Trois fois la colère – Laurine Roux

RENTREE LITTERAIRE

Le Pic de Bure

Le roman commence par une folle chevauchée. Miou porte sur son cheval la tête de son grand-père Hugon de Burequ’elle a décapité L’histoire se déroule au temps des Croisades dans les montagnes des Hautes Alpes, paysage sauvage avec une forêt enchantée : Benevent.

Laurine Roux, née à Gap, a puisé dans la toponymie locale pour nommer ses personnages.  Un château fort sur un éperon rocheux, un monastère bénédictin, les Crots, un village. 

Quand l’ordre engendre le désordre, l’homme juste désobéit. Abel pantelle, Ici, aucun endroit n’est sûr, c’est
se jeter dans la gueule du loup ! Éphraïm s’avance au-devant de la pente, regard vers l’est. Il existe pourtant
des confins où personne ne les cherchera. Et il désigne les arbres à perte de vue. Abel ne veut y croire. L’oblat
est-il devenu fou ? Ne prêtant oreille au frère, Pietro rejoint Éphraïm, sonde la masse des houppiers peluchés
de blanc. Le gaillard est peut-être fou, mais la folie a du génie. Abel n’a d’autre choix que de capituler. Ses
amis pourront toujours compter sur lui, qu’ils en soient certains. En retour, ils l’adjurent de faire attention – et
de trouver une bonne excuse pour justifier son absence. • Éphraïm dégringole le talus, s’enfonce dans la neige,
pour en jaillir aussitôt dans un panache poudré. Parvenu à la lisière, le jeune homme s’arrête. Ferme les
paupières et inspire. Derrière l’abrasion du froid, il laisse la forêt coloniser son être, isole mille nuances :
spores, résines, sèves, débris de poils, d’écorce. Quand ses poumons sont si lourds qu’il lui semble impossible d’avancer, il ouvre grand les yeux – vert iridescent, marron cuivré. Pietro ne reconnaît pas ce regard. N’y tenant plus, Éphraïm fuse. Allonge ses muscles, grimpe tel ressaut, puis se rétracte, esquive les branches. À la traîne, griffé de partout, le franciscain le supplie, Moins vite, par pitié ! L’impétueux coule sous les ronces – serpent , bondit de pierre en pierre – renard. Les fugitifs atteignent une arche creusée dans la roche. Au-delà, unecascade drape la falaise, figée dans le froid. L’eau a été piégée en méduses bleutées, dont les filaments, tantôt bulbes, tantôt épées, attendent le printemps pour fondre en une bruyante cataracte. Pietro ahane. Il n’ira pas plus loin, foi de Lombard. Le jeune homme observe le rideau de glace, croit apercevoir un orifice et franchit l’arche. De l’autre côté, les trombes ont façonné une vasque dans la pierre. Autour, des blocs épars, des
mélèzes.

L’endroit paraît tiré d’un conte. Autrefois, un voyageur était passé sous la même voûte. Il cherchait
refuge après avoir erré pendant des jours dans la forêt. Le vagabond avait atteint cette clairière, n’en était
plus jamais reparti. Ainsi avait-il vécu en ermite jusqu’à sa mort, baptisant les lieux la Porte sans Retour.

Le châtelain a pour fils Hugon de Bure, une véritable brute, incontrôlable, violent, paillard, la terreur de toute la vallée. Le prieur du monastère, Guillaume, érudit et pieux, travailleur pratique l’hospitalité, il accueille successivement un bébé abandonné, un moine franciscain, puis une famille en fuite, des Vaudois poursuivis par Hugon de Bure. Dans la forêt, Joseph Piot, bûcheron élève sa fille Gala, ils seront aussi victimes du terrible seigneur. Et pourtant personne ne se rebelle devant l’autorité . 

Trois générations vengées d’un coup d’épée, trois fois la colère. Ne sachant que penser, on interroge ses
voisins

Laurine Roux est une conteuse qui entraîne le lecteur dans cette folle saga sur 3 générations avec des personnages bien marqués. Je l’ai suivie avec grand plaisir dans toute ces aventures. J’ai aimé la proximité avec la nature. Certains personnages sont de très belles personnes.

Un beau moment de lecture!

