LE PREMIER GHETTO – l’exemplarité vénitienne – alice becker-ho – ed Riveneuve

LIRE POUR VENISE

 

Merci à Babélio et aux éditions Riveneuve pour cette découverte dans le cadre de la MASSE CRITIQUE! 

Un petit livre de moins de 150 pages que je croyais lire en une soirée et qui m’a demandé 3 jours! Si je pensais faire une promenade guidée dans le Ghetto de Venise, j’aurais pu être déçue. Ce n’est pas du tourisme c’est de l’Histoire (avec un Grand H), de l’Histoire avec références bibliographiques sérieuse, notes et surtout des concepts très précis. Dans l‘avant-propos, l’auteure questionne: 

« quel sens a eu le mot ghetto, d’où est-il venu, dans quel contexte et pour quelles raisons? »

« que signifient étranger, citoyen? Qu’est-ce qui les distingue? Quel rôle ont joué ici la religion? le commerce? l’Etat? les guerres?… »

Elle tâchera de répondre à ces interrogations en établissant Les fondements de la cité en revenant aux cités antiques, à la Grèce et Rome, à la présence d’une acropole, d’une enceinte, à la définition du citoyen et de l’étranger. La ville cosmopolite Alexandrie, Constantinople, peuvent aussi donner des réponses analogues. Venise, la commerçante est héritière de l’hellénisme, de l’Empire byzantin. Avec ses possession maritimes, ses comptoirs, ses Echelles d’Orient, Venise va suivre les modèles de ses  villes commerçantes anciennes. Dans ces trois premiers chapitres, l’auteure pose les bases de sa recherche. Je suis mais m’impatiente un peu. 

Enfin; page 35, elle aborde La communauté juive : d’un exil à l’autre prenant son temps puisque le premier exil est celui de Babylone. Elle raconte les tribulations des Juifs autour de la Méditerranée, en Allemagne, en Espagne…C’est instructif, et je complète mes connaissances.

Venise cité-état va faire l’état des lieux de la fondation de la ville en 421 par les populations romanisées fuyant les Huns, en passant par l »Empire byzantin, les Croisades et l’établissement des comptoirs maritimes, les Echelles, de cet « état au service ds marchands. » enfin l’apparition de la Peste  en 1513 pour arriver à la décision  en 1516 d’isoler les Juifs et de les regrouper dans le Ghetto. Nous voici p 93 arrivés au fait : la fondation du premier ghetto.

Le chapitre : Le ghetto juif ne compte que 17 pages.  sur une période allant de 1516 à 1655. Nous voyons l’installation des Juifs levantins, allemands, et ds marranes, l’établissement d’un nouveau ghetto Ghetto nuovo , puis d’un troisième nuovissimo. La vie quotidienne se dessine. Mais il me manque des références précise, plan des rues, architecture plus précise. 

Le dernier chapitre A la recherche du Ghetto perdu est la partie la plus originale, la plus personnelle de l’ouvrage. Rassurez-vous, ce n’est pas une ville qui a perdu son ghetto, c’est le mot « ghetto » qu’elle interroge, cherchant l’origine, l’étymologie de ce mot qui a connu un succès planétaire si bien que maintenant plus personne ne pense à Venise, et peut être même plus aux Juifs pour désigner un quartier où une population serait assignée à résidence, enfermée. Elle interroge les mots, lance le lecteur sur des pistes inattendues comme celle du funduk arabe ou de la fonte des caractères d’imprimerie. Elle remet en question les idées préconçues comme le caractère péjoratif qu’on attribuerait au ghetto. Le lecteur se laisse entraîner dans cette enquête sémantique originale. 

Si je reste sur ma faim en ce qui concerne le quartier de Venise où j’aime me balader je note dans l’abondante bibliographie des ouvrages que je vais m’empresser d’acquérir  surtout celui de Riccardo Calimani. J’aime bien le jeu de billard livresque, un livre renvoie à un autre qui renverra à un troisième….

Borgo Vecchio – Giosuè Calaciura – Sellerio

LIRE POUR PALERME

Ce court roman, une centaine de pages, est traduit en Français et édité par Noir et Blanc. Par inadvertance j’ai téléchargé la version italienne. J’ai pensé qu’un petit livre se lirait plus facilement. C’est sans compter la richesse du vocabulaire et le style dont j’en ai goûté la saveur en ayant recours plus que de coutume au dictionnaire.  Cette lecture lente m’a permis de passer un bon moment à Palerme que je connais un peu et qui me fascine.

