Leçons pour un jeune fauve – Michela Murgia

LIRE POUR L’ITALIE (SARDAIGNE)

Une déception!

La magie d’Accabadora n’a pas opéré. Ni l’humour de La Guerre des Saints. J’avais emprunté Leçons pour un jeune fauve en toute confiance, sans même lire le 4ème de couverture, histoire de faire un petit tour en Sardaigne et de retrouver une auteure que j’avais beaucoup appréciée.

Dix sept « leçons », et un épilogue pour un roman (267pages). En dehors d’être le titre des chapitres à quoi correspondent donc ces « leçons »? Une actrice de 38 ans prend pour « élève » un jeune violoniste de 18. Que va-t-elle donc lui apprendre?  Va-t-elle lui apprendre le savoir-vivre dans le monde du spectacle? Ou le raffinement des tissus et des vêtements bien coupés qu’il convient de porter dans un certain milieu où le paraître est tout un discours? Va-t-elle lui apprendre la séduction et les jeux subtils de l’amour? Ou  l’ambition pour lui, alors que ses parents sont ternes et indifférents à sa carrière. Dans le genre Pygmalion, je reste sur ma faim.

Est-ce un roman d’amour? Si Eleonora n’apporte guère à son « élève », elle parle beaucoup d’elle. Elle petite fille, dans un rapport malsain à ses parents.  Elle et Fabrizio, l’ancien amant, l’ami qui régit les rapports élèves-professeurs. Elle et Chirù, l’élève. Elle et Martin, qu’elle va épouser. Et justement, elle est plutôt antipathique. Actrice renommée, on se demande bien pourquoi. Professeur de rien. Amante distante.

Je suis mauvaise cliente pour les romans d’amour et les relations compliquées ne fatiguent.

 

 

Metaponto intello (3) Archéologie et poésie des mathématiques

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASIliCATE)

Site de Metapunto : temple dorique d’Héra

Nous visitons le site archéologique sous un soleil de plomb. Là, au moins, nous sommes tranquilles. Il était fermé le matin, quelle idée de ne l’ouvrir qu’à 14 h ! De la ville grecque, il reste les fondations visibles de trois temples qu’on identifie facilement d’un perchoir construit près du parking et qui permet d’embrasser la ville d’un seul regard.

Site de Metapunto : temple ionique d’Artemis

On a remonté les trois grosses colonnes du temple d’Héra et deux colonnes ioniques d’un temple plus petit dédié à Artémis. Je suis surprise de l’élégance du chapiteau ionien. Quand la colonne est entière on ne se douterait pas que la partie supérieure de cette sorte d’escargot qui s’enroule est si soigneusement ornée d’écailles ou de feuilles ni que le haut de la colonne est gravé de frises. Il faut aussi imaginer les décors du fronton, les figures en terracotta. Les amateurs de ruines romantiques n’imaginent pas la sophistication de ces décors ? Avec les reconstitutions virtuelles on commence à se faire une idée colorée de la vie antique.

Temple d’Héra

Une digue borde le cours d’eau . Il y a d’autres canaux de drainage. Il faut se représenter le rivage beaucoup plus proche et non pas à l’emplacement actuel du Lido de Metaponto. Près de l’agora, que je n’identifie pas exactement, le petit théâtre a été restauré pour y faire des spectacles. C’est là que s’est déroulé la nuit dernière le concert de piano. Les gradins ne sont visibles que partiellement, cachés par les structures métalliques. Un panneau m’apprend que l’Ekklesasterion d’un diamètre de 60 m pouvait réunir 8000 personnes pour l’assemblée de la ville.

Il est trop tôt pour rentrer dans notre gîte infernal (équivalent sans la mer du Lido de Metaponto). Je retourne au Musée où se tient une exposition patronnée par Matera2019, installation contemporaine sur le Thème de la Poésie des Nombres Premiers en hommage à Pythagore mort à Metaponto/ Si Pythagore a fondé une école, il n’a pas laissé d’écrits. C’est donc un exercice visuel illustrant le fameux théorème et d’autres théorèmes et conjectures mathématiques.