Le Test Elzéard – Laurine Roux

PHOTOVOLTAÏQUE AU PAYS DE GIONO

Reporterre – trouvé sur Internet

Sur mon sentier, j’ai écouté le podcast des Midis de Culture du 29/7/26 CLIC
Laurine Roux, l’invitée y présentait deux ouvrages, son roman Trois fois la colère et cet essai Le Test Elézéard
Eléazard, cela ne vous dit rien? c’est le berger de l’Homme qui plantait des arbres de Giono que j’ai adoré, j’aurais tant aimé que ce fut une histoire vraie. Et puis, Laurine Roux nous parle de sa grand-mère, Madeleine Roux, la maire-adjoint de Veynes dans les années 70-80 qui fit de la petite ville de cheminots, en déclin, une capitale solaire. Comme j’ai passé mes vacances, hiver et été pendant 30 ans dans le Devoluy, cela me parle.

Et hop dans la liseuse!
Le Test Eléazard est un essai, une commande,

« Il s’agissait d’écrire un récit documentaire au sujet de la prolifération des centrales photo voltaïques sur la montagne de Lure. »

A Cruis dans la montagne de Lure, le pays de Giono.

Pendant notre été caniculaire, on réalise tous qu’il faut baisser la consommation en combustibles fossiles. Le solaire paraît la solution idéale. Bien sûr, les panneaux ne sont pas jolis, jolis dans le paysage….not in my backyard? l’enquête s’impose.

Pour installer les fameux panneaux, la société Boralex (entreprise canadienne), avec la bénédiction des autorités locales , a choisi de massacrer une forêt où vivent des espèces protégées, reptiles, oiseaux, papillons. Et pourquoi donc détruire la nature? les forêts sont des puits de carbone. Tout simplement parce que le foncier ne coûte rien ; la location de friches industrielles, de parkings ou autres surfaces déjà anthropisées revient bien plus. Et que Boralex qui communique sur le renouvelable, le vert, l’écolo… ne cherche que le profit.

Evidemment, il faut quand même faire des études d’impact, demander des dérogations pour la destruction d’habitat d’espèces protégées, proposer des compensations. Il existe des lois à respecter!
Laurine Roux promène le lecteur sur le terrain, qu’elle connaît fort bien, étant native des Hautes Alpes et qu’elle sait décrire. Elle raconte le contexte, les habitants, les traditions solaires et militantes. Traditions festives aussi. Puis elle se plonge dans les textes, les compte-rendus minicipaux, les plans d’urbanisme PLU.

En 2016, lors des enquêtes d’utilité publique – PLU et permis de construire –, on a compris la bêtise de la
démarche, l’aberration de vouloir sauver la planète en rasant une jeune forêt avec des arbres dont la majorité
avait tout de même atteint six mètres, au moment du défrichement.

Puis elle aborde les textes administratifs dans un chapitre Attention, austère, où l’on constate les failles dans les études préalables et les prises de positions du Prefet « mon rôle c’est de lever les freins pour que les projets se concrétisent » . Bien dans l’air du temps!

« les verrous qui sautent les uns après les autres au profit d’intérêts industriels illustrent le détricotage du droit de l’environnement que les réformes promulguées sous le gouvernement Macron favorisent »

Les habitants de la régions ne se laissent pas imposer ce projet sans réagir : des associations se sont crées, chacune avec ses méthodes.

Plusieurs mouvements se sont coordonnés – Extinction Rebellion, le Groupe national de surveillance des
arbres, Elzéard, Lure en résistance, auxquels se greffent spontanément des membres du Café des libertés de
Forcalquier

Laurine Roux enquête, interroge les acteurs de cette résistance, transcrit dans son ouvrager les interviews, les témoignages. De Claudine septuagénaire et Sylvie qui ont choisi d’empêcher les machines de travailler, et qui se sont retrouvées en garde à vue avec des procès délirants. Ceci est bien aussi dans l’air du temps avec l’invention des « écoterroristes » par Darmanin! Des militants d’Extinction Rebellion qui apparaissent sous pseudonymes et qui se sont fait tabasser par les vigiles de Boralex. Des écureuils progégeant les arbres comme pour l’A69. D’autres, Amilure ont choisi la voie procédurière pour assigner Boralex en justice. On a aussi imaginer de labelliser le paysage de Giono pour le protéger.
Laurine Roux interroge aussi des naturalistes pour les fameuses « compensations » promises par l’industriel. Elle rencontre des bergers et démonte le mythe de l’agrivoltaïsme (greenwashing encore). Ce court essai(286 pages) est d’une grande richesse.

