Corbeil-Essonnes avec le voyage Métropolitain

BALADE EN ÎLE-DE-FRANCE

L’Essonne à Corbeil

Départ du Voyage  à la Gare de Moulin-Galant (RER D en direction de Malsherbes, attention changement à Juvisy , très peu de trains ce week-end). Après avoir traversé le village très tranquille, nous rejoignons le joli clocher de Villabé

Eglise de Villabé

Sur la place une belle fontaine de pierre décorée d’une grappe de raisin rappelle le passé viticole du village qui produisait un vin rouge de qualité apprécié dans la région. L’arrivée des chemins de fer et la concurrence des vins produits plus loin a mis fin à cette activité viticole. Il faut imaginer que le coteau était planté de vigne.

vignoble sur le coteau du Cirque de l’Essonne

Notre balade est commentée par une des bénévoles de l’Association Le Cirque de l’Essonne à Coeur qui tente de préserver cet espace naturel de 132 ha de l’urbanisation. La rivière Essonne a creusé dans le plateau du Hurepoix une boucle. Le Cirque de l’Essonne est donc formé d’un coteau arrondi recouvert actuellement de bois et de taillis, autrefois poussait la vigne et les prairies calcaires étaient plus développées. Dans la plaine en creux : des champs de blé, et un peu plus bas une zone humide abritant des espèces protégées. Cet espace a été classé en 2017 Espace naturel  sensible et ZNIEFF ce qui ne garantie pas la pérennité de cet espace vert très convoité et  l’Association doit être vigilante.

Des chemins sont aménagés avec des belvédères, des bancs et tables de pique-nique. La zone du marais a été nettoyée. Elle avait été squattée par des jardins familiaux, certains de bonne taille avec même des serres, une guinguette et autres activités illicites. Ce nettoyage a permis de restaurer le caractère naturel et d’éliminer des déchets. Cependant, de gros moyens mécaniques ont été mis en oeuvre, pelleteuses, chenilles… et le résultat est assez désolant. Supprimer des jardins au nom de la préservation de la nature me choque un peu. J’ai un faible pour les jardins, les jardiniers, et la vie sociale qui va avec.

On arrive sur un grand complexe sportif (terrains en gazon artificiel) du Stade Robinson et longons la rivière au Parc Robinson. L’Essonne se jette dans la Seine à Corbeil, mais avant ce divise en bras comme un petit delta, par ailleurs une autre rivière La Juine conflue dans l’Essonne, et on a imaginé creuser un canal : la Canal de Chateaubourg  sous Louis XIV. Par cette chaude journée c’est un plaisir de passer au bord de l’eau. 

 

L’eau a joué un très grand rôle à Corbeil avec de nombreux moulins, moulins à farine, à huile, à foulon mais aussi industries papetières justement au Moulin de Robinson (disparu en 1980). La papeterie a été une grande activité de la ville avec la Papeterie Darblay commercialisant le Sopalin, l‘activité a cessé en 1986 et depuis l’immense usine a été détruite.

La Commanderie Saint Jean nous a ouvert ses portes pour le pique-nique dans son jardin ombragé . La Commanderie a été à la fin du XIIème siècle, Alix, la mère de Philippe Auguste, l’a dotée. Il reste du prieuré une très belle église  dans un jardin, les Hospitaliers disposaient d’un grand bâtiment « le Palais » pour héberger les pélerins, soigner…. Tout a disparu à la Révolution, le prieuré fut annexé à la Poudrerie et les autres bâtiments furent détruits. Mais il y a de beaux restes dans l’église qui est devenu un centre d’art pour des expositions. 

La conférencière nous a raconté de belles histoires : Ingeburge du Danemark  est attachée à la Commanderie. Epouse de Philippe-Auguste, (1165-1223) elle fut répudiée le lendemain-même de son mariage 1191, sa dalle funéraire est exposée dans l’église. 

C’est au prieuré de Saint Jean à Corbeil que deux traités furent conclus : traité de Corbeil de 1258 entre Louis IX et Jacques roi catalan d’Aragon qui mit fin aux prétentions françaises sur Barcelone et fit des échanges de territoires dans les Pyrénées. Le Traité de Corbeil de 1358  scelle l’Alliance entre l’Ecosse et la France. 

Un dernier épisode : celui des expériences à la Poudrerie par Lavoisier et Berthollet qui furent accompagnées d’explosions meurtrières si bien qu’à la demande de la population excédée, elle fut fermée. Leur nom reste dans la toponymie des rues

la Poudrerie de Corbeil

Sur le cours de l‘Essonne des moulins exploitaient l’énergie hydroliques, certains avaient des dimensions impressionnantes.

Le quartier de Monconseil n’a pas franchement le cachet des bords de rivière, son centre commercial est déserté, les quelques boutiques n’ayant pas fermé le rideau de fer ont l’air bien défavorisées. Ce que nous sommes venus découvrir est une église très originale :l’église Notre Dame de la Paix : dessinée par Edouard Albert, l’architecte de Jussieu, utilisant les structures tubulaires. il a choisi comme élément de base le triangle formant pyramide, avec une ouverture à l’apex donnant un éclairage zénital. Pas de décor en pierre, ni de statue, des tôles, des tubes. Pourtant la communauté s’est approprié l’église en décors chaleureux. Le prêtre qui nous a accueilli nous a fait une présentation chaleureuse de cet édifice. 

Promenade dans des rues dont les noms sont évocateurs : rue des Castors évoquant les quartiers castors, le mouvement Castor propose à des familles modestes d’accéder à la propriété grâce au principe de l’auto-construction coopérative (Wikipédia) 

Et que raconte cette rue CGB ? Elle rappelle le passage d’un train de la Compagnie ferroviaire de Grande Banlieue dont les trains circulaient sur des rails à voie étroite dans l’ancienne Seine-et-Oise de 1911 à 1949. 

