Madeleine de Sinéty Une vie au jeu de Paume +Fragile Beauté collection Elton John

Exposition temporaire jusqu’au 27.9.2026

Madeleine de Sinéty (1934 – 2011) est une photographe qui a été peu exposée. Elle a commencé son oeuvre en 1970 dans son quartier, derrière la Gare Montparnasse que l’on rénove alors qu’on construit la Tour Montparnasse. Cet ensemble de photo est réuni dans un chapitre Paris démoli témoignage d’un quartier encore populaire avec des ateliers d’artistes que Madeleine de Sinéty a fréquenté lors de ses études de dessin. Cafés ouvriers, enfants dans les rues, maisons délabrées…tout un XIVème qui a disparu. 

De la Gare Montparnasse partent les trains vers la Bretagne. Madeleine de Sinéty et son mari Daniel Behrman parcourent les lignes secondaires où les dernières trains à vapeur circulent encore. Ils se lient avec les cheminots. De nombreuses images seront réunies dans le livre Guingamp-Paimpol: deux minutes d’arrêt.

le train les conduira en Bretagne dans le village de Poilley (Ille et Vilaine) où elle séjourne plusieurs mois, où elle se fera accepter des villageois, partageant leur quotidien et même les travaux des champs, les fêtes, récolte des pommes…partageant aussi les images en organisant des projections appréciées des habitants. Elle y vivra huit ans.Son épais journal de bord figure dans les vitrines sous les photos encadrées. Avec simplicité et tendresse, elle photographie les travaux des champs, la vie de la ferme, les enfants et les animaux. Riche témoignage d’un monde rural aujourd’hui disparu avec le remembrement et la mécanisation. Aucun artifice. De vrais portraits sans apprêts, avec empathie elle montre la beauté de cette vie simple. j’ai été très impressionnée par toutes ces photos. 

Avec son mari américain, ils voyagent à New York, dans le Maine où elle fixe les images toujours avec la même empathie. Elle est invitée aussi loin que le Kenya et l‘Ouganda pour des reportages dans des villages. 

Je suis restée longtemps à regarder les projections  des photos de Poilley dans une salle noire.

Fragile Beauté ; photographiesde la collection de Sir Elton John et David Furnish

occupe le niveau supérieur du Musée du Jeu de Paume. C’est une très grande exposition qui mérite à elle-seule la visite.

Une partie est présentée avec des avertissements : photos queer, homo-érotisme, très belles photos souvent très sophistiquées. Ambiance très différente de l’exposition précédente.

Une seconde partie, très people nous montre les 4 Beatles, grand format, Marylin, Kennedy,  Andy Warhol entouré de tous les artistes de la Factory, Andy Warhol et Basquiat, et d’autres célébrissimes américains que je n’ai pas reconnus. Amusante visite. 

Très belles photos, photographes cultissimes..mais tout est trop, trop beau, trop travaillé, trop connu. Je préfère le village breton.

Aux Origines, Défaire le Racisme – Palais de la Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)

COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?

COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?

L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavage et Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent. 

William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne

Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention. 

Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images  habituelles. 

William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves

William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou. 

Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)

Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales. 

Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021

En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté  et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse (Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka,  survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches. 

les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française

Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalme montre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.

Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War

Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante. 

Bouba Touré

Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes. 

La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atys dansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire. 

 

Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane

Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèque orné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur. 

Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.

Les Chambres noire de Lee Miller – Jennifer Lesieur – Robert Laffont

EN REVENANT DE L’EXPO LEE MILLER AU MAM

 

j’ai été bluffée par l’Exposition Lee Miller au Musée d’Art Moderne, par ses photos, bien sûr et surtout par sa personnalité extraordinaire. Cette exposition faisait revivre le Paris de Montparnasse,les surréalistes, les vacances sur la Côte d’Azur autour de Man Ray, Picasso, Paul Eluard…mais aussi, l’Egypte, la Roumanie. Et enfin : la photoreporter de guerre, du Blitz de Londres, et à la suite des troupes alliées, le siège de Saint Malo, la Libération de Paris, et enfin le témoignage poignant des photos des camps…

Comme j’aime bien approfondir, j’ai trouvé parmi les podcasts de Radio France CLICoù intervient son fils Anthony Penrose, gardien de ses archives. Cette série est passionnante. 

