Quittant le domaine utilitaire, je reconnais les Asen que j’ai rencontré au Bénin, fon ou yoruba , ces plateaux portés sur des baleines comme celles d’un parapluie ils sont destinés à honorer un défunt décrivant sa personnalité

Asen

Forgés également nombreux instruments de musique comme les cloches ou les lamellophones.

Bien sûr les armes sont également présentes, lames de toute forme et même armes de jet aux formes tout à fait sophistiquées aussi belles que redoutables.

armes de jet

Enfin, il ne faut pas oublier les monnaies : les plus simples comme ces barres à section carrées ou les plus monumentales comme ces impressionnantes lames hautes comme un homme. Certaines étaient même utilisées lors des mariage, dot ou contrepartie.

Beaucoup plus qu’une exposition de beaux (très beaux objets) ouvragés, ciselés, ornés c’est une ouverture sur un monde surnaturel très étrange.