Matera – duomo et Musma (musée de sculptures modernes)

CARNET DU MEZZOGIORNO (Basilicate)

 

Duomo

Cathédrale : très baroque!

Cathédrale construite entre 1230 et 1270.

De l’extérieure la cathédrale est normande avec son haut campanile, ses murs très hauts, nus ses colonnes portées par des lions. Parente de celle de Bari, de Saint Nicolas de Bari, de celle de Trani….

A l’intérieur, c’est autre chose. On découvre tous les fastes du baroque avec des autels de marbre et de pierres dures. Un merveilleux plafond. Tout est grandeur dorures et stucs. Une Vierge (ou la Sainte Bruna) se tient sous un dais de velours grenat dans la nef.

Un audio-guide (2€) est proposé pour découvrir tous les chefs-d’œuvre. Cette journée très chargée en visites m’a épuisée. Je passe, distraite, en touriste négligente et repue. Nous aurions dû prévoir une journée supplémentaire à Matera. Il ne sera pas dit que ne serai pas entrée dans la cathédrale !

La promenade continue dans le Sasso Barisano vers le MUSMA – Musée de Sculpture Moderne et Contemporaine, établi dans le Palazzo Pomarici. Ce quartier sous la cathédrale est extraordinairement calme, pratiquement pas de terrasses de restaurants ou d’hôtels. En contrebas, une image presque buñuélienne de trois bonnes sœurs en cornette assises à une table d’un restaurant très chic. Image décalée, que je n’ai pas osé prendre en photo. Les dalles sont irrégulières, les marches aussi, usées, glissantes quand la pente est raide. Mes sandales de randonnée pourtant confortable refusent d’amortir les inégalités sous mes pas. Le soleil décline, la lumière est très belle. Je découvre ce quartier avec grand plaisir.

Le Palazzo Pomarici, aristocratique, fut construit en belles pierres de taille, en 1697, sur les toits des sassi. Ses collections permanentes  sont au 1er étage dans des salles claires et vastes. Sculpture italienne du 20ème siècle , et quelques œuvres contemporaines. Sculpture intéressante mais que je ne connais pas. Sans la fatigue de la journée, j’aurais copié consciencieusement les noms des artistes et les dates. Je me contente de prendre des photos des œuvres et des cartels. Pourtant certaines pourraient soutenir la comparaison avec des Bourdelle ou des Maillol.

J’ai quand même la curiosité de regarder une vidéo avec des interviews de migrants, précisé de l’intérieur et de l’extérieur, et de personnalités de Matera : le professeur d’italien, un prêtre gérant un foyer d’accueil. Matera se veut accueillante. Il est intéressant de noter que de nombreuses expositions d’Art contemporain intègrent ce genre de vidéos. Mauvaise conscience de ne pouvoir faire plus ?

La deuxième partie de la visite se déroule en bas dans les hypogées. Le palais fut construit sur 7 grottes, habitations ou ateliers d’artisans creusées en éventail dans la roche et s’ouvrant sur 3 cortili. Je suis surprise agréablement par la fraîcheur de ces grottes après mes pérégrinations sous le soleil et la visite des salles étouffantes à l’étage. Fraicheur et sentiment de paix. Qu’on est bien dans le ventre de la terre quand il fait plus de 30° dehors ! Dans la pestilence les anciens habitants des sassi avaient au moins le confort de l’art conditionné !

Une installation se tient dans cette crypte : Anche Quando l’Alba non C’era de Luis Gomez de Teran, né à Carracas mais vivant à Rome. Artiste de Street Art en résidence à Matera. L’appellation « street art » m’étonne. Il ne s’agit pas de peindre des grandes fresques mais plutôt d’adapter son art aux grottes et cryptes. Il utilise chacun de ces hypogées pour créer une installation différente dans la pénombre où l’on découvre aussi les vasques, citernes et niches creusées par les anciens habitants. Le plasticien y a placé d’étranges créatures de plâtre comme des enfants blancs rejouant la scène du péché originel, nus l’un tient la pomme, l’autre avec le serpent. Que vient faire dans cette scène un sac de toile chargé de poudre blanche qui se balance ?  Une autre installation s’intitule La Madona dell umido, allusion aux citernes et vasques ou clin d’œil à la Madona dell’Idris ?

