Passion antisémite – Richard Malka

APRES LE 7 OCTOBRE 

A la suite du dernier dérapage de Mélanchon au sujet de la prononciation du nom « Epstein » dont l’humour m’a rappelé les calembours de Jean-Marie Le Pen. A quelques jours des élections municipales où se pose le vote pour LFI (aux Législatives cela ne m’avait posé aucun souci de voter Guetté (LFI) dans le cadre de la NUPES), j’ai lu en urgence Passion antisémite de Richard Malka. 

Passion antisémite est la publication de la plaidoirie dans le procès opposant Raphaël Enthoven à Manuel Bompard qui a porté plainte pour insulte, à la suite d’un tweet publié suite à l’exfiltration de Raphaël Glucksman, le 1er mai 2024 à Saint Etienne

« Pour justifier la qualification de LFI de « mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément
antisémite, de club de déficients, tellement cons »… il me faut établir que ces propos relèvent d’un débat d’
intérêt général et que nous avons quelques éléments factuels pour considérer que LFI répond à ces
qualificatifs. Commençons notre analyse… »

Richard Malka va analyser d’abord en quoi la diffamation concerne particulièrement Raphaël Enthoven et  non pas tous les autres qui ont dénoncé l’antisémitisme de LFI .Pourquoi lui et  non pas les intellectuels et universitaires qui sont signé une tribune dans le journal Le Monde? Pourquoi pas Robert Hirsch, encore dans une tribune du Monde, pourquoi pas Aurore Bergé? ou Philippe Val, ou même Clémentine Autain….tous ont dénoncé l’antisémitisme. 

C’est un procès monstrueux dont vous êtes saisi. Un procès visant à interdire aux victimes de l’antisémitisme de désigner leur bourreau. Un procès visant à décerner un brevet de non-antisémitisme à un parti politique et à neutraliser toute réponse immunitaire à un cancer qui se répand. Tout cela en évitant tout débat par le recours artificiel à la qualification d’injure plutôt qu’à celle de diffamation et en ne se déplaçant même pas.

Pas à pas, l’avocat va étudier mot à mot les termes de la plainte. Il ne va pas s’étendre sur le qualificatif de « détestable« , que les militants utilisent abondamment « tout le monde déteste le Parti socialiste », ont-ils chanté…

« Violent » est plus intéressant.

-Voilà un parti dont le grand timonier hurle qu’il est « le bruit et la fureur » et il fait un procès quand on fait état de la violence de son mouvement? C’est une farce?

Là, je ris aussi; je ne savais pas qu’une plaidoirie pouvait être aussi drôle. Je n’ai pas l’habitude des prétoires. Malka va donner du « factuel » : énumération de déclarations injurieuses vis à vis de la Presse écrite, entre autres ou des journalistes de télévision. Egarements ou trouble comportemental.

Il démonte rapidement les « complotisme » et « déficient »qui ne relèvent pas de l’outrage.

Plus intéressant, plus fouillé, moins drôle, le volet « passionnément antisémitisme » occupe une bonne partie du livre.

Pourquoi m’être autant impliqué ? Pourquoi publier ? Parce que ce qui se joue dans ce dossier dépasse de loin
le seul cas de mon client. À travers lui, c’est la question de l’antisémitisme de gauche qui est posée et plus
largement le retour de la question juive qui décide en partie de notre avenir politique, éthique, civilisationnel.
Il faut témoigner d’un moment de notre histoire, d’une inquiétude, d’une blessure menaçante,
potentiellement fatale pour notre société. Il faut témoigner parce que je crois à la bonne foi et à l’esprit
critique. Il faut témoigner pour que l’ignorance ne soit pas une force.

L’antisémitisme ne se résume pas à la Droite ou à l’Extrême-Droite. Un antisémitisme de gauche a existé et va chercher les « bases factuelles » justifiant ces termes. Il démonte l’argument du déni de l’antisémitisme par Mélanchon

Contrairement à ce que dit la propagande de l’officialité, l’antisémitisme reste résiduel en France. Il est en tout cas totalement absent des rassemblements populaires. » Cette déclaration, devenue fameuse, est un véritable négationnismeles

Il invoque, à ce propos, les crimes de Mohamed Merah, la fillette de 12 ans violée parce que juive, et diverses falsifications de l’histoire. Dès le 19ème siècle l’antisémitisme de gauche s’est exprimé, avec Proudhon et même Marx, Bakounine, Duclos invectivant Mendès France,  pour aboutir à Garaudy, le négationniste.

ce n’est pas grave non plus de publier des affiches de propagande authentiquement nazies s’inspirant du Juif
éternel de Goebbels pour représenter l’animateur Cyril Hanouna

Richard Malka produit des statistiques portant sur l’antisémitisme des jeunes, à l’extrême droite, comme à l’extrême-gauche. Statistiques également de l’explosion de la judéophobie, des agressions contre les juifs. Aussi du concept de double-allégeance opposant les juifs d’un côté et les Français de l’autre.

l’occasion du refoulement de Rima Hassan d’Israël, la « diaspora » se voyait en effet enjoindre par le leader
insoumis de « protester, en solidarité des Français pour les représentants de leur pays quand ils sont
maltraités ». Il oppose ainsi les juifs, réduits à une diaspora, d’un côté, aux Français de l’autre. C’est de l’
antisémitisme à l’état chimiquement pur.

 

En quelques mois seulement, la passion obsessionnelle des Insoumis a transformé des Français en juifs. L’
extrême droite n’y était pas parvenue en plusieurs décennies.