Gemito

Tragique et burlesque.

Innocence du regard des deux enfants Mimmo et Cristofaro qui sont plongés dans une réalité sordide d’une violence sans limites où le vol, le chantage les coups, le meurtre font partie de la vie ordinaire. Couteau et pistolet sortent facilement de leur cachette.  Carmela, la pieuse putain, enferme sa fille dans une sorte de cage sur le balcon pour recevoir ses clients. Le quartier résonne des plaintes de Cristofaro que son père bat quand il est ivre.

Gemito : ils sont napolitains mais j’imagine un air de famille avec Mimmo et Celeste

 

Il est pourtant plein de vie, ce vieux quartier près du port. L’auteur nous fait sentir la proximité de la mer, l’odeur du pain, les effluves de la viande, des légumes du marché. Il se prépare à la fête paroissiale attendue avec impatience. L’auteur passe de l’action d’un véritable thriller à des moments de contemplation et de tendresse. Tendresse et naïveté de Nana, la jument, confidente des enfants.

Un concentré de poésie, d’action, de tendresse, un roman très noir aussi!

Trois Heures du matin – Gianrico Carofiglio

LITTÉRATURE ITALIENNE

De l’auteur Gianfranco Carofiglio, j’ai lu des polars bien noir : Les Raisons du doute, Le Silence pour preuve et Le Passé est une terre étrangère. Trois Heures du Matin  n’est pas un policier. C’est un court roman qui met en scène un jeune homme, 17 ans, encore lycéen et son père. 

Antonio a fait, enfant, des crises d’épilepsie. Son médecin lui prescrit un traitement lourd, lui interdit le football, les boissons gazeuses et les plaisirs adolescents. Antonio se sentant diminué sombre dans la dépression. Ses deux parents le conduisent à Marseille chez un spécialiste qui allège le traitement et qui lui rend le goût de vivre. Quelques années plus tard, son père l’accompagne pour une visite de contrôle.

Pour vérifier que la guérison est complète, le neurologue soumet l’adolescent à un test curieux : pendant deux jours, il ne doit surtout pas s’endormir et doit vivre une vie « normale » : il a même le droit de boire de l’alcool et de faire la fête. Une seule injonction : ne pas dormir.

Père et fils vont donc occuper ces « vacances » inattendues à Marseille. Ils vont visiter la ville, Notre Dame de la Garde, les Calanques, goûter à la bouillabaisse sur le Vieux Port, écouter du jazz dans une boîte interlope et même participer à une fête improviser chez des artistes….je les suis volontiers dans ce tourisme improvisé.

Mais surtout, père et fils vont faire connaissance.  Antonio vit chez sa mère et ses visites à son père n’ont aucun caractère d’intimité. Ce court séjour va changer la perception du jeune homme. Il découvre la personnalité de son père. Cet échange est très touchant. Découverte aussi des premiers émois sexuels.

Un roman sensible, tout en douceur. Je me suis demandée d’où venait ce titre : va-t-il se passer quelque chose à Trois Heures du matin? C’est une référence à Gatsby le Magnifique :

Fitzgerald était un grand écrivain et un homme malheureux. je pense souvent à cette citation de lui « dans la véritable nuit noire de l’âme, il est toujours trois heures du matin »

Le père fait aussi connaître Cavafy à son fils et j’ai toujours un faible pour ceux qui citent le poète d’Alexandrie.

Le samedi de la terre – Erri de Luca

« Pour la première fois de ma vie, j’assiste à ce renversement : l’économie, l’obsession de sa croissance, a sauté
de son piédestal, elle n’est plus la mesure des rapports ni
l’autorité suprême. Brusquement, la santé publique, la
sécurité des citoyens, un droit égal pour tous, est l’unique
et impératif mot d’ordre »

Je me ferme aux bruits du monde, aux litanies de statistiques morbides, aux discours et aux injonctions anxiogènes qui se déversent sur nous.

Soudain un titre : Le samedi de la Terre d’Erri de Luca traverse la barrière que je me suis construite. Urgence! il me le faut!

Gallimard offre le téléchargement gratuit dans sa collection Tracts. Plus qu’un essai, ce court texte(12 pages) est un tract que j’ai envie de diffuser autour de moi.

Enfin! dans les écrits et paroles « sur le confinement » vient une réflexion qui me donne comme une bouffée d’oxygène.

