24 décembre : Levada do Risco- courses à Calheta – Jardim do mar – Paul do Mar

CARNET DE MADERE 2022

Rabaçal dans le brouillard – cherchez la randonneuse!

Prévisions météo correctes, pas de pluie avant 13h

Nous avons toujours affirmé que les Réveillons à rallonge nous écœuraient mais il se trouve que nous n’avons rien pour dîner en dehors d’un chou-fleur ou de pâtes sans sauce. Rien qui nous plaise dans les supermarchés de Porto Moniz, ni dans la superette près de chez nous, ni en bas dans le supermarché un peu plus grand. Les madériens, ont des jardins, des congélateurs, mangent de la morue salée séchée ou du chorizo plutôt que saumon et foie gras.

La route de Rabaçal monte dans la montagne, passe un col à 1166 m. Le brouillard s’abat les sommets, des écharpes s’enroulent, des rideaux avancent et nous noient dans la purée de pois. On évite les vaches sur la route au dernier moment. Et pourtant, le parking de Rabaçal est occupé par nombreuses voitures. Je ne serai donc pas la seule aventurière.

Rabaçal, levada PR 6.1

Le PR6 se divise en plusieurs itinéraires. La randonnée la plus fameuse est la 6 Randonnée des 25 Fontaines et 6.1 Cascade de Risco. La dame de l’Office de Tourisme de Porto Moniz m’a déconseillé la première qui attire les groupes en car. Comme le sentier est très étroit un sens unique est imposé et les randonneurs bouchonnent. Le départ des deux randonnées est commun : une route goudronnée descend jusqu’à l’auberge de Rabaçal les deux sentiers se séparent ensuite.

Auberge de Rabaçall

La route est sèche, le brouillard stagne à l’altitude du parking autour de 1000 m. Comme il est tôt, il y a peu de monde. Je fais route un moment avec une famille anglaise. La jeune femme me félicite pour mon anglais. Je lui réponds que généralement les anglophones ne font pas d’effort pour les langues étrangères puisqu’ils sont compris dans le monde entier. « Mais je parle ourdou, arabe en plus de l’anglais ». C’est agréable de trouver de la compagnie. J’ai toujours une appréhension au départ d’une randonnée. Totalement injustifiée dans le cas de celle-ci. Le sentier est large, sec et sécurisé par de solides barrières du côté du ravin. Je suis la levada du Risco pendant un kilomètre et découvre une belle cascade. Pour l’aventure, vous repasserez ! Je regrette de ne pas avoir continué avec les Anglais sur les 25 fontaines. Le retour est un peu différent, je découvre un sentier qui mène à l’auberge sous la route, beaucoup plus agréable/

L’auberge parait très accueillante, par les fenêtres je vois de belles couettes blanches et des oreillers rebondis. On sert des pasteis de nata et des bolos variés au salon de thé. Des escaliers rejoignent la route. C’est déjà cela de gagné sur la remontée pénible sur le goudron. Je retrouve le brouillard à l’entrée du parking.

Le piquenique dans la montagne est compromis : brouillard et vent.

Nous descendons à Calheta, distante seulement de 9 km mais sur une route étroite et dans le brouillard complet. C’est une épreuve pour la conductrice. Sur la côte sud, le soleil brille faiblement : j’ai quitté chemise et polaire. Au supermarché c’est encore la foule. Les touristes cherchent à improviser un réveillon. La poissonnerie est bien achalandée avec de jolies dorades, des filets de rougets. J’achète des crevettes roses, une demi-papaye, un demi-ananas, un kaki des bananes. Noël tropical !

Les environs de la marina, hôtel et parkings me rebutent. Nous déjeunons sur le bord de la route à mi-pente sous les petites bananeraies et les jardins fleuris. Le soleil brille. Il y a de jolies couleurs. A la sortie de Calheta, le MUDAS, Musée d’Art Contemporain, perché sur la falaise me tente. C’est une belle construction en pierre volcanique grise, claire et bulleuse taillée en moellons réguliers, lisses aplatis. Les volumes sont très sobres, parallélépipèdes simples. Il faut se faufiler dans d’étroits couloirs pour découvrir le patio central et l’entrée. Les ouvertures en verre dépolis laissent passer la lumière mais ne dévoilent rien des œuvres exposées. Fermé, la veille de Noël et jusqu’à mardi, nous n’aurons pas l’occasion de revenir, dommage !

Nous improvisons la suite des visites dans les villages de Jardim do Mar et Paul do Mar fuyant toujours la ER 101 et ses tunnels. D’après la carte Michelin la ER 223 serait touristique. Nous n’en avons pas fini avec les tunnels que franchit la ER 223, mais petits et vieux. Bien sûr, les falaises impressionnantes interdisent tout trafic automobile aérien. Madère est un vrai gruyère.

Jardim do mar

jardim do Mar portinho

Nous traversons par erreur les rues étroites bordées de maisons et jardins fleuris réservées aux riverains et arrivons au portinho. Les barques ont été hissées à terre sous une belle cascade tandis que sur la digue se brisent de très hautes vagues. Des photographes attendent les plus spectaculaires. Avec le téléphone le cadrage est aléatoire. Heureusement, on peut rogner, recentrer, zoomer. Un snack bar répand des odeurs de poissons ou crustacés. Si on revenait ? Demain, il ne faut pas compter sur le restaurant : Noël c’est sacré pour les familles, tout sera fermé. Il faudra organiser le pique-nique.

jardim do mar portinho vagues

Le front de mer est aménagé pour une promenade, palmiers, agaves, aloès, pelouse. Les vagues sont impressionnantes, couleur menthe glaciale. Au loin, après une haute falaise se dessine l silhouette de Paul do Mar blotti autour de sa grande église blanche.

