La Havane : Malecon, Prado, manufacture de cigares

CUBA 2004 – 27 février après midi

manufacture de cigares Partagas

A 11h30, sur le Malecon. Il fait très beau mais la mer est très agitée. D’énormes vagues viennent se briser sur la jetée. Elles sont tellement fortes qu’on a interdit la circulation le long de la digue . Nous faisons des photos des beaux immeubles qui tombent en ruines . La couleur de la peinture apparaît par plaques, délavée .

La Rue San Lazaro est parallèle au Malecon . Elle est encombrée puisque le Malecon est fermé aux voitures.

Prado

 

Nous arrivons au Prado. J’essaie de visiter la maison natale de Lezama Lima, encore un pèlerinage littéraire, mais il n’y a rien à voir.

Le Prado est une belle promenade ombragée de magnifiques ficus . Des bancs de marbres pourrons nous accueillir demain en attendant le taxi pour l’aéroport. Le Prado nous conduit au Parque Central, nous passons devant le Capitole.

Manufacture de cigares Partagas

Derrière le Capitole, nous trouvons la Manufacture de cigares Partagas.

Visite guidée en français.  Le vacarme des ateliers couvre les explications. Cette fabrique date de 1840 . Les méthodes de travail n’ont pas dû changer depuis. Les cigares se roulent à la main. Dans les ateliers, les ouvriers sont assis par deux ou par trois à de longues tables. Chacun doit rouler 100 cigares au minimum . S’il en fait plus, la prime est payée en dollars. Les calibres sont en bois, des planches creusées de rayures cylindriques. Quand la planche est pleine, on met le tout quinze minutes sous presse. Pendant le travail, un lecteur lit le matin les journaux, l’après midi, des classiques. Comme c’est l’heure de midi, il y a de la musique à la radio ; Les ouvriers chantent en même temps que la radio . Un homme passe, beau costume très mode, lunettes noires, acclamé comme une vedette de la télé : c’est le lecteur. Chaque ouvrier fait des cigares différents . Pour découper les feuilles, ils se servent de sorte de rasoirs en acier. Ici, les ouvriers fument en travaillant .

Derrière Partagas, le quartier chinois avec son portail très chinois . Nous achetons du poulet dans un restaurant de plein air . On nous y recommande de prendre un  cyclo-pousse pour arriver au Couvent Santa Clara, cela ne devrait pas coûter plus d’un dollar.  Nous en dénichons un qui nous débarque à la station des cyclo-pousse, peut être sommes nous trop lourdes ou le dollar marchandée suffit il pas ?

couvent santa Clara bleu Havane

 Le Couvent de Santa Clara se trouve au sud de la Vieille Havane . La visite est guidée. C’est donc un couvent de Clarisses (franciscaines) très ancien du XVIème siècle. Un grand cloître a été restauré, planté d’un très beau jardin avec des arbres de nombreuses essences : une ceiba, un arbre de l’hypocrisie « yaruba » dont une face des feuilles est verte et l’autre blanche. Nous avions déjà remarqué cet arbre qui ressemble à un énorme aralia  sauf que les feuilles ne sont pas vernissées comme pour l’aralia. Quand elles tombent, elles se recroquevillent comme des mains de sorcières ou comme des araignées monstrueuses.

Dans une autre cour, la Maison du Marin où est installé un hôtel . Un marin ayant quitté Cuba avait laissé sa femme dans cette maison ancienne à balcon gardée par les religieuses.
Le couvent est restauré, les murs peints en jaune pale, les volets, les poutres, les arcades en « bleu Havane », bleu vif tirant sur le turquoise, très lumineux . La guide nous montre une maquette d’une cellule de religieuse . chaque religieuse a une esclave à son service, la maîtresse a une grande chaise, l’esclave une petite, la maîtresse un grand lit, l’esclave, un petit …L’hôtel, est vraiment bon marché 25$, le même prix que notre chambre chez l’habitant.

Avant de rentrer au Védado Dominique goûte enfin un mojito . Nous nous installons à la terrasse d’un très beau bar devant l’église San Francisco que je dessine . La place est occupée par des calèches, l’endroit est superbe . le garçon donne la recette du mojito : sucre, glace pilée, de l’eau gazeuse , du rhum de la menthe fraîche et un trait d’angostura.

Nous rentrons par un taxi genre touktouk, marron à allure ancienne conduit par une fille en bonnet qui n’hésite pas à monter sur le trottoir pour doubler le camion- poubelle ?

Douglas nous sert sur la table de la terrasse un dîner végétarien : riz et légumes . nous faisons connaissance avec les autres locataires : des italiens deux couples et trois garçons suisses et italiens. Delta et Douglas ont vraiment beaucoup d’hôtes !

La Mue du Serpent – Grigol Robakidzé – (traduit du Géorgien) Gingko

LIRE POUR VOYAGER : GEORGIE

Hamadan… Cette ville fait penser à l’empreinte, laissée par le fer de Bucéphale : ensanglantée, jaunie, un peu rouillée et couverte de mousse, mais cependant baignée de soleil ; Hamadan est la marque d’un sabot furieux. Le
lion de pierre roux est le bouclier ardent d’Hamadan.

 

Grande paix du plateau iranien. L’air cristallin comme une eau de source. Les galets humides couverts de mousse. Le ciel, sans bornes, sans fin, pareil à un foulard d’indienne où le lapis-lazuli se marie à l’eau d’émeraude. Les étoiles — diamants, gros comme des œufs qui jettent leurs feux. Toute la contrée semble sortir de mythes qui n’ont jamais existé.

Evasion garantie, voyage d’Orient. Une découverte!

