Sermons sous les décombres – Delphine Horvilleur

 APRES LE 7 OCTOBRE

Comment se fait-il que la laïcarde que je suis, l’ancienne kiboutznikit de l’Hashomer Hatzaïr, soit si fidèle aux écrits d’un rabbin, ou une rabine si on féminise la fonction? J’ai téléchargé le dernier livre de Delphine Horvilleur le jour de sa sortie, le 8 Octobre, à la suite de la lecture du livre d‘Askolovitch. 

Ne pas se méprendre sur le mot « sermon » qui appartient plutôt au champ lexical chrétien. Un rabbin ne sermonne pas son audience, il/elle lit le texte consacré, le commente, s’en inspire  pour éclairer les évènements actuels. Elle cite des histoires tirées de la Thora (parfois du Talmud), raconte des blagues juives. Dans ce dernier livre, elle revient sur ses interventions depuis septembre 2023 , à quelques jours de la catastrophe, jusqu’à 2025 et met à jour l’ évolution de ses prises de parole. Prises de paroles qui ont fait l’objet de critiques acerbes, au motif qu’on ne critique pas Israël de l’extérieur, et qu’il vaut mieux « laver son linge en famille » pour ne pas donner d’arguments à ses ennemis.

« Plus que jamais Israël a besoin des voix de la diaspora, de toutes ses voix, y compris des plus critiques. Celles
qui parlent avec la force de leur amour et la conviction solide de leur attachement à ce pays. Celles qui disent
le malaise et la douleur qui se sont emparés de beaucoup d’entre nous. »

A la veille du 7 Octobre, à l’occasion de Kippour, cinquante ans après le déclenchement de la Guerre de Kippour, elle invoque Léonard Cohen et sa chanson « Who by fire »qui cite une prière de Kippour. Elle commente le « testament de Moïse« , la « triple leçon du Deutéronomeavant l’installation du peuple dans la terre d’Israël quand ils  deviendront propriétaires terriens, quand ils désigneront un roi et qu’ils seront tenter de devenir idolâtres. 

« toute installation quelque part s’accompagne de menaces. Celle de se croire propriétaire et de ne plus savoir donner ou partager, celle d’idolâtrer la force militaire ou le pouvoir politique, celle de rendre un culte
démesuré au chef ou à la possession… »

Comme cette dernier affirmation s’applique à la situation actuelle!

Le 13 Octobre 2023, difficile de trouver les mots dans ce monde qui s’effondre. Et c’est vers Zweig qu’elle va se tourner :

« La douleur de Zweig n’est pas celle d’un exil géographique mais linguistique. C’est à l’effondrement de sa langue et de sa culture qu’il ne pouvait survivre. C’est là que se tient son désespoir. Et peut-être le nôtre :
comment vit-on quand les mots nous quittent ? »

Zweig et Nah’man de Bratslav, un conteur hassidique qui raconte la folie du monde.

Chacun des textes suivants correspondra à un évènement comme la marche contre l’antisémitisme (sans LFI ni Macron)

« pourquoi l’antiracisme et la lutte contre l’antisémitisme  ont cessé de reconnaître qu’ils étaient frères jumeaux? »

Deux années passent avec leur cortège de fêtes que j’ai plaisir à découvrir sous sa plume, j’en ai une idée enfantine et je n’ai jamais cherché à approfondir. Fêtes et héros : la figure de Samson dont l’histoire se déroule justement à Gaza

Les Israéliens connaissent bien la Bible. Comment se fait-il qu’après le 7 Octobre, nous ayons oublié Samson ?[…] Pourquoi son image n’est-elle pas sur toutes les affiches, les autocollants et les réseaux internet ? La
réponse est que le message de Samson fait trop peur. Depuis le 7 Octobre, nous lui ressemblons tellement. L’
hubris, l’aveuglement, la vengeance, le suicide… tout cela fait beaucoup trop peur pour évoquer ce héros qui
perdit son âme, simplement pour être quitte avec les Philistins.