Sur mon étagère virtuelle, j’aimerais ranger Le Test Eléazard tout à côté des romans de Giono, non loin des ouvrage racontant le village de Chaudun , surtout celui de Luc Bronner, à proximité de Anima de Kapka Kassabova pour le pastoralisme. Et puis bien sûr, suivra Trois fois la colère de Laurine Roux que je viens de commencer, la lister n’est pas close.

Madeleine de Sinéty Une vie au jeu de Paume +Fragile Beauté collection Elton John

Exposition temporaire jusqu’au 27.9.2026

Madeleine de Sinéty (1934 – 2011) est une photographe qui a été peu exposée. Elle a commencé son oeuvre en 1970 dans son quartier, derrière la Gare Montparnasse que l’on rénove alors qu’on construit la Tour Montparnasse. Cet ensemble de photo est réuni dans un chapitre Paris démoli témoignage d’un quartier encore populaire avec des ateliers d’artistes que Madeleine de Sinéty a fréquenté lors de ses études de dessin. Cafés ouvriers, enfants dans les rues, maisons délabrées…tout un XIVème qui a disparu. 

De la Gare Montparnasse partent les trains vers la Bretagne. Madeleine de Sinéty et son mari Daniel Behrman parcourent les lignes secondaires où les dernières trains à vapeur circulent encore. Ils se lient avec les cheminots. De nombreuses images seront réunies dans le livre Guingamp-Paimpol: deux minutes d’arrêt.

le train les conduira en Bretagne dans le village de Poilley (Ille et Vilaine) où elle séjourne plusieurs mois, où elle se fera accepter des villageois, partageant leur quotidien et même les travaux des champs, les fêtes, récolte des pommes…partageant aussi les images en organisant des projections appréciées des habitants. Elle y vivra huit ans.Son épais journal de bord figure dans les vitrines sous les photos encadrées. Avec simplicité et tendresse, elle photographie les travaux des champs, la vie de la ferme, les enfants et les animaux. Riche témoignage d’un monde rural aujourd’hui disparu avec le remembrement et la mécanisation. Aucun artifice. De vrais portraits sans apprêts, avec empathie elle montre la beauté de cette vie simple. j’ai été très impressionnée par toutes ces photos. 

Avec son mari américain, ils voyagent à New York, dans le Maine où elle fixe les images toujours avec la même empathie. Elle est invitée aussi loin que le Kenya et l‘Ouganda pour des reportages dans des villages. 

Je suis restée longtemps à regarder les projections  des photos de Poilley dans une salle noire.

Fragile Beauté ; photographiesde la collection de Sir Elton John et David Furnish

occupe le niveau supérieur du Musée du Jeu de Paume. C’est une très grande exposition qui mérite à elle-seule la visite.

Une partie est présentée avec des avertissements : photos queer, homo-érotisme, très belles photos souvent très sophistiquées. Ambiance très différente de l’exposition précédente.

Une seconde partie, très people nous montre les 4 Beatles, grand format, Marylin, Kennedy,  Andy Warhol entouré de tous les artistes de la Factory, Andy Warhol et Basquiat, et d’autres célébrissimes américains que je n’ai pas reconnus. Amusante visite. 

Très belles photos, photographes cultissimes..mais tout est trop, trop beau, trop travaillé, trop connu. Je préfère le village breton.

le Fils de l’Oligarque – Patrick Radden Keefe – Belfond éditeur

THRILLER LONDONNIEN

Recommandé par le Monde des  Livres (3 Aout 2026), lu en diagonale pour avoir la surprise de découvrir le livre (je hais les 4èmes de couv. et tout ce qui risque de spoiler un polar).

« le 29 Novembre 2019, une caméra de surveillance du MI6 repéra une activité au 5ème étage de la plus grande des deux tours de l’autre côté de la Tamise. Il faisait froid. la marée était haute et les reflets des lampadaires de Vauxhall bridge dansaient sur les flots sombres. pas une lumière aux fenêtre de tout Riverwalk à l’exception de celles de l’appartement 504, violemment éclairé.