Je croyais prendre le large pour le Caucase, surprise : j’atterris en Iran, en Perse devrais-je écrire, en 1917. Archibald Mekeche, le héros de l’histoire, peintre britannique, vient de Mésopotamie et fait route vers Qazvin dans une Ford en compagnie de son chien Allan et d’un mystérieux homme enturbanné, Perse, Hindou ou Egyptien, peut être juif?

Le voyageur prend son temps et admire les paysages des montagnes iraniennes roches en couleur comme les tapis persans ou les miniatures. Poésie des lieux, couleurs, impressionniste. L’artiste fait aussi acquisition d’objets d’art : tapis, épée ancienne… En route il évoque Darius et Cyrus, le trésor des Achéménides, Esther et Mardochée, Alexandre le Grand et Bucéphale… les légendes antiques baignent Hamadan.

Mosaïques de peuples et de combattants, troupes de Cosaques, frémissement de la Révolution qui gronde en Russie, Géorgiens, Russes de l’Union des zemtsvos, humanitaires, sorte de Croix rouge russe…fraternité de ces hommes en permission qui boivent plus que de raison, chantent et se battent. Un roman d’aventure?  Il sera question de la paix de Brest Litovsk (3 mars 1918), de la Révolution à Saint Pétersbourg. Un roman historique?

Archibald Mekèche vient retrouver ses racines géorgiennes. Il rencontre un personnage fascinant : Vamekh, un Géorgien qui devient son ami, son double qui l’invite dans sa famille. Les légendes géorgiennes sont alors évoquées :

« Une vierge arrive d’Asie Mineure. Son corps pourrait attiser le désir des hommes. Mais elle abandonne le monde
et n’accepte que l’enseignement du Christ, son fiancé invisible. Elle quitte sa maison sans destination précise,
guidée par sa seule intuition. Voici qu’elle franchit la frontière de Kartlie. La terre apaise son ardeur, une source
rafraîchit son corps. La vierge convertit le peuple et lui offre une croix. N’est-ce pas beau et passionnant ?…
Attendez ! Il doit exister d’autres histoires aussi belles et passionnantes. Mais ce n’est pas tout. La vierge fait la
croix avec des sarments de vigne. Alors que les croix sont généralement faites de pierre ou de bois, matières
sèches et inanimées, la nôtre est faite de vigne, symbole de la terre, de la vie. Si la croix chez les autres incarne
la Passion et la souffrance, chez nous elle est à l’image de la fête… Mais attendez ! Je n’ai pas fini. La vierge
coupe ses nattes pour en attacher les sarments, comme si elle pansait la plaie de la vigne larmoyante. Une croix
faite de sarments attachés par les cheveux d’une femme. »

De la christianisation de la Géorgie, à ses souverains et ses nobles. Généalogies…Histoires que les notes de bas de page détaillent si on prend la peine de les lire.

Vie rurale, vins géorgiens, folklore? Fêtes dionysiaques, célébration du vin, folles chevauchées, ménades.

Il y a aussi des histoires d’amour. Des histoires de famille…

Ce livre est d’une telle richesse qu’on a envie de le relire, à peine achevé pour découvrir un nouvel aspect qu’on aurait négligé.

Trouvé sur le blog de Keisha  Décidemment de bon conseil!

 

La Havane – chez Hemingway

 CUBA – Vendredi 27 février 2004

Chez Hemingway

Un carillon a sonné toute la nuit les quart d’heures et les heures !

Douglas nous explique comment arriver à la Maison d‘Hemingway à San Francisco de Paula – hors plan de La Havane- : trouver le Paséo tout proche,  le remonter jusqu’à la Place de la Révolution, chercher la Cité Déportive puis la route de Dolores, enfin demander . La route est bien dégagée à huit heures du matin, peu de circulation à part les énormes autobus surchargés. Les enfants des écoles  massés de part et d’autres de la chaussée, agitent des petits drapeaux de Cuba . Nous avons l’impression d’être reçues avec les honneurs d’un Chef d’Etat étranger.

Chez Hemingway : bibliothèque et bureau de l’écrivain

San Francisco de Paula se trouve à la  campagne . C’est une bourgade très fleurie sur une colline. La Maison d’Hemingway est précédée d’un beau parc avec des arbres immenses : casuarinas, bambous, palmiers royaux etc.. La maison blanche  se trouve à l’arrière d’une terrasse avec une tonnelle fleurie ornée de céramique . Elle est de plain pied,  ouverte sur le jardin. Tout est resté tel qu’Hemingway l’a laissé, ses livres, ses bouteilles, ses chaussures . Je l’imagine avec ses chats et ses chiens – on a vu les tombes des chiens dans le jardin – nous montons à la tour . Partout des livres. Ce que je n’avais pas imaginé, ce sont les affiches de corridas et beaucoup de trophées de chasse . Belle piscine, sur le bord, tout est prêt pour recevoir des invités ! Ce pèlerinage dans le décor quotidien de l’écrivain m’émeut. J’ai vécu un bon moment dans son intimité en lisant Iles à la Dérive, Pour qui sonne le Glas avait accompagné nos vacances en Espagne. En revanche, je n’ai pas pu lire ses livres sur les corridas . Là, je n’accroche vraiment pas . Nous rentrons sans encombre à la Havane dans laquelle nous nous orientons bien maintenant et rendons la voiture dans les temps .

 

Zinc – David Van Reybrouck Actes Sud – essai traduit du Néerlandais

le triangle blanc matérialise le territoire de Moresnet-neutre

« Sans avoir déménagé une seule fois de sa vie, il a été successivement citoyen d’un État neutre, sujet de l’Empire
allemand, habitant du royaume de Belgique et citoyen du Troisième Reich. Avant de redevenir belge, ce qui sera
son cinquième changement de nationalité, il est emmené comme prisonnier de guerre allemand. Il n’a pas
traversé de frontières, ce sont les frontières qui l’ont traversé. »

Ce court essai raconte l’histoire d’un homme, Emil Rixen (1903-1971) qui changea cinq fois de nationalité sans quitter son village. 

