Frapper le fer – L’art des forgerons africains- Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 29 mars 2020

Instruments de musique : cloches

Eblouie!

Quelle belle exposition!

Un panneau lumineux accueille le visiteur : en alternance les globules rouge et une éruption solaire : le fer rouge en fusion, rouge le minerai.  Rouge, le fer et le sang. L’art de travailler le fer est un don divin et dans certaines sociétés africaines les forgerons sont vénérés et craints.

herminette cérémonielle

L’exposition commence dans le domaine du cérémoniel et du sacré avec des lames cérémonielles. Ma préférée est une herminette surmontée d’un oiseau symbolisant la « hauteur de vue du chef » qui la possède (selon une conférencière qui guidait un groupe que nous avons suivi de loin). Herminette cérémonielle, aussi hache, faucille. Certaines œuvres sont prestigieuses.

faucille

On s’intéresse à la forge, enclume et marteau, parfois le même outil peut être les deux si on le brandit à deux mains comme une masse ou si on plante le manche dans la terre. Autre outil indispensable : le soufflet. Certains sont étonnants

deux soufflets

Une vidéo montre comment deux sacs de cuir actionnés à deux mains servent de soufflet.

Un masque yoruba (Nigéria) pour honorer les femmes ménopausées (mais porté par un homme) montre une forge

masque yoruba : forge miniature

 

Certaines réalisations sont très sophistiquées comme ce chandelier à lampes à huile avec 46 coupelles : arbre de vie hébraïque

chandelier à huile

Les forgerons fabriquent les outils agricoles comme les houes mais aussi des « outils » plus magiques comme ces crochets à nuages dogons , suppliques pour appeler la pluie  ou ces bouquets magiques en zigzag rappelant les éclairs

vase magique contenant des éclairs activateur de pluie

Les forgerons étaient ainsi en communication avec le monde surnaturel. Le Nommo dogon, voleur de feu rappelle un peu Prométhée.

masque dan

Une série d’objets d’interroge : des ceintures pelviennes, ceintures de chasteté?  protection ou parure. Elles devaient être drôlement inconfortables

Ceintures pelviennes

Quittant le domaine utilitaire, je reconnais les Asen que j’ai rencontré au Bénin, fon ou yoruba , ces plateaux portés sur des baleines comme celles d’un parapluie ils sont destinés à honorer un défunt décrivant sa personnalité

Asen

Forgés également nombreux instruments de musique comme les cloches ou les lamellophones.

Bien sûr les armes sont également présentes, lames de toute forme et même armes de jet aux formes tout à fait sophistiquées aussi belles que redoutables.

armes de jet

Enfin, il ne faut pas oublier les monnaies : les plus simples comme ces barres à section carrées ou les plus monumentales comme ces impressionnantes lames hautes comme un homme. Certaines étaient même utilisées lors des mariage, dot ou contrepartie.

Beaucoup plus qu’une exposition de beaux (très beaux objets) ouvragés, ciselés, ornés c’est une ouverture sur un monde surnaturel très étrange.

 

 

Deir El Medina : le village des artisans

CARNET ÉGYPTIEN 2019 

Le muezzin fait du zèle ! Il a commencé à 4h45 tandis que les autres n’ont chanté qu’à 5h12. Je ne veux surtout pas rater le lever du soleil prévu à 6h34 face aux Colosses de Memnon. Pas de montgolfières aujourd’hui.

Je me proposais de rejoindre le village des artisans à pied mais voici que ma réserve de petits billets indispensables pour les pourboires est à sec. Le chauffeur du taxi 414 m’a déjà dépannée. Pour 20 LE il me monte au site et me donne un assortiment de 5 LE et de 10 LE.

L’entrée du site est équipée d’un auvent abritant des bancs pour les explications des guides à l’aide de deux maquettes : l’une de l’ensemble du village, l’autre d’une maison ainsi que de panneaux de l’IFAO (merci aux archéologues français soucieux de pédagogie).

Deir el medinq

Le village des artisans : Deir el medina est entouré d’un mur d’enceinte. Il est composé de 68 maisons mitoyennes d’environ 70 m2, seuils, linteaux montants sont en pierre, le reste en briques crues. Chaque foyer était composé de 8 à 10 personnes. Quand les hommes vont au travail dans la Vallée des Rois creuser et décorer les tombes royales, les femmes restent au village. Les vestiges sont un témoignage de la vie d’êtres humains ordinaires qui n’étaient ni pharaons ni prêtres. Lors de leurs congés les artisans préparaient leurs propres tombes            .