Même sans être pratiquante, je suis ravie de glâner un peu de cette culture qui me manque, de la poésie du récit biblique ou du Talmud. Bien sûr, ce qui m’importe c’est l’actualité. Delphine Horvilleur insiste sur la considération nécessaire pour l’étranger, la nécessité du dialogue

Soutenir ceux qui refusent toute politique suprématiste et raciste qui trahit violemment notre histoire.
Soutenir ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs coeurs à la souffrance terrible des enfants de Gaza. Soutenir ceux
qui savent que seuls le retour des otages et la fin des combats sauveront l’âme de cette nation. Soutenir ceux
qui comprennent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien.

Et parmi ces mots qui divisent : « génocide » : David Grossmann a sauté le pas, Delphine Horvilleur est plus prudente : certains mots déclenchent des avalanches. Cela lui sera reproché : pourquoi ne pas dénoncer les actes du Hamas comme génocidaires?

Qu’est-ce qui empêche ces mêmes personnes de dénoncer comme génocidaires les actes du Hamas, le 7
Octobre, et leur permet d’y voir une forme de résistance ou, pire, une manifestation légitime du désespoir

 

Et toujours réfléchir, revenir aux mots qui permettent de dialoguer!

La Ballerine de Kiev – Stéphanie Pérez

UKRAINE

La Ballerine de Kiev

Depuis que j’ai rencontré Stéphanie Pérez à Créteil en Poche, j’ai téléchargé 3 de ses romans qui complètent admirablement ses reportages, installant l’histoire dans la durée alors que les apparitions à la télévisions sont éphémères et ne permettent pas à s’attacher aux personnages.

Comme dans le Gardien de Téhéran, pour la peinture et la musique dans le Berger d’Alep, l’art est très présent dans ses romans. Danse et musique, même sous les bombes, sont actes de résistance : donner de la joie aux ukrainiens, redonner la fierté et du sens à la vie même dans des conditions dégradées. Ordres venant d’en haut : les musiciens russes sont bannis, interdit Tchaikovski et la base du répertoire. Cela ne va pas de soi. 

« Elle traverse le studio, les jambes flageolantes, la gorge nouée, et avant de claquer la porte, se retourne une dernière fois : — Poutine partira, Tchaïkovski restera. Et ce n’est pas parce qu’on l’écarte de notre répertoire qu’on gagnera la guerre »

Les Ukrainiens ne réagissent pas tous de la même manière, les deux danseurs étoiles s’engagent sur le front, certaines famille s’exilent, d’autres hésitent. La romancière évoque tous les possibles, sans juger, sans glofiier l’héroïsme.

Contraste entre les corps parfaits des danseurs et les blessés, estropiés. Une autre façon d’envisager la danse est possible, même avec des corps mutilés : la petite fille avec sa prothèse peut encore imaginer devenir ballerine.

Barbarie et massacres. Magnifique résilience. Etonnante babouchka au coeur malade qui s’engage pour fabriquer des cocktails Molotov!

On suit une très belle histoire, les pages se tournent toutes seules.

 

Sitt Marie-Rose – Etel Adnan

LIBAN

A la suite de l’Exposition Simone Fattal au MAM j’ai eu envie de lire Etel Adnan dont je connaissais un peu la peinture mais pas du tout les écrits.  Simone Fattal a fondé en Californie une maison d’édition pour publier ses oeuvres, The Post-Apollo Press . 

Sitt Marie-Rose est un très court roman : 112 pages qui se lisent d’un souffle. L’action se déroule pendant la Guerre Civile à Beyrouth 

Le 13 avril 1975 la Haine éclate. Quelques millénaires de frustrations rentrées s’expriment à nouveau. Un
dimanche, à midi, un autobus rempli de Palestiniens qui retournent à leur camp passe devant une église dans
laquelle le chef du parti phalangiste libanais, composé surtout de chrétiens, assiste à la messe. Ce matin-là, un
phalangiste avait été tué devant cette église. piège tendu, hasard, on ne sait, mais les miliciens arrêtent l’autobus, font descendre les occupants et les abattent l’un après l’ autres[…]

Toutes les querelles du monde arabe qui a ici ses représentants participent au carnage. Les va-nu-pieds sontterrorisés. C’est le carnage de l’herbe jeune : un corps semble tomber par seconde.

