Balkans-Transit – François Maspéro photogaphies Klavdij Sluban

LIRE POUR LES BALKANS 

C’est une relecture : lu une première fois à l’occasion d’un voyage en Bulgarie, plutôt qu’une critique j’avais fait une citations dans mes INVITATIONS AU VOYAGE et comme j’avais visionné(encore!)  le Regard d’Ulysse d’Angelopoulos j’avais mêlé film et livre.

Au départ en Albanie, le relire était une évidence d’autant plus que notre circuit sortait d’Albanie pour 6 jours au Kosovo, une semaine au Monténégro et une excursion en Macédoine. Quel meilleur guide imaginer?

Portrait de l’auteur en européen : « Touriste peut-être même si je récusais instinctivement le mot, mais alors dans la solitude du touriste de fond. mon modèle était Gérard de Nerval.. »  plus loin « A l’époque, découvrir le monde, si on de voulait pas se limiter au paysages de Connaissance du Monde; cela devenait politique….. »

Premiers départs : « j’ai fait ainsi entre 1992 et 19ç4, cinq voyages balkaniques qui m’ont conduit de Sofia à Ohrid, de Salonique au Danube, de Missolonghi à Tirana… »

J’ai téléchargé le livre dans la liseuse pour pouvoir l’emporter sur place et j’ai pris de nombreuses notes que je ne peux pas recopier toutes, bien entendu!

Je me suis surtout attachée à la partie albanaise et macédonienne de leur périple, même si j’ai relu avec plaisir le reste. Beaucoup de choses m’avaient échappé. Je me suis aussi plus attaché au personnage du photographe dromomane, slovène – donc ancien yougoslave – polyglotte et capable de décrypter les informations parfois codées d’un discours qui en tout cas serait incompréhensible au touriste.

J’ai aimé leur récit du passage à Dürres, lu quand j’y étais, de la recherche des autobus à Tirana. Ces récits sont datés toutefois, vingt ans ont passé et heureusement l’Albanie n’est plus ce champ de ruine, on trouve facilement des hôtels, le réseau routier est encore vétuste mais il est souvent acceptable, les arbres massacrés ont repoussé…. Les deux compères ont saisi un moment précis, du passage du communisme à l’économie de marché, heureusement les choses semblent se normaliser.

J’ai aimé les rappels historiques à propos de Skanderbeg ou d‘Ali Pacha….ou du Congrès de BerlinBismarck a dénié à l’Albanie le statut de nation.

Un grand livre que je relirai sûrement, surtout que j’ai deux exemplaires, papier et électronique!

Le Cartographe – Guillaume Jan – ed Intervalles

LIRE POUR LES BALKANS

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C’est l’Odyssée de Lazare, routard, à travers les Balkans, qui tente de rentrer chez lui à Paris et dérive jusqu’à Odessa. Lazare, 25 ans, est un roadie : il conduit la camionnette et porte les amplis d’un groupe de rock, les Brutes de Luxe, dans une tournée qui démarre au Festival de Sarajevo et qui devrait les conduire à Zagreb, Budapest, peut être Prague. Une aubaine pour ce chômeur, sans qualification particulière dont la seule ambition est de payer le loyer de sa chambre.

A Sarajevo la camionnette disparaît, volée sans doute. L’autocar  vers Paris est complet, l’avion trop cher, Lazare tente le train jusquà la côte dalmate et de là, le ferry pour l’Italie. Dans le train, Gerd , lui raconte les îles aux eaux turquoises de l’Adriatique. Arrivé à la côte « il pouvait prendre le ferry pour l’Italie, un bateau appareillait ce soir, ou un bus pour le nord. Il pouvait aussi rejoindre les îles de Gerd, une petite vedette bleue partait dans vingt minutes ».

Plusieurs jours, Lazare vit en Robinson, pêchant des oursins, observant les oiseau du maquis, sentant la présence rugueuse des écorces de pin.

« C’étaient de petites choses infimes mais elles prenaient une importance solennelle. Il aurait fallu les consigner quelque part car les idées se dispersent quand on voyage, on passe de l’une à l’autre, sans cérémonie beaucoup se perdent en route…. »

Il lui vient l’idée décrire au dos de la carte de l’Europe, des poèmes adressés à Elena – Penelope restée à Paris – de petits souvenirs qu’il ne veut pas oublier. D’où le titre de Cartographe.