Paul do Mar vu de la promenade de jardim do mar

Pour arriver à Paul do Mar on franchit un tunnel (encore) . A nouveau Dominique se gare au portinho où se trouvent de nombreux cafés, restaurants et snacks. La promenade de front de mer s’arrête, les maisons sont construites directement sur l’eau. Il faut entre dans le village parcourir la rue principale pavée de noir et blanc avec des motifs maritimes, voiliers, vagues, bulles. L’église moderne en ciment et sans grâce se voit de loin. A la sortie du village une longue promenade est possible le long de l’océan, mais elle n’est pas végétalisée comme à Jardim do Mar. De l’autre côté de la route des blocs se trouvent des de logements cubiques jaunes peu avenants sans jardins ni fleurs.

 

 

Roi par effraction – François Garde

ROMAN HISTORIQUE

Pizzo : château aragonais

« Mourir à Pizzo ! Personne ne connaît Pizzo. Pizzo n’existe pas encore, et n’apparaîtra au monde que comme le lieu du martyre de Murat. »

Roi par effraction est un roman historique retraçant la vie de Joachim Murat

Pizzo que nous avons visité il y a quelques années en vacances en Calabre. Sans cette visite, je ne me serais peut-être pas intéressée à ce Maréchal d’Empire et à sa carrière militaire  bien que la fréquentation de Balzac a renouvelé mon intérêt pour l’épopée napoléonienne. 

selon Wikipedia :

« Le , le maréchal Joachim Murat, ancien roi de Naples, débarque à Pizzo avec ses partisans pour tenter de reconquérir son trône. Capturé par la foule et emprisonné au château de Pizzo, il est exécuté à la suite d’un procès joué d’avance le . »

Le roman de François Garde se déroule pendant ces 5 jours où Murat est prisonnier et revient sur sa vie, de son enfance, fils d’aubergiste dans le Quercy. Brillant cavalier, soldat intrépide de l’Empereur, il est remarqué par Caroline, la sœur de Napoléon qui en fera le Roi de Naples

« Roi par effraction » parce que Napoléon veut avoir le dernier mot et désavoue les initiatives qui feraient de lui un vrai roi et un champion de l’unité italienne.

« Il se prenait pour un véritable souverain ? Il reste le lieutenant de l’Empereur, voire le sous-lieutenant. Un simple délégué dépourvu de toute autonomie de décision. »

Et pourtant, il s’est attaché à l’Italie et s’est vraiment cru une mission en règnant à Naples. Après Waterloo, tandis que Napoléon prisonnier fait route vers Sainte Hélène, Murat croit encore en son destin à Naples. Réfugié en Corse,

« Lui qui a commandé les plus grandes charges de cavalerie de l’histoire et triomphé sur tous les champs de bataille d’Europe ne peut accepter l’idée d’être pourchassé comme un contrebandier dans la montagne corse, et au final capturé. Il ne se laissera pas enfermer dans un destin aussi médiocre.

[…]
toute hâte Murat fait imprimer des milliers d’exemplaires d’une proclamation célébrant son retour sur le trône et appelant tous les Italiens à se réunir sous sa paternelle autorité. »

Son destin s’arrêtera à Pizzo.

 

 

 

levada de Moinho, village de Cabo, restaurant A Careta, baignade

CARNET DE MADERE 2022

Levada do Moinho

Excellentes prévisions météo.

La promenade N°7 selon la brochure de l’Office de Tourisme (PR7) figure dans le Guide Rother N°66, est également répertoriée par VisoRando. Le départ de la randonnée est donc très facile à trouver : panneau PR7 après Achada da Cruz.

Le sentier grimpe sur un escalier de rondins de bois bien aménagé. La montée est rapide (745 m à 891 m) et un peu essoufflante. Heureusement j’ai mon bâton télescopique. Je passe d’abord sous les eucalyptus puis à travers les bruyères arborescentes avant de trouver la levada qui est une petite rigole cimentée, Levada do Moinho (du moulin) est également appelée Levada Grande. Son courant est rapide. Parfois le chemin qui la suit est sec. Parfois la levada déborde et je dois m’aider de mon bâton pour passer à pied sec en sautant de pierre en pierre.

Levada do Moinho

Les branches de la laurissylve font comme une arche au-dessus du chemin. Tôt le matin, il faisait bien frais. Vers 10 heures, le soleil perce le feuillage de la forêt et dessine de jolies taches sur le sol. Comme prévu, j’arrive à une cascade. Le sentier s’arrête. Est-ce déjà la fin ? Selon les topoguides, je devrais trouver les ruines d’un moulin. Alors que je suis prête à retourner sur mes pas ; je découvre que si je marche sur la margelle en ensuite sur le rebord en ciment de la levada, je retrouve quelques mètres plus loin le sentier. Pour m’assurer, je colle mon dos à la paroi moussue et bien mouillée. Quatre ou cinq mètres plus tard, me revoilà sur un sentier, les pieds bien mouillés ce qui me facilitera le retour puisque je n’essaierai plus d’éviter les flaques avec des acrobaties et que j’avancerai tout droit dans l’eau. Après une heure de promenade charmante, je trouve l’ancien moulin dont il ne reste qu’un bassin dans lequel se jette une cascade qui ressort du bassin en cascadant. Cette fois-ci, plus de trace de sentier à la suite. Fin de la randonnée.

