le CIAC à Carros présente des expositions : Puivif et Champollion, hommage à Mendonça

CÔTE D’AZUR

Carros le château et l’église

Le château de Carros est le siège d’un Centre International d’Art contemporain que j’ai visité avec grand intérêt. A côté de musées prestigieux d’artistes célébrissimes comme Picasso, Matisse, Chagall ou Fernand Léger, je suis ravie de découvrir des inconnus qui m’interpellent avec ces deux expositions. 

Autre temps, Autre lieu du 12/02/2022 au 29/05/2022  regroupe les œuvres de deux plasticiens Véronique Champollion et Francis Puivif. 

Puivif – Entre temps

Francis Puivif a d’abord réalisé des collages puis il   a collectionné différents objets pour en construire d’autres, une mappemonde agglomérant des boîtes, des morceaux métalliques. il a fabriqué des tableaux avec des cadrans d’horloges avec des tiges, des mécanismes et des clés formant des personnages « Entre temps »

Puivif – L’atelier de Zeus

 

D’autres compositions sont de plus grandes taille, agglomérant des couleurs, des crayons, des cartes colorées comme cet « Odyssée nocturne » dont la coque du bateau est en papier à musique ou « L’atelier de Zeus  » à la coque rouge. Il recycle toute sortes d’objets. Son installation recrée l’univers de l’atelier de l’artiste dévoilant son travail, son désordre et le hasard de la création artistique.

Véronique champollion

Véronique Champollion a investi le château en l’interprétant. Elle l’a habité de compositions fantaisistes en papier mâché, s’est inspirée des gypseries des plafonds, des fresques et d’éléments mythologiques.

Fresques du château de Carros

Elle utilise le papier mâché le papier plié coloré et vernis. parfois ses compositions sont de grande taille. Je n’ai pas trop aimé ses grandes femmes blafardes soulignées de noir. Elle réunit animaux et personnages : sa forêt en papier plié présente des dizaines d’oiseaux, papillons, personnages suspendus à des fils. Elle a inspiré les enfants des écoles qui ont réalisé leur forêt que j’avoue préférer à celle de l’artiste chevronnée, plus colorée.

Champollion : La fuite

Une pièce du château avec une magnifique cheminée et une frise sert de support à « la fuite« , course très réussie d’animaux, lapins, oiseaux qui s’élancent entres des jambes humaines sur le mur blanc .

V Champolion : saisons

Dans le même esprit, une salle a pour thème les Quatre saisons, celles de Vivaldi, de Hölderlin, tableaux colorés avec faunes satyres ou musiciens répondant à la frise végétale. j’ai peu apprécié les tableaux individuellement mais l’ensemble est convaincant.

Hommage à Bruno Mendonça

Mendonça : Morse

Le peintre décédé en 2011 avait en 2002 créé à Carros des Bibliothèques éphémères . Le CIAC lui consacre plusieurs salles dans le château de Carros. j’y découvre une œuvre très diverse avec de grands tableaux colorés sur papier (350cmx200cm) représentant des eskimos débitant un morse et des chameaux  et des compositions géométriques plus abstraites, « Triangulations » jeu de formes et volumes dans le projet de bibliothèque ainsi que des composition à base de codes-barres très réussies. 

Mendonça : triangullations

 

Au rez de chaussée, je fais connaissance avec  Octave Guillonet (1872-1967)

Guillonet : battre le blé

Vence – la ville close et le Musée Matisse

CÔTE D’AZUR

Vence le frêne planté par François premier et peint par Soutine

De La Gaude à Vence , 7 km sur un itinéraire assez urbanisé fréquenté par de nombreux cyclistes le dimanche matin qui  passe devant la Chapelle Matisse ou Chapelle du Rosaire.

Matisse : chapelle du Rosaire, Vierge et l’enfant

La ville moderne de Vence est assez étendue, la ville ancienne, enclose dans ses remparts, petite. 

Place du Grand Jardin, se tient un petit marché qui vend surtout des fleurs. Les remparts enserrent presque entièrement la ville car les maisons y sont accolées. les portes sont aussi très bien conservées. A l’intérieur un lacis de ruelles pavées décorées de plantes en pots conduisent à la Place Clémenceau où se trouve l’Hôtel de Ville peint en jaune et précédé d’une sculpture cubique : la Vençoise de Jim Ritchie (1987).