C’est aussi l’histoire d’un minuscule territoire  coincé entre Belgique, Prusse et Pays Bas : Moresnet-neutre

« nouveau mini-État, à l’inverse, était constitué de bois pour plus de la moitié de sa superficie et comptait tout au plus une cinquantaine de maisons et de cabanes éparses, abritant 250 âmes, regroupées pour la plupart au hameau de Kelmis/La Calamine. »

Résultant du Traité des Limites en 1816, après la défaite napoléonienne, les Pays Bas et la Prusse ne réussissant pas à se mettre d’accord sur l’attribution de ce territoire recelant une richesse convoitée : la mine de Zinc. Ce micro-état possédait un drapeau. Il était soumis au Droit du Code Civil napoléonien, avait même choisi une langue officielle : l’espéranto et émis pendant quelques semaines un timbre-poste. Le traité de Versailles (1919) a mis fin à cette bizarrerie diplomatique. Moresnet-neutre est devenu Belge mais l’Allemagne nazie a envahi ce territoire, et engagé de force ses hommes dans son armée bouleversant encore les citoyennetés. 

C’est aussi un essai sur ce métal qui a donné le titre à l’ouvrage de David Van Reybroukdont l’exploitation récente au XVIIIème siècle et la richesse du minerai expliquent cette bizarrerie diplomatique. 

« XIXe siècle était le siècle du zinc, de même que le XXe allait devenir celui de la bakélite, de l’aluminium et du nylon. Les seaux, les arrosoirs et les bassines que Maria Rixen avait trimbalés en son temps dans la maison de son employeur : en zinc, sans aucun doute. Les chéneaux, les corniches et les gouttières de cette même maison : en zinc, très probablement. La baignoire, la lessiveuse, l’égouttoir : en zinc. La pommade pour ses mains desséchées et crevassées : à base de zinc. La revue illustrée qu’elle feuilletait en rêvassant : du zinc dans la
plaque d’impression, la photographie et la photogravure… »

La Communauté Européenne a fait disparaître les frontières qui se rejoignaient au Tripoint (convergence des frontières belges, allemandes, néerlandaises) La Covid va-t-elle les faire resurgir? 

Un essai qui tombe à point pour nous faire repenser aux frontières. une histoire originale et un livre très agréable.

Merci à Keisha qui m’a signalé cette lecture lire ICI

Retour à la Havane sous la pluie

CUBA – jeudi 26 février 2004

 

Un déluge s’abat sur Trinidad. Au petit déjeuner Helena ferme les volets orientables du comedor pour qu’il ne soit pas  inondé . Des gouttières s’écoule un flot furieux dans la cour. Heureusement, que j’ai mis les sandalettes de plage !

Cubanacar accepte de changer l’essuie glace défectueux et les pneus lisses de la Hyundai. Cela prendra une heure . Nous traînons donc jusqu’à 10 heures dans les rues transformées en ruisseau. Les étalages de l’Exposition des Livres sont rentrés. Les Cubains n’ont pas l’air de s’émouvoir de la pluie . Certains portent des parapluies, d’autres se laissent mouiller tranquillement. Nous nous abritons devant la vitrine d’un magasin d’objets « recyclés » principalement des vêtements d’occasion. La devanture est une misère. Pour meubler un peu la vitrine vide, on a réparti « artistiquement »des fleurs peintes sur des cartons. Dans une vitrine : deux pneus de vélo, quelques chambres à air, une pièce métallique étrange, sans doute de la plomberie. Dans l’autre vitrine, des bouteilles de verre ressemblant à des flacons de laboratoire remplis ,de produits pour le sol et de shampooing, bleus tous les deux : pas d’étiquette, bouchons recyclés eux aussi .

Les objets modernes et neufs existent quand même, mais ils sont vendus dans les magasins en dollars où l’on montre patte blanche avant de rentrer et son sac et le ticket de caisse à la sortie . Un vigile laisse entrer au compte goutte et referme la porte derrière chaque client. Autre endroit étrange pour acheter son ventilateur ou son frigo : la station service !

A 10h30, nous prenons la route de Cienfuegos. Pendant les premiers kilomètres, en plein brouillard. Nous trouvons enfin les réglages de la ventilation et du chauffage de la voiture, asséchons l’humidité . La pluie cesse, les nuages se séparent . La chaussée s’assèche . Les conditions de conduite redeviennent normales. Entre Cienfuegos et l’autoroute, sur 50 km la route est très lisse et glissante à cause de la terre rouge . A l’aller, la grosse averse l’avait transformée en patinoire. Le paysage de rizière était magnifique.  Le ciel est menaçant, nous passons au sec .

Dans le dernier village avant l’autoroute, nous achetons une pizza cubaine. Pour la manger au calme, nous nous arrêtons dans une rue parallèle à la route, très misérable. Une petite fille nous observe déjeuner dans la voiture . Sa mère l’appelle, elle revient avec des fruits. Cadeau inestimable de gens si pauvres qui ne veulent surtout pas vendre les fruits .

A midi, nous sommes sur l’autoroute.  Après les vergers d’agrumes et les grandes pâtures des bovins, le paysage devient sauvage et monotone avec des arbustes piquants. Peu de diversion à part le manège de deux voitures qui roulent de front et se passent une bouteille de bière par la fenêtre tout en roulant. Des charrettes à cheval traversent l’autoroute, des vélos roulent à contre-sens. Le réservoir de la Hyundai semble à moitié plein quand nous passons devant la station service à 180 km de La Havane . Nous nous arrêtons pour profiter de la cabine téléphonique mais n’achetons pas d’essence . Le niveau baisse, à la fin, le voyant d’essence s’allume . Toujours pas de Station service. Heureusement, la route est plus souvent en descente qu’en montée . Enfin, juste à l’entrée de la ville, nous trouvons une pompe, nous sommes à la limite de la panne sèche.

