Les Lions de Sicile – Stefania Auci

CARNET SICILIEN

Palerme :Quattro Canti

 

Un pavé de 555 pages lu en trois jours, les pages se tournent toutes seules.

Roman historique racontant l’Histoire de la Sicile, plus précisément celle de Palerme de 1799 à 1868 à travers la réussite de la famille Florio.

On s’attache aux personnages, Paolo et Ignazio, les négociants  en épices qui quittent Bagnara en Calabre pour Palerme. Vincenzo le fils de Paolo développe l’affaire familiale et lui donne un aspect industriel et même un rayonnement international. Ignazio, prendra les  rênes d’un véritable empire. Cependant, malgré leur réussite commerciale, ils ne parviendront pas à s’intégrer dans la  noblesse sicilienne et on leur reprochera leur origine calabraise, « des hommes de peine ».

De courts chapitres retraceront les évènements historiques. La République Parthénopéenne, révolution napolitaine (1799) et la fuite des Bourbons avec l’avancée de Bonaparte bouleversent les  équilibres aussi bien géopolitiques qu’économique avec l’importance stratégique de la Sicile pour l’Angleterre dans son  antagonisme avec la France de Napoléon. On assistera au retour des Bourbons, aux insurrections de 1848, à l’expédition de Garibaldi et à l’Unité Italienne. Les Florio qui deviennent de plus en plus influents participent à cette évolution politique.

Santa Catarina et la fontaine de la Vergogne

Ce roman raconte aussi l‘arrivée de la modernité sur Palerme. Transformation d’un commerce traditionnel d’importation de quinquina, clous  de girofle, cannelle, sumac en une herboristerie fréquentée par la meilleure société. Vincenzo découvre la Révolution Industrielle au Royaume uni, les usines textiles, les machines industrielles et importe des machines anglaises, transforme sa flotte de voiliers en bateaux à moteur à coque d’acier. Il diversifie ses activités :se lance dans la pêche au thon, monte une conserverie, produit et exporte du vin de Marsala…

Il y a bien sûr, dans la saga familiale des histoires d’amour.

J’ai eu grand plaisir à retrouver Palerme, à imaginer les décors intérieurs des palais que j’ai admiré en me promenant. Imaginer la vie des palermitains de toutes conditions, des marins et portefaix jusqu’aux nobles.

 

L’autre bout du fil – Andrea Camilleri

Le mois de Mai, Mois de la littérature italienne se termine avec Camilleri, L’autre bout du fil, dernier opus sorti en français de la série policière, dicté par l’auteur malvoyant. Je suis retournée avec grand plaisir à Vigata pour retrouver Montalbano et son équipe, Fazio, l’inénarrable Catarella et la trattoria d’Enzo. J’ai aussi souri à cette langue « le Camillerese » comme la nomme Serge Quadruppani dans une longue et affectueuse introduction sous forme de lettre ouverte à Montalbano. Loué sot ile traducteur qui imprime une saveur méridionale à sa traduction. Comme j’aimerais être meilleure italiénisante pour goûter à la VO! .Le commissariat de Vigata est épuisé par les arrivées nocturnes d’embarcations de migrants que les autorités et la population accueille avec bienveillance et lassitude. (le roman est paru en 2016 en Italie avant les horreurs de Salvini). Mais l’intrigue de l’Autre bout du fil se déroule en ville. La couturière Elena qui devait justement réaliser un costume à Montalbano est retrouvée assassinée dans son atelier à coups de ciseaux. L’enquête piétine d’abord jusqu’au rebondissement final (que je me garderai bien de vous dévoiler). Nous assistons à de nouvelles arrivées de migrants, savourons avec Montalbano la délicieuse cuisine locale d’Enzo et celle que Angelina lui prépare, entre pâtes à la boutargue, sardines marinées à l’orange, risotto…Existe-t-il un livre de recettes de la cuisine sicilienne de Camilleri?Catarella adopte le « chat-témoin » du meurtre, le perd, s’y attache – péripéties amusantes – mais hilarantes sont ses transformations des noms propres (bravo encore Quadrupani). J’ai bien ri. Je n’ai pas laissé le livre jusqu’à la résolution de l’affaire.Encore un excellent Montalbano!