Tombe de Sennedjem

Une étude exhaustive de la tombe de Sennedjem est disponible sur le site Osiris.net

Une visite virtuelle de cette tombe est aussi possible sur ce site : CLIC

Sennedjem était le chef des travaux sous Ramsès II. Les scènes sont toutes dessinées et peintes et non pas gravées comme les tombes royales mais elles sont extrêmement soignées et colorées. Je suis émerveillée par la diversité des scènes de la vie des champs, des paysages merveilleux avec des arbres portant des fruits, des scènes mythologiques se mêlent à la vie quotidienne.

Tombe de Nakhtamon

Elle est également décrite sur Osiris.net

Moins colorée que celle de Sennedjem elle donne des témoignages sur l’embaumement et nombreuses divinités que je ne connaissais pas avant de lire l’article ci-dessus.

Voyager avec le smartphone et une connexion wifi change beaucoup de perspectives. Je n’ai pas encore décidé si  l’effet de surprise était le plus important pendant le voyage ou si cela aurait été mieux d’étudier les documents avant la visite.

Tombe d’Inkeraou    

Tombe d’Inherkat  (sous Ramsès III et Ramsès IV)
La tombe de Pachedou

Il faut un ticket spécial pour la visiter à acheter à la billetterie

La tombe de Pachedou est située encore plus haut dans la pente. Le gardien peine à monter.

Les couleurs sont très vives, les sujets sont souvent situés dans un environnement végétal merveilleux. La fresque la plus célèbre est l’image d’un homme courbé sous un arbre qui boit de l’eau à un ruisseau ; c’est mon interprétation personnelle parce que les égyptiens en donnent une autre : ce serait un homme qui prie avec la même posture que les musulmans.

 

Il m’est plus difficile de prendre des notes dans ces chambres exiguës. Depuis notre dernière visite, on peut prendre des photos au téléphone. Je me déchaîne et je filme !

Je longe les vestiges du village. Les 70 m2 annoncés doivent probablement tenir compte de l’étage, on retrouve l’emplacement de l’escalier et on peut imaginer la vie de ces gens, dans les chambres petites, mais aussi sur les terrasses. Le marchand d’objet en albâtre qui veut absolument me vendre un ibis que je n’ai pas l’intention d’acheter ne me lâche pas d’une semelle. Il commente :

  • « dans un mois égyptien il y avait 3 semaines de 10 jours, pendant les deux premières les artisans travaillaient pour la tombe du pharaon ; la 3ème était de repos. Comme les artisans n’avaient pas le droit de quitter le village de peur de révéler à des étrangers les emplacements secrets, ils consacraient leur temps à leurs tombeaux »
  • Une autre légende dit qu’on banderait les yeux des ouvriers pour qu’ils ne reconnaissent pas le chemin .

 

Vérité ou légende ?

Le petit temple d’Hathor

Au bout du village se trouve le Temple d’Hathor de l’époque ptolémaïque ( 3ème -2ème siècle av JC) du règne de Ptolémée Philopator. Ce temple est dédié à Hathor, Maat et Amenhotep.

C’est un temple charmant avec des chapiteaux aux nombreux pétales ouverts qui ont gardé leur couleur bleu turquoise. Des chapiteaux hathoriques sont aussi colorés ainsi que les vautours étendant leurs ailes au plafond.

J’avais oublié le puits des ostraca beaucoup plus profond que dans mon souvenir. J’ai distribué tous les petits billets aux gardiens des tombes. Le marchand d’albâtre réclame son dû pour ses commentaires. Quand je lui dit que je n’ai rien dans mon porte-monnaie, il est incrédule. Pas de problème ! il a de la monnaie et ne me rend que 60 sur 100 LE !

Je passe l’après-midi à dessiner tandis que Dominique s’est fixé un cadre dans les palmes ; Elle attend que sur la route passent des sujets pittoresques à photographier. Aujourd’hui, son attente est récompensée : une charrette, un homme à califourchon sur son âne, des familles…

 

 

 

Karnak

CARNET ÉGYPTIEN 2019

Visiter Karnak en un quart d’heure à la sortie de la Croisière au pas de course relève plus de la plaisanterie que du tourisme !

