Dora Maarfut l’amante, la compagne, le modèle et la muse de Picassode 1936 à 1945, nous rencontrons de nombreux portraits d’elle à l’occasion des expositions de Picasso. L’exposition récente de Lee Miller qui a partagé leurs séjours sur la Côte d’Azur a révélé des portraits d’elle. Dès que j’ai trouvé le livre de Nicole Avril dans une boîte à livres, je l’ai embarqué et commencé avec enthousiasme.
Etrange biographie, écrite à la première personne après son décès en 1997. Biographie ou autobiographie, puisque c’est Doraqui dit « je« pas de notes, une bibliographie succinte. Difficile donc de faire la part des faits avérés et de la fiction.
Le livre commence sur les chapeaux de roue, avec une passion effreinée citant même Saint Jean de la Croix et Thérèse d’Avila. Grande histoire d’amour, emprise totale quand il la peint en femme qui pleure ou le sexe dévoré par le Minotaure. Je regarde les tableaux sur mon téléphone. Picasso peint Guernica, Dora Maar qui était déjà une photographe réputée, va photographier les étapes de la fabrication de ce tableau. Eluard et Nush, leurs amis les plus proches sont présents dans le roman. Mais toujours Picasso tient le devant de la scène. Picasso, ses femmes et ses enfants, Picasso et ses tableaux….Ce livre s’appelle Dora Maar mais il n’est question que de Picasso.
Avant Picasso,Dorafréquentait les Surréalistes, Bataille. On ne saura rien de l’avant-Picasso. Avant Picasso Dora était photographe. On ne saura rien de ces photographies (sauf Guernica). Elle dévoile un peu l’enfance en Argentine, mais pourquoi? pour parler Espagnol avec Picasso.
Quand Picasso la délaissera, Dora jouera le rôle de Dona Elvire avec ses remontrances au Don Juan, pour le bien de son âme, semble-t-on. C’est après l’abandon definitif, le passage à l’hôpital psychiatrique avec électrochocs, puis psychanalyse avec Lacan. J’aurais bien aimé en apprendre plus sur Lacan. Dora retourne à la peinture. Mais on ne s’arrête guère sur ses oeuvres. Elle se tourne vers la religion. Après Picasso, il n’y a que Dieu!
J’ai donc été un peu déçue d’en apprendre si peu sur Dora phagocytée par le génie Picasso. Pour Dora, il faudra chercher ailleurs.
L’épopée des Pasteuriens– y compris la première vaccination de Pasteur contre la rage – la création des Instituts Pasteur à travers le monde aurait suffi à me faire ouvrir ce livre.
Constantinople 1901 -1911 : une autre raison pour le lire.
Troisème raison: c’est une histoire vraie, Paul Remliger(1871 -1964), le personnage principal du roman a vraiment travaillé à Istanbul pendant 9 ans et a dirigé un institut anti-rabique, il a ensuite dirigé l’Institut Pasteur de Tanger de 1914 à 1957. La campagne d‘éradication des chiens errants s’est terminé en 1910 par le massacre de 80 000 chiens sur l’Île Maudite de Sivriada. Cette décanisation revient d’actualité avec une loi passée en 2024 pour lutter contre les chiens errants.
Qu’est-ce donc que « La Méthode » qui donne le titre à cet ouvrage ?
« n’y a pas de projet qui tienne sans méthode, mais il n’y a pas de méthode qui tienne sans moyens. »
Il semble qu’il s’agit de la démarche scientifique, avec toute la rigueur exigée.
« La « méthode Pasteur », cette rigueur obstinée dans l’expérience couplée à des pas de côté »
Méthode pasteurienne à la suite de la méthode expérimentale de Claude Bernard. Croyance dans la primauté de la Science et du Progrès. Méthode scientifique qui se dispense de réflexion sociale ou politique.
« En réalité, Paul s’interdit à peu près d’avoir des opinions sociales ou politiques. Seul lui importe de faire de labonne science. Et la bonne science est expérimentale, la vérité ne se découvre que par et dans l’empirie. Ce n’est pas à lui, scientifique, de décréter ce qui est urgent et important pour la société. »
Méthode applicable aussi bien à la chimie allemande qu’à résoudre les problèmes d’hygiène de la cité posés par la multiplication des chiens errants. Les autorités turques proposent à Paul une opération de décanisation puisque sa spécialité est la lutte anti-rabique, il semble le personnage tout indiqué. Peu importe que les cas de rage dans l’Empire Ottoman soient rarissimes, et hors de Constantinople. Peu importe que la population soit traditionnellement attachée aux chiens des rues.