18h, je reprends ma route sur la Via San Giacomo presque horizontale, agréable à parcourir après toutes les marches, douceur du soir qui tombe tôt. Une glace au citron sur la Via Ridola regret de pas avoir choisi un granite.

Retour à l’hôtel, valises, dîner de salami et de figues fraîches.

C’est la fin des vacances.

 

 

 

Les disparus – Daniel Mendelsohn

Le pavé du mois d’Août : plus de 900 pages dans lesquelles j’ai plongé avec grand plaisir.

Immersion totale! Et pourtant ce n’est pas un livre dont on tourne vite les pages, au contraire.  Certaines sont tellement intenses et difficilement soutenables qu’il faut prendre l’air, d’autres sont si denses qu’il faut y revenir.

Et pourtant, l’argument de départ semble mince : six personnes de la famille de l’auteur ont péri pendant l’Holocauste dans la petite ville de Bolechow. Schmiel, le frère du grand père de Daniel Mendelsohn, sa femme et leur quatre filles. Comment imaginer 930 pages pour apprendre ce qui paraît si simple?

« C’était pour sauver mes parents des généralités, des symboles, des abréviations, pour leur rendre leur particularité et leur caractère distinctif que je m’étais lancé dans ce voyage étrange et ardu. Tués par les nazis – oui, mais comment? »..

Mendelsohn conduit une véritable enquête qui le mènera de l’Ukraine à l’Australie, d’Israël, en Suède….une odyssée, pour cet helléniste dont j’ai tant aimé le livre, Une Odyssée, Un père, un fils une épopée. Ses voyages le conduisent à rencontrer les témoins oculaires de ces disparitions, ou des personnes ayant connu les disparus.

Evidemment, je pense à Chaghall….

Nous sommes  conviés à des rencontres avec de nombreux personnages originaires de Bolechow ou Bolekhiv (comme on l’appelle maintenant que la ville est ukrainienne), le plus souvent des juifs très âgés, parlant yiddish ou polonais, mais aussi d’ukrainiens qui ont été témoins du massacre, mais aussi des enfants de la génération de l’auteur, ses frères et sa sœur qui participent à l’enquête, et les cousins… Ces rencontres sont l’occasion de chaleureux repas de cette cuisine ashkénaze partagée sous tous les climats des 4 continents abordés.

C’est un texte plus littéraire qu’historique. A chaque occasion l’auteur se pose la question essentiel pour un écrivain. Comment raconter une histoire.  Mendelsohn se met en scène en tant que raconteur, comme l’avait été son grand-père, le frère de Schmiel, le disparu :

« Il ne recourait pas au procédé évident de commencer par le commencement et de finir par la fin ; il préférait la raconter par de vastes boucles, de telle sorte que chaque incident, chaque personnage, mentionné pendant qu’il était assis, là, sa voix de baryton déchirante oscillant sans cesse, avait droit à sa mini-histoire, un récit à l’intérieur du récit, de telle sorte que l’histoire ne se déployait pas (comme il me l’a expliqué un jour) comme des dominos, mais plutôt comme des boîtes chinoises ou des poupées russes, chaque évènement en contenant un autre, et ainsi de suite…. »

Mendelsohn est aussi un érudit, un spécialiste des textes anciens, il va confronter l’histoire qu’il racontera à l’Histoire primordiale, à la Genèse, Bereichit, la création, à l’histoire de Caïn et Abel, occasion d’aborder les tensions entre frères, à l’histoire du Déluge et de Noé, à celle de Lot, question d’envisager l’annihilation des êtres vivants ou  des villes de Sodome et Gomorrhe, le parallèle avec la liquidation des Juifs de Bolechow m’apparaît évident. Mendelsohn ne se contente pas d’allusions, il cite en détail les commentaires de Rachi et plus récents d’un  commentateur moderne.