A 2h23 la caméra du MI6 enregistra l’apparition sur le balcon du 504 d’une silhouette à contre-jour: celle d’un jeune homme apparemment. il se dirigea vers l’extrémité du balcon, se pencha un instnta, avant de repartir, de l’autre côté où il s’arrêta de nouveau pendant quelques secondes. Puis il revint au milieu du balcon, l’enjamba et plongea »

Le corps fut retrouvé dans la Tamise. la police conclua rapidement à un suicide. Le jeune homme avait 19 ans, il s’appelait Zac. Ses parents, Matthew et Rachelle Brettler,  incrédule menèrent leur enquête pendant plusieurs années pour élucider les circonstances du décès de leur fils allant de surprise en surprise.

L’auteur, Patrick Radden Keefe est un écrivain américain, journaliste du New Yorker, qui a mené l’enquête en collaboration avec les parents de Zac. Enquête très pointilleuse qui convoque tous les protagonistes et leurs proches, ce que Scotland Yard a négligé de faire . 

Je vous laisse découvrir les personnages principaux et secondaires qui sont remarquablement campés. Découvrir aussi l’effarement des parents qui croyaient connaître leur fils et tombent des nues. Histoire rocambolesque où le gratin londonnien rencontre les pires truands. Violence inimaginable. Le tout raconté dans tous les détails, pour ne négliger aucune piste.

gangstérisme à l’ancienne et le capitalisme des années 1980. Shand est aussi un enfant du Londres des
quartiers est, des docks notamment, que la désaffection d’une partie du port a transformés en un vaste terrain
vague : sur 10 kilomètres, les grues n’en finissent plus de rouiller et les entrepôts de s’effondrer.

J’ai cru me perdre dans ces détails, ces scènes cruelles où des doigts sont coupés, un crâne fracassé à la hache. Descriptions aussi des ces lieux de débauche de luxe et d’argent facile, voitures de prestige, appartements luxueux…Pendant un temps, j’ai pensé que l’auteur se complaisait dans la violence et les fastes des nouveaux riches. C’est longuet et malaisant cette  énumération des méthodes sordides d’extorsion de fonds, de chantages. Ce n’est qu’à la fin du livre que j’ai compris. Compris que cela n’était pas né dans l’imagination d’un romancier provocateur mais que la réalité dépassait la fiction. Et que si des faits peu aimables étaient étalés dans toute la précision, c’est que l’enquête avait besoin de preuves.

Seule une recherche méthodique et précise  pourrait faire avancer la vérité cue aux parents de Zac. Recherche que n’avait pas effectué la police. Par négligence, incompétence, manque de moyens  après des compression des effectifs. Par corruption, peur de déplaire à certains puissants, très riches investisseurs. A l’occasion, l’auteur cite les assassinats, les empoisonnements des oligarques russes qui ont pu déplaire à Poutine. Et le manque de réaction proportionnée des autorités. Londres comme une jungle où puissants et aventuriers se livrent à des opérations financières douteuses et dangereuses. Capitalisme financier et jeu de poker sur des fortunes sans limite.

Voici l’histoire d’un château de cartes, annonçait le présentateur d’une voix sépulcrale. Celui d’Abdul Shamji.Un empire économique comprenant navires et appartements, bureaux et usines, hôtels et théâtres, et mêmequelques parts dans le stade de Wembley : et tout cela avec un argent qui n’était pas le sien. »

Londres, justement, place financière où tous les ultra-riches convergent, Russes, Indiens, princes arabes…  où  la spéculation immobilière est débridée. Londres n’est-elle pas le personnage principal du roman?

LONDRES EST UNE si belle ville qu’il est facile d’oublier, quand on parcourt ses rues, qu’elle a prospéré en
grande partie grâce au pillage de ses colonies. C’est la capitale des façades immaculées : le jour du blanc à
tous les coins de rue, du crème à l’ivoire en passant par le coquille d’oeuf. L’esthétique qui domine est
clairement celle du blanchiment.

Quand j’ai pris conscience que tout était vrai, j’ai changé d’avis et trouvé l’enquête passionnante.

