Madeleine de Sinéty Une vie au jeu de Paume +Fragile Beauté collection Elton John

Exposition temporaire jusqu’au 27.9.2026

Madeleine de Sinéty (1934 – 2011) est une photographe qui a été peu exposée. Elle a commencé son oeuvre en 1970 dans son quartier, derrière la Gare Montparnasse que l’on rénove alors qu’on construit la Tour Montparnasse. Cet ensemble de photo est réuni dans un chapitre Paris démoli témoignage d’un quartier encore populaire avec des ateliers d’artistes que Madeleine de Sinéty a fréquenté lors de ses études de dessin. Cafés ouvriers, enfants dans les rues, maisons délabrées…tout un XIVème qui a disparu. 

De la Gare Montparnasse partent les trains vers la Bretagne. Madeleine de Sinéty et son mari Daniel Behrman parcourent les lignes secondaires où les dernières trains à vapeur circulent encore. Ils se lient avec les cheminots. De nombreuses images seront réunies dans le livre Guingamp-Paimpol: deux minutes d’arrêt.

le train les conduira en Bretagne dans le village de Poilley (Ille et Vilaine) où elle séjourne plusieurs mois, où elle se fera accepter des villageois, partageant leur quotidien et même les travaux des champs, les fêtes, récolte des pommes…partageant aussi les images en organisant des projections appréciées des habitants. Elle y vivra huit ans.Son épais journal de bord figure dans les vitrines sous les photos encadrées. Avec simplicité et tendresse, elle photographie les travaux des champs, la vie de la ferme, les enfants et les animaux. Riche témoignage d’un monde rural aujourd’hui disparu avec le remembrement et la mécanisation. Aucun artifice. De vrais portraits sans apprêts, avec empathie elle montre la beauté de cette vie simple. j’ai été très impressionnée par toutes ces photos. 

Avec son mari américain, ils voyagent à New York, dans le Maine où elle fixe les images toujours avec la même empathie. Elle est invitée aussi loin que le Kenya et l‘Ouganda pour des reportages dans des villages. 

Je suis restée longtemps à regarder les projections  des photos de Poilley dans une salle noire.

Fragile Beauté ; photographiesde la collection de Sir Elton John et David Furnish

occupe le niveau supérieur du Musée du Jeu de Paume. C’est une très grande exposition qui mérite à elle-seule la visite.

Une partie est présentée avec des avertissements : photos queer, homo-érotisme, très belles photos souvent très sophistiquées. Ambiance très différente de l’exposition précédente.

Une seconde partie, très people nous montre les 4 Beatles, grand format, Marylin, Kennedy,  Andy Warhol entouré de tous les artistes de la Factory, Andy Warhol et Basquiat, et d’autres célébrissimes américains que je n’ai pas reconnus. Amusante visite. 

Très belles photos, photographes cultissimes..mais tout est trop, trop beau, trop travaillé, trop connu. Je préfère le village breton.

le Fils de l’Oligarque – Patrick Radden Keefe – Belfond éditeur

THRILLER LONDONNIEN

Recommandé par le Monde des  Livres (3 Aout 2026), lu en diagonale pour avoir la surprise de découvrir le livre (je hais les 4èmes de couv. et tout ce qui risque de spoiler un polar).

« le 29 Novembre 2019, une caméra de surveillance du MI6 repéra une activité au 5ème étage de la plus grande des deux tours de l’autre côté de la Tamise. Il faisait froid. la marée était haute et les reflets des lampadaires de Vauxhall bridge dansaient sur les flots sombres. pas une lumière aux fenêtre de tout Riverwalk à l’exception de celles de l’appartement 504, violemment éclairé.

A 2h23 la caméra du MI6 enregistra l’apparition sur le balcon du 504 d’une silhouette à contre-jour: celle d’un jeune homme apparemment. il se dirigea vers l’extrémité du balcon, se pencha un instnta, avant de repartir, de l’autre côté où il s’arrêta de nouveau pendant quelques secondes. Puis il revint au milieu du balcon, l’enjamba et plongea »

Le corps fut retrouvé dans la Tamise. la police conclua rapidement à un suicide. Le jeune homme avait 19 ans, il s’appelait Zac. Ses parents, Matthew et Rachelle Brettler,  incrédule menèrent leur enquête pendant plusieurs années pour élucider les circonstances du décès de leur fils allant de surprise en surprise.