Fin de la randonnée : la CAscade

Pendant ma randonnée Dominique a découvert la charmante chapelle N.S. Da Morte. Elle m’y conduit par par une petite route qui traverse le village très calme avec de nombreuses maisonnettes au toit à deux pans très pentus. Arrêt photo devant une crèche dans une cahute de paille décorée de fleurs et de boules argentées. Curieusement on a ajouté au troupeau de moutons, à l’âne et au bœufs traditionnels, deux dinosaures en plastique.

Crèche en paille sur le bord de la route

La campagne st recouverte d’herbe très verte où paissent des vaches. Curieux abreuvoirs : de vieux frigos couchés.

La chapelle est toute blanche avec un campanile carré et un porche à arcades. Elle est précédée par une place carrée pavée de petits galets ronds noirs et blancs. De là, un cheminement en ciment avec des marches conduit à un miradouro : plateforme dominant la falaise.

Cabo : capela NS Da Boa Morte

La vue est impressionnante. La falaise presque verticale est haute de 400 m . Un peu plus loin, il y a un autre miradouro :  Miradouro Pico Vermelho accessible par un autre chemin cimenté sécurisé d’abord par une rambarde conduisant d’abord à un petit autel fleuri avec des arums. Le sentier continue vers le mirador, raide et moins bien entretenu. Comme je n’ai pas pris mon bâton, j’ai peu de glisser et renonce.

Nous aurions pu pique-niquer à la chapelle mais nous préférons partir à la recherche d’un restaurant. Juste après avoir retrouvé la ER 101 il y en a un très beau A Carreta : carte variée, poissons et viandes. Je commande une soupe aux légume et du pain de Madère au beurre et à l’ail puis une crème à la mangue. Le pain est rond et ressemble un peu à un gâteau (ou à un scone en plus gros, plus épais) fendu, chaud et tartiné, excellent. En face du restaurant un route va à Lombo de Velha et au Miradouro Pico Vermelho. La route s’interrompt au village. Je demande mon chemin à une dame qui me répond « vous parlez Espagnol ? « demande-t-elle  « oui »« alors je vais vous l’expliquer en Portugais » . Logique ! mais compréhensible. Elle continue en parlant lentement. Il en ressort que le chemin de terre est vraiment très mauvais et qu’il vaut mieux prendre celui de Cabo que j’ai abandonné.

la falaise vue du téléphérique

A Achada da Cruz il y a un téléphérique : 600 m de câble, 450 m de dénivélé. C’est un des plus verticaux d’Europe. En 5 minutes on peut descendre à la mer, marcher le long de l’eau ou se promener dans les jardins puis remonter en téléphérique. J’avais envie de descendre à pied le sentier et remonter en téléphérique. Le sentier a été fermé à la suite d’éboulements. Je me contente d’admirer le point de vue

Piscines naturelles de Porto Moniz

J’avis regretté hier de ne pas m’être baignée dans les piscines naturelles de Porto Moniz. Il fait plus frais aujourd’hui mais je ne veux pas rater cette occasion. Cela rafraîchit bien mais après quelques brasses je m’y sens très bien.

 

 

 

 

 

 

Arrivée à Porto Moniz

CARNET DE MADERE 2022

Porto Moniz vue du miradouro sur la ER 101

Au miradouro, au-dessus de Porto Moniz, nous découvrons la côte nord découpée blanchie par l’écume des vagues qui se fracassent sur les rochers autour des piscines naturelles.

La ER101 fait des épingles à cheveux pour arriver à la mer.

Porto Moniz : roches volcaniques et piscines

Le site de Porto Moniz est tout à fait spectaculaire quoique gâché par des installations touristiques anarchiques. A côté du petit fort de pierre et du petit port abrité par une digue, on a construit le grand restaurant « Cachalote » directement au-dessus des piscines naturelles, un grand aquarium et centre de tortues au milieu du parking, un hôtel se trouve tout seul sur une place, ajoutons des boutiques alignées et des petits restaurants. Ce désordre urbanistique n’arrive pas à détruire le charme du paysage volcanique avec les pitons de lave, les barrages naturels qui isolent les piscines naturelles la frange blanche d’écume des vagues. Par moment, une vague plus puissante que les autres fait jaillir un haut jet mousseux.

Porto Moniz port et rochers

Notre appartement se trouve dans le village, plus haut, derrière l’église et la mairie. C’est un village traditionnel étagé sur la pente avec une pharmacie, une superette (minuscule) une bibliothèque sous le parrainage de la fondation Calouste Gulbenkian. Nous sommes logées dans un condominium d’une vingtaine d’appartements, immeuble neuf au-dessus avec un parking souterrain. Au rez de chaussée nous avons une petite cour carrelée plantée de géraniums roses. Un muret blanc sépare la cour d’une vigne qui a gardé ses feuilles roussies.

Eglise de Porto Moniz la vigne derrière notre cour

Notre appartement de deux pièces est composé d’une chambre avec deux lits, une pièce à vivre avec une cuisine bien équipée, une table ronde en marbre, un coin salon avec un vaste canapé qui fait face à une télévision à grand écran qui capte nombreuses chaines, TV5 Monde, Mezzo, la BBC…Dans la salle de bains il y a un lave-linge.