Quand j’ai trouvé le titre Les chambres noires de Lee Miller sur le blog de Matatoune CLICj’ai téléchargé le livre, impatience de retrouver cette femme exceptionnelle et tout son environnement aussi extraodinaire.

La première partie : (1922-1943)  retrace sa vie parisienne avec Man Ray, d’abord, son apprentissage de la photographie puis ses fréquentation avec Picasso, Eluard et Nusch, Max Ernst et Leaonora Carrington. Son mariage égyptien puis après sa rencontre avec Roland Penrose leurs voyages et les reportages ethnographiques  en Roumanie. Et enfin leur installation en Angleterre sous les bombardements nazis.

Histoire passionnante mais très bien documentée dans l’exposition. La complaisance vis à vis des moeurs de l’époque m’a un peu agacée :  comment peut on encore écrire que « Paul Eluard offre Nusch à ses amis » au XXIème siècle, la position des « muses » de Picasso n’est pas plus enviable. J’aurais aimé un peu plus de réserve de la part de la biographe qui transcrit l’esprit de l’époque sans aucune critique. Bien heureuse insouciance ou machisme décomplexé? Le livre n’apporte pas grand chose que je ne connaissais pas déjà.

La deuxième partie : La route des ténébres (1944-1947) est passionnante. J’avais besoin d’explications sur les reportages sur les femmes britaniques photographiées puis sur la métamorphose de Lee en grand reporter de guerre, photos et écrits. La fameuse photo dans la baignoire d’Hitler se comprend mieux avec cet accompagnement. La suite des reportages en Autriche, Hongrie et Roumanie avec la fin de la guerre m’a beaucoup intéressée. 

La troisième partie : Vers la chambre claire (1947-1977)

montre la dernière partie de la vie de Lee Miller, maternité, dépression post-traumatique et sa renaissance comme cuisinière gastronomique est très bien racontée dans le podcast par son fils. C’est plutôt le travail de galeriste, organisateur d’expositions majeures et biographe de Picasso  de Roland Penrose qui a retenu mon attention.

En conclusion, ce livre est une honnête biographie, mais je conseillerais plutôt d’écouter le podcast.

 

Lee Miller au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire jusqu’au 2 août 2026


Attention! Exposition très prisée, réservation recommandée! Même avec résa, queues à prévoir.
Lee Miller est un personnage romanesque. Au-delà de la qualité exceptionnelle des photographies, on peut visiter cette exposition en s’attachant au parcours de vie de Lee Miller.

« je suis née dans la chambre noire et c’est là que j’ai grandi »

Lee Miller : 1932 autoportrait

Elisabeth Miller nait en 1907. En 1917, elle reçoit son premier appareil photo. Visite l’Exposition Art Déco de Paris 1925. En 1927, engagée comme mannequin, elle adopte le prénom androgyne Lee, correspondant mieux à son caractère indépendant. 1929, Elle se présente à Paris pour étudier la photographie comme apprentie de Man Ray. En 1930, installe son propre studio-photo.

Nu penché vers l’avant 1930 – Lee Miller

Auprès de Man Ray (Emmanuel Radnitzky) elle apprend diverses techniques, dont la solarisation, elle développe les négatifs de Man Ray, même se les approprie en les retravaillant. Difficile, dans l’exposition de distinguer les photos des uns ou des autres

Têtes mises sous cloche – Man Ray et Lee Miller

1930, elle joue le rôle de la statue dans le film de Cocteau : Le sang d’un poète dont un extrait est projeté à l’entrée de l’exposition.

Une section de l’exposition UN REGARD SURREALISTE (1929-1932) on voit des photos de Paris avec des cadrages originaux et des portraits des artistes se rattachant à cette mouvance.

Portrait de l’espace près de Siwa 1937

En 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey, et s’installe au Caire, suit des cours d’arabe, de chimie, voyage à Jérusalem et photographie l’Egypte selon des angles variés comme le Portrait de l’espace ou le goudron fondu, elle documente aussi la modernité de l’Egypte avec les tours d’une cimenterie à Helwan, l’ombre projetée sur Gizeh de la Pyramide de Chéops.

