le Mont Canisy Blonville – Bénerville – déjeuner à Villerville

BALLADE NORMANDE

Blonville sous le soleil ; tentes et parasol

Enfin une belle journée de Juillet! Suivant encore les conseils avisés de François je reprends le Chemin du Chanteur ravie de cette répétition. La D20 est toujours aussi passante, je l’emprunte dans la direction de l’Est, traverse une autre voie, contourne un lotissement en périphérie de Blonville sur un chemin interdit aux automobiles. Après avoir passé la voie ferrée la montée commence sur une petite route bordée de haras aux pelouses vertes et bien tondues. Plus haut, à la base du Mont Canisy boisé se trouve le Parc Gulbenkian ; malheureusement, il n’ouvrira qu’à 11 h, m’informe au téléphone l’employée de la Mairie de Deauville qui gère le site. Après l’entrée du Haras des Enclos il faut prendre un petit escalier qui coupe l’épingle à cheveux et conduit à l’entrée du site historique.

Le Mont Canisy 

Butte de 110 m d’altitude surplombant le littoral et gardant l’estuaire de la Seine. Le Mont Canisy occupait une position stratégique. Fortifié depuis les années 1930, il fait partie du Mur de l’Atlantique. Sans être fan d’histoire militaire, il faut reconnaître que les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale sont encore bien présents, sans parler des plages du Débarquement. Le Mont Canisy est aménagé en batteries, truffé de béton et de blockhaus. Je passe vite les installations militaires cherchant plutôt à profiter de la vue exceptionnelle sur Le Havre et ses docks d’une part et de l’autre côté jusqu’à Ouistreham.

le site, comme le Marais, est une Znieff (zone naturelle d’intérêt faunistique et floristique. On pourrait herboriser sur la pelouse calcaire.

Bénerville : villa cossue

je descends par Bénerville dont certaines maisons ne manquent pas de charme. L’église (11ème siècle) est entouré du cimetière du village. Sur une tombe proche de l’église on a planté deux pommiers. Sur la route qui déscend à la place, certaines villas sont cossues.

Je retrouve Dominique sur les planches de Blonville. On a monté les tentes bleues, certains parasols sont  déployés. Le Key West  – un snack avec une belle terrasse sur la plage – vient d’ouvrir aujourd’hui. Comme ils refusent de prendre la réservation d’une table sur la plage nous remontons en voiture et allons voir ailleurs : à Villerville dont j’ai acheté l’itinéraire de promenade dans le Parc des Graves  (6km). Google nous indique un restaurant Les Pieds dans l’eau qui nous tente.

Eugène Boudin : la plage de Villerville

Villerville était un village de pêcheurs au bord de l’estuaire de la Seine; accroché à la Falaise des Vaches noires. Il est devenu dès le 19ème siècle une station balnéaire où l’on construisit des maisons un peu extravagantes avec tourelles et toits pointus, manoirs de brique avec vue sur le Havre. Une baleine vint s’échouer, on utilisa l’huile et on construisit un théâtre dans son squelette….En 1962, nouvelle célébrité quand Henri  Verneuil vint  tourner avec Gabin et Belmondo Un Singe en hiver, des panneaux rappellent le tournage du film et une grande fresque montre Gabin et Belmondo.

Le village est très en pente, les rues étroites, le GPS ne parvient pas à nous conduire à la Terrasse des Pieds dans l’eau (les voitures n’y arrivent pas, il faut se garer en haut du Parc des Graves et descendre à pieds. Nous trouvons un parking sur la digue en face de la fresque et à côté la terrasse d’un hôtel très chic Le Paquebot, construit en style Paquebot- Art déco.

Restaurant style snack, chic&cher. Au diable l’avarice et la gastronomie! Je commande une assiette de fromages normands (camembert, Livarot, Pont Lévêque) pain beurre  et Dominique des toasts avec des rillettes de poisson. Pour terminer une coupe de glace du paquebot avec du caramel fondu et de la crème chantilly.  Le soleil tape, on déploie pour nous un parasol. Excellente étape!