Dans le couloir d’entrée de nombreuses citations concernant la poésie des mathématiques de nombreux savants mathématiciens ou littéraires comme Borges ou Einstein et Cantor… Comme elles sont en traduites en italien, je ne les recopie pas. Un enregistrement me permet d’entendre un exposé  sur Cantor et les infinis dont certains sont plus infinis que d’autres. J’ai du mal à suivre…Une vidéo : une pièce de théâtre à laquelle je ne comprends rien et un vidéogramme sur le thème des puissances de 10, dans l’infiniment grand de l’espace comme dans l’infiniment petit.

L’avantage avec cette exposition ambitieuse et difficile  c’est que c’est climatisé et qu’il n’y a personne.

Escher

A côté de la grande exposition il y en a une autre « Remplir le vide » consacrée à Escher et à ses successeurs qui ont exploité le même procédé : comment le vide entre les oiseaux se métamorphose en poissons, comment entre les anges on voit apparaître des démons, qui se cachent si bien qu’à l’autre bout du tableau on ne voit plus qu’eux….Les tableaux d’Escher sont presque tous en noir et blanc, les autres plasticiens ont plus joué avec les couleurs. Exposition très séduisante.

 

Dimanche, au Lido di Metaponto

CARNET DU MEZZOGIORNO

Pour déjeuner, nous avions pensé au Lido di Métaponto. Nous nous serions attablées en bord de mer, j’aurais pu me baigner.

Le dimanche, il y a affluence, les parkings sont complets. Après avoir bien cherché une place nous arrivons sur une sorte de promenade où sont installés les restaurants correspondant aux installations balnéaires. Aujourd’hui, tous les parasols sont déployés, les lits occupés.

Il y a foule dans les restaurants populaires qui sont plutôt des self-services rustiques avec de grandes tables en bois peintes en bleu ou en brun et des bancs sous des auvents laqués. Il faut d’abord chercher le scontrino  au bar, payer et commander. Quand l’assiette est garnie, une jeune femme appelle le client avec un micro, il emporte son assiette en plastique . Pour les pizzas, pareil sauf qu’il faut apporter le scontrino au pizzaiolo et que c’est beaucoup plus long. Avec mon italien timide et hésitant, je me fais dépasser dans la queue par les culottés qui annoncent à voix haute, et de loin, leur commande. Problème : je ne sais pas du tout quoi commander. Pour une bouteille d’eau, je dois attendre que le serveur ait préparé 25 espressos, mis 25 touillettes, et compté 25 sachets de sucre. Ensuite il remplit à peu près autant de petits verres de limoncello, grappa et autres alcools. Avec ma p’tite bouteille j’avais l’air d’un con …Ici on commande en grand, on vient en famille, ou plutôt en tribu.

Sur l’ardoise, il y avait des lasagnes, quand vient mon tour, elles sont terminées. Il fallait les commander dès le matin. Il reste des pâtes aux fruits de mer (7€) servies avec moules et palourdes, mais sans couverts, les pâtes ressemblent à des grains de blé géants, sauce tomate. C’est infect.

Pendant que j’attendais les pâtes,  Dominique s’est fait chasser par un groupe d’une douzaine d’adultes, comprenant la grand-mère, et autant d’enfants installés sur la table voisine. Comme elle protestait, un homme lui dit qu’elle ferait mieux de retourner chez elle en France. Ambiance !

Au comptoir de la pizzeria, certains commandent 8 pizzas à la fois, le pizzaiolo les cuit 4 par 4 mais, pour une seule, il faut patienter ! Le spectacle est dans la salle. Les femmes font le service pour maris et enfants. Parfois, l’homme fait la queue au bar, la femme portera plus tard la commande mais les enfants ne bougent pas.  Leur maman apportera une barquette de frites chacun, une pizza chacun, et des beignets pour terminer. Ici, personne ne mourra de faim. On dévore !

Et pourtant ils ont l’air tous contents dans le bruit et les allers/venues. Pour se baigner,  il faut se frayer son chemin jusqu’à l’eau entre les glacières et les serviettes. Une dame lit, comment fait-elle dans ce vacarme? Dans l’eau, uniquement des enfants. Les parents les surveillent du bord. Ils ne risquent pas grand-chose, l’eau est très peu profonde. Il faut aller très loin au-delà des bouées pour avoir assez d’eau.

C’est une expérience à faire une fois, mais pas à renouveler ! vivre quelques heures au milieu de ces gens en famille et au naturel et basta !

