Jiri Karpeles est né en 1880 non loin de Prague dans une famille de la bourgeoisie juive possédant une minoterie. Germanophone, il a étudié dans le même lycée que Kafka et Max Brod. A la suite de l’antisémitisme, il change son nom en Georg Kars.
Hugo Steiner-Prag – cimetière juif de Prague
Il passe ses années de formation à Munichet Hambourg. A Munich il rencontre Kandinsky, Klee,Pascin et Hugo Steiner-Prag.
Kars 1904 Deux personnages
De la période 1902-1907, l’exposition montre des petits formats, graphite, pierre noire, estompe, souvent des scènes de café
Kars, Scène de café 1908
Premier séjour à Paris (1908-1914) Kars s’installe à Montmartre, rue Danrémont. Sa peinture est marquée par l’influence de Cézanne et du cubisme. En 1919, il peint Trois nus dans un paysage où l’on voit une étroite parenté avec les baigneurs de Cézanne
Kars – Jeune fille aux bras croisés
A Paris,Karsnoue de nombreuses amitiés : avec Suzanne Valadon, Utrillo et Utter. Kars peint Utrillo jouant de la flûte, jouant du piano. En 1938 il fait le portrait de Suzanne Valadon sur son lit de mort.
Suzanne Valadon : L’église de Saint Bernard
Le Mahjavait présenté en 1921 une belle exposition sur l‘Ecole de Paris, je retrouve un peu les mêmes artistes avec Pascin qui a connu Kars à Munich et dont les parents, juifs dans le commerce des grains, ont beaucoup en commun. Bien que consacrée à Georges Kars, l’exposition offre une vue collective avec les amitiés. j’ai l’occasion de découvrir Otto Gutfreund
Otto Gutfreund : l’Angoisse sculpture cubiste
Sculpture encore : Chana Orloff, « l’amie des bons et des mauvais jours ». C’est ensemble qu’il fuiront vers la Suisse en 1942, c’est aussi Villa Seurat que se réfugiera Nora, la femme de Georges Kars, après son suicide en 1945.
Chana Orloff : Georges Kars
Une fidèle collaboration avec Berthe Weill
Expos chez Berthe Weill : l’odalisque, le repos de la danseuse
A l’exposition de l’Orangerie, Berthe Weill, j’avais remarqué le portrait que Kars avait fait d’elle « la petite mère Weill ». De 1920 à 1940, Kars expose dans plusieurs expositions collectives. En 1928 et 1931 elle lui consacre deux expositions personnelles
Une section de l’exposition est consacrée à Kars, dessinateur
Femme assise à la cigarette
Georg Kars le bohémien?
Georges Kars autoportrait 1939 à Prague
Bohémien puisqu’il est originaire de Bohême, Kars a fait un pont entre Prague et Paris, à Prague où il est retourné de 1937 à 1940, il a organisé des expositions pour ses amis parisiens. Bohémien, comme la vie de bohème parisienne! En 1937, il a une grande rétrospective à Prague, en 1939, les nazis pillent son atelier.
Kars tossa del Mar : marché au poisson
Sous le soleil de Tossa del mar : en 1933 les Karsachètent une maison mais en 1936 la guerre d’Espagne met fin à leur séjour
Kars a très mal vécu l’exil en Suisse. Le 5 février 1945, il se défenestre. Nora va se consacrer à rèunir les oeuvres de son mari dispersées après la perte de ses archives.
C’est une très belle exposition que le Mahj lui consacre, le sortant de l’oubli, et exposant ses oeuvres en compagnie de celles de ses amis.
Ecouter aussi les podcast de RadioFrance : Talmudiques : ICI
Explore Paris propose des balades accompagnées passionnantes. Cap au nord : de Pantinà Romainville,le conférencier, Thomas Paris propose un circuit de découverte de lieux d’artistes : galeries ou ateliers de Pantinà Romainville. Sonia de Passage du temps CLIC m’a donné l’idée de cette promenade.