Pour nous orienter dans les banlieues, nous prenons une auto-stoppeuse et arrivons facilement à notre nouvelle adresse Vedado 21 y D 501. La rue est très tranquille, très aérée avec de beaux jardins, de grands arbres et des villas magnifiques. La nôtre occupe le coin, elle a dû, en son temps être belle, avec ses ferronneries, ses moulures Art Déco au dessus des portes et des fenêtres, ses vitraux et surtout son architecture originale toute en courbes et dissymétries. Pas un angle droit ! Malheureusement, les occupants Delta et Douglas ont entassé un tas de vieilleries . La salle principale est très sombre et encombrée : pas moins de 9 horloges et d’une dizaine de guéridons. Aussi d’étranges reproductions de la Joconde brunâtre. Notre chambre s’ouvre sur le salon par des portes battantes en verre cathédrale sans serrure. Un rideau masque l’entrée . Cette pièce a une forme très bizarre, une sorte de trapèze dont les côtés seraient arrondis avec des sortes de placards dans les coins . Le lit à deux places occupe tout l’espace, pas de place pour des tables de nuit ! Après la belle villa 25y6 et la Casa coloniale de Trinidad, nous avons pris des habitudes de luxe !. Je suis donc un peu déçue .Dominique s’accoutume bien de la chambre, moins des propriétaires très collants.

Nous profitons de la voiture pour visiter les quartiers éloignés . Miramar avec ses grandes villas et ses énormes hôtels nous déçoit. Les villas sont encore plus grandes qu’au Vedado mais le bord de mer est tout gâché. Puisque Miramar ne nous a pas offert la promenade de bord de mer, nous traversons La Havane par le Malecon pour retourner à la forteresse. A 9 heures, s’y déroule une cérémonie en costumes du 18ème siècle qui se termine par un coup de canon . Nous n’avons pas prévu la petite laine ,comme le vent souffle fort, nous avons froid .

Nous attendrons 9 heures dans la Habana Vieja dans les petites rues autour de l’hôtel Valencia . Nous retrouvons avec plaisir la Place d’Armes, l’hôtel Valencia, faisons un tour par Obispo . Je suis un peu déçue : les rues sont désertes . Pas de musique dans les bars .Peut être est ce le froid ? Ou simplement, nous étions venues le week-end et en semaine, il y a moins d’animation ? 21h :coup de canon . Nous rentrons chez nous.

Le Pont sur la Drina – Ivo Andric

LIRE POUR LES BALKANS (BOSNIE)

Ivo Andric(Prix Nobel 1961)est l’auteur de Titanic et autres contes juifs de Bosnie , de Mara la Courtisane, Omer Latas Pacha , que j’avais lus en 2017 à l’occasion d’un voyage dans les Balkans (Albanie, Kosovo, Monténégro, Macédoine). J’avais beaucoup aimé ces livres  et m’étais promise de poursuivre la lecture de son œuvre. Le Mois de l’Europe de l’Est est l’occasion d’y revenir. 

Le Pont sur la Drina est le « roman-chronique » (expression trouvée dans la Postface) de la ville de Visegrad, se déroulant de 1571 quand le pont fut construit jusqu’à l’été 1914, de l’apogée de l’Empire Ottoman jusqu’à son démantèlement.  Le Pont sur la Drina faisait le lien entre l’Orient et l’Occident, puis la frontière entre la Serbie et la Bosnie. Lien entre une mosaïque de communautés mais aussi passage des armées d’invasion. Centre de la vie officielle où les proclamations officielles étaient placardées.  Lieu de vie : jeunes et vieux venaient fumer, bavarder, boire café ou rakia, comploter même!

Mehmed Pacha Sokolovic – Grand Vizir de Soliman le Magnifique et de ses successeurs – qui ordonna la construction du pont – était un enfant du pays, du village voisin de Sokolovici, jeune serbe orthodoxe enlevé par les Ottomans pour en faire un Janissaire. La  construction du pont dura 5 ans et fut accompagnée de celle d’un caravansérail; œuvres pieuses financées par une fondation religieuse. Pendant trois siècles musulmans, chrétiens et juifs et tsiganes vivaient autour du bazar, commerçants et paysans. Les plus grandes catastrophes, les crues de la rivière les réunissaient dans les hauteurs dans la grande fraternité des inondés, le pope, l’imam et le rabbin unis pour rassurer leurs ouailles.

Le réveil national des Serbes dans le pachalik de Belgrade fut une première fissure dans l’Empire. les troupes et matériels envoyés en Serbie pour contrer la rébellion passaient par le pont. Visegrad était à une heure de marche de la frontière et l’on pouvait entendre tonner le « canon de Karadjorje » (1804-1813)et voir les feux sur le Mont Panos. Pour garder le passage, un mirador fut construit sur le pont et les têtes des Serbes condamnés pour complicité furent exposées. Pendant tout le 19ème siècle, les révoltes et les guerres s’étendirent dans les Balkans, la frontière turque reculait jusqu’à ce que les Autrichiens entrent en 1879 en Bosnie-Herzégovine puis l’annexent le 5 octobre 1908.

J’ai cherché sur le net toutes ces dates. Ivo Andric ne donne pas de cadre chronologique précis. Au contraire, la vie s’écoule régulièrement comme l’eau de la rivière sous les arches du pont. Le lecteur retrouve les familles, les enfants qui prennent la place des ancêtres, l’arrivée de nouveaux-venus comme ces Juifs galiciens qui installent un hôtel : Lotika, la gérante n’est pas une inconnue pour moi qui ai aimé Titanic et autres contes juifs de Bosnie. La société rurale et les commerçants du Bazar oriental voient arriver la modernité, l’éclairage au gaz, puis le train qui retire au Pont l’exclusivité du transit, l’électricité. Les jeunes vont étudier à Sarajevo mais aussi à Vienne ou à Graz. Les idées nouvelles, nationalisme et socialisme se répandent….Le caractère oriental cède devant les institutions austro-hongroises, on recense, numérote avant d’établir la conscription. 

