Keith Tyson dialogue avec Claude Monet à Marmottan

DIALOGUES INATTENDUS

Connaissez-vous Keith Tyson

Artiste britannique contemporain.

Tyson : London

Comment peindre après l’invention de la photographie?

tyson : 4 seasons

Comment peindre le passage des heures? des année, du temps?

Détails

Nous les arbres – Fondation Cartier

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 5 janvier 2020

Luiz Zerbini

Les expositions de la Fondation Cartier sont chaque fois un enchantement, un dépaysement et une découverte de l‘art contemporain. Nous les arbres s’intègre tout à fait naturellement dans le jardin derrière la verrière du magnifique bâtiment de Jean Nouvel. On peut même poursuivre le parcours dehors.

Zerbini : table-herbier (détail)

Dans chaque salle, une installation, une thématique. J’ai préféré la salle du rez de chaussée investie par Luiz Zerbini, un artiste brésilien que j’avais déjà remarqué à la Fondation Cartier dans l’exposition Géométrie du Sud du Mexiqueà la Terre de Feu.… L’élément central est un vrai ficus entouré d’étagères colorées formant une « table herbier » présentant aussi bien des fruits secs que des coquillages ou des racines séchées. entourant l’arbre, des tableaux de très grand format, très colorés sont à la gloire des végétaux.

Luiz Zerbini

Suspendues le long des vitres, des feuilles monotypes avec impressions directes , et surimpressions de feuilles, tiges, branches, graines… d’une extrême finesse.

Deux murs sont occupés par des gravures et dessins d’artistes Yanomanis du Brésil décrivant une forêt-monde peuplée d’animaux  .

arbre avec un toucan

En face des artistes du Paraguay Nivaclé et Guarani racontent un monde dont ils sont chassés par la déforestation, ils racontent la pêche et la chasse avec une précision et un talent remarquable

Dans l’autre salle du rez de chaussée, peu d’exotisme. Les arbres nous sont familiers.  La première partie est investie par Fabrice Hyber avec de grands tableaux relatant ce qui me semble être des expériences botaniques ou agronomiques. Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret  sur un grand écran célèbre un platane, un noyer, un magnolia, un cèdre, un arbousier….racontés par des personnes très variées qui ont noué une relation toute personnelle avec ces arbres. Nous prenons notre temps à écouter, regarder. Documentaire très contemplatif!

Au sous-sol, on retrouve la forêt amazonienne et la déforestation

et l’on se promène aussi dans l’imaginaire très décoratif d’un plasticien iranien. Puis dans la réalité scientifique d’un savant italien.

Pour terminer par un film très zen de Paz Encinna (réalisatrice paraguayenne), filmé parfois au ras de l’écorce, parfois dans le flou des branches de la canopée qui se balancent. Une petite fille se confie, « approche-toi de l’arbre » comme un refrain dans ses confidences sur ses émerveillements, la tendresse de sa mère, ses découvertes…Il ne se passe rien mais on est envoûté.

Hicham Berrada au Louvre-Lens

ESCAPADE NORDISTE

Nuages? Feuillages? vaisseaux sanguins?arborescences? sur les vitres de la Galerie

Hicham Berrada est ce plasticien un peu chimiste, un peu informaticien qui invente des univers minuscules dans des bocaux, cristallisoirs  où il fait varier différents paramètres (température, acidité, conductivité etc…) pour observer des phénomènes de précipitation, cristallisation, corrosion, sédimentation, érosion… qu’il filme dans des vidéos poétiques ou qu’il moule et met en scène dans des aquariums. 

un monde dans un aquarium

J’avais déjà rencontré ses œuvres dans le Parc de Versailles pour un Voyage d’hiver 

mais ces univers minuscules étaient perdus dans les bosquets.

Seconde rencontre à l’Abbaye de Maubuisson

près de Pontoise et j’avais été bluffée par cette chambre d’or et par les vidéos

un autre petit univers minéral

Aquariums, vidéos des expériences de chimie artistique, il ne faut  pas oublier les installations créées pour le lieu de résidence ni l’utilisation des algorithmes pour des créations en même temps aléatoires et maîtrisées.

L’art contemporain est une conclusion logique de la Galerie du Temps qui ne peut s’arrêter à l’art classique. Cependant, pour la comparaison, la barre est haute et se trouver confronté à de tels chefs d’oeuvres n’est pas forcément un avantage pour un plasticien, même reconnu.

L’Envers du Décor au Palais de la Porte Dorée Musée national de l’Histoire de l’Immigration

un week end au musée de la Porte Dorée

L’exposition Persona Grata est démontée, bien sûr il reste de belles collections permanentes, mais pour 3 jours (vendredi 1, samedi 2 et dimanche 3) le Palais est ouvert aux visiteurs et ceci, gratuitement, comme vide. Des installations, performances s’y déroulent dans un aimable désordre (bien organisé).