Le rendez-vous est fixé à la Gare de Pantin : gare du RER E, mais véritable gare à l’ancienne, charmante en face d’un Hôtel de Ville véritable petit château de style éclectique inauguré en 1886. Avec un groupe scolaire de briquetout à fait agréable à regarder.
par delà les rails : La Cité Fertile
A l’arrière de la gare, sur le pont qui enjambe les voies ferrées les constructions sont tout autres. Les anciens hangars industriels de la SNCF sont occupés par LA CITE FERTILE : un tiers-lieu avec un restaurant, de la musique (DJ), mais aussi distribution de colis alimentaires, maraudes CLIC
Galerie Thaddeus Ropac à droite une sculpture faite de Bicyclette tiéres de la Marne
Quittant le centre-ville de Pantin, 700 mètres nous séparent de la Galerie Thaddeus Ropac qui occupe une ancienne chaudronnerie. Cet espace vaste permet d’accueillir les très grands formats(560×760 cm) de Anselm Kiefer que j’ai revus avec un plaisir renouvelé . Surprise : j’étais venue un matin très ensoleillé, aujourd’hui il pleut, la lumière zénithale, beaucoup plus douce ,me permet de remarquer certains tableaux qui m’avaient échappé
parvents rouges
Je n’avais pas vu les visages émerger du haut des paravents rouges. je retrouve avec toujours autant de plaisir les légendes mythologiques du Nymphéum . Le seul bémol de cette exposition est le manque de cartels et d’explications, ce n’est pas un musée, c’est une galerie!
David Salle – the Venice paintings – Châle jaune
Dans un bâtiment annexe, plus petit, vient de s’ouvrir une nouvelle exposition
David Salle – The Venice Paintings – 21 octobre 2026 – 23 décembre 2026
David Salle(né en 1952) est un plasticien américain qui a exposé (entre autres) là la Biennale de Venise 2026. C’est cette exposition vénitienne que rappelle le titre de Venice paintings. Ne pas chercher de paysages vénitiens.
Alors que la rentrée littéraire est toute chamboulée à la suite de la parution du roman d’Orélien et du soupçon d’utilisation de l’IA dans la rédaction du roman, le plasticien revendique l’utilisation de l’IApour la réalisation de cette oeuvre. Il s’est d’abord inspiré de tapisseries russes du XVIIIème siècle, elles-mêmes interprétant des peintures italiennes du XVIème-XVIIème. Il a utilisé ses Tapestries(1989-1991) et les a soumis à l’IA
« c’est une façon de sortir de soi-même. L’IA ne produit pas directement des dessins ou des peintures: elle décompose et modifie la structure de l’espace des compositions en recombinant les éléments dans de nouvelles configurations » déclare-t-il
Daavid Salle Venice paintings
Le résultat est vraiment surprenant, mélange d’images anciennes, d’imageris de la publicité, d’éléments destructurés. Corps sans têtes et têtes sans corps…D’emblée je ne suis pas immédiatement séduite. Peut-être, si l’on m’explique…si je vois davantage d’oeuvres de ce peintre….Avec l’art contemporain, je suis prête à faire des efforts. A suivre….
Bienvenue dans les Grandes Serres maquage au sol
Sur le bitume du trottoir un marquage au pochoir nous invite à rejoindre les Grandes Serres, nouvel ensemble culturel sur le point d’ouvrir (6 à 8 novembre 2026) CLIC
Nous rejoignons le Canal de l’Ourcq en passant devant le Théâtre au Fil de l’Eau bâtiment de brique, ancien entrepôt de riz, proposant des spectacles variés : théâtre, musique, marionnettes et cirque.
les Grande Serres et la passerelle qui enjambe le canal de l’Ourcq
Les Grandes Serres se trouvent dans les anciennes Usines Pouchard, metallurgie, fabrication de tubes. De grandes verrières laissent deviner les comptoirs de la Halle gourmande. Il me faudra patienter pour découvrir l’intérieur de ce très vaste site multiculturel.
Sur les bords du canal on a soigné la végétation pour y accueillir la biodiversité. Des panneaux expliquent cette action. Diverses plantes aquatiques, des frayères à poissons permettront de renaturer cet environnement très industriel.
les magasins généraux
Le canal de l’Ourcqpermettait aux péniches et chalands d’apporter de la marchandise à Paris. Elle était stockée dans cet immense bâtiment : les Magasins Généraux CLIC
Construits en 1930, ils furent désafféctés dans les années 90. Squattés par des artistes, ils furent un temps une « cathéderale du graff », la façande complètement recouverte d’oeuvres Street-art. L’agence de publicité BETC s’est emparée de la réhabilitation, utilisant la majeure partie de l’immeuble pour ses bureaux mais offrant un très vaste espace aux créateurs : expositions, résidences , ou même exposition-résidence. Du 8 octobre au 8 novembre Angels Front présenteDIE&RETRY décrite comme une simulation immersive confrontant le participant aux nouvelles technologies. E,n simplifiant beaucoup, le public est invité à s’inscrire à des sessions pour participer à « une série d’entraînements destinés à étudier les effets de la guerre cognitive » (vous avez comprssis, pas moi). Arrivés hors performance publique, nous avons visité les décor, des canapés, caméras sur des trépieds, des écrans….