J’ai donc prévu d’y retourner, l’après midi pour éviter l’affluence.

La matinée s’est écoulée tranquillement et studieusement sur la terrasse à dessiner et à peindre.

J’attendais les montgolfières, seulement deux en ce matin de Noël. Cette attraction n’a pas fait recette après le Réveillon !

Au petit matin, pas de brume comme hier. Les crêtes roses de la Montagne Thébaine sont nettes à l’horizon. En revanche, vers midi, une poussière brune est soulevée par le vent et noie le paysage. Le ciel devient brunâtre, les couleurs virent au beige et sépia.

A 13h30, j’appelle Ahmed Youssef, mon chauffeur qui m’emmène au débarcadère. Un petit neveu vient de naître qu’il appelle « Christmas boy ». Au débarcadère je descend dans le petit bateau à moteur qui se remplit vite (il faut au moins 8 passagers pour traverser) Arrive une équipe de foot, on grimpe dans le bateau d’à côté.

13h50 me voilà sur la Corniche ! 3 km séparent Karnak de Louxor La promenade me tente. Le vent est frais ; à l’heure de la sieste il n’y a pas de circulation. La corniche est fleurie, sur le fleuve sont amarrés des bateaux-restaurants. Des jeunes filles aux voiles colorés de rose ou de rouge marchent deux par deux. Après le Musée Archéologique (fermé de 14h à 17 h), la circulation automobile est interdite. Belle promenade tranquille !

obélisques

14h30, j’entreprends la visite de ce temple immense. Comme au Ramasseum, les archéologues français de l’IFAO ont installé des panneaux explicatifs détaillés (français/anglais/arabe). Je n’ai même pas besoin d’ouvrir le Guide Vert. J’ai laissé Gallimard dans la chambre (trop lourd). Ces deux guides donnent une description complète, illustrée. Pas question de les recopier ! D’ailleurs, je n’ai pas pris de notes.

Karnak est un site gigantesque. Ce n’est pas un temple, mais une série de temples enchevêtrés, imbriqués les uns dans les autres. Chaque Pharaon a ajouté sa touche pour sa gloire personnelle ou celle d’Amon, du Moyen empire à l’époque romaine, parfois aux dépens des monuments de leurs prédécesseurs. Ils ne sont pas construits selon un axe mais selon deux perpendiculaires. L’ensemble ne compte pas moins de dix pylônes.

Remonter le 9ème pylône

Du temple du Moyen Empire, il ne reste qu’une cour avec trois seuils de granite et un bloc d’albâtre. Thoutmosis III a fait disparaître une partie du temple d’Hatshepsout, sa belle-mère, Sethi 1er a commencé à bâtir la salle hypostyle, Ramsès II a continué l’œuvre de son père. Ramsès III a construit de côté un temple plus modeste que celui de Medinet Habou…Philippe, le Frère d’Alexandre le Grand s’est approprié un sanctuaire. Même les Romains ont laissé leur trace.

colosses

Avec les statues colossales je ne sais où donner de la tête, sans parler des obélisques.

Il me restera le souvenir de cette grande salle hypostyle avec ses 134 colonnes. Celles qui bordent l’allée centrale sont beaucoup plus haute que celles des côtés. Leur diamètre est si grand que je n’arrive pas à faire des photos satisfaisantes.

Je me contente de retrouver les dieux, les symboles, Amon sous forme de Bélier ou humain coiffé de deux plumes…Partout des barques, des porteurs de barques, des reposoirs des barques…

Je n’ai pas retrouvé le « jardin botanique » décoré de bas-reliefs de plantes.

Partout de gros engins sont utilisés pour des travaux de restauration. Il faut bien une grue pour remonter le 9ème ou le 10ème pylône !

Le temps me manque, je veux rentrer avant la nuit.

Etrangement, il n’y a pas de taxis à la sortie du site, seulement des calèches. Le retour en calèche aurait pu être romantique si le cheval n’avait été une vieille carne, vieux cheval gris avec les os qui lui trouent la peau. Le caléchier n’est pas jeune non plus. Il est mal embouché et brutal avec le pauvre cheval à qui il donne des coups quand le vieil animal ralentit l’allure. Déjà, la course était chère (50 LE) mais il réclame un « cadeau  pour le cheval ». je lui donne la somme convenue et saute rapidement du marchepied.

