Martin Eden , un film de Pietro Marcello (DVD)

CHALLENGE JACK LONDON

J’ai raté le film de Pietro Marcello, en salle à cause du confinement et il ne s’est libéré à la Médiathèque que récemment. J’étais très impatiente de visionner cette adaptation napolitaine du roman de Jack London qui m’avait beaucoup intéressée. C’est un peu dommage de le découvrir sur le petit écran,  depuis la pandémie, on se contente de moins. 

Il y a quelques années, deux blogs amis de Claudiaducia et Wens publiaient une rubrique « un livre, un film » que je lisais avec curiosité. Ils seraient plus qualifiés que moi pour cet article.  J’ai parfois du mal avec les adaptations.  Quand je viens de terminer un livre, je me suis fait une image mentale des héros ;  découvrir les traits de tel ou tel acteur me perturbe. Le réalisateur peut accorder une moindre importance à des scènes qui me paraissaient capitales. Faire tenir une œuvre de 600 pages en 1h30 ou 2h de film nécessite d’opérer des coupures. 

Un film  fidèle qui colle exactement au livre risque de l’affadir. L’idée de dépayser l’action, de la situer à Naples m’a séduite. J’aime cette ville, ses rues populeuses cadrent bien avec l’esprit du livre. Luca Marinelli est un Martin Eden convaincant, aussi bien en marin mal dégrossi qu’en apprenti écrivain, vers la fin,  décadent, il est moins séduisant mais bien dans l’esprit du personnage. Elena-Jessica Cressy m’a semblé plutôt falote, il lui manque l’éclat de la  Ruth du roman. Les étapes de l’apprentissage de Martin suivent la progression du livre. En revanche, avec le dépaysement de l’action, j’aurais aimé plus de couleur locale dans les luttes politiques.

Si le déplacement géographique ne m’a pas gênée, au contraire, le déplacement temporel  dans une modernité  floue m’a perturbée. La famille de sa sœur et son beau-frère est installée devant la télévision, années 70? 80? Des images bleues ou sépia montrent un magnifique trois-mâts d’un autre siècle.

London, au tout début du 20ème siècle découvre la philosophie avec Darwin, Nietzsche et Spencer, dans le film il ne reste que l’illustre Spencer, peut-être Marx et Gramsci auraient été plus couleur locale?

Une soirée agréable mais pas le grand film que j’espérais!

 

Hortobagy puzsta humide et puzsta sèche – bains de Hadjuszobolo

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

meules

9h, promenade dans la partie sèche de la Puszta.
Des petits nuages pommelés s’effilochent sur le ciel bleu. Dans la grande plaine, le ciel prend toute son importance, les nuages,  leurs reliefs.
Nous marchons sur un chemin de poussière élastique et doux sous nos pas. Dans cette prairie sèche subsistent encore quelques fleurs violettes que je ne connais pas des coquelicots des ombellifères blanches. Deux gros volatiles traversent le sentier à une vingtaine de mètres et s’envolent. Sur le chemin, tranquille, un lièvre ne s’enfuira que longtemps après, en petits bonds tranquilles. Les animaux se savent en sécurité dans la réserve. C’est le tour de cinq aigrettes qui nous précèdent gardant toujours la même distance de sécurité, nous avançons vers elles, elles progressent en même temps. Leur cou et leurs pattes sont très élancés.

Le lièvre dans les chaumes

Un peu plus loin, c’est le marais avec ses roseaux. Un héron plane quelques temps, un autre est posé sur le sentier, fin et élégant. La monotonie de la plaine est largement compensée par la variété de la faune. Un campagnol fuit sous nos pieds.  Nous levons un faisan d’un buisson d’herbes sèches, il s’envole en me rasant la tête bruyamment. En limite de Parc, les cultures reprennent le pas sur la steppe, des hommes ramassent les dernières bottes de paille. Dans un champ retourné des centaines d’oiseaux blancs : des mouettes.

Puits à balancier

Une ferme traditionnelle a  deux puits à balancier, des étables ou bergeries en chaume, un petit pigeonnier, elle est flanquée d’une maison d’habitation plus moderne plus haute crépie de beige avec une galerie à arcades décorée de géraniums rouges entourée d’un jardin fleuri. En face deux jeunes manœuvrent une barque dans un canal dans la roselière.

Le ciel s’est chargé de nuages, il tombe quelques gouttes, nous rentrons sans nous faire mouiller. Près des maisons sur la route ce sont les cigognes qui sont installées. Une jolie chevrette s’éloigne à grands bonds.

Chemin dans la puzsta

Nous retrouvons nos instincts de chasseur et le plaisir de l’affût. Comment font -ils pour tirer sur ces animaux, merveille de joie de vivre et d’innocence ?

Nous changeons de l’argent dans un bureau de poste ressemblant aux postes françaises, même guichet, même queue, même employés occupés à des tâches incompréhensibles pendant que nous nous impatientons. Ici, la Poste vend aussi des pellicules-photos, des bonbons et même du shampooing.

bleuets16

Aux bains d’Hadjuszobolo

Le temps s’est remis au beau.  Après le repas pris sous la tonnelle, nous étendons la lessive dans le jardin puis partons « aux bains » à la petite station thermale de Hajduszoboslo.
Juste à l’entrée de la ville, une forte odeur de gaz nous surprend : deux torchères brûlent au dessus d’un réseau compliqué de tuyaux. Les enseignes sont éloquentes : TOTALGAZ, MOBIL ? etc… Nous traversons une série d’usines. Nous sommes loin de la « petite station thermale » vantée par la française mariée à un hongrois rencontrée à Eger …De fait, c’est quand même un lieu de villégiature, mais la clientèle visée est polonaise ; sur les panneaux, l’Allemand s’efface devant le Polonais. Ils ne doivent pas être difficiles, les Polonais en vacances! Les locations ne sont ni décorées ni repeintes, elles ont l’air minables.
Nous traversons la ville avec ses HLM toujours le même modèle  comme à Szombathély, bordant une vaste avenue plantée d’arbres et de verdure qui nous conduit aux Thermes.
Ici, ce n’est pas le charme Belle Epoque, les thermes sont modernes, béton et verre. L’entrée de la piscine est surmontée d’une étoile socialiste en béton formant un auvent immense où sont installés des marchands ambulants.
Nous choisissons l’entrée « centre Thermal », verre et métal des années 90 et retrouvons toujours les panneaux connus, l’accueil en blouse blanche et les tickets à code-barres.
Les bains médicaux sont couverts d’une jolie verrière,  nous n’y avons pas accès. Par un long couloir nous arrivons à l’extérieur : spectacle hallucinant de centaines de gens plongés dans l’eau marron. Sur les bords la foule est dense. Le complexe thermal est énorme, il y a 7 ou 8 piscines entourées de restaurants de buvettes et de marchands ambulants.
On peut tout acheter : des livres, des cartes postales, des maillots, des bouées…Autour de chaque bassin des tables , des chaises, des parasols, des chaises longues ainsi que de grandes tables en bois rectangulaires pour s’allonger.
Un haut parleur annonce quelque chose, toutes les piscines se vident de leurs occupants qui se précipitent vers un bassin entouré de hauts murs : les vagues. J’imite la foule, tout le monde est debout presque aussi serrés que dans le métro à six heures, et attend la vague. Oublié le calme des bains distingués de Budapest. Ici, le public est familial avec beaucoup d’enfants et d’adolescents. S’il y moins de cris de poursuites et de plongeons qu’en France, il n’est pas possible de nager. L’occupation à la mode ici c’est de jouer à la balle par dessus la tête des autres baigneurs. On peut aussi éclabousser les passants avec de gros bazookas à eau.
Nous nous demandons bien ce que nous sommes venues faire dans cette foule ! La réponse est simple : nous rafraîchir ! Puisqu’on  a fait 30 km et qu’on a payé l’entrée, nous allons quand même profiter de l’eau pour nous délasser même si le cadre n’est vraiment pas joli c’est quand même agréable de nager.
Dans l’eau à 38 °C on ne peut (ni ne doit) rester longtemps, l’idéal pour nager c’est autour de 26°C, à 24°C on peut rester assises sans rien faire, traverser le bassin puis s’asseoir à regarder passer la foule.
Vers 5 h, l’orage menace, un gros cumulus s’est formé, le ciel devient tout noir. Tout le monde remballe dans la panique.
Courses au supermarché de Debrecen