« Paul, ça fait dix ans que vous me connaissez, je suis essentiellement un pragmatique… Il y a un problème de chiens errants, je vois les Turcs obsédés par ce problème, je ne comprends pas bien pourquoi non plus, mais je m’en fiche. Le fait est qu’ils sont incapables de le résoudre. Et je vois que notre partenariat scientificoopérationnel peut produire une solution optimisée à ce problème. Il ne manque qu’un feu vert politique discret de la part du DMHP. Le reste, comme je dis toujours, ce n’est que de la méthode. Tout n’est jamais qu’une question de méthode »
Avec méthode, Paul et son associé belge, vont imaginer l’extermination par gazage des chiens. Gaz de ville ou acide prussique, tout est examiné, la capture des animaux, l’équarissage et la valorisation des peaux, des graisses. Tout est calculé. Cette étude, si elle a bien été faite, semble prémonitoire. Logistique parfaite, opération rentable….On imagine le pire.
Le docteur Remlinger propose une méthode de décanisation, car c’est ainsi qu’il faut appeler l’élimination méthodique des chiens. Mais la méthode pour la méthode mène à une impasse. Une décanisation qui n’aurait d’autre finalité qu’elle-même serait vouée à l’échec. Talaat préfère le mot purification, car ce qu’il faut rechercher, c’est la pureté. La pureté est un objectif, une fin en soi. Une purification pas seulement hygiénique,mais symbolique. Et sociale, il n’a pas peur de le dire, car les chiens errants se sont immiscés
Mais, justement ce n’est pas cette « méthode » que les Turcs choisirons. Ils choisirons la déportation des chiens sur l’île déserte de Sivriada. Avec toute la brutalité et la cruauté que cela implique. Encore une opération prémonitoire ! Quelques années plus tard, le Même Talaat Pacha ordonnera la déportation des Arméniens dont on verra les colonnes errer dans le désert syrien.
Miriam : j’ai lu le roman fleuve Consuelo et les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus j’ai regretté de l’avoir fini ! Et Claudialucia me rejoint volontiers sur ce livre ! Roman protéiforme, picaresque, d’initiation, roman social épris de justice et d’égalité, il est une ode à la musique, à l’opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d’Autriche.
Miriam : J’ai aussi visité le Musée de la vie romantique et l’exposition Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.
Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d’habitude, une conteuse hors pair. Roman gothique, roman d’amour qui rappelle l’amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l’égalité sociales. Comme Sacha, c’est un roman que Claudialucia a énormément apprécié.
Claudialucia
Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l’écrivaine que l’on retrouvera dans ses oeuvres majeures.
Histoire de ma viedans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire qu’il est long ? Oui, c’est vrai, surtout à la fin mais dans l’ensemble claudialucia l’a lu avec beaucoup de plaisir surtout quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l’une issue du peuple, l’autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette, puis sa vie au couvent. Lire Histoire de ma vie, c’est aussi entrer dans l’Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,c’est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration, partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n’est pas le moindre plaisir, c’est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin … pour ne citer qu’eux ! C’est aussi prendre la mesure de l’érudition de George Sand, de ses lectures étendues, de son amour de l’art et, en particulier, de la musique qu’elle connaît si bien.
TRESORS, ORS ARISTOCRATIQUES ET ROYAUX : SCULPTURE ANIMALIERE
Cervidés
Cette collection présente des trésors d’or, jade, cristal de roche provenant du monde entier de la Perse à la Chine, du Pérou au Mexique. Scénographie luxueuse dans la pénombre, le visiteur est accueilli entre des guilandes de fleurs dorées légères, brillantes, aérienne tandis que les statuettes sont encapsulées dans un écrin.
Carquois tibetain
Chevaux, cervidés, faucons, tous animaux nobles et royaux! Nous sommes chez les émirs du Quatar.