LIRE POUR L’ITALIE

Le Toutamoi – Andrea Camilleri – Métailié

LIRE POUR L’ITALIE

L’œuvre de Camilleri ne se résume pas à la série policière avec Montalbano que je suis avec beaucoup de plaisir. Elle est diverse. J’aime beaucoup ses romans historiques :  le Roi Zozimo, la Révolution de la Lune, la Secte des Ange, etc… truculence et  bouffonnerie. Les derniers romans que j’ai lus sont aussi dans le domaine du roman noir : Intermittence, ou de la peinture avec Noli me tangere et La couleur du soleil. Le Toutamoi pourrait être classé « érotique« . 

Cependant, pour la première fois, c’est une déception. Je n’ai pas du tout aimé l’héroïne, Arianna, femme-enfant plutôt gâtée et capricieuse, narcissique et infantile. Je suis également mal à l’aise avec les histoires d’abus sexuel impliquant des enfants. L’histoire tourne autour d’une histoire de sexe mais c’est un sexe  mécanique.

Le livre se lit bien. La chute est inattendue. Je compte me rattraper avec Montalbano avec L’autre bout du fil que je viens de télécharger. 

Les liens du silence – Gilda Piersanti – LePassagePolar

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO – CALABRE

Bien que ce roman soit dans la collection de polars, j’hésiterais à le qualifier de « policier« , des meurtres, des enquêtes, certes mais pas le moindre carabinier dans cette histoire mafieuse. Chez les Cordellaro on règle les affaires en famille en effaçant les preuves ou les traces qui pourraient donner lieu à une enquête, on fait taire les témoins gênants, d’ailleurs inutile de leur demander de se taire, l’omerta règne. Vous avez compris, c’est une histoire de mafia, d’hommes d’honneur. En résumé, d’hommes. 

Et les femmes dans tout cela? Jeunes filles, elles seront promises à des héritiers prometteurs, pour souder des alliances, agrandir des domaines d’influence,  sceller des différends, comme les princesses autrefois au gré de la géopolitique. Il ne sera pas question d’amour, tout juste d’amour maternel, et encore, les enfants sont l’objet de chantage si la mère se rebelle. Rares sont les manipulatrices qui , comme l’Araignée, joueront de leur pouvoir pour avancer leurs pions,  fils ou neveux, dans les rivalités des clans. Nombreuses, les victimes, qu’on enferme dans le secret des grandes maisons et qui disparaissent mystérieusement.

 

Je croyais découvrir un village de  Calabre, berceau des Cordellaro. La romancière m’entrainera  à Zurich, Rotterdam où la famille a des succursales pour développer ses trafics. Magasins Bio ou Jus de fruits tropicaux pour couvrir les importations de cocaïne, bienfaisance pour exploiter les migrants, main d’œuvre bien utile dans les diverses récoltes de tomates ou d’agrumes. Ni vu, ni connu!

C’est un thriller psychologique où les manipulations, les exécutions, s’enchaînent. C’est aussi une histoire d’amour. Cela se lit bien, même si au début on s’emmêle un peu dans les relations familiales. Quand on est accroché on ne le lâche plus pour savoir la fin.

Jaune Caravage – Gilda Piersanti _ Pocket

LE MOIS ITALIEN 2021

Je suis toujours fidèle au rendez-vous de Mai du Mois Italien que Martine anime avec enthousiasme. En revanche, j’ai fait quelques infidélités à nos policiers vedettes, Brunetti et Montalbano pour découvrir une nouvelle héroïne : Mariella De Luca, inspectrice principale romaine qui fait équipe avec sa collègue Silvia à la Questure de Rome. L’auteure, Gilda Piersanti,   née en Italie, vit à Paris et écrit en français. 