Trois Anneaux – un conte d’exils – Daniel Mendelsohn – Flammarion

LA COMPOSITION CIRCULAIRE : UNE LECON D’ECRITURE

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« Un étranger arrive dans une ville inconnue après un long voyage. Ce fut un voyage sinueux et semé d’écueils ; l’étranger est fatigué. Il approche enfin de l’édifice qu’il habitera un certain temps et, laissant échapper un léger soupir, il avance vers l’entrée, dernière étape, brève, du chemin improbable et détourné qui l’a conduit jusqu’ici. Il a peut être quelques marches, qu’il gravit d’un pas las. Ou bien d’une arche floue se fondant à l’obscurité béante, comme quelque personnage mythologique disparaissant dans la gueule d’un monstre. Ses épaules ploient sous le poids des sacs qu’il porte, les deux sacs contiennent désormais tout ce qu’il possède, à l’exception de la femme et de l’enfant. Il a fait son bagage à la hâte. Qu’emporter? Qu’est-ce qui est le plus précieux? L’un des sacs contient probablement des livres. »

Un conte d’exils : Odyssées, exil  des Byzantins à la chute de Constantinople, copistes, poètes philologues qui apportèrent la culture de l’Antiquité, exil des protestants français en Prusse, exil des Juifs fuyant le nazisme….

Voyage sinueux, chemins détournés, Ulysse « polytopos » aux mille détours, l’écriture peut aussi être digression, déviation, tours et détours…..Mendelsohn, au terme de la longue enquête  à travers le monde qui a conduit à la rédaction des Disparus rentre très éprouvé. Il a des difficultés à se remettre à l’écriture, commence ce qui va devenir Une Odyssée : un père, un fils, une épopée . Son éditeur lui conseille de rompre le récit linéaire et d’adopter une composition circulaire. Cet usage de la digression est le procédé qu’Homère a utilisé en greffant un épisode nouveau au beau milieu des chants III et IV : l’apparition d’Athéna sous la forme de Mentor à Télémaque lui conseillant de partir à Pylos et  à Sparte . Ce procédé est récurrent chez Homère :

« Le goût des Grecs pour la façon dont, paradoxalement, la digression et la « variété » aristotélicienne peuvent davantage mettre en valeur un thème plutôt que l’éclipser »

Selon le principe de la disgression, parcourant des cycles, les trois anneaux gravitent autour de trois écrivains.

Réfugié à Istanbul, en 1936, comme nombreux universitaires chassés par le régime nazi, Auerbach, spécialiste de littérature comparée y rédige son Mimesis avec l’idée de littérature universelle, Weltlitteratur, concept déjà développé par Goethe. Et comme de juste, Mendelsohn fait une digression passionnante sur le Divan persan traduit par Goethe, qui a réuni ses poèmes dans le recueil : le Divan d’Orient et d’Occidentsans oublier le détour par Evliya Celebi

La deuxième partie intitulée L’éducation des Jeunes Filles a pour centre de gravité le Télémaque de Fénelon. Et l’on en revient évidemment à Ulysse! Elégant détour par la Crète où un des cousins de Fénelon combattit avec les troupes vénitiennes. On boucle la boucle en retournant à Berlin au Lycée Français qui a donné son titre à l’anneau autour de Auerbach. L’Education des Jeunes filles évoque les Jeunes Filles en Fleur et on découvre qu’il est possible de réunir Guermantes en passant par le côté de chez Swann.

Le troisième anneau a pour personnage principal Sebald (avec ses Anneaux de Saturne) que je ne connais pas du tout mais que Mendelsohn me donne furieusement envie de lire. Il revient au début du livre commencé avec Les Disparus illustrant encore la composition circulaire

C’est un livre  riche, construit  intelligemment et une lecture qui suscite des envies de nouvelles lectures. Cependant je ne recommanderais pas ce livre pour découvrir Mendelsohn. Pour profiter des Trois Anneaux il convient d’avoir lu Les Disparus (qui est un chef d’oeuvre) et Une Odyssée (également un grand livre) pour profiter de ces contes d’exil. 

 

Höllökö – Gödölö – Eger

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

L’orage

Dans la nuit, un fort orage a éclaté. La température est passée de 32° à 19°. Nous avons juste le temps de charger la voiture quand la pluie se remet à tomber. Nous avions pourtant étudié l’itinéraire sur le plan. Impossible de monter sur le Pont Marguerite et de suivre le trajet du tram comme prévu, c’est justement le tram qui empêche de tourner à gauche !
Tout se passe bien sur les Petits Boulevards. Vers la périphérie, une déviation nous égare. On se dirige au jugé vers l’est. On ne guide avec le numéro de l’arrondissement sur les plaques des rues et on aboutit à un petit village sous le tonnerre et les éclairs. Un monsieur très aimable sortant d’un magasin de légumes nous conduit jusqu’à Gödöllö sous un déluge incroyable.
Les bas côtés sont transformés en rivières, les camions fendent l’eau boueuse en projetant un jet marron à deux mètres de haut de chaque côté. Au carrefour une minuscule Trabant s’immobilise. Pourra t elle traverser le flot ?

Gödöllö

Nous trouvons facilement le château de Gödöllö, quoi de mieux qu’une bonne visite de château sous une pluie battante ? Encore faudrait-il trouver une place de parking, transformé en mare. Nous renonçons à regret.

Hollókö

Hollókö est bien signalé, trop bien, allons nous trouver une invasion de cars ?
Le paysage devient ondulé, au loin on devine les montagnes, le nuage est accroché aux sommets. Par beau temps, on aurait vu un beau panorama.