Tous objets précieux fascinants
félin chinois et faucon en pierreries
Tous méritent notre admiration et sont parfaitement mis en valeur. Le cadre de l’Hôtel de la Marine avec ses glaces, ses écussons et les tableaux représentant les fameux navigateurs méritent le déplacement. Même si j’ai préféré les animaux de terre cuite des Antiquités orientalesdu Louvre moins prestigieux et bling bling.
Cette exposition incite à un parcours dans le département des Antiquités Orientales guidé par des panneaux, des cartels certains destinés aux adultes, d’autres aux enfants. Le Thème de l’eau a piqué ma curiosité et m’a incité à retourner dans les salles des Antiquités Orientales.
Chypre : poteries décorées
J’ai été une visiteuse peu assidue et peu sérieuse : au lieu de me borner aux cartels et explications, je me suis laissé fasciner par les poteries décorées, les figurines en terre cuite. Au lieu de m’intéresser au sujet proposé je me suis contentée de noter les provenance tout autour de la Mésopotamie, de Chypre au Liban et un peu plus loin en Syrie.
Figurines féminines
La variété des formes, la fantaisie des figurines m’ont bluffée
Animaux aussi m’ont beaucoup plu : buffles, sangliers et hérissons, curieusement pas de chevaux
sanglier
On quitte la Mésopotamie pour la Perseavec les décors vernissés du Palais de Korsabad. Je découvre la finesse des bronzes
iran chimère bronzeQuelle
Quelle merveille que ce buffle rouge
Iran buffle céramique rouge
Et ne pas oublier la vedette : la statue la plus ancienne du Louvre prêtée par la Jordanie
Statue de Ain Ghazal 7000 ans av JC Plâtre
Au lieu de m’être penchée sérieusement sur le problème de l’eau, de l’irrigation, des cultes aux dieux de l’orage ou de la pluie, j’ai fait une collection de statuettes. Et cela m’a fait plaisir
Présentation d’un tableau restauré – au Louvre jusqu’au 31 Août 2026
Avant que le triptyque ne retourne à Moulins dans la cathédrale, je me sui dépêchée de profiter de cette exposition au Louvre. J’aime beaucoup ces présentations de tableaux récemment restaurés mis à l’honneur avec un soin particulier. : de véritables leçons de peinture! Le tableau est généralement présenté dans son contexte historique avec d’autres oeuvres soit du peintre, soit de contemporains ou traitant du même sujet.
L’exposition invite à observer les détails, réfléchir au sens religieux, mais aussi au contexte historique ou aux intentions politiques de l’oeuvre. On s’arrête, on lit, on regarde les autres tableaux, on revient à l’oeuvre mise en majesté. Une expérience dont on se souviendra longtemps comme La Vierge du Chancelier Rolin de Van Eyck , ou le Pierrotde Watteau ou Sainte Annede Leonardo da Vinci.
Jean Huey, le « Maitre de Moulins » est venu de Flandres à la cour du Duc de Bourbon. Il a peint ce retable en 1498. Il fait figurer le couple de ducs de Bourbon Pierre II et Anne de France ainsi queait leurs filles. habituellement le retable était fermé : les volets sont peints en grisaille. Quelle devait-être l’éblouissement lorsqu’on découvrait en l’ouvrant les tableaux colorés. Quelles couleurs! Ravivées par la restauration, la Vierge ressort d’un décor chatoyant.
Une vidéo montre comment on a repeint les lacunes, redoré, et mis en valeur par le nettoyage les couleurs vives des vêtements. De petits coups de pinceau illuminent les broderies.
Quelle belle surprise que de découvrir ce peintre entre gothique et Renaissance et ce tableau dont j’ignorais tout. Je croyais qu’il allait représenter des moulins à vent!
Que vient donc faire Marilyn Monroe sur cette couverture? Le Shah et Khomeini on comprend, la couronne peut être mais Marilyn?
Stéphanie Pérez Journaliste de guerre, dont le visage nous est familier à la télévision, a rapporté de ses reportages une bien jolie histoire.
Cyrus, le héros de l’histoire n’est pas Gardien de la Révolution que nous voyns aux actualité télévisée, c’est le gardien du Musée d’Art Moderne.