Jaune Caravage fait partie d’une série Les saisons meurtrières que je découvre à l’occasion. Peut être eût-il été judicieux de commencer par les premiers, qui ont aussi un titre coloré : Rouge abattoir, Vert Palatino et Bleu Catacombes. Les allusions aux épisodes précédents n’entravent pas la compréhension. J’ai été attirée par la couverture avec une belle photo du Tibre. 

254 pages qui se tournent toutes seules pour une enquête bien embrouillée avec des rebondissements et une chute déconcertante (dont je ne vous dirai rien). Lecture distrayante avec ce qu’il faut de meurtres, de sexe et de drogue en filigrane. Passions adolescentes. Amitiés de lycée. Rêves de photos de mode et de gloire.

Et le Caravage dans tout cela? vous le trouverez à S. Luigi dei Francesi :

« Eva l’avait sortie de l’ombre comme le Christ de Caravage sort Mathieu de son tripot obscur et l’inonde de lumière jaune. Jaune Caravage. »

et à la Villa Borghese .

L’intrigue se déroule d’abord vers la Via Ostiense près du Gazomètre, un peu à l’écart de la Rome pour touristes. Si c’est la Rome touristique que vous connaissez,  vous retrouverez les bords du Tibre et le Castel  Sant Angelo et le pont qui y conduit. Vous imaginerez les traversées de Rome sur la Vespa rouge d’Eva…

Pour l’ambiance :  des vers, des chansons, des poèmes et même des évocations artistiques plus sophistiquées, musique et peinture. Comme les pages se tournent vite, c’est bien amené, pas prétentieux.

 

 

L’inconnu du Grand Canal – Donna Leon

LIRE POUR VENISE

DL

Je suis une fan de Guido Brunetti, j’ai vu ses enfants grandir, j’ai partagé les repas gastronomiques préparés par Paola….la signorina Elettra, Vianello, Foa les équipiers du commissaire sont de vieilles connaissances. J’ai lu au moins 7 épisodes de la série.

Les enquêtes m’ont conduite dans les ruelles, les calli, les canaux et les places de Venise que notre enquêteur parcourt le plus souvent à pied au pas de la promenade. Les sujets abordés ont été variés , patriciens quand l’enquête touchait la famille de Paola, artistiques ou plus triviaux. Et chaque fois, j’étais enchantée de découvrir le Venise des vénitiens et pas celui des touristes. Enquêtes tranquilles pour prendre le temps de flâner.

Mais cette fois-ci, ce n’est plus de la promenade, l’enquête fait du sur-place, pendant les 100 premières page on tourne en rond, et même pas dans les canaux vénitiens, Guido traîne à la questure devant son nouvel ordinateur et quand il quitte enfin son bureau c’est pour aller à Mestre. Embouteillages et visite d’un abattoir – pas glamour du tout.

L’intrigue s’anime un peu dans la deuxième moitié du livre, je m’ennuie un peu moins mais la solution est téléphonée et je me doute bien à l’avance de ce que le commissaire va mettre au jour. Corruptions à tous les étages.

Beau final, original. Ne pas le louper en abandonnant trop tôt.

Une journée dans la Rome Antique. Sur les pas d’un Romain – Alberto Angela

1LIRE POUR ROME

Comment on lave le linge au temps des Romains ? C’est simple, on l’apporte à la fullonica : la foulerie,
l’équivalent de notre blanchisserie. Les vêtements vont y subir divers traitements qui nous obligeraient à nous
pincer le nez. Les tuniques, les toges, les draps et le reste finissent en effet dans des bassins emplis d’eau
additionnée d’une substance alcaline comme la soude, l’argile smectique (encore appelée « terre à foulon ») ou,
tenez-vous bien, l’urine humaine ! Aux coins des rues, en particulier près des fouleries,

Après le foulage, on procède au rinçage puis au battage, et l’on traite le linge avec des apprêts pour lui redonner
du lustre et de la tenue. Ensuite, on l’essore et on l’étend dans la cour, voire dans la rue, et pour finir on le
défroisse sous de grandes presses à vis.

A emporter pour un prochain voyage à Rome ou même pour n’importe quel site antique romain! 