Villerville : épave dans la tangue

je pars pieds nus sur le sable mouillé. La mer s’est retirée si loin que je ne tente même pas d’y arriver. Un petit tour vers Deauville, sur une plage sauvage. J’arrive Aux Pieds dans le sable. Pas de regrets, Dominique n’aurait pas pu descendre! Un autre tour, côté Honfleur, le désert, il n’y a personne vraiment personne, seule des carcasses de bois (la baleine à l’envers) d’anciens bateaux de pêche dont il ne reste que les côtes. Des piquets sont fichés dans la tangue formant comme une allée. Je commence à paniquer. S’il n’y a personne, c’est peut être dangereux. Je gamberge : une marée qui monterait comme au Mont Saint Michel à la vitesse d’un cheval au galop? Des sables mouvants? Je fais demi-tour.

Promenade dans le Parc des Graves en haut de la falaise. Je n’ai plus le temps de faire les 6.8 km de l’itinéraire. Et nous voulons rentrer tôt pour profiter de notre dernier soir au Lieu Bill.

Marais de Blonville et bord de mer jusqu’à Houlgate en passant par Villers

BALLADE NORMANDE

Notre hôte m’a donné une carte avec un itinéraire de promenade : 4 km jusqu’à la mer. Je donne rendez-vous à Dominique un peu plus loin à Blonville où nous devrions trouver un restaurant de plage.

Sous un soleil agréable, j’ai emprunté le chemin  qui part derrière la Maison d’Hôtes entre des barrières de bois. Sur la droite, une très belle chaumière coiffée d’iris. Un petit troupeau de vaches blondes au pré.

Le hangar de la propriété est couvert de panneaux photovoltaïques – véritable petite centrale – Le chemin herbu longe des vergers de pommiers. De l’autre côté de la route, un portail monumental précède une propriété luxueuse. Je prends la petite route goudronnée jusqu’au carrefour marqué le Droulet, départ du Chemin du Chanteur. la circulation sur la petite route est réservée aux riverains, puis la route se transforme en sentier entre les arbres formant des haies descendant au ruisseau qu’on passe à trois reprise sur des petits ponts de planches. La D20 est une  route passante mais on la quitte au bout d’une centaine de mètres pour trouver le Chemin du Chesnoye qui traverse la voie ferrée et arrive dans le Marais Villers-Blonville. Ce Marais est une Zone Naturelle Protégée d’environ 120 hectares de praires bocagères drainées par des canaux. De nombreux cheminements ont été aménagés pour les piétons et cyclistes avec des bancs. Un cordon de dunes le sépare de la plage. On voit le Paléospace (musée de Paléontologie) construit près d’un étang et des constructions modernes sans intérêt.

Plutôt que de rejoindre la mer au niveau du Paléospace, je préfère rester dans le Marais espérant suivre le GR mentionné sur la carte. Le GR n’est pas balisé, je me perds un peu. C’est une balade facile avec des chemins cimentés rouges bien propres et des ponts de bois pour franchir ruisseaux et canaux. Impossible de s’orienter « à la boussole » à cause des cours d’eau. Je marche parallèlement à la plage jusque au Camping de Blonville.

Plage de Blonville

Le ciel devient très menaçant et l’averse commence quand j’arrive sur la plage. Après une demi-heure de pluie, nous fixons rendez-vous au Restaurant La Digue à Villers. Le ciel se dégage vite en bord de mer, la promenade pieds dans l’eau est bien agréable. La Digue est un beau restaurant très bien situé, un peu cher. Le service est parfait. les MOules à la crèmes de Normandie très bien servies et délicieuses. Sous une nouvelle averse, la mer est grise.

A marée descendante je me sens en sécurité pour longer les Vaches Noires, falaises argileuses grises Jurassique   

très riches en fossiles  dégagés à marée basse pour le plus grand plaisir de nos élèves de 5ème qui ont toujours bien profité de cette journée à la mer et rapporté gryphées,ammonites et coraux. Le « troupeau » de vaches noires sur l’estran est formé par des blocs de craie dégringolés de la falaise couverts de moules et de balanes, les goélands s’y perchent et dégustent sur place les coquillages.

De la Digue à la sortie d’Houlgate, la promenade dure près de deux heures.

De retour au gîte, la chambre est inondée de soleil. La chaleur est si douce après cette journée pluvieuse que je me cale dans le fauteuil devant la fenêtre pour prendre un bain de chaleur jusquà la tombe de la nuit, passé 22 heures.