Et comme cela ne suffisait pas. Hier soir, sur Canal+ passait le film « L’Amour c’est surcoté », film de potes de banlieue, comédie de stand-up. Et qu’est ce qui réunit les copains? Ben justement les blagues sur les juifs, ben voyons! Avec les réflexions misogynes et homophobes. Mais les Juifs c’est encore plus rigolo! Bien sûr rien à voir avec LFI, mais quand même l’antisémitisme dans les banlieues,  c’est porteur….

Challenge des deux George – 1ère récapitulation

Voici la première récapitulation des lectures autour de La Petite Fadette et Le Moulin d’Angibault pour George Sand et Le Moulin sur la Floss pour George Eliot. Bien sûr, nous n’avons pas été déçues! Chacune a ajouté de son côté une ou plusieurs autres oeuvres.

Pour la prochaine édition, j’espère que d’autres blogueurs et blogueuses nous rejoindront.

Au programme de mars : Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand

 

Blandy-les-Tours

BALADE EN ILE-DE-FRANCE (SEINE-ET-MARNE)

Le Château de Blandy

En route à travers la Brie

Avec le temps printanier, il nous vient des envies de campagne. Direction, la Brie ! Sans aucune considération pour le GPS qui propose d’emprunter les autoroutes A5, ou 104 (la Francilienne). Nous traversons Brie-Comte-Robert, évitons les rocades pour un coup d’œil sur le château médiéval construit en 1160 par Robert de Dreux.

RN19 jusqu’à Coubert (boulangerie), plus tard en saison, on peut aller à la Cueillette pour récolter soi-même légumes et fruits de saison ou acheter une botte d’asperges. 

La route traverse la campagne ouverte. Vers le mois de Juin, les champs de lin son bleus. Sur la droite à Yèbles commence la belle promenade du Chemin des Roses CLIC

Nous remarquons les modestes installations pétrolières qui me rappellent la parodie de la série Dallas en « Brie-Comte-Robert, ton univers impitoyable » qui nous amusait tant. Si le Détroit D’Ormuz reste fermé, il y a du pétrole dans la Brie! 

Mainpincien

Quitter la RN19 à Guignes sur la route de Fouju (D99E). A Mainpincien,  très belle ferme fortifiée (privé). Les tours de Blandy se voient de loin. 

On franchit le Ru d’Ancoeuil sur le Pont-Paillard (nom qui m’amuse). le village tranquille est agréable à parcourir. Une ruelle entre les vieux murs descend au Ru d’Ancoeuil . Sur la passerelle, il y a une station Vigiecrues avec une échelle hydrométrique permettant la surveillance du ruisseau. Un QR code permet d’obtenir directement les données de crue (ou d’étiage). Le Ru d’Ancoeuil prend sa source à Grandpuits, se jette après 25 km dans le Bassin de la Poêle dans le Parc du Château de Vaux le Vicomte puis continue sa course dans l’Almont et conflue avec la Seine à 5 km en aval de Melun. 

jonquilles à Blandy

Un bon chemin longe le ruisseau puis monte dans la forêt fleurie, ce jour de jonquilles. Arrivée sur le plateau cultivé de grands champs ouverts, se profile le village de Champeaux et son église. Visorando propose une belle boucle de 23 km. 

Le château de Blandy

les tours du château

Le château se visite en saison et pendant les vacances scolaires de la zone C. Il ouvre à 13h . 8€ tarif normal, 6€ pour moi (senior) . On me propose un audioguide 5€. 

Construit dès le XIIIème siècle; il a subi différentes phases de construction . Depuis 1013, il appartenait aux vicomtes de Melun qui s’allient en 1316 aux Comtes de Tancarville. Forteresse aux temps de la Guerre de Cent ans, il devint un château résidentiel appartenant aux familles D’Orléans-Longueville, puis Bourbon-Soissons. En 1707, le maréchal de Villars, propriétaire du Château de Vaux-le-Vicomte enlève les toitures des tours et le transforme en ferme ce qui lui évite d’être vendu comme Bien National à la Révolution. Classé en 1889, racheté par le Département il a bénéficié d’une belle opération de restauration grâce au travail de bénévoles et à l’aide financière de s activités pétrolières d’Esso-Rep (Dallas, ton univers impitoyable (bis))

la cour du château de Blandy

Coiffée de mon casque, je visite la Tour de Garde, puis le Donjon et fais le Circuit des courtines tout en écoutant la « Quête de l’Oiseau » par le Seigneur  de retour des Croisades, ou plutôt son fantôme. Cela ressemble un peu au film des Visiteurs avec des sauts dans le temps, des rencontres « avec la descendance » de ce dernier. Conçu pour être divertissant, le scénario est un peu décousu. J’aurais préféré une visite plus classique avec explications sur des cartels pour mieux apprécier les différents styles (costumes, armes et meubles). Les enfants doivent êtres ravis, des épées en plastique, des déguisements et toutes sortes d’attractions sont à leur disposition.

pressoir

Du haut des remparts, on a une belle vue sur tout le village, la place du Pilori, le Pressoir et le Four banal. 

 

le Meunier d’Angibault – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

Emerveillée par la Petite Fadette, après le Moulin sur la Floss de George Eliot, j’ai pensé confronter le moulin du Lincolnshire et le moulin berrichon. Tous les deux sont des moulins à farine sur un petit cours d’eau. Ils sont à peu près contemporains. Là, s’arrêtent les ressemblances.