L’histoire commence en juillet 1977, sous le règne de Réza Palahvi. L’argent du pétrole coule à flot. Les souverains voulaient ouvrir l’Iran à la modernité occidentale, Cinéma américain, filles en courtes tenues maquillées, discothèques…
« L’épouse du chah veut doter l’Iran d’un musée d’art contemporain, qui servirait de passerelle entre Est et Ouest, entre oeuvres iraniennes et chefs-d’oeuvre occidentaux. »
Farah Diba, a réuni une collection de tableaux d’une valeur inestimable : Monet, Renoir,Gauguin, Picasso,Pollock, Bacon et Andy Warhol (Marylin!). Elle veut montrer les chefs d’oeuvre de l’Art Occidentalet éblouir la communauté internationale .
Pollock : Mural on indian red Ground
Pour convoyer ces trésors dans la plus grande discrétion, Cyrus, un simple livreur, jeune homme modeste des quartiers deshérités, est embauché comme chauffeur. Alors qu’il ne connait rien à la peinture, il est touché par les tableaux, interrogera les spécialistes et va devenir l’un d’eux.
Renoir Gabrielle
Le 13 octobre 1977, d’inauguration du Musée est un évènement planétaire avec des fastes inouis, caviar et vins fins, ambiance cabaret. Cyrus
« mesure le gouffre entre ces deux mondes qui entrent en collision, de manière forcée, au milieu des tableaux
de l’impératrice, spectateurs muets de ce dangereux bal des vanités. »
L’Iranien moyen n’a jamais assisté à un tel show dans le pays, la collision entre les deux mondes est brutale. Les souverains ne sont-ils pas déconnectés de la réalité ? Il se demande si tout ne va pas trop vite, et si cet Ouest inaccssible n’est pas une caricature
Tandis que l’élite occidentalisée se précipite pour être de la fête, le peuple iranien ne profite pas de la manne pétrolière scandaleusement dépensée. Pire, la Savak fait règner la terreur en muselant toute velléité de critique. Azadeh la voisine et amie de Cyrus, étudiante photographie la misère pour témoigner. Elle est emprisonnée, torturée pour ses photographies.
« Une petite musique qui se fait de plus en plus entendre dans le pays, des notes qui deviennent de plus en plus
fortes et qui sont en train de se transformer en partition de la colère. Des envies d’égalité, de démocratie. De
révolution. Tout cet argent dépensé alors que la population a faim le dérange aussi. »
Khomeiniet les religieux capitalisent sur cette colère. Quand la révolution chasse le Shah dès janvier 1979 dans l’enthousiasme général personne ne voit se profiler la nouvelle dictature. Les étudiants se laissent embrigader.
Suicide (Purple jumping man) Andy Warhole
Cyrus continue à travailler au musée, il veille sur les tableaux auxquels il se sent attaché. Dans la fuite des partisans des Pahlavi, le modeste gardien se voit confier les clés des réserves où sont entreposés tous les chefs d’oeuvres. Il va élaborer une stratégie pour les sauver, mettre à l’abri Renoir(pour la nudité), Bacon (homosexualité) …en revanche Picasso va désarçonner les Gardiens de la révolutions. Dans les temps de guerre et de violence, Cyrus considère les tableaux comme des amis, des confidents.
En plus de l’aspect historique qui rappelle les circonstances de la révolution islamique, Le Gardien de Téhéran aborde la compréhension, puis l’attachement d’un homme simple pour l’art contemporain en dehors de tout snobisme, et de tout aspect financier. Une belle histoire ! Et pour l’amour de l’art, des explications passionnantes sur certains tableaux, les excentricités d’Andy Warhol…
Un livre entre Rome et Haïfa, en passant par Turin : la balade n’est pas pour me déplaire.
Une héroïne originale, très jeune cinéaste, Nourita le projet de présenter un film autour de ses origines familiales à un concours de l’armée avec l’ambition de passer son service militaire dans les bureaux de l’audiovisuel. Conçue par FIV, née en Israël, mais ayant grandi en partie à Turin, sa filiation et le parcours familial sont un peu compliqués. Elle a connaissance de l’identité du donneur de sperme, d’une famille répartie entre Israël et Rome.
