La Reine de Poméranie – Andrea Camilleri

LE MOIS ITALIEN

Avec un peu de retard dans la semaine italienne que Martine a proposée, un hommage à Camilleri qui nous a quitté il y a quelques semaines. L’oeuvre de Camilleri est diverse. Je suis par intermittence les enquêtes de Montalbano, je n’aime pas lire plusieurs épisodes à la suite, mais je ne me lasse jamais d’y revenir. J’ai un grand faible pour les ouvrages historiques(Le Roi Zozimo est mon préféré). Je découvre avec la Reine de Poméranie un nouveau registre : la nouvelle.

Le recueil, La Reine de Poméranie rassemble huit nouvelles, presque de courts romans

. Unité de lieu : Vigatà, bien sûr! Vigatà dans une période un peu floue entre les deux guerres, un peu avant, un peu après peut être. Les personnages appartiennent à toutes les couches de la société, des paysans très pauvres, aux notables. Toute la société de Vigatà : du maire à l’évêque, petits commerçants, tous se croisent dans le territoire exigu de Vigatà où tout le monde connaît tout le monde mais où certains secrets restent gardés pendant des générations ou sortent dans des lettres anonymes. mesquinerie et roublardise, mais jamais de pure méchanceté. Tous sont terriblement humains.

On sourit beaucoup, on rit aussi aux trouvailles naïves, aux inventions langagières . Comme j’aurais aimé le lire en sicilien! ( l’expérience récente du film Le Traitre a montré mes limites dans la compréhension du dialecte).

 

La Storia – Elsa Morante

LIRE POUR L’ITALIE

Mon pavé de Juillet!

945 pages, quand même, que j’ai dévorées.

J’aime les livres d’Histoire, et j’aime quand on me raconte une histoire. Et La Storia combine les deux.

La Grande Histoire, de 1941 à 1947,  est rappelée, année par année, en Italie, et dans le Monde, en notes serrées, petites lettres, au début de chaque partie, afin que le lecteur n’ignore rien du contexte dans lequel se déroule le récit. 

La petite histoire est celle d’Ida, institutrice,  fille d’un calabrais anarchiste et d’une institutrice juive, veuve et mère de Nino, adolescent au début du roman. En janvier 1941, un soldat allemand, saoul viole Ida qui donnera  naissance à Giuseppe. Demi-juive, mère d’un petit bâtard, Ida n’a pas la vie facile. Des rumeurs effrayantes courent dans le Ghetto de Rome…

1943, Rome est dévastée, l’immeuble d’Ida soufflé. Ida et Useppe, sont à la rue et rejoignent d’autres sinistrés dans un logement de fortune qu’ils partagent avec une tribu – les Mille –  napolitains, un marbrier communiste, et un jeune fugitif anarchiste, Carlo Vivaldi. La communauté s’enrichit aussi d’une chatte Rossella et de deux canaris. Abri de fortune, vie précaire, mais ambiance chaleureuse. Nino est devenu partisan et mène des actions clandestine dans les environs. Alors que les Américains ont débarqué en Sicile, que Naples est libérée, à Rome, les Allemands règnent en maîtres.  Le ghetto est vidé, les juifs emmenés en camps de concentration…

1944, la libération de Rome tarde, la guerre s’éternise. Partisans et Fascistes s’affrontent. Ida et Useppe doivent encore patienter avant de retrouver une vie normale, l’école d’Ida reste fermée, elle partage encore un logement avec des étrangers avant de pouvoir trouver un petit appartement.

Les années d’après-guerre ne sont pas plus faciles! Le retour à la normalité est compliqué pour ceux qui ont vécu la clandestinité. Révolutionnaires ou aventuriers.

Je ne vais pas tout résumer! Il fut lire le livre en entier.

Le lire pour l’histoire, tragique mais aussi pour imaginer le monde dans les yeux d’un tout petit. Le talent d’Elsa Morante est de faire vivre tout un petit monde, varié, vivant composé d’adulte mais aussi d’enfants, d’animaux. Avec quelle vivacité elle imagine le monde vécu par la chatte Rossella, la chienne Bella, les canaris qui sont des personnages à part entière. La nature est aussi décrite avec poésie. L’enfant  et la chienne découvrent les berges du Tibre comme un merveilleux terrain d’aventure et de poésie!

Un  grand moment de lecture.

 

 

Leçons pour un jeune fauve – Michela Murgia

LIRE POUR L’ITALIE (SARDAIGNE)

Une déception!

La magie d’Accabadora n’a pas opéré. Ni l’humour de La Guerre des Saints. J’avais emprunté Leçons pour un jeune fauve en toute confiance, sans même lire le 4ème de couverture, histoire de faire un petit tour en Sardaigne et de retrouver une auteure que j’avais beaucoup appréciée.