Métaponto – sous le signe d’Hera

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASILICATE)

Metapunto : table palatine, temple d’Hera

Tavola palatine : temple d’Hera

Le site désigné sous le nom de Tavola Palatine est le Temple d’Héra ? Temple dorique du 6ème siècle . C’est un élégant temple périptère 6×12 colonnes.

Le site archéologique est mis en valeur par des massifs de lauriers-roses qui accompagnent les deux rangées de colonnes qui subsistent. Cette « table palatine » est aussi réputée contenir la tombe de Pythagore.

Histoire de Metaponto

Occasion de prendre connaissance avec l’histoire de cette ville antique. Sa fondation, selon la légende remonterait à la Guerre de Troie. Les Achéens l’auraient fondée en 755av JC avec l’aide des sybarites. Entre les embouchures de deux fleuves Bradano et Basento, on suppose une activité portuaire. Située dans une plaine fertile, une activité agricole est aussi à envisager. Pythagore fonda au 5ème siècle son école ; La fondation d’Herakleia (Policoro) met fin au contrôle de Metaponto sur els territoires au sud du Sinni et au nord du Bradano. L’expansion des Romains se fit après la victoire de Pyrrhus(bataille d’Heraclée 280avJC) . L’arrivée d’Hannibal (215 av JC a éveillé des espoir chez les Métapontiens qui le suivirent et quittèrent la ville à la suite des armées puniques. Pendant la révolte de Spartacus (73-71 av JC) la ville subit encore des déprédations.

Musée Archéologique

Le Musée rassemble des objets provenant de divers sites du Basilicate : Pisticci, Scanzano et autres.

Chronologie :

dès l’âge de Bronze (13ème -11ème siècle av. JC) des contacts avaient lieu avec la Grèce Continentale et les îles de la Mer Egée sur tout le littoral du Basilicate et de la Calabre

Au 10ème siècle et au 9ème : reprise de la colonisation de Grèce

Fondation de la ville de Metaponto  au 7ème siècle

En plus des grecs une population locale Enotri a laissé des témoignages, objets et textes grecs qui les citent.

Spirales : agrafes

l’âge de Bronze :  surtout des spirales métalliques agrafant le tissu ou des bracelets spiralés ainsi que des poteries dont certaines sont d’importation mycénienne.

8ème siècle (Piscticci) : toujours des spirales et anneaux mais aussi des armes certains contiennent aussi du fer. Un xylophone en bronze m’a étonnée ainsi qu’une bulle en or .

7ème siècle Aliano une ceinture en perles de bronze et des parures féminines d’une étonnante complexité

ceinture de perles

Dans les vitrines, apparaît une vaisselle dont els décors sont de très belle facture à thèmes mythologiques . Les thèmes sont souvent des thémes de propagande le cycle de Troie et  comme la fondation de Metaponto.

L’exposition : Hera e il Mondo femminile nell’ Antichita est tout à fait surprenante.

La femme dans l’Antiquité grecque me semblait enfermée dans le gynécée soumise et vouée aux tâches subalternes et à la reproduction. A l’opposé, les déesses jouissaient d’une grande liberté. Au début La Grande Mère était la divinité primordiale qui représentait la Terre et la Fécondité. A Métaponto, Hera était célébrée dès les temps anciens. Il y avait deux temples d’Héra et un d’Artémis. De nombreuse figurine féminines ont été retrouvées ainsi que des statuettes type tanagra.

miroir antique

On a aussi retrouvé de nombreux miroirs, parfois très décorés et les figures féminines figurent en nombre sur les vases peints : souvent femmes à leur toilette portant ces fameux vases ronds par la poignée. On trouve aussi toute une vaisselle de poupées provenant de la tombe d’une petite fille. Je suis très étonnée de cette exposition presque féministe ; C’est en tout cas la première fois que  je vois braquer le projecteur sur la femme grecque.

La découverte du quartier des potiers a donné lieu à des recherches scientifiques étonnantes. On a individualisé les artisans et les artistes avec les empreintes digitales laissée sur des poteries.

Dans une petite salle on a reconstitué les éléments architectoniques du temple d’Héra polychrome et très décoré avec des têtes de lion en terre cuite mais aussi des frises peintes.