Nourit part à la recherche de ses origines. Si les recherches de filiation peuvent être assez banales, la saga familiale de Nourit s’enrichit de nombreux divorces, d’aller/retours entre l’Italie et Israël. Le géniteur/donneur de sperme, Giorgio, est décédé mais il se trouve en filigrane de l’ouvrage presque le personnage principal.
Plusieurs thèmes sont abordés, la filiation, le désir d’enfant, le cinéma et la conception d’un documentaire à partir d’archives familiales, le sionisme, et les lois raciales du temps du fascisme.
La forme du roman est surprenante. Il commence comme un roman épistolaire, sauf que Nourit n’est pas Madame de Sévigné, elle écrit des mails, envoie des courriers électroniques à plusieurs destinataires, transfère des courriers reçus. Echanges assez brefs qui se croisent parfois, se répondent mais pas toujours. Il n’est pas facile, au début d’identifier tous les destinataires. Les échanges de mails s’interrompent pour laisser la place à des dialogues. Il faut un certain effort pour localiser les locuteurs, sont-ils face à face, ou en Skype, ou au téléphone? L’ensemble est assez confus. Peu d’espace pour imaginer les lieux et les circonstances. Aucunes descriptions. Pour le tourisme, vous repasserez!
269 pages, des textes courts, des dialogues Le livre se lit vite. je me suis laissé prendre au jeu et j’ai passé un moment de lecture agréable. Il ne laissera sans doute pas une trace inoubliable.
Exposition temporaire jusqu’au 22 novembre 2026 à La Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges.
Le burg à la Croix
On pense d’abord à Hugo, l’écrivain, puis le poète, architecte? décorateur, oui quand on a visité Hauteville House, sa maison de Guernesey CLIC et sa maison de la Place des Vosges, mais « Architecte« ? j’étais curieuse en abordant l’exposition.
Meyer : Victor Hugo Le Géant
Comme nombreux romantiques, et Viollet-le-Duc, Victor Hugo s’est emparé de la passion de l’architecture, du patrimoine et du gothique. Notre Dame de Parisen est le chef d’oeuvre. Une salle entière est dédiée à Notre Dame avec un curieux tableau(prémonitoire?) de l’incendie avec les coulées de plomb fondu . C’est une illustration de l’attaque de la Cathédrale
illustration du livre Notre dame de Paris François-Nicolas chiffart 1876
On peut aussi admirer de très belles photographies 1900 de la cathédrale, plaques noircies et contours blancs, comme solarisés.
Victor Hugo : le Phare d’Edddystone (illustration de l’Homme qi rit)
Le vrai sujet de l’exposition serait plutôt Victor Hugo, dessinateur de génie, ici, plutôt desssinateur d’architecture. Pas du tout dans le genre dessin d’architecte, avec perspectives et cotes précises. Du gothique romantique! Souvent de l’improbable
Sombres, caravagesques ou goyesques. Avec un bon siècle d’avance certaines encres brunes feraient penser au brou de noix de Soulage.
L’ermitage de Saint Helier (Jersey)
Hugo dessinait tout le temps, il ornait ses lettres de croquis d’une extraordinaire finesse. Il dessinait aussi sur les manuscrits de ses romans (oh combien raturés!)
lettre comme une cartre postale
On croit voir un oiseau prenant son envol mais c’est un paysage tout en finesse et en détails. Dessinait-il avec une loupe ou avait-il une vue perçante? et une main très sûre.
Guenesey Saint Sampson
j’ai eu le plaisir de reconnaître Guernesey!
Malheureusement, ces dessins fragiles sont sous-verre et difficile à photographier avec les reflets de l’éclairage et des silhouettes des visiteurs. je n’ai pas pu prendre tous ceux que j’ai aimé.
Et bien sûr, il faut visiter à l’étage les pièces décorées du sol au plafond. Surchargées? Peut être?
« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »
« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »
Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.
Pauline Viardot par Maurice Sand
L’histoire commence à Venise.Consuelo est la très jeunefille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane. Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset àVenise ; Consuelo a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville.
« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »
Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.
….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »
Château dessiné par Victor Hugo
Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.
« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de son oeuvre savante. »
Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sandn’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs
« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. «
L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn,qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporinasera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.
Vienne1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora ruiné et passablement aigri. Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice.
« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »
Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!
Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cetteConsuelo : intelligente, douée, fidèle en amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer.
Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadtqui est la suite deConsuelo!