Descendant le flanc de la côte, pour nous retrouver en bord de Seine et voir que Corbeil s’étend de part et d’autre du fleuve. D’ailleurs le Pont de Corbeil est le plus ancien pont en amont de Paris, reliant deux châteaux.

Après avoir parcouru la campagne, les petites rues pavillonnaires, les cités, il nous reste à visiter la Ville Médiévale avec ses petites rues pavées, ses remparts bâtie autour de sa cathédrale Saint Spire. A  l’Hôtel de l’Arquebuse la devise de la ville « Cor bello paceque bellum » (Coeur fidèle dans la paix et la guerre).

Corbeil remparts et porte médiévale

Nous découvrons les remparts de la ville close. La Rue du Trou Patrix rappelle une légende de la ville. Patrix aurait été un monstre à deux têtes qui terrorisait les habitants – peut être une bande de brigands. Le Comte Haymon, un comte d’origine normande, qui aurait reçu le comté de Corbeil en 946 aurait délivré la ville de Patrix. En 950, il fit bâtir la collégiale Saint Spire.Cet édifice est très sobre de l’extérieur. Il meurt le 23 mai 957 (la randonnée a lieu de 23 mai 2026)!

Gisant : comte Haymond

Après avoir bien transpiré sous le soleil de la canicule, nous avons l’excellente surprise de retrouver le prêtre-archéologue qui nous ouvre les portes de la cathédrale fermée. Sombre et fraîche, c’est un régal. Après les bombardements de la deuxième Guerre mondiale, les vitraux ont été remplacés par des vitraux modernes aux couleurs vives qui racontent comme une bande dessinée l’histoire de la ville. La collégiale appartenait à des chanoines dont les demeures formaient un cloître – cercle fermé autour de l’église qui s’ouvrait par une belle porte ornée de deux tourelles. 

porte du cloître

Comme cette ville est vraiment riche en Histoire et légendes, il  faut évoquer Héloïse et Abélard, ce dernier, érudit, enseignait à Corbeil, alors que la Sorbonne n’existait pas encore. 

Et ce n’est pas tout! j’aurais dû évoquer les Grands Moulins, la confiserie turque…le tunnel ferroviaire fermé…je n’ai pas épuisé le sujet!

Placoplâtre : visite de la carrière et de l’usine de Vaujours

BALADES EN ILE-DE-FRANCE

Carrière de Vaujours à ciel ouvert de Bois-Gratuel et piliers anciens de la carrrière souterraine

Le Gypse ou pierre à plâtre a souvent été présent :  étudiants, nous avions entendu parler de la Carrière Lambert, à Cormeilles-en-Parisis, dont la grande coupe faisait rêver les apprentis-géologues. Etudiante-chercheur, thèse de 3ème cycle dans le laboratoire des Evaporites, je l’ai aussi rencontré. A Vitry puis à Créteil,  j’ai enseigné longtemps cet élément consécutif du paysage : les zones inconstructibles de Vitry avec le Parc des Lilas à l’applomb des anciennes carrièes, et la construction étonnante sur pilotis des immeubles de Créteil. Sans parler de la Toponymie, avec la rue des Plâtrières, le Carrefour de la Roue, et la Rue des Porte-dîner, quand les femmes apportaient les gamelles aux carriers du Mont-Mesly. Sans parler des séances de TP à manipuler les beaux cristaux si tendres que les élèves les rayaient à l’ongle….

cristaux de gypse

Sans oublier les anciennes carrières de Paris, le rue Blanche, les Buttes Chaumont et les souvenirs littéraires dans Zola.

Quand j’ai trouvé la visite sur Explore Paris de la Carrière de Vaujours, j‘ai sauté sur l’opportunité. Sans bien réfléchir que Vaujours est difficilement accessible par les transports en commun surtout avec un départ à 8h30. par la route, deux itinéraires possibles, par le nord, le pont de NogentA86, A3 Rosny-sous-bois,  Bondy, Livry Gargan sur la N3 ou par l’Est, A4 Champigny, Collegien, et A104 jusqu’à Villeparisis.

Attention, la visite dure au moins 4 heures!

Surtout, se vêtir de bonnes chaussures, tenue de randonnée, et ne pas oublier la carte d’identité qui sera demandée à l’accueil en l’échange d’un badge. Le site est sensible, photos permises dans la carrière mais absolument interdites dans l’usine (des fois qu’on serait des espions industriels). Le site fournit casque et gilet orange, les chaussures de randonnée font office de chaussures de sécurité. 

Introduction dans la salle de conférences : Rappels de Géologie, formation du gypse  il y a 40 millions d’années par évaporation de lagunes salées, puis transgressions marines et dépôt de marnes imperméables qui ont protégé le gypse. Le gypse est donc présent sous 3 masses épaisses de 16m, 5m et 2m à Vaujours. Il est exploité aussi bien à ciel ouvert dans la carrière de   Bois Gratuel à Villevaudé que nous allons visiter, qu’en carrière souterraine à Vaujours à proximité de l’usine Placo.

Le conférencier est très fier de nous annoncer que le gypse est recyclable à l’infini : de formule CaSO4 2(H2o) il perd son eau au chauffage, devient plâtre sec qu’on va réhydrater pour en faire soit de l’enduit, soit du placoplâtre. Placo recycle de puis 1993 les chutes de fabrication, depuis 2008, les plâtres de chantier et 2023 les plâtres de déconstruction.

