TRESORS, ORS ARISTOCRATIQUES ET ROYAUX : SCULPTURE ANIMALIERE
Cervidés
Cette collection présente des trésors d’or, jade, cristal de roche provenant du monde entier de la Perse à la Chine, du Pérou au Mexique. Scénographie luxueuse dans la pénombre, le visiteur est accueilli entre des guilandes de fleurs dorées légères, brillantes, aérienne tandis que les statuettes sont encapsulées dans un écrin.
Carquois tibetain
Chevaux, cervidés, faucons, tous animaux nobles et royaux! Nous sommes chez les émirs du Quatar.
Tous objets précieux fascinants
félin chinois et faucon en pierreries
Tous méritent notre admiration et sont parfaitement mis en valeur. Le cadre de l’Hôtel de la Marine avec ses glaces, ses écussons et les tableaux représentant les fameux navigateurs méritent le déplacement. Même si j’ai préféré les animaux de terre cuite des Antiquités orientalesdu Louvre moins prestigieux et bling bling.
Cette exposition incite à un parcours dans le département des Antiquités Orientales guidé par des panneaux, des cartels certains destinés aux adultes, d’autres aux enfants. Le Thème de l’eau a piqué ma curiosité et m’a incité à retourner dans les salles des Antiquités Orientales.
Chypre : poteries décorées
J’ai été une visiteuse peu assidue et peu sérieuse : au lieu de me borner aux cartels et explications, je me suis laissé fasciner par les poteries décorées, les figurines en terre cuite. Au lieu de m’intéresser au sujet proposé je me suis contentée de noter les provenance tout autour de la Mésopotamie, de Chypre au Liban et un peu plus loin en Syrie.
Figurines féminines
La variété des formes, la fantaisie des figurines m’ont bluffée
Animaux aussi m’ont beaucoup plu : buffles, sangliers et hérissons, curieusement pas de chevaux
sanglier
On quitte la Mésopotamie pour la Perseavec les décors vernissés du Palais de Korsabad. Je découvre la finesse des bronzes
iran chimère bronzeQuelle
Quelle merveille que ce buffle rouge
Iran buffle céramique rouge
Et ne pas oublier la vedette : la statue la plus ancienne du Louvre prêtée par la Jordanie
Statue de Ain Ghazal 7000 ans av JC Plâtre
Au lieu de m’être penchée sérieusement sur le problème de l’eau, de l’irrigation, des cultes aux dieux de l’orage ou de la pluie, j’ai fait une collection de statuettes. Et cela m’a fait plaisir
Présentation d’un tableau restauré – au Louvre jusqu’au 31 Août 2026
Avant que le triptyque ne retourne à Moulins dans la cathédrale, je me sui dépêchée de profiter de cette exposition au Louvre. J’aime beaucoup ces présentations de tableaux récemment restaurés mis à l’honneur avec un soin particulier. : de véritables leçons de peinture! Le tableau est généralement présenté dans son contexte historique avec d’autres oeuvres soit du peintre, soit de contemporains ou traitant du même sujet.
L’exposition invite à observer les détails, réfléchir au sens religieux, mais aussi au contexte historique ou aux intentions politiques de l’oeuvre. On s’arrête, on lit, on regarde les autres tableaux, on revient à l’oeuvre mise en majesté. Une expérience dont on se souviendra longtemps comme La Vierge du Chancelier Rolin de Van Eyck , ou le Pierrotde Watteau ou Sainte Annede Leonardo da Vinci.
Jean Huey, le « Maitre de Moulins » est venu de Flandres à la cour du Duc de Bourbon. Il a peint ce retable en 1498. Il fait figurer le couple de ducs de Bourbon Pierre II et Anne de France ainsi queait leurs filles. habituellement le retable était fermé : les volets sont peints en grisaille. Quelle devait-être l’éblouissement lorsqu’on découvrait en l’ouvrant les tableaux colorés. Quelles couleurs! Ravivées par la restauration, la Vierge ressort d’un décor chatoyant.
Une vidéo montre comment on a repeint les lacunes, redoré, et mis en valeur par le nettoyage les couleurs vives des vêtements. De petits coups de pinceau illuminent les broderies.