Vence, Cathédrale et au premier plan la Vençoise

Non loin, la Cathédrale Notre Dame de la Nativité est bâtie sur l’emplacement d’un ancien temple romain de Mars puis d’une église mérovingienne. on peut encore y observer des pierres carolingiennes. Difficile de qualifier le style de cette église qui possède 5 nefs contenant des retables baroques avec une façade baroque. Dernier décor : la mosaïqu  pu admirer les stalles de e de Chagall sur le thème de Moïse dans le baptistère. Je n’ai malheureusement pas pu admirer les stalles de bois sculpté 5ème siècle dans les tribunes fermées. 

Au fond de la place un bâtiment avec un porche abrite une sorte de préau pavé orné d’un bélier de pierre.

Chaïm Soutine : Le Frêne de Vence

  Le Musée de Vence est logé dans le Château construit au 17ème siècle, accolé à la Tour de Peyra (12ème) ouvre à 11 heures . Le frêne planté par  François 1er en 1538 a été peint par Soutine. Sa taille est vraiment impressionnante. 

Au premier étage Scénocosme  de Grégory Lasserre et Anaïs met den Ancx est une série d’ installations interactives d’art numérique et sonore. Je suis assez imperméable à ces installations mais une médiatrice se présente. Sans elle je n’aurais jamais trouvé le mode d’emploi de ces œuvres. 

Frotter les pierres : au centre d’une salle obscure au sol en cercle des pierres. il convient de s’agenouiller ou de s’asseoir sur des coussins et de caresser les pierres qui produisent des ondes traduites par des images en noir et blanc sur un écran circulaire ainsi que des sons. la médiatrice insiste sur la connexion entre la pierre, le son et les interférences comme celle d’une pierre jetée dans l’eau. Référence aussi aux lithophones préhistoriques conçus pour effrayer les prédateurs (archéologie ou légende?) je suis sceptique.

Explorer la surface et la profondeur d’un voile qui est tendu comme la peau d’un tambour sur un cercle et qui vibre. Une caméra installée entre le voile et un miroir renvoie l’image de la de la silhouette sur le mur. C’est très futé, mais je n’adhère pas vraiment. La technologie m’amuse. 

Vous êtes invités à caresser des plantes délicatement : Lierre et Pothos réagissent et font entendre des sons. Amusant!

Tourne-disque? Une curieuse platine en bois de mûrier

En revanche j’ai été beaucoup plus séduite par la sculpture de bois Matière sensible : une fine lame de frêne est installée dans un support qui évoque un diapason ou une lyre.

Lyre?

Le bois vibre pour donner des sons. Cela évoque Penone dont j’ai vu l’exposition à la BnF. Un disque  est posé sur une chaîne HiFi, ce n’est pas un vinyle mais une tranche de tronc de mûrier avec les cernes. Alors que les premières installations ne m’ont pas vraiment touchée celles qui utilisent le bois me parlent. 

Au second étage Matisse : études préparatoires pour la Chapelle du Rosaire

A la billetterie on m’a signalé que les photos sont interdites, j’irai visiter la chapelle un autre jour, le dimanche impossible. 

chapelle du Rosaire

matisse : chapelle du Rosaire

Le dimanche il est difficile de visiter la chapelle. Nous y retournons le mercredi suivant en revenant du circuit dans les villages de montagne. Sur le bord de la route le bâtiment blanc, bas, ne se distingue pas des constructions environnantes. Il faut la chercher pour  la découvrir.

(interdit de photographier à l’intérieur de la chapelle, mais permis dans le petit musée en annexe)

Je remarque les vitraux somptueux, le grand Saint Dominique à côté de l’autel. le chemin de Croix est original, au fond de la chapelle dessiné sur le carrelage.

Giuseppe Penone à la BNF – Sève et pensée

Exposition temporaire jusqu’au 23 janvier 2022

Pensieri e linfa

Sève et pensée – pensieri e linfa – est une sculpture : un tissu de lin posé sur l’écorce d’un arbre frotté avec des feuilles de sureau.

« j’ai pensé que je pourrais associer à ce geste manuel celui de l’écriture. l’écriture est comme la sève qui irrigue la vie de l’arbre, elle porte un flux continu d’idée »

dit Penone, dans un entretien avec Jean-Christophe Bailly qui a traduit le texte qui accompagne le frottage. 

Il sera beaucoup question d’empreinte, empreintes d’écorce, de feuilles, empreintes digitales.

pensieridi foglie

Avec ses empreintes digitales et de la couleur verte, il compose plusieurs tableaux

Leaves of grass

Leaves of grass fait référence à l’œuvre de Walt Whitman. En plus des traces de ses doigts il a planté au centre du tableau une sculpture d’argile que j’ai prise de loin pour un coquillage et qui n’est que l’empreinte de son poing serrant la terre. 