Marie-Rose est chrétienne, elle connaît les garçons de sa communauté. Jeunes hommes plus motivés par la chasse aux oiseaux que par l’action politique. Le roman s’ouvre sur l’image d’une chasse aux oiseaux que l’un d’eux veut filmer.

Marie-Rose est divorcée, mère de trois enfants. Elle s’est engagée du côté des Palestiniens, engagement humanitaire. Elle vit une histoire d’amour avec un médecin palestinien. Elle enseigne aussi dans une institution pour enfants sourds-muets. Femme, elle se sentait épargnée : « d’habitude ils ne touchent pas les femmes ». Elle a manqué de prudence et a traversé la ligne qui sépare les quartiers phalangistes des quartiers musulmans. Elle se retrouève kidnappée par ces phalangistes qui furent ses amis d’enfance

Personne au siècle où nous vivons ne s’est battu avec autant de médailles saintes sur la poitrine, la Vierge sur
le fusil, le Crucifix sur le tank, le nom de Dieu à la bouche et la vision du ciel dans les yeux, que nos jeunes
gens. C’est une armée de saints en marche qui paie de sa vie les péchés d’une humanité qui ne cesse de
crucifier le Christ.

Ils rejouent les Croisades, s’affichent en Croisés.

Nous sommes les jeunes gens du quartier chrétien et notre milice est en guerre contre les Palestiniens. Ils sont musulmans. Nous sommes donc en guerre contre l’Islam et surtout quand il se met au travers de notre
chemin. Nous aurions pu être une tribu de vautours contre une tribu d’aigles que ce serait pareil. 

Alors que les exécutions sommaires aux barrages, les snipers tuent sans sommations, le sort de Marie-Rose ne se décide pas immédiatement. Ces combattants hésitent à tuer l’une des leurs. La traîtresse a abandonné son camp. Mais c’est une femme! Les machos tirent peut-être moins de gloire à exécuter une femme.

Mais une femme qui se tient debout et les regarde dans les yeux est un arbre à abattre et ils l’abattent. Elle
tombe avec un bruit de bois mort qui se perd dans les rumeurs perfides des quartiers et sous le ricanement
des autres femmes satisfaites de ces victoires du mâle.

Mais justement une femme ne devrait pas se mettre dans leur chemin!

L’amour leur apparaît comme une sorte de cannibalisme. Les symboles féminins les déchirent de leurs griffes. Voilà sept mille ans que la déesse Isis enfante sans enfanter. Isis en Egypte, Ishtar à Bagdad, Anat à Marrakech, la Vierge à Beyrouth. Aucune ville ne survit au passage de ces divinités : elles n’ont aimé que le Pouvoir, leur Frère, ou leur Fils. Et vous voulez que Marie-Rose tienne tête à cette procession de femmes terribles et qu’elle trouve grâce aux yeux des mâles de ce pays ?

Tragédie actuelle, tragédie antique que ce court texte!

Texte cinématographique, qui s’est ouvert avec des millions d’oiseaux offets à la sauvagerie de ces prédateurs

Je me dis qu’il faudrait lancer dans le ciel du Liban un million d’oiseaux pour que les chasseurs s’
exercent sur eux et nous évitent ce carnage…

Vision nocturne du port de Beyrouth, alors que la ville est déserte

On ne voit plus les tireurs embusqués et les balles semblent partir toutes seules. Il y a plus de deux cents bateaux dans le port qui attendent de décharger leurs marchandises et comme ils sont tout allumés, les nuits, Beyrouth semble s’être déplacé, d’avoir glissé sur la mer…

Sop,e Fattal : Guerrier blessé

 

Simone Fattal – Des Villes au fond d’un lac – MAM

Exposition temporaire jusqu’au 24 janvier 2027

Guerriers en grès (céramique)

Simone Fattal est née en 1942 à Damas, a étudié la philosophie à Beyrouth puis à Paris, archéologie à l’école du Louvre. Après la Guerre des Six jours, elle retourne à Beyrouth et commence à peindre des paysages et les cèdres du Liban. Elle rencontre Etel Adnan, poétesse et plasticienne avec qui elle vit à Beyrouth et Paris. En 1980, les deux artistes s’installent en Californie. Simone Fattal fonde une maison d’édition The Post-Apollo Press qui publie les oeuvres d’Etel Adnan mais aussi de femmes de lettres comme Marguerite Duras et Elfriede Jelinek, entre autres. 