 

Annette Messager : Une hirondelle ne fait pas le printemps – au Musée de la chasse et de la nature

Exposition temporaire jusqu’au 20 septembre 2026

La Revanche des animaux

Le Musée de la Chasse et de la Nature est un  écrin parfait pour cette exposition « conçue commme une longue fable poétique  et politique »en 80 oeuvres, présentées en 16 chapitres où Annette Messager  « explore l’animalité et le saugrenu » je continue à copier le cartel de présentation :

« parce qu’il est nôtre, le monde des animaux n’est pas un royaume enchanté ni une scène exangue. les bêtes fuient, gisent, luttent.
Le monde est une gigantesque battue, partout des proies et des prises »

Fables et récits

Entre trois piles de livres des peluches figurant les animaux s »amoncèlent. Au sommet 3 chimères : oiseaux empaillés et toujours emplumés avec tête de peluche. Je m’amuse à déchiffrer les titres des livres, aussi bien des chefs d’oeuvres que de la littérature de gare, de Isaac Bashevis Singer à la Bibliothèque verte. Peut être dans ces livres se cachent aussi les fables? J’ai cherché Esope, La Fontaine, Colette ou Orwell qui ont si bien fait parler les animaux.

A propos de langage :

22 expressions

Un mur est couvert de ces 22 panneaux qui montrent comment les animaux sont présents dans le langage courant : « S’entendre comme chien et chat », Têtu comme une mule » « comme un coq en pâte » etc….

Je n’ai  pas trop aimé ce Théâtre de la Cruauté : lapin de peluche disséqué, éviscéré avec les instruments de torture, au ventre ouvert d’où s’échappent des petites peluches. 

La Revanche des animaux (détail)

Peluches, métal, dessins… tout concourt à cette revanche des animaux!

Ecureuil en haut de l’escalier

Une grande salle au rez de chaussée a été offerte à Annette Messager seule pour ces grandes installations. Dans les étages, les objets, chimères, sculptures s’accordent avec les collections permanentes ou les oeuvres d’autres artistes contemporains. 

Capture ou captivité : l’écureuil sous son filet

Intéressons-nous d’abord à Capture et Captivité : l’écureuil taxidermisé sous un filet qui trône « moins butin que souverain », porteur d’outres ou idole masquée « Tel est pris qui croyait prendre » suggère l’artiste. 

Notre visite sera mise en scène, fables ou histoires tragiques, commentées par l’auteure.

Bronzes de Saint Clair Cemin

Le gardien nous fait remarquer les bas-relief et les gardes-corps, les rampes et les lustres et appliques habillant l’escalier et le palier. Oeuvres de Saint Clair Cemin, sculpteur brésilien.

Le Sang des bêtes

Parmi les collections permanentes, je cherche les oeuvres parfois de très petite taille comme ces oiseaux costumés, les oiseaux meurent aussi.

Flânerie des escargots

Variations sur les flânerie des escargots, sur un crâne – vanité – allégorie de la mort et détournement grottesque. Trois escargots portent des seins   à la place de la coquille . Il y a m^me une barbie-escargot quelque part.

Dans le cabinet des appeaux, l’installation est sonore, elle sussure, murmure « Ci-ci-ci-gogne – Ci-ci-ci« 

Dans le Salon des Chiens, un teckel empaillé plus vrai que nature porte un masque chirurgical. C’est le chapitre Eux et nous. Il me met très mal à l’aise. 

les transports amoureux sont figurés sur roulettes. 

Chatte en céramique : illusion d’optique

Les trophées intimes offrent des photos très personnelles. Je ne me souviens plus bien quelle est la possible vengeance. C’est au troisième étage que les Rameaux graphiques m^lent sculpture et dessins deux dessins m’ont particulièrement plu : un jardin du tendre 

et un autre dessin où se mêlent animaux et humains, peut être le b erger et son troupeaux et ses chiens?

Encore une fois, je me suis fait violence pour entrer dans un musée qui se clame « musée de la Chasse », je n’aime pas la chasse, encore moins les carabines, les trophées. Et pourtant c’est un lieu magique pour l’art contemporain. C’est là que j’ai découvert Eva Jospin, Sophie Calle et Garouste.D’ailleurs les oeuvres contemporaines y sont nombreuses et variées. Une de mes préférées : ce Dieu de la Forêt en écorees de bouleau

Eieu de la forêt . Jeanine Janet

Le Revenant d’Albanie : les aventures d’Aurel, le consul -Jean-Christophe Rufin – Calmann-Levy Noir

ALBANIE/POLAR

Lecture distrayante, exotique pour retrouver  Aurel l’improbable consul de France avec sa dégaine roumaine du temps de Ceausescu, son goût prononcé pour le vin blanc, sa paresse et son piano.

