Les trois vies de Babe Ozouf – Didier Decoin

BALADE NORMANDE – COTENTIN

Le nez de Jobourg

Elle avait pris la ferme de Jobourg pour cette sensation de vivre en face d’un espace illimité, d’un presque néant
de landes rases, d’eau et de nuées. Depuis la lucarne du fenil, le regard se perdait à l’infini. Parfois, sur le coup
d’octobre ou de novembre, un mur de brume venait s’appuyer contre les clôtures, mais Babe savait que ce
brouillard-là n’avait rien à cacher ; il était le prolongement visible du monde informe au-delà de sa ferme, terres
où levaient des murets si bas que les agneaux de Pâques eux-mêmes, dès le lendemain de leur naissance, se
sauvaient d’une pâture à l’autre. Sauf en été où les ombres étaient franches, les vagues de l’herbe et les vagues
de la mer avaient une même couleur – un malentendu gris et bleu fermait là-bas au bout. Le bout du monde, c’est justement là

Pour rester encore à La Hague après avoir fini Avec vue sur la mer du même auteur. 

Les Trois vie de Babe Ozouf est un roman en trois parties, trois vies, trois femmes. Babe Ozouf (1893), Catherine dans  les années 30, sa fille, Carole (1944) la petite fille. Unité de lieu : La Hague. Un destin commun : naufrageuses. Une constante : le feu. Et toujours la présence de la mer sauvage, des tempêtes. 

Didier Decoin évoque avec vivacité les falaises, la lande et les genêts, ainsi que la vie rurale traditionnelle au début du XXème siècle et j’ai eu grand plaisir dans ce dépaysement.

Histoires d’amour et de passion avec la figure fière et flamboyante de Babe Ozouf, en demi-teinte avec le mariage de Catherine, à peine sortie de l’enfance et du peintre Louis. Cette histoire à la limite de la perversion me laisse un peu dubitative. Il fut un temps ou Lolita ne posait aucun problème, maintenant on est plus critique. Pour Carole de Chicoutimi, l’amour est secondaire son destin se confond avec la Résistance, même si…

La Hague est autrement belle, ce soir, empourprée et toute retroussée de vent comme une fille qui danse. Je suis
moi-même une fille qui danse, pense Carole, je vais danser devant un feu, danser devant un grand bateau, un
navire orgueilleux qui a fait régner la terreur dans les fjords, à la fin je le faucherai d’un croc-en-jambe et il se
couchera sur le flanc, mais

La nuit sur la Hague, qu’elle soit feutrée par les brumes ou pleine du hurlement des tempêtes, libère de singuliers
démons.

je recommande ce livre à tout touriste, visiteur, vacancier dans le Cotentin. A lire sur place ou au retour!

 

Albrecht Altdorfer, Maître de la Renaissance Allemande au Louvre

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 4 janvier 2021

Adoration des mages

Albrecht Altdorfer (1480 – 1538)de Ratisbonne , proche des humanistes fut le chef de file du « style du Danube » selon la présentation de l’Exposition. L’exposition chronologique commence par les Jeunes années et le style en formation où les œuvres d’Altdorfer sont mises en regards avec les maîtres qui l’ont influencé : Dürer (1471 – 1528)de Nuremberg, Cranach (1472 – 1553) Mantegna (1431 – 1506) et d’autres italiens.

St François recevant les stigmates et St Jérôme en pénitent

Ces deux petits tableaux de style miniaturistes sont exposé à côté de deux gravures de Dürer et de Cranach dont la composition est très voisine. Si Altdorfer s’est peut être inspiré de Dürer celle de Cranach est postérieure. De même une Vierge aux longs cheveux d’Altdorfer est très proche de celle de Dürer.

Le rêve de Pâris

A côté des sujets religieux, ou inspirés de la mythologie, comme Vénus et Cupidon ou l’Allégorie nettement inspirée par les Quatre Muses de Mantegna et le Rêve de Pâris, Altdorfer aime représenter des couples d’amoureux

Couple d’amants dans un paysage

Chastes amoureux dans un champ de blé

couple d’amoureux dans un champ de blé

Quelquefois, il est plus grivois avec ces lansquenets lutinant des amoureux

Deux lansquenets et un couple d’amoureux

A propos de lansquenets cela me fait penser à la Farnesina!