En 1988,à San Francisco, elle étudie la céramique et réalise des sculptures qui m’ont vraiment impressionnée. Ses guerriers parlent de la guerre au Liban. Ils ne sont pas des héros mais des résistants : des hommes debout.

Humbaba le gardien de la forêt

Elle sculpte les mythes du Proche-Orient : Gilgamesh , Humbaba le gardien de la forêt de cèdres. Les cèdres du Liban ont été la première source d’inspiration pour la peinture. Dans l’installation avec Humbaba, les grands panneaux de papier suspendus figurent la forêt.

ishtar en bleu-vert et centaure

Ishtar est la déesse mésopotamienne mais Simone Fattal représente aussi Hathor, égyptienne ou Dionysos. Elle évoque aussi l’Iliade et l’Odyssée. Le Liban et la Syrie sont au carrefour de toutes ces civilisations méditerranéennes. 

Hathor et Pazouzou, le démon du vent qui a le pouvoir de diriger ls vents mauvais, la tempête ou les épidémies.

Simone Fattal a aussi réalisé des collages à partir de magazines divers ou de cartes. Elle représente le Liban et la Syrie et les accompagne de divinités de sources jaillissantes

collages et divinités des sources jaillissantes

 

Des constructions représentent des stèles, des temples, une ziggurat

ziggurat

Elle a aussi sculpté des maisons simples, maisons arabes avec leurs cours intérieures comme celles de Damas autrefois dont elle garde la nostalgie.

calligraphie suite en jaune

Les calligraphies l’inspirent, calligraphies abstraites comme la jaune ci-dessus ou calligraphie ancienne sur la grande stèle : une pensée soufie d’Ibn Arabi (1165-11240)

Stèle avec calligraphie

J’ai eu envie de lire Etel Adnan, je viens de trouver Sitt Marie Rose

Des arbres, cyprès méditerranéens et fleurs

P.S. je n’ai pas trouvé le lac, ni la ville au fond du lac. Qui éclaircira ce mystère?

Mary Cassatt à Orsay

Exposition ytemporaire jusqu’au 31 janvier 2027

jeune fille au Banjo

Arrivée à Orsay avec des réticences et des préjugés. Il me semblait que Mary Cassatt  peignait des maternités et des portraits d’enfants. Je craignais la mièvrerie qu’Eva Gonzalez et les chaplinades en rose doux et bleu pastel puisque Mary Cassat a aussi été l’élève de Charles Chaplin.

Femme et enfant devant une tablette avant la toilette

Un cartel prévient le visiteur : Mary Cassatt est restée célibataire sans enfant, les « mères » sont le plus souvent des nourices. Elle désacralise le thème de la Vierge et l’Enfant. Les enfants sont très réalistes.

Mary Cassatt se présente comme une artiste

« nous, professionnels méprisons les amateurs »

Elle vit de son art, finance son voyage en Europe grâce à ses talents de copiste. Elle gagne sa vie aussi avec ses portraits et souvent des portraits d’enfants. Elle utilise souvent le pastel, technique convenant bien pour ses jeunes modèles qui tiennent difficilement la pose longtemps

Clarissa – pastel

Les traits vigoureux de pastel, comme dans la jeune fille au banjo, confèrent du caractère à ces portraits, ni estompés ni léchés.

« je suis indépendante » –

Femme moderne; rejointe par sa soeur Lydia qui lui sert souvent de modèle, elle peint les sujets de la vie parisienne, promenades au Bois en voiture, réunions pour le thé

En voiture

vie mondaine, certes mais remarquez l’anomalie dans le tableau Driving, c’est bien la femme qui tient les rênes, le valet étant relégué à l’arrière.