Beuvron en Auge, un très joli village

BALLADE NORMANDE 

Ce village est très joli et très touristique. Si la Covid a défiguré Crèvecoeur avec ses affichettes bleues, elle a aussi chassé les hordes de touristes sur la route du Mont Saint Michel dont les cars ont l’habitude d’y faire étape. Nous avons donc le privilège de voir le village animé de quelques couples de retraités paisibles assis en terrasse des cafés ou de la crêperie. Les boutiques sont un  peu fermées mais les vitrines nous suffisent.

Le village est très fleuri. les maisons sont normandes mais variées, toits de tuiles ou d’ardoises, pans de bois mais aussi briques. Les boutiques et cafés sont encore « à l’ancienne » même si l’épicerie ne vend plus d’alimentation  courante mais des objets artisanaux, paniers en grillage, chapeaux de paille … j’aurais volontiers acheté un des pièges à guêpes en verre de très belle facture à un prix raisonnable. Les bijoux fantaisie sont aussi tentants.

Crêperie Colomb’Auge

Nous attendons que se libère une table en terrasse à la Crêperie à l’enseigne de Colomb’Auge. Je choisis  la crêpe Super byin de T’cheu nous garnie de camembert, livarot, Pont Levêque, pomme cuite au pommeau et poitrine de porc. La petite pomme a été cuite sur la plaque du four dans le pommeau et tranchée en rondelles. Elle donne une note tout à fait originale tandis que les fromages fondus forment une crème onctueuse.

La galette scandinave est au saumon.

Ces deux galettes sont excellentes. 1

LE PREMIER GHETTO – l’exemplarité vénitienne – alice becker-ho – ed Riveneuve

LIRE POUR VENISE

 

Merci à Babélio et aux éditions Riveneuve pour cette découverte dans le cadre de la MASSE CRITIQUE! 

Un petit livre de moins de 150 pages que je croyais lire en une soirée et qui m’a demandé 3 jours! Si je pensais faire une promenade guidée dans le Ghetto de Venise, j’aurais pu être déçue. Ce n’est pas du tourisme c’est de l’Histoire (avec un Grand H), de l’Histoire avec références bibliographiques sérieuse, notes et surtout des concepts très précis. Dans l‘avant-propos, l’auteure questionne: 

« quel sens a eu le mot ghetto, d’où est-il venu, dans quel contexte et pour quelles raisons? »

« que signifient étranger, citoyen? Qu’est-ce qui les distingue? Quel rôle ont joué ici la religion? le commerce? l’Etat? les guerres?… »

Elle tâchera de répondre à ces interrogations en établissant Les fondements de la cité en revenant aux cités antiques, à la Grèce et Rome, à la présence d’une acropole, d’une enceinte, à la définition du citoyen et de l’étranger. La ville cosmopolite Alexandrie, Constantinople, peuvent aussi donner des réponses analogues. Venise, la commerçante est héritière de l’hellénisme, de l’Empire byzantin. Avec ses possession maritimes, ses comptoirs, ses Echelles d’Orient, Venise va suivre les modèles de ses  villes commerçantes anciennes. Dans ces trois premiers chapitres, l’auteure pose les bases de sa recherche. Je suis mais m’impatiente un peu. 

Enfin; page 35, elle aborde La communauté juive : d’un exil à l’autre prenant son temps puisque le premier exil est celui de Babylone. Elle raconte les tribulations des Juifs autour de la Méditerranée, en Allemagne, en Espagne…C’est instructif, et je complète mes connaissances.

Venise cité-état va faire l’état des lieux de la fondation de la ville en 421 par les populations romanisées fuyant les Huns, en passant par l »Empire byzantin, les Croisades et l’établissement des comptoirs maritimes, les Echelles, de cet « état au service ds marchands. » enfin l’apparition de la Peste  en 1513 pour arriver à la décision  en 1516 d’isoler les Juifs et de les regrouper dans le Ghetto. Nous voici p 93 arrivés au fait : la fondation du premier ghetto.

Le chapitre : Le ghetto juif ne compte que 17 pages.  sur une période allant de 1516 à 1655. Nous voyons l’installation des Juifs levantins, allemands, et ds marranes, l’établissement d’un nouveau ghetto Ghetto nuovo , puis d’un troisième nuovissimo. La vie quotidienne se dessine. Mais il me manque des références précise, plan des rues, architecture plus précise. 