Cornouailles,1937, quatre endormies Lee Miller, Leonora Carrington, Nusch Eluard,

1937, rencontre Roland Penrose, peintre, photographe et poète britannique surréaliste. Ils passent à Mougins (portrait de Picasso) puis en Angleterre.

1938 Sur la route en Roumanie

1938, voyage en Roumanie avec Penrose , ils rencontrent l’ethnomusicologue Harry Brauner, frère de Victor Brauner, peintre surréaliste
ARTISTES ET AMIS

Leonora Carrington
Lee Miller a fait le portrait de nombreux artistes, je reconnais au passage Picasso, Cocteau, Colette, Magritte, Leaonora Carrington, Dora Maar….

Elle fait également des photographies de mode pour le magazine Vogue
SOMBRE GLOIRE : BRITAIN AT WAR

Lee Miller, correspondante de guerre

La guerre les fixe d’abord en Angleterre. Lee Miller se fait photojournaliste, elle photographie pour Vogue Londres sous le Blitz. Ses photographies sont destinées à influencer le public américain pour amener les Etats Unis à s’impliquer dans le conflit. En 1942, elle est accréditée par Vogue comme correspondante de guerre.

En Angleterre, elle fait le portrait de femmes militaires en guerre, de pilotes, radios, mais aussi d’ouvrières, de plieuses de parachute
SUR LE FRONT 1944

Lee Miller n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’en 1944. Une série montre Saint Malo en guerre. Elle documente mais garde son regard surréaliste quand on voit un canon sous une nappe de dentelle ou des scènes étranges. Une de ses photos sera censurée : celle qui montre la nouvelle arme secrète : le napalm.

1944, Libération de Paris, ce sont les retrouvailles avec Picasso, Dora Maar, Nusch Eluard …

1945, elle suit les troupes alliées en Alsace. Un cliché est tout à fait original : en ligne directe avec Dieu un calvaire a été touché, le support des pieds du Christ se trouve pris dans les cables électriques emmêlés d’un pylône bombardé.
IL FAUT LE CROIRE : BELIEVE IT
Elle découvre Dachau, couvre le procès de Pétain. En plus des photos, rédige des textes. La salle présente des planches-contacts de cette réalité atroce. Les organisateurs de l’exposition du MAM prient les visiteurs de ne pas prendre de photos. Cela se comprend. Elle documente l’impensable pour que le monde la croit.

Comme une purification, avec Schermann ils accèdent à l’apartement de Hitler encore intact et se baignent dans la baignoire d’Hitler.

50 ans à la MAC – Jubilée -Jubilons

MAISON DES ARTS DE CRETEIL

Jubilée affiche

Le 3 janvier 1975 : Inauguration de la Maison des Arts et de la Culture. La silhouette originale est l’œuvre de l’architecte Jean Faugeron

Polychromie d’Yvaral

Depuis plus de 40 ans, j’ai fréquenté régulièrement la MAC avec mes élèves et pour le plaisir. Théâtre, danse, musique et rencontres. Plaisir de  retrouver anciens collègues, anciens élèves. Surprises de troupes en tournées. Rendez-vous annuels avec Mourad Merzouki, Angelin Prejlocaj, Montalvo,  Blanca Li…

En mars, Festival de Films de Femmes, cette année, la 48ème édition a disparu en catimini. Privé de subventions de la Région, il a été « différé »(?) supprimé(?) sans aucune explication. C’était pourtant un rendez-vous important où j’étais sûre de retrouver des copines de longue date…

Bonne surprise que ce Jubilée .

La séance de 20 heures a commencé avec une heure de retard, occasion d’évoquer les spectacles qu’on a aimés, se souvenir des plus marquants, des plus anciens.

Théâtre de carton : lac des cygnes

Olivier Martin-Salvan et son complice Clément Deboeur ont joué les maitres de cérémonie avec des intermèdes hilarants et leur théâtre de carton. Pirouettes, musique, chansons à grand renforts de panneaux de carton  ondulé. 

Un grand écran en guise de rideau pour projeter BOLERO.S de Mehdi Kerkouche tourné sur l’esplanade entre la MAC et la Mairie. 