Hollókö a des quartiers modernes charmants et très fleuris avec des treilles de vignes, des groseilliers croulant sous les grappes rouges. On visite le quartier ancien : deux rues pavées bordées de maisons blanches chaulées avec des bardeaux noirs et des barrières noires. Tout est bien décoré, plus de la moitié des maisons sont occupées par des restaurants des boutiques ou des petits musées, le reste aménagé en gîtes ruraux . Des femmes en costume folkloriques descendent la rue, jupe très courte froncée à rayures oranges, blanc, rouge, un petit gilet près du corps tricoté blanc et une coiffe très colorée.
C’est très joli mais un peu artificiel.

les femmes de Holloko

Au Musée de la Poste il n’y a pas grand chose dans les vitrines. Un panneau explicatif raconte que la Poste Hongroise était déjà centralisée dès le XIèm siècle avec le relais de poste. Les magyars sont arrivés en 896, ils se sont organisés vite ! A l’auberge, des Japonais sont attablés. Spectacle de femmes costumées chantent.

Hêtraies

La Hêtraie sous la pluie

La pluie se remet à tomber sérieusement. La route traverse le massif de Matra, de belles hêtraies. La pluie tombe à verse on voit à peine le bord de la route, essuie glace à la vitesse maximum. Dommage, nous traversons des villages sans les voir.

Arrivée à Eger

Eger

Vers 16h, nous sommes à Eger; l’agence de tourisme propose un studio à 7000 forints. je marchande et on me le laisse pour 6000. Trouver l’adresse est un véritable cauchemar, nous passons et repassons dans les mêmes rues. Je demande aux passants. Ils parlent d’une fabrique de cigarettes, de la grande route, mais nous envoient dans des directions opposées. On mettra plus d’une heure à  trouver alors qu’il se trouve à trois minutes à pied du centre.

Dans un ensemble neuf, de plain pied,  un studio avec un grand lit, une kitchenette, de la vaisselle, la télévision par satellite (TV5) mais aussi une très belle terrasse fleurie avec une table de jardin. Nous aurions été très bien si nos voisins slovaques avaient été plus discrets, ils sont sans gêne, empruntent nos sièges sans rien nous demander et se retrouvent nombreux à bavarder tard sur la terrasse.

Ferronneries et église baroque

Ferronnerie

Au réveil, le temps est gris et peu engageant pour une promenade en montagne, nous décidons de visiter la ville. La rue principale possède de belles façades XVIIIème siècle, avec de très belles ferronneries aux grilles des fenêtres  des portes même des gonds énormes. L’église des franciscains est baroque (encore) mais des gens prient, on se sent un peu de trop.

Panorama
Nous montons à la citadelle, sur le tour de remparts la vue est belle sur les toits, les clochers à bulbe, le dôme de la Basilique, le fin minaret, plus loin la campagne s’étend dans les collines avec des vignes, au loin les montagnes boisées.

Exposition Art Nouveau

Baroque encore!

Le Palais épiscopal, avec ses fines ogives, est transformé en musée. Il est trop bien crépi d’orange. Nous visitons une exposition Art Nouveau, au mur des gravures avec des motifs floraux et marins ayant inspiré les artistes. Je suis fascinée par ces gravures, le dessin stylisé ou au contraire luxuriant des feuilles ou es fleurs d’iris, de pavots, de nymphéas… j’aimerais pouvoir les copier et les utiliser. Nous voyons des belles céramiques et des porcelaines moins spectaculaires que Tiffany, mais je suis contente de les retrouver. Décidément ces vacances seront sous le signe Sécession

Un petit musée de peinture

Pour visiter la collection de peintures, il faut chausser des patins »papusc » en feutre avec des lacets coulissants. Cette collection est éclectique du XVème au XIXème, pas toujours de premier choix. Nous reconnaissons quand même des portraits hollandais, un Canaletto, nous passons rapidement devant les peintures religieuses XVIIème et XVIIIème que je déteste et nous arrêtons  devant les paysages romantiques. Ce petit musée récapitule toute l’histoire de la peinture européenne, c’est assez agréable et pas indigeste comme à Budapest.

C’est assez étrange, depuis le début des vacances nous avons visité de nombreux musées de peinture exposant aussi bien des artistes locaux que de la peinture italienne ou espagnole ou flamande. La Hongrie se trouve vraiment au cœur de l’Europe. Si les paysage ne sont pas exceptionnels nous faisons des révisons en histoire de l’art aussi bien en architecture en musique et en peinture. Peu de choses spécifiquement hongroises, mais c’est très stimulant.

On visite aussi les ruines d’une basilique dont il ne reste que les fondations, dessous il y a un réseau de souterrain mais fermé aux visiteurs individuels, il faut rejoindre un groupe.

Minaret

Eger minaret

Devant le minaret, je trouve les sandales de mes rêves en soldes. Le minaret est fin, élancé, un peu isolé tout de même.

Le Lycée d’Eger

Bibliothèque du lycée d’Eger

Le « lycée » d’Eger est en fait une université, mais l’empereur d’Autriche n’avait pas autorisé d’université à Eger. C’est un bâtiment énorme construit autour d’une cour carrée. Nous visitons la bibliothèque ou des milliers de livres précieux sont rangés dans de belles boiseries en chêne.

Lycée d’Eger : fresque Concile de Trente

La fresque au plafond est tout à fait remarquable, en trompe-l’œil elle représente le Concile de Trente, aux quatre coin : l’ordination des prêtres, l’adoration de la Vierge, l’extrême- onction et … la censure des livres, étonnant dans une bibliothèque  selon leur format pour entrer dans les étagères cintrées : les gros volumes au milieu et de part et d’autre par ordre décroissant. Dans une vitrine, une lettre de Mozart à sa sœur à la suite du décès de leur père.

Fresque Concile de Trente : censure des livres, étrange dans une bibliothèque universitaire!

 

Pour accéder à l’Observatoire, il faut gravir neuf étages, d’abord par un large escalier puis par un petit, en colimaçon, autour d’un pendule de Foucault (coincé par des travaux de plomberie). Heureusement, des gravures accrochées dans l’escalier pendant la montée nous permettent de reprendre le souffle. Au 6ème étage, une jolie collection de télescopes et d’autres instruments d’optique datant de 1770, au sol le méridien est tracé sur du marbre de Carrare, entre 11h25 et 11h55, le soleil fait une tache de lumière sur son emplacement.
Au 9ème étage : la Camera Obscura : en son centre une table ronde blanche fait un écran, au dessus un système de manettes de cuivre actionne les lentilles d’un périscope. Le résultat est surprenant, l’image de la ville se forme sur la table avec des couleurs vives et une netteté incroyable, le miroir tourne et on peut surveiller tous les alentours : la basilique et les badauds assis sur ses marches, la circulation automobile, l’église des franciscains … ce qui est extraordinaire, c’est la précision de l’image et sa luminosité, l’optique doit être d’une qualité exceptionnelle. Il nous vient l’idée que c’est un moyen d’espionner la ville, pas du tout, ceci a été construit à des fins récréatives, époque où la physique était une distraction !