Le dernier chapitre A la recherche du Ghetto perdu est la partie la plus originale, la plus personnelle de l’ouvrage. Rassurez-vous, ce n’est pas une ville qui a perdu son ghetto, c’est le mot « ghetto » qu’elle interroge, cherchant l’origine, l’étymologie de ce mot qui a connu un succès planétaire si bien que maintenant plus personne ne pense à Venise, et peut être même plus aux Juifs pour désigner un quartier où une population serait assignée à résidence, enfermée. Elle interroge les mots, lance le lecteur sur des pistes inattendues comme celle du funduk arabe ou de la fonte des caractères d’imprimerie. Elle remet en question les idées préconçues comme le caractère péjoratif qu’on attribuerait au ghetto. Le lecteur se laisse entraîner dans cette enquête sémantique originale. 

Si je reste sur ma faim en ce qui concerne le quartier de Venise où j’aime me balader je note dans l’abondante bibliographie des ouvrages que je vais m’empresser d’acquérir  surtout celui de Riccardo Calimani. J’aime bien le jeu de billard livresque, un livre renvoie à un autre qui renverra à un troisième….

L’ombre de Staline (film d’Agniezska Holland) – La Ferme des animaux – George Orwell – Orwell and the Refugees Andrea Chalupa

L’OMBRE DE STALINE

Pour une rentrée au cinéma, j’ai fait le bon choix!

Film historique avec reconstitution d’époque : 1933, Moscou, son Hotel Metropol fréquenté par les journalistes étrangers agréés par le régime, l’Ukraine où sévit une terrible famine.

Thriller mené de main de maître, on ne s’ennuie pas un instant en suivant les péripéties du voyage en URSS de Gareth Jones, jeune reporter free lance à la recherche d’un scoop. Venu avec l’idée d’interviewer Staline comme il a interviewé Hitler, il découvre que son contact a été assassiné à la veille d’un voyage en Ukraine. Comment Staline finance-t-il ses grandes réalisations? On lui suggère que « l’or de Staline » serait le blé ukrainien. Gareth Jones prend le train pour l’Ukraine ; la réalité qu’il découvre dépasse de loin ce qu’il pouvait imaginer. Pourra-t-il rentrer à Londres?

Dénonciation d’un génocide.

Dénonciation aussi de Fake news – propagande stalinienne que relaient les journalistes occidentaux, en tête Duranty, prix Pulitzer.
Gareth Jones,  un lanceur d’alerte.
Le film gagne ici aussi en actualité.
Ce n’est pas une fiction.

Pédagogie, pas seulement.

C’est aussi un très beau film. L’Ukraine sous la neige est d’une beauté à couper le souffle.

Un très bon film

ORWELL AND THE REFUGEES  – THE UNTOLD STORY OF ANIMAL FARM – ANDREA CHALUPA

Andrea Chalupa a écrit le scénario de L’Ombre de Staline. Le film m’a tellement impressionnée que j’ai voulu en savoir plus. J’ai donc téléchargé l’essai d’Andrea Chalupa . 

Orwell est bien présent dans le film mais je ne l’avais pas reconnu.Il  s’ouvre et se termine par un personnage  qui rédige un roman à la machine. Allure bizarre, Orwell aimait se vêtir comme un clochard pour choquer la bonne société. Et le roman, c’est la Ferme des animaux inspiré par l’histoire de Gareth Jones.

Chalupa est une journaliste américaine d’origine ukrainienne dont la famille a vécu cette terrible famine Holodomor que je découvre par le film. Dans cet ouvrage elle raconte comment les réfugiés ukrainiens à la fin de la Seconde Guerre mondiale ont accueilli la traduction en 1947 de la Ferme des Animaux  comme critique du Stalinisme avec des références précises à la famine qu’ils avaient vécues.

 he explained how he and his countrymen had always been puzzled by the West’s naïveté about the Soviet Union.
They always wondered, wrote Ševčenko, whether anyone “knew the truth.” He concluded: “Your book
has solved that problem.”

Sevcenko (le traducteur de la Ferme des animaux) expliquaient comment ils avaient été étonnés de la naïveté des occidentaux envers l’Union Socviétiuz. Ils se sont toujours demandé – écrivit Sevcenko, si quelqu’un « connaissit la vérité ». Il en conclut « votre livre a résolu le problème »

Elle explique aussi pourquoi la désinformation autour de Holodomor a persisté des années 30 jusque bien après la guerre, relayée par des intellectuels occidentaux de renom.