Réhabilitation et barrière pour les grenouilles

Une attention particulière est portée pour l’Environnement : compensation (mesures ERC) dans le cas du cordon boisé le long de la Dhuis, 3 mares sont crées, des cordons pour empêcher les grenouilles d’aller dans le chantier, conservation des eaux de ruissellement. L’entreprise s’est aussi engagée à remettre en état la carrière en fin d’exploitation : remblayage et revégétalisation. 

visite de la carrière de Villevaudé

Carrière de Villevaudé : le ballet des gros camions jaunes

Nous avons observé les gros engins, camions et tractopelles occupés soit à l’extraction, soit au remblaiement. L’extraction se situe au niveau de l’ancienne carrière souterraine dont on observe les anciens piliers qui sont arrasés. Les camions déchargent à proximité au concasseur et retourne sur le lieu d’extraction. En revanche de très grosse pelleteuses travaillent dans les marnes vertes et les marnes bleues qui recouvrent le site, les marnes vont recouvrir les zones où l’exploitation est terminée. Des engins applanissent ce remblayage, on ajoutera de la terre végétale et pourra procéder à la plantation d’essences analogues à celles qui poussaient avant l’exploitation.

convoyeur électrique

Un convoyeur électrique long de 4 km va du concasseur à la plâtrière de Vaujours, transportant le gypse de granulométrie réduite. l’installation de ce tapis roulant représente un investissement onéreux mais il a des avantages environnementaux, remplaçant des camions bruyants et gourmands en carburant. 

Visite de l’usine V5

le Placoplâtre est arrivé en France en 1947 des Etats-Unis avec le Plan Marshall et la reconstruction nécessaire après-guerre. La technologie américaine fut importée et a pris son essor dans les années 60.

Après être équipés de casque, chasuble et d’un casque audio pour les explications, on nous donne les consignes de sécurités. Le téléphone ne doit pas quitter le sac à dos. Interdictions formelle de prendre des photos. Même les photos sur internet ne sont pas exploitables (format incompatible avec le blog).

Nous entrons à la file dans le très grand bâtiment, et montons sur une passerelle longue de 700 m et découvrons la ligne de production qui commence avec de monstrueuses bobines de carton. En effet les plaques sont une sorte de sandwich : entre deux couches de carton on injecte la gâchée (plâtre liquide : mélange de plâtre et d’eau), ces plaques vont subir leur traîtement sur un tapis roulant où elles seront sèchées (environ 150°C) au gaz, découpées à bonne dimension, les bords droits ou affinés, selon. En fin, elles sont empilées et rangées dans des cellules de stockage, prêtes à être expédiées avec le matériel nécessaire à leur pose (rails métalliques, sac de plâtre en poudre, carreaux). 

Je suis étonnée de me trouver dans une usine presque vide d’ouvriers, tout est automatisé. Le personnel qui surveille ces installations se déplace soit à vélo, soit sur des engins électriques. Les convoyeurs des piles de placoplâtre sont des engins autonomes sans chauffeur dont la navigation est règlée par Wifi. Selon l’étape de chauffage, il fait plus ou moins chaud. Peu de poussière. On ressent les vibrations des tapis-roulant mais cela ne ressemble pas du tout à ce que j’imaginais. Sur Internet on décompte 500 salariés sur tout le site, mais à quoi correspondent ces emplois, administratifs, chauffeurs, recherche? Pendant la visite on a l’impression que la ligne de production fonctionne toute seule.

En cette période de Guerre en Ukraine, et de fermeture d’Ormuz, la question de l’énergie se pose. Pour chauffer le gypse et faire du plâtre, pour sècher les plaques c’est le gaz qui est la source d’énergie. En revanche, transpalettes électriques (batteries chargées sur place) gros engins autonomes, électriques également. On aurait pu imaginer des panneaux solaires sur le toit du  bâtiment géant. Ce n’est pas prévu. On a pensé au recyclage, à minimiser l’impact environnemental mais on est très dépendant des énergies fossiles.

Cette visite a été passionnante, mais elle soulève encore bien des interrogations de ma part.

Lee Miller au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire jusqu’au 2 août 2026


Attention! Exposition très prisée, réservation recommandée! Même avec résa, queues à prévoir.
Lee Miller est un personnage romanesque. Au-delà de la qualité exceptionnelle des photographies, on peut visiter cette exposition en s’attachant au parcours de vie de Lee Miller.

« je suis née dans la chambre noire et c’est là que j’ai grandi »

Lee Miller : 1932 autoportrait

Elisabeth Miller nait en 1907. En 1917, elle reçoit son premier appareil photo. Visite l’Exposition Art Déco de Paris 1925. En 1927, engagée comme mannequin, elle adopte le prénom androgyne Lee, correspondant mieux à son caractère indépendant. 1929, Elle se présente à Paris pour étudier la photographie comme apprentie de Man Ray. En 1930, installe son propre studio-photo.

Nu penché vers l’avant 1930 – Lee Miller

Auprès de Man Ray (Emmanuel Radnitzky) elle apprend diverses techniques, dont la solarisation, elle développe les négatifs de Man Ray, même se les approprie en les retravaillant. Difficile, dans l’exposition de distinguer les photos des uns ou des autres

Têtes mises sous cloche – Man Ray et Lee Miller

1930, elle joue le rôle de la statue dans le film de Cocteau : Le sang d’un poète dont un extrait est projeté à l’entrée de l’exposition.

Une section de l’exposition UN REGARD SURREALISTE (1929-1932) on voit des photos de Paris avec des cadrages originaux et des portraits des artistes se rattachant à cette mouvance.

Portrait de l’espace près de Siwa 1937

En 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey, et s’installe au Caire, suit des cours d’arabe, de chimie, voyage à Jérusalem et photographie l’Egypte selon des angles variés comme le Portrait de l’espace ou le goudron fondu, elle documente aussi la modernité de l’Egypte avec les tours d’une cimenterie à Helwan, l’ombre projetée sur Gizeh de la Pyramide de Chéops.

Cornouailles,1937, quatre endormies Lee Miller, Leonora Carrington, Nusch Eluard,

1937, rencontre Roland Penrose, peintre, photographe et poète britannique surréaliste. Ils passent à Mougins (portrait de Picasso) puis en Angleterre.

1938 Sur la route en Roumanie

1938, voyage en Roumanie avec Penrose , ils rencontrent l’ethnomusicologue Harry Brauner, frère de Victor Brauner, peintre surréaliste
ARTISTES ET AMIS

Leonora Carrington
Lee Miller a fait le portrait de nombreux artistes, je reconnais au passage Picasso, Cocteau, Colette, Magritte, Leaonora Carrington, Dora Maar….