Quelle belle surprise que de découvrir ce peintre entre gothique et Renaissance et ce tableau dont j’ignorais tout. Je croyais qu’il allait représenter des moulins à vent!
Que vient donc faire Marilyn Monroe sur cette couverture? Le Shah et Khomeini on comprend, la couronne peut être mais Marilyn?
Stéphanie Pérez Journaliste de guerre, dont le visage nous est familier à la télévision, a rapporté de ses reportages une bien jolie histoire.
Cyrus, le héros de l’histoire n’est pas Gardien de la Révolution que nous voyns aux actualité télévisée, c’est le gardien du Musée d’Art Moderne.
L’histoire commence en juillet 1977, sous le règne de Réza Palahvi. L’argent du pétrole coule à flot. Les souverains voulaient ouvrir l’Iran à la modernité occidentale, Cinéma américain, filles en courtes tenues maquillées, discothèques…
« L’épouse du chah veut doter l’Iran d’un musée d’art contemporain, qui servirait de passerelle entre Est et Ouest, entre oeuvres iraniennes et chefs-d’oeuvre occidentaux. »
Farah Diba, a réuni une collection de tableaux d’une valeur inestimable : Monet, Renoir,Gauguin, Picasso,Pollock, Bacon et Andy Warhol (Marylin!). Elle veut montrer les chefs d’oeuvre de l’Art Occidentalet éblouir la communauté internationale .
Pollock : Mural on indian red Ground
Pour convoyer ces trésors dans la plus grande discrétion, Cyrus, un simple livreur, jeune homme modeste des quartiers deshérités, est embauché comme chauffeur. Alors qu’il ne connait rien à la peinture, il est touché par les tableaux, interrogera les spécialistes et va devenir l’un d’eux.
Renoir Gabrielle
Le 13 octobre 1977, d’inauguration du Musée est un évènement planétaire avec des fastes inouis, caviar et vins fins, ambiance cabaret. Cyrus
« mesure le gouffre entre ces deux mondes qui entrent en collision, de manière forcée, au milieu des tableaux
de l’impératrice, spectateurs muets de ce dangereux bal des vanités. »
L’Iranien moyen n’a jamais assisté à un tel show dans le pays, la collision entre les deux mondes est brutale. Les souverains ne sont-ils pas déconnectés de la réalité ? Il se demande si tout ne va pas trop vite, et si cet Ouest inaccssible n’est pas une caricature
Tandis que l’élite occidentalisée se précipite pour être de la fête, le peuple iranien ne profite pas de la manne pétrolière scandaleusement dépensée. Pire, la Savak fait règner la terreur en muselant toute velléité de critique. Azadeh la voisine et amie de Cyrus, étudiante photographie la misère pour témoigner. Elle est emprisonnée, torturée pour ses photographies.
« Une petite musique qui se fait de plus en plus entendre dans le pays, des notes qui deviennent de plus en plus
fortes et qui sont en train de se transformer en partition de la colère. Des envies d’égalité, de démocratie. De
révolution. Tout cet argent dépensé alors que la population a faim le dérange aussi. »
Khomeiniet les religieux capitalisent sur cette colère. Quand la révolution chasse le Shah dès janvier 1979 dans l’enthousiasme général personne ne voit se profiler la nouvelle dictature. Les étudiants se laissent embrigader.
Suicide (Purple jumping man) Andy Warhole
Cyrus continue à travailler au musée, il veille sur les tableaux auxquels il se sent attaché. Dans la fuite des partisans des Pahlavi, le modeste gardien se voit confier les clés des réserves où sont entreposés tous les chefs d’oeuvres. Il va élaborer une stratégie pour les sauver, mettre à l’abri Renoir(pour la nudité), Bacon (homosexualité) …en revanche Picasso va désarçonner les Gardiens de la révolutions. Dans les temps de guerre et de violence, Cyrus considère les tableaux comme des amis, des confidents.
En plus de l’aspect historique qui rappelle les circonstances de la révolution islamique, Le Gardien de Téhéran aborde la compréhension, puis l’attachement d’un homme simple pour l’art contemporain en dehors de tout snobisme, et de tout aspect financier. Une belle histoire ! Et pour l’amour de l’art, des explications passionnantes sur certains tableaux, les excentricités d’Andy Warhol…
Un livre entre Rome et Haïfa, en passant par Turin : la balade n’est pas pour me déplaire.