A la sortie du ferry baladi pas de taxi. Les locaux prennent des minibus à la gare routière. J’essaie un touktouk qui me propose un tarif de 60 LE ! C’est non ! Quel microbus choisir ? la direction est écrite en arabe. Au hasard je donne 20 LE, les autres passagers font circuler 2 ou 3 pièces et je descends juste après les Colosses de Memnon.

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

Otto Wagner Maître de l’Art Nouveau viennois à la Cité de l’Architecture

Exposition temporaire à la Cité de l’Architecture  jusqu’au 16 mars 2020

J’ai « découvert » l’Architecture Art Nouveau  à Vienne il y a une bonne vingtaine d’années ; découverte entre guillemets puisque j’ai grandi à Auteuil dans un quartier marqué par Guimard. Au fil de nos voyages, j’ai retrouvé l‘Art Nouveau à Budapest et dans d’autres villes hongroises, Riga et plus au sud en Espagne avec Gaudi.  Je ne voulais pas rater l’exposition de la Cité de l’Architecture. 

L’exposition Otto Wagner présente l’architecte, professeur, théoricien dont l carrière a débuté en 1860, peu de temps après la création du Ring qui fut un chantier monumental donnant de nombreuses opportunités aux architectes. Otto Wagner, en quête de reconnaissance, participa à de nombreux concours à Vienne et dans le reste de l’Empire Austro-hongrois. L’exposition est donc nourrie de nombreux dessins de projets présentés à ces concours, la plupart des projets ne furent pas réalisés. Je suis assez étonnée de la surcharge des décors qui me font penser davantage à l’éclectisme historiciste qu’au Pavillon Sécession si élégant. Enormes compositions comme ce Palais Artibus (1880) empreint de grandeur antique avec musée, bibliothèque, théâtre, même un panthéon à coupole qui servit d’inspiration au Parlement de Budapest. Je n’ai pas été franchement séduite par cette débauche de palais de façades fastueuses et j’ai commencé à m’ennuyer un peu. 

En revanche, les meubles, objets et façades des immeubles de rapport m’ont plus intéressée. Majolique et décor plus sobre, plus moderne, plus fonctionnel. Dans la conception et la réalisation de ces logements ont été une source de richesse pour l’architecte. 

La maquette de léglise du Steinhof et le projet initial  d’hopital psychiatrique montre (1902) encore le souci d’urbanisme et d’intégration d’un projet dans le contexte physique de la ville

projet de fontaine pour la Karlsplatz de Vienne

C’est au tournant du siècle (1899) qu’Otto Wagner rejoint le Mouvement Sécession fondé par Klimt, Egon Schiele, Kolomar Moser. La présentation du Pavillon Secession, des expositions qui s’y déroulèrent, la frise Beethoven de Klimt (1902), la revue Ver Sacrum ont retenu mon attention . 

Grand format, une présentation des bureaux du journal Die Zeit , fonctionnelle avec de l’aluminium, et celle de la salle des guichets de la Caisse d’Epargne de la Poste de Vienne sont passionnantes. Une vidéo explique l’architecture de la Caisse d’Epargne avec sa verrière sous une autre verrière incluse dans la cour d’un bâtiment.

Un diaporama montre les principales réalisations Art Nouveau dans toute l’Europe.

Si vous projetez une visite de cette exposition je vous conseillerais de passer rapidement le début et les dessins  de projets non réalisés pour garder de la fraîcheur pour la fin qui est nettement plus intéressante.

 

Les courses à Louxor, achat du billet de train à la gare

CARNET ÉGYPTIEN 2019

les bateaux à moteur

Expédition à Louxor : chercher de l’argent liquide et acheter les billets du train du retour et éventuellement rapporter une bouteille d’ouzo ou d’arak.

A peine ai-je traversé la route qu’un taxi propose ses services jusqu’au ferry :

« your price ? » – « Ashrin » (20) – « forty ! » – « Talaatin » on se met d’accord pour 30 guinees.