 

Et soudain une épidémie de pneumonies interrompt l’intensité de l’activité humaine. Les gouvernements instaurent des restrictions et des ralentissements. L’effet de pause produit des signes de réanimation du milieu ambiant, des cieux aux eaux. Un temps d’arrêt relativement bref montre qu’une pression productive moins forte redonne des couleurs à la face décolorée des éléments

Enfin! quelqu’un donne à lire une pensée cohérente, politique, poétique, belle, qui me traverse, me porte au lieu de me consterner.

Pourquoi ce titre?

le Samedi qui littéralement n’est pas un jour de fête mais de cessation. La divinité a prescrit l’interruption de toute sorte de travail, écriture comprise. Et elle a imposé des limites aux distances qui pouvaient être parcourues à pied ce jour-là. Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre.

Je savais l’auteur grand lecteur de la Bible en hébreu, il a choisi Samedi plutôt que Shabbat pour que sa parole soit universelle. 

En conclusion :

« Basta che ce sta ‘o sole, basta che ce sta ‘o mare… »

Il suffit qu’il y ait le soleil, il suffit qu’il y ait la mer.

Ce n’est pas une thérapie reconnue, mais c’est bon pour l’âme de se mettre au balcon et de se laisser baigner de lumière.

ERRI DE LUCA

Ne vous contentez pas de ces courts extraits!

LISEZ-LE !

 

 

 

 

 

 

Canal Mussolini – Antonio Pennacchi

LIRE POUR L’ITALIE

Saga familiale racontant le destin des Peruzzi, paysans sans terre du Ferrarais. La tribu, dix-sept enfants, va participer au grand chantier fasciste de l’assèchement et de la bonification des Marais Pontins. 

Evènement fondateur :  1926, expulsion des Peruzzi, métayers ruinés  par la dévaluation Quota 90, du domaine du Comte Zorzi-Vila dont le nom sera maudit comme un refrain par toute la famille. 

….je veux ma terre. J’veux mes bêtes.

J’peux pus t’les donner. Mais j’te donnerai dans les marais Pontins tous les domaines que tu voudras. Et cette terre sera la tienne, Peruzzi, cette fois nous donnons la terre aux paysans. Après quelques années de métayage, elle t’appartiendra, tu deviendras propriétaire terrien[….] Et le visage de Rossoni étincelait tandis qu’il parlait. Exactement comme s’il offrait à mes oncles la Terre promise.

En prologue : la rencontre du grand-père en 1904 avec Rossoni , à la suite d’une bagarre, l’incarcération de Peruzzi dans la même cellule que Rossoni pendant un mois. Rien ne prédestinait Peruzzi à devenir fasciste. Bouffeur de curé, d’un milieu plutôt socialiste Peruzzi était  à gauche. Rossoni vint un jour à la ferme en compagnie de Mussolini qui fit grande impression sur les Peruzzi. Cette rencontre sera décisive: les Peruzzi seront des fascistes de combat! En première partie, l’histoire de l’Italie se déroule, vécue par ces paysans du nord de l’Italie : luttes syndicales, première guerre mondiale, création des Faisceaux (1919) et agitation prolétarienne Biennio Rosso(1919-1921) . Bien sûr, les Peruzzi participent à la Marche sur Rome (1922).

Ce fut un exode. Trente mille personnes en l’espace de trois ans – dix mille par an  – parties du Nord. De la Vénétie, du Frioul, du Ferrarais. Emmenées à l’aventure, au milieu d’étrangers, parlant une autre langue. Ils nous traitent de « bouffeurs de polenta » ; pis encore de « Cispadans », ce qui, dans leur bouche, signifie « envahisseurs »….

La deuxième partie raconte la Bonification des Marais Pontins, l’installation des colons, sous la direction de L’OEuvre nationale des combattants, institution fasciste qui choisissait des paysans anciens combattants de la Grande Guerre connaissant le travail de la terre et bons fascistes. Elle raconte le creusement du Canal Mussolini, drainant les eaux descendant des monts Lupini et bloquées par la dune en marais sauvages et malsains. Elle raconte encore la construction des villes mussoliniennes. Racontée par le plus jeunes des Peruzzi, on assiste à l’installation, et à la vie quotidienne de la tribu. Aspects techniques, agricoles mais aussi politiques. On voit évoluer la doctrine fasciste vers les fastes impériaux:

Désormais, tout le monde avait une idée fixe – bien sûr je ne discute pas, c’était la faute du Duce et du fascisme qui n’arrêtait pas d’en parler – l’idée fixe de la romanité et des fastes impériaux qui nous revenaient de droit à nous autres Italiens, mais aussi cette notion un peu païenne selon laquelle les hommes n’étaient pas pour ainsi dire, tous égaux.