L’auteur, Patrick Radden Keefe est un écrivain américain, journaliste du New Yorker, qui a mené l’enquête en collaboration avec les parents de Zac. Enquête très pointilleuse qui convoque tous les protagonistes et leurs proches, ce que Scotland Yard a négligé de faire . 

Je vous laisse découvrir les personnages principaux et secondaires qui sont remarquablement campés. Découvrir aussi l’effarement des parents qui croyaient connaître leur fils et tombent des nues. Histoire rocambolesque où le gratin londonnien rencontre les pires truands. Violence inimaginable. Le tout raconté dans tous les détails, pour ne négliger aucune piste.

gangstérisme à l’ancienne et le capitalisme des années 1980. Shand est aussi un enfant du Londres des
quartiers est, des docks notamment, que la désaffection d’une partie du port a transformés en un vaste terrain
vague : sur 10 kilomètres, les grues n’en finissent plus de rouiller et les entrepôts de s’effondrer.

J’ai cru me perdre dans ces détails, ces scènes cruelles où des doigts sont coupés, un crâne fracassé à la hache. Descriptions aussi des ces lieux de débauche de luxe et d’argent facile, voitures de prestige, appartements luxueux…Pendant un temps, j’ai pensé que l’auteur se complaisait dans la violence et les fastes des nouveaux riches. C’est longuet et malaisant cette  énumération des méthodes sordides d’extorsion de fonds, de chantages. Ce n’est qu’à la fin du livre que j’ai compris. Compris que cela n’était pas né dans l’imagination d’un romancier provocateur mais que la réalité dépassait la fiction. Et que si des faits peu aimables étaient étalés dans toute la précision, c’est que l’enquête avait besoin de preuves.

Seule une recherche méthodique et précise  pourrait faire avancer la vérité cue aux parents de Zac. Recherche que n’avait pas effectué la police. Par négligence, incompétence, manque de moyens  après des compression des effectifs. Par corruption, peur de déplaire à certains puissants, très riches investisseurs. A l’occasion, l’auteur cite les assassinats, les empoisonnements des oligarques russes qui ont pu déplaire à Poutine. Et le manque de réaction proportionnée des autorités. Londres comme une jungle où puissants et aventuriers se livrent à des opérations financières douteuses et dangereuses. Capitalisme financier et jeu de poker sur des fortunes sans limite.

Voici l’histoire d’un château de cartes, annonçait le présentateur d’une voix sépulcrale. Celui d’Abdul Shamji.Un empire économique comprenant navires et appartements, bureaux et usines, hôtels et théâtres, et mêmequelques parts dans le stade de Wembley : et tout cela avec un argent qui n’était pas le sien. »

Londres, justement, place financière où tous les ultra-riches convergent, Russes, Indiens, princes arabes…  où  la spéculation immobilière est débridée. Londres n’est-elle pas le personnage principal du roman?

LONDRES EST UNE si belle ville qu’il est facile d’oublier, quand on parcourt ses rues, qu’elle a prospéré en
grande partie grâce au pillage de ses colonies. C’est la capitale des façades immaculées : le jour du blanc à
tous les coins de rue, du crème à l’ivoire en passant par le coquille d’oeuf. L’esthétique qui domine est
clairement celle du blanchiment.

Quand j’ai pris conscience que tout était vrai, j’ai changé d’avis et trouvé l’enquête passionnante.