Elle fait également des photographies de mode pour le magazine Vogue
SOMBRE GLOIRE : BRITAIN AT WAR

Lee Miller, correspondante de guerre

La guerre les fixe d’abord en Angleterre. Lee Miller se fait photojournaliste, elle photographie pour Vogue Londres sous le Blitz. Ses photographies sont destinées à influencer le public américain pour amener les Etats Unis à s’impliquer dans le conflit. En 1942, elle est accréditée par Vogue comme correspondante de guerre.

En Angleterre, elle fait le portrait de femmes militaires en guerre, de pilotes, radios, mais aussi d’ouvrières, de plieuses de parachute
SUR LE FRONT 1944

Lee Miller n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’en 1944. Une série montre Saint Malo en guerre. Elle documente mais garde son regard surréaliste quand on voit un canon sous une nappe de dentelle ou des scènes étranges. Une de ses photos sera censurée : celle qui montre la nouvelle arme secrète : le napalm.

1944, Libération de Paris, ce sont les retrouvailles avec Picasso, Dora Maar, Nusch Eluard …

1945, elle suit les troupes alliées en Alsace. Un cliché est tout à fait original : en ligne directe avec Dieu un calvaire a été touché, le support des pieds du Christ se trouve pris dans les cables électriques emmêlés d’un pylône bombardé.
IL FAUT LE CROIRE : BELIEVE IT
Elle découvre Dachau, couvre le procès de Pétain. En plus des photos, rédige des textes. La salle présente des planches-contacts de cette réalité atroce. Les organisateurs de l’exposition du MAM prient les visiteurs de ne pas prendre de photos. Cela se comprend. Elle documente l’impensable pour que le monde la croit.

Comme une purification, avec Schermann ils accèdent à l’apartement de Hitler encore intact et se baignent dans la baignoire d’Hitler.

Schmattès (fringues en yiddisch) – Récit – Guillaume Erner – Flammarion

PROMENADE AU SENTIER

Schmattes

Guillaume Erner est journaliste à France Culture,  écrivain, sociologue.  Dans une autre vie, il fut un des dirigeants de La City, une marque de prêt-à-porter très en vogue dans les années 90. C’est aussi l’auteur de Judéobsession CLIC que j’ai lu « après le 7 Octobre ». Je l’ai écouté dans le podcast des Midis de Culture CLICoù il parlait de son livre Schmattès et de l’écrivain sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918). 

« Moi, j’étais à la fois l’Obélix et le Kant du schmattès. Obélix parce que j’étais tombé dedans quand j’étais petit, Kant parce que je connaissais les catégories de l’entendement. Avec des yeux de mouche, nous aurions
construit une autre géométrie. Moi je n’avais pas des yeux de mouche mais des yeux de schmattologue, c’est
pour cela que je voyais le monde autrement. »

Erner, dans Schmattès, fait un récit très personnel, il se met en scène avec ses parents, ses voisins, ses associés dans l’aventure de La City, ses succès et sa déconfiture. C’est le récit d’un quartier : le Sentier,entre Rue de Turenne, rue de Cléry, Porte Saint Martin, le quartier de la confection, des textiles depuis des décennies. Ateliers, boutiques, et tous les métiers…et ceux qu’on n’imagine même pas, boutons, étiquettes, livreurs, 

« Chaque métier portait un secret, chaque visage racontait une histoire. Le Sentier n’était pas un quartier, c’était un écosystème, et derrière chaque rideau de tissus, un théâtre d’ombres et de lumières. »

Il décortique tous les ressorts économiques de ces commerces, la sociologie, les différentes couches de population. Ashkenazes arrivés de Pologne, de Roumanie ou de Russie pour qui le textile était un moyen de vivre (et de survivre), se définissant comme ouvriers (même s’ils devenaient patrons), votant à gauche. Séfarades, pieds noirs arrivés dans les années 60, à droite (par rancoeur contre la décolonisation)  flambeurs, joyeux…

Ce pourrait être un livre de sociologie sérieux et ennuyeux, pas du tout : Erner écrit avec un humour détonnant et beaucoup de pittoresque un presque thriller, surtout quand, ayant accumulé les dettes, il est aux abois. C’est  un livre très drôle, une lecture addictive.

« À moi qui devais 250 patates, cela parlait particulièrement. Le 10 septembre, je suis allé à un concert, c’était sublime : de la musique de Lekeu, un compositeur mort de la typhoïde à l’âge de 24 ans. Le lendemain, c’était le 11 septembre, et j’ai honte de le dire mais ce jour fut une bénédiction pour moi. Disons »

Il raconte le déclin des marques attaquées par Zara, H&M, et la financiarisation du commerce des textiles.

« C’étaient les armées du Mordor – Mordor, le pays industriel et sombre du Seigneur des anneaux – au service de l’actionnaire et du dividende. Le pire, c’est qu’ils n’étaient même pas riches : de simples salariés. Pas de Porsche, pas de Rolex. Du vice pur. »

« Avec la génération Green, la question de Max Weber disparaît. Le capitalisme cesse d’être une ascèse ; il
devient un carnaval. Plus de protestants, plus de Juifs, plus de repères. Seulement des capitalistes à l’état pur,
gouvernés par l’instinct, obsédés par la maximisation immédiate »

Si  La City et des marques se termine au début de l’an 2000, la roue de l’histoire continue sa course. Zara et H&M vont être détrônées par Shein et Temu… le quartier va se vider au profit des commandes sur Internet et de la livraison des petits paquets. Erner termine son récit avec la faillite de sa marque. 

L’histoire de La City illustre une loi d’airain : la société est là pour protéger l’ordre social. Au fond, plus
personne ne connaît de Juifs du Sentier. Le capitalisme a choisi son camp : celui des multinationales qui
enjambent les lois, et non ces petites entreprises qui les enfreignent parfois.

 

Lecture agréable avec en bonus des « rencontres » avec Zola, Durkheim, Max Weber et Simmel, un côté érudit qui ne se prend pas au sérieux. Amusant!