Magasins généraux : die&retry , décors
Comme l’exposition précédente, il faudra qu’on revienne et qu’on m’explique.
La promenade continue sur le bord du canal jusqu’à Romainville
Le Paddock de Romaniville
un peu plus loin Thomas raconte l’histoire surprenantedu Paddock de Romainville. Avant le règne du moteur thermique, les chevaux occupaient une place prépondérante dans les transports parisiens, passagers comme marchandise, sans oublier le halage des chalands sur le canal. Ces chevaux étaient hébergés à Romainville dans un espace impressionnant. Cette histoire ancienne a laissé une trace : le Paddock,centre commercial avec hôtel, resturants, fast food et parkings.
Fast- Fiminco le bâtiment historique et la cheminée de la chaufferie
En 1909, Gaston Roussel, vétérinaire soignant les chevaux découvre un remède contre l’anémie des chevaux l’Hémostyl. Il crée en 1920 un laboratoire pharmaceutique pour exploiter le sérum de cheval. Roussel-UCLAF qui prit une extension internationale avec Hoechst et Sanofi.
Un centre culturel FAST- Fiminco CLICest logé dans les vastes locaux de l’ancienne usine pharmaceutique dont la cheminée historique dépasse de la chaufferie. Arts plastiques, musique, théâtre et danse Blanca Li y est en résidence. En plus de l’espace d’exposition dans la chaufferie, 9 galeries sont installées, une école d’art, des ateliers de création dont celui de Laurel Parker qui crée des livres. Les réserves du FRAC y ont également élu domicile.
Fiminco : la chaufferie et l’installation du Suisse Séverin Guelpa
Rester vivant(e) est une exposition collective du 15.10 au 29.11 de six plasticiens suisses invitant le visiteur à ralentir, observer, écouter, ressentir et prendre son temps. Santiago Martinez Benedetti nous invite à jouer au chifoumi : Feuille, caillou, ciseaux avec des ciseaux à taille humaine, des feuilles de papier et des empreintes du caillou qui disparaissent…
Séverin Guelpa: Ce ne seront pas des cailloux mais des blocs extraits de carrière, des tubes, les sons de la terre, et des empreintes monumentales . Cela me fait penser à une expostion d’Arcangelo Sassolino vue à la Galleria Continua il y a quelques temps.
Zimmerli Studiolo in exile
J’ai beaucoup aimé Le Studiolo de l’Exil de Stephan Zimmerli : les parois d’une maisonnette en contreplaqué sont couvertes de dessins, d’inscriptions représentant les maisons au bled de nombreux exilés : Maroc, Algérie, Sénégal. Maisons imaginées, rêvées.
Les grandes photographies de Julie Semoroz sur des panneaux mouvants m’ont églement plu, mais difficile d’en rendre compte de ces photgraphies fluides. Dans une pièce plus petite, obscure, les vidéos de Sophie Balimer et Tarik hayward sont projetées sur de curieux écrans où des briques font des degrés qui coupent la projection.
Herbier origami – Folded to fit yann Serandour et Laurel Parker
La visite se termine en beauté dans l’atelier de Laurel Parker &Paul Chamard où nous sommes chaleureusement accueillis. Laurel Parker fabrique dans son atelier des livres d’exception, ces derniers ne sont pas imprimés sur place, l’atelier fabrique couvertures, coffrets et divers accessoires. Sur de grands rayonnages sont exposés ces livres précieux. Au mur deux kimonos de papier racontent la résidence des deux artistes au Japon où le papier est beaucoup plus qu’un support d’écrit ou matériau d’emballage. Cloisons dans les habitations, ombrelles, vêtements aussi divers et étonnants que des imperméables ou des sous-vêtemements. Laurel Parker feuillette pour nous un livre-catalogue de ces différents papiers, très fins gaufrés, épais cirés, roulés pour faire des fils, tubes…Voyage exotique qui me fait rêver. En un livre, je suis partie très loin.
coffret pour l’herbier
Uen oeuvre qui m’a fascinée est un herbier Folded to Fit de Yann Sérandour et Laurel parker Des plantes aquatiques, genre de roseaux ont été repliées pour entrer dans le format A4 puis on a replié la feuille-support en un savant origami (encore le Japon?) sur des cartons B5, les cartons sont accuiellis dans un magnifique coffret. Une très belle découverte. Le Musée de la Chasse et de la Nature a accueilli ces artistes en 2022.