« mais, en même temps, qui ne trouve pas les moyens de faire dire aux textes que nous lisons ce que nous voulons qu’ils disent? »

L’auteur nous emmène par cercles concentriques, comme la =genèse, comme Homère dans l’Odyssée. Il se met en scène racontant une histoire.

« Etre en vie, c’est avoir une histoire à raconter. Être en vie, c’est précisément être le héros, le contre de toute une vie. Lorsque que vous n’êtes rien de plus qu’un personnage mineur dans l’histoire d’un autre, cela signifie que vous êtes véritablement mort. »

Pour raconter l’histoire de ses six disparus, il faut interroger les gens qui les ont intimement connus, les amies d’enfance de Lorka, Frydkan et Ruchele, les filles dont il ne connait même pas les prénoms au début de ses recherches ne connaissant que « quatre superbes filles ». Chaque détail compte, la façon de porter un cartable, les amoureux si elles en ont eu….

Quelles richesses dans ce livre! Combien de thèmes évoqués. Thèmes familiaux, comme les rapports entre les frères et soeurs, les souvenirs qu’on préfère taire et qui sortent par mégarde, les récits déformés au cours des souvenirs….

Finalement, comme dans un roman policier, par une combinaisons de hasards, par la ténacité des enquêteurs, la vérité apparaît, Daniel Mendelsohn retrouve les circonstances précises de la mort d’au moins deux de ses disparus, le lieu précis, qui existe encore des décennies plus tard….

Matera – sasso Barisano – Casa di Ortega

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASILICATE)

Casa di Ortega

Je n’ai pas renoncé à visiter la Casa di Ortega bien cachée dans le Sasso Barisano en-dessous de la cathédrale que ne n’ai aucune difficulté à trouver. Ensuite, cela se complique, sous les directives de Googlemaps je descends des dizaines de marches, par  la Via San Potito, le Recinto San Giacomo me retrouve sur la corniche de la  Civita où nous avons déjeuné hier., je remonte pour reprendre le guidage de Googlemaps qui m’envoie dans une ruelle étroite et noire barrée par des planches. Le même monsieur qui m’avait conseillé de retourner à la Cathédrale insiste « A la Cathédrale ! ». je traverse le parvis, trouve un escalier caché. Je tourne dans le Sasso Barisano depuis une bonne demi-heure. Elle est bien cachée la Casa Ortega ! D’ailleurs je suis la seule visiteuse. La jeune femme de la billetterie me tend un dépliant avec les miniatures et les titres des tableaux : « ici ce n’est pas un musée, c’est la maison de l’artiste, vous ne trouverez pas de cartel ni d’explication ». Puis elle présente l’artiste : Jose Garcia Ortega est né en 1921 en Castille. Accusé d’activité antifranquiste, il est condamné à 10 ans de prison, puis acquitté, il est forcé à l’exil à Paris. Arrivé par hasard à Matera en 1972 après que les sassi aient été vidés, il s’attache à cette ville dont la lumière et les couleurs lui rappellent la Manche où il est né. Avec un ami, il fait l’acquisition de cette belle maison et la décore. Deux cycles de tableaux, Passarono et Morte e Nascita degli Innocenti racontent la Guerre d’Espagne, les luttes antifascistes. La décoration de la maison est intéressante : majolique et azulejos dans la cuisine, je me crois en Espagne, salle de bain avec des carreaux modernes. Il y a même une chapelle peinte dans le Palazzo, » lombarde » dit la dame.

Ortega a voulu employer un matériau populaire et familier aux gens de Matera : le papier mâché (cartapesta) dont on se sert ici pour confectionner le char pour la fête de la Madonna della Bruna, (la fête est mardi prochain mais nous serons parties). En plus des reliefs dans le tableau ce matériau permet la reproduction. Ortega qui était communiste ne voulait pas entrer dans le système du « marché de l’art ».