Chapelle de Belapatffalva

Après déjeuner nous partons explorer la campagne et arrivons à la chapelle cistercienne de Belapatffalva, dans une clairière au pied d’une falaise calcaire taillée en gradins par l’exploitation d’une monstrueuse carrière. Il ne reste de la chapelle qu’un joli porche roman très simple des chapiteaux avec des motifs de feuille, seul élément décoratif sur la façade, une alternance de rangées de pierre rose et de blanches qui m’évoque d’autres églises romanes du Midi, Marcevol.  Un vieil invalide ouvre la porte, sobriété de l’intérieur, seulement une chaire baroque plutôt simple. On sent l’équilibre et la simplicité caractéristique des abbayes cisterciennes. Cette austérité est d’autant plus remarquable que nous avons vu tant d’églises baroques surchargées ou pire, néoclassiques pompeuses/Ici on ressent la spiritualité détachée des contingences terrestres.

Notre itinéraire (guide vert p140) nous conduit à Szilvavrad, petite station de moyenne montagne, partout des chambres à louer, des voitures d’estivants, le guide n’est pas très explicite, nous passons un péage, devant des baraques en bois, des guinguettes, des marchands de dentelle, nous faisons demi-tour. C’est un peu dommage, nous avons raté une belle cascade, c’était le départ de randonnées à pied. Mais l’affluence des touristes nous a rebutées.

Lipizzans12

A la sortie du village, dans un enclos, paissent les fameux lippizzans, les chevaux du Manège de Vienne. Nous nous arrêtons, espérant une séance de dressage, un homme se tient debout avec un fouet, mais les chevaux broutent tranquillement le foin apporté en complément de la prairie déjà bien fournie.

Hêtraie

Nous poursuivons le circuit dans les montagnes de Bükk à travers une forêt plantée uniquement de hêtres. Les troncs sont droits, serrés tous de même calibre et de même hauteur. La lumière joue avec les ombres sur l’écorce lisse et grise, c’est magique. Au sol, il ne pousse rien, on se dirait dans un parc sur u ne cinquantaine de kilomètre.

Lilifüred

Lilifüred est un vallon occupé par un petit lac avec un château-hôtel construit après 1920 ; les guides en font grand cas, mais c’est plutôt décevant. Autour de l’hôtel de prestige, de nombreuses pensions sont construites .Le retour s’effectue sur le versant sud plus escarpé avec de gros rochers, des cavernes et des vues dégagées. Par hasard, nous découvrons des fours à chaux : sorte de dômes érigés sur des excavations cylindriques, des tôles retenues par des câbles entourent le foyer.

Boucles du Danube

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Boucles du Danube

Szentendre

Szentendre maisons colorées



Trente minutes, par la route,  Szentendre, très joli village touristique aux maisons peintes de jaune de rose ou de blanc avec des enseignes, des roses trémières, des petites rues pavées. Au moins 4 églises, dont deux orthodoxes serbes.

Szentendre 2

Malheureusement, lundi et tout est fermé.
Avant dix heures les marchands n’ont pas encore sorti leurs étals. C’est tranquille. A 10h, débarquent les Allemands et les Japonais en car. Nous leur laissons le village, nous avons profité pendant une heure des jolies rues vides, de la petite placette au sol pavé de galets, ombragée par des tilleuls, autour d’une église toute simple avec une jolie fresque.
Exposition d’une sculptrice qui utilise la terre pour modeler des personnages ou des bas reliefs, je relève de nombreuses sources d’inspiration grecques ou orientales.

Nous suivons le Danube caché par un rideau d’arbres.

Višegrad

12 Visegrad

Višegrad, juste dans la courbure du méandre, situation stratégique commandant toute la vallée protégeant Budapest et la route de Vienne et de Bratislava. Nous montons à la citadelle, bien détruite et mal restaurée. Nous voyons beaucoup de béton et des briques. Le plus spectaculaire, c’est quand même la vue. La vie des seigneurs, un tableau de chasse, les tortures, les paysans sont illustrés par des montages – on a vu mieux.

Pique-niquer sur les bords du fleuve!

Après Višegrad la route longe le fleuve. C’est l’heure du pique-nique  Exceptionnellement nous n’avons rien de prêt. Nous comptions trouver sur place des buffets, rien jusqu’à Esztergom.

Esztergom

La basilique énorme visible à des kilomètre nous fait plutôt fuir. Toujours rien à manger !je finis par trouver un concombre et de la pastèque que nous mangeons avec des conserves sur le bord du fleuve sur une plage.

le bac sur le Danube

Pour traverser le Danube nous prenons le bac à Visegrad et découvrons une belle plage et tous les buffets servant du poisson frit des croquettes comme nous en rêvions toute à l’heure, la baignade est très agréable, je me sens bien rafraîchie.

Baignade sur le Danube

Vac

Le ciel s’assombrit, il tombe d’énormes gouttes quand nous quittons Vac après avoir visité une basilique énorme commandée par Marie-Thérèse.

Le retour est tranquille jusqu’à ce que nous rations la pancarte « Margit Hid ». Après cela tourne au cauchemar. On rejoint la voie sur berge mais elle file vers le sud de Budapest. On a bien du mal à s’en extraire. On tourne trois fois de suite dans les mêmes rues de Pest. Impossible de traverser le Danube. En plus il y a des travaux …Enfin nous retrouvons le trajet du bus 86, ouf !

 

Budapest – colline du Château

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Buda : auberge

Il fait déjà bien chaud le matin. Les rues de Buda sont encore vides et nous admirons les façades des vieilles maisons peintes de toutes les couleurs, ornées de festons, guirlandes, enseignes, et grilles de ferronnerie.

Buda : église Saint Mattyas

Les cars ont déchargé leur cargaison de Français et de Japonais qui se dirigent vers l’église Saint Mattias, fermée jusqu’à 13 heures pour cause de messe dominicale. Tant pis pour les touristes qui avaient prévu d’entendre la messe, ils sont refoulés comme les mécréants.

D’une vieille synagogue du XIVème siècle, il ne reste plus grand chose en dehors de deux peintures sur un mur : un arc brandi vers le ciel et une étoile de David.

Musée de la Musique

Buda : Musée de la Musique : l’Atelier du luthier



Un vaste palais du XVIIIème siècle où a séjourné Beethoven a été transformé en musée de la musique. Nous sommes bien accueillies  par les vieilles employées en tablier. De nombreux instruments sont présentés, des harpes ouvragées, des pianos, pianoforte, clavecins, piano carré ( ?) en bois clair, plusieurs cymbalums. L’atelier du luthier est reconstitué avec les violons mis à sécher Dans des vitrines, des flûtes, des hautbois, mais aussi des instruments paysans, des cithares grossières, une cornemuse bizarre. Une partie de l’exposition est consacrée à Bela Bartók : photos de ses recherches sur le folklore, vieil appareil enregistreur, partitions manuscrites, corrections …

Buda : Musée de la Musique cymbalum


petit musée de l’hôtellerie et du commerce

Buda : Colonne de la Peste

Les touristes restent aux abords du Bastion des Pêcheurs entre la place Diesz Ter et celle de l’Eglise avec sa tour de la Peste (encore !). Dans les petites rues nous sommes bien tranquilles.