Lansquenets avec des plumes sur le casque aussi dans le cortège de Maximilien, oeuvre géante de 139planches, frise de 80 m de long;

cortège de Maximilien
j’ai adoré ces gravures ou dessins, parfois rehaussés de gouache. On pourrait rester des heures à observer tous les détails. Heureusement que les visiteurs qui doivent réserver un créneau de visite, Covid oblige, ne sont pas nombreux. Il y a même des gravures minuscules comme cette histoire sainte
Passion du Christ

habile dessinateur et graveur, Altdorfer est aussi peintre

Crucifixion

Peintre aussi de batailles (on pense à Uccelo)

Bataille de Charlemagne contre les Avars aux abords de Ratisbonne

Comme j’aurais aimé voir le chef d’œuvre de la Bataille d’Issos que livra Alexandre contre Darius. Elle est restée à Munich mais une étude détaillée sur un grand écran nous la fait connaître.

Altdorfer et Dürer ont aussi peint et dessiné des paysages ce qui était une nouveauté. mon préféré est ce Val D’Arco de Dürer qu’on peut contempler aussi longtemps pour découvrir les détails du village sur l’épaulement.

Dürer : Val d’Arco
Altdorfer : paysage

La présence d’épicéas est récurrente dans les paysage d’Altdorfer

Altdorfer : paysage (avec épicéa)

Une bien belle découverte que ce Maître de l’école du Danube! et une belle exposition avec en prime, Dürer, Cranach, Mantegna…26

Pique-nique au Gué de l’Epine

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Gué de l’Epine : moutons dans les herbus

Le Gué de l’Epine se trouve sur les bords de la Sélune  à 8km d’Avranches sur la commune de Val-Saint-Père. La route à moitié inondée par les grandes marées d’équinoxe (coefficient 111) court le long des herbus où paissent en liberté les moutons grêvins avranchins qui se reflètent dans les flaques. Des hommes tirent de la rivière un carrelet . Par chance, il y a un bar!

Gué de l’Epine : pêcheurs

La route le long des herbus arrive à un petit aérodrome sur l’herbe. Sur la carte IGN les pistes sont dessinées dans l’eau. Le GR 223 continue mais la route carrossable s’enfonce dans les terres et nous sommes forcées de retourner à Avranches?

Nous terminons l’après midi à la Plage de la Dune près de Dragey où nous étions il y a une semaine.

Un dernier coucher de soleil!

Dernières photo de coucher de soleil sur la plage….et fin des vacances.

Avranches : Scriptorial

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Avranchees : donjon et jardins

Le Scriptorial est le Musée qui conserve les manuscrits précieux du Mont saint Michel. Malheureusement, en période de Covid ces manuscrits ne sont pas visibles (la climatisation du Trésor pouvant être dangereuse). C’est donc une visite frustrante. j’en avais gardé un bon souvenir ainsi que celle du Book of Kells au Trinity College à Dublin. 

Le Scriptorial est un musée moderne construit à la base du Donjon et sa courtine. Arrivée avant l’ouverture, je fais une promenade dans les rues étroites d’Avranches et visite deux jardins : l‘Hortus, jardin des simples des ermites médiévaux avec ses carrés de plantes médicinales et tinctoriales et ses rangées de poiriers en espalier (Louise Bonne d’Avranches). En partie haute Le Jardin des Passeurs autour d’une statue contemporaine en ferraille en hommage aux greffes du coeur

Au musée, de nombreux panneaux et des vidéos racontent l’histoire du Mont Saint Michel 

 

Chronologie :

540 Saint Pair ; fondation d’un monastère à Astérac

708 Aubert, évêque d’Avranches,  fonde un oratoire au Mont saint Michel

931 Les Bretons sont repoussés et le Mont devient Normand

966 Installation des Bénédictins

VIII ème siècle : les premiers manuscrits du Mont Saint Michel

Xème apogée du Scriptorium

XII ème « cité des Livres »

pendant la Guerre de Cent ans la forteresse fut assiégée 30 ans et jamais prise

1793 le Mont Saint Michel est transformé en prison

1897 construction de la flèche par Victor Petitgrand

Mythes et Légendes autour du Mont Saint Michel

Au Vème siècle, au Gargano apparaît le Culte de Saint Michel  qui aurait pu prendre la place des dieux antiques : Esculape, Apollon ou Mithra. Le Mont Saint Michel aurait recelé une relique de Saint Michel, provenant du Gargano : un fragment du tissus rouge recouvrant l’autel.

Mythe de la forêt de Scissy disparue au cours d’un violent raz de marée?

L’apogée des pèlerinages fut au XVIème siècle mais avant : pèlerinage des Pastoureaux et des rois Guillaume le Conquérant, Henri II Plantagenet, Saint Louis, Philippe le Bel, Louis XI.