Ces tableaux sont très originaux, surprenants dans leur simplicité et les couleurs. Dominent le Rouge et le Jaune, couleurs espagnoles, le Noir du deuil (ou du fascisme avec le kaki des uniformes), un peu de violet et d’orange. Les personnages sont stylisés, le dictateur reconnaissable à son uniforme, les mères éplorées, les canons et les fusils. Je regarde avec intérêt et sympathie ces cycles militants ; je ne suis pas sûre que cette peinture me plaise en tant que telle. L’intention me touche.

C’est en tout cas une belle rencontre, et inattendue.

 

 

 

 

Matera : Sasso Barisano – Louise Manzon à San Pietro in Barisano

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Monastèero di San Augustano

Agréable déjeuner à la pizzeria Austin très bien située sur une place en face du monastère de San Augustino (16ème – 17ème) avec une vue dégagée sur les sassi, pas de pizza pour nous mais baccala avec des poivrons séchés (plus pour le décor que pour le goût, ils sont si secs qu’ils sont immangeables et pour moi des spaghetti avec cime de rapa (légume intraduisible, avec des feuilles et fleurs de navet ressemblant à des brocoli) de petits morceaux de saucisse et les poivrons rouges secs.

Bien sûr, j’entre dans San Augustano qui a une très belle façade mais un intérieur blanc assez sobre et un bel orgue. Surprise : une église rupestre se cache à l’arrière de la grande église ; Elle est peinte à fresques mais récentes et assez décevantes.

La troisième église du billet collectif acheté hier est San Pietro in Barisano. D’après le plan, elle est tout près du restaurant. Malheureusement le plan n’indique pas le relief, je monte beaucoup trop haut sur la via Cesarea (Internet me réservera la surprise d’apprendre que San Basile était évêque de Césarée et depuis que nous sommes en Basilicate il est beaucoup question de moines basiliens) . De la via Cesarea je vois la pointe du clocher de San Pietro In Barisano qui semble me narguer. Je vois l’église, adossée à son rocher ; mais comment descendre ?

La Vierge de la consolation veille sur Mare Nostrum

L’église rupestre est vaste, aussi haute de plafond qu’une église construite. L’église primitive 12ème -13ème siècle a été agrandie et remaniée au 15ème , 16ème et 18ème siècle. On a creusé des chapelles latérales et la façade est de 1755. A l’intérieur on peut voir de nombreuses fresques, des autels sculptés et une jolie Vierge de la Consolation en tuffeau. Cet après-midi, après les visites du matin aux églises rupestres, ce ne sont pas les fresques qui retiennent mon attention mais une installation contemporaine de la Brésilienne Louise Manzon les sculptures sont soit en céramique, soit métalliques, les têtes de céramique se marient avec les matériaux de l’église.

Cette installation se nomme Aion nei sassi

« selon les Grecs ancien, pour indiquer l’heure, il y avait Aion, kronos et Kaïros »

Aion suppose la longue vie, l’éternité, la migration des femmes (et des hommes) mais ce sont les femmes qui sont représentées ici

« Un groupe de reines habillées par des vagues, emprisonnées dans une armure »

Ces reines africaines règnent au milieu de la nef.

Sur un cartel je lis Anime in attese (céramique, filet métallique) avec ces réflexions : « l’Attente est la condamnation du clandestin, l’Attente est patience sans se rendre. « 

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Environ 120.000 ans : une femme en robe de mariée métallique, laiton, or ou cuivre, elle est très belle c’est probablement elle qui symbolise Aion, elle est très belle. Une autre, vêtue de noir a pour titre « peur d’espérer «

Ces mots résonnent en moi, comme les sculptures dans l’église.