Cet essai donne un éclairage intéressant sur la personnalité d’Orwell.

Orwell was much like a blogger before bloggers—“As I Please” was Orwell simply writing about anything he
pleased.

Orwell était une sorte de blogger avant que n’existent les blogs « comme il me plaira » était pour Orwell un exercice d’écriture sur tout ce qui lui plaisait…

La diffusion (ou plutôt la censure) de cette traduction en Ukrainien est étonnante :

However, only 2,000 copies were distributed—a truck from Munich was stopped and searched by American
soldiers, and a shipment of approximately 5,000 copies was seized as anti-Soviet propaganda. The books were
handed over to Soviet repatriation authorities and destroyed.

Cependant seulement 2000 exemplaires furent distribués. Un camion venant de Munich fut arrêté et fouilla par les soldats Américains, et un envoi d’approximativement 5000 exemplaoezq furent saisi comme propagande anti-soviétique. Ces livres furent envoyés aux authorité soviétiques et détruites

Par la collection de photographies des réfugiés ukrainiens c’est un témoignage poignant.

LA FERME DES ANIMAUX

Ensor

Comment qualifier ce court roman (150 p.)?

« Ces scènes d’épouvante et de massacres n’étaient pas ce que nous avions appelé de nos vœux la nuit où Sage l’Ancien avait exalté l’idée du soulèvement;Elle-même se faisait une image du futur, ç’aurait été celle d’une société d’animaux libérés de la faim et du fouet : ils auraient été tous égaux, chacun aurait travaillé selon ses capacités, le fort protégeant le faible, comme elle aurait protégé de sa patte la couvée de canetons….

Au lieu de quoi – elle n’aurait su dire comment c’était arrivé – des temps où personne n’ose parler franc, où partout grognent des chiens féroces, où l’on assiste à des exécutions de camarades dévorés à pleines dents après  avoué des crimes affreux…. »

Une fable ou un conte où les animaux parlent et raisonnent comme des humains tout en gardant certains de leurs caractères.

Une fable ou un conte, une satire, où l’histoire de la Révolution russe est transposée. Élan généreux du Soulèvement, principes égalitaires énoncés et peints, bataille héroïque…Chants révolutionnaires et slogans (bêlés et répétés à l’envie par les moutons). Joie et succès des débuts, récoltes et abondance jusqu’à ce que soit conçu le projet de construire un moulin destiné à produire de l’électricité (eh oui! l’électricité et les Soviets, cela ne vous rappelle rien). Les cochons se divisent sur l’opportunité de construire le moulin. L’inventeur du moulin est chassé par celui qui contestait le projet qui le reprend à son compte. Travail forcé pour construire le moulin, cheval stakhanoviste. Famine pour les animaux. Luxe et dépravation pour les cochons….Les allusions sont claires.

Mais on dirait que le mur n’est plus tout à fait le même. Benjamin, les Sept Commandements sont-ils toujours comme autrefois? 

[…]

TOUS LES ANIMAUX

SONT ÉGAUX

MAIS CERTAINS SONT PLUS ÉGAUX

QUE D’AUTRES

Plutôt que fable, roman à clé!

Château de Crèvecoeur –

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Crèvecoeur : douves

Le château de Crèvecoeur est un château rural du 15ème siècle.

Propriété des Schlumberger, il a été restauré  et aménagé pour des  animations touristiques et des reconstitutions de la vie médiévale : « Un été médiéval », La Fête des Traditions…. Comme la saison n’est pas encore commencée la visite du site est individuelle.

Crèvecoeur : potene

Le site est entouré de douves, on entre par une jolie poterne où se trouve la billetterie puis on passe un petit pont pour arriver dans la Basse cour où se trouvent les bâtiments à vocation agricole : une belle ferme qui ne logeait pas un simple paysan : beau logis de ferme à étage mais plutôt l’intendant. Aligné le long de la douve qui forme un anneau : le beau  colombier à plan carré, une grande grange qui sert de hall d’exposition et différents enclos ronds en bois tressés pour les troupeaux. En face de la grange : une chapelle romane toute simple.

Crèvecoeur : pigeonnier carré

La Haute Cour est enclose par une haute enceinte, elle contient le logis seigneurial (15ème siècle) plus haut que le logis de ferme mais de construction analogue avec des pans de bois.