Au hasard des rencontres, Lazare exerce sa profession de roadie : un orchestre campagnard l’embarque à la Fête du Printemps des paysans de l’île où il fait bombance. Il a goûté la vie de nomade et hésite à embarquer sur le ferry qui le ramènera chez lui.  Il fait du stop jusqu’au Montenegro se laisse envoûter par la musique des Tsiganes.

« Elles sont là, les choses qu’on doit raconter. a fleur de peau, comme les empreintes digitales… »

Une bande de Serbes l’invite à boire. Trop tard pour le ferry! Il rencontre Nina. Le prochain ferry ne part que dans une semaine. Le plus court serait de passer par l’Albanie. Au port de Dürres il y a une liaison quotidienne.

Les idées reçues sur l’Albanie : accidents de la routes et vendetta, se vérifient dans les aventure de  notre Ulysse ainsi que l’émigration par hors bord vers l’Italie. Le pécule que Lazare gardait pour payer son retour s’amenuise. Heureusement, il redevient roadie avec un petit orchestre de Tirana qui anime des mariages. les affaires marchent bien. Et les voilà arrivés en Macédoine... A Skopje, il prendra le car d’Eurolines…dans deux jours il sera à Paris! Sauf qu’il perd son porte-feuille! le voilà avec juste quelques lekë en poche.

En auto-stop il arrive à Sofia, hébergé par Mira…s’enfuie, le périple continue en Roumanie, puis en Ukraine. Ulysse se clochardise, la suite devient franchement glauque….je vous laisse découvrir.

Un livre  pour m’accompagner dans les Balkans, lecture facile, peut être un peu trop. Les clichés abondent. Cet Ulysse roadie vit dans l’univers rock, musique et bière. Ne pas en attendre trop …

Patrick Leigh Fermor : The Broken Road

LE VOYAGE EN ORIENT

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Une nouvelle édition rassemblant les trois récits du voyage de Fermor de Londres à Istanbul vient de paraître!
J’ai lu le Temps des Offrandes et  Entre Fleuve et Forêt il y a bien longtemps. j’attendais la suite depuis des années.

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Patrick Fermor – 18 ans – est parti de Londres en décembre 1933 à pied vers Constantinople.
Fermor est décédé en 2011.

Surprise : en 2013, la fin du voyage est enfin parue : The Broken Road

J’ai choisi de la télécharger en anglais sur ma liseuse. Je préfère lire en VO, même si le texte est littéraire et comporte tout un vocabulaire choisi que je ne possède pas. Magie de la liseuse : je clique et les dictionnaires m’aident.
c’est donc une lecture, lente, savoureuse, jubilatoire.

Fermor quitte la Serbie et les Portes de Fer, arrive à Sofia.

Rila
Rila

Au monastère de Rila il fait connaissance avec une étudiante de son âge qui l’invite à Plovdiv. Puis, il  marche dans la campagne, entre dans une épicerie à Tarnovo, le fils est étudiant également, ils sympathisent. De Routschouk – ville natale de Canetti – il traverse à nouveau le Danube et rejoint Bucarest où il est reçu dans la meilleure société…puis longe la Mer Noire et arrive pour la nouvelle année à Istanbul, dont nous n’apprenons presque rien.
Le périple n’est pas terminé puisqu’il se poursuit au Mont Athos.
C’est un livre de randonnées, Fermor raconte ses aventures. il raconte surtout ses rencontres.
De la haute société de Bucarest, francophone, proustienne et snob il passe à une grotte occupée par des pêcheurs grecs et des bergers bulgares avec leurs troupeaux avec le même bonheur – et pour le nôtre! Nous ferons enfin connaissance avec des moines russes, bulgares ou grecs…

 

Merci à Balkania – fin de l’autotour !

CARNET BULGARE

 

Merci à Balkania qui nous a préparé un auto-tour idéal !

Les hébergements ont tous été à la hauteur de nos attentes et parfois bienau de-là.

La gentillesse de nos hôtes a toujours compensé la barrière linguistique. Ils ont fait mentir l’expression  qualifiant la Bulgarie de « pays sans sourire »: le sourire, la gentillesse et la prévenance ont toujours été au rendez-vous.