Devant un autel, sous la Vierge et l’enfant, la sculptrice a installé trois poissons de céramiques, dans un ensemble Mare Nostrum, il mito parmi les trois poissons Scilla, nous en revenons avec l’évocation de l’Odyssée.

Cette exposition ne marie tellement bien avec les lieux, elle me parle, me voici réconciliée avec Matera 2019 qui n’est pas seulement l’arrivée en masse des touristes dans des « lieux touristiques » mais aussi un tremplin et un écrin pour une création contemporaine exigeante. Me voici comblée quand je découvre une installation inspirante.

Matera – Visite guidée des Sassi, Castello Tramontano

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Sassi

Rendez-vous à 9h30 sur les marches du Palais Lanfranchi. Le conférencier fait une introduction, situe la ville et sa gravine dans une structure géologique karstique. La roche est une calcarénite facile à travailler qu’on appelle aussi tuffo (rien à voir avec le tuf volcanique). Les moines basiliens construisirent 150 églises rupestres.

L’une des caractéristiques les plus intéressantes de la vie d’autrefois et qui a valu l’inscription de Matera au Patrimoine de l’Humanité  , est le système de récolte de l’eau de pluie avec des citernes et des terrasses favorisant cette récolte.

La récolte de l’eau : casa cisterna

Au 19ème siècle, Matera était comme une fourmilière. Des milliers d’hommes vivaient avec les animaux dans des conditions d’hygiène déplorable. C’est à la suite de la publication du livre de Carlo Levi que l’Italie s’émut de cette situation. En 1945, on a dit de Matera que c’était une honte nationale. 

La loi Gasperi 1952 préconisait l’évacuation des habitants des sassi et leur relogement dans des habitations décentes. Les transferts de population se firent dans les années 60. Pendant 30 ans on assista à la dégradation du site jusqu’en 1993 avec l’Inscription du site au patrimoine de l’Humanité. Aujourd’hui, le projet est plutôt de faire revenir les habitants en promouvant des activités commerciales et touristiques.4000 personnes se sont établis. Des anciennes citernes, on a fait des spas, des jacuzzis… Matera 2019 Capitale de la Culture Européenne, a dopé cet essor du tourisme.

La promenade nous conduit dans la rue principale, la seule rue carrossable des sassi. Elle ne date que de l’époque de Mussolini. Avant un torrent divisait le quartier. On y jetait les eaux usées et les ordures. La  via Ponte caveoso a gardé le souvenir d’un pont qui le franchissait.

La récolte de l’eau : vasques et citernes

Une maquette montre que la roche était creusée comme un gruyère, des structures verticales montre comment l’eau de ruissellement était captée. Une Casa Cisterna, meublée comme dans les années 50 laisse voir deux grosses citernes rondes et les conduites de la récolte d’eau. Il y avait également un petit moulin et on peut voir la mangeoire des animaux au fond de la grotte.

Comme nous sortons de la grotte, toues les cloches se sont mises à sonner ensemble en un parfait carillon. Nous montons ensuite au rocher Monterrone pour visiter les deux églises rupestres Santa Madonna dell’ Idris et San Giovanni Monterrone que j’avais découvertes par moi-même hier.

A la fin de la promenade à la boutique de l’Agence qui a organisé la visite et qui offre une dégustation des produits locaux. Autant la promenade en touktouk m’a déçue autant je suis ravie de cette visite guidée passionnante.

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Castello Tramontano

Nous ne voulons pas quitter Matera sans voir de près le Castello Tramontano qui  couronne la colline au-dessus de la ville. Construit en 1501 par le Comte Tramontano sa construction fut interrompue par l‘assassinat de Tramontano détesté de la population en 1514. C’est une courte mais agréable promenade.

Par les Sassi de Matera

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Matera : Monterrone

A 17h30 nous avons rendez vous avec notre chauffeur de touktouk de Apenelsassi, organisateur de circuits touristiques dans les sassi Ape l’abeille, fait référence à vespa, la guêpe, puisque l’engin est motorisé par une sorte de scooter. Au guidon, Noémie, étudiante très cool mais peu causante. J’attendais une visite guidée. Elle nous promène par la via Castelnuovo, dans le Sasso Cavuoso. Le touktouk fait des écarts pour éviter nids de poules et rigoles.