Le Moulin sur la Floss se déroule sur une bonne dizaine d’années au sein d’une famille bourgeoise tandis que l’action de Meunier d’Angibault est concentré sur 5 jours.   Il  confronte différents milieux sociaux :    la famille noble des barons propriétaires du château de Blanchemont, les paysans parvenus les Bricolin, Grand-Louis le meunier, honnête travailleur et même le mendiant Cadoche, sans parler du notaire, du curé. Une société très diversifiée où les intérêts s’opposent. C’est justement l’aspect social qui fait l’intérêt principal du roman. 

Un homme modeste peut-il espérer épouser une femme riche?

La guerre intellectuelle et morale était déclarée entre les diverses classes, imbues de croyances et de passions
contraires, et Marcelle trouvait une sorte d’ennemi irréconciliable dans l’homme qui l’adorait.

Tel est le problème qui se pose doublement : La baronne de Blanchemont se retrouve veuve, jeune avec un petit enfant. Son mari la trompait sans vergogne. Elle est donc libre de vivre avec son amant roturier.  Ce dernier prend la fuite peu désireux de s’unir avec une femme plus riche que lui. Grand-Louis, le grand farinier, aime Rose, la fille des fermiers qui, richement dotée, peut prétendre à un parti avantageux. Les amours du meunier sont bien compromises. 

Pourquoi, parce que je suis une honnête personne, ne viendriez-vous pas chez moi? —Parce que nous aurions
tort de nous familiariser avec vous, et que vous auriez tort de nous traiter en égaux. Ça vous attirerait, des
désagréments. Vos pareils vous blâmeraient; ils diraient que vous oubliez votre rang

Marcelle, la jeune veuve, décide d’aller sur ses terres, à Blanchemont pour régler les affaires que son mari lui a léguées. Elle est ruinée. Le baron ne s’est pas contenté de la tromper, il a dilapidé sa fortune et la sienne. Au grand étonnement de tous, la baronne est ravie de ne plus rien avoir : elle se trouvera ainsi sur un pied d’égalité avec Henri Lémor!

Moulin de Marie Ravenel ce n’est pas en Berry mais dans le Cotentin

En chemin, elle est hébergée au Moulin d’Angibault et fait connaissance du meunier. La situation est d’une piquante symétrie. Le meunier et la baronne vont s’épauler pour résoudre leurs affaires. Pour Marcelle, il s’agit de vendre le domaine de Blanchemont au meilleur prix possible. Bricolin, le gérant souhaite l’acquérir au meilleur prix, pour lui. Marcelle habite avec Rose, la fille de Bricolin qu’aime Le Grand-Louis. Elle peut aussi servir d’intermédiaire..

Je ne vous raconterai pas les péripéties parce qu’il y en a et que je ‘n’aime pas spoiler

Théodore Rousseau : une rivière dans le Berry

George Sand fait une analyse très fine de tous les ressorts de la société de ce village berrichon, la décadence d’une certaine noblesse, hautaine avec les fermiers, négligente, qui est remplacée par des bourgeois parvenus et âpres au gain. Bricolin est un personnage peut-être caricatural qui fait tout pour arriver, au risque de perdre deux filles en les privant de leurs amoureux. Elle montre aussi le dénuement des paysans qui n’ont rien et vivent dans une masure. Entre les deux, les artisans, ouvriers qui trouvent leur noblesse dans le travail. A cette occasion George Sand cite Fourrier et les Saint-Simoniens sans les encenser pour autant c’est pourtant à eux que j’ai pensé en lisant les efforts de Henri Lemor, l’amant de Marcelle pour abandonner héritages et richesses pour se consacrer au travail manuel. les grands parents, Bricolin comme la meunière représentent un monde ancien plus traditionnel.

Vous avez entendu parler peut-être des saint-simoniens et des fouriéristes. Ce sont là des systèmes encore sans religion et sans amour, des philosophies avortées, à peine ébauchées, où l’esprit du mal semble se cacher sous les dehors de la philanthropie. Je ne les juge pas absolument, mais j’en suis repoussée comme par le pressentiment d’un nouveau piège tendu à la simplicité des homme

Comme dans la Petite Fadette le lecteur se délecte des traditions berrichonnes, des fêtes rurales, de la bourrée, des expressions populaires. J’ai appris ce qu’était un allochon et un patachon

le mot d’alochon réjouit fort l’enfant, qui le répéta en riant et sans le comprendre. —Vous ne connaissez pas ça? dit le meunier; ce sont les petites ailes, les morceaux de bois qui sont à cheval sur la roue et que l’eau pousse
pour la faire tourner. Je vous montrerai ça si vous passez jamais par chez nous.
[…]
patachon, c’est-à-dire le conducteur, assis de côté sur le brancard,

En revanche j’ai trouvé la psychologie un peu simpliste : des personnages exemplaires , le meunier et Marcelle,  sont affrontés à de très mauvais comme Bricolin et sa femme. Rose est bien fragile et sans consistance, comment Grand-Louis s’en est-il tant entiché? Un personnage secondaire sort du lot : Cadoche. Est-il un gentil ou un mauvais?

C’est en tout cas un très beau moment de lecture que je vous recommande.