Plus sophistiqué le petit bois

Verde del bosco (le spectateur donne l’échelle)

Si les empreintes d’écorce, de peau, de feuilles… restituent la surface des choses, le plasticien fait aussi surgir les structures internes de l’arbre. Il cherche à redonner vie à ces poutres de charpente qu’il dessine avec précision  pour retrouver l’arbre à l’intérieur du bois

gli alberi dei travi

il pousse le travail plus loin en décapant autour des noeuds du bois

alberi libro

Penone sait aussi dessiner et graver très finement

151 nomi di alberi

parfois, avec beaucoup d’humour, on trouve l’arbre dans la gorge du personnage

paesaggio

Une œuvre spectaculaire illustre le thème du regard. Je n’ai pas beaucoup aimé l’expérience du regard inversé où de minuscules lentilles-miroirs obturant la pupilles reflètent la rue que devrait capter l’œil sur une série de photos. En revanche j’ai beaucoup aimé ces yeux fermés composés d’épines d’acacias et de marbre évidé à la même manière que l’arbre ci-dessus pour mettre en évidence les veines.

Occhi chiusi

Une vidéo montre Penone au travail. il commente d’autres réalisations .J’ai beaucoup aimé le jardin construit sur le plan d’une branche qui se ramifie en rameaux, les sentiers figurant la même structure et le promeneur par son mouvement personnifiant la sève circulant dans l’arbre.

Penone aboli la séparation entre végétal et homme, dans le sens des flux de la pensée humaine….

« il y a un esprit de la matière »

Rencontres avec deux artistes palestiniens au Macval : Taysir Batniji et Kamelya Jubran

Exposition temporaire de Taysir Batniji jusqu’au 9-01-2022 au Mac val de Vitry

hannoun (1972-2009) performance installation, photographie couleur, copeaux de crayon
Champ de coquelicot

QUELQUES BRIBES ARRACHEES AU VIDE QUI SE CREUSE

Je suis un très mauvais public pour l’art contemporain.

Si la visite n’avait pas été guidée en présence de Taysir Batniji et commentée par d’excellents conférenciers, je n’aurais sans doute rien compris et j’aurais été très déroutée par cette installation dont le thème est la disparition, l’effacement, l’arrachement, l’absence et l’exil.

Sans titre -1998 – valise sable;
le sable est un leitmotiv dans le travail de Taysir Batnijj
« ma patrie est une valise » Mahmoud Darwich

Dans le vaste espace que le Macval offre à cette monographie, je suis désorientée. Aux murs :  des cadres assez petits et à l’intérieur, des feuilles blanches, des aquarelles minimalistes, sur le mur du fond un grand tableau noir, dans un couloir des photos, au sol une valise pleine de sable, un pavage avec de vrais pavés, un empilement de savons…Des cartels avec du texte, nécessaires. 

Pères
photographies couleurs intérieur de boutiques à Gaza

Heureusement, une conférencière anime la visite. Elle nous conduit à la série de photographies en couleur « Pères« . Très belles photos de simples boutiques ou d’ateliers à Gaza. Entre les marchandises on voit les photographies de famille, les Pères, ainsi que les portraits de leaders politiques ou ceux des martyrs. Ces boutiques sont des lieux de socialisation, ces portraits accompagnent les clients et vendeurs, avec le temps ils jaunissent, puis disparaissent, effacés, arrachés….

aquarelle imitant les traces que les scotchs arrachés ont laissé sur le cadre : disparition de la photo!

Cette disparition des visages joue en « basse continue » dans l’œuvre du plasticien . Taysir joue avec cette disparition, peint à l’aquarelle, un arrachement imaginaire de photos qui ont disparu bien avant que l’oeuvre ne soit peinte. Sans l’intervention de la conférencière, je serais passée complètement à côté.

Les cadres semblant ne contenir que des feuilles blanches nécessite l’initiative du visiteur : si on s’approche, on pourrait deviner les traces en fine gravure des photos effacées d’une noce : celle de son frère. Mais il faut être prévenu pour venir les chercher d’assez près. De même  ce mur noir n’est pas vraiment noir : c’est un assemblage de portraits de martyrs de l’Intifada. C’est seulement les variations de l’éclairage qui font apparaître les visages.