Nous aurions pu visiter des galeries à Fiminco , il est tard je préfère rester sur ce dernier émerveillement.
J’aime particulièrement ces dialogues entre Monetet un plasticien contemporain, situés dans une salle attenant aux collections permanentes de Claude Monet, il y a peu Anselm Kiefercconversait avec Segantini, Sécheret et Monet, Keith Tyson…. En janvier 1895, Claude Monet part pour la Norvège espérant trouver la neige, rare à Giverny. En 2025 Peter Sorianosur les traces de Monet dessine et peint le Mont Kolsaas. Il rapporte croquis et tableaux qu’il va présenter dans une fresque couvrant tous les murs de la salle.
présentation murale , sur le bord, à gauche le tableau de Monet
Le Mont Kolsaas est relié au rift d’Oslo : au sommet des laves porphyres reponsent sur des roches sédimentaires plus tendres. Les laves correspondent à un volcanisme Permien. Soriano a dessiné le profil de la montagne et figuré comme des failles et un réservoir magmatique .
On imagine un carnet de terrain d’un géologue figurant la lave dure en orgues sur un terrain plus tendre et les cristallisations au sein du magma
De nombreuses esquisses, colorées ou non sont réparties sur la fresque
En surface, neige salle et forêt
l’artiste s’est aussi filmé en vidéo. On peut visionner ce vidéogramme dans l’exposition
400 pages. Récompensé aux Pays Bas par des prix prestigieux.
Reçu dans une opération Masse Critique de Babélio.
Le prologue est assez violent. « Elle a étranglé la mort! « déclare la petite fille. S’agit-il d’une résurrection?
La suite ne vaut pas mieux. Je n’arrive ni à identifier les personnages, ni les lieux. L’action se partage entre un restaurant à Amsterdam et un autre à Paris. Qui sont-ils? Marginaux? pas tant que cela : patrons de restaurant, plasticienne, galériste. Un seul fil rouge : la bibine. Le style me rebute.
Je suis une lectrice consciencieuse : je me suis engagée auprès de Babélio à fournir une critique, il faut que je m’applique à lire avec sérieux pas en diagonale, et jusqu’au bout.
Au bout d’une centaine de pages, je reconnais les personnages (il y en a beaucoup) mais voici qu’une nouvelle histoire s’imbrique dans celle que j’ai commencée. Celle d’un vieil homme malade, alcoolique (lui aussi) pitoyable que je prends en sympathie bien qu’il ait été un tortionnaire au Maroc. Un homme a-t-il droit à une deuxième chance? C’est triste à lire mais plus facile.
Nouvelle histoire : à Tunis, encore des alcooliques – décidémment – un peu de couleur locale, quelques repères temporels : l’action se situe après les Printemps arabes.
La dernière partie ; »les cahiers de l’angoisse » rassemblent des histoires inachevées. Des personnages nouveaux apparaissent et disparaissent. Pas de chronologie claire. A nouveau le brouillard alors que tout devrait converger et s’éclairer.
Merci à Babélio et à l’éditeur de m’avoir offert ce livre. C’est le charme de la Masse Critique que d’offrir des surprises et de faire découvrir des auteurs inconnus.
Le 12 novembre 1918, Monet signe ses nymphéas le jour de la Victoire et offre les grands panneaux décoratifs
Monet : Nymphéas
Ce paysage d’eau ne peut faire oublier les paysages de guerre de la Grande Guerre et de celles qui vont suivre. Je ne m’attendais pas du tout à cette irruption brutale de l’histoire
Valotton : VerdunTableau de la Guerre interprété, projection s colorées, noires bleues rouges, terrains dévastés, nuées de gaz
Etrange paysage aussi avec l’accumulation d’avions allemands.
Ceija Stojka Trois derniers ballons de baudruche. il y a encore de la place à Auxchwitz 2008
Ceija Stojka (1933-2013) artiste rom rescapée de la déportation à l’âge de 10 ans. l’histoire vue à hauteur d’enfant. J’avais eu l’occasion de connaître cette plasticienne dans l’exposition « Aux Origines, défaire le racisme » p La Porte Dorée.
Peinture et photographies comme celles de l’invasion de l’Ukraine par Nikita Kagan. Ou ces photos aériennes d’un barrage en Irak , Last water war, une guerre de l’eau entre Syrie et Irak
Emeric Lhuisset Last water war, ruins of a future Irak 2016, site archéologique de Girsu
Une autre approche est beaucoup plus abstraite : celle de Hartung et de Anna-Eva Bergmann
Anna-Eva Bergmnn : olivier
Impossible de rendre compte de tous les tableaux, magnifiques Gauguin, Matisse, Bonnard ou la Sicile de Nicolas de Staël …Plus étonnant le Piet Mondrian :encore figuratif?