 

 

 

 

 

 

 

L’encre en mouvement – une histoire de la peinture chinoise au XXème siècle

exposition temporaire : Musée Cernuschi jusqu’au 19 février

J’avais été éblouie par l’exposition de peinture ancienne peindre hors du Monde. L’affiche dans les couloirs du métro me faisait de l’œil.

L’exposition se déroule dans 6 salles :

  1. Ecriture ancienne et peinture moderne au début du XXème siècle : sans surprise des calligraphies,  des paysages, des motifs végétaux ou animaux 
    .

    pêcher
  2. moderniser la peinture entre Chine et Japon

j’ai adoré le gibbon, dommage que ma photo soit ratée!

les artistes chinois sont allés apprendre de nouvelles techniques au Japon. Ils ont aussi utilisé la photographie pour des cadrages spectaculaire comme la falaise rouge

Détail de La falaise rouge Zhang Daqian

3. Un exil intérieur : à la découverte des peuples de l’Ouest 

le Japon a occupé une bonne partie de la Chine, dans les années 30-40, certains artistes se sont repliés à l’ouest. La route du thé : sur un rouleau horizontal, en plusieurs tableau montre le thé chargé à dos d’homme, puis dans des caravanes de chameaux est m’oeuvre que j’ai préférée

la route du thé
la route du thé

4. peindre le nu à l’encre vers un art universel

Des Chinois allèrent à Montparnasse s’initier à La Grande Chaumière à la peinture occidentale et enrichirent la peinture chinoise de la peinture du nu qui n’était pas un thème traditionnel

 

nu

5. peinture rouge dessins et encres révolutionnaires 

Sans trop de surprise, ces œuvres s’apparentent au peintures soviétiques, ici à la gloire du Grand Timonier

Pluie de printemps

6. entre deux mondes dialogue avec l’abstraction

Zao Wou ki

On retrouve Zao Wou Ki sans surprise . Je découvre un autre plasticien qu’on voit peindre un seau à la main, faisant des grandes dégoulinades, étalant l’encre à pleines mains : Walasse Ting dont j’ai retenu ce corbeau

corbeau Walasse Ting

7. Couper le fil du cerf-volant?

la dernière section pose la question de la transmission de la tradition. Les Chinois peuvent créer de la peinture résolument contemporaine ou poursuivre la tradition;

 

Vers l’ouest : par la côte sud et la montagne

CARNET DE MADERE

la Madalena : maison des pêcheurs

Nous quittons Funchal vers 8h30 très facilement par l’autoroute ER 101 (VR1). Dès la sortie de la ville, les petites terrasses des bananeraies s’étagent sur les pentes raides. La route est si souvent dans des tunnels que nous avons tout juste le temps d’entrevoir les montagnes ou chercher la mer que nous sommes déjà sous terre. A Ribeira Brava la ER104 (VR4) se dirige vers le nord. C’est l’itinéraire recommandé par le GPS. Il faut ruser pour l’éviter à la sortie d’un tunnel et rester sur ER 101. A la sortie de Ribeira Brava, nous entrons dans un nouveau tunnel en direction de Ponta do sul où, selon la carte Michelin, une route touristique suivrait la côte. Impossible de la trouver ! Peu avant La Madalena do Mar, à un rond-point, une route marquée « accès local » mène à un village de pêcheurs.

Quelques maisons de l’autre côté de la route, sous la falaise, peintes de blanc et de bleu aux toits de tuiles rouges, les portes protégées par des petits auvent. Des potées de fleurs alignées, à l’arrière, les bananes. La route entre dans un tunnel. 30 mètres plus loin, des paquets d’eau se déversent en un rideau, une cascade peut être, une autre ouverture donne sur une terrasse où pêche un homme encapuchonné. Les vagues qui s’écrasent sur les rochers éclaboussent le pêcheur. J’imagine la photo et la déclenche au jugé sans rien voir, je suis complètement éblouie par le soleil. Par chance le résultat est exactement ce que j’attendais.

la Madalena : le pêcheur

Promenade le long de la plage de gros galets gris battue par un rouleau impressionnant. Je passe devant un joli café, tout simple, quelques tables dehors avec des bancs. Derrière le comptoir, un assortiment de bouteilles, coupes, une figurine de footballer en bleu et blanc, sans doute Cristiano Ronaldo, la gloire de Madère à qui on a dédié l’aéroport international ? je choisis un gros bolo recouvert de crème anglaise et de cristaux de sucre et commande un petit café uma bica et sors m’installer face à la mer pour un petit déjeuner de rêve. Sûrement le plus beau des vacances !

La madalena : promenade sur la digue

Comme il est encore tôt, je m’accorde une promenade à pied sur la digue le long de l’eau dépassant La Madalena do Mar, village très tranquille avec des restaurants engageants. Il faudrait pouvoir y revenir ! la route, et ma promenade, bute devant un mur , une falaise colorée présentant des strates roses, orangées, pourpres, brunes, superposées. Un éperon pointu se détache sur le ciel. Il faudra contourner l’obstacle. La  route principale ER101 court sous terre. Une petite route blanche tortille dans les terres et grimpe jusqu’à Arco da Calheta puis redescend vers la mer. Il faut être attentives et désobéir au GPS qui veut toujours nous aiguiller vers la ER101.