 

Annette Messager : Une hirondelle ne fait pas le printemps – au Musée de la chasse et de la nature

Exposition temporaire jusqu’au 20 septembre 2026

La Revanche des animaux

Le Musée de la Chasse et de la Nature est un  écrin parfait pour cette exposition « conçue commme une longue fable poétique  et politique »en 80 oeuvres, présentées en 16 chapitres où Annette Messager  « explore l’animalité et le saugrenu » je continue à copier le cartel de présentation :

« parce qu’il est nôtre, le monde des animaux n’est pas un royaume enchanté ni une scène exangue. les bêtes fuient, gisent, luttent.
Le monde est une gigantesque battue, partout des proies et des prises »

Fables et récits

Entre trois piles de livres des peluches figurant les animaux s »amoncèlent. Au sommet 3 chimères : oiseaux empaillés et toujours emplumés avec tête de peluche. Je m’amuse à déchiffrer les titres des livres, aussi bien des chefs d’oeuvres que de la littérature de gare, de Isaac Bashevis Singer à la Bibliothèque verte. Peut être dans ces livres se cachent aussi les fables? J’ai cherché Esope, La Fontaine, Colette ou Orwell qui ont si bien fait parler les animaux.

A propos de langage :

22 expressions

Un mur est couvert de ces 22 panneaux qui montrent comment les animaux sont présents dans le langage courant : « S’entendre comme chien et chat », Têtu comme une mule » « comme un coq en pâte » etc….

Je n’ai  pas trop aimé ce Théâtre de la Cruauté : lapin de peluche disséqué, éviscéré avec les instruments de torture, au ventre ouvert d’où s’échappent des petites peluches. 

La Revanche des animaux (détail)

Peluches, métal, dessins… tout concourt à cette revanche des animaux!

Ecureuil en haut de l’escalier

Une grande salle au rez de chaussée a été offerte à Annette Messager seule pour ces grandes installations. Dans les étages, les objets, chimères, sculptures s’accordent avec les collections permanentes ou les oeuvres d’autres artistes contemporains. 

Capture ou captivité : l’écureuil sous son filet

Intéressons-nous d’abord à Capture et Captivité : l’écureuil taxidermisé sous un filet qui trône « moins butin que souverain », porteur d’outres ou idole masquée « Tel est pris qui croyait prendre » suggère l’artiste. 

Notre visite sera mise en scène, fables ou histoires tragiques, commentées par l’auteure.

Bronzes de Saint Clair Cemin

Le gardien nous fait remarquer les bas-relief et les gardes-corps, les rampes et les lustres et appliques habillant l’escalier et le palier. Oeuvres de Saint Clair Cemin, sculpteur brésilien.

Le Sang des bêtes

Parmi les collections permanentes, je cherche les oeuvres parfois de très petite taille comme ces oiseaux costumés, les oiseaux meurent aussi.

Flânerie des escargots

Variations sur les flânerie des escargots, sur un crâne – vanité – allégorie de la mort et détournement grottesque. Trois escargots portent des seins   à la place de la coquille . Il y a m^me une barbie-escargot quelque part.

Dans le cabinet des appeaux, l’installation est sonore, elle sussure, murmure « Ci-ci-ci-gogne – Ci-ci-ci« 

Dans le Salon des Chiens, un teckel empaillé plus vrai que nature porte un masque chirurgical. C’est le chapitre Eux et nous. Il me met très mal à l’aise. 

les transports amoureux sont figurés sur roulettes. 

Chatte en céramique : illusion d’optique

Les trophées intimes offrent des photos très personnelles. Je ne me souviens plus bien quelle est la possible vengeance. C’est au troisième étage que les Rameaux graphiques m^lent sculpture et dessins deux dessins m’ont particulièrement plu : un jardin du tendre 

et un autre dessin où se mêlent animaux et humains, peut être le b erger et son troupeaux et ses chiens?

Encore une fois, je me suis fait violence pour entrer dans un musée qui se clame « musée de la Chasse », je n’aime pas la chasse, encore moins les carabines, les trophées. Et pourtant c’est un lieu magique pour l’art contemporain. C’est là que j’ai découvert Eva Jospin, Sophie Calle et Garouste.D’ailleurs les oeuvres contemporaines y sont nombreuses et variées. Une de mes préférées : ce Dieu de la Forêt en écorees de bouleau

Eieu de la forêt . Jeanine Janet

Le Revenant d’Albanie : les aventures d’Aurel, le consul -Jean-Christophe Rufin – Calmann-Levy Noir

ALBANIE/POLAR

Lecture distrayante, exotique pour retrouver  Aurel l’improbable consul de France avec sa dégaine roumaine du temps de Ceausescu, son goût prononcé pour le vin blanc, sa paresse et son piano.