Mondrian composition arbres
ou ce Dubuffet, presque géologique
Dubuffet – terres théâtrales, (prune or et soufre)
Pour ramener un peu de couleur, cette montagne de Gallen-Kallela
Gallen Kallela
J’aurais aussi pu terminer avec le phare de Hopper, ou un village de Soutine..
Difficile de rendre compte de très belles photographies de forêts, (photographier avec un smartphone une grande planche n’a guère de sens).
Si vous n’avez pas peur de vous y perdre, vous découvrirez des oeuvres singulières!
Comment se fait-il que la laïcarde que je suis, l’ancienne kiboutznikit de l’Hashomer Hatzaïr, soit si fidèle aux écrits d’un rabbin, ou une rabine si on féminise la fonction? J’ai téléchargé le dernier livre de Delphine Horvilleur le jour de sa sortie, le 8 Octobre, à la suite de la lecture du livre d‘Askolovitch.
Ne pas se méprendre sur le mot « sermon » qui appartient plutôt au champ lexical chrétien. Un rabbin ne sermonne pas son audience, il/elle lit le texte consacré, le commente, s’en inspire pour éclairer les évènements actuels. Elle cite des histoires tirées de la Thora (parfois du Talmud), raconte des blagues juives. Dans ce dernier livre, elle revient sur ses interventions depuis septembre 2023 , à quelques jours de la catastrophe, jusqu’à 2025 et met à jour l’ évolution de ses prises de parole. Prises de paroles qui ont fait l’objet de critiques acerbes, au motif qu’on ne critique pas Israël de l’extérieur, et qu’il vaut mieux « laver son linge en famille » pour ne pas donner d’arguments à ses ennemis.
« Plus que jamais Israël a besoin des voix de la diaspora, de toutes ses voix, y compris des plus critiques. Celles
qui parlent avec la force de leur amour et la conviction solide de leur attachement à ce pays. Celles qui disent
le malaise et la douleur qui se sont emparés de beaucoup d’entre nous. »
A la veille du 7 Octobre, à l’occasion de Kippour, cinquante ans après le déclenchement de la Guerre de Kippour, elle invoque Léonard Cohenet sa chanson « Who by fire »qui cite une prière de Kippour. Elle commente le « testament de Moïse« , la « triple leçon du Deutéronomeavant l’installation du peuple dans la terre d’Israël quand ils deviendront propriétaires terriens, quand ils désigneront un roi et qu’ils seront tenter de devenir idolâtres.
« toute installation quelque part s’accompagne de menaces. Celle de se croire propriétaire et de ne plus savoir donner ou partager, celle d’idolâtrer la force militaire ou le pouvoir politique, celle de rendre un culte
démesuré au chef ou à la possession… »
Comme cette dernier affirmation s’applique à la situation actuelle!
Le 13 Octobre 2023, difficile de trouver les mots dans ce monde qui s’effondre. Et c’est vers Zweigqu’elle va se tourner :
« La douleur de Zweig n’est pas celle d’un exil géographique mais linguistique. C’est à l’effondrement de sa langue et de sa culture qu’il ne pouvait survivre. C’est là que se tient son désespoir. Et peut-être le nôtre :
comment vit-on quand les mots nous quittent ? »
Zweig et Nah’mande Bratslav, un conteur hassidique qui raconte la folie du monde.
Chacun des textes suivants correspondra à un évènement comme la marche contre l’antisémitisme (sans LFI ni Macron)
« pourquoi l’antiracisme et la lutte contre l’antisémitisme ont cessé de reconnaître qu’ils étaient frères jumeaux? »
Deux années passent avec leur cortège de fêtes que j’ai plaisir à découvrir sous sa plume, j’en ai une idée enfantine et je n’ai jamais cherché à approfondir. Fêtes et héros : la figure de Samson dont l’histoire se déroule justement à Gaza
Les Israéliens connaissent bien la Bible. Comment se fait-il qu’après le 7 Octobre, nous ayons oublié Samson ?[…] Pourquoi son image n’est-elle pas sur toutes les affiches, les autocollants et les réseaux internet ? La
réponse est que le message de Samson fait trop peur. Depuis le 7 Octobre, nous lui ressemblons tellement. L’
hubris, l’aveuglement, la vengeance, le suicide… tout cela fait beaucoup trop peur pour évoquer ce héros qui
perdit son âme, simplement pour être quitte avec les Philistins.