Le confort et la beauté de certaines maisons d’hôtes nous ont tellement surprises que nous les avons surnommées : » jardin extraordinaire »  à Dragoevo, « le musée » à Geravna, » meilleur petit déjeuner « à Arbanassi…..les villages ont offert des visites passionnantes dans un rayon très raisonnable.

Nous avons suivi à la lettre les suggestions de visites.
Le rythme était tout à fait adapté . Jamais nous n’avons eu l’impression de courir un marathon. A chaque étape, nous avons pu nous arrêter  dans un cadre très agréable pour préparer les visites suivantes, lire la carte, faire le point sur les visites : à la piscine, sur le balcon-musée, dans le merveilleux jardin nous avons passé des heures reposantes. Maisons-musée, monastères, thermalisme, sites archéologiques et j’en oublie, nous ont rempli des vacances instructives, culturelles et variées.

La Bulgarie a su se mettre en scène à son avantage dans la catégorie Tourisme Vert.
Refermant ce carnet bulgare, j’ai pourtant quelques regrets de ne pas en savoir plus sur les réalités du pays. Le Regard Touriste est un regard optimiste : on nous montre ce qui est joli, ce qui va nous plaire. Nous rentrerons sans savoir comment les Bulgares vivent vraiment dans leurs villes, leurs salaires. Qui cultive les immenses champs de maïs? qui possède les vignobles? La mise en valeur de la Renaissance Bulgare était-elle une idée du gouvernement d’avant 1989? la richesse des monastères, permanence ou regain de vigueur? Je n’ai pas non plus retrouvé la Bulgarie cosmopolite de mes lectures.

 

 

 

Monastère de Rila (3) promenade et musée historique

CARNET BULGARE

le monastère dans son écrin vert du Rila

J’ai très bien dormi, entortillée dans les deux épaisses couvertures de laine. L’air est vif à 1150m.La cloche a sonné à 6h. J’ai attendu, bien au chaud 6h30 que le pope se promène en frappant sur la simandre. J’ai juste eu le temps de l’apercevoir de dos- sinistres voiles noirs – la planche dépasse, dessinant avec sa silhouette verticale une croix. J’avais espéré entendre les chants de la Messe. A travers les épais murs, rien ne transpire.

Petit déjeuner à l’hôtel situé derrière le monastère, crêpe au miel et aux noisettes.

Promenade de l’Oratoire Saint Luc

Luc était son neveu qui voulait se ffaire moine. Son père étant venu le chercher pour el retirer du monastère, l’enfant fut mordu par un serpent. Les fresques de la chapelle d’IVAN Rilsky au Monastère racontent cet épisode.

Dans  les prés et  dans une splendide hêtraie, le sentier s’élève d’une petite centaine de mètres. Une très belle fontaine toute simple et moussue se trouve près d’un groupe de maisons, deux chapelles, la chapelle Saint Luc, par hasard je découvre la maison de Néofyte Rilsky construite en 1843. Néofytes Rilsky est un personnage récurrent du voyage. Le chemin pavé conduit ensuite au tombeau d’Ivan Rilsky, fondateur du Monastère

Musée Historique

J’emboîte le pas à un groupe de francophones guidé par un excellent conférencier. A propos de la carte des Terres du Monastère, il explique que le supérieur du Monastère ne règnait pas seulement sur les moines mais aussi sur les paysans des villages voisins. Ces derniers donnaient chaque année le tiers des récoltes mais surtout n’étaient pas libres ni de se marier ni de déménager sans l’autorisation de l’Higoumène. Cette situation perdura au 20ème siècle jusqu’à l’avènement du pouvoir communiste qui fit une loi pour libérer les paysans. Dans des vitrines on voit les firmans des sultans ottomans (un de Soliman le Magnifique) avec un cierge d’apparat dans un tube métallique don d’un sultan.