Les Objets du Pèlerinage

Schiste gravé pour moule

A côté des statues de Saint Michel et des pèlerins, j’ai bien aimé les Moules d’enseigne du Mont saint Michel : production quasi-industrielle de petits objets de plombs que les pèlerins cousaient à leurs vêtements en souvenir du pèlerinage. Les moules étaient en schiste gravé ou en terre cuite; cette industrie du souvenir m’a fait sourire. Finalement le Mont Saint Michel a peu changé à travers les temps!

Autour du thème du manuscrit et du livre 5 vidéos sont projetées : Calligraphie, Enluminure, Reliure, Fabrication du papier et Imprimerie. Des artistes contemporains s’approprient les techniques séculaires et réalisent des créations modernes.

les livres et manuscrits de l’Abbaye. A côté des textes religieux on trouve des textes historiques les Chroniques de Robert de Thorigny : Histoire des Ducs de Normandie de Guillaume de Jumièges, La Geste de Robert Guiscard ainsi que des textes anciens comme L’Histoire Naturelle de Pline

Dans l’ exposition temporaire des Peintres Officiels de la Marine , je reconnais des paysages de la région comme la plage de Carolles par Miollis, les sculpture des phoques de Lemonnier, ou En marche vers le Mont de Jacques Coquilary et le Prieuré de Saint Léonard d’Arcile.

 

La Dernière Interview – Eshkol Nevo

LIRE POUR ISRAEL

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Eshkol Nevo, écrivain chevronné,  anime des ateliers d’écriture. Il sait qu’une composition chronologique et linéaire d’un roman est passée de mode (comme je l’ai lu récemment sur le blog de Claudialucia à propos d’un autre livre). Il subit une crise : sa fille ainée a quitté le domicile familial pour un internat dans le Néguev, son couple se dissout avec l’indifférence de Dikla, sa femme, son meilleur ami Ari est hospitalisé avec un cancer en phase terminal et lui-même se trouve en panne d’inspiration pour un nouveau roman.

Il imagine de répondre à une « dernière interview« . Sauf que l’interview n’en est pas vraiment une : pas de journaliste pour lui poser des questions, le relancer, exiger des précisions ! C’est un questionnaire venant d’Internet. Et l’écrivain (Eshkol Nevo lui-même?) répond, ou non, fait de longues digressions si bien que le lecteur oublie complètement  la question posée.

« Pareillement, je m’efforce d’observer cette approche dans l’écriture. Au demeurant, cette année, j’avais le projet
de rédiger un roman. Au lieu de quoi, je réponds à cette interview sur la base d’« une sélection de questions de
nos internautes » que m’a transmise le webmestre d’un site quelconque. J’étais censé réagir par des réponses
toutes prêtes, mais j’ai préféré dire la vérité. Ce devait être une interview, et rien de plus, mais peu à peu – sans
doute suis-je incapable de procéder autrement –, cela s’est transformé en récit. »

Réponses sincères ou affabulations?

Quelle importance! Un des sujets de l’interview est le métier d’écrivain. L’écrivain raconte des histoires, invente des histoires, brode sur son histoire et  celle de sa famille ou sur une histoire entendue dans l’autobus (les Israéliens ne se privent pas de parler fort dans leurs téléphone et d’étaler leur vie privée dans les transports en commun). Au lecteur de recoller les anecdotes livrées dans le désordre et  de plonger dans le monde de l’auteur!

Quand il n’écrit pas, l’auteur présente ses livres à l’étranger et en Israël. Il ne recule pas devant des invitations en milieu difficile comme dans les colonies dans les territoires. Quand on lui demande pourquoi il est venu il répond :

« La curiosité. Je suis curieux de vous connaître. De même que les implantations, plus généralement. Le fait que
vous ayez choisi d’habiter dans un endroit pareil… exerce une influence sur l’avenir de notre pays. Et sur ma
propre existence. À vrai dire, je pense que vos communautés représentent un obstacle à la paix. Franchement ?
Je pense que vous anéantissez toute chance que moi et mes enfants vivions jamais une existence normale dans ce
pays. Mais tout cela, je le pense de loin. « 

Ou dans un lycée conservateur où un de ses livres au programme du bac a été étrangement censuré.

« Elle m’a tendu le livre recouvert d’une protection plastique de bibliothèque, je l’ai ouvert et presque aussitôt je
les ai remarqués : les passages en blanc. Chaque fois que la voix de l’ouvrier palestinien apparaissait dans
l’ouvrage original, un blanc l’occultait. Au début, peu de passages de ce genre, ensuite, plus nombreux, et, à la
fin de l’ouvrage, lorsque le Palestinien va en prison, il n’y en avait plus besoin. »

La lycéenne avait imaginé que les blancs étaient la « voix du silence », très poétique…..