Pour retrouver nos souvenirs de vacances en Albanie 

Une intrigue plutôt bien ficelée : un Franco-Albanais est abattu à Chamonix. Règlement de compte entre mafieux? vendetta traditionnelle? La victime était déclarée décédée en 1997, s’agit-il d’un revenant? 

Folklore  albanais, clichés ou ironie, avec ce drone pourchassé par un aigle. Et bien sûr, le kanun, les dettes de sang (et les faillites bien réelles à la suite des pyramides de ponzi) . Une excursion dans les montagnes pour découvrir une de ces tours où se refugient les victimes des vendettas. Le logement dans la chambre d’hôtes- dortoir est tout à fait authentique, nous l’avons expérimenté. J’ai aussi reconnu le restaurant folklorique de Shkoder. 

Le patio de l’Hôtel Tradita

Evidemment, tout cela n’a pas la poésie et la cruauté de Kadaré. Pour découvrir le kanun il vaut mieux lire Avril Brisé, mais si on l’a déjà lu Le Revenant d’Albanie est un clin d’oeil facile à lire et plaisant.

On l’appelait Bennie Diamond – Michaël Dichter

Recommandé sur le blog de Keisha, de Luocine et d’autres.

« Bienvenue dans le seul endroit d’Anvers où les diamants ne valent rien et où un falafel peut tout arranger ».

Premier roman de Michaël Dichter qui est également scénariste et réalisateur. Le roman nous entraîne dans le quartier des diamantaires et dans le ghetto d’Anvers ainsi qu’en Pologne, à la veille du désastre.  On découvre un monde étonnant avec des codes très stricts : codes des Juifs orthodoxes mais aussi codes des diamantaires qui forment un monde secret, cosmopolite avec des relais à Bombay comme en Afrique du Sud, mais où chaque vente est célébrée en Yiddisch : « mazal ». Monde fermé où la confiance est obligatoire mais où les coups tordus ne sont pas évitables. 

Être diamantaire, c’est avoir les clés de cette ville, frime Avroumi, visiblement chez lui. Bars, restaurants, clubs,
tout tourne grâce à nous

Roman d’apprentissage : Bennie Goodman, le fils du retoucheur, méprisé par ses camarades fils de diamantaire, livreur maladroit, cherche à se faire un nom : Bennie Diamond, comme tailleur de diamants, puis comme courtier à la Bourse des diamants. 

Roman d’amour et d’amitié mais surtout roman de transmission familiale. On découvre une véritable saga familiale avec une tradition d’hommes pieux dédiés à la prière et à l’étude, et des hommes d’affaire féroces. Traditions, embrouilles mais aussi humour. On ne s’ennuie pas.

« Ce type, il est fiable ? demande Bennie, fébrile. Isaac éclate de rire, secoue la tête. — Fiable ? On parle d’un
contrebandier, Bennie, pas de ton rabbin. Mais il sait ce qu’il fait. Et surtout il veut vendre vite. Bennie serre les
dents.
« 

En 400 pages de lecture addictive, on découvre un monde très riche et une histoire prenante.

Làzàr – Nélio Biedermann

LITTERATURE ALLEMANDE(SUISSE)/RENTREE LITTERAIRE 2026

Encore un cadeau de Babélio que je remercie !

Une traversée de plusieurs générations, de l’Autriche-Hongrie de François Joseph aux chars soviétiques de Budapest 1956.  Une saga familiale de la famille Làzàr (ou von Làzàr), aristocrates hongrois dont la famille remonte aux guerres contre les Ottomans. Château avec les portraits des ancêtres, des terres que cultivent les paysans, une forêt mystérieuse…

Dès le début du roman règne une certaine mélancolie, comme une décadence, avec la naissance de Lajos, enfant translucide, d’ascendance douteuse. Sandor, le baron, expédie les affaires courantes, tandis que Maria, la baronne mène une existence fantasque, chevauchant à travers le domaine. Imre, le frère de Sandor, est encore plus fantômatique, lecteur de contes nocturnes, ombre présente tout le temps du roman. 