Même sans être pratiquante, je suis ravie de glâner un peu de cette culture qui me manque, de la poésie du récit biblique ou du Talmud. Bien sûr, ce qui m’importe c’est l’actualité. Delphine Horvilleurinsiste sur la considération nécessaire pour l’étranger, la nécessité du dialogue
Soutenir ceux qui refusent toute politique suprématiste et raciste qui trahit violemment notre histoire.
Soutenir ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs coeurs à la souffrance terrible des enfants de Gaza. Soutenir ceux
qui savent que seuls le retour des otages et la fin des combats sauveront l’âme de cette nation. Soutenir ceux
qui comprennent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien.
Et parmi ces mots qui divisent : « génocide » : David Grossmann a sauté le pas, Delphine Horvilleur est plus prudente : certains mots déclenchent des avalanches. Cela lui sera reproché : pourquoi ne pas dénoncer les actes du Hamas comme génocidaires?
Qu’est-ce qui empêche ces mêmes personnes de dénoncer comme génocidaires les actes du Hamas, le 7
Octobre, et leur permet d’y voir une forme de résistance ou, pire, une manifestation légitime du désespoir
Et toujours réfléchir, revenir aux mots qui permettent de dialoguer!
Depuis que j’ai rencontré Stéphanie Pérezà Créteil en Poche, j’ai téléchargé 3 de ses romans qui complètent admirablement ses reportages, installant l’histoire dans la durée alors que les apparitions à la télévisions sont éphémères et ne permettent pas à s’attacher aux personnages.
Comme dans le Gardien de Téhéran, pour la peinture et la musique dans le Berger d’Alep, l’art est très présent dans ses romans. Danse et musique, même sous les bombes, sont actes de résistance : donner de la joie aux ukrainiens, redonner la fierté et du sens à la vie même dans des conditions dégradées. Ordres venant d’en haut : les musiciens russes sont bannis, interdit Tchaikovski et la base du répertoire. Cela ne va pas de soi.
« Elle traverse le studio, les jambes flageolantes, la gorge nouée, et avant de claquer la porte, se retourne une dernière fois : — Poutine partira, Tchaïkovski restera. Et ce n’est pas parce qu’on l’écarte de notre répertoire qu’on gagnera la guerre »
Les Ukrainiens ne réagissent pas tous de la même manière, les deux danseurs étoiles s’engagent sur le front, certaines famille s’exilent, d’autres hésitent. La romancière évoque tous les possibles, sans juger, sans glofiier l’héroïsme.
Contraste entre les corps parfaits des danseurs et les blessés, estropiés. Une autre façon d’envisager la danse est possible, même avec des corps mutilés : la petite fille avec sa prothèse peut encore imaginer devenir ballerine.
Barbarie et massacres. Magnifique résilience. Etonnante babouchka au coeur malade qui s’engage pour fabriquer des cocktails Molotov!
On suit une très belle histoire, les pages se tournent toutes seules.
A la suite de l’Exposition Simone Fattal au MAM j’ai eu envie de lire Etel Adnan dont je connaissais un peu la peinture mais pas du tout les écrits. Simone Fattala fondé en Californie une maison d’édition pour publier ses oeuvres, The Post-Apollo Press .
Sitt Marie-Rose est un très court roman : 112 pages qui se lisent d’un souffle. L’action se déroule pendant la Guerre Civile à Beyrouth
Le 13 avril 1975 la Haine éclate. Quelques millénaires de frustrations rentrées s’expriment à nouveau. Un dimanche, à midi, un autobus rempli de Palestiniens qui retournent à leur camp passe devant une église dans laquelle le chef du parti phalangiste libanais, composé surtout de chrétiens, assiste à la messe. Ce matin-là, un phalangiste avait été tué devant cette église. piège tendu, hasard, on ne sait, mais les miliciens arrêtent l’autobus, font descendre les occupants et les abattent l’un après l’ autres[…]
Toutes les querelles du monde arabe qui a ici ses représentants participent au carnage. Les va-nu-pieds sontterrorisés. C’est le carnage de l’herbe jeune : un corps semble tomber par seconde.
Marie-Rose est chrétienne, elle connaît les garçons de sa communauté. Jeunes hommes plus motivés par la chasse aux oiseaux que par l’action politique. Le roman s’ouvre sur l’image d’une chasse aux oiseaux que l’un d’eux veut filmer.