Eric Reinhardt a fait une lecture de« L’Imparfait » paru dans la collection de La Nuit au Musée, nuit dans la Galerie Borghèse.

Puis un extrait du spectacle Requiem(s) du Ballet Prejlocaj

Un extrait aussi du spectacle de José Montalvo en avant-première. Versailles et Créteil, savamment mixé avec une grenouille géante…. pour le plaisir un  extrait de son spectacle Gloria qui est passé à la Mac il y a quelques temps

Et après encore des pitreries et plein de cartons le long de la Ligne8 du métro tous les artistes, le personnel de la Mac est appelé sur la scène pour un final endiablé

Un bal a suivi le spectacle, mais pour nous il était temps de rentrer. Ravies

Dans les pas de NADAR le Républicain – Jean- Claude RAGARU

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Bonne pioche de la Masse Critique merci à Babélio et aux éditions du Petit Pavé. 

En 2019, la BNF avait offert une belle exposition aux trois Nadar, Félix le plus célèbre, Adrien son frère et Paul le fils. CLIC par ailleurs, j’ai souvent rencontré Nadar dans les expositions, soit les photographies de ses contemporains, soit ses caricatures. Ils ont portraituré presque un siècle de célébrités. 

Panthéon Nadar

La courte biographie de J-C Ragaru (165 p. ) illustrée de nombreuses photographies, caricatures, lettres et documents s’attache à donner une approche complète de Félix Nadar. L’auteur a pris en compte les différentes étapes de sa carrière : journaliste, caricaturiste tout d’abord, photographe à partir de 1854, puis passionné d’aéronautique, de photographies aériennes, entre autres activités. 

R1garu raconte tout d’abord une vie de bohème sous le patronage de l’éditeur Hetzel et du directeur de journaux satiriques Philipon. On pense aux Illusions perdues, on est dans Balzac! On croise de nombreux hommes célèbres, Balzac, Gerard de Nerval, Victor Hugon George Sand…Nadar a souvent recours à des expédients pour faire fortune : son idée de génie est le fameux Panthéon Nadar où chacun veut figurer. 

Chacun veut son portrait, en caricature ou en photo. Avec son frère Adrien, il ouvre un atelier, puis un autre. La photographie atteint un développement presque industriel, opération rentable.

Une nouvelle passion le tient, ruineuse, l’aérostat, après un envol en ballon captif. Il met au point un très gros ballon Le Géant qui finira sa course en se trainant lamentablement. Le gros ballon devait financer un autre essai de vol préfigurant l’hélicoptère. Nadar devient un personnage de Jules Verne qui s’en inspirera pour Robur le Conquérant. Ce pionnier de l’aéronautique photographe saura combiner ses deux techniques avec la photographie aérienne appliquée au cadastre en temps de paix, puis à la surveillance des opérations militaire pendant le siège de Paris  pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Enfin, il participera à l’aéropostale, par ballons puis par pigeons quand Paris se trouvera isolé. Ragaru a beaucoup développé cet aspect de la vie de Nadar, et m’a un peu perdue dans la description en détail des différents ballons. 

C’est aussi une biographie sensible qui montre Nadar toujours fantaisiste, bohème même sur les périodes de sa maturité . Toujours républicain, de la monarchie de Juillet qu’il caricature dans sa jeunesse, sous le Second Empire où il renoncera à certaines entreprise pour ne pas se soumettre à Napoléon III; Toujours attaché à ses amis républicains. . Il nommera aussi  es ballons  « Louis Blanc »; « Armand Barbès » « George Sand. Vers la fin de sa vie il sera dreyfusard  et étrillera Gambetta dans un pamphlet rabelaisien.

Promenade agréable sur terre comme dans les airs!

Mickalene Thomas – All about Love – Grand Palais

Exposition temporaire au Grand palais jusqu’au 5 avril 2026

Clarivel Face Forward Gazing (2024)

Mickalene Thomas est une artiste afro-américaine, née en 1971 dans le New Jersey.  Photographe, peintre, vidéaste…elle magnifie le mouvement des années 1960 -1980 Black is beautiful

RESISTE

Je définis mon travail comme un acte féministe et politique…Je suis noire, queer et femme

Photographe, elle réalise des portraits dans la lignée des photographes maliens Seydou Keita et Malick Sidibé, mise en scène en studio avec des textiles africains. Ses modèles portent des tenues choisies par l’artiste

Elle détourne les images comme le Déjeuner sur l’herbe, Olympia ou La Grand Odalisque.