A notre dernier passage à Rome, j’avais pris pour guide Dominique Fernandez et le Piéton de Rome et j’avais suivi ses pas  sur le forum, la Via Appia, au Château Saint Ange, puis sur les traces de Michel-Ange, du Caravage et du Bernin dans , les églises, les fontaines et les rues. Dix jours n’avaient pas suffi. 

Alberto Angela propose une démarche différente :

 Un jour, un mardi de l’an 115 après J.C. sous le règne de Trajan. Rome est à l’apogée de sa puissance et peut-être de sa beauté

C’est donc au rythme de la clepsydre que vous serez initiés au quotidien de la Rome antique.

Heure par heure, dès le lever du jour, le lecteur voit la ville s’éveiller . Il  rencontre des Romains: un dominus dans sa villa cossue se lève, s’habille, fait sa toilette aidé de ses esclaves. Puis nous pénétrons dans les insulae – immeubles collectifs – visitons des appartements. Nous nous laissons porter par la foule  des rues, atmosphère d’une ville indienne. L’école se fait en plein air. Nos pas nous porteront aux forums, nous assisterons à un procès dans la basilique Julia, à une exécution au Colisée, puis des combats de gladiateurs. Déjeuner dans une popina, un restaurant de rue. Bien sûr nous irons aux thermes! Banquet dans une villa avec un menu fastueux….

Avec de courts chapitres, d’une écriture agréable, d’un style vivant presque cinématographique, l’auteur aborde des sujets variés : habillement, menus et recettes élaborées inspirées par le plus grand des chefs Apicius. Il resitue les activités commerciales dans le cadre de l’Empire Romain.  Il n’oublie pas la sexualité. Aucune invention, les descriptions sont documentées à partir textes anciens, graffitis, mosaïques. Alberto Angela cite ses sources avec précision.

j’ai passé un très agréable moment de lecture et me promets de relire ce livre à de prochaines visites archéologiques

 

 

Impossible – Erri de Luca

LE MOIS ITALIEN

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Mon coup de coeur de la rentrée, sans aucune hésitation!

172 pages d’une écriture sobre, épurée comme l’air des cimes des Dolomites où commence le roman. L’auteur touche l’essentiel.

Un roman? presque du théâtre : un huis clos. Un interrogatoire mené par un juge d’instruction qui cherche à obtenir des aveux et l’accusé d’un meurtre qu’il nie avoir commis.

Impossible c’est la définition d’un événement jusqu’au moment où il se produit.

Meurtre ou accident de montagne? Pour le magistrat, il est impossible que tant de coïncidences soient fortuites. La personnalité de l’accusé : un ancien terroriste des  brigades rouges qui a été condamné et emprisonné. L’accusé connaissait très bien la victime qui était un repenti, un délateur qui a trahi ses camarades de lutte. Le mobile: punir le traître. Meurtre presque parfait : la vire où la victime a dévissé était dangereuse, s’effritait. mais sans les aveux, il n’y a aucune preuve de culpabilité.

La célébrité qui nous rend inoubliables, nous anonymes, c’est notre inscription à vie dans les archives de la
police. Là-dedans, nous sommes ineffaçables, à perpétuité. Moi, je le suis depuis des dizaines d’années.

Pour l’accusé, c’est une regrettable coïncidence. Il a lui-même appelé les gendarmes quand il a découvert l’accident. Il ignorait l’identité de l’alpiniste. Il voulait marcher seul, il avait laissé de l’avance à l’autre grimpeur.

Dans la vie économique où tout repose sur la partie double donner/avoir, sur le profit et l’utile, aller en
montagne, grimper, escalader, est un effort béni par l’inutile. Il n’est pas utile et ne cherche pas à l’être.

Le juge est tenace, il instruit à charge et attend une défaillance, une incohérence, dans la défense de l’accusé. L’alpiniste connaît les rouages de la justice, il sait que rien ne peut être prouvé. Il refuse l’assistance d’un avocat, ce dernier restera muet, mis à l’écart. Formidable jeu d’échecs où chacun avance ses pions.