 

Le naufrage des civilisations – essai – Amin Maalouf

UNE LEÇON D’HISTOIRE

Le Prologue : « Ce que réserve l’avenir, seul les dieux le connaissent. »

Cavafy. 

Déjà, merci pour Cavafy!

Le Poète n’est pas cité par hasard. Le premier Paradis Perdu de Maalouf est l’Egypte cosmopolite d’avant Nasser.  C’est aussi l’Egypte de Cavafy.

En introduction Amin Maalouf écrit :

« C’est dans l’univers levantin que je suis né? Mais il est tellement oublié de nos jours que la plupart de mes contemporains ne doivent plus savoir à quoi je fais allusion

Il est vrai qu’il n’y a jamais eu de nation portant ce nom. Certains livres parlent du Levant, son histoire reste imprécise, et sa géographie, mouvante – tout juste un archipel de cités marchandes, souvent côtières mais pas toujours, allant d’Alexandrie à Beyrouth, Tripoli, Alep ou Smyrne, et de Bagdad à Mossoul, Constantinople, Salonique, jusqu’à Odessa et Sarajevo »

En plus de l’incendie du Caire il y a le naufrage de ce Levant. Levant évoqué dans d’autres lectures qui me sont proches « Nous autres levantins » de Benny Zieffer ou « Istanbul était un conte » de Mario Levi. Et cette coexistence de peuples, de religions de cultures différentes mais voisines, des empires Ottomans et Austro-Hongrois est depuis longtemps passée de mode!

Vu de Beyrouth, Maalouf nous fait une leçon d’Histoire, aussi passionnante qu’un roman. Une histoire qui n’est pas uniquement levantine, une histoire qui soulève les espoirs de toute une gauche marxiste. Il rappelle qu’avant que l’islamisme politique ne colonise la région (et le monde entier, jusqu’à l’Indonésie) il existait des mouvements laïques, internationalistes, avant les nettoyages ethniques, les minoritaires étaient actifs dans ces mouvements. Pour les qualifier, Maalouf emploie une image qui me plait « pollinisateurs« . Une histoire complexe avec des personnages demi-dieux à deux visages, tels Janus, Nasser et Churchill, par exemple. l’Histoire que raconte cet essai est détaillée et nuancée, jamais manichéiste.

Par étapes, par touches successives, on reverra les dates essentielles 1967, la catastrophe pour les Arabes de la région, puis Septembre Noir, les débuts de la guerre civile au Liban.

1979, l’année du grand retournement

Maalouf est exilé à Paris.  Il assiste en tant que journaliste à La Révolution islamique à Téhéran (février 1979). La même année, en mai, Margaret Thatcher met en place une Révolution Conservatrice. Suivie de peu par Ronald Reagan. L’air du temps n’est plus aux espoirs de la Gauche. L’Islam politique ou la Main invisible du marché vont prendre le pas sur le « progressisme de la gauche ».

l’Histoire contemporaine, se déroule avec ce nouvel éclairage, avec la Guerre en Afghanistan(1979), l’élection du Pape polonais, toujours dans la Guerre Froide et l’anticommunisme comme boussole des occidentaux…A la Guerre Froide va succéder l' »affrontement des civilisations« . mais aussi, la montée des nationalismes et des égoïsmes; Égoïsmes nationaux, et égoïsmes individuels justifiés par la » main invisible « .

Il aurait pu peut être en être autrement, à la manière de la générosité de Mandela, les Etats Unis auraient pu négocier avec Khomeiny, tendre la main à Gorbatchev…. on ne va pas refaire l’Histoire.

La dernière partie du livre décrit Un monde en décomposition avec les affirmations identitaires,  la recherche d’états homogènes, comme si l’homogéité était une richesse et non pas un facteur de division.Il met aussi en évidence  la « dérive orwellienne » où Internet et la puissance de l’informatique a construit un Big Brother dont on s’accommode sans trop protester, sans parler du réchauffement de la planète.

Sommes nous sur le » Titanic qui avance en fanfare à sa perte? »

Je n’ai pas beaucoup de goût pour le catastrophisme, même si je me rends compte de l’urgence, en revanche, j’ai beaucoup aimé la leçon d’Histoire.