Déjeuner sur l’herbe

Peintre, elle va agrandir les photographies, les repeindre, les recouvrir de strass, de paillettes, de miroirs pour faire briller ces déesses afro.

African Goddess looking forwards

Elles sont belles, puissantes, sensuelles et regardent bien en face

Renversement des Odalisques orientaliste des harems de l’imagerie occidentales. Ces tableaux colorés gais sont présentés dans des installations : des salons un peu vintage avec fauteuils, coussins, plantes vertes. « Espaces-refuges » où les femmes noires se réunissaient entre elles

Salon vintage et odalisque

les visiteurs peuvent même s’asseoir dans un des salons pour regarder et écouter des vidéos de Angelos negros, 3 chanteuses  jouent le rôle de Eartha Kitt

La visite se fait en musique.

Dans une autre salle, les couleurs sont vert-bleu et l’atmosphère tropicale avec beaucoup de plantes vertes. Un mur vidéo avec 12 petits écrans déploie des images tantôt aux couleurs de wax, tantôt suggestive d’une femme nue qui se livre morceaux par morceaux, ou des images déformées comme vues sous l’eau.

Collage

A l’étage, une mezzanine présente des collages sous le mot d’ordre de Baldwin :

On ne peut changer tout ce qu’on affronte mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas

Les images sont moins glamour, plus grises faites de collages en référence à Picasso, Matisse, Faith Rainggold et Claude Cahun. Certains collages utilisent des photos de nus exotiques d’un photographe italien réalisées pour les plaisir de l’homme blanc. Les collages sont sous le regard d’une femme noire lesbienne. 

Comme souvent j’ai trouvé un podcast des Midis de Culture « une exposition séduisante mais un peu frustrante » CLIC 

A moment’s pleasure

Critique un peu sévère jugeant le travail de Mickalene Thomas comme peu subvertif reprenant les poncifs qu’elle veut dénoncer. A vous de voir…

Gabrielle Hébert – Amour fou à la Villa Médicis – Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 15 février 2026

Annonciation dans les lys de la villa Medicis

Gabrielle Hébert (1853 Dresde- 1934 La Tronche)

En 1880, Gabrielle vient à Paris étudier la peinture dans l’atelier d’Ernest Hébert. Le 6 novembre ils se marient, elle a 28 ans, lui 63. En 1884, Ernest Hébert prend la direction de la Villa Médicis où ils resteront jusqu’en 1893. 

Ernest Hébert – Villa Médicis

Ernest Hébert collectionne les photographies. Il en possède des centaines d’images. 

Le 21 juillet 1888, Gabrielle « sort acheter les choses nécessaires pour la photographie »[…]prend des leçons auprès de Cesare Vasari et installe en compagnie du pensionnaire Alexis Axilette, une chambre noire pour développer ses négatifs, tirer et retoucher ses épreuves.

Bosco

Gabrielle tient la chronique de la Villa Médicis, de son architecture, de ses jardins avec une grande attention pour les fleurs, surtout les lys qu’elle inclut dans ses mises en scène comme l’Annonciation (plus haut), elle photographie les visiteurs : Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt

Elle photographie les pensionnaires au travail : le sculpteur Denys Puech, l’architecte Hector d’Espouy. Sans oublier le jardinier, leurs petits chiens. Amusante scène de jeu de saute-mouton des pensionnaires

La muse d’André Chénier – Denys Puech

Ces épreuves sont de très petits formats figurant parfois des véritables tableaux vivants comme l’Annonciation qui rappelle la Renaissance mais dans l’esprit des Préraphaélites. Autre mise en scène: sa soeur jumelle pose pour les Vestales sur l’escalier du Bosco 

Vestales sur l’escalier du Bosco

 

Elle fait aussi de nombreux portraits de son mari à qui elle voue une admiration sans borne. Dans ses écrits elle l’appelle « Alles » (tout)

ERnest Hébert et les enfants des rues, ses modèles

Après avoir quitté la villa Médicis, ils font de longs périple en Italie et en Sicile, en Espagne. Avec bien sûr de très belles photographies. Sa production s’interrompt à la mort d’Ernest en 1908 à la Tronche en Isère où elle se consacrera à un musée à sa gloire. Son œuvre photographique ne sera redécouverte qu’au XXI -ème siècle, par hasard.