Le Pont sur la Drina est paru en 1945 en version originale, puis en 1956 traduit en Français. Ivo Andric a été nobélisé en 1961. Il est mort en 1975. 

« Serbe par son choix et sa résidence en dépit de son origine croate et de sa provenance catholique, bosniaque par sa naissance et son appartenance la plus intime, yougoslave à part entière[…]que ferait-il au moment où se détruit tout ce qu’il a aimé et soutenu, ce à quoi son oeuvre est si profondément liée? Les ponts réels ou symboliques qu’il a décrits ou bâtis dans tant de ses ouvrages sont-ils brisés et détruits à jamais? 

interroge en 1994 P.  Matvejevitch dans la Postface du livre. 

Avant de refermer ce livre je me suis documentée sur ce Pont sur la Drina, nommé Pont Mehmed Pacha Sokolovic, monument historique inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a été témoin de massacres : nettoyage ethnique de la part des Serbes en 1992 où 3000 musulmans périrent. 

Emir Kusturica , en vue d’une adaptation cinématographique du roman d‘Ivo Andric a reconstitué les décors en une ville Andricgrad qu’on peut visiter virtuellement sur Internet mais qui ne m’a pas vraiment séduite. J’ai cherché des traces du film sans trouver. 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre et me propose pour la prochaine édition du Mois de la Littérature de l’Est de continuer à explorer l’œuvre de Ivo Andric!

 

Trinidad Topes de Collantes, cascades

CUBA 26 février 2004 

Au petit matin, le crépitement des grosses gouttes qui s’écrasent sur le ciment de la cour nous a réveillé. L’averse a duré quelques minutes mais le ciel reste menaçant. Cela contrarie notre projet d’excursion à la montagne.

Je fais un tour à la Galerie marchande moderne (en $ )acheter des yaourts .  Je m’oriente maintenant bien dans les rues de Trinidad. Notre gîte est un peu en retrait de la Ville Historique. Les enfants des écoles sont encore en sortie: gym sur la place de la Mairie en short et en T-shirt blanc, au milieu des passants.

La montée est impressionnante, la route heureusement en bon état. A chaque détour, nous pouvons admirer le panorama jusqu’à la mer. Les flancs de la montagne sont couverts d’une végétation très dense. : arbustes épineux, grands arbres souvent couverts de lianes. A un arrêt nous avons la surprise de trouver un curieux oiseau grimpeur brun avec une longue queue qui saute de branche en branche. Un petit écriteau prévient « route dangereuse » . La route décrit une sorte de huit avec des épingles à cheveux .

Topes de Collantes est une station de cure.. Le village est très laid, peu d’agriculture, des HLM dans un état désastreux, une sorte de lycée moche, au sommet un hôtel monstrueux, soviétique, véritable ministère de Bucarest, des parkings immenses . Sous le ciel gris, ce n’est guère engageant.. L’employé à l’accueil, en revanche, est très aimable. Il nous dirige sur un parking .6.5$ par personne pour descendre à la Cascade (trois heures par un sentier difficile) . Nous renonçons, il recommence à pleuvoir, c’est un peu décevant.

A l’entrée de Trinidad, une pancarte signale une autre cascade à 5 km. La piste longe une rivière sinueuse bordée d’arbres immenses.  En remplacement de la randonnée de Topes de Collantes nous pensons aller jusqu’au restaurant et à la pisciculture, je ferai le chemin à pied.

A côté du restaurant, un jeune homme se précipite pour nous vendre des tickets d’entrée pour le sentier de la cascade : 6.5$ « comme toutes les cascades de Cuba », jus d’orange à la fin inclus . Selon lui, le sentier est facile : 3.5 km en 2h30.

Cascade

Le temps s’est amélioré. Nous emportons le pique-nique. Le sentier est très, très bien aménagé. Des panneaux rappellent l’histoire de l’esclavage. Dans ce massif montagneux, des esclaves marrons pouvaient se réfugier. Le sentier s’élève ensuite au flanc de la montagne dans une jungle touffue. En contrebas, la rivière. Rapidement, le « chemin facile » devient très pierreux et très glissant. Heureusement il est équipé d’une rambarde. Les équipements sont très bien conçus : le bois est attaché par des liens végétaux du meilleur effet avec des poubelles en palmes très discrètes . Nous avançons en pleine jungle dans la touffeur et l’humidité d’après l’averse. Les oiseaux invisibles font un raffut exotique. Des lianes dégoulinent des arbres. Au sol, des mousses étranges frisées, des fougères, …Un animal énigmatique : silhouette de lézard, des ventouses aux doigts, une crête blanche sur le dos roux, reptile ou batracien ? Je n’ose pas attraper cette créature gracile. Tout à l’heure, un oiseau étrange a attiré notre attention : gros comme un pigeon, marron avec une longue queue. Sa démarche est étonnante, au lieu de voler de branche en branche, il marche et sautille en haut de son arbre .

sentier aménagé dans la forêt

Une sorte de buvette-restaurant, dans une jolie paillote aux murs de planches blanchies, ressemblant à une maison de village sert des repas à de nombreux touristes . Retrouvant nos collègues touristes, l’aventure dans la jungle prend une allure plus tranquille . Nous pique-niquons dans un coin ombragé sur de jolis bancs de bois en face d’un trou d’eau avec un petit ponton pour la baignade ? Des centaines de petits poissons nagent dans l’eau limpide. Je jette des miettes de pain, les poissons grouillent et font de furieux remous. En rentrant Dominique débusque un petit serpent très mince qui sort du chemin assez paresseusement pour que nous puissions l’observer. Le chemin du retour est plus facile. Un observatoire a été construit pour observer les ruches suspendues des abeilles sauvages. Ce sont des gâteaux de cire allongés suspendus à la falaise comme des stalactites. A la jumelle je distingue bien les alvéoles mais pas les abeilles.