Epilogue personnel : Mercredi,  j’ai été voir Collapse en face de Gaza au MK2 Beaubourg, un film de l’israélienne Anat Even,  j’ai traversé le quartier à pied, méconnaissable. Cafés bobos, galeries de peinture, troupes de touristes en quête de pittoresque. Je cherchais un sac  à main, je n’ai pas trouvé l’entrée du BHV rue de la Verrerie et j’ai dû marcher jusqu’au métro Louvre pour trouver une maroquinerie qui soldait pour liquidation, apparemment la dernière du quartier, queue invraisemblable devant le chausseur Minelli qui ferme à la fin du mois,  collapse in Rivoli ! 

 

 

 

Denecourt – Le Pionnier de la randonnée -Dominique et Jean-claude Polton / Cezard – Ed. du Sabot rouge

MASSE CRITIQUE GRAPHIQUE DE BABELIO

Du même auteur, chez le même éditeur, Les Editions du Sabot Rouge, que je remercie pour ce cadeau, j’ai lu une biographie de Denecourt : Claude-François Denecourt (1788-1875) »L’amant de la forêt de Fontainebleau » très détaillée, très (trop) fouillée, qui m’avait bien intéressée. Randonneuse depuis plus d’un demi-siècle en Forêt de Fontainebleau, je connais bien ces sentiers, la tour Denecourt, les grottes…

La BD « Le pionnier de la randonnée » présente le personnage et fait  une introduction à la randonnée. Il ne s’adresse pas au même public, destiné à des jeunes et même des très jeunes qui apprendront à reconnaître les balises de GR, les marques rond bleu qui protègent les arbres remarquables, les lettres et les rochers. Des notions de savoir-vivre, de géologie, bien utiles. Denecourt n’est pas oublié : en couleur, dominante verte, la randonnée en famille, en dégradés de bleu les souvenirs historiques avec les rencontres marquantes, la construction des fabriques…Ces codes-couleurs facilitent la lecture pour les plus jeunes. 

Peut-être un peu encombrant dans le sac à dos, mais pourquoi pas le lire en route ou dans le train avant de partir marcher sur les chemins?

Les Beaux Messieurs de Bois-Doré – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Quelle bonne idée de la part de Claudialucia que de proposer cette lecture commune d’un ouvrage moins connu de George Sand ! Avec une nouvelle facette  de l’oeuvre de la Bonne dame de Nohant qui s’aventure dans le roman historique, de cape et d’épée.  

Pavé de plus de 700 pages avec de l’action, de l’amour, des personnages nombreux, très pittoresques et attachants. 

Le roman se déroule en Berry, dans trois manoirs voisins, pendant le règne de Louis XIII. Les guerres de religion font encore rage. A Bourges, Condé et les Jésuites tentent de s’imposer. L’arrivée d’un noble espagnol, Sciarra d’Alvimar venu se cacher en Province après un duel à Paris qui a mal tourné, chez un châtelain berrichon va provoquer les premières péripéties. 

Il a un grand malheur en la tête, qui est d’être trop Espagnol. Ces gens sublimes méprisent tout ce qui n’est pas eux; mais je crois qu’ils se sont rompu les reins en martyrisant et en exterminant ces pauvres Morisques. Ils s’en mangeront les mains, un jour ou l’autre.

Alvimar est reçu à la Motte-Seuilly chez M. De Beuvre et sa fille Lauriane, qui avait « embrassé le parti de la Réforme » sans être « exalté en fait de religion ». Alvimar est ensuite invité à Briantes, chez le beau Marquis de Bois-Doré, vieil original emperruqué et fardé, toqué de l’Astrée au point d’avoir construit un jardin sur le modèle du roman et de nommer ses serviteurs aux noms de ses personnages.

« la monomanie de M. de Bois-Doré était assez répandue de son temps pour n’être pas une excentricité. Henri IV et sa cour avaient dévoré l’Astrée, et, dans les petites cours d’Allemagne, les princes et princesses prenaient encore ces noms redondants que le marquis imposait à ses gens et à ses bêtes. La vogue passionnée du roman de M. d’Urfé a duré deux siècles; il a encore ému et charmé Jean-Jacques Rousseau »

Chevaleresque, cultivé, admirateur du bon roi Henri IV, Bois-Doré est débonnaire, tolérant et aimé de tous.

« il me faut pratiquer ici l’hospitalité à la mode antique, respecter les secrets de mon hôte et lui faire bon visage, comme à un ancien ami dont on croit tout le plus honorable du monde. Mais cela ne m’oblige point à
lui donner la confiance qu’il me refuse, et c’est pourquoi vous avez vu que, devant lui, je vous ai laissé en un
coin comme un pauvre musicien à gages. »

En revanche, Alvimar, peu respectueux de l’hospitalité généreuse de Bois-Doré, cherche un allié auprès du curé Poulain.

« —Si cet ecclésiastique est zélé pour la bonne cause, pensait-il, il peut m’être utile de l’avoir pour ami; car ce de Beuvre est un huguenot, et le Bois-Doré, avec sa tolérance, ne vaut pas mieux. Qui sait si je pourrai vivre en bonne intelligence avec de pareilles gens? »

Surgissent une troupe de Bohémiens, accompagnés d’une Morisque et d’un jeune enfant. Une gitane fait d’étranges prédictions qui vont se révéler exactes….mais je ne veux pas tout dévoiler!

Alvimar et Bois-Doré se retrouvent tous les deux prétendants à la main de Lauriane. Lequel aura la préférence de la jeune veuve de 16 ans? Cette rivalité va tourner très mal pour l’un d’entre eux….

Mais, au fait, pourquoi les Beaux-Messieurs de Bois Doré? Pourquoi ce pluriel? C’est que le Marquis a retrouvé son neveu qu’il a adopté, le petit Comte de Bois-Doré, aussi beau que son père adoptif, aussi valeureux et amoureux de Lauriane, à 11 ans est-ce raisonnable de demander sa main?