Pour retrouver nos souvenirs de vacances en Albanie 

Une intrigue plutôt bien ficelée : un Franco-Albanais est abattu à Chamonix. Règlement de compte entre mafieux? vendetta traditionnelle? La victime était déclarée décédée en 1997, s’agit-il d’un revenant? 

Folklore  albanais, clichés ou ironie, avec ce drone pourchassé par un aigle. Et bien sûr, le kanun, les dettes de sang (et les faillites bien réelles à la suite des pyramides de ponzi) . Une excursion dans les montagnes pour découvrir une de ces tours où se refugient les victimes des vendettas. Le logement dans la chambre d’hôtes- dortoir est tout à fait authentique, nous l’avons expérimenté. J’ai aussi reconnu le restaurant folklorique de Shkoder. 

Le patio de l’Hôtel Tradita

Evidemment, tout cela n’a pas la poésie et la cruauté de Kadaré. Pour découvrir le kanun il vaut mieux lire Avril Brisé, mais si on l’a déjà lu Le Revenant d’Albanie est un clin d’oeil facile à lire et plaisant.

On l’appelait Bennie Diamond – Michaël Dichter

Recommandé sur le blog de Keisha, de Luocine et d’autres.

« Bienvenue dans le seul endroit d’Anvers où les diamants ne valent rien et où un falafel peut tout arranger ».

Premier roman de Michaël Dichter qui est également scénariste et réalisateur. Le roman nous entraîne dans le quartier des diamantaires et dans le ghetto d’Anvers ainsi qu’en Pologne, à la veille du désastre.  On découvre un monde étonnant avec des codes très stricts : codes des Juifs orthodoxes mais aussi codes des diamantaires qui forment un monde secret, cosmopolite avec des relais à Bombay comme en Afrique du Sud, mais où chaque vente est célébrée en Yiddisch : « mazal ». Monde fermé où la confiance est obligatoire mais où les coups tordus ne sont pas évitables. 

Être diamantaire, c’est avoir les clés de cette ville, frime Avroumi, visiblement chez lui. Bars, restaurants, clubs,
tout tourne grâce à nous

Roman d’apprentissage : Bennie Goodman, le fils du retoucheur, méprisé par ses camarades fils de diamantaire, livreur maladroit, cherche à se faire un nom : Bennie Diamond, comme tailleur de diamants, puis comme courtier à la Bourse des diamants. 

Roman d’amour et d’amitié mais surtout roman de transmission familiale. On découvre une véritable saga familiale avec une tradition d’hommes pieux dédiés à la prière et à l’étude, et des hommes d’affaire féroces. Traditions, embrouilles mais aussi humour. On ne s’ennuie pas.

« Ce type, il est fiable ? demande Bennie, fébrile. Isaac éclate de rire, secoue la tête. — Fiable ? On parle d’un
contrebandier, Bennie, pas de ton rabbin. Mais il sait ce qu’il fait. Et surtout il veut vendre vite. Bennie serre les
dents.
« 

En 400 pages de lecture addictive, on découvre un monde très riche et une histoire prenante.

Làzàr – Nélio Biedermann

LITTERATURE ALLEMANDE(SUISSE)/RENTREE LITTERAIRE 2026

Encore un cadeau de Babélio que je remercie !

Une traversée de plusieurs générations, de l’Autriche-Hongrie de François Joseph aux chars soviétiques de Budapest 1956.  Une saga familiale de la famille Làzàr (ou von Làzàr), aristocrates hongrois dont la famille remonte aux guerres contre les Ottomans. Château avec les portraits des ancêtres, des terres que cultivent les paysans, une forêt mystérieuse…

Dès le début du roman règne une certaine mélancolie, comme une décadence, avec la naissance de Lajos, enfant translucide, d’ascendance douteuse. Sandor, le baron, expédie les affaires courantes, tandis que Maria, la baronne mène une existence fantasque, chevauchant à travers le domaine. Imre, le frère de Sandor, est encore plus fantômatique, lecteur de contes nocturnes, ombre présente tout le temps du roman. 