Femme dans la loge

La femme dans la loge n’a pas besoin d’être accompagnée. Cette autre élégante est rayonnante

Native d’Alleghany en Pennsylvanie, elle s’installe à Paris en 1865 et restera 60 ans en France. Elle rentrera aux Etats Unis pendant la guerre francoDès 1877-prussienne de 1870. Dès 1877, elle expose avec les Impressionnistes. Comme les Impressionnistes, elle accorde une grande attention aux fleurs et aux jardins

Lydia faisant du crochet dansl jardin

J’ai aussi beaucoup aimé le portrait de sa soeur Lydia

Automne portrait de lydia

J’ai rencontré une femme moderne, indépendante, même féministe qui a organisé une exposition pour financer la campagne des suffragettes pour le vote des femmes. Le référendum à New York en 1915 a malheureusment échoué. A l’Exposition Universelle de Chicago en 1893, elle a réalisé dans le Palais de la Femme, une décoration géante de 70 m2 sur le thème de la Femme Moderne. Le panneau central représentait des femmes dans un verger cueillant des pommes, pas sous la tentation comme Eve, non ce sont les pommes de la connaissance scientifique qu’elle s’approprient. Malheureusement après l’Exposition de Pavillon a été démantelé et le fresque perdue.

Artiste, conseillère collectionneuse

Le Câlin du soir

Avec ses portraits d »enfants, Mary Cassatt avait de nombreuses commandes  qui lui permirent d’acheter le château de Beaufresne au Mesnil-Théribus et d’acheter des tableaux impressionnistes. Dans l’expostion on voit deux Pissaro, deux Manet dont un grand portrait de Clémenceau. Tout en dirigeant son domaine, elle poursuivit une activité de « consultante » pour les collectionneurs et les marchands, faisant connaître les Impressionnistes aux Américains. Ce fut une « passeuse » entre la France et les Etats Unis.

 

L’homme aux cercles bleus – Fred Vargas

POLAR 

 

Déniché dans une boîte à livres, cet exemplaire a bien vécu.

C’est un ancien Fred Vargas (1992) . Fred Vargas a le sens de la formule. Elle entretient une atmosphère étrange.  Dépaysement total dans la nuit de Paris. Adamsberg, son commissaire récurrent, laisse venir les évènements et curieusement, ils arrivent à lui sans qu’il ait l’air d’y toucher. Dans un polar classique, le lecteur cherche les indices pour deviner avant l’enquêteur qui est le coupable. Impossible dans ces cercles bleus…Il faut se laisser porter comme le héros.

En chemin, on croise des personnages énigmatiques : une dame de la mer qui, quand elle ne plonge pas en eaux profonde, s ‘amuse à filer des inconnus. Un aveugle très beau, très mystérieux. Un byzantiniste (on est au Quartier Latin). Point de mafias, ni de trafic,  ni de truands. Ni poursuite haletante, ni d’armes à feu. 

il suffit de faire comme Adamsberg, attendre la fin. Et cela vaut le coup.  

Cézanne et nous au Grand Palais

Exposition temporaire jusqu’au 17 janvier 2027

Cezanne nature morte avec des oignons

Cezanne et nous est une grande exposition sur deux niveaux au Grand Palais  qui a l’ambition de montrer les oeuvres de Cézanne mais aussi les oeuvres que Cézanne a inspiré : vaste programme puisque les admirateurs du termps  de Cézanne comme nos contemporains sont ici représentés. 

Cézanne : arbres et maisons

Première conséquence : cette exposition draîne les foules, et même en arrivant à 10 heures,il faut se frayer son chemin pour admirer les oeuvres Pour les tableaux venant d’Orsay c’est un peu agaçant, on pourrait les voir bien plus au calme sur place.

Cézanne : Baigneur

Deuxième conséquence : cette exposition très riche est parfois fouillis. Nombreux thèmes, nombreux interprètes

En prologue, un baigneur, plus loin, des baigneuses en petit format, et la salle 8 est dédiée aux baigneurs et baigneuses. Comme nous connaissons bien les baigneuses de Cézanne, j’ai choisi de présenter ici d’autres peintres sur ce thème.

Emile Bernard : baigneuses aux nénuphars
Derain baigneurs
Malevitch Baigneur 1911

Même traitement avec les natures mortes réparties dans différentes sections, la première en regard des autres peintres les « adeptes » Gauguin, Emile Bernard, 

Cézanne : nature morte tiroir ouvert

avec une pomme, je veux étonner Paris

Gauguin : les bananes
Emile Bernard : pot de grès et pommes

Le thème de la nature morte est central dans la rotonde « le cylindre, la sphère, le cône » programme qui débouche naturellement sur le cubisme, Braque et Picasso, puis les Italiens Magnelli, Morandi jusqu’à Natalia Gontcharova

Natalia Gontcharova : composition 1913-1914

Avec Gontcharova, on pousse peut être un peu loin le bouchon.