Les rues de Buda

Dans le petit musée de l’Hôtellerie et du Commerce nous sommes plongées dans l’époque 1900-1935. Prospectus et photos de l’exposition du Millénaire 1896, époque du tourisme de luxe où l’on se déplaçait train en (horaires de trains), on descendait déjà au Gellert (une chambre) et chez Gerbeau qui vendait des chocolats de voyages et des biscuits dans des boîtes en fer. On emportait des malles et des boîtes à chapeaux. Vieux guides touristiques de l’époque ainsi que cartes postales de Budapest avant la circulation automobile et quand les cafés étaient dans leur plus grande splendeur. Le Danube bleu et d’autres musique d’époque nous accompagnent.. On a aussi reconstitué des vitrines de commerce, celle de l’épicerie 1930 est particulièrement réussie avec toutes les boîtes en fer et le comptoir.

Promenade sur les remparts

Buda : Bastion des Pêcheurs

Nous retournons à Diesz ter par la promenade des remparts qui offre de belles vues sur les collines, certaines sont rocheuses et vierges de toute construction.
Déjeuner à la terrasse d’un café d’une salade César sous de grands arbres avec une belle vue sur le Danube. La vaisselle et le service sont raffinés et le prix raisonnable.

L’église Mathias

A 13 heures visite de l’Eglise Mathias, une surprise nous attend : une chorale de petites filles japonaises d’Hiroshima robes rouges, chemisier blanc qui chantent en latin, elles sont très mignonnes et peuvent avoir 8 ou9 ans. L’intérieur de l’église est complètement recouvert de fresques, malheureusement trop 19ème à mon goût. L’effet est surprenant.

Bains Lukacs
Nous terminons l’après midi aux bains Lukacs.

Europolis – Jean Bart (Eugeniu Botez)

DANUBE

Le Palais de la Commission Européenne du Danube à Sulina

A la suite de Danube de Claudio Magris où j’ai trouvé la référence du livre, et du Pilote du Danube de Jules Verne, j’arrive à la Mer Noire. Inutile de chercher Europolis sur l’Atlas. Je pense d’abord à une ville fantôme ou à une ville de Science-Fiction. Non, Europolis  était la ville de la Commission Européenne. 

Europolis est l’humble Sulina roumaine, petite ville de littoral et grand port sur le Danube, siège de la
Commission européenne du Danube….

….après la Guerre de Crimée, la Turquie ne pouvant pas et la Russie ne voulant pas assurer la navigation sur le fleuve, les grandes puissances qui avaient besoin du blé roumain avaient organisé après la guerre de Crimée la fameuse Commission européenne du Danube

Selon Wikipedia,  À la fin du xixe siècle, elle affichait une population de 4 889 habitants dont 2 056 grecs pontiques, 803 roumains, 553 lipovènes, 444 arméniens, 268 turcs, 211 austro-hongrois, 173 juifs, 117 Albanais, 49 allemands, 45 italiens, 35 bulgares, 24 maltais britanniques, 22 tatars, 22 monténégrins, 21 serbes, 17 polonais, 11 français, six danois, cinq gagaouzes, quatre indiens britanniques et trois égyptiens. 

Sulina était donc une ville cosmopolite, comme tous les ports de commerce, porte de l’Europe vers l’Orient, entrée aussi du trafic fluvial sur le Danube, le plus grand fleuve européen. La communauté la plus importante était celle des Grecs à cause de la présence historique des Grecs autour de la Mer Noire et aussi à cause de l’importance des armateurs Grecs dans le trafic maritime et le commerce.

« C’est que les Grecs ont, à leur manière, raison lorsqu’ils se prétendent les hôtes les plus anciens de ce littoral.
Dites-moi, n’y a-t-il pas eu ici des colonies grecques ? Avez-vous oublié l’histoire et l’expédition des
Argonautes qui cherchaient par ici la Toison d’or ?

Critiques ouvertes, discussions violentes, car tout Grec naît marin ; nonobstant son métier, il est en outre
capitaine… de navire, de caïque ou de barque. »

Les personnages du romans sont pour la plupart grecs et le Grec apparait « dans le texte » du roman écrit par ailleurs en Roumain. C’est l’histoire du retour d’un enfant du pays expatrié en Amérique. L’histoire commence avec la réception de la lettre annonçant ce retour. Dans l’imaginaire de tous, les Grecs font fortune en Amérique ; Nikola, le frère de Stamati, le cafetier, ne peut être que millionnaire. Chacun spécule sur cette fortune et chacun rêve de s’associer pour investir dans un projet mirifique.

L’Américain fut célébré comme un authentique héros de l’Antiquité, de retour dans sa patrie après une longue
odyssée.

Nikola n’arrive pas seul, il est accompagné de sa fille Evantia, noire de peau et d’une grâce telle, qu’elle acquiert le surnom de Sirène noire. On se dispute sa compagnie aussi bien dans la communauté grecque qu’au Palais de la Commission Européenne tous les marins et les officiers de marine la convoitent. La déception de le découvrir sans le sou sera très cruelle.

Europolis est aussi une histoire d’amour. Il est beaucoup question d’amour chez ces marins qui font escale à Sulina. Ce n’est pas l’aspect le plus plaisant du livre : la misogynie qui s’étale sans fard est difficile à lire pour la lectrice de 2020. L’amoureux transi moqué par ses camarades, le séducteur, Don Juan sans scrupule, les amours vénales des marins qui font relâche au port. On devine dès le début que la belle jeune fille naïve est promise à la déchéance. Il faudrait pouvoir sauter les chapitres entiers où les marins échangent ces considérations machistes.

Europolis est aussi une très belle évocation du delta, de l’ambiance de cette ville écrasée de chaleur l’été, prise dans les glaces l’hiver, du fleuve :

Vous allez voir l’un des spectacles les plus grandioses de la nature. Observez la couleur de l’eau. Deux nuances
bien distinctes. Nous sommes en mer, mais nous voguons déjà dans les eaux du Danube. Tenez, la surface est
toute bleue jusqu’à l’horizon, et uniquement dans la direction que nous suivons, une large bande couleur café
partage le miroir d’eau. C’est l’eau douce, boueuse, du fleuve, qui passe au-dessus de l’eau salée et limpide de la
mer sans s’y mêler à ce stade. Deux domaines, deux forces formidables de la nature se rencontrent ici sous nos
yeux. Le fleuve dominateur, qui n’a pas connu d’obstacles dans son cours et que nulle force n’aurait pu arrêter, n’interrompt pas sa course, il continue en haute mer jusqu’à ce qu’il y perde son eau et son nom. C’est ici que la personnalité du Danube disparaît après avoir englouti l’eau de cent trente rivières, après avoir baigné sept pays, cinquante ville, coupé l’Europe en diagonale.