Le Palais de la Porte Dorée a été construit pour l’Exposition Coloniale de 1931, tous les décors, bas-reliefs extérieurs et fresques intérieures, sont à la gloire de l’Empire Français, exhibant les richesses apportées par les colonies à la métropole.

bas relief du musée

Ce week-end est une occasion de réfléchir au colonialisme et à ses méfaits. Une visite guidée satirique a conduit un groupe de visiteurs dans les salles, escaliers et coursives : intitulée L’inconscient colonial sur le divan. Utilisant un vocabulaire psychanalytique ronflant, les guides décodent fresques et grilles (montrant dans les cercles, des allusions aux entraves des esclaves) dans les fers forgés les barreaux d’une prison… Une montée de contrition puis de catharsis a terminé la visite.

Une très belle installation Les statues meurent aussi (visible jusqu’au 3 mars) m’a beaucoup plu. Oeuvre de trois artistes allemands Jan Mammey, Falk Messerschmidt, Fabian Reimann. les plasticiens ont photographié les vestiges de l’Exposition coloniale et des statues, des plaques commémoratives. Ils projettent sur de nombreux écrans tandis qu’une tête de statue trouvée dans le Bois de Vincennes raconte son voyage au dessus de Paris, texte poétique. j’ai beaucoup aimé  cette performance.

Différents spectacles musicaux se déroulent dans la grande salle vide, meublée uniquement d’un tapis bleu et de quelques bancs. Un percussionniste joue, une danseuse l’accompagne. puis de la musique arrive de quelque part. Nous levons les yeux vers les galeries, un chef de choeur dirige des choristes invisibles. Consultant le programme j’en déduis qu’il s’agit d’une Intervention musicale dirigé par le metteur en scène Antoine Gindt, le chef d’orchestre Léo Warynsky avec les chanteurs Métabole.

Malheureusement à l’heure où paraîtra le billet toutes les performances sont finies, il reste le superbe bâtiment et Les statues meurent aussi. Vous pouvez toujours faire un tour au Bois de Vincennes.

 

Persona Grata au MacVal

LE MONDE EN EXPOS

kimsooja

Deux parties pour Persona Grata : au Musée de l’Immigration de la Porte Dorée et au MacVal à Vitry. Il n’en faut pas moins pour célébrer l’Hospitalité ou dénoncer sa carence! Ce sujet m’importe, j’ai donc pris l’autobus pour Vitry afin de compléter la visite. Le MacVal offre de vaste salles très claires pour des installations de grandes dimensions.

Je pourrais faire l’énumération  séries de photos de Calais (Serralongue) ou de Sangatte (Jacqueline Salmon), ou l’étude photographique sur les habitants du Val de Marne – commande du  département – de Sabine Weiss ou les vidéos. Je préfère présenter quelques œuvres qui m’ont parlé.

Mona Hatoum

Suspendu 2009-2010  de Mona Hatoum , artiste palestinienne, née à Beyrouth, en exil depuis 40 ans. Elle a suspendu 40 balançoires avec des chaines métalliques. Le siège revêtu de plastique rouge est gravé de manière à figurer les plans de 40 villes avec les rivières, les bras de mer et les rues principales. Je reconnais Paris mais pas Dakar ni Athènes, Le Caire ou Rome, encore moins Canberra  ou Hanoï. Ces balançoires m’ont fait imaginer la précarité de l’errance, le fragile équilibre. puis j’ai découvert le cartel qui a confirmé mes impressions et un très beau texte de Charles Robinson « sous influence », une invitation à un auteur pour livrer un texte personnel  dont je copie le début :

« Qu’est-ce qui rapproche Alger, Bamako, Beijing, Beyrouth, Dakar, Le Caire, Mexico, paris Tokyo, Tunis, Varsovie Wellington?

Que les villes-mondes soient des Eldorados flottants.

Des métropoles fantasmatiques aux chants de sirène….

[….]La balançoire est nostalgique. Dessinée pour les enfants, il suffit de silence pour que sa présence pince le cœur. l’oreille se dresse, e attente du grincement de sa chaîne. la mémoire s’affole, elle hallucine des souvenirs d’amitié et de jeux, de rires et de joies. La balançoire est un rêve d’innocence. »

Ce texte est à l’unisson de mon impression première. Je l’aime beaucoup.

Ben : Marianne en deuil pour non-respect du droit des peuples

Une autre oeuvre m’a émue: Esther Shalev Gerz : First Generation 2004_2006. Cette installation occupe tout un mur avec 43 photographies de fragments de visage, oeil, commissures des lèvres, peaux de différentes pigments….et de textes, réponses à 4 questions que la plasticienne a posé aux habitants d’une banlieue de Stockholm, émigrants de 1ère génération :

qu’avez-vous perdu?

qu’avez-vous trouvé? 