Et à la suite de ces « fastes impériaux » sont venues les guerres coloniales, en Afrique d’abord, puis la Guerre d’Espagne et enfin, à la suite d’Hitler la seconde guerre mondiale, et l’invasion de l’Albanie et de la Grèce. Bien sûr, les Peruzzi- chemises noires –  participèrent à l’aventure coloniale et furent engagés sur tous les fronts.

En Ethiopie, ils retrouvent les eucalyptus qui ont fourni leur contribution à la bonification des Marais pontins

l’eucalyptus – qui était pour le Fascio le monumentum perenne, le monument éternel de la bonification

Même les arbres sont un symbole politique!

Les guerres tournent à la catastrophe, pour l’Italie comme pour les Peruzzi. Quand les Alliés avancent pour libérer l’Italie en 1943, les Peruzzi combattent du côté des Allemands. Ils croient défendre leurs domaines.

Difficile de résumer en quelques lignes ce roman-fleuve, cette saga, roman historique passionnant. J’ai lu récemment la Storia d’Elsa Morante, et le Christ s’est arrêté à Eboli de Carlo Levi qui témoignent de cette période de l’histoire italienne avec une critique radicale du fascisme qui me semble évidente. Plus éloignée de ma vision de l’histoire : ce récit  de paysans fascistes loin d’être irréprochables : Pericle, le héros des Peruzzi est un assassin et une brute, leur ami Rossoni, un dignitaire fasciste très proche de Mussolini, le Duce est présenté plutôt sympathique. La bonification des Marais pontins est aussi présentée comme une entreprise positive.

Malgré toutes mes réserves, mes craintes, je me suis laissé emporter par ce livre. Pennacchi a recréé un monde riche, pas forcément sympathique. Il a donné la parole à des paysans pour raconter l’histoire  telle qu’ils l’ont vécu.

Le Temps des hyènes – Carlo Lucarelli – Métailié

LIRE POUR L’ITALIE

Un polar Erythréen ou un polar Italien?

Les deux mon capitaine!

Le capitaine des carabiniers royaux, Colaprico est chargé d’une enquête concernant le meurtre (ou le suicide) de trois « indigènes » et du marquis Spérandio, pendus aux branche du sycomore d’Afelba.  Il est accompagné de son « bachi-bouzouk » abyssin, Ogbà.

Nous voici transportés dans la Corne de l’Afrique, colonie italienne. Chaleur accablante et orages de la saison des pluies, pistes poussiéreuses, plantations. Ambiance coloniale, casernes, bordels, alcool, racisme…Vie rurale africaine : traditions, costumes, cuisine. Une leçon de cuisine extraordinaire au foyer d’Ogbà, quand la femme de ce dernier veut honorer le capitaine, son hôte d’un soir.

Roman italien d’une Italie tout juste unifiée avec des provinces bien identifiées par leur dialecte. Comme je regrette que mon faible niveau d’Italien ne me permette pas de goûter les nuances dans les parlers de Romagne, de Livourne, Turin ou Naples! Lucarelli insiste sur les différentes prononciations.  Les jurons doivent être savoureux pour les linguistes. Ces nuances langagières ont leur importance dans la résolution de l’enquête, aussi bien en tigrigna (la langue locale) qu’en Français…

L’histoire italienne ne se résume pas à la colonisation de l’Afrique. En filigrane, on devine Garibaldi, et les républicains italiens, la mafia sicilienne et ses « morts qui parlent« (les vivants n’étant pas bavards).

C’est surtout un polar avec ses mystères, ses rebondissements, les violences et les cadavres qui se décomposent vite. Si Colaprico est un grand lecteur de Sherlock Holmes, c’est plutôt Ogbà qui réfléchit et résout les énigmes.

« il préférait réfléchir, le tarbouch en équilibre au bout d’un doigt et les soies bleues du gland qui lui fouettaient la paume ouverte de l’autre[….]

A voir l’affaire ainsi, elle semblait b’ghez, évidente. mais aussi zegherherrim, étrange. 

Forcément : kem negher zeybabriawi yelen

Il n’y a rien de plus trompeur que l’évidence.

 

There is nothing so unnatural as the commonplace. 

Putain, Ogbà, putain…tu l’as encore fait! tu as cité Sherlock Holmes

Confession téméraire – Anita Pittoni

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

La Masse Critique de Babélio offre des aventures littéraires inattendues. Encore merci à Babélio et aux éditions La Baconnière!  Je n’aurais sans doute pas tenté cette lecture et j’aurais raté une rencontre rare avec Anna Pittoni.