Cézanne : la Côte des jardins à Pontoise

Idem pour les paysages, dans les environs de Pontoise, où il peint avec Pissaro. Les petites touches font penser aux post-impressionnistes et Seurat.

par petites touches vertesj’ai rapporté une belle collection de pins, de Cézanne, bien sûr mais aussi de  Camoin et même de Beckmann, la filiation est moins évidente!

Becmann

Le niveau 2 fait dialoguer Cézanne avec des artistes encore plus récents : Guston, Veira da Silva, Soulage, Nicolas de Staël, Joan Mitchel, Vasarely , Andy Warhol, Baselitz…Une autre logique préside à l’accrochage. Trop c’est trop. Tous des chefs d’oeuvres me plaisent beaucoup mais je fatigue. J’ai besoin de plus de cohérence. Comme j’ai un Pass Grand Palais+ , j’envisage sérieusement de revenir : monter directement au deuxième niveau,arriver l’esprit frais pour envisager une nouvelle exposition avec quelques thèmes choisis, les pommes, le « sentiment géologique » ou la montagne Sainte Victoire. Ces deux dernières salles m’ont beaucoup plu.

Kerry James Marshall : The Musée d’Art Moderne de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 24 janvier 2027

School of Beauty School of culture 2002

Kerry James Marshall est né en Alabama en 1955, sa famille s’installe à Los Angeles dans le quartier de Watts où des émeutes raciales se déroulèrent en 1963, puis à South Central près du siège des Black Panthers. En 1987 il déménage à Chicago. 

L’exposition est une large rétrospective de l’oeuvre du peintre de 1980 à 2025. Les tableaux trouvent leur place dans la chronologie mais aussi dans les thèmes abordés avec une grande cohérence. Les cartels sont très intéressants, je connais fort peu de choses et les explications ont été nécessaires d’autant plus que de nombreux détails cachés méritent qu’on les pointe. Sans ces précisions je serais passée à côté de l’essentiel.

A l’entrée : l’homme invisible : presque un monochrome noir, dans un coin, le blanc des yeux, et les dents blanches de l’homme noir qu’on ne voit pas dans les tableaux. Impossible de le photographier, sous verre, on remarque les reflets des visiteurs. C’est la lecture du roman « Homme  invisible pour quoi chantes-tu? »de Ralph Ellison, publié en 1952 qui a inspiré Kerry James Marshall. Constatant l’absence de représentation de l’homme noirdans la peinture,   il va le faire apparaître. Deux tableaux le montrent à la manière des caricatures racistes, contorsionniste faisant du Hoola-hop, grimaçant…

invisible man portrait of Nat Turner

Nat Turner (1800-1831) était un esclave prédicateur qui conduisit une révolte d’esclaves. Il faut rester un bon moment devant le tableau, d’abord pour voir apparaître le visage derrière le halo de fumée noire, puis découvrir les visages blancs sur les couvertures de livres qui tapissent le fond .

Painter

Le peintre du tableau plonge le pinceau dans la réserve noire.

Le passage du Milieu : Voyageur

Le passage du Milieu désigne la traversée de l’Atlantique dans la Traite négrière. A bord d’une barque, nommée Wanderer comme le nom du dernier bateau négrier, se trouvent un homme et une femme. La femme est une incarnation de Yemaja, désse de la mer dans la mythologie yoruba et dans le vaudou Sa couleur est le bleu, déesse de la fertilité, dans un carré se trouve le développement embryonnaire. Au fond de l’eau un crâne. Il faut prendre son temps pour découvrir les détails et les signifiants cachés (et lire les cartels)

Passage du milieu : Plunge

Ambivalence de cette peinture qui montre le mode de vie américain, avec la piscine « privée » et qui symbolise également l’océan Atlantique. Où se situe la femme sur le plongeoir dedans ou dehors? Et le nageur dans l’eau? nageur ou noyé?