Qu’avez-vous reçu?

qu’avez-vous donné

J’ai recopié certaines réponses, ou fragments de réponses :

« Le Chili et la Suède sont comme deux personnes que j’aime »

« aux deux pays je dis : apprenez à m’aimer pour ce que je suis »

« mes enfants sont nés ici, que sont-ils? Des suédois ou des étrangers? je ne sais pas à vrai dire. Quand on demande d’où ils viennent, ils répondent d’Algérie. mais ce n’est pas vrai, ils sont nés ici. »

Avec les Bulgares, je suis Bulgare

Avec les Turcs, je suis turque

Avec les Suédois, je ne suis pas Suédoise »

 

Une autre oeuvre marquante a été choisie pour affiche : celle de Kimsooja qui a silloné en 1957 la Corée sur un camion sur une pile de bottaris : baluchons traditionnel. En 2007 cette performance est réactualisée avec des bottaris récoltés chez Emmaüs et le voyage prend fin à l’église Saint Bernard, lieu symbolique des sans-papiers. La photo est une allégorie de la migration et aussi de la résistance collective.

Basquiat à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

C’est une exposition très riche :  les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!

Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.

irony of negro police

 

On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….

les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.

Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.

Per capita
per capita

Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA ,  on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!

Zydeco 1984

Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!

Not for sale

L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »

Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.

Dos Cabezas : Andy Warhol et Basquiat
Andy Warhol et Basquiat

 

Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiat qui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.

Riding with death (1988)
Riding with death (1988)

Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!

Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.

Exposition Persona Grata – au Musée National de l’Immigration – Palais de la Porte Dorée

WELCOME! SOYONS HOSPITALIERS!

Persona Grata, locution latine employée en diplomatie pour signifier qu’un diplomate est agrée, le contraire de Persona non grata, expression plus usitée pour signifier qu’une personne n’est pas la bienvenue.

Persona Grata exposition sur l‘Hospitalité, se décline en deux expositions, l’une à Vitry-sur-Seine au MacVal. par laquelle commencer? les deux sont à égale distance de Créteil.

Au hasard, j’ai pris le métro vers la Porte Dorée. Avant même de pénétrer dans le Palais, j’ai fait une halte dans une sorte de dôme blanc, un peu comme un igloo ou un chapiteau de cirque. De joyeux cris s’en échappaient, portes ouvertes sur l’Atelier du Good Chance Theatre qui répétait ce qui va donner le spectacle HOPE SHOW prévu samedi 17 novembre à 16h. Des danseurs de tous âges (plutôt jeunes mais pas que) de toutes couleurs et de toutes langues tapent sur des bâtons et sont assis en rond. L’un d’eux met la musique : surprise de ma part!

C’est en hébreu Echad mi yodea traditionnel juif. De retour à la maison je trouve facilement la chorégraphie c’est celle de Ohad Naharin de la troupe israélienne Batsheva

chorégraphie très tonique, très énergique, très gaie qui rassemble sur un texte de la Haggadah de Pessah migrants et accueillants, de toutes nationalités et religions. Moi qui comprends je suis sidérée de les voir célébrer Dieu unique et toutes les bases du judaïsme. Ouverture d’esprit!

je suis très bien accueillie, on me demande seulement de ne pas prendre des photos pendant la répétition.

L’exposition Persona Grata occupe le niveau supérieur du Palais de la Porte Dorée.

Avec l’art contemporain j’ai parfois du mal à apprécier les œuvres, mais je fais des efforts (il me semble que j’ai déjà écrit cela une paire de fois!).

On est accueilli par ELDORADO de Lahouari Mohammed Baki, simplement écrit en néon comme les enseignes publicitaire dans une salle sombre. Si toutes les œuvres me portent à réfléchir, j’avoue qu’un néon publicitaire comme un monochrome noir, ou un autre tableau noir sur lequel on a peint (comme dans une carte à gratter de mon enfance) une porte fermée, ne déclenchent aucun plaisir (ni déplaisir) esthétique. Un bateau noir éclairé d’ampoule est peut être plus suggestif, comme un phare rouge en vidéo dont le pinceau lumineux tourne.

En revanche j’ai été touchée par des vidéos, celle de Koropa de Laura Henno montrant un enfant de 11 ans, enfant passeur devant « assumer » le voyage des Comores à Mayotte. On lit sa frayeur dans la nuit sur son visage. Enfant, il ne risque pas la prison, seulement d’être battu, lui explique le commandant. Autre vidéo envoûtante celle de l’albanais Ami Sala « Le Clash » où un homme déambule, une boite dans les bras, boîte à musique, devant une salle de concert désaffectée.

J’ai été assez peu sensible aux installations ou au dôme de bois entouré de verre pilé de l’égyptien Montaz Nasr.

Une salle est dédiée à la jungle de Calais : série de tableaux à l’huile peints d’après des captures d’écran par Pascale Cossigny et surtout le reportage photo de Bruno Serralongue sur le démantèlement de la Jungle . Un interview du photographe nous apprend qu’il travaille à la chambre et ne prend qu’une ou eux photos par jour. Après ma visite à l’exposition de Ron Amir, photographe israélien qui photographie également des migrants de la même manière, je m’interroge sur ces images d’artistes. Alors que nous vivons dans un univers d’images numériques prises à la va-vite avec les smartphones , il existe d’autres images, prise après réflexion, cadrage, véritable travail professionnel qui n’ont rien à voir avec nos photos-souvenirs.