Ernst Hébert : la Mal’Aria

Céline Laguarde (1873-1961), photographe au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 12 janvier 

Une divine surprise, cette exposition juste à la sortie de la foule de Caillebotte. Calme et sérénité ! Dans la pénombre tous ces clichés de la photographes pictorialiste

Des figures symbolistes, une sorcière inquiétante

Sorcière kabyle

mais aussi des paysages, du Pays Basque d’où Céline Laguarde est originaire, d’Espagne, Tolède, Salamanque…

Et toute une galerie de portraits de musiciens : Darius Milhaud, poètes Francis Jammes, Frédéric Mistral, l’entomologiste Fabre…. et même des microphotographies de pièces buccales d’insectes.

Vraiment une belle surprise!

 

MuMa -Le Havre : Photographier en Normandie (1840-1890) – Boudin

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Emile Colliau le remorqueur

Le Musée du Havre, MuMa est un musée d’Art Moderne initié par Malraux.

Il est précédé par une grande tour : Le Havre Porte de l’Europe est peint verticalement sur sa base. C’est la Tour de contrôle de la Capitainerie. Non loin, la Catène des containers confirme la double vocation, portuaire et artistique.

Dans le cadre de la saison Normandie Impressionnistes 2024, le Musée présente l’Exposition Photographier en Normandie 1840-1890.

Gustave Le Gray – voiliers quittant le port du Havre

Photographes et peintres impressionnistes ont beaucoup dialogué. La première exposition impressionniste de 1874, célébrée cette année au Musée d’Orsay eut lieu chez Nadar boulevard des Capucines.

Le  Port du Havre des années 1850 est à l’entrée de l’exposition :   La photographie de Le Gray1856 montre d’élégants voiliers et la Tour François 1er, dans le daguerréotype de Macaire  , des silhouettes occupent le premier plan. La tour François 1er édifiée en 1517 fut démolie en 1861 pour permettre le passage des navires à vapeur. Non seulement ces images sont d’une beauté étonnante mais ce sont les témoignages d’un monde disparu. La technique photographique de l’époque exigeait un temps de pause important, ces arrivées de voiliers sont un véritable exploit. La technique imposait aussi une composition parfaite : la lumière est dorée dans les œuvres sépia. Une merveille dans le coucher de soleil de Le Gray.

Monet – plage d’Etretat

La confrontation entre les photographies et les peintures impressionniste est détonante. La Cathédrale de Rouen de Monet est accrochée au milieu de plusieurs photographies dont une de John Ruskin. Dès le milieu du XIXème siècle, sous l’impulsion de Prosper Mérimée qui a initié l’Inventaire des Monuments Historiques dès 1831, les photographes ont pris pour sujet les monuments. Il est possible que des peintres se soient inspirés de ces photographies. Jongkind a peint un tableau correspondant parfaitement à la photographie exposée à côté. Parmi les nombreuses photos sont exposés les tableaux de Boudin, Monet et Courbet qui répondent aux images des mêmes sites. Cette confrontation est passionnante.

Jules Camus – Lison

Surprise ! Je découvre la Lison, la locomotive de Lantier, un personnage à part entière dans la Bête Humaine. Une véritable émotion me submerge.

Beaucoup plus récente cette photographie du quartier Perret en construction

Les collections permanentes du MuMa sont présentées à l’étage.

Boudin – Trouville le chenal

Un mur entier est couvert de petits tableaux de Boudin. Un enchantement.

boudin lever de lune

Le coucher de soleil, on croirait un Turner, le Lever de lune sur un bassin (1885), presque abstrait. Je connaissais les ciels, les nuages sur la côte normande….La série de vaches normandes m’a fait sourire. Il y a aussi des personnages, des lavandières.

Boudin étude de vaches normandes

Ces collections sont variées : peinture espagnole, italienne. Ma capacité d’émerveillement est épuisée après tout ce que je viens de voir. Je préfère passer à autre chose.