Une héroïne originale, très jeune cinéaste, Nourita le projet de présenter un film autour de ses origines familiales à un concours de l’armée avec l’ambition de passer son service militaire dans les bureaux de l’audiovisuel. Conçue par FIV, née en Israël, mais ayant grandi en partie à Turin, sa filiation et le parcours familial sont un peu compliqués. Elle a connaissance de l’identité du donneur de sperme, d’une famille répartie entre Israël et Rome.
Nourit part à la recherche de ses origines. Si les recherches de filiation peuvent être assez banales, la saga familiale de Nourit s’enrichit de nombreux divorces, d’aller/retours entre l’Italie et Israël. Le géniteur/donneur de sperme, Giorgio, est décédé mais il se trouve en filigrane de l’ouvrage presque le personnage principal.
Plusieurs thèmes sont abordés, la filiation, le désir d’enfant, le cinéma et la conception d’un documentaire à partir d’archives familiales, le sionisme, et les lois raciales du temps du fascisme.
La forme du roman est surprenante. Il commence comme un roman épistolaire, sauf que Nourit n’est pas Madame de Sévigné, elle écrit des mails, envoie des courriers électroniques à plusieurs destinataires, transfère des courriers reçus. Echanges assez brefs qui se croisent parfois, se répondent mais pas toujours. Il n’est pas facile, au début d’identifier tous les destinataires. Les échanges de mails s’interrompent pour laisser la place à des dialogues. Il faut un certain effort pour localiser les locuteurs, sont-ils face à face, ou en Skype, ou au téléphone? L’ensemble est assez confus. Peu d’espace pour imaginer les lieux et les circonstances. Aucunes descriptions. Pour le tourisme, vous repasserez!
269 pages, des textes courts, des dialogues Le livre se lit vite. je me suis laissé prendre au jeu et j’ai passé un moment de lecture agréable. Il ne laissera sans doute pas une trace inoubliable.
Exposition temporaire jusqu’au 22 novembre 2026 à La Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges.
Le burg à la Croix
On pense d’abord à Hugo, l’écrivain, puis le poète, architecte? décorateur, oui quand on a visité Hauteville House, sa maison de Guernesey CLIC et sa maison de la Place des Vosges, mais « Architecte« ? j’étais curieuse en abordant l’exposition.
Meyer : Victor Hugo Le Géant
Comme nombreux romantiques, et Viollet-le-Duc, Victor Hugo s’est emparé de la passion de l’architecture, du patrimoine et du gothique. Notre Dame de Parisen est le chef d’oeuvre. Une salle entière est dédiée à Notre Dame avec un curieux tableau(prémonitoire?) de l’incendie avec les coulées de plomb fondu . C’est une illustration de l’attaque de la Cathédrale
illustration du livre Notre dame de Paris François-Nicolas chiffart 1876
On peut aussi admirer de très belles photographies 1900 de la cathédrale, plaques noircies et contours blancs, comme solarisés.
Victor Hugo : le Phare d’Edddystone (illustration de l’Homme qi rit)
Le vrai sujet de l’exposition serait plutôt Victor Hugo, dessinateur de génie, ici, plutôt desssinateur d’architecture. Pas du tout dans le genre dessin d’architecte, avec perspectives et cotes précises. Du gothique romantique! Souvent de l’improbable
Sombres, caravagesques ou goyesques. Avec un bon siècle d’avance certaines encres brunes feraient penser au brou de noix de Soulage.
L’ermitage de Saint Helier (Jersey)
Hugo dessinait tout le temps, il ornait ses lettres de croquis d’une extraordinaire finesse. Il dessinait aussi sur les manuscrits de ses romans (oh combien raturés!)
lettre comme une cartre postale
On croit voir un oiseau prenant son envol mais c’est un paysage tout en finesse et en détails. Dessinait-il avec une loupe ou avait-il une vue perçante? et une main très sûre.
Guenesey Saint Sampson
j’ai eu le plaisir de reconnaître Guernesey!