Dix sept « leçons », et un épilogue pour un roman (267pages). En dehors d’être le titre des chapitres à quoi correspondent donc ces « leçons »? Une actrice de 38 ans prend pour « élève » un jeune violoniste de 18. Que va-t-elle donc lui apprendre?  Va-t-elle lui apprendre le savoir-vivre dans le monde du spectacle? Ou le raffinement des tissus et des vêtements bien coupés qu’il convient de porter dans un certain milieu où le paraître est tout un discours? Va-t-elle lui apprendre la séduction et les jeux subtils de l’amour? Ou  l’ambition pour lui, alors que ses parents sont ternes et indifférents à sa carrière. Dans le genre Pygmalion, je reste sur ma faim.

Est-ce un roman d’amour? Si Eleonora n’apporte guère à son « élève », elle parle beaucoup d’elle. Elle petite fille, dans un rapport malsain à ses parents.  Elle et Fabrizio, l’ancien amant, l’ami qui régit les rapports élèves-professeurs. Elle et Chirù, l’élève. Elle et Martin, qu’elle va épouser. Et justement, elle est plutôt antipathique. Actrice renommée, on se demande bien pourquoi. Professeur de rien. Amante distante.

Je suis mauvaise cliente pour les romans d’amour et les relations compliquées ne fatiguent.

 

 

La Pyramide de boue – Andrea Camilleri

LIRE POUR L’ITALIE

Depuis un certain temps, je n’avais pas fréquenté Montalbano, préférant d’autres romans de Camilleri, j’aime bien espacer les romans d’une même série, puis les reprendre.

J’avais oublié comme c’était drôle, et encore bravo à Quadruppani, qui a su trouver les mots savoureux.

Mauvais temps sur Vigata! il pleut sans discontinuer et le sol est boueux,

« Le « fang » comme disait Catarella et peut-être n’avait-il pas tort, parce que la fange avait pénétré dans notre sang, elle en était devenue partie intégrante; la fange de la corruption, des dessous-de-table, des fausses factures, de l’évasion fiscale, des arnaques, des bilans truqués, des caisses noires, des paradis fiscaux, du bunga bunga… »

On a retrouvé un cadavre dans une canalisation, un cycliste qui est venu mourir là, dans la boue. On aurait bien voulu qu’il s’agisse d’une affaire de cocufiage. La femme du cycliste, une allemande, recevait des hommes, aux dires de la vieille voisine…

Montalbano s’oriente plutôt sur la piste des travaux publics, de la construction d’écoles…Mais je ne vais pas éventer l’affaire. A lire! un très bon cru.

Il n’y aura plus de nouveau Montalbano, mais je les ai pas tous lus

Marina Bellezza – Silvia Avallone

LIRE POUR L’ITALIE

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Silvia Avallone est une auteure italienne que je suis avec attention. J’ai été scotchée par D’Acier qui raconte l’amitié entre deux jeunes adolescentes près de Piombino avec la crise de l’acier en arrière-plan. J’ai été très intéressée par La vie Parfaite qui se déroulait dans les grands ensembles de Bologne, mais moins par le thème de la maternité et du désir d’enfant.

Marina Bellezza a pour cadre une petite ville des Alpes Biella et les hameaux et villages de montagne. Dans les deux premiers ouvrages, le rôle principal était attribué à des femmes et des jeunes filles, les hommes n’étant que des comparses souvent négligeables ou absents. Silvia Avallone a changé son point de vue, Marina Bellezza, l’héroïne est une tête à claques tandis que la sympathie du lecteur va plutôt à Andrea, fils de notables, qui décide de s’établir dans une ferme, se consacrer à ses vaches et son fromage dans les meilleures traditions des marcaires.

« Mais lui,, de toute façon, il était comme son grand père. Dur comme le roc de ces montagnes; Il prouverait à tout le monde, et aussi à son père, et à son frère, que lui, Andrea, dans la période la plus dure que le pays ait traversé depuis soixante ans, l’année où cent milles boîtes avaient fermé, il était capable de mettre sur pied une entreprise compétitive. Il n’aurait pas besoin pour ça, contrairement à d’autres, de vendre son âme, de troquer sa liberté contre sa carrière »

Marina Bellezza, au contraire, a pour capital, sa beauté, un don pour la chanson, et surtout une invincible volonté de réussir dans le milieu de la télévision. Elle court, et gagne les radio-crochets dans l’Italie de Berlusconi.

Depuis le lycée, Andrea et Marina entretiennent une relation amoureuse. mais qu’ont-ils en commun ces deux-là? Après une éclipse de quelques années, ils se retrouvent, et leur liaison reprend, si forte qu’ils décident de se marier.

« De quoi avait-il peur? d’une bimbo? D’une gamine de vingt deux ans, débarquée de sa province en talons aiguilles pour être remarquée dans les endroits à la mode par quelqu’un? 