Marie-Rose est divorcée, mère de trois enfants. Elle s’est engagée du côté des Palestiniens, engagement humanitaire. Elle vit une histoire d’amour avec un médecin palestinien. Elle enseigne aussi dans une institution pour enfants sourds-muets. Femme, elle se sentait épargnée : « d’habitude ils ne touchent pas les femmes ». Elle a manqué de prudence et a traversé la ligne qui sépare les quartiers phalangistes des quartiers musulmans. Elle se retrouève kidnappée par ces phalangistes qui furent ses amis d’enfance
Personne au siècle où nous vivons ne s’est battu avec autant de médailles saintes sur la poitrine, la Vierge sur le fusil, le Crucifix sur le tank, le nom de Dieu à la bouche et la vision du ciel dans les yeux, que nos jeunes gens. C’est une armée de saints en marche qui paie de sa vie les péchés d’une humanité qui ne cesse de crucifier le Christ.
Ils rejouent les Croisades, s’affichent en Croisés.
Nous sommes les jeunes gens du quartier chrétien et notre milice est en guerre contre les Palestiniens. Ils sont musulmans. Nous sommes donc en guerre contre l’Islam et surtout quand il se met au travers de notre
chemin. Nous aurions pu être une tribu de vautours contre une tribu d’aigles que ce serait pareil.
Alors que les exécutions sommaires aux barrages, les snipers tuent sans sommations, le sort de Marie-Rose ne se décide pas immédiatement. Ces combattants hésitent à tuer l’une des leurs. La traîtresse a abandonné son camp. Mais c’est une femme! Les machos tirent peut-être moins de gloire à exécuter une femme.
Mais une femme qui se tient debout et les regarde dans les yeux est un arbre à abattre et ils l’abattent. Elle tombe avec un bruit de bois mort qui se perd dans les rumeurs perfides des quartiers et sous le ricanement des autres femmes satisfaites de ces victoires du mâle.
Mais justement une femme ne devrait pas se mettre dans leur chemin!
L’amour leur apparaît comme une sorte de cannibalisme. Les symboles féminins les déchirent de leurs griffes. Voilà sept mille ans que la déesse Isis enfante sans enfanter. Isis en Egypte, Ishtar à Bagdad, Anat à Marrakech, la Vierge à Beyrouth. Aucune ville ne survit au passage de ces divinités : elles n’ont aimé que le Pouvoir, leur Frère, ou leur Fils. Et vous voulez que Marie-Rose tienne tête à cette procession de femmes terribles et qu’elle trouve grâce aux yeux des mâles de ce pays ?
Tragédie actuelle, tragédie antique que ce court texte!
Texte cinématographique, qui s’est ouvert avec des millions d’oiseaux offets à la sauvagerie de ces prédateurs
Je me dis qu’il faudrait lancer dans le ciel du Liban un million d’oiseaux pour que les chasseurs s’
exercent sur eux et nous évitent ce carnage…
Vision nocturne du port de Beyrouth, alors que la ville est déserte
On ne voit plus les tireurs embusqués et les balles semblent partir toutes seules. Il y a plus de deux cents bateaux dans le port qui attendent de décharger leurs marchandises et comme ils sont tout allumés, les nuits, Beyrouth semble s’être déplacé, d’avoir glissé sur la mer…
Simone Fattal est née en 1942 à Damas, a étudié la philosophie à Beyrouth puis à Paris, archéologie à l’école du Louvre. Après la Guerre des Six jours, elle retourne à Beyrouthet commence à peindre des paysages et les cèdres du Liban. Elle rencontre Etel Adnan, poétesse et plasticienne avec qui elle vit à Beyrouth et Paris. En 1980, les deux artistes s’installent en Californie.Simone Fattal fonde une maison d’édition The Post-Apollo Press qui publie les oeuvres d’Etel Adnan mais aussi de femmes de lettres comme Marguerite Duras et Elfriede Jelinek, entre autres.
En 1988,à San Francisco, elle étudie la céramique et réalise des sculptures qui m’ont vraiment impressionnée. Ses guerriers parlent de la guerre au Liban. Ils ne sont pas des héros mais des résistants : des hommes debout.
Humbaba le gardien de la forêt
Elle sculpte les mythes du Proche-Orient : Gilgamesh , Humbaba le gardien de la forêt de cèdres. Les cèdres du Liban ont été la première source d’inspiration pour la peinture. Dans l’installation avec Humbaba, les grands panneaux de papier suspendus figurent la forêt.
ishtar en bleu-vert et centaure
Ishtar est la déesse mésopotamienne mais Simone Fattal représente aussi Hathor, égyptienne ou Dionysos. Elle évoque aussi l’Iliade et l’Odyssée.Le Libanet la Syrie sont au carrefour de toutes ces civilisations méditerranéennes.