Dans cette interview, le lecteur fera connaissance avec l’auteur, sa famille et même son célèbre grand-père Levi Eshkol, Premier ministre de l’Etat d’Israël de 1963 à 1969, que l’auteur n’a pas connu. Le lecteur assistera à une leçon d’écriture :

« qu’est-ce qu’une intrigue? Qu’est-ce qu’un rebondissement dans l’intrigue….

C’est aussi un joli roman sur la paternité. Un écrivain reste à la maison. Quand il est père de trois enfants il a le temps d’aller les conduire à l’école, de leur inventer des histoires….

Je vais chercher les autres ouvrages pour rester dans l’univers de cet auteur!

 

 

Le Lude et le Château de Chantore

22BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Pique-nique au « Parking du Lude » à Carolles que j’ai vainement cherché lundi. Beau panorama sur le Rocher du Diable dont le nom vient d’une légende où Saint Michel aurait combattu là le Diable. J’emprunte le sentier de le promenade du Lude qui suit le ruisseau jusqu’au Port du Lude :  une crique de galets et de rochers pittoresque et sauvage d’abord difficile par la mer. 

Le Port du Lude

Le Château de Chantore à Bacilly ne se visite pas : c’est un hôtel. Le parc de 19 ha est ouvert à la visite de 14h30 à 18h30 (prendre rendez-vous par téléphone). Pour les Journées du Patrimoine la visite est guidée par le propriétaire. Chantore fait penser à Moulinsart. Autrefois, ce fut une demeure du XVIIIème siècle délicate. les propriétaires sous le Second Empire décidèrent de l’embellir à la mode de l’époque : ostentatoire! Au Second Empire il n’était pas honteux d’être riche, au contraire la richesse s’étalait! Le château s’agrandit, la toiture gonflée il fut repeint rouge brique (fausses briques) pour être plus voyant. 

Promenade littéraire : chaque arbre remarquable est associé à une anecdote et à une courte lecture.

Les camélias ont une histoire piquante : les Anglais, grand buveurs de thé pensaient rapporter de Chine des graines de théiers. Les Chinois, peu désireux de perdre leurs exportations les trompèrent en leur donnant des graines de camélias. Le Camelia alba renvoient à la Dame au Camélia : Dumas ou Verdi! 

le Tilleul évoque tantôt les Arbres de la Liberté, tantôt la tisane : lecture du paragraphe de la madeleine de Proust.

Savez-vous que le nom de Séquoia a été donné à l’arbre en l’honneur de Monsieur Séquoiah, un cherokee  qui inventa un alphabet pour écrire les langues des Amérindiens qui étaient des langues orales .

Certains de mes compagnons de visite sont déjà venus et assurent que chaque année la visite est différente. Elle se termine par une promenade libre dans le parc où je m’émerveille devant la floraison des cyclamens au pied des hêtres.

 

Aline et les hommes de Guerre – Karine Silla

LIRE POUR LE SENEGAL

 

Aline Sitoé Diatta, la Reine de Cabrousse est une figure qui m’a interpellée lors de notre voyage en Casamance . 

La Jeanne d’Arc africaine. Celle qui entendait des voix. Une jeune femme à peine sortie de l’adolescence. Aline.
J’ai vu sa silhouette dans mes rêves avant de voir sa photographie. J’aurais pu la reconnaître entre mille.
Courageuse, belle, au port de tête insolent, torse nu, la pipe à la bouche, un gri-gri autour du bras, libre, féminine
et féministe avant l’heure.

Nous avons visité Cabrousse , le village où Aline est née en 1920. Un jeune nous avait raconté en quelques mots son histoire. Et nous avons voyagé sur le ferry  qui porte son nom de Ziguinchor à Dakar – traversée inoubliable.

Dès qu’on m’a signalé le livre de Karine Silla je l’ai téléchargé et lu sans attendre.

Aline Sitoé Diatta jeune paysanne de Casamance a quitté tôt son village pour être docker à Zinguinchor puis pour se placer comme bonne à Dakar auprès d’un couple de blancs. Sous l’effet de ses « rêves » (comme le disait le jeune de Cabrousse qui m’a raconté l’histoire) ou de voix qui lui parlaient, elle est rentrée vers 1941 au village et fut arrêtée le 8 mai 1943 et mourut au Mali en 1944. C’est donc une courte histoire.