« les années allaient bon train, elles définlaient tels les Roms avec leurs chevaux, à travers le royaume des Habsbourg, à travers la monarchie embourbée dans les marécages du Danube »

Lajos rêve d’Amérique, il devait embarquer à bord du Titanic.

Proclamation de la Guerre par l’Empereur. Les enfants sont expédiés à Vienne. La guerre aux portes de l’Europe passe un peu comme un rêve. Ilona, la soeur de Lajos, se marie à Berlin.

A la fin de la guerre, la Hongrie s’est séparée de l’Autriche mais rien ne trouble la routine pour les Làzàr, en leur château. Le baron sombre dans l’alcoolisme. Décadence encore. Lajos ramène  lustre et de richesse avec des affaires florissantes, ils s’installent à Budapest dans une belle demeure. Destin de la famille. De l’Histoire de la Hongrie on n’apprendra que peu de choses. Hésitations politiques avec la montée de Hitler et du nazisme. Le jugement est plutôt celui d’un esthète qui méprise la vulgarité.

Quand la Hongrie s’allie aux nazis, l’antisémitisme se profile. Ilona a épousé le fils d’un banquier d’origine juive, elle s’enfuit en catastrophe en Suisse. Lajos cache un étrange religieux, opposant au nazisme, qui a pris La Recherche pour Bible et Marcel pour prophète. Bizarre personnage. Pour Lajos, un prétexte pour ne pas bouger quand il assiste au regroupement des Juifs et à leur déportation. Ambivalence : est-il complice?

Génération suivante : un frère Pista et une soeur Eva, passent la Seconde Guerre mondiale au château sans s’impliquer plus que leurs parents. Ce n’est que l’arrivée de Soviétiques qui les feront réagir en confisquant leurs biens et en les réduisant à une condition très médiocre. Ils se laissent porter par les évènements. Seule réaction : ils tiennent à conserver les bonnes manières aristocratiques, la politesse, la tenue à table. Dérisoire.

1956 provoque une réaction, mais toujours à la marge.

Décidemment pas héroiques! Mais tellement humains.

Le roman se lit bien, la Grande Histoire en filigrane, ce n’est pas vraiment un roman historique, mais c’est une histoire prenante.

 

 

Calder : Rêver en équilibre à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 16 Août 2026

mobile

Je connais depuis l’enfance La Spirale (1958) énorme mobile de 10 m de haut devant le siège de l’Unesco, plus récemment la grande Araignée de la Défense, rouge le gros stabile rouge de 15 m. Je n’étais pas tellement motivée à traverser tout Paris et payer 18€ pour l’exposition Calder à la Fondation Vuitton. Tous ces mobiles et stabiles se ressemblent-ils?

Circus scene (1926)

Passées les oeuvres de jeunesse (même un petit canard et un cochon métalliques réalisées à 9 ans), les animaux stylisés, deux toiles nous mènent dans l’univers du cirque et c’est cet aspect de Calder qui m’a le plus surprise et amusée.
LE CIRQUE DE CALDER

le cirque miniature

A son arrivée à Paris en 1926, Calder développe une installation, sorte de happening: un cirque miniature. D’inombrables figurines bricolées en fil de fer, habillées de chiffons, animaux, acrobates, danseuses…. sont manipulées par Calder lui-même. Ils tiennent tous dans 5 valises avec les disques pour la musique, les éléments de la piste et diverses attractions. Ce spectacle original a attiré les plus grands artistes de l’époque : Fernand Léger, Le Corbusier, Marcel Duchamp, Miro….

danseuseanimé

On apprécie encore mieux la performanceavec le film de 27 minutes montre une représentation du film tourné en 1961 par Carlos Vilardebo. Calmder est magi cien, circassion, marionettiste de génie. Nous redevenons tous des enfants et rions aux éclats aux ébats de la danseuse du ventre, de l’éléphant qui souffle par sa trompe de la sciure, ou des exploits des trapézistes commentés par Calder lui-même rigolard, polyglotte qui affuble les personnages de noms improbables. Il y a même une scène de rodéo.

la famille Le Brass, pyramide humaine en fil de fer

Equilibristes et trapézistes fil de féristes….toujours sur le thème du cirque cette pyramide humaine.