« les années allaient bon train, elles définlaient tels les Roms avec leurs chevaux, à travers le royaume des Habsbourg, à travers la monarchie embourbée dans les marécages du Danube »

Lajos rêve d’Amérique, il devait embarquer à bord du Titanic.

Proclamation de la Guerre par l’Empereur. Les enfants sont expédiés à Vienne. La guerre aux portes de l’Europe passe un peu comme un rêve. Ilona, la soeur de Lajos, se marie à Berlin.

A la fin de la guerre, la Hongrie s’est séparée de l’Autriche mais rien ne trouble la routine pour les Làzàr, en leur château. Le baron sombre dans l’alcoolisme. Décadence encore. Lajos ramène  lustre et de richesse avec des affaires florissantes, ils s’installent à Budapest dans une belle demeure. Destin de la famille. De l’Histoire de la Hongrie on n’apprendra que peu de choses. Hésitations politiques avec la montée de Hitler et du nazisme. Le jugement est plutôt celui d’un esthète qui méprise la vulgarité.

Quand la Hongrie s’allie aux nazis, l’antisémitisme se profile. Ilona a épousé le fils d’un banquier d’origine juive, elle s’enfuit en catastrophe en Suisse. Lajos cache un étrange religieux, opposant au nazisme, qui a pris La Recherche pour Bible et Marcel pour prophète. Bizarre personnage. Pour Lajos, un prétexte pour ne pas bouger quand il assiste au regroupement des Juifs et à leur déportation. Ambivalence : est-il complice?

Génération suivante : un frère Pista et une soeur Eva, passent la Seconde Guerre mondiale au château sans s’impliquer plus que leurs parents. Ce n’est que l’arrivée de Soviétiques qui les feront réagir en confisquant leurs biens et en les réduisant à une condition très médiocre. Ils se laissent porter par les évènements. Seule réaction : ils tiennent à conserver les bonnes manières aristocratiques, la politesse, la tenue à table. Dérisoire.

1956 provoque une réaction, mais toujours à la marge.

Décidemment pas héroiques! Mais tellement humains.

Le roman se lit bien, la Grande Histoire en filigrane, ce n’est pas vraiment un roman historique, mais c’est une histoire prenante.

 

 

Calder : Rêver en équilibre à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 16 Août 2026

mobile

Je connais depuis l’enfance La Spirale (1958) énorme mobile de 10 m de haut devant le siège de l’Unesco, plus récemment la grande Araignée de la Défense, rouge le gros stabile rouge de 15 m. Je n’étais pas tellement motivée à traverser tout Paris et payer 18€ pour l’exposition Calder à la Fondation Vuitton. Tous ces mobiles et stabiles se ressemblent-ils?

Circus scene (1926)

Passées les oeuvres de jeunesse (même un petit canard et un cochon métalliques réalisées à 9 ans), les animaux stylisés, deux toiles nous mènent dans l’univers du cirque et c’est cet aspect de Calder qui m’a le plus surprise et amusée.
LE CIRQUE DE CALDER

le cirque miniature

A son arrivée à Paris en 1926, Calder développe une installation, sorte de happening: un cirque miniature. D’inombrables figurines bricolées en fil de fer, habillées de chiffons, animaux, acrobates, danseuses…. sont manipulées par Calder lui-même. Ils tiennent tous dans 5 valises avec les disques pour la musique, les éléments de la piste et diverses attractions. Ce spectacle original a attiré les plus grands artistes de l’époque : Fernand Léger, Le Corbusier, Marcel Duchamp, Miro….

danseuseanimé

On apprécie encore mieux la performanceavec le film de 27 minutes montre une représentation du film tourné en 1961 par Carlos Vilardebo. Calmder est magi cien, circassion, marionettiste de génie. Nous redevenons tous des enfants et rions aux éclats aux ébats de la danseuse du ventre, de l’éléphant qui souffle par sa trompe de la sciure, ou des exploits des trapézistes commentés par Calder lui-même rigolard, polyglotte qui affuble les personnages de noms improbables. Il y a même une scène de rodéo.

la famille Le Brass, pyramide humaine en fil de fer

Equilibristes et trapézistes fil de féristes….toujours sur le thème du cirque cette pyramide humaine.