Visite au Panthéon

TOURISTE DANS MA VILLE

Je n’avais encore jamais visité le Panthéon. Ces grandes bâtisses, Sacré- Coeur de Montmartre, Notre-Dame-de-la-Garde….ne me fascinent pas du tout alors que j’adore flâner au Luxembourg tout proche, au Musée de Cluny…

Récemment, les panthéonisations de Simone Veil(2018) Joséphine  Baker(2021), Missak Manouchian (2024) et Robert Badinter (2025) m’ont interpellée. J’ai écouté Robert Badinter,15 épisodes du podcast Radio France la série Mémorables.   J’ai eu envie d’aller voir l’exposition qui lui est consacrée jusqu’u 8 mars 2026 au Panthéon. Je viens de finir Après Dieu de Richard Malka dans la collection,  ma nuit au musée ; l’auteur a choisi de passer la nuit au Panthéon. Il fallait alors que je fasse cette visite. 

Richard Malka raconte l’histoire de la basilique construite par Soufflot à la suite d’un vœu de Louis XV  de manière très amusante dans Après Dieu et conclue : 

« je déambule dans un bâtiment conçu pour être une église qui existe grâce à un Juif et qui a fini temple républicain. C’est un édifice multiculturel »

Le 4 avril 1791, l’Assemblée nationale Constituante le transforme en temple laïc « Panthéon des Grands Hommes » pour recevoir le corps de Mirabeau et les corps de Voltaire, Jean Jacques Rousseau et Marat y furent transférés. Trois ans plus tard Mirabeau et Marat en furent expulsés. Sous Napoléon 1er la nef fut rendue au culte. A la mort de Victor Hugo, le Panthéon retrouve sa fonction de temple laïc.

la coupole : le dôme le plus haut de Paris

J’entre dans une magnifique nef abondamment décorée avec des colonnes corinthiennes, des décors peints, des sculptures. L’abondance de décorations éblouit à l’entrée. je suis un peu perdue d’autant plus que la visite guidée a été annulée au dernier moment. Le Pendule de Foucault dont le savant fit l’expérience en 1851 attire mon regard . Je sais qu’il prouve la rotation de la Terre mais des explications supplémentaires me seraient nécessaires

Le Pendule de Foucault

Je passe entre la grande installation OMBRE EST LUMIERE de Nicolas Daubannes  (exposition temporaire jusqu’au 8 mars 2026). Deux grands panneaux 4m x 11 m poudre d’acier aimantée représentant l’ancien camp de concentration du Struthof  : dessin d’un paysage de forêt qui dissimule un mirador, l’image de la forêt masquant l’activité du camp.

Ancien camp de concentration de Natzweiler-Struhof

En face, un autre panneau de même dimension s’intitule Mont Valérien, une sorte de caverne où j’ai cru voir un rideau.

Ces deux grands tableaux masquent les décors de la nef. Une vidéo montre l’artiste au travail sur une autre œuvre à Rome : Seul(s) contre tous durée 11″34, il réalise un photogramme d’après l’occulus de la cellule de Galilée. Fils d’ouvrier métallurgiste, Daubanes a choisi d’utiliser les outils du métallurgiste : disqueuse, chalumeau pour souder. il projette de la limaille de fer qu’il incruste dans le verre par des étincelles. Ce procédé est fascinant mais je suis un peu déçue du résultat : le photogramme semble plutôt banal. 

prison de Monluc

Dans le transept, il a installé deux autres œuvres : un mémorial de la Prison de Montluc à Lyon le photogramme est enfermé dans un échafaudage et en face un polyptique de  œuvres, photogrammes et dessins.

Cette installation contemporaine , même si elle ne m’a pas conquise, est tout à fait à sa place dans la basilique. Elle a l’avantage de masquer les peintures fin XIXème des héros chrétiens qui ont marqué l’Ancien Régime : La Bataille de Tolbiac, le Couronnement de Charlemagne, La Réforme de la justice par Saint Louis etc…ou le cycle de la vie de Sainte Geneviève signé Puvis de Chavannes témoignant de la vocation hésitante du Panthéon, oscillant entre église et temple laïc, entre la restauration de l’église par Napoléon 1er et les funérailles de Victor Hugo. De toutes les façons, ces peintures ne me plaisent ni ici ni dans les musées.

Anselm Kiefer

Six vitrines ont été réalisées par Anselm Kiefer à l’occasion de l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix et de Ceux de 14. Elles sont accompagnées d’une œuvre musicale de Dusapin qui résonne de temps en temps. Je suis toujours impressionnée par le travail de Kiefer qui trouve toute sa place ici. 

Après l’art contemporain, j’ai regardé distraitement les sculptures avant de descendre dans la Crypte. L’escalier nous conduit au pied de l’urne du Cœur de Gambetta. Dans le Vestibule Voltaire et Jean-Jacques Rousseau se font face

Voltaire a droit à une statue

Comme je viens de finir Après Dieu de Malka l’endroit m’est presque familier. 

La suite est une sorte de pèlerinage auprès de tous ces panthéonisés que je souhaite visiter : Missak et Mélinée Manouchian ont chacun une rose, une famille de gens très bruns (peut être des Arméniens) se tassent contre les sarcophage. Je n’ai aucune attention pour les dignitaires de l’Empire mais je  m’arrête pour honorer Zola, Hugo et Alexandre Dumas qu’on a regroupés ensemble sans doute se tiennent bonne compagnie comme les scientifiques Langevin, Berthelot Perrin et Painlevé  (sur les photos dans le couloir on a oublié – comme par hasardSophie Berthelot. Marie et Pierre Curie sont à part. Félix Eboué et Victor Schoelcher sont avec Jean Jaurès, Toussaint Louverture et Delgrès sont honorés par une inscription. Bien sûr, je cherche Simone Veil proche de Monnet et Cassin, je n’ai pas trouvé le chat de Malraux

Exposition Badinter

C’est une très belle présentation qui montre Robert Badinter, ses origines familiales, et les grands portraits de Hugo et Zola. On peut visionner son intervention à l’Assemblée, sa plaidoirie pourrait-on dire pour l’Abolition de la Peine de Mort mais aussi la lire sur une grande feuille pliée. Très belle exposition qui mérite toute seule le déplacement.