Non, Andrea savait qu’elle n’était pas comme ça : trop fière pour se vendre, trop ambitieuse. Bien pire, en fait. [….] Marina, on pouvait juste la détester. Et en ce moment, il la détestait? Il la revoyait, arrogante, pas plus instruite qu’une chèvre, esclave du conformisme. Nourrie au biberon et à la télé….. »

Nous assistons donc à l’ascension de la nouvelle star de la télé-réalité et en même temps à la réalisation du rêve d’Andrea. De temps en temps ils se retrouvent dans la montagne dans la communion avec la nature dans les endroits qu’ils ont fréquentés depuis leur enfance. Et puis chacun retourne à ses projets…..

Pourtant, il y a bien une autre fille, philosophe qui étudie Gramsci, qui tombe amoureuse d’Andrea et qui partage ses idéaux de retours à la terre. Pourquoi Andrea ne la préfère-t-il pas?

Silvia Avallone réussit à se renouveler en changeant de cadre, d’époque, de personnages. Elle a toujours un regard acéré sur la  psychologie de ses personnages et sur l’analyse politique et social, nous faisant voir une autre facette de l’ Italie.

mai est le mois des transhumances, octobre le mois des retours dans la plaine. Les troupeaux remontent la vallée, traversent les villages, et leurs cloches appellent les rares habitants aux fenêtres. A la fin de l’été, ils redescendant? C’est un cycle, chaque année. 

Quiconque naît sur les bord du torrent, qu’il le veuille ou non, s’imprègne de ce silence, cette immobilité, cet abandon. Quiconque a grandi, comme Marina Bellezza, entre Andorno et Piedicavallo, dans cette fente creusée entre les rochers, isolée du monde, porte en soi cette clôture, qui est avant tout un enracinement, et aussi une forme de défense, une manière de résister quelle que soient les circonstances ; de s’adapter aux imperfections de la vie »

 

Le livre des choses cachées – Francesco Dimitri

CARNET DU MEZZOGIORNO

J’ai trouvé ce titre sur le blog d‘eimelle fort à propos puisque je cherchais des lectures à télécharger sur la liseuse pour notre voyage dans le sud de l’Italie.

Le récit se déroule dans le Salento où nous sommes passées il y a quelques années mais j’ai commencé la lecture à Bari, pas trop loin. J’ai donc eu le plaisir de le découvrir sous le soleil des Pouilles, avec la chaleur de l’été évoquée dans le livre, de l’accompagner des plats dont le livre parle, les poissonneries qui sont aussi des petits restaurants. Ambiance raccord!

C’est un thriller, pas question de dévoiler l’énigme!

C’est un livre de potes, quatre jeunes hommes ont conclu un Pacte, se retrouver tous les ans, à la même date dans leur pizzeria, et bien que la vie les ait dispersés, qui à Londres, qui à Milan, qui à Rome….bien qu’ils aient une vie professionnelle bien remplie, des femmes, pour certains des enfants, ils sont restés fidèles au rendez-vous. Sauf, qu’au début du livre Art ne se présente pas. Il a disparu!

Et cette disparition est suspecte! Les trois autres vont mener l’enquête qui va souder le groupe comme au temps de leur adolescence….Assez logiquement, ils rencontrent la mafia locale, remontent dans les secrets anciens.

Puis ils découvrent qu’Art s’intéressait aux « choses cachées » avec des connotations plutôt ésotériques. Là, je décroche un peu. Le fantastique, surtout adolescent, ce n’est pas mon truc.

Mais l’action est bien menée, les personnages attachants et je termine le bouquin avec plaisir. L’auteur a maintenu la tension jusqu’au bout et a conservé sa lectrice.

Révisions et Lectures : Roger II de Sicile Pierre Aubé

CARNET DU MEZZOGIORNO

J’aime bien ces jours de révisions qui permettent de profiter des lieux que nous avons découverts, de nous les approprier. Nous sommes donc retournées pour se baigner aux trois petites plages de Marina Maratea. Avec une mer d’huile, j’ai nagé jusqu’à l’intérieur de la grotte. Quel émerveillement.

Nous sommes allées directement au Lido di Roberto à Praia a Mare face à l’île Dino. La plage st plus jolie que dans ma première impression, je nage avec précaution entre les rochers, certains affleurent. .

Déjeuner sans surprise, nous avons commandé les mêmes plats.

Je lis Roger II de Sicile de Pierre Aubé : livre d’histoire plutôt difficile pour moi qui connais mal le Moyen Âge. L’auteur s’attache à décrire en détail tous les épisodes de la conquête du Mezzogiorno de de la Sicile par les Normands. Il nomme chaque chevalier. Il s’attache à montrer les subtils équilibres de pouvoirs entre Normands, Grecs et Arabes et rapports de force dans une géopolitique plus étendue : entre les papes, les empereurs romains-germaniques, les Normands, Venise….C’est passionnant.

Quand il raconte les luttes, les jalousie et les traîtrises29 entre les chevaliers normands, les deux papes et antipape Anaclet(1130-1138)et Innocent II , je m’y perds un peu. Je jubile quand il cite les villes où nous sommes passées : Bari, Trani, Taranto (où nous irons) mais aussi Palerme et même Mahdia et Sfax en Tunisie. Ce genre de lecture anime les châteaux et les églises normandes.