Crèvecoeur : Haute Cour et château rural

Le site est remarquablement bien préservé (ou très bien restauré) dans une campagne très agréable et sauvage :un marais dans lequel on peut se promener sur deux itinéraires partant de la poterne.

En revanche, je suis un peu déçue de la visite. Pas de l’absence des animations qui ne me disent rien. Plutôt de la présentation des panneaux pour la visite individuelle libre. Détail : la signalétique « Covid » avec ses panneaux bleu clair défigurent l’endroit, difficile de les éviter pour prendre des photos (ou alors Photoshop que je n’ai pas!). Mettre à disposition le gel hydroalcoolique, c’est bien, mais on peut prévoir une borne moins visible. De même pour les consignes officielles que tout le monde connaît, on aurait pu faire plus discret comme affichage.

Plus grave, le contenu des explications. Ils semblent plutôt cibler un public d’enfants de l’école Primaire qui n’ont jamais eu de leçon sur le Moyen Âge. Les panneaux sont nombreux, les explications abondantes mais tellement vagues. Si peu de références locales sauf en ce qui concerne la race locale de moutons. J’ai vainement cherché des anecdotes précises concernant les châtelains ou l’histoire locale et je me suis un peu ennuyée à lire les considérations générales. Peu de références à des historiens ou des archéologues, ici on célèbre les « reconstituteurs » et les reconstitutions. Pour l’authentique, vous repasserez.

J’ai regretté que l’exposition sur l’exploitation pétrolière des Schlumberger  ne soit pas visible en ce moment. Au moins j’aurais appris quelque chose!

Cambremer – Les Jardins du Pays d’Auge –

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Jardins d’Auge Poulailler hostas

Le Pays d’Auge est très vallonné.La route de Cambremer tortille entre les haies du bocage normand. Par les trouées, on entrevoit des haras, des fermes cossues, des vergers de pommiers, des vaches normandes, paysage de cartes postales. Pans de bois et chaumières, certaines maisons sont bâties de briques, d’autres allient brique et bois ; sophistication de celles dont les briques forment des damiers entre les poutres. Vente de cidre et de pommeau à la ferme. 

L’église de Cambremer se trouve sur une place tranquille sous le crachin.

Les Jardins du Pays d’Auge

jardins d’Auge puits

Entrée 8.5€. Un livret illustré et détaillé avec un plan est fourni . Créé en 1994, le jardin est composé d’une vingtaine de tableaux ou de saynètes végétales : « jardin de la lune », « jardin du Diable« , « jardin pourpre »…..des allées conduisent aux différentes parties, des flèches guident le visiteur qui parcourt des boucles compliquées pour une longue promenade pleine de surprises. Pour les curieux (ou ceux qui aménagent leur jardin personnel) de nombreux végétaux sont étiquetés pour faciliter l’achat en pépinière.

Jardins d’Auge Hortensia gouttes de pluie

L’allée des Tilleuls conduit à un petit pigeonnier carré « le poulailler« . Pas de volaille mais de jolies gallinacées en céramique ou en métal. L’âne, dans son écurie est bien vivant, lui! Après la pluie, les larges feuilles bleutées des hostas mauves sont parées de gouttelettes. L’atmosphère humide confère une ambiance romantique rappelant les jardins irlandais ou écossais. En Irlande, personne ne se plaint de la pluie qui fait pousser une végétation luxuriante dans les jardins. Sur les fleurs des hortensias les perles de pluie brillent comme des bijoux. Hydrangeas et hortensias fleurissent à profusion, Variétés de grosses boules blanches, vertes ou roses vif presque carmin, ou de cônes blancs  étroits et pointus, boutons prêts à exploser, feuilles rondes ou triangulaire.

Jardins d’Auge : oratoire passiflore

J’arrive dans un labyrinthe bordé par un mur et trois petites guérites carrées abritant des statues : Saint Michel terrassant le dragon,  Vierge et Saint Fiacre, patron des jardiniers. Ce parcours initiatique me conduit à l‘Oratoire dans la senteur des roses blanches. Une douce musique s’élève. Une liane s’enroule dans un coin, passiflore blanche que j’ai confondue avec une clématite. La symbolique mystique est redoublée par la présence de l’olivier et du figuier, arbres chargés de spiritualité. Les agapanthes annoncées ne sont pas encore fleuriez .