La Madalena : falaise volcanique

Nous avons repéré un port à Calheta. Arrivées sur place une déception. Pas de bateaux de pêche, une marina bien équipée pour les plaisanciers avec des restaurants pour touristes, des agences qui organisent des tours en mer pour voir les baleines et les dauphins. Un hôtel jaune 4* bouche l’horizon. C’est banal à pleurer. En face de l’hôtel, Continente, un grand supermarché pour les touristes. C’est le premier que nous voyons depuis notre arrivée. A l’intérieur, on s’y bouscule dans toutes les langues. Les Portugais si souriants et tranquilles dans les petites boutiques sont aussi brutaux que les Allemands, les Suédois ou les Français qui se fraient un passage dans les allées encombrées. Beau rayon traiteur où nous achetons un demi-poulet grillé, des croquettes fourrées aux coquillages. Les légumes et les fruits exotiques sont très appétissants.

A Estreito da  Calheta nous quittons la mer pour trouver la route 222, puis la ER 210 qui part de Prazeres et traverse la montagne. Quand nous demandons notre chemin les Madériens ne comprennent pas pourquoi nous choisissons cet itinéraire alors que ER101 et ses tunnels sont si commodes. Nos collègues touristes sont aussi perdus que nous. Par chance, un panneau « Fonte do Bispo »va nous sortir d’embarras. Ce lieu figure sur la carte Michelin et le GPS connaît.

Végétal indéterminé

La route grimpe allégrement entre bruyères arborescentes et ajoncs. Nous arrivons au col à 1166 m après de nombreux tournants. La température s’est rafraîchie sérieusement mais le soleil chauffe bien. Il fait agréable dans la végétation hivernale.

Pique-nique près du col sur une pelouse rase vert très vif qui brille sous les gouttelettes minuscules dorées sous le soleil. De minuscules champignons jaunes complètent la décoration. J’essaie d’herboriser. Plantnet me géolocalise en Afrique mais n’identifie pas l’arbuste à feuilles rouge et à minuscule clochettes, i-Naturalist non plus. De l’autre côté de la route une petite mare est peuplée de grenouilles qui sautent toutes ensemble à mon approche.

La route qui descend est bordée de grosses touffes d’agapanthes et d’hortensia fanés. Décembre n’est pas la meilleure saison ! Plus bas nous découvrons des eucalyptus gigantesques aux fûts impressionnants qui sentent très bon.

 

La vieille ville de Funchal

CARNET DE MADERE 20022

Sé – la Cathédale de Funchal

Nous pensions déjeuner près du port dans la vieille ville où les restaurants ont installé leurs terrasses dans les ruelles. Mais comment garer la voiture? Les parkings sont saturés, les rues? piétonnières. Dominique s’arrête sur une place réservées aux « moradores »(riverains) en face d’un snack. Sur l’ardoise : «  Repas de poisson 6.5€ viande 5.9€ ». C’est un self, on me donne une barquette « à emporter » qu’on garnit de 4 beaux morceaux de cabillaud pané, 2 grosses pommes de terre vapeur, du chou et des cubes frits qui ont un peu le goût de chou-fleur : c’est du milho frito sorte de polenta de maïs mélangée à du chou, une spécialité de Madère. Nous retournons à FX Pena et déjeunons au soleil sur la terrasse moquettée de vert au-dessus d’une petite bananeraie.

14 heures –  je descends la Rua Pedro Jose de Ornelas bordée d’arbres magnifique, puis la Rua das Hortas pour arriver Rua do Bom Jesus, très animée avec de nombreux bars en terrasse, restaurants et boutiques.

Collège des Jésuites

L’Université de Madère est installée dans l’ancien collège des Jésuites qui a une très belle église dont les murs sont recouverts d’azulejos, les autels et chapelles dorés et le plafond peint en trompe-l’œil figurant des balustrades avec des personnages, balconades et  colonnades et même une fausse coupole. Evidemment il y encore une crèche avec de grands personnages.

Place de la mairie et marché de Noël

Une large place rectangulaire est bordée de bâtiments officiels aux murs blancs aux portes et fenêtres encadrés de pierre sombre. Le marché de Noël est très envahissant. Je rejoins la Cathédrale dont j’admire surtout le plafond de bois travaillé à la manière mudejar en cèdre doré. Le campanile en lave coiffée de tuiles vernissée, tranche sur le bâtiment blanc.

Chalet du marché de Noël : les poinsettias remplacent les sapins

L’avenue Arriaga, est également occupée par les chalets du marché de Noël : petits chalets rouges des artisans et des fleuristes. On peut acheter les spécialités de l’île :des confitures, le typique Bolo de Caco ( petit pain de Madère), du punch, des dentelles ou lainages tricotés à la main, on peut aussi acheter des semences ou des bulbes. Les rares sapins verts sont éclipsés par les poinsettias rouge et blancs. Une crèche géante en liège est une reconstitution d’un village entier avec moutons et bergers. Toute cette animation est sonorisé avec des chants de Noël ou des standards internationaux.

Le jardin municipal situé de l’autre côté de l’avenue offre un peu de calme sous ses arbres immenses.

Je rentre par le front de mer écrasé par deux énormes bateaux de croisières qui bouchent l’horizons  et par une circulation automobile intense et bruyante. Au-dessous de l’artère, une rue en contre-bas est bordée de bars, petits restaurants et même un pub irlandais.