Et comme j’aime prolonger mes visites à Paris et les faire résonner en marchant dans la forêt, j’ai écouté un dernier podcast : le Panthéon ou les intermittences de la mémoire nationale dans les Nuits de France Culture CLIC Comme il est un peu ancien, il ne rend pas compte des panthéonisations récentes mais il est très intéressant.

Après Dieu – Richard Malka

MA NUIT AU MUSEE – ED. STOCK

Dans cette collection, j’ai lu la nuit au musée de Lola Lafon, dans la Maison d’Anne Frank CLIC, celle de Leila Slimani à la Dogana à Venise CLIC et j’ai apprécié l’idée : un écrivain choisit un musée, l’éditeur lui facilite l’expérience, à charge d’écrire un livre, en toute liberté. 

Richard Malka a choisi le Panthéon,

« Ma nuit au musée, je la passe avec des morts. Un truc d’adolescent ou alors c’est l’habitude, depuis 2015. « 

Richard Malka est l’avocat de Charlie HebdoL’attentat du 7 janvier 2015 reste très présent.  Il explique peut-être ce goût du cimetière.

puis je n’aurais pas d’autres occasions de m’assoupir à tes côtés, François-Marie.

Richard Malka a fait installer son lit de camp au pied de la tombe de Voltaire . Son livre sera un dialogue avec lui, monologue ou plaidoirie, de la part de l’avocat qui le tutoie,  l’appelle familièrement par son prénom François-Marie.  La réponse se trouve dans les écrits du philosophe. 

« Dieu et la liberté ». Voilà ta religion. Tu haïssais le christianisme, tu méprisais qu’il puisse être imaginé que Jésus ou Tartempion soit le fils ou l’envoyé du Ciel mais tu croyais en Dieu

Voltaire, selon Malka est l’initiateur des droits de l’homme en défiant la religion.

Récit de la conception de la basilique à la suite d’un vœu de Louis XV

Je déambule dans un bâtiment conçu pour être une église, qui existe grâce à un Juif et qui a fini temple républicain. C’est un édifice multiculturel.

Il retourne à Voltaire pour qui le pire des tyrans était la religion. Il imagine Voltaire remplaçant Marianne dans les mairie, sur les billets de banque…Son épitaphe imaginé par les révolutionnaires

Il vengea Calas et La Barre, Sirven et Monbailli. Poète, historien, philosophe, il agrandit l’esprit humain et lui apprit qu’il devait être libre

Eclairé par les Lumières du XVIIIème siècle, Malka analyse la situation actuelle, les revendications communautaristes. Il cite les pressions exercées par les islamistes : dans les pays musulmans, envers les femmes, les homosexuels et bien sûr, les athées. Assassinats aussi d’intellectuels et d’écrivains. Aussi ici, quand « dans le logiciel paternaliste, un musulman ne peut être qu’une victime » qu’il s’agit de soutenir, au risque de fêter à Sciences Po une « journée du hidjab ». Je me suis pincée et suis allée vérifier sur Internet l’info. Et oui, cela existe, cela vient d’Amérique! Evolution : on ne lapide plus, les lynchages se déroulent sur les réseaux sociaux. la question du voile est discutée dans un chapitre entier. L’auteur s’étonne:

par quel étrange miracle, un symbole de tyrannie à l’égard des femmes en Iran est-il devenu un étendard de la liberté religieuse en Franc

Pour sa part Richard Malka a eu une éducation traditionnelle juive séfarade mais

On ne parlait jamais de Dieu et ce que je concevais du judaïsme à travers mes parents, c’est qu’il fallait vénérer Einstein, Freud, Blum et tous les juifs du monde qui se distinguaient, surtout lorsqu’ils étaient partis de rien.

Au chapitre du judaïsme, Malka convoque Marx  la religion est « le soupir de la créature accablée de malheur »et Durkheim qui constate la permanence de la religion en tant que ciment de l’humanité. 

A ce propos, Richard Malka pose la question qui fâche : Voltaire était-il antisémite comme on l’a écrit en 1942 dans le livre « Voltaire antijuif »? Certes « tu as dérapé du judaïsme aux juifs ce que tu ne fais pas avec les chrétiens » mais Malka est indulgent « suis-je certain de n’avoir jamais dérapé? »

Puis, à la 17ème chambre du Tribunal, Malka revient à ce qui est le coeur de son métier d’avocat : défendre la liberté d’expression, la liberté d’écrire mais aussi de caricaturer. Et il revient sur Charlie Hebdo :

« le 7 janvier 2015, ce n’est pas un blasphémateur qui a été tué mais douze. jusqu’alors de La Barre était le dernier exécuté pour blasphème en France »

Malka liste toutes les victimes du terrorisme islamiste et discute du concept d’islamophobie. Puis il interpelle Voltaire :

Avoue…Tu n’aurais jamais imaginé que nous en serions encore là deux siècles après ta mort

 

Alors tu aurais assisté à l’effondrement spirituel d’une société privée de récit unificateur. Tu aurais vu la
religion être remplacée soit par un consumérisme compulsif et un individualisme effréné, soit par une quête
désespérée de sens. « Les anciens dieux vieillissent ou meurent, et d’autres ne sont pas nés », s’inquiétait
Durkheim… C’est la thèse du désenchantement du monde de Max Weber.