Casa grotta

Arrêt devant une casa-grotta (maison reconstituée, attraction touristique). Un petit film d’introduction dure 3 minutes, un rideau s’ouvre, je découvre la salle meublée, la cuisine le grand lit, trois marche lus haut le coin des animaux, l’âne, les cochons, quelques poules, derrière un rideau le seau hygiénique, entre les deux salles, la citerne de récupération des eaux de pluie. D’après les outils entreposés, je déduis que les habitants étaient des paysans ; l’histoire ne dit pas où se trouvaient leurs champs ; je pense à la fresque de Carlo Levi, je les imagine rentrant des champs avec l’âne…Où était donc le chemin passant la gravine ? La jeune fille qui a mis en route la vidéo dit juste « 3 €» encaisse sans m’adresser un mot, sans un regard, elle peint à la chaîne la crête rouge de coqs blancs. Je me sens flouée. Matera 2019 attire des foules de touristes qu’on plume sans aucun complexe. 60€ pour une heure de touktouk, service minimum, tourisme à la chaîne, souvenirs moches. Le site est magnifique mais il ne faudrait pas abuser.

Par les sassi

Le touktouk va, bringuebalant, dans le Sasso Barisano, arrive sur la place de la Cathédrale – arrêt photo de 2 minutes seulement. Sommes-nous en retard sur l’horaire ? Nous avons le sentiment mitigé de ne pas en avoir eu pour notre argent.  On s’attendait à une visite guidée, pas à un taxi. Mais c’était la seule façon pour Dominique de pénétrer dans les Sassi.

toukouk : ape nell sassi

18h35, 25°C(10° de moins qu’hier), lumière idéale pour les photos. Je suis impatiente de repartir pour découvrir par moi-même Matera qui est une ville qui se visite à pied. Je reprends la rue Castelnuovo qui passe sous nos fenêtres, suivant un parcours fléché, j’arrive sur la corniche dominant la gravine. Les grottes sont barrées simplement de quelques planches ou par des portes de fer. Cette zone non restaurée est notée Zone archéologique. Au bout de la corniche un monastère :  convincio Sant’Antonio – fermé. Je monte des marches, dévale des escaliers et m’aperçois que je suis sur un chemin de croix, Via Crucis (les stations sont indiquées). Une église superbe est encore ouverte : Santa Lucia alle Malve (pas vu les mauves) . Pour 7 €, un ticket donne accès à trois églises. J’ai de la chance : l’église est vide. J’ai donc le loisir de contempler les fresques de cette église creusée dans le rocher 9ème siècle utilisée par les bénédictines dont les cellules du monastère étaient dispersées dans les grottes aux alentours jusqu’en 1283. Forte de mon expérience de jeudi à S Falcione, j’essaie de retrouver le plan d’une église grecque et l’iconostase (d’après le papier, il en reste des traces. Cette église a été habitée, les plans originaux sont difficilement lisibles. Les colonnes auraient été transportées dans la cuisine. Je m’attache à observer les fresques (photos interdites), Vierge allaitante 13ème siècle, Saint Michel, Saint Nicolas, Saint Jean Baptiste, que je reconnais mais aussi des inconnus ? Comme à saint Falcione, il y a un mélange d’éléments byzantins et latins.

A la recherche de la Madonna dell’ Idris

Mon ticket est valable pour la Madonna dell’ Idris. Je dois la trouver avant le coucher du soleil. Je passe par un dédale de courettes. Un homme, à la fraîche, arrose ses lauriers-roses et ses dipladenias (qui ne craignent rien, ni froid, ni chaud ni sécheresse). Sur les murs il y a aussi des touffes sauvages, genre de brassicacées (crucifères) bleues, toujours pas de mauves malgré Sainte Lucie, des buissons de câpres fleuris. Des rochers comme des chicots, délimitant des patios. Je cherche à faire des photos, pas facile de trouver des angles.