Et du cirque, on bifurque sur les personnages en fil de fer entre caricatureset portraits. On le voit bricoler le profil de Kiki de Montparnasse, plusieurs silhouettes de Joséphine Baker et d’autres artistes

Après une visite dans l’atelier de Mondrian, Calder change radicalement de style. On voit ses tableaux abstraits dans le style de Mondrian et surtout ses premiers mobiles (1930) C’est Marcel Duchamp qui les appelle ainsi.
Du fil de fer aux mobiles

Cercles

Cette salle est passionnante parce qu’on y croise tout Montparnasse et tout ce que Paris compte d’artistes. Infusion, influences, bouillonnement des influences, beaux tableaux de Paul Klee avec un motif qu’on croirait fil-de-fer de Calder acrobates de Fernand Léger, Piet Mondrian, bien sûr. Arp aussi, avec ses sculptures de bois. C’est Arp qui nomme les Stabiles. Voyage en Espagne chez Miro . Les cercles ci-dessus font-ils penser à Miro ou Mondrian?

Mobiles ou stabiles? Inspirés de la nature

En 1933, Calder retourne aux USA, la situation politique en Europe donne déjà des inquiétudes. Il achète une ferme à Roxbury dans le Connecticut. Mais il sculpte une fontaine : Mercury Fountain qui sera exposée avec Guernica et Le Faucheur de Miro dans le Pavillon Espagnol de l’Exposition Universelle de Paris en 1937

poissons

Dans le poisson de droite des éclats de verroterie colorée donnent un air original.

automobile rouge

une salle présente des mobiles sonores, en plus du mouvement, de la vitesse, Calder ajoute le son : des gongs frappent les plaques métalliques. Heureusement les marteaux sont enveloppés de chiffons pour ne pas assourdir le visiteur. Evidemment, je n’ai pas reconnu l’automobile, c’est la médiatrice qui commentait la microvisite qui nous l’a expliqué! Ces micro-visites sont vraiment un plus à la Fondation Vuitton.

Boche Louisa pour sa femme Louise, on peut reconnaître les lettres.

En plus des sculptures imposantes, Calder a aussi dessiné des bijoux. Bijoux lourds, en acier ou laiton. Sculpturaux, pas à porter tous les jours?

Black constellation

En 1943, les métaux furent réquisitionnés pour l’effort de guerre. Calder a construit ses constellations en bois. On peut penser à Miro et à Arp.

Red Maze

Red Maze est un très grand motif qui occupe tout un coin d’une vaste salle.

Evidemment on ne peut pas tout photographier, j’en aurais eu pourtant bien envie . Et pour montrer quelque chose de bien différent

stabiles diables bien réjouissants

En conclusion, l’oeuvre de Calder est bien diverse, et encore on n’a pas abordé l’aspect monumental….

les agitées – Camille Zabka – la tribu

RENTREE LITTERAIRE 2026

Camille Claudel : l’implorante

Rapporté du pique-nique de Babélio : pioché à l’aveugle, merci à Babélio pour la surprise!

Olga, la femme d’un psychiâtre travaillant à la Haute-Île, emménage dans un logement de fonction de l’hôpital psychiatrique où Camille Claudel fut internée. Traductrice littéraire, mère d’une petite Bérénice, elle s’installe dans un cadre agréable. Sa vie se complique quand elle donne naissance à Atticus, dépression post-partum tout à fait imprévue. A la crèche du personnel hospitalier, les enfants sont victime de sérieux malaises. La police diligente une enquête. Pour sortir de sa dépression, Olga se lance dans l’étude des archives de l’hôpital pour comprendre les agitées, ces femmes internées sous la contrainte, le plus souvent à la demande de leur famille. 

Au moins quatre thèmes intéressants qui retiennent mon attention. Mais 4 sujets en moins de 300 pages, c’est vite parcouru. Lecture facile, trop facile.J’aurais souhaité en connaître plus sur Camille Claudel, plus sur les agitées.