J’aurais aussi pu évoquer les pirates qui volent le blé, le transportent dans des chalands à double cale…cette lecture est pleine de surprises.

Budapest : concert Liszt – Bains Gellert

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Concert Liszt

Franz Liszt à l’opéra

Nous mettons nos plus beaux atours et partons à l’avance pour avoir les meilleures places au concert Liszt. Deux trams, en un quart d’heure nous sommes sur place.

Il faut acheter une nouvelle Budapest Card puisque la nôtre expire ce soir. Ibusz est fermé le samedi, à la gare, un bureau de change nous en vend.

La salle de concert est pleine, il y a surtout des vieilles dames endimanchées mais aussi des enfants avec leurs parents. Certains sont venus avec des sacs en plastique de supermarché contenant une serviette éponge pour la piscine.

La pianiste est une grande et grosse blonde aux cheveux crêpés, très maquillée, en robe longue grenat. Elle a passé sa tête entre les rideaux et a l’air morte de trac. Comme s’il ne faisait pas assez chaud, on ferme fenêtres et rideaux. Je dégouline. La pianiste commence à massacrer Beethoven, la Pathétique. Dominique qui l’a jouée, relève les fausses notes, et met certaines sur le compte des doigts qui glissent avec la chaleur. Ensuite au programme, la grande Polonaise, Dominique me donne des coups de coudes, « c’est trop difficile, elle n’y arrivera jamais« . Malgré le lieu mythique nous n’assistons pas à un concert exceptionnel. Viennent ensuite des pièces de Kodaly que nous ne connaissons pas, Dominique a envie de partir, moi, je veux attendre Liszt. On se sauve entre deux mouvements et écoutons la fin du concert dans l’entré e où la fenêtre ouverte donne un bon courant d’air. Bizarre impression, quand on ne voit plus la grosse dondon avec ses chairs molles qui tremblent, la musique est plus belle.

Bains Gellert

Bains Gellert : hall art déco

Le hall d’entrée des bains Gellert est rempli de touristes, beaucoup de Français mais aussi des Espagnols, des Italiens. Nous payons prix réduit avec la Budapest Card mais nous nous retrouvons dans un vestiaire collectif avec des consignes pleines et une employée désagréable. Dans les bains les plus sélects on doit se déshabiller devant tout le monde. Heureusement! on a pris nos précautions !

Bains Gellert décor extérieur

Après avoir parcouru de longs couloirs (encore !)Nous arrivons à la piscine extérieure entourée de marbre rose avec un mur en petites pierres et carrelage Art Nouveau, sculptures et colonnes, un filet d’eau descend en cascade d’une série de vasques en escalier. Le décor est somptueux mais il y a vraiment foule.

Bains Gellert pis cine découverte

Nous préférons la piscine intérieure recouverte d’une verrière coulissante beaucoup plus calme et surtout plus belle. Le bassin est entouré d’une colonnade en céramique crème a motifs Art déco géométriques rappelant la mer. Le bord est de marbre rose, les murs bleu marine sont décorés de potiches de porcelaine de chine. Au fond une vasque avec une naïade qui porte dans ses bras des canards. Des lions crachent de l’eau.

Bains Gellert piscine couverte Art déco

Derrière une porte verrouillée qui s’ouvre discrètement quand on sonne, le hammam des femmes. On peut quitter son maillot et se baigner nue dans des piscines chaudes (38° ou34°). Au mur des mosaïques bleues roses et dorées, des pavés de verre laissent passer le jour donnant une lumière très douce comme dans les bains turcs.

Bains Gellert Hammam des femmes

Budapest by night

Nous avions prévu une croisière sur le Danube mais devant l’affluence des touristes qui arrivent en troupeaux pour le week-end nous nous ravisons et décidons de marcher sur les quais du Danube côté Pest.

la Bastille

Sur le quai d’en face, l’Institut français a construit une Bastille bleue Blanc et rouge, installé un podium décoré de ballons tricolores pour fêter le 14 juillet.
Nous attendons que la nuit tombe et que les lumières s’allument sur la colline du château. Le Pont des Chaînes s’illumine de toute une guirlande. Plus loin le bastion des Pêcheurs. Nous longeons le fleuve, il y a vraiment beaucoup de monde. Soudain une barge s’immobilise au milieu du Danube, une fusée explose et nous assistons au plus beau feu d’artifice du14 juillet donné en spectacle par l’Institut français.
C’est vraiment une jolie surprise, nous aurions pu choisir n’importe quel autre soir pour notre promenade nocturne.
Dominique n’a vraiment pas de veine, elle se relève de la pelouse où nous étions assises avec le short complètement trempé, il y avait une flaque ! Le retour se fait un peu sauve -qui -peut.

Budapest – Andrassy, Place des Héros, bains Szechenyi,

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Andrassy ut

Andrassy Ut. Atlantes

Promenade III du Guide VISA :4Andrassy. Dominique reste dans le métro jaune. Nous avons fixé deux rendez vous, l’un à la maison de Liszt, l’autre à la place des Héros.

le métro jaune

Le petit métro jaune circule près de la surface. Les stations sont carrelées de blanc avec des bordures marron avec les mêmes carreaux que le métro parisien autrefois. De mon côté, je longe de beaux immeubles qui ont des entrées monumentales : caryatides, colonnes et portes ouvragées. J’entre sous des porches et découvre marbres et fresques.
Opéra


L’Opéra est une copie de celui de Vienne, en beaucoup plus petit. Les statues des musiciens debout sur la corniche sont assez amusantes.  Liszt a une position privilégiée sous une coquille, en habit d’abbé.

Maison de Liszt

maison de Liszt

La promenade est délicieuse, il fait encore frais. Nous sommes les seules visiteuses dans l’appartement de Liszt. La dame de la caisse parle français. Elle nous renseigne très aimablement. Nous achetons une brochure qui détaille tous les éléments du mobilier et les portraits. Bien sûr, on voit de nombreux pianos, dont certains très curieux : un piano miniature à quatre octaves,  ses cordes sont remplacées par des lames de verre.
Le bureau où Liszt composait possède un tiroir renfermant un clavier à trois octaves. Dans un autre pièce, un harmonium a deux claviers, l’un pour l’harmonium, l’autre pour le piano. Demain on donnera un concert comme chaque samedi à 11 heures. Nous nous promettons de revenir.

Andrassy ut
Je continue seule ma promenade sur Andrassy qui a maintenant, une contre allée ombragée, les immeubles ressemblent à des palais, l’un d’eux est recouvert de mosaïque dorée.

Place des Héros

Place des Héros : arrivée des Magyars

Nous nous retrouvons sur la Place des Héros, immense quadrilatère dallé de noir et de blanc, en son centre, une haute colonne avec d’énormes statues : c’est le monument du Millénaire commémorant les 1000 ans de l’installation de tribus hongroises en 896. Au fond une colonnade comportait des statues, celles ci ont disparu. Pourquoi ?