En route vers la côte Ionienne – arrivée à Marina di Ginosa

CARNET DU MEZZOGIORNO

Côte Tyrrhénienne sud

Près de Pizzo et de Vibo Valentia nous trouvons l’autoroute en direction de Salerne. Le trajet est spectaculaire dans les Apennins si sauvages et si montagneux et paradoxalement verts. L’autoroute enjambe les ravines, passe par des galeries et c’est gratuit ! Nous passons près de Cosenza, une grande ville avec de hauts immeubles. Depuis que nous avons tourné le dos à la Mer Tyrhénienne le thermomètre de la voiture s’affole et pourtant nous sommes en altitude. La température passe de 35° à 36°C. Quand on roule on ne s’en aperçoit pas mais dès qu’on s’arrête la chaleur est écrasante.

Nous quittons l’autoroute au niveau de Sibari – souvenirs antiques que j‘associe aux Délices de Capoue. Sibari est aujourd’hui encore une station thermale. Par la canicule, nous ne rêvons pas de bains de vapeurs, ni de thermes mais plutôt d’une baignade fraîche en mer. D’ailleurs le thermomètre baisse quand on se rapproche de la côte, 29.5° encore bien chaud mais c’est déjà un rafraîchissement relatif . Depuis que nous sommes en platne la route traverse des vergers, surtout des agrumes mais aussi pêchers et abricotier. La vigne est sous filets et certains agrumes aussi.

Tour près de Marina Amnandolara

La route statale 106 suit le littoral ionien. Nous en sortons à Marina de Amandolara à la recherche d’une plage. Nous trouvons une plage sauvage de galets dans un environnement un peu délaissé. C’est bien sympathique, une plage encore vierge ! Les galets garantissent une belle transparence de l’eau. La mer est d’huile. Je pourrais nager pendant des heures. Au bout de la plage une haute tour se profile, un pan est entier le mur opposé s’écroule. Nous pique-niquons sommairement. A peine avons-nous terminé qu’une noce arrive pour faire des photos.

Castrum Petrae Rosetti

Arrêt à Capo Spulico pour admirer un château Castrum Petrae Rosetti une sorte de manoir occupé maintenant par un restaurant qui organise des évènements dans un cadre médiéval. C’est un peu le piège à touristes. Je paie un billet pour visiter le château et il n’y a rien à voir en dehors de salles de restaurant. Cependant je n’ai pas perdu complètement mon temps et mon argent parce que ce fier château normand fut  bâti au 11ème siècle à la limite des terres de Robert Guiscard et de celles de son frère Roger Ier, grand père de Constance Altavilla héritière du royaume de Sicile et mère de Frédéric II. Une leçon d’histoire et une illustration de mes lectures savantes sur les Normands en Italie du sud.

Comme il est trop tôt pour se présenter à notre nouveau gîte de Marina di Ginosa nous faisons un détour à Metaponto pour passer à l’office de tourisme afin de réunir de la documentation pour nos visites dans la région. Fermé le samedi et dimanche. Dommage ! La grande place Jean XXIII devant le Musée archéologique est occupée par une course cycliste pour enfants et adolescents, Partout des vélos, des stands, des parents. Difficile de se frayer un chemin. Au Musée archéologique se déroule cette nuit une série d’animations LA POETICA DEI NUMER1 PR1MI , projet célébrant Pythagore, mort à Metaponto dans le cadre des projets de Matera 2019 (cette année Matera est Capitale Européenne de la Culture. Le programme st séduisant : théâtre mettant en scène les relations entre les mathématiques et les arts, promenade sous les étoiles, une évocation de Pythagore et d’Hypathie et même un concert de piano au théâtre antique à 5h30 du matin.

Le GPS nous conduit à 16h, comme prévu à Marina di Ginosa, via Catania,  parmi les blocs petits immeubles en ciment blanc sale, jaune pâle, rose ou pistache. La via Catania est une impasse et notre maison l’avant dernière. Notre balcon jouit donc d’une vue étendue sur un terrain vague, avec un petit verger de figuiers, oliviers et néfliers, au loin une grande haie d’eucalyptus et plus près une grue.  De mer, point. La propriétaire annonce 500 m (à vérifier) je dirais plutôt 1 km. L’appartement au premier étage au-dessus de celui des propriétaires, est vaste et possède ce que le confort moderne peut offrir, lave-linge et lave-vaisselle, un ventilateur indispensable, des moustiquaires…la climatisation est déficiente et je n’ai pas trouvé le mode d’emploi de la télécommande de la télé. Il a même deux terrasses, l’une à l’ouest pour le petit déjeuner et le dîner après le coucher du soleil et une autre petite sur la rue bien à l’ombre l’après-midi.