Pour revenir à la « basse continue » qui accompagne la visite : les bombardements aériens sur Gaza qui pilonnent la ville. Toujours comme accompagnement la musique I will survive de Goria Gaynor, provenant d’une vidéo où Taysir s’est filmé dansant sur cette musique, qui se mêle aux bombes.

Un mur ressemble à s’y méprendre à la vitrine d’une agence immobilière avec  description des maisons qui ne sont pas à vendre, elles ont été bombardées et les destructions sont bien apparentes.

« On note la permanence de certains motifs, de certaines procédures plastiques. il y a des arrachements, des vides, des recouvrements, des réserves, des reconstitutions? Des simulacres? Du non fini, de l’inachèvement…. »

selon le livret de présentation

Une autre conférencière a préparé tout un topo sur l’exil, la disparition, citant Pérec et Hannah Arendt, Edward Saïd….je décroche un peu du commentaire très très intello. Intéressant, certes, pour découvrir par moi-même les oeuvres qui n’ont pas été commentées en détail.

L’oeuvre qui m’a le plus émue : ces toiles de peintres ligotées, roulées, rouillées maculées de la trace de la clé de la maison de ceux qui en ont été chassés et qui la conservent précieusement.

Taysir Batniji assis derrière les toiles roulées. Au fond le simulacre de vitrine d’agence immobilière

Cette exposition qui paraît très conceptuelle, difficile à aborder a été un moment très émotionnellement chargé du fait de la présence de l’artiste d’une grande simplicité et gentillesse.

Le concert de Kamelya Joubran s’inscrit dans la suite de l’exposition; La chanteuse palestinienne oudiste, a une démarche similaire à celle du plasticien : 

Kamilya Jubran et Werner Hasler

 

J’aime l’oud et la musique arabe même si je ne comprends pas les paroles . Kamilya Jubran présentait son nouveau spectacle Wa. J’ai du mal à caractériser cette musique : jazz arabe? jazz électronique. Werner Hasler joue de la trompette mais surtout du clavier électronique. j’ai été un peu désarçonnée par l’électro. 

Sur l’appli RadioFrance j’ai trouvé deux podcasts Dans la discothèque d’Ocora et En sol majeur (RFI) Taysir Batniji

Keith Tyson dialogue avec Claude Monet à Marmottan

DIALOGUES INATTENDUS

Connaissez-vous Keith Tyson

Artiste britannique contemporain.

Tyson : London

Comment peindre après l’invention de la photographie?

tyson : 4 seasons

Comment peindre le passage des heures? des année, du temps?

Détails

Nous les arbres – Fondation Cartier

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 5 janvier 2020

Luiz Zerbini

Les expositions de la Fondation Cartier sont chaque fois un enchantement, un dépaysement et une découverte de l‘art contemporain. Nous les arbres s’intègre tout à fait naturellement dans le jardin derrière la verrière du magnifique bâtiment de Jean Nouvel. On peut même poursuivre le parcours dehors.

Zerbini : table-herbier (détail)

Dans chaque salle, une installation, une thématique. J’ai préféré la salle du rez de chaussée investie par Luiz Zerbini, un artiste brésilien que j’avais déjà remarqué à la Fondation Cartier dans l’exposition Géométrie du Sud du Mexiqueà la Terre de Feu.… L’élément central est un vrai ficus entouré d’étagères colorées formant une « table herbier » présentant aussi bien des fruits secs que des coquillages ou des racines séchées. entourant l’arbre, des tableaux de très grand format, très colorés sont à la gloire des végétaux.

Luiz Zerbini

Suspendues le long des vitres, des feuilles monotypes avec impressions directes , et surimpressions de feuilles, tiges, branches, graines… d’une extrême finesse.

Deux murs sont occupés par des gravures et dessins d’artistes Yanomanis du Brésil décrivant une forêt-monde peuplée d’animaux  .

arbre avec un toucan

En face des artistes du Paraguay Nivaclé et Guarani racontent un monde dont ils sont chassés par la déforestation, ils racontent la pêche et la chasse avec une précision et un talent remarquable

Dans l’autre salle du rez de chaussée, peu d’exotisme. Les arbres nous sont familiers.  La première partie est investie par Fabrice Hyber avec de grands tableaux relatant ce qui me semble être des expériences botaniques ou agronomiques. Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret  sur un grand écran célèbre un platane, un noyer, un magnolia, un cèdre, un arbousier….racontés par des personnes très variées qui ont noué une relation toute personnelle avec ces arbres. Nous prenons notre temps à écouter, regarder. Documentaire très contemplatif!