Malheureusement, ces dessins fragiles sont sous-verre et difficile à photographier avec les reflets de l’éclairage et des silhouettes des visiteurs. je n’ai pas pu prendre tous ceux que j’ai aimé.
Et bien sûr, il faut visiter à l’étage les pièces décorées du sol au plafond. Surchargées? Peut être?
« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »
« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »
Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.
Pauline Viardot par Maurice Sand
L’histoire commence à Venise.Consuelo est la très jeunefille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane. Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset àVenise ; Consuelo a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville.
« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »
Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.
….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »
Château dessiné par Victor Hugo
Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.
« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de son oeuvre savante. »
Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sandn’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs
« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. «
L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn,qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporinasera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.
Vienne1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora ruiné et passablement aigri. Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice.
« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »
Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!
Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cetteConsuelo : intelligente, douée, fidèle en amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer.
Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadtqui est la suite deConsuelo!
Le roman commence par une folle chevauchée. Miouporte sur son cheval la tête de son grand-père Hugon de Burequ’elle a décapité . L’histoire se déroule au temps des Croisades dans les montagnes des Hautes Alpes, paysage sauvage avec une forêt enchantée : Benevent.
Laurine Roux, née à Gap, a puisé dans la toponymie locale pour nommer ses personnages. Un château fort sur un éperon rocheux, un monastère bénédictin, les Crots, un village.
Quand l’ordre engendre le désordre, l’homme juste désobéit. Abel pantelle, Ici, aucun endroit n’est sûr, c’est se jeter dans la gueule du loup ! Éphraïm s’avance au-devant de la pente, regard vers l’est. Il existe pourtant des confins où personne ne les cherchera. Et il désigne les arbres à perte de vue. Abel ne veut y croire. L’oblat est-il devenu fou ? Ne prêtant oreille au frère, Pietro rejoint Éphraïm, sonde la masse des houppiers peluchés de blanc. Le gaillard est peut-être fou, mais la folie a du génie. Abel n’a d’autre choix que de capituler. Ses amis pourront toujours compter sur lui, qu’ils en soient certains. En retour, ils l’adjurent de faire attention – et de trouver une bonne excuse pour justifier son absence. • Éphraïm dégringole le talus, s’enfonce dans la neige, pour en jaillir aussitôt dans un panache poudré. Parvenu à la lisière, le jeune homme s’arrête. Ferme les paupières et inspire. Derrière l’abrasion du froid, il laisse la forêt coloniser son être, isole mille nuances : spores, résines, sèves, débris de poils, d’écorce. Quand ses poumons sont si lourds qu’il lui semble impossible d’avancer, il ouvre grand les yeux – vert iridescent, marron cuivré. Pietro ne reconnaît pas ce regard. N’y tenant plus, Éphraïm fuse. Allonge ses muscles, grimpe tel ressaut, puis se rétracte, esquive les branches. À la traîne, griffé de partout, le franciscain le supplie, Moins vite, par pitié ! L’impétueux coule sous les ronces – serpent , bondit de pierre en pierre – renard. Les fugitifs atteignent une arche creusée dans la roche. Au-delà, unecascade drape la falaise, figée dans le froid. L’eau a été piégée en méduses bleutées, dont les filaments, tantôt bulbes, tantôt épées, attendent le printemps pour fondre en une bruyante cataracte. Pietro ahane. Il n’ira pas plus loin, foi de Lombard. Le jeune homme observe le rideau de glace, croit apercevoir un orifice et franchit l’arche. De l’autre côté, les trombes ont façonné une vasque dans la pierre. Autour, des blocs épars, des mélèzes.
L’endroit paraît tiré d’un conte. Autrefois, un voyageur était passé sous la même voûte. Il cherchait refuge après avoir erré pendant des jours dans la forêt. Le vagabond avait atteint cette clairière, n’en était plus jamais reparti. Ainsi avait-il vécu en ermite jusqu’à sa mort, baptisant les lieux la Porte sans Retour.