L’intérêt du livre de Karine Silla est d’avoir contextualisé cette biographie : d’une part dans le récit de la vie villageoise et dans l’histoire de la colonisation. Elle entremêle les descriptions de la vie du village avec celle du couple de français à Dakar. Elle n’oublie pas les anciens combattants de la Première Guerre mondiale si patriotes et si mal récompensés.Le personnage de Diacamoune est très intéressant et très émouvant, il lui raconte l’histoire de son peuple, celle de Nahonda, amazone du Zimbabwe, et aussi les tranchées … Elle n’oublie pas non plus ceux qui ont cru dans le progrès et l’école de la République que les autorités utilisaient comme intermédiaires avec les paysans illettrés dans la collecte de l’impôt et la conscription. Elle situe l’action dans le contexte de la seconde guerre mondiale, évoque De Gaulle et la France Libre. C’est d’ailleurs dans le refus de la conscription en Casamance que se noue la résistance à la colonisation.

Riz en gerbe

J’apprends un peu tous les jours les secrets du sol et du riz. Il faut prendre de la terre pour se nourrir, sans la
brutaliser. Les sols doivent être travaillés avec respect. On doit bénir la terre pendant les cérémonies et ne pas
oublier de la remercier avec des sacrifices. Je l’embrasse avant de partir, un geste que je fais depuis toujours. Un
secret délicieux.

…….
J’entends la forêt parler. C’est mon secret. Je l’écoute, allongée dans les rizières à l’abri des regards, elle est loin
mais son chant est proche. C’est tellement beau une forêt qui chante.

J’ai beaucoup aimé ses récits détaillés des coutumes du village : l’importance du riz et les efforts des villageois pour entretenir les rizières alors que les colons veulent imposer la culture de l’arachide pour l’exportation. Grâce à ce livre, j’ai mieux compris les croyances animistes des Diolas. Bien que Reine Aline n’avait aucun pouvoir dans le village, sauf spirituel, c’était une prêtresse, une intermédiaire entre la divinité capable de demander (et d’obtenir) la pluie après une terrible sécheresse.

C’est une histoire de résistance avec la non-violence

J’engage mon peuple à désobéir. Nous sommes plus nombreux que les colons. Engageons-nous ensemble dans
la résistance. Nous avons été réduits à l’obéissance par la terreur… il est toujours temps de relever la tête. Nous
sommes ici chez nous, nous n’avons pas volé cette terre, elle appartient à nos anciens. Ils n’ont pas voulu
partager, nous la reprendrons. Nous n’avons aucune raison de trembler… le droit de vivre libre est le droit de
tous

…..

Je demande l’abandon progressif de la culture de l’arachide qui détruit les forêts et les bois sacrés et favorise
l’avancée du désert, responsable de la déforestation. L’arachide, fastidieuse et mal payée, nourriture de l’esclave,
cultivée par des esclaves pour des esclaves.

……
La parole d’Aline est obligatoirement non violente. Elle doit toujours aller vers la paix, car la paix va de paire
avec la pluie, et en période de grande sécheresse, c’est elle qui fait tomber la pluie. La pluie est la récompense
divine aux hommes sachant vivre dans la paix.

Aline est une figure admirable et ce livre fait revivre cette époque et sa lutte.

L’Abbaye de la Lucerne

L’Abbaye de la Lucerne

Le village La Lucerne d’Outremer  dans la Vallée du Thar, se trouve au-delà de Bouillon et de Saint Pierre-Langers. Sous un ciel bien embrumé nous traversons une agréable campagne de bocage et de forêts.

Le nom de Lucerne vient probablement de la luzerne. L’expression Outremer rappellerait peut être le temps du Royaume Anglo-Normand après la Conquête de Guillaume. L’église aurait été placée en ce temps-là sous l’autorité de l’évêque de Cantorbery  (au delà de la mer). (source Wikipédia)

Le village est encore endormi quand nous en faisons le tour avant de trouver 4 km plus loin l’Abbaye de la Lucerne aux abords des bois. Abbaye des Prémontrés fondée en 1143. Endommagée pendant la Guerre de Cent ans, éprouvée pendant les Guerres de Religions, elle fut restaurée au XVIème et XVIIème siècle où les cloître en granite bleu de Carolle fut construit. A la Révolution elle est vendue comme Bien National . Un armateur de Granville la transforma en filature de coton et construisit un aqueduc pour faire tourner les machines. Elle fut ensuite transmise à Victor Bunel (celui des Fours à chaux) qui y installa une marbrerie. Les bâtiments furent vendus certains démontés intégralement.