Au sous-sol, on retrouve la forêt amazonienne et la déforestation

et l’on se promène aussi dans l’imaginaire très décoratif d’un plasticien iranien. Puis dans la réalité scientifique d’un savant italien.

Pour terminer par un film très zen de Paz Encinna (réalisatrice paraguayenne), filmé parfois au ras de l’écorce, parfois dans le flou des branches de la canopée qui se balancent. Une petite fille se confie, « approche-toi de l’arbre » comme un refrain dans ses confidences sur ses émerveillements, la tendresse de sa mère, ses découvertes…Il ne se passe rien mais on est envoûté.

Hicham Berrada au Louvre-Lens

ESCAPADE NORDISTE

Nuages? Feuillages? vaisseaux sanguins?arborescences? sur les vitres de la Galerie

Hicham Berrada est ce plasticien un peu chimiste, un peu informaticien qui invente des univers minuscules dans des bocaux, cristallisoirs  où il fait varier différents paramètres (température, acidité, conductivité etc…) pour observer des phénomènes de précipitation, cristallisation, corrosion, sédimentation, érosion… qu’il filme dans des vidéos poétiques ou qu’il moule et met en scène dans des aquariums. 

un monde dans un aquarium

J’avais déjà rencontré ses œuvres dans le Parc de Versailles pour un Voyage d’hiver 

mais ces univers minuscules étaient perdus dans les bosquets.

Seconde rencontre à l’Abbaye de Maubuisson

près de Pontoise et j’avais été bluffée par cette chambre d’or et par les vidéos

un autre petit univers minéral

Aquariums, vidéos des expériences de chimie artistique, il ne faut  pas oublier les installations créées pour le lieu de résidence ni l’utilisation des algorithmes pour des créations en même temps aléatoires et maîtrisées.

L’art contemporain est une conclusion logique de la Galerie du Temps qui ne peut s’arrêter à l’art classique. Cependant, pour la comparaison, la barre est haute et se trouver confronté à de tels chefs d’oeuvres n’est pas forcément un avantage pour un plasticien, même reconnu.

L’Envers du Décor au Palais de la Porte Dorée Musée national de l’Histoire de l’Immigration

un week end au musée de la Porte Dorée

L’exposition Persona Grata est démontée, bien sûr il reste de belles collections permanentes, mais pour 3 jours (vendredi 1, samedi 2 et dimanche 3) le Palais est ouvert aux visiteurs et ceci, gratuitement, comme vide. Des installations, performances s’y déroulent dans un aimable désordre (bien organisé).

Le Palais de la Porte Dorée a été construit pour l’Exposition Coloniale de 1931, tous les décors, bas-reliefs extérieurs et fresques intérieures, sont à la gloire de l’Empire Français, exhibant les richesses apportées par les colonies à la métropole.

bas relief du musée

Ce week-end est une occasion de réfléchir au colonialisme et à ses méfaits. Une visite guidée satirique a conduit un groupe de visiteurs dans les salles, escaliers et coursives : intitulée L’inconscient colonial sur le divan. Utilisant un vocabulaire psychanalytique ronflant, les guides décodent fresques et grilles (montrant dans les cercles, des allusions aux entraves des esclaves) dans les fers forgés les barreaux d’une prison… Une montée de contrition puis de catharsis a terminé la visite.

Une très belle installation Les statues meurent aussi (visible jusqu’au 3 mars) m’a beaucoup plu. Oeuvre de trois artistes allemands Jan Mammey, Falk Messerschmidt, Fabian Reimann. les plasticiens ont photographié les vestiges de l’Exposition coloniale et des statues, des plaques commémoratives. Ils projettent sur de nombreux écrans tandis qu’une tête de statue trouvée dans le Bois de Vincennes raconte son voyage au dessus de Paris, texte poétique. j’ai beaucoup aimé  cette performance.

Différents spectacles musicaux se déroulent dans la grande salle vide, meublée uniquement d’un tapis bleu et de quelques bancs. Un percussionniste joue, une danseuse l’accompagne. puis de la musique arrive de quelque part. Nous levons les yeux vers les galeries, un chef de choeur dirige des choristes invisibles. Consultant le programme j’en déduis qu’il s’agit d’une Intervention musicale dirigé par le metteur en scène Antoine Gindt, le chef d’orchestre Léo Warynsky avec les chanteurs Métabole.