Anna Pitton(1901 – 1982) fut une créatrice de mode, une styliste et une figure de la vie de Trieste, sa ville. Elle se tourna vers la vie littéraire et publia des recueils de prose poétique.En 1949, elle fonda la maison d’édition  lo Zimbaldone. Bien trop ignorante de la vie littéraire italienne d’alors, je n’avais jamais entendu parler d’Anna Pittoni ni de Roberto Balzen ou d’Umberto Saba. Wikipédia m’a appris que le nom de Zimbaldone faisait allusion à Leopardi , et que ce mot avait donné sabayon en français. 

Le recueil Confession Téméraire rassemble deux ouvrages Les Saisons  et Promenade sous les armes (1971) ainsi que de textes Cher Saba et La Cité de Bobi. Ces textes courts publiés séparément sont cependant homogènes : ils ont pour narratrice Anna Pittoni, elle-même qui se raconte, s’analyse devrais-je peut-être oser. En filigrane, un amour, un homme qui lui a offert un bouquet de cyclamen, dont le retour cause une joie indicible mais qui provoque parfois la jalousie (deux chapitres sont intitulés « jalousie »). Certains récits sont oniriques, la limite entre rêve, cauchemar et réalité est floue. 

Ambiance étrange comme dans une peinture de de Chirico

Ce n’est pas une lecture facile. Je ne suis pas entrée tout de suite dans l’histoire. J’ai relu le matin les pages de la veille parce que j’étais perdue. J’ai dû apprivoiser la narration qui semblait ne mener nulle part. Puis je me suis laissé embarquer dans cette atmosphère étrange enchaînant les images comme dans un rêve.

Certes, les différents chapitres ne m’ont pas tous séduite, je me suis un peu ennuyée dans des détours qui égarent la lectrice. Par surprise, une image comme celle de la pelote de chanvre bleue, chevelure de sirène, m’a ravie.  je me suis attachée au petit bouquet de cyclamens qui revient plusieurs fois. Ces histoires de jalousie avec leur chute inattendue m’ont aussi beaucoup plu.

Lecteurs de romans d’action passez votre chemin, les lecteurs contemplatifs trouveront leur bonheur. Ceux que l’analyse psychologique passionne aussi.

.Ça a été une joie pour moi d’aller au fond des choses, afin d’y trouver, dans ce que j’ai écrit ces dernières années, le fil caché d’une réalité : des petits faits, un seul petit fait, ou seulement une partie d’un fait, ou plusieurs faits ensemble, même s’ils sont lointains les uns des autres dans le temps: tout cela revient à une projection cinématographique des souvenirs . Ce  serait très fructueux d’apprendre à décrypter ce que nous avons écrit quasiment en filmant les faits qui nous ont inspirés : ce serait presque nous auto-éduquer à notre propre sensibilité……

 

La Reine de Poméranie – Andrea Camilleri

LE MOIS ITALIEN

Avec un peu de retard dans la semaine italienne que Martine a proposée, un hommage à Camilleri qui nous a quitté il y a quelques semaines. L’oeuvre de Camilleri est diverse. Je suis par intermittence les enquêtes de Montalbano, je n’aime pas lire plusieurs épisodes à la suite, mais je ne me lasse jamais d’y revenir. J’ai un grand faible pour les ouvrages historiques(Le Roi Zozimo est mon préféré). Je découvre avec la Reine de Poméranie un nouveau registre : la nouvelle.

Le recueil, La Reine de Poméranie rassemble huit nouvelles, presque de courts romans

. Unité de lieu : Vigatà, bien sûr! Vigatà dans une période un peu floue entre les deux guerres, un peu avant, un peu après peut être. Les personnages appartiennent à toutes les couches de la société, des paysans très pauvres, aux notables. Toute la société de Vigatà : du maire à l’évêque, petits commerçants, tous se croisent dans le territoire exigu de Vigatà où tout le monde connaît tout le monde mais où certains secrets restent gardés pendant des générations ou sortent dans des lettres anonymes. mesquinerie et roublardise, mais jamais de pure méchanceté. Tous sont terriblement humains.

On sourit beaucoup, on rit aussi aux trouvailles naïves, aux inventions langagières . Comme j’aurais aimé le lire en sicilien! ( l’expérience récente du film Le Traitre a montré mes limites dans la compréhension du dialecte).

 

La Storia – Elsa Morante

LIRE POUR L’ITALIE

Mon pavé de Juillet!