Au débarcadère les felouquiers me harcèlent. Je tiens bon : je veux le ferry baladi  à 5 guinees. Le petit bateau à moteur est amarré sous une méchante rampe métallique bien glissante. Sur la Corniche, je retrouve la banque Misr qui a installé 3 ATM dans une pièce fermée surveillée par un gardien à proximité du Winter Palace. Cela me sécurise parce que j’ai les deux cartes VISA et que je compte tirer le maximum que l’automate donne. Je suis chanceuse : aujourd’hui il propose 3000LE par carte. Cela tiendra toute la semaine, j’espère ! Aller à pied à la gare est facile, sur le trajet je regarde les magasins pour touristes (bijouteries, un antiquaire qui vend des photos anciennes « since 1907 »…) mais aussi supermarchés pour égyptiens, une « Pharmacie de confiance » en français sur l’enseigne.

temple de Louxor

Marcher seule dans Louxor incite au harcèlement. Je ne fais pas un pas sans qu’on me propose un taxi, une calèche, un accompagnement.  Seule parade, marcher droit et vite, ne pas hésiter ni flâner.

La gare de Louxor (comme celles du Caire ou d’Assouan) est un beau bâtiment de pierre de taille claire décorée aux motifs pharaoniques ; l’intérieur est un peu moins reluisant. D’un côté les guichets des 3èmeClasse, de l’autre, les sleepers watania et à côté 3 guichets pour les tickets de 1ère et 2ème classe. De belles queues et personne au guichet. C’est la pause : les guichetiers boivent leur thé mangent et rejoignent à contre-cœur leur poste. Dans les queues on s’impatiente, on se bouscule. Certains prennent leur train aujourd’hui. C’est la foule et cela ne me plait pas du tout de penser que j’ai une fortune dans mon sac avec les cartes de crédit. Si j’avais eu la moindre idée   du prix du billet j’aurais pu préparer la somme.

Evidemment l’employé ne comprend pas l’anglais. Heureusement, son chef vient à mon aide. Je demande deux places pour Guiza le samedi 28 au matin en 1ère classe. Il n’y en a plus dans le train de 9h, il propose le train de 7h. 390 LE pour les 2 billets (10€ chaque) . Je fourre les petits tickets (taille carte de crédit) sans les lire dans la cachette, je suis pressée de m’extraire de la queue. Heureusement derrière moi, attend un couple de retraités grecs qui ne vont pas me dévaliser.

Juste à la sortie de la gare, au magasin Drinkies , le prix de l’Ouzo est trop bon marché pour être honnête 55LE (2€50) Mais il n’y a pas de choix.

Je trouve les cachets de magnésium à la pharmacie.

Au retour, je rencontre le chauffeur de taxi qui m’avait donné sa carte alors que je recopiais les panneaux des colosses de Memnon. Il propose « le prix local : 20guinees et des excursions lointaines. « ne prenez pas celles de l’hôtel ! ils gagnent déjà assez avec la chambre et le restaurant. Tout le monde doit pouvoir travailler » implore-t-il. Il m’offre même une bouteille d’eau pour la bienvenue (je refuse, la course est beaucoup trop courte).

De retour chez Mahmoud j’examine le ticket de train. La date est correcte mais pas l’heure :  au lieu de 7 heures, il est écrit 19h25. Encore un tour des Britanniques ! Avec leur am et pm, ils nous embrouillent ! ce n’est pas la première confusion du genre : à Delhi c’était bien pire nous avions raté l’avion.

Après déjeuner il me faut retourner à Louxor, reprendre le taxi et le bateau, puis la gare. Le bateau est un gros bateau à deux étages mais la rampe est facile.

A la gare il n’y a plus de queue mais l’employé qui parle anglais ne veut pas reconnaître sa bêtise, ni la réparer. Il appelle un collègue qui affirme d’abord que l’échange n’est pas possible : il faut annuler et reprendre un autre ticket et cela coûtera 40 LE. Il ne veut pas prendre la responsabilité de l’opération, va voir son chef, m’emmène à la Police Touristique qui bien sûr dit que c’est faisable mais qu’il faut obtenir le tampon du Chef de Gare – Station Master. Où est donc le bureau du Station Master ? Sur le quai ! Mais ce dernier ne parle pas anglais. Le premier cheminot réapparaît et explique le problème en arabe. Le chef griffonne quelque chose au dos du ticket. Cela n’est pas suffisant : il faut un tampon. Mais sortir le cachet et le tampon encreur n’est pas de la compétence (ou de la dignité) du Station Master. N’Il faut trouver le préposé au tampon. On a oublié les 80 LE en route (on n’en parle plus) Mon billet enfin annulé, il en faut un autre. C’est l’ordinateur qui   trouve la place et les cheminots égyptiens ne sont pas informaticiens. Intervient encore mon sauveur (au bout de 10 minutes) il me réclame 80LE après toutes ces interventions qui l’ont fait bien transpirer ! Pas de reçu ni de tampons, il les fourre dans sa poche. Cette délicate affaire mérite salaire.