Musées

Cet ensemble grandiloquent est bordé sur les deux côtés de musées ressemblant à des temples grecs. L’un d’eux est polychrome avec des dorures sur les chapiteaux, c’est plutôt kitsch !

Comme les musées sont gratuits nous entrons au Musée des Beaux Arts, celui dont le fronton imite celui du temple de Zeus. Dans des salles immenses les tableaux sont accrochés rapprochés les uns contre les autres recouvrant tout l’espace disponible. Les chefs d’œuvre sont mélangés avec des œuvres mineures (si ce n’est quelconques) Il y en a tant qu’on a du mal à s’y retrouver. L’abondance donne un résultat très indigeste.
Je cherche dans chaque salle le tableau qui me plaît, je suis déçue par le Greco mais ravie par le Breughel. Un Canaletto représentant Venise me plaît bien.

Bains Széchenyi

Nous achetons des brochettes pour manger dans le parc du Varosliget.

les Bains széchenyi sont dans un véritable palais

Les Bains Széchenyi sont installés dans un véritable palais avec des coupoles vertes. On entre par un escalier majestueux. L’employée est habituée aux touristes : pour un forfait de 1500 forint nous pourrons aller partout où il nous plaira, on nous donne un jeton qu’on glisse dans la fente d’un portillon. Dédale de couloirs qui mènent dans des lieux mystérieux dont la destination est écrite en Hongrois.  Trouver les cabines est une aventure. Si nous entrions par erreur dans le hammam des hommes ? ou dans un lieu de traitement médical ?Après les vestiaires nous poursuivons notre parcours initiatique par des couloirs et des salles de repos, les bassins d’eau thermale très chaude, des piscines de formes variées  dans lesquels trempent des hommes et des femmes d’âges divers.

Bains széchenhyi : décors de mosaïques

Enfin nous atteignons l’extérieur à la sortie d’un escalier en colimaçon trois grandes piscines dans un décor baroque. Murs peints en jaune comme à Schönbrunn, moulures blanches, balustres, festons et guirlandes. Au milieu d’un bassin rond, une vasque, sur le rebord de la piscine, des divinités marines juchées sur des dauphins nous surveillent.

bains széchenyi : piscine découverte

Il y a beaucoup de monde mais les installations sont si vastes que l’on trouve facilement une place. On peut nager sans se gêner. L’ambiance est différente des piscines de France : pas de cris, pas de bousculade ou de plongeons. Il faut dire que les enfants sont rares et les ados absents. La majorité du public est d’âge respectable. Un maître nageur à chaque extrémité de chaque piscine siffle les nageurs sans bonnet. Nous avons donc un moment de détente et de calme. Je nage dans ce cadre royal dans la piscine à 25 ° longue d’au moins 50 m/.Un peu plus loin, une piscine ronde  a des bulles et un courant giratoire, des jets d’eau, tous les enfants réunis dans cette sorte de manège, suivent un géant poilu mais au crâne rasé à la silhouette d’haltérophile qui porte une jeune fille brune aux longs cheveux à bout de bras et émet des imprécations dans ne langue slave (russe, bulgare ?)
Dans la piscine d’eau très chaude on joue aux échecs assis dans l’eau.

Bois de Ville

Nous rentrons tranquillement en faisant le tour du château composite sur le bord du petit lac : il reproduit sur chaque face un site connu de la Hongrie, nous reconnaissons la chapelle de Jak, la façade de Fertöd un autre château Renaissance, un clocheton de bois à toiture compliquée et une tour moyenâgeuse. L’ensemble est kitsch et peu intéressant. C’est un précurseur du château de la Belle au bois dormant d’Eurodisney.

Galerie d’Art moderne
La Galerie d’art Moderne  est logée dans le temple antique polychrome. Contrairement au musée d’en face, peu de tableau sur les murs blancs, mais ce qui est mis en valeur n’offre que peu d’intérêt. En revanche on a tassé un Picasso, 3 Modigliani et deux Kandinsky dans une même salle.

Dans une dernière salle une exposition sur le thème des collections de Gertrud Stein avec des copies de Picasso de Braque ou de Cezanne sur des matériaux divers : chaises, caisses avec des couleurs fanées.

Pest
Le petit métro nous conduit place Vörôsmarty dans le quartier piétonnier et chic de Pest : je lorgne le Café Gerbeau mais Dominique déclare que nous sommes mal fringuées et surtout, manger un gâteau à la crème ne lui dit rien (à moi si !). Nous arrivons au Danube devant les grands hôtels Hyatt, Mariott… qui font un front de fleuve très moderne et très quelconque (mieux que le front de seine du Xvème)Sur le bord du Danube il y a de belles terrasses de café, beaucoup de promeneurs , sur le corso les rails du tram nous séparent du quai en contrebas.

Pont des chaînes

Le fameux pont des Chaînes gardé par des lions sans langue, est un des symboles de Budapest. Il est long de 235 m.  En face le funiculaire grimpe au château, tout petit en bois peint en jaune, très cher . Passé six heures, les musées sont fermés mais la lumière est très belle, il y a peu de monde et une relative fraîcheur ? Nous déambulons dans le palais grandiose. Des clarinettistes plutôt jazz  et un violoniste nous donnent un concert de plein air.
Une rampe pavée nous conduit au Danube. Le 86 un bus direct  nous ramène très vite chez nous.

Les Aventures Extraordinaires d’un Juif Révolutionnaire – Alexandre Thabor – TempsPrésent

MASSE CRITIQUE

Excellente Pioche à la Masse Critique!

J’ai dévoré ce livre, une fois commencé je ne l’ai plus laissé. Merci à Babélio et  l’éditeur du TempsPrésent

« Et bien, votre fils Sioma…en deux mots c’est un Don Quichotte tragique… un héros antique, en quelque sorte » […]…mais inspiré par un vieux philosophe, un hassid, sans doute, qui lui apprit que « sans l’espérance, nous ne trouverons jamais l’inespéré » « .

Lecture passionnante : un demi-siècle de révolutions, 1904-1946 , d’Odessa à la Guerre Civile espagnole, aux camps du Vernet de Djelfa, en Palestine. Sioma, le père d’Alexandre Thabor, raconte sa vie à son fils après une longue séparation. Ce livre qui se lit comme un roman d’aventures, est le témoignage d’un combattant révolutionnaire. C’est aussi une merveilleuse histoire d’amour de deux enfants juifs d’Odessa 15 ans et 13 ans qui se sont aimés jusqu’à ce Tsipora ne soit réduite en cendres quelques jours avant la libération d’Auschwitz.

Révolutionnaire depuis sa plus tendre enfance :

« C’est à six ans que mon père m’a ouvert les yeux sur le monde dans lequel nous vivions, nous les Juifs : un monde de pogroms, d’incendie, de pillage, de viols, de dévastations, de massacres perpétués par les Cent-Noirs »

….