Fortalezza Palacio Sao Lourenço

 

La Fortalezza Palacio Sao Lourenço – un ensemble de bâtiments blancs avec des tours, canons, pont, bâtie au XVI -le siècle – a belle allure. C’est une zone militaire, résidence du Gouverneur militaire de Madère. Le soldat qui monte la garde m’éconduit poliment et me recommande la visite du Musée Militaire (entrée avenue Zarco).

Flânant au hasard derrière la Cathédrale, je trouve la grande et belle Place de Colombo attirée par la musique d’un guitariste qui joue à la terrasse d’un café. J’apprécie cette musique tranquille. La place est presque vide. Une stèle de pierre très sobre imite les replis d’une draperie ; elle est dédiée aux brodeuses.

Musée du sucre : armoiries e la ville de Funchal

Le Musée archéologique : Museu a Cidade do Asucar , dans une maison ancienne raconte l’histoire de la production sucrière au XV et XVI ème siècle, connue comme « le cycle de l’Or Blanc ». la plupart des objets exposés proviennent de la maison du marchand flamand Janine Esmenaut  ou en portugais Jao Esmeraldo qui a été l’hôte de Christophe Colomb en 1478. Colomb a fait la connaissance de Filipa Perestrelo qu’il a épousée, Colomb avait une résidence à Porto Santo. Dans le port de Funchal on peut voir une réplique de la caravelle Santa Maria.

De cette visite tranquille je retiens que les armes de la ville portent 5 cônes de sucre, le blason encadrés d’une palme de canne à sucre et d’un sarment de vigne. Le vin de Madère a ensuite supplanté l’ »or blanc »

Cônes de sucre, moule, marteau pour casser le sucre

J’aurais aimé parcourir encore les petites rues de la vieille ville mais il est temps de remonter à FX Pena et de faire quelques courses. J’ai trouvé des goyaves, des petites bananes et des oranges locales et surtout les petites « tomates de Madère » qui ne sont pas des tomates mais des fruits rouges vernissés en forme de poires brillantes à l’écorce épaisse (immangeable) mais remplie de petits grains rappelant les fruits de la passion.

 

Coucher du soleil sur la petite terrasse verte au-dessus de la bananeraie. Le soleil se couche plus tard qu’à Créteil vers 18h15 et se lève plus tôt. Non seulement nous avons gagné en température mais aussi en luminosité !

 

 

 

 

Jardin botanique de Funchal et visite de Monte

CARNET DE MADERE 2022

Funchal au petit matin

Au réveil, il fait déjà chaud;  je revêts une jupe en jean, un T-shirt et des sandales pour une journée urbaine. Nous montons par les rues escarpées de Funchal en première, la Twingo refuse d’escalader en seconde.   Le parking du Jardin Botanique est commun avec le Téléphérique du Jardin Botanique (billet combiné téléphérique jusqu’à Monte + Jardin) J’avais pensé monter en téléphérique et descendre à pied mais ce n’est pas si simple selon la dame du guichet.

La vue est fantastique sur la Baie.

Jardin botanique de Funchal

Malgré la saison hivernale le jardin est fleuri. Les Lantanas de Montevideo forment un tapis violet. Les Hibiscus rouges et les Agapanthes sont plus clairsemés. Les Aloès d’un rouge éclatants se détachent sur la verdure ainsi que les Strelitzias . Bougainvillées, camélias et azalées sont aussi fleuris. Quand les fleurs manquent à l’appel ce sont les feuillages colorés qui chatoient : verts, violacés, pourpres, panachés des Bromélias, Tradescantias (la Misère) ou des Colléus. Cactées, succulentes et autres plantes grasses ont des formes et des silhouettes originales.

Le jardin botanique occupe une pente raide mais on a planté une mosaïque verte et rouge sur une grande terrasse plane. Bordant les allées, les rangées touffues de Strelitzias me fascinent : comment prendre la meilleure photos de ces plantes si élégantes ? Pour prendre la photo parfaite et m’y reprends à plusieurs reprises. Heureusement que le numérique se prête à tous ces essais.

Le petit Musée d’Histoire Naturelle se trouve au milieu d’une roseraie qui embaume (fin décembre !). Trois salles aux parquets sentent bon l’encaustique.  Des vitrines anciennes de bois et de verre contiennent les collections.

le petit musée d’histoire naturelle

La salle dédiée à la géologie de l’île présente de nombreux fossiles : Bois, Oursins, mollusques, coraux. Ils proviennent du récif calcaire de Lameiros (Sao Vicente). Le musée documente sur l’histoire géologique de Madère : le processus volcanique a commencé au milieu deu Miocène et l’île a émergé il y a 7 millions d’années. Autour de l’île on a assisté au développement d’une faune marine avec récifs coraliens et algues. 5.6 MA : une activité volcanique intense a recouvert les sédiments qui se sont retrouvés à 475 m d’altitude avec le soulèvement de l’île. Les fossiles marins de Porto Santo (14MA) racontent une histoire plus ancienne. Sur Porto Santo l’actrivité volcanique a commencé il y a 18 MA et a cessé il y a 8MA .

Dans l’entrée les vitrines montrent de magnifiques coraux.

De l’autre côté de l’entrée, les collections zoologiques. Toute une escadrille de poissons naturalisés : thons, tortues, phoques forment un cortège impressionnant. Les murs tout autour de la pièce sont couverts de vitrines avec des oiseaux empaillés dans un état assez triste surtout que je viens de lire Le Détail du Monde de Romain Bertrand qui raconte le massacre précédant le travail des taxidermistes.