Depuis 1959, elle fut restaurée par L’abbé Lélégard (qui restaura également le Château du Pirou), prêtre mai aussi Conservateur des antiquités de la Manche, écrivain érudit normand. Pour les Journées du patrimoine des visites guidées sont organisées ainsi que l’inauguration de l’orgue avec des concerts.

Le guide se présente « Je ne suis pas guide!« . Mieux qu’un guide touristique, c’est le Chef des Travaux de Restaurations. C’est un homme simple, au parler un peu frustre mais qui a donné toute sa vie à la reconstruction de l’Abbaye. Son témoignage est très émouvant. L’Abbé Lélégard a trouvé l’Abbaye en ruines, seule la Tour de l’Eglise était debout avec un bâtiment qui avait servi d’école. La nef était à moitié détruite : un mur latéral encore intact a permis de reconstruire par symétrie le mur d’en face écroulé, et ainsi de suite.

La Lucerne ; Porche

Devant le porche, le guide détaille les matériaux utilisés: le « jaune« , granite de Jullouville, le granite bleu de Carolles et le poudingue rouge violacé aux grains de silice si difficile à travailler. On a utilisé les moellons trouvés sur place et cherché dans la région dans les matériaux équivalents, souvent les carrières ne sont plus exploitées. Le vocabulaire du tailleur de pierres réveille en moi des souvenirs de géologie.

A l’intérieur de l’église, notre guide explique qu’elle n’est ni romane ni gothique. Une clé de voûte est retrouvée au sol, je n’imaginais pas à quoi pouvait ressembler cet élément qui maintient ensemble les arcs, à La Lucerne en tiers-point. On a retrouvé une rosace au sol comme le labyrinthe des cathédrales, en pavés de céramique rouge comme des tomettes décorée par des lettres. Que disaient-elles?

La Lucerne nef

Le cloître a été refait plusieurs fois. Il reste des piliers en granite bleu/Il faudrait en restaurer au moins la partie contigüe à l’église pour lui servir de contrefort. Est-ce que la Fondation pourra le faire? La tâche est encore très vaste.

On visite le Réfectoire des moines : ils étaient une quarantaine comme le témoignent les renfoncements dans le mur formant des casiers où chacun rangeait sa gamelle.

 

La Lucerne le Logis abbatial

Le Logis abbatial donne sur une pièce d’eau où se trouve aussi le moulin et la petite maison des canards. Le logis abbatial a échappé de justesse à la démolition ayant été habité par un artiste de la famille des propriétaires qui l’avait trouvé à son goût.

La Lucerne : colombier

La visite se termine au colombier qui vient d’être restauré. Dans les châteaux et manoirs on parler de pigeonnier. L’oculus à ouverture zénitale était sans doute moins ouvert. Le noombre de nichoirs correspond traditionnellement à la surface cultivée (1000 nichoirs pour 500 ha) Si une partie du domaine était cédée, on devait boucher les cases correspondantes.

 

Contagion – Lawrence Wright

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et aux éditions du cherche-midi pour m’avoir offert un nouvel opus à ma liste de lecture taguée « épidémies » qui commence à s’allonger depuis Les Fiancés de Manzoni (1842), La peste écarlate de Jack London (1912),La Peste de Camus ( 1947), Le Hussard sur le toit de Jean Giono (1951), le 6ème jour de A Chahine (1960), Némésis de Philip Roth (2010) pour les plus classiques, qui sont tous des chefs d’œuvres. Plus récents : L’Année du Lion de Deon Meyer (2017 en français) et  Les samedis de la Terre d’Erri de Luca et Contagion de Paolo Giordano qui sont des essais suite au confinement récent. Il y en a d’autres que j’ai oubliés. Contagions  de Lawrence Wright (2020) ne joue pas dans la même catégorie. La référence « Prix Pulitzer » qui figure sur la couverture concerne un autre ouvrage Looming Tower et il récompense un essai et non pas une fiction.

Contagion est donc une fiction, un thriller  paru au bon moment, en pleine pandémie de Covid-19. Je l’ai ouvert avec beaucoup de curiosité . Lecture facile avec des chapitres courts, un bon rythme, des personnages identifiables, des références à l’actualité qui font tilt. Il est enrichi de nombreuses explications scientifiques ;   l’auteur remercie  les universitaires, vétérinaires et épidémiologistes consultés pour l’écriture du roman. J’ai appris de nombreuses notions sur les virus et l’immunologie qui complèteront tout le savoir que les journalistes nous dispensent dans les médias.