Seule respiration dans ce duel : les lettres d’amour que l’accusé écrit mais n’envoie pas. Il y raconte sa détention et comment il tient bon.

Véritable thriller, qui cèdera du jeune juge ou du vieil accusé? Au fil de l’interrogatoire, ils s’affrontent, mais avec respect et politesse. Chacun estime son adversaire. Une amitié pourrait presque naître quand l’accusé veut faire connaître au juge l’alpinisme.

Deux générations sont confrontées. Pour l’accusé,  celle du militantisme, du collectif, de la solidarité, des camarades…. et pour le jeune juge, celle de l’individualisme, de l’image,  des réseaux sociaux, du recours au Droit.

L’obsession d’être déclaré important par les autres ne me concerne pas. J’ai fait partie d’une génération qui a agi
au nom du collectif. Je considère donc insignifiantes les individualités, les personnalités.

La liberté au pied des oliviers – Rosa Ventrella

LIRE POUR L’ITALIE (POUILLES)

Années 1940 – 1950 à Copertino dans les Pouilles non loin de Lecce et de Manduria où nous avions passé une semaine délicieuse. 

Deux sœurs inséparables : Tereza, l’ainée la silencieuse, la blonde et Angelina, la brune, la plus belle fille du village. Relation fusionnelle, intense.

« ….vérité, c’était que nous devions lutter pour manger. Mon père le savait. Ma mère le savait. Tout le monde au
village le savait. Pour cette raison, les sentiments et les rêves étaient dosés, savourés comme une forme
d’épargne réservée aux bons jours. »

Grande pauvreté des paysans sous le fascisme puis la guerre. Comment nourrir ses filles quand le mari est au front? Au village, restent les commères qui surveillent les allers et venues de Caterina, la mère. On croit encore aux sorcières.

« En janvier 1950, quand les paysans protestèrent pour avoir le droit de cultiver les terres du marquis Tamborrino
de Maglie, un saisonnier âgé de trente ans reçut des balles de mitraillette en pleine poitrine et mourut. À partir de
là, le vent de la révolte souffla sur les terres de Nardò, Carmiano, Leverano et Copertino. »

« L’injustice qui habitait ces terres depuis la nuit des temps et la colère des peuples laissés pour compte qui
s’étaient mélangés et perdus dans cette lande semblaient avoir élu domicile dans le cœur de mon père. »

masseria : « maison de sucre »1

Tout le village est sous la coupe du Barone qui possède les terres et qui règne avec ses nervis, châtiant les velléités de révolte. En 1950, les hommes rentrés de guerre veulent cultiver les terres laissées à l’abandon, réserves de chasse des nobles, ils se révoltent et finissent par obtenir des terres. C’est donc aussi le roman de cette lutte.

« Le grand mange le petit, déclara-t-elle. C’est comme ça depuis toujours. Et si le petit essaie de devenir grand, le
grand dégaine le premier. »

Lutte de classe? Tout n’est pas simple. Caterina, la mère, et Angelina ont reçu en cadeau une grande beauté, une malédiction selon les commères jalouses. Cette beauté ne laisse pas indifférents les barons père et fils. Angelina deviendra baronne. Tereza doit vivre avec la honte qui va avec ces compromissions. Elle, qui est transparente, réservée raconte l’histoire de sa mère et de sa sœur.

« Moi, j’étais invisible et, bien que devenue femme, mes traits devaient lui paraître confus et interchangeables,
comme ceux de tous les jeunes gens qui n’attirent l’attention de personne. Pour Giacomo j’étais à la fois
familière et insignifiante, au même titre que les meubles de la cuisine, l’armoire, le secrétaire ou les bibelots
dont il avait rempli sa maison. Une jeune fille malchanceuse, coincée entre la beauté désinvolte de sa sœur et la
force de sa mère. »

A lire, pour la chaleur de l’été des Pouilles, pour la lutte des paysans même si j’émets quelques réserves sur cette « malédiction de la beauté » qui se répète de génération. Une lecture agréable sans plus.