Elle me dira peut-être, pour me remettre le coeur au ventre que je ne suis point un bâtier de paysan, ni un
méchant batteur d’estrade, ni un valet grenier à coups de bâton, car il est dit des valets qu’ils sont comme les
noyers, lesquels tant plus ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un
escogriffe, ni un tire-laine, ni un damoiseau, ni un fier-à-bras, ni un olibrius, ni un godelureau, ni un
pourfendeur, ni un ostrogoth, ni un escargot; que j’ai assez bonne mine, nonobstant une physionomie un peu
subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame que je vois (on n’estropie pas une déesse pour la
regarder), et devant une réunion de seigneurs qui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu’à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n’est plus qu’un égout
d’ignorance, une sentine de stupidités et le bassin de toutes les impertinences…

 

Assaut du chateau de Briantes par des brigands, les reîtres du lieutenant  Saccage  et du Capitaine Macabre.

Condé et le curé Poulain organisent les persécutions des Huguenots…Lauriane se voit exilée dans un couvent tandis que son père est parti combattre (et faire des affaires ) avec les Protestants.

Tout un feuilleton, batailles…un vrai roman d’aventure! doublé d’un roman d’amour. Sans parler de l’attention portée aux personnages secondaires, aux valets et aux servantes, au vaillant Adamas

« Adamas, n’ayant jamais manié d’autre arme que le peigne et le fer à papillotes, remplissait évidemment le rôle de la mouche du coche, rôle qu’il savait rendre utile, et que savent bien nécessaire, parfois, ceux qui
connaissent la lenteur et l’apathie berrichonnes.

Sans oublier le colossal carrosseux, Aristandre, si dévoué!

Et toujours ce style inimitable de George Sand si savoureux avec le souci du détail, de la vie quotidienne comme ces descriptions de l’auberge

On sait qu’en ce temps-là encore, les auberges se distinguaient en hostelleries, gîtes et repues. Les gîtes
étaient particulièrement affectés pour la nuit, et les repues pour le dîner des voyageurs; ces dernières étaient
de méchantes auberges où les gens de bien ne s’arrêtaient que faute de mieux,
du corbeau, de l’âne et de l’anguille de Sancerre, c’est-à-dire de la couleuvre. Les gîtes, au contraire, étaient
souvent très-luxueux. Les hôtelleries se divisaient encore en auberges pour les gens à pied et en auberges
pour les gens à cheval. On y pouvait prendre deux repas.

je pourrais recopier tant de passages amusants! Découvrez les!

Henry Taylor – Where Thoughts Provoke – au Musée Picasso

Exposition temporaire jusqu’au 6 septembre 2026

Triptyque réalisé pour la Biennale de Venise 2019 Toussaint Louverture/Remember the Revolution#1 Glenn Ligon/ funérailles de Carole Robertson Alabama 1963

Henry Taylor est né en 1958 en Californie. L’exposition du Musée Picasso est une rétrospecfive présentant les différents aspects de l’oeuvre du plasticien; retracçant le cheminement de l’artiste qui fut soignant en psychiatrie dans les années 70-80, puis entreprit des études de journalisme en 1981,  s 1993-1996. Sa première exposition à New York en 2005. 

Screaming head

J’imagine, en regardant cette tête hurlante, la douleur d’un patient que Taylor a rencontré. Un cartel explique que ses patients « faisaient partie des plus belles personnes au monde »

Neighborhood Council

« The weight of ordinary » : le plasticien s’empare d’objets : boites, caisses, meubles qu’il repeint et assemble. « Comme une jungle » (2010) est constitué d’assemblages de bidons qui évoquent la sculpture de Louise Nevelson, que j’ai vu récemment à Pompidou-Metz. Les bidons font aussi penser à des masques africains, à des visages. 

The 4th July – Barbecue pour la fête nationale américaine. j’ai laissé exprès la passante pour donner l’échelle de ce très grand tableau

 

Henry Taylor se décrit lui-même comme « chasseur-cueilleur d’images » il peint une chronique sociale des américains de la marge, des laissés pour compte. Une salle du musée a pour titre « Témoins » une autre « Icones » où figurent des sportifs, et curieusement, on croit reconnaître Martin Luther King  qui joue au ballon. 

jacky Robinson premier joueur noir à intégrer une Ligue de Baseball en 1947 ouvrant la voie à de nombreux joueurs noirs

Son récit inclue aussi la mémoire collective de la Grande Dépression, les communautés rurales

mary had a little lamb (on ne voit aucun agneau dans le tableau)

Taylor est attentif aux marginaux comme le Haïtien qui lave le parebrise au feu qu’il peint de sa voiture

Haitian worker

ou aux vétérans du Vietnam

My brother Gene, the tunnel rat

Taylor rend visible les inégalités, les violences, les discriminations. Dans Trail 2005, il évoque l’activiste George Jackson, emprisonné par son numéro de matricule, il représente un policier et je reconnais le portrait de Bob Dylan qui lui a consacré une chanson

Trail 2005

Autre tableau très violent

TheTimes  they aint changing fast enough (2017)Philando Casti le mortellement touché lors d’un contrôle routier allongé sur la banquette de la voiture avec le pistolet meurtrier encore braqué sur lui.

Si on rapproche les deux tableaux, on pense clairement à la chanson de Dylan The Times are a’changing

Chroniqueur de la vie américaine, Taylor revisite aussi les tableaux de la peinture comme le Déjeuner sur l’herbe ou les Demoiselles d’Avignon

From Congo to capital and black again

C’est une belle découverte que cette peinture afro-américaine qui s’affiche en ce moment à Paris avec Mickelene Thomas image glamour, féminine/féministe. 

Une rumeur dans le vent – Ilaria Gaspari – Ed le bruit du monde

LITTERATURE ITALIENNE

« La calomnie ne connait pas le principe des innocents, vous savez? Les gens écoutent jugent, et même s’ils décident de ne pas croire. Ils se laissent convaincre, sans le laisser transparaître »

Rome, 1983, une boutique de confection chic est en flammes…Le roman s’inspire de la Rumeur d’Orléans d’Edgar Morin. 

