RENTREE LITTERAIRE 2026
Qu’ajouter à l’avalanche de critiques, enquêtes journalistiques, posts Facebook… qui déferlent depuis quelques temps?
IA/pas IA ? Franchement, ce n’est pas mon propos. Je ne suis pas qualifiée pour reconnaître un texte généré – un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout – par l’IA. J’ai appris un peu sur le sujet ces derniers temps, un peu.
J’avais téléchargé le livre, sur le conseil de blogueuses/blogueurs avant la polémique. Je l’aurais lu de toutes les façons, scandale, buzz ou pas. Parce que le sujet m’intéresse. Parce qu’on ne peut pas rester indifférent au sort des migrants. Parce que l’ICE de Trump persécute en ce moment les Haïtiens pourtant bien intégrés aux Etats Unis. Parce que le discours anti-migratoire s’affiche sans complexe en Europe aussi. Sans complexe le racisme qui occupe les médias sans filtre. Parce que « les migrants » ce ne sont pas des entités floues mais avant tout des personnes et que la littérature fait exister ces hommes et ces femmes, nous touche.
Je me suis donc attachée au personnage de Jonas Dorléon. Professeur, un collègue! Pas un ado rêveur qui a suivi le mirage d’un avenir meilleur Pas un pauvre rêvant de richesse. Encore moins un profiteur de l’Etat-Providence.
« C’est ce jour-là que j’ai décidé de partir, comme on arrache une dent, comme on se coupe un bras, comme on dit adieu à sa langue maternelle. J’ai décidé de fuir. Pas pour devenir riche, ni pour vivre mieux. Juste pour
vivre. Point. »
Fuir les gangs, l’incendie de son quartier, sauver sa peau. Emporter dans un sac Carrefour toute sa vie, un cahier de poèmes, la photo de sa mère, un slip propre et un recueil de Depestre. Toute sa vie dans un sac Carrefour!
Pour seule antidote à la violence : le rire. L’humour pour passeport et parfois comme gagne-pain. L’errance est douloureuse, mais toujours l’humour va lui sauver la mise. L’humour et l’endurance. Endurance physique dans la fournaise de bus surpeuplés, dans les marches dans la jungle, nuits dans le froid. Solidarité dans les rencontres. Pas toujours, il faut bien survivre. Homme debout
« C’était peut-être ça, mon vrai statut. Pas « demandeur d’asile » ni « artiste de rue ». Juste : homme debout »
Et j’ai lu sans m’arrêter, quand un livre vous happe comme cela, il ne peut pas être mauvais. J’ai suivi ce périple, d’Haïti en République Dominicaine, au Brésil, au Pérou, à travers l’Amérique Centrale, et jusqu’au mirage des loteries par Internet de visas américains. Et j’ai appris beaucoup sur cette géographie de l’exil. Et je me suis émue des rencontres avec l’humanité toute entière de la Chine à l’Afrique, de la Caraïbe au Pérou….avec chacun une stratégie de survie, des miettes à partager, une histoire à raconter
» tu sais pourquoi je voudrais mourir avant toi ? J’ai fait non de la tête. Il a dit : — Parce que si je meurs avant… aumoins, toi, tu pourras le raconter.
Ce qu’il venait d’énoncer, c’était peut-être la définition la plus nue, la plus humaine, de la migration que j’aie
jamais entendue. Partir, ce n’est pas seulement chercher une vie meilleure. C’est surtout refuser que sa vie,même brisée, ne compte pour rien. C’est vouloir qu’au moins une voix survive à son corps.
Ce livre rend compte de la vie de Jonas Dorleon et de ceux qu’il a croisés. Rien que pour cela, il serait important.


































Merci à Babélio et Delcourt qui m’ont fait ce beau cadeau.