Cependant la vision très américaine de l’épidémie m’a souvent agacée. La division binaire Etats Unis/Russie articule toutes les analyses politiques. Quelle importance cette pandémie dans le monde à côté des manigances des services secrets américains ou russes? D’ailleurs, le « monde entier » est fort peu représenté en dehors de l’Arabie Saoudite et des Emirats , alliés des américains et le Petit Satan, l’Iran soutenu par le Grand Satan, Poutine. On oublie bien vite l’Indonésie d’où est partie l’épidémie. Quant à l’Afrique, la Chine et l’Europe…

Peut être ce livre me fait mieux comprendre les thèses conspirationnistes qui ont cours sur les réseaux sociaux? Cette guerre bactériologique a, certes donné lieu à des recherches de chaque côté du rideau de fer. Je me souviens du slogan Nixon-la-Peste du temps où j’étais étudiante dans les années 60.

C’est d’ailleurs l’aspect le plus intéressant de l’histoire. On découvre le côté très sombre du héros Henry Parsons qu’on suit avec empathie pendant 400 pages, père et mari attentionné, chercheur scientifique intelligent, médecin dévoué…

En revanche, les moyens de lutte contre l’épidémie sont traités très superficiellement. Le confinement de l’Arabie cessera quand le Royaume entrera en guerre avec l’Iran et aux Etats Unis seuls les puissants feront l’objet de traitement.

Heureusement la Covid n’a rien à voir avec le méchant Kongoli!

Régnéville

BALADE NORMANDE – COTENTIN CÔTE DES HAVRES

Régnéville et sa tour féodale

Connaissez-vous Régnéville, petit village de 730 habitants sur les bords de l’estuaire de la Sienne, fleuve long de 93 km prenant sa source dans le Calvados dans la forêt de Saint Sever?

Le sémaphore d’Agon, avait pour fonction d’illuminer la passe  du Havre de Régnéville dont le trafic a atteint 30 navires venant aussi bien d’Angleterre que de Norvège.

Ce village insignifiant aujourd’hui fut autrefois stratégiquement si important que le Roi de France en fit un fief royal depuis Philippe Auguste en 1204.

Le château fondé au XIIème siècle fut remanié au XIV ème et au XVème et démantelé en 1637 par Louis XIII . le petit havre fut un port d’échouage très actif du temps des Vikings jusqu’au XIX ème siècle avec l’importation de charbon britannique.

le Donjon ruiné de Régnéville

Du château, il ne reste pas grand chose : une tour ruinée, un corps de logis, un porche et un puits qui se visitent librement. je fais le tour du donjon regrettant le manque d’explications : au Musée Maritime un audiovisuel va répondre à mes interrogations. Richelieu, pendant les Guerres de Religion craignait que les Anglais ne viennent soutenir les Protestants ordonna la destruction du château.

Le clocher de l’église de Régnéville

L’église du village XIIIème, est charmante. Son clocher soutenu par d’épais contreforts se treemine par une curieuse pyramide tronquée octogonale flanquée de petites tourelles. On peut admirer à l’intérieur le plafond en berceau, une collection de statues et la maquette d’un 5 mats.

Les Fours à chaux de Régnéville

les Fours à chaux du Rey sont à l’écart du village. La visite du site est particulièrement bien organisée et scénographiée avec panneaux et un parcours sonore s’attachant particulièrement à la vie des travailleurs des fours. 

Depuis l’Antiquité et jusqu’au XVIIIème siècle, la chaux fut surtout utilisée dans la Construction. Avec la Révolution Industrielle au XIXème siècle de nouveaux usages se développèrent : comme fondant dans la métallurgie, pour l’épuration du gaz d’éclairage et en agriculture pour l’amendement des sols. De tout temps la chaux fut produite dans le Coutançais. Les petits fours ou fouénés étaient proche des habitations et des manoirs.

La production industrielle dans de grands fours se développa au XIXème siècle à proximité de la carrière et des voies de communications : du port d’échouage de R2gneville. Ces fours monumentaux construits en 1852-1854 ne fonctionnèrent qu’une trentaine d’années.

L’entrepreneur, Victor Bunel, propriétaire de l’Abbaye de la Lucerne, scieur de marbre. Il identifia les besoins en chaux agricole sur les terres acides de la Bretagne et des Îles Anglo-Normandes et construisit 4 fours à calcination continue selon le procédé Simoneau (brevet déposé en 1845)/ Le projet de Bunel était pharaonique avec la construction de 7 fours et l’achat de navires. Cependant dans les années 1880 le chaulage des terres fut remplacé par les engrais potassiques et les fours du Coutençais s’éteignirent progressivement à partir de 1912, le dernier en 1942.