Les abeilles sauvages

Le temps s’est remis au beau. Nous retournons à la mer. D’abord à la Boca, sur une petite plage que nous avions repérée à l’arrière d’un petit port de pêche. Quelques petits palmiers donnent de l’ombre. Le sable est grossier et l’eau n’est pas très claire. Nous préférons nous installer plus loin. Un restaurant de fruits de mer annoncé par une gigantesque langouste de plâtre abrité dans une paillote ouverte à tout vent, a installé sur la plage des parasols en paille et des lits de plage . Nous en louons deux et y passons le reste de l’après midi . La mer est haute. Avec le vent, les vagues sont trop fortes pour nager près des rochers. J’avais pris les sandalettes en plastiques . Comme j’avais transpiré pendant la promenade, je suis ravie de pouvoir me rafraîchir dans l’eau .  Les vagues ne sont pas assez fortes pour me déséquilibrer sur les galets , mais je ne peux pas nager . Les baignades sont donc courtes.

Sur un petit ponton de bois, nous assistons à un spectacle inédit : une blonde en string s’appuie à la rambarde et se penche . Monsieur photographie ses fesses. Elle fait bouffer sa crinière dans le soleil et prend des poses suggestives. Les vagues  viennent se briser sur la petite digue . Aphrodite nait de la vague. On se dirait dans un magazine porno. La lanière de son soutien gorge descend jusqu’à celle qui lui passe dans la raie des fesses renforce l’obscénité des poses suggestives. Toute la plage écarquille ses yeux. Même les trois Italiennes en bikini qui allumaient les messieurs d’un certain âge , sont scandalisées.

6Vers 6h nous retournons à la Boca. Les pêcheurs ne sont pas venus sans doute à cause des vagues. Nous sommes déçues de pas retrouver l’animation de la veille. Même le soleil n’est pas aussi brillant. Les montagnes sont grises et de gros nuages bourgeonnent. Est ce encore un front froid ? Le dernier nous avait apporté du mauvais temps pour trois jours. Nous avions lu qu’en février, il y avait en moyenne quatre jours de pluie. Nous allons dépasser largement cette moyenne.

 

Trinidad (3) – la vie du village – Musées –

CUBA – Mardi 25 Février 2004

Trinidad enfants des écoles

 

Promenade le matin dans les rues de Trinidad par un soleil estival . Le vent  souffle atténuant la chaleur. Si, de plus, on choisit le trottoir à l’ombre, la température est parfaite .

Les enfants des écoles vont en rang à la Foire du Livre. Ils sont réunis dans une salle pour assister à un spectacle . En route, ils mangent des glaces ou des oranges . Un homme pousse une petite charrette grillagée contenant des oranges. Avec une curieuse machine il les pèle, un fin ruban de zeste vert se déroule, puis  il coupe l’orange par moitié. Je ne sais pas comment les enfants arrivent à manger sans se mettre du jus partout !

Vendeur de rue

Nous commençons à mieux voir les boutiques , les vendeurs de légumes, les échoppes de pizza . sur le bord du trottoir, on vend des paniers en vannerie. Des vieux confectionnent aussi des petits objets décoratifs en tressant des fibres de palmier : une tortue portant une graine ovale en guise de carapace, des crocodiles . Les touristes échappés de leurs cars, occupent les rues les plus restaurées aux maisons peintes de couleurs vives .

Trinidad les rues aux pavé inégaux (montage)

Plus loin les pavés deviennent plus inégaux, les façades plus délavées, les ferronneries moins élaborées, les intérieurs plus petits et très pauvres. Des chiens squelettiques dorment dans la rue, et toujours des cages à oiseaux .

A dix heures nous entrons dans le Musée Romantique en même temps que des fournées de touristes. La présence de cette foule enlève une partie de son charme à la visite . Contrairement à la plupart des maisons de la ville, le Palais est construit avec un étage avec des balcons (vue extraordinaire). Le Musée romantique s’appelle ainsi à cause de l’époque sans doute. Il est entièrement meublé avec  une sophistication extrême : Biscuits français, porcelaine de Meissen, cristaux de Baccarat, marbres d’Italie .Seuls les meubles sont cubains . Nous sommes prises en main par une des gardiennes du Musée qui malheureusement se contente de désigner les objets précieux et de nommer leur provenance. Le luxe de ces aristocrates sucriers est inouï . une baignoire de marbre ressemble à un sarcophage antique. Elle ne comporte ni arrivée d’eau ni vidange . C’était la tâche des esclaves. Seule mention de l’esclavage . Tout ce luxe nous éblouit mais la foule gâche notre plaisir.

les riches maisons des sucriers, patio fleuri

Le Musée de l’Architecture est moins prisé des touristes en car. La gardienne qui nous sert de guide, plus intelligente que la précédente . La visite est donc beaucoup plus plaisante. Cette belle maison coloniale est bâtie sur un plan similaire à la nôtre  en beaucoup plus grand . La salle de réception immense : son plafond de cèdre est extrêmement décoré à l’espagnole, presque à la marocaine . Elle est flanquée de salles plus petites servant de chambres à coucher. A l’arrière, une galerie s’ouvre sur le patio . Dans cette pièce, les femmes brodaient, cousaient au frais . La vaste cour est bordée des chambres des domestiques d’un côté, de l’autre d’annexes utilitaires, cuisine extérieure, WC etc… Au fond, un petit édicule abrite une centrale à gaz (acétylène) pour l’éclairage . La citerne couverte se trouve dans un coin de la cour. L’eau de pluie est soigneusement captée par tout un système de gargouilles et de gouttières. Le sol est pavé de marbre importé d’Italie. Un détail architectural nous avait intriguées à La Havane : les demi-cercles au dessus des hautes portes de bois nous les retrouvons . ici, en fines lamelles de bois disposées en éventail pour l’aération.