Malheureusement à l’heure où paraîtra le billet toutes les performances sont finies, il reste le superbe bâtiment et Les statues meurent aussi. Vous pouvez toujours faire un tour au Bois de Vincennes.

 

Persona Grata au MacVal

LE MONDE EN EXPOS

kimsooja

Deux parties pour Persona Grata : au Musée de l’Immigration de la Porte Dorée et au MacVal à Vitry. Il n’en faut pas moins pour célébrer l’Hospitalité ou dénoncer sa carence! Ce sujet m’importe, j’ai donc pris l’autobus pour Vitry afin de compléter la visite. Le MacVal offre de vaste salles très claires pour des installations de grandes dimensions.

Je pourrais faire l’énumération  séries de photos de Calais (Serralongue) ou de Sangatte (Jacqueline Salmon), ou l’étude photographique sur les habitants du Val de Marne – commande du  département – de Sabine Weiss ou les vidéos. Je préfère présenter quelques œuvres qui m’ont parlé.

Mona Hatoum

Suspendu 2009-2010  de Mona Hatoum , artiste palestinienne, née à Beyrouth, en exil depuis 40 ans. Elle a suspendu 40 balançoires avec des chaines métalliques. Le siège revêtu de plastique rouge est gravé de manière à figurer les plans de 40 villes avec les rivières, les bras de mer et les rues principales. Je reconnais Paris mais pas Dakar ni Athènes, Le Caire ou Rome, encore moins Canberra  ou Hanoï. Ces balançoires m’ont fait imaginer la précarité de l’errance, le fragile équilibre. puis j’ai découvert le cartel qui a confirmé mes impressions et un très beau texte de Charles Robinson « sous influence », une invitation à un auteur pour livrer un texte personnel  dont je copie le début :

« Qu’est-ce qui rapproche Alger, Bamako, Beijing, Beyrouth, Dakar, Le Caire, Mexico, paris Tokyo, Tunis, Varsovie Wellington?

Que les villes-mondes soient des Eldorados flottants.

Des métropoles fantasmatiques aux chants de sirène….

[….]La balançoire est nostalgique. Dessinée pour les enfants, il suffit de silence pour que sa présence pince le cœur. l’oreille se dresse, e attente du grincement de sa chaîne. la mémoire s’affole, elle hallucine des souvenirs d’amitié et de jeux, de rires et de joies. La balançoire est un rêve d’innocence. »

Ce texte est à l’unisson de mon impression première. Je l’aime beaucoup.

Ben : Marianne en deuil pour non-respect du droit des peuples

Une autre oeuvre m’a émue: Esther Shalev Gerz : First Generation 2004_2006. Cette installation occupe tout un mur avec 43 photographies de fragments de visage, oeil, commissures des lèvres, peaux de différentes pigments….et de textes, réponses à 4 questions que la plasticienne a posé aux habitants d’une banlieue de Stockholm, émigrants de 1ère génération :

qu’avez-vous perdu?

qu’avez-vous trouvé? 

Qu’avez-vous reçu?

qu’avez-vous donné

J’ai recopié certaines réponses, ou fragments de réponses :

« Le Chili et la Suède sont comme deux personnes que j’aime »

« aux deux pays je dis : apprenez à m’aimer pour ce que je suis »

« mes enfants sont nés ici, que sont-ils? Des suédois ou des étrangers? je ne sais pas à vrai dire. Quand on demande d’où ils viennent, ils répondent d’Algérie. mais ce n’est pas vrai, ils sont nés ici. »

Avec les Bulgares, je suis Bulgare

Avec les Turcs, je suis turque

Avec les Suédois, je ne suis pas Suédoise »

 

Une autre oeuvre marquante a été choisie pour affiche : celle de Kimsooja qui a silloné en 1957 la Corée sur un camion sur une pile de bottaris : baluchons traditionnel. En 2007 cette performance est réactualisée avec des bottaris récoltés chez Emmaüs et le voyage prend fin à l’église Saint Bernard, lieu symbolique des sans-papiers. La photo est une allégorie de la migration et aussi de la résistance collective.

Basquiat à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

C’est une exposition très riche :  les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!

Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.

irony of negro police

 

On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….

les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.

Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.

Per capita
per capita

Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA ,  on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!

Zydeco 1984

Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!

Not for sale

L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »

Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.

Dos Cabezas : Andy Warhol et Basquiat
Andy Warhol et Basquiat

 

Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiat qui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.

Riding with death (1988)
Riding with death (1988)

Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!

Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.