Au retour je croise le caléchier qui voulait m’emmener à la gare, le pâtissier qui veut apprendre l’anglais, les felouquiers…Tout ce monde est bien physionomiste pour me reconnaître (il y a peu de touristes isolés tous sont flanqués d’un guide). Au débarcadère, mon taximan attendait.

Confession téméraire – Anita Pittoni

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

La Masse Critique de Babélio offre des aventures littéraires inattendues. Encore merci à Babélio et aux éditions La Baconnière!  Je n’aurais sans doute pas tenté cette lecture et j’aurais raté une rencontre rare avec Anna Pittoni.

Anna Pitton(1901 – 1982) fut une créatrice de mode, une styliste et une figure de la vie de Trieste, sa ville. Elle se tourna vers la vie littéraire et publia des recueils de prose poétique.En 1949, elle fonda la maison d’édition  lo Zimbaldone. Bien trop ignorante de la vie littéraire italienne d’alors, je n’avais jamais entendu parler d’Anna Pittoni ni de Roberto Balzen ou d’Umberto Saba. Wikipédia m’a appris que le nom de Zimbaldone faisait allusion à Leopardi , et que ce mot avait donné sabayon en français. 

Le recueil Confession Téméraire rassemble deux ouvrages Les Saisons  et Promenade sous les armes (1971) ainsi que de textes Cher Saba et La Cité de Bobi. Ces textes courts publiés séparément sont cependant homogènes : ils ont pour narratrice Anna Pittoni, elle-même qui se raconte, s’analyse devrais-je peut-être oser. En filigrane, un amour, un homme qui lui a offert un bouquet de cyclamen, dont le retour cause une joie indicible mais qui provoque parfois la jalousie (deux chapitres sont intitulés « jalousie »). Certains récits sont oniriques, la limite entre rêve, cauchemar et réalité est floue. 

Ambiance étrange comme dans une peinture de de Chirico

Ce n’est pas une lecture facile. Je ne suis pas entrée tout de suite dans l’histoire. J’ai relu le matin les pages de la veille parce que j’étais perdue. J’ai dû apprivoiser la narration qui semblait ne mener nulle part. Puis je me suis laissé embarquer dans cette atmosphère étrange enchaînant les images comme dans un rêve.

Certes, les différents chapitres ne m’ont pas tous séduite, je me suis un peu ennuyée dans des détours qui égarent la lectrice. Par surprise, une image comme celle de la pelote de chanvre bleue, chevelure de sirène, m’a ravie.  je me suis attachée au petit bouquet de cyclamens qui revient plusieurs fois. Ces histoires de jalousie avec leur chute inattendue m’ont aussi beaucoup plu.

Lecteurs de romans d’action passez votre chemin, les lecteurs contemplatifs trouveront leur bonheur. Ceux que l’analyse psychologique passionne aussi.

.Ça a été une joie pour moi d’aller au fond des choses, afin d’y trouver, dans ce que j’ai écrit ces dernières années, le fil caché d’une réalité : des petits faits, un seul petit fait, ou seulement une partie d’un fait, ou plusieurs faits ensemble, même s’ils sont lointains les uns des autres dans le temps: tout cela revient à une projection cinématographique des souvenirs . Ce  serait très fructueux d’apprendre à décrypter ce que nous avons écrit quasiment en filmant les faits qui nous ont inspirés : ce serait presque nous auto-éduquer à notre propre sensibilité……

 

Les temples au petit matin : Merenptah et Ramasseum

CARNET ÉGYPTIEN 2019

colosses de Thoutmosis et montgolfières

Le muezzin nous réveille dans la nuit, j’attend le lever du jour. Avec le lever du soleil s’envolent les montgolfières dont le souffle arrive jusqu’à notre chambre. J’en compte ce matin une vingtaine.

6h30, tout le monde dort, sauf les chiens qui montent la garde et m’empêchent de sortir. Ils sont grands, hérissés, sales. Comme je force la sortie ils m’accompagnent.