C’est juste après l’assassinat de Stolypine, l’organisateur des Cent-Noirs un jour de Septembre 1911, que mon père a jugé bon de commencer mon éducation politique. […]Il m’a raconté le dimanche sanglant de 1905 à Saint Pétersbourg, les grandes grèves d’Odessa, la mutinerie des marins du Cuirassé Potemkine…

Révolutionnaire et juif,  révolutionnaire parce que juif?

Son père tenait une école où l’on enseignait le Russe avec Gogol et Pouchkine, l’Hébreu avec la Torah, …et les prophètes  : Amos, le premier révolutionnaire ouvrier, Isaïe très présent tout au cours du récit. Malgré les violences, les récits de guerre,  les références aux textes juifs sont présentes.

Chagall : la Guerre

Sioma, adolescent à Odessa, vit dans une ambiance de violence extrême. Le récit d’un pogrom est insoutenable. Après la Révolution de 1917, Odessa est le théâtre d’affrontements entre l’armée Rouge, les armées blanches et les nationalistes ukrainiens. La communauté juive est, elle-même, partagées, certains juifs soutiennent l’Ukrainien Petlioura, pourtant antisémite. Sioma choisit les komsomols où il acquiert une éducation politique et militaire.

Chaghall : le salut

Ce n’est qu’après le pogrom de Jitomir (1919)  que son ami Gedeon l’entraine à une réunion du Poalé-Zion sioniste. Il entend parler Kalvarisky , un proche de Martin Buber partisans d’une entente entre les Arabes et les Juifs en Palestine. L’idée de quitter Odessa pour Eretz Israel ne le tente d’abord pas du tout. Pendant de longues années, se succèdent affrontements et massacres.  Ce n’est qu’en 1924, avec Gedeon et Tsipora qu’ils iront s’installer à Nahalal dans la ferme de leurs amis Olga et Youri.

Jamais, Sioma et Tsipora n’ont adhéré au slogan « Une terre sans peuple, un peuple sans terre » . Déjà, à Odessa, ils connaissaient la situation : deux peuples condamnés à vivre ensemble sinon , selon Martin Buber, il s’en suivrait une Guerre de Cent Ans.

« partisans de la création d’un Etat commun binational, nous étions certains que cet espoir serait comblé un jour ou l’autre. De ce point de vue, nous nous sentions pleinement révolutionnaires »

L’installation à Nahalal au printemps 1924 se fait dans l’enthousiasme jusqu’à ce qu’une famille palestinienne ne vienne cultiver les terres qu’on leur avait volées et qu’un membre du moshav ne tue le père. 

« Sioma ressent sa vie en Eretz Israel entachée par ce crime. Il éprouve désormais l’obligation d’empêcher pareilles injustices »

Après avoir protesté, devenus indésirables, ils sont chassés du moshav et déménagent à Haïfa où ils militent pour l’entente avec les Arabes avec qui avait fondé avec Martin Buber, Brit Shalom qui lui fait connaître le maire de Haïfa et les grandes familles arabes. Sioma rencontre aussi Yitzhak Sadeh qui l’a accueilli au Bataillon du travail tandis que Tsipora travaille avec Sarite la sœur d’un communiste arabe Nadjati Sidki dans une école bilingue accueillant enfants juifs et arabes. Ils soutiennent les revendications et les grèves des travailleurs arabes

« Ils deviennent des traîtres, des vendus à la cause arabe »

Tandis que les émeutes, les violences intercommunautaires et antibritanniques s’intensifient. En 1936, à la suite d’une décision de la Histadrout de bannir les travailleurs arabes, la grève se transforme en lutte armée.  Sioma est arrêté par les Anglais et emprisonné à Saint Jean d’Acre. Il est expulsé de Palestine et rejoint les Républicains espagnol dans leur lutte contre le fascisme. 

Il ne part pas seul, 25 militants antifascistes juifs et 2 arabes forment

« mon unité, mes Palestiniens » 

Jose Garcia de Ortega

dans les brigades internationales. Il retrouve d’anciennes connaissances d’autrefois quand il était dans les komsomols et furent

« accueillis par André Marty, le héros de la mutinerie de la marine de guerre française dans la rade d’Odessa »

Le récit de la Guerre d’Espagne est détaillé sur 75 pages, de bravoures, de tueries, d’occasions ratées, de défaites sanglantes et aussi de coups tordus. Bataille de Madrid, de Saragosse, de Teruel pour finir par la Retraite, la Retirada. Impression de gâchis. Les ordres de Moscou sont contradictoires. Chaque clan livre bataille de son côté, quand ce n’est pas les uns contre les autres. Exécutions sommaires de déserteurs. Déserteurs ou opposants politiques? Les communistes semblent plus occupés à décimer les anarchistes et les trotskistes qu’à gagner la guerre civile. Exécutions aussi de militants communistes chevronnés, hauts gradés qui ont déplu à Moscou. Jeanne, une journaliste qui a publié un article sur la commune des femmes libres de Calanda (anarchistes), Lucia Cordoba, une chirurgienne dont le seul tort est d’avoir soigné un officier franquiste, périssent dans d’étranges accidents, enlèvement, guet-apens. Et pourtant, malgré tout cela, Sioma continue persuadé de la justesse de leur lutte anti-fasciste.

1939, Sioma est interné dans des conditions très dures au camp du Vernet d’où il s’évade pour retrouver  Tsipora à Paris. Il est repris sous les yeux de son fils et de sa femme renvoyé au Vernet puis en Algérie à Djelfa jusqu’en 1942. Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord les anciens des Brigades furent libérés et un émissaire soviétique vient chercher Sioma pour l’envoyer en Palestine.

Chagall : à la Russie, aux ânes et aux autres

Détour par Moscou, où chaque clan autour de Staline avance ses pions. Béria pense l’utiliser dans un comité juif, le CAJ, cherchant à lever des fonds d’aide à l’Armée Rouge. En contrepartie, l’URSS soutiendrait la création de l’Etat d’Israel. Protégé par sa mission soviétique, il peut retourner en Israël d’où il était banni. Occasion de retrouver Haïfa, sa mère et ses camarades de combat.

1946, la guerre est finie mais la libération des camps a changé la donne. Ben Gourion, la Haganah préparent les forces du futur Etat d’Israël. Où se trouve Sioma le jour de l’Indépendance?  Ce n’est plus le sujet. A Paris il apprend la mort de Tsipora.

Témoignage sur la Révolution Russe à Odessa, sur la vie du Yichouv de 1924 à 1936, récit de la Guerre d’Espagne. C’est aussi un récit très poétique entrecoupé des versets d’Isaïe ou de Jérémie, de poèmes écrits par ces poètes yiddisch qui vont disparaître en 1952 lors de la purge de Staline.

Un récit, parfois touffu, où je me suis un peu perdue, mais passionnant.

En bonus : la préface d‘Edgar Morin. Une postface très intéressante : Ils rêvaient de binationalisme signée Dominique Vidal