Du Jardin du soleil, feuillages jaunes on parvient au jardin de la Lune orné d’un bassin rond et de belles poteries émaillées bleues. Une Allée de Noisetiers mène à une vaste pelouse avec des bosquets à l’anglaise et des petits salons de fer forgé.

Jarfdins d’Auge

Le plan révèle une construction rigoureuse, un alignement de carrés selon un axe. Le relief vallonné brouille la perspective. Les maisonnettes de l‘écomusée contiennent une collection d’outils anciens ou l’atelier du savetier.

Un grand cloître végétal d’ifs est planté autour d’une fontaine comme le lavabo des moines. je découvre le Jardin de l’Amour courtois qui est une roseraie. jeux d’eau dans la mare; au lavoir ou dans une succession d’auges de granite. Chants des grenouilles, bruissement d’une cascade miniature.

jardins d’Auge jeux d’eau

je photographie, filme, fascinée par les gouttelettes déposée sur le feuillage délicat d’un fenouil soulignant les ombelles.

Nous avions prévu de déjeuner à la Crêperie mais il est vraiment trop tôt.

Le Lieu Bill – des chambres d’hôtes dans une belle maison normande

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Le Lieu Bill et son séquoia

Le Lieu Bill est situé un peu à l’écart de la D118 au bout d’une belle allée de peupliers. Ne pas confondre le Gite Rural avec le village de vacances situé un peu plus bas. Les chambres d’hôtes sont dans la grande maison ancienne précédée de maisons normandes basses et d’une grande et belle chaumière.

A notre arrivée un très grand chien gris aux longs poils se lève. C’est un lévrier irlandais : Pomme, très gentille mais impressionnante.

Un séquoia géant plus que centenaire est planté devant la maison. Cet arbre américain était à la mode dans les villas normandes à la Belle Epoque. Sous le soleil, on se reposera dans les salons de jardin ou sur le banc de bois laqué. Deux vieux cerisiers ont donné assez de fruits pour faire 50 pots de confiture mais je découvre un merisier couvert de petits fruits noirs acidulés qu’on a négligé de récolter et qui sont délicieux.

L’accueil est très chaleureux.  Notre hôte nous offre le verre de bienvenue, du jus de pomme de sa production, puis les jours suivants  le jus de poire, et le pommeau (17°).  François, le propriétaire nous tire une photocopie de la carte au 1/25.000 ème et trace des itinéraires de promenade. Il est aussi de très bon conseil pour planifier les visites touristiques.

Notre chambre, Séquoia, a deux lits jumeaux et une belle salle de douche. Située à l’angle du bâtiment, elle possède deux grandes fenêtres habillées de double-rideaux gris clair et soulignées par les volets pliants bleu-vert d’eau. De mon lit, je suis fascinée par les arbres géants qui se dessinent derrière les petits carreaux. A l’arrière-plan,les branches tortueuses, puis le feuillage léger d’un frêne, plus près un marronnier aux épaisses feuilles et plus proche l’arbre de Judée vert tendre. Je regrette d’avoir oublié mon matériel de dessin.

Murs blancs, deux lits séparés par une table de nuit au plateau de marbre noir. Dans un coin, une commode ancienne avec des motifs peints. Deux étagères avec des livres, 8 cintres suspendus en dessous. Une grande sobriété, rien de trop, rien d’anachronique qui choquerait. Bon goût et simplicité.

Confort de la salle d’eau contemporaine avec sa vasque de pierre ronde et sa cabine de douche à l’italienne vitrée.

Quand on se réveille, le lendemain matin, il pleut à verse. Les frondaisons agitées dégoulinent et me rappellent la forêt des nuages de Monteverde au Costa Rica.

le petit déjeuner est servi

Le petit déjeuner est servi dans la belle salle à manger avec glaces et moulures. Pots de confitures maison. Bustes et têtes en terre et en bronze. Nous logeons chez des artistes sculpteurs. Jolie vaisselle, pain frais et chouquettes. yaourts Blonvillais, produits dans une ferme toute proche, excellents.

 

Villers-sur-Mer : le plaisir de retrouver la mer!