Le parcours de visite commence donc par la présentation générale, puis par le « coin des géologues » où divers échantillons de roches calcaires sont visibles : deux proviennent de la Manche : le Calcaire de Montmartin Carbonifère (355 MA) et le Calcaire à stromatolithes de St- Jean -de -la -Rivière cambrien (530 MA) .

la carrière de Régnéville exploitait le Calcaire de Montmartin. Un site d’escalade naturel est installé sur le front de taille d’une quinzaine de mètres. C’est un calcaire gris bleu à polypiers.

L’entrée des fours à chaux

les petits fours utilisaient le bois, les ajoncs comme combustible. Les fours industriels, le charbon provenant du Pays de Galles.

Suivant le parcours sonore, on arrive à la pesée du calcaire jusqu’à  27 t/jour. On voit le petit chemin de fer où circulaient les wagonnets.

Le personnel se composait de 16 chaufourniers, 8 manoeuvres, 2 commis 2 employés aux balances et un garde de nuit.

Après cette introduction on découvre les 4 fours qui ressemblent à des grosses tours médiévales.

Ce site a aussi servi de décor à des spectacles musicaux.

Le Musée Maritime du Port d’échouage

Régnéville : Musée maritime l’Atelier du cordier

C’est aussi une visite passionnante. Un court film raconte l’histoire du village du temps de Philippe Auguste jusqu’au passé plus récent des fours à chaux, et des cap-horniers et des Terre-neuvas. On peut admirer une collection de maquettes : de bisquines qui draguent les huitres en pleine mer, de vaguelottes pour la pêche côtière. les Terre-neuvas armaient des goelettes. Dans des vitrines toutes sortes d’instruments de navigation rutilent? On a reconstitué l’atelier du cordier et exposé les paniers, filets et rteux des pêcheurs à pied.

Régnéville : Musée maritime bisquine

Nous déjeunons en haut de la Cale de Hauteville De là on voit la pêcherie Maillard que l’on visite en saison avec une visite guidée qui explique aux touristes comment fonctionne cet immense piège en forme de V fait de branchages. Aujourd’hui, la pêcherie est découverte mais elle est loin et je n’ose pas m’approcher. Intriguée par l’absence de pêcheurs à pied je consulte les panneaux : la pêche à pied et interdite! Un homme muni d’une bêche et d’une boîte à outils en plastique bleu passe devant nous et revient un quart d’heure plus tard. Il nous montre le le produit de sa pêche : des vers pour la pêche. Selon lui la pêcherie Maillard est bien celle qu’on voit, on pourrait l’atteindre à pied. Nous avons loupé le coche, le pêcheur est passé devant nous avec son tracteur<; « Si vous y allez, il vous vendra du poisson » dit l’homme aux vers, il y va en une demi-heure, mais il est grand et porte des bottes  il me faudrait beaucoup plus avec les pieds nus.  « si, si vous avez le temps avant la marée »  insiste-t-il

. Seule je ne me risque pas, j’ai appris avec la traversée de la Baie que marcher sur le sable mouillé peut être pénible.

La Falaise au-dessus de Jullouville

Au bout de l’Avenue de la mer, la rue des  Flots Bleus, au dessus de l‘Hôtel de la Falaise il y a une belle falaise sombre et une forêt de feuillus. pour monter au point de vue en voiture, il faut faire un grand détour par Bouillon en direction de Saint-Michel-des-Loups et trouver le GR (balises rouge et blanc) qui court sur le chemin vicinal et qui mène au point de vue aménagé : une belle plateforme qui domine Jullouville et Carolles. 

On peut continuer le GR jusqu’à Carolles ou prendre le PR balisé en jaune vers Jullouville. A Carolles, le GR emprunte la « Vallée des Peintres » : une promenade facile presque plate sur l’ancienne voie ferrée, ombragée, sur le site d’anciennes carrières et arrosée par le ruisseau du Crapeux. 

Plage de Carolles vus du Pignon butor

Après avoir fait l’aller et retour, je descends par le GR vers la Plage de Carolles. Le sentier est un peu raide dans la gorge enjambée par le viaduc. Le Crapeux a inspiré les peintres puis le chemin serpente. Après avoir traversé la route le GR remonte vers le Pignon butor. 

Mais je préfère rentrer par la plage. la marée est haute, je me baigne dans une eau très calme qui me permet de nager.