945 pages, quand même, que j’ai dévorées.

J’aime les livres d’Histoire, et j’aime quand on me raconte une histoire. Et La Storia combine les deux.

La Grande Histoire, de 1941 à 1947,  est rappelée, année par année, en Italie, et dans le Monde, en notes serrées, petites lettres, au début de chaque partie, afin que le lecteur n’ignore rien du contexte dans lequel se déroule le récit. 

La petite histoire est celle d’Ida, institutrice,  fille d’un calabrais anarchiste et d’une institutrice juive, veuve et mère de Nino, adolescent au début du roman. En janvier 1941, un soldat allemand, saoul viole Ida qui donnera  naissance à Giuseppe. Demi-juive, mère d’un petit bâtard, Ida n’a pas la vie facile. Des rumeurs effrayantes courent dans le Ghetto de Rome…

1943, Rome est dévastée, l’immeuble d’Ida soufflé. Ida et Useppe, sont à la rue et rejoignent d’autres sinistrés dans un logement de fortune qu’ils partagent avec une tribu – les Mille –  napolitains, un marbrier communiste, et un jeune fugitif anarchiste, Carlo Vivaldi. La communauté s’enrichit aussi d’une chatte Rossella et de deux canaris. Abri de fortune, vie précaire, mais ambiance chaleureuse. Nino est devenu partisan et mène des actions clandestine dans les environs. Alors que les Américains ont débarqué en Sicile, que Naples est libérée, à Rome, les Allemands règnent en maîtres.  Le ghetto est vidé, les juifs emmenés en camps de concentration…

1944, la libération de Rome tarde, la guerre s’éternise. Partisans et Fascistes s’affrontent. Ida et Useppe doivent encore patienter avant de retrouver une vie normale, l’école d’Ida reste fermée, elle partage encore un logement avec des étrangers avant de pouvoir trouver un petit appartement.

Les années d’après-guerre ne sont pas plus faciles! Le retour à la normalité est compliqué pour ceux qui ont vécu la clandestinité. Révolutionnaires ou aventuriers.

Je ne vais pas tout résumer! Il fut lire le livre en entier.

Le lire pour l’histoire, tragique mais aussi pour imaginer le monde dans les yeux d’un tout petit. Le talent d’Elsa Morante est de faire vivre tout un petit monde, varié, vivant composé d’adulte mais aussi d’enfants, d’animaux. Avec quelle vivacité elle imagine le monde vécu par la chatte Rossella, la chienne Bella, les canaris qui sont des personnages à part entière. La nature est aussi décrite avec poésie. L’enfant  et la chienne découvrent les berges du Tibre comme un merveilleux terrain d’aventure et de poésie!

Un  grand moment de lecture.

 

 

Leçons pour un jeune fauve – Michela Murgia

LIRE POUR L’ITALIE (SARDAIGNE)

Une déception!

La magie d’Accabadora n’a pas opéré. Ni l’humour de La Guerre des Saints. J’avais emprunté Leçons pour un jeune fauve en toute confiance, sans même lire le 4ème de couverture, histoire de faire un petit tour en Sardaigne et de retrouver une auteure que j’avais beaucoup appréciée.

Dix sept « leçons », et un épilogue pour un roman (267pages). En dehors d’être le titre des chapitres à quoi correspondent donc ces « leçons »? Une actrice de 38 ans prend pour « élève » un jeune violoniste de 18. Que va-t-elle donc lui apprendre?  Va-t-elle lui apprendre le savoir-vivre dans le monde du spectacle? Ou le raffinement des tissus et des vêtements bien coupés qu’il convient de porter dans un certain milieu où le paraître est tout un discours? Va-t-elle lui apprendre la séduction et les jeux subtils de l’amour? Ou  l’ambition pour lui, alors que ses parents sont ternes et indifférents à sa carrière. Dans le genre Pygmalion, je reste sur ma faim.

Est-ce un roman d’amour? Si Eleonora n’apporte guère à son « élève », elle parle beaucoup d’elle. Elle petite fille, dans un rapport malsain à ses parents.  Elle et Fabrizio, l’ancien amant, l’ami qui régit les rapports élèves-professeurs. Elle et Chirù, l’élève. Elle et Martin, qu’elle va épouser. Et justement, elle est plutôt antipathique. Actrice renommée, on se demande bien pourquoi. Professeur de rien. Amante distante.

Je suis mauvaise cliente pour les romans d’amour et les relations compliquées ne fatiguent.