HOLOCAUSTE

Je n’étais jamais allée à Drancy au Mémorial de la Shoah de Drancy bien que j’ai beaucoup lu autour du camp d’internement de la cité de la Muette d’où sont partis les Juifs déportés dans les camps. Ce lieu de mémoire – pourtant essentiel – me faisait peur : pas un lieu de tourisme, sûrement pas. D’ailleurs personne n’a sorti d’appareil photo, peu de questions ont fusé. Silence respectueux.
Drancy (la ville) n’est pas d’accès facile, la ligne 5 du métro s’arrête à Bobigny , il faut prendre le bus 251 à travers des quartiers bétonnés de hautes tours. Le Mémorial de la Shoah est un immeuble modernede trois étages largement vitré, centre de documentation et musée, installé juste en face de la Cité de la Muette.
Explore Paris organise des déambulations : la première consiste en lecture du journal d’Hélène Berr , brillante étudiante en Lettres qui fut déportée le 27 mars 1944 à Auschwitz-Birkenau avec ses parents le jour de ses 23 ans. Une conférencière lit des extraits de ce journal intime, témoignage des derniers mois de la vie à Paris sous les lois du régime de Vichy, du port de l’Etoile juive. Cette lecture est très émouvante.
Les conférencières nous conduisent ensuite sur le site du camp d’internement : les batiments en U avaient été conçus comme logement social, la Crise de 1929 a interrompu la réalisation de l’ensemble et il restait cette cité vide, seul le gros oeuvre fut terminé, escaliers, planchers et plafond terminés. On a pu aménager sommairement pour héberger les déportés. La configuration en U permettait la surveillance et l’internement. Actuellement la cité est habitée, le rectangle intérieur a été planté d’arbres, il faut faire un effort d’imagination pour se représenter le camp d’alors.
Le groupe de visiteur a écouté avec beaucoup d’attention et de respect cette lecture. Personne n’a eu le goût de prendre des photos. Je n’illustrerai donc pas cette visite.
Une autre conférencière nous conduit par le bus 151 à la Gare de Bobigny d’où partirent les wagons vers les camps d’extermination. Les premiers convois sont partis de la Gare du Bourget-Drancy jusqu’en juillet 1943. Par souci de discretion on a préféré utiliser la Gare de Bobigny sur la Grande Ceinture où circulaient des trains de marchandises. CLIC
Devenu site de mémoire, les vestiges de la Gare, les rails et les pavés sont conservés. De nombreuses explications sont fournies aux visiteurs. Des stèles d’acier couleur rouille matérialisent les différents convois, leur numéro, le nombre de déportés (autour de 1000 chacun) et le nombre de rescapés.

« Ce jour-là, c’est la naissance de son œuvre Vie ? ou Théâtre ? En marchant, elle pense aux images de son passé.
Pour survivre, elle doit peindre son histoire. C’est la seule issue. Elle le répète encore et encore. Elle doit faire
revivre les morts. Sur cette phrase, elle s’arrête. Faire revivre les morts. Je dois aller encore plus profondément
dans la solitude. » Charlotte David Foenkinos
La déambulation a pour thème la vie et l’oeuvre de Charlotte Salomon.

La conférencière lit des extraits de Charlotte de David Foenkinos et commente le site. Après être passé devant la gare, petit édifice de brique intact mais aux fenêtres murées, devant les stèles, nousentrons dans un hangar où une exposition des peintures de Charlotte Salomon a été scènographiée par une classe de Terminales du Lycée Louise Michel de Bobigny.Bien sûr ce ne sont pas les originaux (gardés au Musée Juif d’Amsterdam) mais des reproductions sur des toiles écrues avec les cartels reproduisant les mots de Charlotte Salomon ou des explications dans le contexte historique.

Charlotte Salomon a étudié la peinture et le dessin aux Beaux Arts à Berlin malgré l’interdiction faite aux Juifs de faire des études supérieures. Elle était tellement douée qu’elle a gagné le concours annuel, mais on ne lui a pas remis le prix.
Réfugiée chez ses grands parents à Villefranche puis à Nice alors occupée par les troupes italiennes qui n’appliquaient pas les lois antisémites de Vichy, elle a commencé « Vie? ou Théâtre? » à la suite de la révélation d’un terrible secret familial : le suicide de sa mère qu’on lui avait caché et la suite impressionnante de suicides dans sa famille.

Elle a peint quelques 700 gouaches représentant sa vie imaginée, elle change les noms des personnages et se donne la liberté de jouer avec eux. Avant son arrestation, elle remet à un médecin qui la suivait une valise avec ses peintures « C’est toute ma vie ». A 26 ans, enceinte, elle est dénoncée aux allemands et arrêtée, conduite au camp de transit de Drancy, déportée par le convoit n°60 et assassinée à Auschwitz.
Dès mon retour à la maison, j’ai téléchargé le livre de David Foenkinos, Charlotte. Récit très émouvant de son enquête, des découvertes des oeuvres de Charlotte Salomon rédigé comme un poème en vers libres. L’auteur justifie cette forme de rédaction:
« C’était une sensation physique, une oppression. j’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer. Alors j’ai comprisque j’allais écrire ainsi »
Lecture très émouvante pour compléter cette visite.






















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