La rumeur est un phénomène qui couve d’abord à bas bruit avant de se propager, de surgir au plein jour par épiphénomènes qu’on ne remarque pas tout de suite. Quand la calomnie est identifiée, il est trop tard. La rumeur malveillante stigmatise les victimes, elle est indémontrable et pourtant elle court.

De la même manière, l’autrice ne raconte pas les faits . Dès le début, pourtant, un article de magazine raconte :

Le raid antisémite contre la boutique des jeunes filles

Il faut longtemps pour que se tisse l’intrigue.

La narratrice, Barbara, est un étudiante à la dérive. Elle ne parvient pas à terminer sa thèse de philosophie, Marcello, son amoureux l’a laissé tomber. Elle vivote de baby-sitting, fuit son propriétaire faute de pouvoir payer le loyer, son unique paire de botte tombe en ruine. Elle rencontre sa « pygmalione à l’accent français« , Marie-France, la patronne d’une boutique chic qui cherchait une vendeuse pour sa boutique qui affirme « tu es de la pure matière à Saint Laurent », l’habille, lui enseigne l’élégance, le maintien et les techniques de vente, l’introduit dans des fêtes romaines et finalement la loge dans un appartement avec ses deux autres vendeuses et sa chienne. 

Marie-France, imitant ce qui se fait à Paris, ouvre un rayon pour les « jeunes filles » élargissant sa clientèle aux adolescentes friandes de mode qui trouvent dans la boutique un lieu de rencontre. 

Je me suis un peu ennuyée dans cette longue introduction. La mode, le shopping ne sont pas ma tasse de thé, les « jeunes filles » m’agacent avec leur futilité. Barbara et ses deux collègues ne m’intéressent pas plus, superficielles sans personnalité affirmées, dans l’ombre de la patronne autoritaire. 

Petit à petit, le scénario déraille. Des incidents minuscules dérangent le  déroulement de la vie sociale. Un homme cherche sa femme et fait un scandale. Des mannequins, en vitrine, sont abimés. Des chenilles envahissent la boutique. Tous ces évènements semblent n’avoir aucun rapports entre eux mais la bonne ambiance du début s’altère.

Puis l’atmosphère s’alourdit encore, lettres anonymes, sourdes menaces. Une jeune cliente disparait. Marie-France, drapée dans son élégance et sa dignité ne réagit pas. Giosué, le gérant, qui a vécu les persécutions dans le ghetto de Rome, comprend la menace mais préfère laisser courir.

L’histoire est très claire, et pour limiter les risaues d’être mal interprétée, elle se répète depuis la nuit des temps, et revient chaque fois, ne serait-ce dit-on – sous forme d’une farce ; seulemnt je crois, moi, qui’l s’agit à chaque fois d’une nouvelle tragédie, même si personne ne s’en rend compte, personne ne s’en soucie. personne n’ intérêt à réfléchir. Et pas même à défendre ceux qui en sont victimes. 

Barbara qui doit tout à Marie-France découvre la calomnie par l’intermédiaire d’anciens copains de faculté. Elle aurait pu défendre sa patronne. Etrangement, par lâcheté, par conformisme, elle laisse dire, laisse faire.  Cette absence de solidarité  révoltante est bien dans la ligne de tous les faits racontés dans cette histoire.

« ils ont forcément fait quelque chose »

Histoire glaçante aujourd’hui quand on constate une résurgence de l’antisémitisme.

 

 

Adya et Otto van Rees au Musée de Montmartre

Exposition temporaire jusqu’au 13 septembre 2026

Adya (1876-1959) et Otto van Rees (1889-1957)sont deux artistes néerlandais qui s’installent en 1904 au Bateau-Lavoir et se lient d’amitié avec Arp, Juan Gris, Blaise Cendrars, Kees Van Dongen, Zadkine et d’autres .Ils sont donc chez eux au Musée de Montmartre qui leur consacre une rétrospective. Je fais donc connaissance avec ce couple d’artistes que je ne connaissais pas. Cette visite est aussi l’occasion de traverser l’évolution de la peinture au cours de la moitié du XXème siècle. 

Fleury en Bière

En 1905, le couple s’installe à Fleury-en-Bière, près de Barbizon. Ils peignent des tableaux fleuris et colorés par petites touches presque divisionnistes. Après un Grand Tout en Italie, ils s’installent à Paris et se marient en 1909.

Adya : Portrait d’Otto (1908)
Otto : Portrait d’Adya au chapeau (1909)

Leur peinture évolue, une série montre des à-plat cerclés d’une ligne nette. héritage du cloisonnisme, héritage de Paul Gauguin ou d’Emile Bernard.  D’autres sont influencés par le cubisme

Otto van Rees 1910 Mère et enfant

On pourrait prendre certains tableaux pour ceux de Juan Gris. Otto sculpte aussi une tête de Adya cubiste.

Adya 1914 Deux religions

Pendant la Première Guerre mondiale, Otto est mobilisé, Adya se convertit au Catholicisme. On voit leurs deux visages séparés.

En 1919, au cours d’un accident ferroviaire leur fille Adyta décède. Ils quittent Paris pour Zurich et participent au mouvement Dada. 

Otto van Rees Carré et Cercle

Ils suivent aussi le mouvement Carré et Cercle expérimentant tous les styles différents. Ils ne se contentent pas de peindre, Adya se consacre aussi à la broderie 

 

Otto van Rees : Adya brodant

l’exposition montre plusieurs broderies d’Adya, certaines de petit format et la très grande très belle tapisserie Dieu avertit

Adya van Rees : 1929 Dieu avertit

En conclusion, je recopie le cartel en fin d’expostion

ODE A ADYA

REGARDS CROISES

Otto Van Rees : Adya dans l’atelier

Exposer un couple d’artistes pose un défi : la disponibilité des sources est souvent inégale et a été longtemps biaisée par un regard masculin. La disparité du nombre des oeuvres relfète un écart réel de productions d’Adya en faiosn du nombre restreint de recherches qui lui ont été consacrées.