climatisation naturelle (courants d’air)

Comme au Maroc, la climatisation est l’art de faire circuler l’air dans les pièces aux hauts plafonds . Ici, tout est courants d’air, claire-voie, persiennes, lattes …La belle maison à étage et à galerie ressemblant aux sobrados capverdiens a été transformée en galerie d’art. Une salle est consacrée à un peintre dont la peinture fait penser à la sérigraphie de Robert. Motifs africains, couleurs primaires, dessins un peu naïf.

Nous avions remarqué des touristes au sommet d’ une tour carrée dominant la Plaza Mayor . Nous voulons les imiter et tournons autour du « bloc » puisque c’est ainsi qu’on nomme un pâté de maisons . Nous nous retrouvons dans le hall du Musée Municipal occupant, lui aussi, un Palais à étage (le plus grand) construit autour d’un patio à arcades. Deux étages plus une sorte de colimaçon dans une cage en bois et au final, une échelle conduisent à la terrasse. On se bouscule dans l’escalier. Magnifique vue sur la Plaza Mayor et la montagne en toile de fond.

Les collections du Musée Municipal sont éclectiques, la présentation, un peu vieillotte. Toujours des panneaux bilingues noir sur blanc. Des photos anciennes, des fac-similés de lettres. Toujours une très grande place aux exploits guerriers .Ici, la Révolution n’est pas au premier plan, plutôt les luttes pour l’Indépendance. J’apprends  de nouvelles choses sur l’esclavage :

-14 000 esclaves travaillaient aux plantations au début du XIXème siècle

  • le développement de ces plantations est relativement récent (un décret autorisant la Traite est daté de 1789)
  • -c’est l’effondrement des plantations d’Haïti qui a stimulé la production à Cuba
  • l’une des photos de Manaca avec la tour à 7 étages vue hier me surprend . Sur la photo, pas de trace du mignon village. Près de la tour, une énorme maison (le restaurant actuel) et plus loin , la sucrerie avec quatre cheminée qui a maintenant disparu . c’est surtout l’absence du village qui m’étonne.
  • dernière visite : l’église. Intérieur peint en blanc, sobre. Des chapelles ont été rénovées avec des autels en bois moderne de facture assez grossière. Les statues de bois sont assez étranges : nombreuses sont habillées avec de vrais habits de tissu. Une scène représentant une barque sur des flots de bois bleu porte des personnages (apôtres ?) habillés comme des cubains actuels enchemise kaki avec les manches retroussées, ils rament au pied d’une Vierge flottant sur des petits nuages baroques.

Comme hier, nous achetons un déjeuner populaire en monnaie nationale(je donne 1$ et on me rend un billet inconnu de 10 pesos) nous achetons deux pizzas cubaines au fromage jaune cuites dans des assiettes en fer blanc, type militaire. Le four est un bidon (genre bidon d’essence) horizontal posé sur un support métallique. Je fais la queue, le pizzaiolo m’appelle « companera » ce qui m’amuse .On essore la pizza du gras avant de l’arroser de ketchup .C’est un peu bourratif mais  cela a bon goût .

Nous faisons un peu de lessive que nous étendons dans le patio avec celui de la dame.

Il faudrait pour grandir oublier la frontière – Sébastien Juillard – Scylla

ISRAEL/PALESTINE 2050/ MASSE CRITIQUE

Merci à Babélio et aux éditions Scylla de m’avoir offert l’occasion de découvrir ce livre. La Masse Critique est l’occasion de sortir des chemins battus. 

Jolie édition, joli objet-livre, beau papier, maquette réussie, pagination originale au milieu de la page, dans le texte.

L’éditeur qualifie cet ouvrage de novella, nouvelle de 111 111 caractères et une soixantaine de pages. Dystopie, l’action se déroule dans la Bande de Gaza en 2050. Les diverses factions Hamas, Hezbollah ou Djihad mènent encore des combats désespérés tandis que la Communauté Internationale et Israël tentent une paix précaire.

Parmi les protagonistes, Keren Natanel, lieutenant de Tsahal enseigne l’hébreu à des veuves de guerre, dans un centre sous l’égide de l’Unesco. Jawad est un ingénieur qui manie la technologie moderne pour réparer les invalides avec des prothèses bioniques. Marwan Rahmani après une longue incarcération dans les prisons israélienne tente une carrière politique jouant l’apaisement.  Bassem, reste fidèle à la résistance armée. 

J’ai eu beaucoup de mal à me retrouver dans la violence récurrente. Il est question de paix et de reconstruction de Gaza mais les bombes, les drones, les attaques-suicides font des ravages et font complètement exploser le récit. Quand je crois comprendre quelque chose il se passe un évènement violent qui interrompt le cours de l’action et me projette dans des conjectures…

Je n’ai pas l’habitude de lire de la Science-Fiction et le vocabulaire techno me dérange, qu’est-ce qu’un conglo? un tore? un recorp? je crois comprendre que Jawad est capable de réincarner sa fille décédée. Je disjoncte.

Je crois que je ne suis pas le bon public pour une telle lecture, trop de violence, d’incohérence, de galimatias. Dommage….Au moins, j’ai essayé!

Trinidad – promenade en ville, rencontre avec des collègues cubains

CUBA 2004 – 23 février après midi

Les maisons aux couleurs pastel de Trinidad

En rentrant à Trinidad vers 14h ,. nous doublons des carrioles tirées par des chevaux chargés de canne. Le cheval rentre seul à la maison, il connaît le chemin. Le paysan fait la sieste couché sur son chargement de canne.