Des petites allées conduisent à de nouvelles terrasses avec d’autres compositions. Des étiquettes identifient les plantes dont la provenance fait rêver : Ethiopie, Japon, Mexique ou Brésil. Au bord du ravin des miradouros  sont aménagés avec vues sur la mer ou les orgues volcaniques des coulées, malheureusement sur les pylônes, échangeurs et tunnels autoroutiers qui défigurent le paysage.

Monte

En haut l’église de Monte, blanche, se détache. La pente est si raide que la Twingo cale à plusieurs reprises. Sur le dernier tronçon de la route, juste avant d’arriver les passants nous font signe de rouler à gauche. Nous nous sommes égarées sur la piste des traineaux d’osier, le « toboggan » si lisse que le goudron semble verni.

A l’écart du village, un vaste Parking borde une vaste propriété qui était la Quinta Jardim do Imperador, signalé comme jardin remarquable à ne pas manquer par notre guide. Actuellement en chantier pour y implanter un musée du Romantisme. L’empereur qui a donné son nom au jardin est le dernier de Habsbourg, Charles 1er.

Je descends à pied vers un petit jardin municipal où se trouve une élégante fontaine. Des « sapins de Noël écologiques » sont alignés pour un concours, ils sont construits avec des matériaux de récupérations et sont moyennement esthétiques.

En haut des marches, l’ Igreja de Nossa Senhora do Monte est une grande église blanche à deux campaniles qui se voit de loin dans Funchal. Etrangement je ne suis pas arrivée à la photographier par manque de recul ou trop de végétation. A l’intérieur, l’église est dorée à souhait avec en plus les décorations de Noël et les Poinsettias qui ont pris l’avantage sur les sapins. Une crèche avec des personnages à taille humaine occupe toute une chapelle, les Rois Mages sont particulièrement réussis. A l’étage, une exposition célèbre le centenaire de la mort du dernier des Habsbourg : Charles 1er , mort en 1922 dans une propriété toute proche Jardim do Emperador. Son portrait est suspendu dans l’église. Sur le chemin du retour vers le parking je croise la très longue queue des touristes qui attendent les traineaux d’osier : sur le coup de midi, débarquent d’un vieux car une cinquantaine d’hommes habillés de blanc et coiffés d’un canotier : ce sont les pousseurs des traineaux.

Arrivée à Funchal

CARNET DE MADERE (2022)

Orly : 11h55, ciel couvert

Escale à Porto 35 minutes, les passagers pour Funchal restent à bord. Un  cortège se présente : des passagers portugais et un groupe entier de touristes qui n’a pas pu atterrir hier à cause des mauvaises conditions météorologiques. L’avion est retourné à Porto.  Transavia leur a payé l’ hôtel. Les nuages se séparent au-dessus de l’océan. L’avion perd de l’      altitude, nous découvrons des rochers noirs, volcaniques, îlots à l’avant d’une pointe. Sur un plateau très vert : en croix, une piste recoupée par une autre perpendiculaire. L’avion continue vers le large. J’ai des doutes, peut-être n’est-ce pas Madère ? L’avion remonte, décrit des cercles avant de descendre à nouveau. L’atterrissage est délicat. La piste est construite sur pilotis. Au lieu de ralentir le pilote remet les gaz. Au micro, l’hôtesse commente : « un petit avion occupe la piste ». Nouveau tour au-dessus de la péninsule rocheuse. Au troisième passage, enfin, l’avion atterrit sous les applaudissements des passagers (surtout de ceux qui devaient arriver hier.).

Aéroport de Madère : 23°C sous un beau soleil. Tout se passe bien chez Sixt. Une Twingo jaune orangé nous attend sur le parking. Le GPS de mon smartphone fonctionne. Autoroute jusqu’à Funchal. Des tunnels se succèdent. Sortie n°12, guidage parfait jusqu’à  l’hôtel FXPena.

FXPena occupe un pavillon au fond d’une allée fermée par un portail, carrossable, mais très étroite et, surtout, interdite. Il faut stationner dans la rue voisine. Ce n’est pas vraiment un hôtel, plutôt une auberge de jeunesse. Une grande cuisine partagée. Des douches partagées. La chambre propre et vaste, claire est meublée de blanc. Deux lits, pas d’armoire, un portant et des cintres. La télévision permet de capter TV5Monde.

La jeune femme qui tient l’établissement fait le planton debout dans l’allée. Elle insiste pour scanner nos passeports avant de nous laisser entrer. Méfiante mais gentille.

Impossible d’ouvrir le coffre de la Twingo ! heureusement le mari de notre hôtesse qui loue des scooters et des voitures, me montre le bouton caché à la base de l’essuie-glace arrière.

Je descends de nuit faire les courses (18h45) au centre -ville. Funchal brille de mille feux. Etrange pour moi, ces guirlandes de Noël sous cette température tropicale. J’ai abandonné parka et gilet.

Retour au XXème siècle : les commerces sont à l’ancienne. Dans une petite superette, on trouve de tout (pâte, riz, conserves, yaourts dans le frigo) mais pas de panier ni de caddy, je dépose mes achats à la caisse au fur et à mesure. J’achète des spécialités : un régime de petites bananes et des pasteis de nata.

Iochka – Cristian Fulas – La Peuplade

 ROUMANIE

415 pages, deux semaines pour en venir à bout.