Je ne suis pas arrivée à m’attacher à Olga. Que son mari psychiatre ne détecte pas la dépression de sa femme m’a paru peu vraisemblable. Je suis un peu passée à côté du livre. Lecture agréable pourtant mais que j’oublierai assez vite.

Plumes du Paradis – Voyage d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle Guinée au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 8 novembre 2026

paradisier

Quels oiseaux étonnants que ces oiseaux de paradis vivant dans cette contrée si lointaine : la Nouvelle GuinéeJ’ai été fascinée par les parades nuptiales de ces oiseaux colorés et inventifs. Couleurs luxuriantes et plumes d’une texture incroyable.

voliière d’oiseaux empaillés

les oiseaux empaillés ou naturalisés m’attristent. Le plus souvent les plumes ont perdu leur éclat. Cependant il est indispensable de voir de près ces plumages si exceptionnels.

Utilisées par les autochtones pour faire des parures, des coiffes de prestige pour des fêtes et des danses traditionnelles, elles sont splendides et on a plaisir à contempler les costumes et les rituels de Nouvelle Guinée.

coiffe vaporeuse et aérienne

Le « voyage » de ces plumes devient plus problématique quand elles font l’objet d’un commerce mondialisé. Utilisées dans l’empire moghol et persan (merveilleuse évocation du Simorgh de la Conférence des oiseaux). Puis les plumes arrivent en Europe, jusqu’à Prague ou Paris…

oiseaux exotiques

Mais ces plumages, quand ce ne sont pas les oiseaux entiers, deviennent marchandises de luxe : matière première des plumassiers, chapeaux ou Haute Couture. Comment une belle pouvait-elle s’afficher avec l’oiseau entier sur la tête? Un couturier a fait une petite robe toute en plume, vaporeuse. Et on imagine les massacres. Dès le 19ème siècle des précurseurs(comment dit-on au féminin?) de mouvements de protection des animaux se sont élevées, surtout en Angleterre, contre cette exploitation.

Toute cette partie de l’exposition m’a mise fort mal à l’aise. C’est quand même très beau et instructif. Ce sont les oiseaux vivants du film d’introduction que j’ai préférés.

Face au ciel, Paul Huet en son temps, au Musée de la Vie Romantique

Exposition temporaire jusqu’au 30 Aout 2026

Paul Huet : Soleil couchant à Seine-Port

Deux bonnes raisons pour retourner au charmant Musée de la Vie Romantique : le challenge des deux George et l’envie de retrouver George Sand et ses familiers, et l’exposition Paul Huet dont je n’avais jamais entendu parler. 

Paul Huet : ciel entrouvert

Paul Huet (1803 -1869) est un des précurseurs du paysage romantique, parfois qualifié de pré-impressionniste. Il fut l’élève de Gros, recontre Delacroix, remarqué par Victor Hugo et intime de Lamartine. 

Paul Huet : Le Retour du grognard

Les vues de Paris au début du XIXème siècle m’ont beaucoup amusée, les moulins du quartier de la Glacière au crépuscule avec le Val de Grâce comme repère avec  d’autres quartiers maintenant complètement urbanisés campagnards alors.

jezan-bruno Gassies: paysage d’Ecosse

On n’apprend guère sur le peintre dans cette exposition mais il est en très bonne compagnie avec ses collègues d’alors, peintres de paysages romantiques, comme cette Ecosse embrumée avec des personnages en kilts sortis de Walter Scott? de vues d’Italie ou de glaciers impressionnants. J’ai bien aimé la vue de Dieppe

Isabey : vue de Dieppe

Les peintres sont nombreux, certains connus, d’autres oubliés et parmi les inconnus un Corot, un Boudin, Constable ou Delacroix. Et toujours cette attention au paysage et surtout au ciel!

Une charmante exposition, prélude à la visite des collections permanentes du Musée de la Vie Romantique. On peut aussi prendre un verre sous les frondaisons, mais attention l’endroit est très prisé et les tables sont bien occupées.