Au Pays Bas, Adya van Rees-Dutilh est reconnue comme l’une des premières artistes à pratiquer l’abstraction ainsi que pour son rôle dans les débuts du dadaïsme . lezs oeuvres divisionnistes, de ses débuts la force de sese dessins cubistes proche de l’orphisme côtoient des broderies expérimentales et d’autes créations classées parmi les « arts mineurs », tissus, affiches, jouets.

Adya est plus souvent représentée par Otto que l’inverse, apparaissant « à l’oeuvre » en train de peindre ou de broder. Otto lui rend hommage dans une nature morte intégrant un détail de sa vaste broderie Dieu avertit. Il exprime son admiration pour la capacité d’Adya de garder sa maitrise.

par son engagement antibourgeois et s volonté de transmettre des valeurs spirituelles et ethiques à travers l’art Adya montre combien la contribution des femmes à l’art du  XXème siècle et essentielle.

Qu’ajouter à  ce texte?

Ecole du Breuil et Arboretum du Bois de Vincennes et retour par les bords de Marne

TOURISTE DANS MA VILLE

Ecole du Breuil : bassins aux palmiers

Babélio a organisé une bien jolie rencontre avec Claire Elder : l’autrice de La Botanique des amours perdues, romance où les « amours perdues » avaient pris le pas sur la botanique et qui m’avait un peu déçue. 

Thuya taillé en nuage

Occasion de rattrapper la botanique  : la rencontre a eu lieu à L’Ecole du Breuil et commence par une visite du jardin en compagnie de l’écrivaine, commentée par la Responsable de la Bibliothèque de l’Ecole. Elle commence par l’historique de l’Ecole, créée en 1867 à la suite de la création par Alphand des parcs parisiens (Montsouris, Monceau, Buttes-Chaumont) afin de former le personnel qui doit entretenir ces parcs. Située à la Porte Dorée, l’école dut déménager à la suite de  l’Exposition Coloniale de 1931. 

Vivaces, sauges et graminées, hélichryses….supportant ensoleillement et sécheresse.

Actuellement, l’école assure une formation scolaire de la Seconde au BTS, une formation par l’apprentissage ainsi que de niveau universitaire en liaison avec la faculté d’Orsay. En outre, des cours de formation professionnelle pour adulte ainsi que des cours pour un millier de jardiniers amateurs qui peuvent se perfectionner, quelques heures, quelques jours.

Gouttes d’eau sur une pivoine

Notre guide nous montre les différents tableaux végétaux : jardin à la française avec ifs taillés en cône sur la cour d’honneur, entrée de la bibliothèque, jardins d’ombre avec des fougères, jardins de terre de bruyère avec rhododendrons, bruyère taillée en haies. Lycéens et apprentis apprennent le métier mais aussi expérimentent.  Sans phytosanitaires depuis une quinzaine d’années, ils protègent avec un voile les salades et laissent le soin aux poules et aux bernaches de limiter escargots et limaces.

pois fleuris

Au potager, dans le jardin enclos de murs avec des fruitiers en espaliers, il y a des salades, des fèves, des petits pois, des blettes de toutes couleurs.

On anticipe le changement climatique, avec l’agroforesterie, des plantes sauvages sont censées éponger les pluies. On laisse agir  la nature dans certains coins en ne touchant ni aux orties, ni à la chélidoine ou aux fausses oseilles arrivées par le vent ou les oiseau. Certaines assureront la régulation de l’eau en excès.

Jarfdin polynésien et kayak (on edst à Joinville, lieu de l’aviron)

Des étudiants plasticiens sont invités à installer leurs créations dans le jardin. Ce jardin est vraiment un plaisir des yeux! On peut le visiter chaque jour de 9h à 19h en été. Les serres, en revanche ne sont ouvertes que le mercredi après-midi.

Dans les serres, les sedum

j’ai oublier de décrire la roseraie, splendeur odorante en ce début mai. Et les rosiers grimpants qui colonisent les hêtres..

Comme nous sommes venues (seulement des dames dans les visites) pour parler d’un livre, la conférencière a choisi de nous présenter les végétaux emblématiques du livre puisque l’héroïne de l’histoire est botaniste comme son amoureux. Nous nous arrêtons donc devant l’albizia, les hélichryse au parfum de cumin, la sauge, les hellébores cités dans le livre.

TRès très joli plateau de fromages.

Babélio qui nous invite a préparé un très joli pique-nique, très très bien présenté avec des fruits frais et des fromages variés. Nous avons l’occasion de rencontrer Claire Elder qui dédicace ses livres. 

Dans l’arboretum, une vedette, le Pin de Napoléon haut de 16m et 78 cm de circonférence.

Je suis venue en autobus 281 jusqu’à la gare RER A de Joinville et 750 m de marche sur la route de la Pyramide que j’ai en bien du mal à trouver. Comme le soleil brille, j’ai envie de poursuivre la promenade dans le Bois de Vincennes. En traversant l’arboretum qui est une collection des arbres de Paris. Tous les arbres sont étiquetés et surveillés. Etudiés, il donnent des indications de leur comportement dans le changement climatique.

je suis une allée sur le Plateau de Gravelle non loin de l’hippodrome, puis le long d’un petit lac, rejoint l’allée du Point de Vue, il faut redescendre sur la route dès qu’on a atteint un petit kiosque, la traverser et descendre raide vers l’autoroute A4 et la Marne. Une haute et longue passerelle enjambe l’autoroute, la jolie passerelle de Charentonneau surplombe la rivière et débouche juste à la nouvelle plage sur la Marne. Par les bords de Marne on peut rejoindre le métro Maisons-Alfort -Vétérinaire vers l’ouest ou prendre un autobus pour Créteil .