Le Temple de Mérenptah est à une centaine de mètres. De la route, je pourrais observer le site l’entrée se trouve près de l’hôtel où nous avons vu le dromadaire samedi. Ici aussi les chiens hurlent contre mon escorte. Je redoute de me trouver au milieu d’une bataille canine et renonce à Merenptah. Je reviendrai quand l’hôtel sera ouvert et les chiens calmés.

Plus loin, un autre chantier de fouilles se trouve entre le temple de Merenptah et le Ramasseum. Des colosses semblent sortis de terre. Ils n’étaient pas là à notre dernier séjour en 2010. Un panneau indique temple de Touthmosis IV

Ramasseum au soleil levant

Sur la route de nombreux minibus me doublent. Déjà les touristes ? Non ! ce sont les ouvriers en gallabieh grise qui se rassemblent sur les chantiers archéologiques. De touriste, il n’y a que moi. Les occidentaux en jeans et gros appareils-photos sont les archéologues qui supervisent le chantier.  On fouille beaucoup, c’est une des justifications de la destruction du village de Gournah et de la stérilisation de terres agricoles. L’archéologie me passionne mais je privilégie toujours les Egyptiens vivants à ceux qui sont morts il y a des milliers d’années. Après l’arrivée des ouvriers c’est celle de la police qui circulent en gros pick-up.

Ramasseum

Ramasseum Ramsès et palmier

Le gardien me demande mon ticket et le déchire. Si je veux revenir, il m’en faudra un neuf !

Autrefois on arrivait par les champs et on entrait sans payer.

Merci aux archéologues de l’IFAO qui ont pensé à faire de nombreux panneaux explicatifs détaillés en français !

Le Temple des millions d’années de Ramsès II a été nommé Ramasseum par Champollion en 1829. Dessiné en 1738 par Fréderic Norden puis pendant l’Expédition d’Egypte des Savants de Bonaparte ;  Belzoni en 1816 « enleva »  le buste de Ramsès II qui se trouve maintenant au British Museum. J’aime bien ces histoires de savants et d’aventuriers.

Le 1er pylône est bien ruiné, on peut distinguer les gravures de la Bataille de Qadesh. Devant l’entrée du 2ème pylône étaient assis Ramsès et sa mère Touy. Les débris de la tête du pharaon en granite rose reposent.

la tête de Ramsès brisé

Dans la cour péristyle, il y a deux portiques avec des piliers osiriques. Derrière la colonnade, on retrouve la Bataille de Qadesh, il reste encore des traces de couleur. Les soldats sont en rangs serrés, le cercle représente-t-il la forteresse ? on devine la traversée du fleuve. Sur le registre du bas : une dizaine de chars au- dessus : la mêlée avec des soldats à terre, l’un d’eux a reçu une flèche dans l’épaule. Surdimensionné : Ramsès sur son char, le cheval cabré, il bande son arc. J’ai cherché le lion trouvé à Abou Simbel mais pas ici.

Ramasseum : chapiteau

La  salle hypostyle accueillait les liturgies marquant la relation entre le Pharaon et le dieu Amon sous sa forme Min. Les chapiteaux sont polychromes et forment un calendrier(selon les explications).

La petite Salle des Barques est la plus belle. Elle est en pente douce. J’avais oublié le plafond astronomique et l’arbre Persea

sous l’arbre Persea

Enfin, on arrive à la petite salle hypostyle à huit colonnes.

Comme à Medinet Habou à l’arrière du temple et sur les côtés un ensemble de ruines en briques crues sont étudiés par les archéologues qui ont trouvé des magasins, une « maison de vie » ou école du temple où les cours étaient donnés en plein air comme le témoignent les ostraca. Cuisines, boulangeries occupaient près de 30 salles où se trouvaient des moules à pain, des pots, des coupes, des graines de céréales et de lin, des particules végétales et des charbons de bois.

autour du Temple : constructions en brique crue

Le site résonne des outils des archéologues et des ouvriers du chantier : le plus souvent balais, brouettes et paniers de caoutchouc. Mais on entend aussi cogner les masses pour sculpter les moellons, et même des disqueuses qui découpent des dalles. On a mouillé la terre pour confectionner des briques de terre et de torchis.

Un archéologue a épinglé une grande feuille de papier sur une table à pique-nique pour un relevé des allées et des murets. On sent la vie bourdonner !