« Au moins vous avez la mer » a écrit Maman depuis sa canicule parisienne. Certes mais la canicule d’ici est plus normale. Ce midi, j’ai nagé dans une eau merveilleuse. Marina di Ginosa est une caricature de plage italienne. Au bout de la rue, 3 établissements balnéaires : Lido Central, Lido di Francesco et un 3ème, pour aller à l’eau il faut d’abord traverser le restaurant sous un toit de tôle puis faire son chemin entre les lettini : 18 rangées ; ici un ombrellone n’abrite pas seulement deux lits mais deux lits et deux fauteuils autour d’une tablette ronde. Heureusement la haute saison n’a pas démarré.  Le sable est fin, doré mais on ne le voit plus. La baignade, peut-être idéale pour les familles,  est très sécurisé : des bouées enferment une « zone de baignade » le plus loin, j’ai de l’eau jusqu’aux cuisses. Quand j’essaie de nager mes genoux touchent le sable. Cerise sur le gâteau : les méduses ! Il faudra trouver une autre plage.

Nous cherchons toujours à nous loger « chez l’habitant » nous y sommes ! Les enfants jouent au foot dans la rue, les hommes tapent le carton sur leur balcon en face. Cela se gâte quand un adolescent arrive avec un scooter interrompant le jeu de ballon ; chaque enfant fait un tour de vespa dans l’impasse (ils sont trop jeunes pour aller dans la rue) et revient en pétaradant le plus possible. Arrive un quad bien bruyant qui fait des allers/retours à la grande joie des jeunes pères âgés d’une trentaine d’année, très fiers de leurs fils. Même le bébé de 3 ans a droit à son tour sur les genoux de son père. C’est d’ailleurs un conducteur chevronné sur sa mini-moto, miniature mais aussi bruyante que les grandes. La dame-propriétaire regarde le spectacle, très émue. Il ne lui vient pas à l’esprit qu’elle a loué plus de 500€  son appartement à des locataires excédées par le bruit. Toute la soirée se déroulera dans la cohue et dans le vacarme. Toute la maisonnée est installée dans le patio bavardant bien fort (l’Italien est une langue sonore). Cela aurait pu être « typique » et sympathique si le petit ne faisait pas des caprices en hurlant et trépignant. Je me penche du balcon ; la dame me montre au bambin sans doute pour le faire taire sans aucun autre résultat que de le faire asseoir par terre en criant encore plus fort. Arriverons-nous à dormir ?

La Pyramide de boue – Andrea Camilleri

LIRE POUR L’ITALIE

Depuis un certain temps, je n’avais pas fréquenté Montalbano, préférant d’autres romans de Camilleri, j’aime bien espacer les romans d’une même série, puis les reprendre.

J’avais oublié comme c’était drôle, et encore bravo à Quadruppani, qui a su trouver les mots savoureux.

Mauvais temps sur Vigata! il pleut sans discontinuer et le sol est boueux,

« Le « fang » comme disait Catarella et peut-être n’avait-il pas tort, parce que la fange avait pénétré dans notre sang, elle en était devenue partie intégrante; la fange de la corruption, des dessous-de-table, des fausses factures, de l’évasion fiscale, des arnaques, des bilans truqués, des caisses noires, des paradis fiscaux, du bunga bunga… »

On a retrouvé un cadavre dans une canalisation, un cycliste qui est venu mourir là, dans la boue. On aurait bien voulu qu’il s’agisse d’une affaire de cocufiage. La femme du cycliste, une allemande, recevait des hommes, aux dires de la vieille voisine…

Montalbano s’oriente plutôt sur la piste des travaux publics, de la construction d’écoles…Mais je ne vais pas éventer l’affaire. A lire! un très bon cru.

Il n’y aura plus de nouveau Montalbano, mais je les ai pas tous lus