Un autre tableau montre un baptême, avec un homme à genou, dans l’océan « That Religion is good enough for me » est inscrit .  Syncrétisme:  un mur est occupé par les gravures des orishas.

Peindre la Vie moderne

peindre la vie moderne : Past Times
Un déjeuner sur l’herbe! De la musique s’échappe et les paroles sont inscrites sur les banderoles. Cette exposition a une play-list qu’on peut écouter sur son téléphone. Comme mon téléphone me sert d’appareil-photo je ne l’ai pas téléchargée et maintenant je le regrette. 
Better housing

Promesse de logement social, de jardins. Encore ici, l’ambiguité, l’horizon barré d’immeubles, des taches salissant le tableau. Sur un autre les personnages creusent une fosse : jardinage ou enterrement?

Studio De Style

Dans le salon de coiffure le titre De Style fait un  clin d’oeil à Mondrian (les tiroirs?)

Memories

Memories : dans cet intérieur les portraits de Martin Luther King et des frères Kennedy

je n’ai pas reconnu les visages en haut au plafond. Un caractère religieux dans les ailes dorées du personnage. Plusieurs tableaux rendent hommage aux héros. La salle suivante Panthéon collectionne les portraits de personnages afro-américains et de la lutte anti-esclavagiste. ici encore il faut prendre son temps pour capter les détails, les mains gantées qui installent le tableau sur la cimaise, symbole des gants qui rappellent ceux des nationalistes noirs.

 

Focus Gulfstream fut présenté à la Biennale de Venise 2003

Wake Gulfstream

Une série de « vignettes » souvent des amoureux dans un cadre rose souvent kitsch est peint à la manière de peintres européens célèbres dans une esthétique à la Disney. Et toujours l’attention du regardeur est sollicitée, sans le cartel je n’aurais jamais vu le flambeau de la statue de la Liberté cassé.

Vignette La-La-la 2012 (chercher la statue de la Liberté)

Kerry James Marshall s’est aussi essayé à la BD inventant un superhéro noir. 

Un nouveau regard sur le Passé Africain se trouve en clôture de l’exposition . Regard critique sur le rapt des esclaves par les rois africains : 6 hommes pour 1 cheval dans Six to One

Six to one
et série sur la traversée et le rapt
haul
Cette très belle exposition est une découverte d’un   peintre dont je n’avais jamais entendu parler. Les Afro-Américains ont été récemment à l’honneur à Paris : Henry Taylor au musée Picasso, Mickelene Thomas  au Grand Palais, Faith Ringgold à Picasso, il y a quelques temps. 

Prévoyez au moins deux heures si vous voulez entrer un peu dans les détails!

Vernon – Musée Blanche Hoschedé-Monet

ESCAPADE NORMANDE

¨Pierre MaubertLa plage à Vernon avant 1940

Blanche Hoschedé-Monet (1865 -1947) était une des filles d’Alice Hoschédé-Monet, qui fut la femme de Monet. Elle fut l’élève de Monet et épousa son fils Jean. 

Blanche Hoschedé-Monet : la salle à manger de Monet (exposé à Giverny)

Le musée Blanche Hoschédé-Monet logé dans un très bel hôtel particulier abrite des collections impressionnistes  et possède une collection d’art animalier avec des Pompon, Bugatti (pas facile à photographieravec les reflets). J’ai moins aimé les oiseaux empaillés<;

Visite tranquille, et agréable qui termine une belle journée!

La mémoire du limon – Lionel Sabatté – à Vernon

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE

Sabatté : le bassin des nymphéas

Quand Lionel Sabatté a appris que le Bassin des nymphéas de Monet allait être curé, il a récolté la vase retirée et a imaginé que les souvenirs d’un siècle s’étaient sédimentés là. Pour réaliser ses tableaux d’un assez grand format il a aggrandi des photographies anciennes du temps de Monet que l’on peut consulter dans l’exposition. Sur le fond de ces photographies, il a travaillé l’argile et le résultat est poétique et étonnant..

Evidemment en photo cela ne rend pas compte de la matière, de l’épaisseur de l’argile, du granulé…J’ai bien aimé en tout cas.