…tu n’as pas anticipé, François-Marie, c’est à quel point la nature a horreur du vide… Et ce n’est pas la
philosophie qui comble ce vide. Les mouvements pentecôtistes et évangéliques explosent, les prédicateurs
américains dictent, en partie, la politique du plus puissant pays au monde, le nationalisme hindou s’amplifie et le fondamentalisme musulman séduit. Face à ces mouvements conquérants, nous n’osons pas enseigner la méfiance à l’égard des religions, ni parler de leur potentiel de destruction. Nous n’assumons pas de décrire leur dangerosité morale car nous nous sentons coupables de tout.

Donc le problème serait de Remplacer Dieu, ce qui justifie le titre Après Dieu….

 

Clair, incisif, cultivé. N’en jetez plus.

Bien sûr, j’irai visiter le Panthéon

mais si vous préférez écouter sa voix dans les entretiens radiophoniques :podcast 

Il a été un compagnon de promenade merveilleux pendant les  épisodes.

Leonora Carrington au Musée du Luxembourg

 juillet Exposition temporaire jusqu’au 19 juillet 2026

Artes 110 – autoportrait symbolique

Une découverte pour moi !  Leonora Carrington (1917 – 2011) née en Angleterre, peint très jeune. Ses aquarelles peintes à Florence à l’âge de 15 ans sont bluffantes. on peut y trouver de nombreux thème qu’elle exploitera tout le long de sa vie : sa crinière rousse (venant peut être de l’Irlande de sa mère) et qu’on retrouvera dans celle des chevaux, le goût des belles robes et les petites fées fantastiques. Déjà, on note ce qui deviendra le Surréalisme. 

Sisters of the Moon : Juliette (1932)

Elle voyage en Italie, pour « Le Grand Tour » et sera marquée par la Renaissance italienne

 

Leonora Carrington et Max Ernst (inachevé)

En 1937, elle rencontre Max Ernst avec qui elle s’installe à Saint Martin-en-Ardèche. Leur maison est une oeuvre d’art : Max Ernst sculpte à l’extérieur, elle peint les portes, les fenêtres.

Fenêtre peinte

Avec l’occupation nazie, Max Ernst est interné au Camp des Mille, comme allemand. Ils cherchent à fuir et à rejoindre l’Amérique.

Leonora Carrington et Max Ernst

Leonora passe par l’Espagne et connaît un passage difficile, à la suite d’un viol collectif, elle est internée dans un hôpital psychiatrique à Santander dans des conditions terribles

max Ernst : Le médecin Espagnol (c’est le monstre à côté du cheval, Leonoral s’enfuit et le mouchoir représente Max Ernst
..

 

Elle finit par retrouver les surréalistes à New York en 1941 puis s’installe à Mexico en 1942

Kati Horna (1947) Portrit de Leonora Carrington

Sa production est présentée dans la section Le voyage de l’héroïne et Cuisine Alchimique. Le plus souvent ésotérique, toujours surréaliste. je retrouve ses obsessions : le cheval, son alter-ego, les oiseaux parfois familiers, souvent effrayants, 

ladies run there is a man in the rose garden

Souvent de nombreux personnages peuplent le tableau. Il faudrait rester longtemps pour découvrir les détails. Malheureusement on se bouscule dans les salles du Musée du Luxembourg.

 

Certains tableaux sont effrayants d’autres très amusants comme cette sorcière qui donne une perle à un aigle observée par deux spectateurs cachés

Nourrissant la table

 

Avec Leonora Carrington, le surréalisme  peut être très amusant!

Dans les pas de NADAR le Républicain – Jean- Claude RAGARU

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Bonne pioche de la Masse Critique merci à Babélio et aux éditions du Petit Pavé. 

En 2019, la BNF avait offert une belle exposition aux trois Nadar, Félix le plus célèbre, Adrien son frère et Paul le fils. CLIC par ailleurs, j’ai souvent rencontré Nadar dans les expositions, soit les photographies de ses contemporains, soit ses caricatures. Ils ont portraituré presque un siècle de célébrités. 

Panthéon Nadar

La courte biographie de J-C Ragaru (165 p. ) illustrée de nombreuses photographies, caricatures, lettres et documents s’attache à donner une approche complète de Félix Nadar. L’auteur a pris en compte les différentes étapes de sa carrière : journaliste, caricaturiste tout d’abord, photographe à partir de 1854, puis passionné d’aéronautique, de photographies aériennes, entre autres activités. 

R1garu raconte tout d’abord une vie de bohème sous le patronage de l’éditeur Hetzel et du directeur de journaux satiriques Philipon. On pense aux Illusions perdues, on est dans Balzac! On croise de nombreux hommes célèbres, Balzac, Gerard de Nerval, Victor Hugon George Sand…Nadar a souvent recours à des expédients pour faire fortune : son idée de génie est le fameux Panthéon Nadar où chacun veut figurer

Chacun veut son portrait, en caricature ou en photo. Avec son frère Adrien, il ouvre un atelier, puis un autre. La photographie atteint un développement presque industriel, opération rentable.