Le châtelain a pour fils Hugon de Bure, une véritable brute, incontrôlable, violent, paillard, la terreur de toute la vallée. Le prieur du monastère, Guillaume, érudit et pieux, travailleur pratique l’hospitalité, il accueille successivement un bébé abandonné, un moine franciscain, puis une famille en fuite, des Vaudois poursuivis par Hugon de Bure. Dans la forêt, Joseph Piot, bûcheron élève sa fille Gala, ils seront aussi victimes du terrible seigneur. Et pourtant personne ne se rebelle devant l’autorité .
Trois générations vengées d’un coup d’épée, trois fois la colère. Ne sachant que penser, on interroge ses
voisins
Laurine Rouxest une conteuse qui entraîne le lecteur dans cette folle saga sur 3 générations avec des personnages bien marqués. Je l’ai suivie avec grand plaisir dans toute ces aventures. J’ai aimé la proximité avec la nature. Certains personnages sont de très belles personnes.
Sur mon sentier, j’ai écouté le podcast des Midis de Culture du 29/7/26 CLIC Laurine Roux, l’invitée y présentait deux ouvrages, son roman Trois fois la colère et cet essai Le Test Elézéard Eléazard, cela ne vous dit rien? c’est le berger de l’Homme qui plantait des arbres de Giono que j’ai adoré, j’aurais tant aimé que ce fut une histoire vraie. Et puis, Laurine Rouxnous parle de sa grand-mère, Madeleine Roux, la maire-adjoint de Veynes dans les années 70-80 qui fit de la petite ville de cheminots, en déclin, une capitale solaire. Comme j’ai passé mes vacances, hiver et été pendant 30 ans dans le Devoluy, cela me parle.
Et hop dans la liseuse! Le Test Eléazard est un essai, une commande,
« Il s’agissait d’écrire un récit documentaire au sujet de la prolifération des centrales photo voltaïques sur la montagne de Lure. »
A Cruis dans la montagne de Lure, le pays de Giono.
Pendant notre été caniculaire, on réalise tous qu’il faut baisser la consommation en combustibles fossiles. Le solaire paraît la solution idéale. Bien sûr, les panneaux ne sont pas jolis, jolis dans le paysage….not in my backyard? l’enquête s’impose.
Pour installer les fameux panneaux, la société Boralex (entreprise canadienne), avec la bénédiction des autorités locales , a choisi de massacrer une forêt où vivent des espèces protégées, reptiles, oiseaux, papillons. Et pourquoi donc détruire la nature? les forêts sont des puits de carbone. Tout simplement parce que le foncier ne coûte rien ; la location de friches industrielles, de parkings ou autres surfaces déjà anthropisées revient bien plus. Et que Boralex qui communique sur le renouvelable, le vert, l’écolo… ne cherche que le profit.
Evidemment, il faut quand même faire des études d’impact, demander des dérogations pour la destruction d’habitat d’espèces protégées, proposer des compensations. Il existe des lois à respecter! Laurine Roux promène le lecteur sur le terrain, qu’elle connaît fort bien, étant native des Hautes Alpes et qu’elle sait décrire. Elle raconte le contexte, les habitants, les traditions solaires et militantes. Traditions festives aussi. Puis elle se plonge dans les textes, les compte-rendus minicipaux, les plans d’urbanisme PLU.
En 2016, lors des enquêtes d’utilité publique – PLU et permis de construire –, on a compris la bêtise de la démarche, l’aberration de vouloir sauver la planète en rasant une jeune forêt avec des arbres dont la majorité avait tout de même atteint six mètres, au moment du défrichement.
Puis elle aborde les textes administratifs dans un chapitre Attention, austère, où l’on constate les failles dans les études préalables et les prises de positions du Prefet « mon rôle c’est de lever les freins pour que les projets se concrétisent » .Bien dans l’air du temps!
« les verrous qui sautent les uns après les autres au profit d’intérêts industriels illustrent le détricotage du droit de l’environnement que les réformes promulguées sous le gouvernement Macron favorisent »
Les habitants de la régions ne se laissent pas imposer ce projet sans réagir : des associations se sont crées, chacune avec ses méthodes.