BALLADE NORMANDE

Villers par temps gris à marée basse

En cette étrange année 2020 de Covid, où les voyages lointains sont impossibles, la balade  normande prend un air d’aventure que nous ne lui connaissions pas. A peine trois heures d’autoroute, et nous voici parties….Pour mettre tous les atouts dans notre jeu nous allons directement à l’Office de Tourisme chercher de la documentation bien décidées à de nouvelles découvertes (même si je suis venue dix fois au moins auparavant, avec ou sans élèves, pour la visite du Paléospace et la chasse aux fossiles aux Vaches Noires). Un petit salut au dinosaure végétal qui orne le square.

Le ciel,  bien gris, ne tempère pas ma joie de marcher pieds nus jusqu’à Blonville. Fouler les plages, un temps interdites, décuple mon plaisir . Les goélands ne sont pas dérangés pour une pêche de gros poissons plats aussi grands qu’une sole portion.

Villers : les cabines de plage

Pour déjeuner près de la mer, nous nous installons à la terrasse couverte du Mermoz. Les autres restaurants sont sur la rue piétonnière qui monte, bordée de commerces, mais nous ne verrions pas la mer. Le Mermoz est un restaurant plutôt chic avec des serveurs stylés et masqués qui propose, le midi, un menu complet à 16,5€. Je commande en entrée un Effiloché de raie au vinaigre de framboise qui est une salade complète – salade verte, câpres, croûtons, tomates cerises et dés de betterave rouge – le plat est du Parmentier de boeuf et pour dessert deux boules de glace. Dominique choisit à la carte un saumon à la sauce citronnée servi sur une patate douce.

Les vaches noires de Villers

Basse mer à 14h30, la mer remonte déjà quand je pars vers les Vaches Noires, je n’irai pas jusqu’à Houlgate aujourd’hui, j’ai peur d’être rejointe par la marée qui monte au ras des falaises.

 

Retour de Service – John le Carré

ROMAN D’ESPIONNAGE

J’ai découvert L’Espion qui venait du Froid en 1968, et, depuis lors, je goûte avec autant de plaisir les romans de John Le Carré. Quand la Guerre Froide a pris fin je me suis demandée comment l’espionnage vers quelles cibles se tourneraient les espions. Le Tailleur de Panama ou La Constance du jardinier, sur d’autres problématiques montrent que Le Carré a su se renouveler.

Retour de Service revient sur l’espionnage entre services britanniques et russes. Nat, le héros a parcouru la Russie et l’Est de l’Europe, de Prague à Talinn en passant par Berlin. Proche de la cinquantaine, de retour à Londres après des missions lointaines, Nat  est un joueur de badminton de haut niveau et ce sport joue un rôle non négligeable dans sa carrière. Comme dans ses romans précédents Le Carré s’intéresse au contexte géopolitique britannique avec le Brexit comme aux équilibres internationaux dominés par les personnalités de Trump et de Poutine. A la fin de chaque partie de Badminton Nat et Ed boivent des bières et Ed se lance dans des analyses politiques très critiques….

Vous quittez l’Europe en prenant vos grands airs. “Nous ne sommes pas comme tout le monde, nous sommes
anglais, nous n’avons pas besoin de l’Europe. Nous avons gagné toutes nos guerres tout seuls. Sans les
Américains, sans les Russes, sans personne. Nous sommes des surhommes.” Et le grand président Donald Trump qui aime tant la liberté va sauver votre économie, à ce qu’il paraît. Tu sais ce que c’est, Trump ? – Dis-
moi. – C’est le nettoyeur des chiottes de Poutine. Il fait tout ce que le petit Vlad ne peut pas faire lui-même : il pisse sur l’unité européenne, il pisse sur les droits de l’homme, il pisse sur l’OTAN. Il nous assure que la Crimée
et l’Ukraine appartiennent au Saint-Empire russe, que le Moyen-Orient appartient aux Juifs et aux Saoudiens, et
merde à l’ordre mondial ! Et vous, les Britiches, vous faites quoi ? Vous lui taillez une pipe et vous l’invitez à
boire le thé avec votre reine.

Impossible d’en dire plus sans spoiler…je ne vous raconterai pas l’intrigue. Je vous dirai seulement que tout se passe en finesse, en psychologie, sans violence inutile, sans gadgets d’espion à la James Bond mais avec beaucoup de bureaucratie. Et que vous passerez un temps agréable.