Une nouvelle passion le tient, ruineuse, l’aérostat, après un envol en ballon captif. Il met au point un très gros ballon Le Géant qui finira sa course en se trainant lamentablement. Le gros ballon devait financer un autre essai de vol préfigurant l’hélicoptère. Nadar devient un personnage de Jules Verne qui s’en inspirera pour Robur le Conquérant. Ce pionnier de l’aéronautique photographe saura combiner ses deux techniques avec la photographie aérienne appliquée au cadastre en temps de paix, puis à la surveillance des opérations militaire pendant le siège de Paris  pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Enfin, il participera à l’aéropostale, par ballons puis par pigeons quand Paris se trouvera isolé. Ragaru a beaucoup développé cet aspect de la vie de Nadar, et m’a un peu perdue dans la description en détail des différents ballons. 

C’est aussi une biographie sensible qui montre Nadar toujours fantaisiste, bohème même sur les périodes de sa maturité . Toujours républicain, de la monarchie de Juillet qu’il caricature dans sa jeunesse, sous le Second Empire où il renoncera à certaines entreprise pour ne pas se soumettre à Napoléon III; Toujours attaché à ses amis républicains. . Il nommera aussi  es ballons  « Louis Blanc »; « Armand Barbès » « George Sand. Vers la fin de sa vie il sera dreyfusard  et étrillera Gambetta dans un pamphlet rabelaisien.

Promenade agréable sur terre comme dans les airs!

Balade dans le XIIIème : Le Corbusier de Chevaleret à La Cité Universitaire sous la pluie

TOURISTE DANS MA VILLE

Cité le Refuge de l’Armée du Salut – rue Cantagrel

La promenade part de la rue du Chevaleret. En bonus, nous admirons le Street Art très présent dans le XIIIème

Escalier Street Art descendant rue du Chevaleret

Une façade du Refuge borde la rue du Chevaleret, peu spectaculaire : c’est l’entrée d’un garage. Occasion d’aborder un des aspects de l’urbanisme selon Le Corbusier : dès les années 20 du siècle précédent, Le Corbusier voue une importance particulière aux voitures (et aux avions) marqueurs de modernité. Il dote donc le Refuge d’un garage au rez de chaussée. Un peu paradoxal, le Refuge appartient à l’Armée du Salut et il est fort improbable que les résidents possèdent un véhicule. Au dessus du garage la façade est vitrée, soit en pavés de verre Nevada soit en grandes baies vitrées qui ne s’ouvraient pas à l’origine. Cet immeuble était prévu « à respiration saine » avec l’air pulsé (qui n’a pas fonctionné). 

Le Refuge rue du Chevaleret

La Cité du Refuge s’ouvre sur la Rue Cantagrel. Le Corbusier fut introduit grâce à Auguste Perret dans les milieux de l’architecture. La Princesse Singer de Polignac, mécène de l’Armée du Salut, lui procura avec Jeannenet la commande après la Crise de 29. Il fut inauguré en 1933. 500 lits en dortoirs et chambres individuels logent dans le grand bâtiment. Les étages supérieurs étaient occupés par les logements du personnel.

L’entrée est inspirée par Mondrian. La façade, à l’origine  en verre, a souffert des bombardements, elle a été restaurée avec les couleurs typiques des bâtiments de l’architecte. Des cadres en béton servaient de pare-soleil. 

occasion pour notre guide de citer les principes du Corbusier : pilotis, toits-terrasses, fenêtres bandeaux, plan libre avec plateaux modulables, façade libre.

Un petit bâtiment rond près de l’entrée agrémente la longue façade plane.

Après la rue de Dessous des Berges, nous passons à côté du jardin Berthe Morisot et arrivons sur les Maréchaux : Boulevard Massena où un grand phare street-art capte notre regard. 

Street art bld Massena

En remontant vers la Porte d’Italie, nous passons devant la monstrueuse caserne de pompier Massena, brutaliste. En face au n° 26 se trouve la Villa Planeix construite en 1924-1926 pour le sculpteur Antonin Planeix. Au rez-de chaussée, un garage est surmonté de deux appartements ateliers. Les ateliers sont éclairés par des sheds comme les ateliers des usines. 

Villa Planeix façade bld Massena

Si le côté boulevard n’est pas franchement avenant, en faisant le tour on voit qu’un jardin arboré avec des coursives et des escaliers extérieurs devaient être très agréables.

En faisant le tour, on passe devant l‘atelier Chemetov cube de verre, bambous, et passages par les fenêtres.

pavillon du Brésil

Court trajet en tramway T3 jusqu’au Stade Charlety pour parvenir à la Cité Universitaire Internationale. Le pavillon du Brésil porte la signature et le style du Corbusier :pilotis, toit terrasse, façade plane et couleurs communes à l’architecte et au Brésil : beaucoup de jaune et de vert. Des carrés blancs sont à l’emplacement despsse-plats initialemnt prévus mais obturés.  Cependant ce bâtiment n’a pas porté chance au Corbusier qui postulait à la construction de la nouvelle capitale Brasilia et qui a été recalé au bénéfice de Niemeyer.

le Corbusier : pavillon de la Suisse

Le Corbusier était suisse. Le pavillon suisse lui revenait naturellement. Point de chalet d’alpage, du moderne, pilotis, façade de verre et même un petit piquant « qui s’y frotte s’y pique » : un cédrat avec des épines acérées, arbre qui ne pousse pas dans les Alpes helvétiques et véritable piège pour les étudiants suisses qui ne se méfient pas.