A la Madonna dell Idris, j’ai moins de chance : la grotte est bondée. Consolation : ces touristes ont un conférencier qui explique très bien. Ce nom Idris n’a rien à voir avec le prénom arabe, Idris, c’est l’eau (l’Italien supprimant les h des mots grecs,  je ne les identifie plus). Sur le tableau au-dessus de l’autel, la Madone a un broc que le guide montre avec son stylo-laser (seule je ne l’aurais pas vu). Le nom ne vient pas de ce détail mais des vasques et citernes ; Le maître-autel en marbre blanc réalisé en 1804 encombre et empêche de bien voir les fresques. Un passage fait communique cette église avec une autre église rupestre San Giovanni in Monterrone. Le guide montre un Christ Pantocreator. De nombreuse fresques sont en cours de restauration. La restauration doit être bien compliquée avec les palimpsestes, images superposées au cours des siècles, par exemple cette Vierge avec sa robe ample qui a le visage barbu de Saint André. Si une fresque en recouvre une autre, laquelle privilégier ? la plus ancienne ? la plus belle ? A la place où devrait se trouver l’autel il y a une mangeoire. L’église a servi d’habitation, les hommes vivaient avec leurs animaux.

Je suis, complètement désorientée. A force de tourner dans les courettes, de rochers en escaliers, je n’ai plus aucune idée de la direction à prendre pour rentrer. Je monte à l’aveuglette des marches, passe sous des arches. Enfin je trouve le Palais Lanfranchi et la  Via Lucania. Il y a même un supermarché pour les yaourts du dîner et des fruits excellents chez le marchand de fruits et de verdure !

 

Carlo Levi : Lucania’61

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASILICATE)

Carlo levi : lucania61

Le Palazzo Lanfranchi est Le Museo nazionale d’Arte Medievale e moderna

Les animations de Matera 2019 s’y sont aussi installées si bien que seul le rez de chaussée est ouvert à ceux qui n’ont pas pris le passeport Matera 2019.

Cela ne fait rien, une seule œuvre va me combler Lucania61’ de Carlo Levi très grand tableau peint (18.50mx3.20m) peint à l’occasion du Centenaire de l’Unité Italienne, fresque immense en trois tableaux, avec de nombreux personnages. Mario Soldati, Guttoso, dans plusieurs vidéos passionnantes, analysent l’œuvre. Guttoso compare Lucania61 à un opéra de Verdi, en effet le tableau en a le lyrisme et le panache. On peut découper en trois parties, trois actes. Trois paysages : la caverne (comment ne pas penser aux sassi ?), le retour des paysans au village (on pense à Aliano et à son livre Le Christ s’est arrêté à Eboli), l’assemblée sur une place de la ville autour du poète Rocco Scotellaro (la ville, la politique).

Carlo Levi : Lucania61, dans la caverne, le passé, la mort

Trois âges : le passé et la mort, le présent et le travail des paysans, l’avenir et la lutte politique en vue d’un meilleur futur. L’enfer, la vie misérable dans la caverne avec les animaux, la misère et le deuil. Le retour des champs des paysans : le purgatoire et la dure condition paysanne.

Le retour des champs, comme une fuite en Egypte,

le paradis que promet le poète….

Je pourrais rester des heures devant ce tableau, chercher les détails que l’auteur a cachés, décrire les couleurs, découvrir dans l’ouverture de la grotte verte les tombes du cimetière. Dan le village aux maisons blanches détailler chaque femme qui nourrit ses enfants, comparer le retour des paysans sur l’âne à une fuite en Egypte….

L'avenir, autour du poète, l'action politique?

Si bien éblouie que je regarde presque avec indifférence les tableaux de Luigi Guerricchio , peintre de Matera qui aurait mérité plus d’attention.