« Comme tous les peuples, celui dont sortaient Ilona et Iochka n’avait pas d’histoire. Pas dans le sens qu’on
pourrait croire – qu’on ne lui accorderait pas d’importance – mais dans le sens d’être absent du monde, mort sans aucune autre suite. Parce que ceux qui avaient écrit l’histoire, depuis toujours, avaient marqué, noté les faits, les guerres, les ententes entre les puissants que l’on appelle la paix, en laissant croire à tout le monde que les petites gens n’étaient que des instruments, de la chair à canon et des bêtes de somme, »

Dans une vallée perdue des Carpathes, des hommes construisent une voie ferrée qui n’arrive nulle part, un hôpital psychiatrique héberge des « fous » ou peut-être des opposants au régime. L’électricité est parvenue presque jusqu’à eux.

Iochka est arrivé dans la vallée après avoir fait la guerre avec l’armée roumaine (du côté des Allemands) puis avoir été déporté dans un camp soviétique du côté du Caucase, il trouve la paix dans la vallée et il est rejoint par Ilona.

C’est une histoire d’amour. Les descriptions érotiques sont circonstanciées et parfois tirent en longueur (suis-je forcée de lire tout cela?) .

C’est aussi l’histoire d’amitié virile entre les quatre notables : Iochka, le forgeron, le Contremaître du chantier, le docteur de l’hôpital et le pope qui vit plus haut dans son ermitage. Amitié autour d’une bouteille de palinca, ils boivent beaucoup. La gnôle délient les langues, alimente des disputes entre le pope et le docteur athée, scelle des réconciliations. Ils boivent vraiment beaucoup (suis-je forcée de les suivre pendant des pages?).

A force de lire, je découvre les histoires individuelles (je suis restée sur ma faim en ce qui concerne le médecin, comment est-il arrivé là?). Chaque histoire se développe. Chacun se dévoile dans sa complexité. Je m’attache aux personnages.

C’est aussi l’histoire de la Roumanie, toute une tranche d’histoire de la Seconde Guerre mondiale à l’installation des communistes, la chute des Ceausescu, la modernisation qui gagne avec la construction des chalets de touristes dans la vallée.  Histoire désenchantée où la chute du dictateur apporte peu aux gens ordinaires :

 Peut-être que le régime était tombé, peut-être qu’un chef avait été exécuté sommairement un matin d’hiver dans l’espoir que le passé soit révolu mais quiconque aurait observé le monde aurait compris une vérité que les plus simples, à qui personne ne demandait rien, connaissaient : un homme avait disparu mais son époque n’était pas finie et peut-être ne finirait-elle jamais. Parce que, mais cela seuls les sages le comprennent et le comprendront jamais, les mondes dirigés par un seul homme ne sont pas dirigés par lui mais par des milliers

[…]
Au plus petit signe d’hésitation du puissant, lorsque les peuples se révoltent, ceux qui l’entourent l’exécutent et
mettent en place un autre puissant derrière lequel ils se cacheront et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps.
[…]
Sans bruit et sans chercher à tirer des ficelles pour la faire disparaître, le nouveau propriétaire avait couvert le terrassement et les rails d’un talus qui enterrait sous un mètre de terre toute l’histoire passée de ces lieux. »

Malgré les  longueurs, je me suis laissé emporter dans ce roman très exotique pour moi. J’ai bien aimé partager les moments de fête, les traditions orthodoxes gardées fidèlement par la pope beaucoup moins borné que je ne l’imaginais au début, un fin lettré collectionneur d’icones et d’objets d’art.

Roman de tolérance aussi : le Contremaître communiste, le docteur athée, le pope se disputent, comparent leur vision de la vie, se réconcilient, s’associent pour prendre soin de Iochka, le taiseux, l’homme simple.

Bucarest/ Paris:

George, fidèle lecteur et commentateur roumain m’a envoyé une documentation sur l’auteur Cristian Fulas que je recopie ici : 

Cristian Fulaș, né le 3 juillet 1978 à Caracal, diplômé en lettres, puis études approfondies en théorie de la littérature. Il a fait ses débuts en 2015 avec Fîșii de rûsine (Gestalt Books; Prix de l’Observatoire culturel pour ses débuts; Prix du colloque « Liviu Rebreanu »; Prix du magazine Accente; nominé aux USR Awards pour ses débuts; nominé pour le prix du livre de l’année du Iași Journal). Des fragments du roman ont été traduits en français, italien, allemand, anglais, bulgare, croate, suédois, hongrois. En 2015, il publie Jurnal de debutant (Tracus Arte Publishing House), et en 2016 After Crying (Max Blecher & Gestalt Books Publishing House ; nominé pour le prix du livre de l’année du journal Iași). Il a traduit une cinquantaine de titres de l’anglais, de l’italien et du français, parmi lesquels on cite : Machiavelli’s Dream (Christophe Bataille), Tell Them About Battles, Kings and Elephants (Mathias Énard), Classic Myths (Jenny March), Igitur • A Throw by Dés (Stéphane Mallarmé).
 
Du même auteur, le court volume en prose Cei frumoși si cei buni (2017) et les romans Fîșii de rûsine (2018)(Bandes de honte) et Dupa plîns (2019)(Après avoir pleuré) sont également parus aux éditions Polirom. En 2018, il publie Povestea lui Dosoftei à la Maison d’édition du Musée littéraire de Iași, dans le cadre d’un projet FILIT. Depuis 2019, il traduit Marcel Proust, « À la recherche du temps perdu ».