Plusieurs mouvements se sont coordonnés – Extinction Rebellion, le Groupe national de surveillance des arbres, Elzéard, Lure en résistance, auxquels se greffent spontanément des membres du Café des libertés de Forcalquier
Laurine Roux enquête, interroge les acteurs de cette résistance, transcrit dans son ouvrager les interviews, les témoignages. De Claudine septuagénaire et Sylvie qui ont choisi d’empêcher les machines de travailler, et qui se sont retrouvées en garde à vue avec des procès délirants. Ceci est bien aussi dans l’air du temps avec l’invention des « écoterroristes » par Darmanin! Des militants d’Extinction Rebellion qui apparaissent sous pseudonymes et qui se sont fait tabasser par les vigiles de Boralex. Des écureuilsprogégeant les arbres comme pour l’A69. D’autres, Amilureont choisi la voie procédurière pour assigner Boralex en justice. On a aussi imaginer de labelliser le paysage de Giono pour le protéger. Laurine Roux interroge aussi des naturalistes pour les fameuses « compensations » promises par l’industriel. Elle rencontre des bergers et démonte le mythe de l’agrivoltaïsme (greenwashing encore). Ce court essai(286 pages) est d’une grande richesse.
Sur mon étagère virtuelle, j’aimerais ranger Le Test Eléazardtout à côté des romans de Giono, non loin des ouvrage racontant le village de Chaudun , surtout celui de Luc Bronner, à proximité de Anima de Kapka Kassabova pour le pastoralisme. Et puis bien sûr, suivra Trois fois la colère de Laurine Roux que je viens de commencer, la lister n’est pas close.
Madeleine de Sinéty (1934 – 2011) est une photographe qui a été peu exposée. Elle a commencé son oeuvre en 1970 dans son quartier, derrière la Gare Montparnasse que l’on rénove alors qu’on construit la Tour Montparnasse. Cet ensemble de photo est réuni dans un chapitre Paris démoli témoignage d’un quartier encore populaire avec des ateliers d’artistes que Madeleine de Sinéty a fréquenté lors de ses études de dessin. Cafés ouvriers, enfants dans les rues, maisons délabrées…tout un XIVème qui a disparu.
De la Gare Montparnasse partent les trains vers la Bretagne. Madeleine de Sinéty et son mari Daniel Behrman parcourent les lignes secondaires où les dernières trains à vapeurcirculent encore. Ils se lient avec les cheminots. De nombreuses images seront réunies dans le livre Guingamp-Paimpol: deux minutes d’arrêt.
le train les conduira en Bretagne dans le village de Poilley (Ille et Vilaine) où elle séjourne plusieurs mois, où elle se fera accepter des villageois, partageant leur quotidien et même les travaux des champs, les fêtes, récolte des pommes…partageant aussi les images en organisant des projections appréciées des habitants. Elle y vivra huit ans.Son épais journal de bord figure dans les vitrines sous les photos encadrées. Avec simplicité et tendresse, elle photographie les travaux des champs, la vie de la ferme, les enfants et les animaux. Riche témoignage d’un monde rural aujourd’hui disparu avec le remembrement et la mécanisation. Aucun artifice. De vrais portraits sans apprêts, avec empathie elle montre la beauté de cette vie simple. j’ai été très impressionnée par toutes ces photos.
Avec son mari américain, ils voyagent à New York, dans le Maine où elle fixe les images toujours avec la même empathie. Elle est invitée aussi loin que le Kenya et l‘Ougandapour des reportages dans des villages.
Je suis restée longtemps à regarder les projections des photos de Poilley dans une salle noire.
Fragile Beauté ; photographiesde la collection de Sir Elton John et David Furnish
occupe le niveau supérieur du Musée du Jeu de Paume. C’est une très grande exposition qui mérite à elle-seule la visite.
Une partie est présentée avec des avertissements : photos queer, homo-érotisme,très belles photos souvent très sophistiquées. Ambiance très différente de l’exposition précédente.
Une seconde partie, très people nous montre les 4 Beatles, grand format, Marylin, Kennedy,Andy Warholentouré de tous les artistes de la Factory, Andy Warhol et Basquiat, et d’autres célébrissimes américains que je n’ai pas reconnus. Amusante visite.
Très belles photos, photographes cultissimes..mais tout est trop, trop beau, trop travaillé, trop connu. Je préfère le village breton.