 

 

LE PREMIER GHETTO – l’exemplarité vénitienne – alice becker-ho – ed Riveneuve

LIRE POUR VENISE

 

Merci à Babélio et aux éditions Riveneuve pour cette découverte dans le cadre de la MASSE CRITIQUE! 

Un petit livre de moins de 150 pages que je croyais lire en une soirée et qui m’a demandé 3 jours! Si je pensais faire une promenade guidée dans le Ghetto de Venise, j’aurais pu être déçue. Ce n’est pas du tourisme c’est de l’Histoire (avec un Grand H), de l’Histoire avec références bibliographiques sérieuse, notes et surtout des concepts très précis. Dans l‘avant-propos, l’auteure questionne: 

« quel sens a eu le mot ghetto, d’où est-il venu, dans quel contexte et pour quelles raisons? »

« que signifient étranger, citoyen? Qu’est-ce qui les distingue? Quel rôle ont joué ici la religion? le commerce? l’Etat? les guerres?… »

Elle tâchera de répondre à ces interrogations en établissant Les fondements de la cité en revenant aux cités antiques, à la Grèce et Rome, à la présence d’une acropole, d’une enceinte, à la définition du citoyen et de l’étranger. La ville cosmopolite Alexandrie, Constantinople, peuvent aussi donner des réponses analogues. Venise, la commerçante est héritière de l’hellénisme, de l’Empire byzantin. Avec ses possession maritimes, ses comptoirs, ses Echelles d’Orient, Venise va suivre les modèles de ses  villes commerçantes anciennes. Dans ces trois premiers chapitres, l’auteure pose les bases de sa recherche. Je suis mais m’impatiente un peu. 

Enfin; page 35, elle aborde La communauté juive : d’un exil à l’autre prenant son temps puisque le premier exil est celui de Babylone. Elle raconte les tribulations des Juifs autour de la Méditerranée, en Allemagne, en Espagne…C’est instructif, et je complète mes connaissances.

Venise cité-état va faire l’état des lieux de la fondation de la ville en 421 par les populations romanisées fuyant les Huns, en passant par l »Empire byzantin, les Croisades et l’établissement des comptoirs maritimes, les Echelles, de cet « état au service ds marchands. » enfin l’apparition de la Peste  en 1513 pour arriver à la décision  en 1516 d’isoler les Juifs et de les regrouper dans le Ghetto. Nous voici p 93 arrivés au fait : la fondation du premier ghetto.

Le chapitre : Le ghetto juif ne compte que 17 pages.  sur une période allant de 1516 à 1655. Nous voyons l’installation des Juifs levantins, allemands, et ds marranes, l’établissement d’un nouveau ghetto Ghetto nuovo , puis d’un troisième nuovissimo. La vie quotidienne se dessine. Mais il me manque des références précise, plan des rues, architecture plus précise. 

Le dernier chapitre A la recherche du Ghetto perdu est la partie la plus originale, la plus personnelle de l’ouvrage. Rassurez-vous, ce n’est pas une ville qui a perdu son ghetto, c’est le mot « ghetto » qu’elle interroge, cherchant l’origine, l’étymologie de ce mot qui a connu un succès planétaire si bien que maintenant plus personne ne pense à Venise, et peut être même plus aux Juifs pour désigner un quartier où une population serait assignée à résidence, enfermée. Elle interroge les mots, lance le lecteur sur des pistes inattendues comme celle du funduk arabe ou de la fonte des caractères d’imprimerie. Elle remet en question les idées préconçues comme le caractère péjoratif qu’on attribuerait au ghetto. Le lecteur se laisse entraîner dans cette enquête sémantique originale. 

Si je reste sur ma faim en ce qui concerne le quartier de Venise où j’aime me balader je note dans l’abondante bibliographie des ouvrages que je vais m’empresser d’acquérir  surtout celui de Riccardo Calimani. J’aime bien le jeu de billard livresque, un livre renvoie à un autre qui renverra à un troisième….