Et du cirque, on bifurque sur les personnages en fil de fer entre caricatureset portraits. On le voit bricoler le profil de Kiki de Montparnasse, plusieurs silhouettes de Joséphine Baker et d’autres artistes

Après une visite dans l’atelier de Mondrian, Calder change radicalement de style. On voit ses tableaux abstraits dans le style de Mondrian et surtout ses premiers mobiles (1930) C’est Marcel Duchamp qui les appelle ainsi.
Du fil de fer aux mobiles

Cercles

Cette salle est passionnante parce qu’on y croise tout Montparnasse et tout ce que Paris compte d’artistes. Infusion, influences, bouillonnement des influences, beaux tableaux de Paul Klee avec un motif qu’on croirait fil-de-fer de Calder acrobates de Fernand Léger, Piet Mondrian, bien sûr. Arp aussi, avec ses sculptures de bois. C’est Arp qui nomme les Stabiles. Voyage en Espagne chez Miro . Les cercles ci-dessus font-ils penser à Miro ou Mondrian?

Mobiles ou stabiles? Inspirés de la nature

En 1933, Calder retourne aux USA, la situation politique en Europe donne déjà des inquiétudes. Il achète une ferme à Roxbury dans le Connecticut. Mais il sculpte une fontaine : Mercury Fountain qui sera exposée avec Guernica et Le Faucheur de Miro dans le Pavillon Espagnol de l’Exposition Universelle de Paris en 1937

poissons

Dans le poisson de droite des éclats de verroterie colorée donnent un air original.

automobile rouge

une salle présente des mobiles sonores, en plus du mouvement, de la vitesse, Calder ajoute le son : des gongs frappent les plaques métalliques. Heureusement les marteaux sont enveloppés de chiffons pour ne pas assourdir le visiteur. Evidemment, je n’ai pas reconnu l’automobile, c’est la médiatrice qui commentait la microvisite qui nous l’a expliqué! Ces micro-visites sont vraiment un plus à la Fondation Vuitton.

Boche Louisa pour sa femme Louise, on peut reconnaître les lettres.

En plus des sculptures imposantes, Calder a aussi dessiné des bijoux. Bijoux lourds, en acier ou laiton. Sculpturaux, pas à porter tous les jours?

Black constellation

En 1943, les métaux furent réquisitionnés pour l’effort de guerre. Calder a construit ses constellations en bois. On peut penser à Miro et à Arp.

Red Maze

Red Maze est un très grand motif qui occupe tout un coin d’une vaste salle.

Evidemment on ne peut pas tout photographier, j’en aurais eu pourtant bien envie . Et pour montrer quelque chose de bien différent

stabiles diables bien réjouissants

En conclusion, l’oeuvre de Calder est bien diverse, et encore on n’a pas abordé l’aspect monumental….

les agitées – Camille Zabka – la tribu

RENTREE LITTERAIRE 2026

Camille Claudel : l’implorante

Rapporté du pique-nique de Babélio : pioché à l’aveugle, merci à Babélio pour la surprise!

Olga, la femme d’un psychiâtre travaillant à la Haute-Île, emménage dans un logement de fonction de l’hôpital psychiatrique où Camille Claudel fut internée. Traductrice littéraire, mère d’une petite Bérénice, elle s’installe dans un cadre agréable. Sa vie se complique quand elle donne naissance à Atticus, dépression post-partum tout à fait imprévue. A la crèche du personnel hospitalier, les enfants sont victime de sérieux malaises. La police diligente une enquête. Pour sortir de sa dépression, Olga se lance dans l’étude des archives de l’hôpital pour comprendre les agitées, ces femmes internées sous la contrainte, le plus souvent à la demande de leur famille. 

Au moins quatre thèmes intéressants qui retiennent mon attention. Mais 4 sujets en moins de 300 pages, c’est vite parcouru. Lecture facile, trop facile.J’aurais souhaité en connaître plus sur Camille Claudel, plus sur les agitées.

Je ne suis pas arrivée à m’attacher à Olga. Que son mari psychiatre ne détecte pas la dépression de sa femme m’a paru peu vraisemblable. Je suis un peu passée à côté du livre. Lecture agréable pourtant mais que j’oublierai assez vite.