Notre patio est idéal pour l’heure de la sieste . Après une douche rafraîchissante, dans ma nouvelle tenue blanche, je transcris le compte rendu de la matinée. Dominique fait ses cartes postales ? le colibri est revenu . Ses couleurs métalliques me renvoient à des souvenirs de fac : c’est un des moments de gloire de l’Optique du cours de Françon que le calcul de la couleur du colibri d’après les interférences : calcul de la longueur d’onde de la lumière en fonction de l’écartement des barbules des plumes. Un des plus beaux problèmes de physique que je connaisse !

Vers 16h15, nous partons visiter la ville . Premier objectif : la Poste . Nous demandons souvent notre chemin. La réponse est toujours formulée de la même manière : 3 blocs puis à gauche, 4 blocs puis à droite. Malgré le relief et la relative fantaisie des maisons et placettes, le plan à angle droit est respecté . Jamais personne n’emploie le nom des rues. Le spectacle de la rue est réjouissant .Tout le monde est sorti sur le pas de la porte, les enfants en uniforme, short et jupe rouge à bretelle, chemise blanche et foulard bleu pour les petits, pantalon et minijupe moutarde chemise blanche pour les plus grands. De nombreuses maisons sont ornées de cages à oiseaux comme au village ..

les grilles des maisons de Trinidad

Ici, on a mis une table sur le trottoir et on joue aux dominos. Partout, les hommes proposent des marchandises diverses : gâteau sablé découpé en parts sur un plateau, quelques betteraves et du coriandre dans un panier sous le bras…Un autre pousse un chariot avec des courges ou des calebasses découpées à la scie. Sans oublier le vendeur de bonbons à l’unité qui crie sa marchandise « caramelle ! » . Des enfants jouent au base-ball avec un bâton ordinaire et une balle de leur confection.

Un cyclo-pousse passe à grand vacarme : il a  fixé une batterie rien que pour la musique.

J’ai enfin compris pourquoi tous ces grillages de ferronnerie ou en bois placés devant les portes font une toutes avancée dans la rue . Les grilles « ferment » la maison. Elles sont très décoratives. Tout le monde ouvre sa porte pour laisser entrer la fraîcheur du soir . Nous pouvons jeter un coup d’œil indiscret . Certaines maisons sont encore plus grandes et plus belles que la nôtre avec le salon d’apparat carrelé séparé en deux par des colonnes, ses lustres et les fauteuils à bascule. Certains intérieurs sont misérables. Scène de rue : un homme tond un tout petit garçon et lui enlève ses boucles de bébé .Nous arrivons par des rues encore plus animées : on vend des livres dans la rue . les livres sont étonnamment présents à Cuba. Une île où on lit et où on fait de la musique force le respect .

Nous cherchons toujours la Poste . Nous trouvons les ruines du Théâtre Brunet . Sous des arcades de brique à ciel ouvert, on a installé un bar, une salle avec des chaises et une petite scène. Affiché, tout un programme alléchant : cours de dans e afro-cubaine, cours de percussions tous les jours . Deux touristes européens s’essaient à la danse cubaine.

Plus nous montons, et plus nous rencontrons des touristes. Les maisons multicolores sont de plus en plus soignées.  J’ai envie de tout prendre en photo – la photo comme une drogue – Une façade bleue est particulièrement soignée : joli porche tarabiscoté Par le porche, nous découvrons une salle de classe avec 21 tables de deux, un tableau noir et une télévisions, pas ou très peu d’affichage . Nous sommes au lycée technique . Deux profs sont encore dans la classe : le prof de biologie et celui d’histoire.

Que racontent deux profs français à deux collègues cubains ? Nous parlons d’effectifs – toujours trop lourds . A Cuba ils dépassent 40 par classe.   Retraites, 60 ans pour les femmes 65 pour les hommes . Le professeur de biologie, la soixantaine, dit qu’à soixante cinq ans, on n’a plus de voix . Des vacances : là, cela diffère énormément : ils n’ont qu’un mois en Août 2 ou3  jours pour Noël et pour Pâques. Des programmes, pas si différents des nôtres . Quant aux salaires, ils se demandent bien combien de temps nous avons économisé pour venir à Cuba.

Le soir tombe, les maisons peintes ont des teintes de plus en plus vives . Certaines sont vertes, d’autres roses, jaunes . Les volets bleus tranchent sur les maisons jaunes . Les ferronneries, les balustres quelques balcons donnent une touche de fantaisie . Le clocher jaune de l’église dépasse les maisons basses . Nous le connaissons d’après les photos  des catalogues de voyages à Cuba.

Plaza mayor16

Nous parvenons à la ravissante Plaza Mayor jolies  lanternes blanches , balustres de porcelaine . Des grillages délimitent des petits jardinets où sont plantés des palmiers et des bougainvillées . Au centre de la petite place des bancs de fer forgé peints en blanc avec des motifs végétaux. Deux musiciens donnent un véritable concert : un guitariste et un percussionniste . Les deux chantent très bien . Les touristes ont occupé les bancs .Je sors mon carnet de dessin . La Galerie d’art ressemble aux maisons nobles de Sao Felipe. Il ne faut pas que je recommence toujours les mêmes dessins !Je décide de dessiner au premier plan les musiciens . Le soleil va se coucher . Il fait très doux, presque frais . Je resterais volontiers plus encore à écouter les musiciens . Nous rentrons par les rues pavées . A chaque coin de rue, un petit orchestre, un peu plus loin, un saxophone .

Comment allons nous retrouver notre Maison coloniale?

finalement facilement, elle est sur la route principale, Camilo Cenfuegos .