Salon du pavillon de la Suisse

Moyennant 2€, on peut visiter l’intérieur. Nous nous installons très confortablement dans les fauteuils tubulaires dessinés par Le Corbusier- Jeannenet et charlotte Perriand. Pendant l’occupation allemande, la fresque originelle photographique a été détruite. Le Corbusier l’a repeinte en imitant Picasso . La partie droite s’inspire du poème de Mallarmé : l’Eventail rappelé par quelques mots 

l’éventail de Mallarmé

On peut aussi visiter une chambre d’étudiant, sobre fonctionnelle, avec une grande table face à la baie vitrée.  6 x 2.8 m, elles paraissent pourtant très vastes et sont équipées d’une douche.

la cité linéaire

Sur ce banc émaillé , le plan pour une cité linéaire. Cette civilisation machiniste évoquée plus haut n’attire pas toutes les sympathies. Le plan Voisin détruisait tout Paris en faisant passer des autoroutes du nord au sud au risque de détruire la Sainte Chapelle et la Conciergerie, ainsi que d’Est en Ouest ne laissant que le Louvre et l’Hôtel de Ville. Pire encore le Plan obus à Alger qui remplaçait toute la ville par un immeuble en corniche de 17 km de long. Et le pire, c’est que Le Corbusier y croyait. Il a même été à Vichy pour gagner le soutien des autorités pétainistes. Tandis que son associé et cousin Jeannenet rejoignait la Résistance. 

A la Cité de l’Architecture, au Trocadéro, on peut voir en ce moment la maquette du Pavillon de l’Esprit Nouveau pour l‘Exposition Art Déco 1925 ainsi qu’une réplique d’un appartement de la Cité Radieuse de Marseille qui se visiter sur place. 

Il reste encore de nombreuses œuvres à visiter pour se faire une opinion sur ce constructeur. Je reste perplexe.

Le Moulin sur la Floss – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

Un beau pavé de 779 pages.

Paru en 1860.

L’action se déroule à partir de 1820 pendant une quinzaine d’années dans un village du Nord de l’Angleterre.  Au moulin sur la Floss,  le meunier Mr Tulliver, et sa femme Bessie, Tom et Maggie, leurs deux enfants et leurs oncles et tantes, les Dodson, forme  une famille très comme il faut. Le moulin est déjà dans la famille Tulliver depuis plusieurs générations.

 Au début du roman, Tom a une douzaine d’années.  Son père nourrit pour lui de grandes ambitions ;  il l’envoie donc étudier le latin et Euclide .  Maggie,  9 ans, une belle petite fille aux yeux noirs, très éveillée, est déjà fascinée par les livres et prête à toutes les aventures. Elle voue une grande affection pour son frère, pas toujours payée de retour, c’est connu, les jeunes garçons n’ont pas beaucoup de considération pour les filles.

Quant à la petite, elle tient de moi ; elle est beaucoup plus intelligente que Tom. Trop intelligente même pour une femme, ajouta Mr Tulliver en hochant la tête. Ce n’est pas grave tant qu’elle est enfant, mais une femme à l’esprit trop vif ne vaut pas mieux qu’une brebis à la queue trop longue

George Eliot insiste sur la différence d’éducation et d’opportunité entre les garçons et les filles. Maggie dérange avec sa vitalité et ses initiatives. la petite fille modèle c’est Lucy avec ses boucles blondes, son teint clair et ses robes soignées. Dans un geste de révolte Maggie se coupera elle même les cheveux, et fuguera même pour rejoindre les gitans. 

Chez le pasteur où Tom étudie, Maggie fait la connaissance de Philip, le fils de l’avocat Wakem, affligé d’un handicap physique mais brillant élève, bon conteur, artiste. Une amitié se noue entre Philip et Maggie. La perte du procès de Mr Tulliver et la faillite  mettra fin aux études des enfants qui rentreront au moulin dans la ruine et le déshonneur. Mr Tulliver impute à l’avocat Wakem sa déconfiture, une haine s’installe entre les deux  familles. Tom interdit à Maggie de fréquenter Philip.  Limites de la solidarité familiale dans la bonne société des Dodson soucieux de l’opinion publique…

Une qualité remarquable du caractère Dodson était la franchise ; ses défauts comme ses vertus
provenaient d’une sorte d’égoïsme orgueilleux, mais honnête, qui avait une profonde aversion pour tout
ce qui menaçait sa réputation

Tom et Maggie ne sont plus des enfants. Tom va faire du commerce et s’insérer dans la société des notables. Maggie devra se contenter d’un poste de gouvernante. Comme toutes les jeunes filles, c’est la recherche d’un bon mari qui est l’avenir tout tracé, pour Maggie et pour sa jolie cousine blonde Lucy .  Nous suivrons ces amours à rebondissements. Et encore, l’opinion publique n’est pas tendre pour les filles!

Je me suis laissé entrainer dans l’histoire de cette famille, revers de fortune, honneurs et déshonneur…  Analyse psychologique très fine. Analyse de cette microsociété avec ses préjugés, ses rites, ses usages mondains.

Mais, en vérité la bonne société possède tout naturellement et sans effort son vin de Bordeaux et ses
tapis de velours ; elle a ses invitations à dîner six semaines à l’avance, l’opéra et les bals féeriques ; elle
promène son ennui sur des pur-sang, passe des heures entières au club, trouve sa science toute faite
dans Faraday et attend son enseignement religieux de dignitaires du clergé que l’on rencontre dans les
salons les plus distingués

Toujours dans le décor de la rivière, du moulin et des pins. la rivière jouera un rôle inattendu mais je ne vais pas divulgâcher!

Constable : Flatford Mill

Il faut donc se laisser porter au rythme lent de la campagne anglaise, savourer les promenades au bord de l’eau,  écouter les commérages autour d’une tasse de thé, et passer un bon moment dans le Lincolnshire.