Hathor et Pazouzou, le démon du vent qui a le pouvoir de diriger ls vents mauvais, la tempête ou les épidémies.
Simone Fattal a aussi réalisé des collages à partir de magazines divers ou de cartes. Elle représente le Liban et la Syrie et les accompagne de divinités de sources jaillissantes
collages et divinités des sources jaillissantes
Des constructions représentent des stèles, des temples, une ziggurat
ziggurat
Elle a aussi sculpté des maisons simples, maisons arabes avec leurs cours intérieures comme celles de Damas autrefois dont elle garde la nostalgie.
calligraphie suite en jaune
Les calligraphies l’inspirent, calligraphies abstraites comme la jaune ci-dessus ou calligraphie ancienne sur la grande stèle : une pensée soufie d’Ibn Arabi (1165-11240)
Stèle avec calligraphie
J’ai eu envie de lire Etel Adnan, je viens de trouver Sitt Marie Rose
Des arbres, cyprès méditerranéens et fleurs
P.S. je n’ai pas trouvé le lac, ni la ville au fond du lac. Qui éclaircira ce mystère?
Arrivée à Orsay avec des réticences et des préjugés. Il me semblait que Mary Cassatt peignait des maternités et des portraits d’enfants. Je craignais la mièvrerie qu’Eva Gonzalez et les chaplinades en rose doux et bleu pastel puisque Mary Cassat a aussi été l’élève de Charles Chaplin.
Femme et enfant devant une tablette avant la toilette
Un cartel prévient le visiteur : Mary Cassatt est restée célibataire sans enfant, les « mères » sont le plus souvent des nourices. Elle désacralise le thème de la Vierge et l’Enfant. Les enfants sont très réalistes.
Mary Cassatt se présente comme une artiste
« nous, professionnels méprisons les amateurs »
Elle vit de son art, finance son voyage en Europe grâce à ses talents de copiste. Elle gagne sa vie aussi avec ses portraits et souvent des portraits d’enfants. Elle utilise souvent le pastel, technique convenant bien pour ses jeunes modèles qui tiennent difficilement la pose longtemps
Clarissa – pastel
Les traits vigoureux de pastel, comme dans la jeune fille au banjo, confèrent du caractère à ces portraits, ni estompés ni léchés.
« je suis indépendante » –
Femme moderne; rejointe par sa soeur Lydia qui lui sert souvent de modèle, elle peint les sujets de la vie parisienne, promenades au Bois en voiture, réunions pour le thé
En voiture
vie mondaine, certes mais remarquez l’anomalie dans le tableau Driving, c’est bien la femme qui tient les rênes, le valet étant relégué à l’arrière.
Femme dans la loge
La femme dans la loge n’a pas besoin d’être accompagnée. Cette autre élégante est rayonnante
Native d’Alleghany en Pennsylvanie, elle s’installe à Paris en 1865 et restera 60 ans en France. Elle rentrera aux Etats Unis pendant la guerre francoDès 1877-prussienne de 1870. Dès 1877, elle expose avec les Impressionnistes. Comme les Impressionnistes, elle accorde une grande attention aux fleurs et aux jardins
Lydia faisant du crochet dansl jardin
J’ai aussi beaucoup aimé le portrait de sa soeur Lydia
Automne portrait de lydia
J’ai rencontré une femme moderne, indépendante, même féministe qui a organisé une exposition pour financer la campagne des suffragettes pour le vote des femmes. Le référendum à New York en 1915 a malheureusment échoué. A l’Exposition Universelle de Chicagoen 1893, elle a réalisé dans le Palais de la Femme, une décoration géante de 70 m2 sur le thème de la Femme Moderne. Le panneau central représentait des femmes dans un verger cueillant des pommes, pas sous la tentation comme Eve, non ce sont les pommes de la connaissance scientifique qu’elle s’approprient. Malheureusement après l’Exposition de Pavillon a été démantelé et le fresque perdue.
Artiste, conseillère collectionneuse
Le Câlin du soir
Avec ses portraits d »enfants, Mary Cassatt avait de nombreuses commandes qui lui permirent d’acheter le château de Beaufresne au Mesnil-Théribus et d’acheter des tableaux impressionnistes. Dans l’expostion on voit deux Pissaro, deux Manet dont un grand portrait de Clémenceau. Tout en dirigeant son domaine, elle poursuivit une activité de « consultante » pour les collectionneurs et les marchands, faisant connaître les Impressionnistes aux Américains. Ce fut une « passeuse » entre la France et les Etats Unis.