Le monastère reçu, au cours des siècles de nombreux cadeaux, principalement de Russie : linceuls brodés, icônes recouvertes d’or, manuscrits précieux. Le conférencier en profite pour faire remarquer que els icônes russes sont serties d’or tandis que els grecques le sont d’argent. A côté des encensoirs, et divers objets liturgiques, inévitables dans un tel musée, on voit les portraits de Zahari Zograf, le peintre, de Nikolaki Dospeti, peintre d’icônes et surtout de Neofyte Rilsky – moine à rila – connu surtout comme le premier pédagogue bulgare. Un globe terrestre en cuir avec le dessin des continents, une grammaire montrent l’œuvre pédagogique de ce moine qui fonda les premières écoles laïques du pays.

L’objet le plus curieux est une croix sculptée avec minutie que le moine Rafail mit des décennies à sculpter avec des centaines de personnages. On dit que cette œuvre lui coûta la vue.

J’aurais pu monter au sommet de la Tour Hrilo, le donjon  médiéval où les moines se réfugiaient en cas d’attaque de brigands, des Byzantins, des Albanais, des Turcs….

J’aurais pu aussi visiter le Musée consacré aux fermiers du domaine.

Il était temps de déjeuner pour partir à Sofia en début d’après midi. je fais l’essai de langue servie dans une cassolette nappée de sauce à la crème et de champignons, garnie de tomate cuite, le tout recouvert de fromage jaune fondu.  Excellent. Le patron avait proposé ses truites fraîches. Nous mangerons des truites chez nous !

Nous prenons en stop une famille de l’Oise avec une petite fille blonde bien tranquille. La route de Sofia est bien chargée. Les fous du volant doublent sans prudence : appel de phare en protestation, ce sont les policiers ! Le GPS s’affole dans les quartiers périphériques de Sofia, nous perdons une bonne heure dans les ruelles et chemins de terre avant de trouver la Villa Boyana.

L’accueil du patron est aussi chaleureux qu’à notre premier passage ; Il a gardé la même chambre avec le balcon. Il me laisse imprimer ma carte d’embarquement Air France sur son  ordinateur et résout avec une grande gentillesse tous nos problèmes de voyageuses qui devront prendre l’avion à 6h du matin.

Après l’excellente matinée à Rila, nous nous offrons une après midi de paresseuses : douche, valises et télévision satellite suffisent à nous remettre d’aplomb. Seule inconnue : le GPS saura-t-il nous conduire à l’aéroport à 4h du matin ?

Pour terminer  notre dernier jour bulgare nous allons au beau restaurant bulgare (il y a aussi un Italien très classe) sur la place Boyana. Dernière curiosité gastronomique : une salade de champignons (surtout des ceps) avec du pain aux herbes, à l’ail et au beurre. Le maitre d’hôtel est un peu surpris de me voir commander de l’Ayran et pas du vin ou de la bière.

Monastère de Rila (2) fresques et icones

CARNET BULGARE

Jugement dernier

L’église

Les  fresques de l’extérieur sont très colorées, je ne sais plus où donner de la tête. Un conférencier explique le Jugement Dernier en Français. Il montre les Turcs attrapés par un diable dans la boucle d’un lasso et entraînés vers l’Enfer. D’après ce spécialiste, l’Enfer est difficile à soutenir théologiquement, la foule rejoint donc le Paradis (pas de Purgatoire chez les orthodoxes), l’Enfer reste presque vide à l’exception de Judas assis sur les genoux du diable ; Une touriste remarque que les femmes sont plus nombreuses que les hommes en enfer. On ne voit qu’elles !

prise de Constantinople

Scènes de l’Apocalypse, Chute de Constantinople, ces fresques sont amusantes. Plus anecdotiques que touchantes, décidément le 19ème siècle même avec les meilleurs des peintres comme Zahari Zograf , en matière de peinture religieuse ne me plait guère !

Zahari Zograf a peint l’intérieur de l’église. Nous avions déjà remarqué ses fresques à Trojan. La fumée des cierges a obscurci les couleurs. A la suite du groupe francophone, j’écoute les explications sur les deux chapelles celle de Saint Jean de Rila (fondateur du monastère) et en face consacrée à Saint Nicolas. L’iconostase est très massive, très dorée, très haute.

Diableries?

Nous faisons des allers-retours entre église et cour, glanant des explications des conférenciers dans les langues que j’entends. En début d’après midi, les touristes étaient si nombreux qu’il régnait une agitation gênante. Il a plu, la pluie a fait fuir le monde.

Quand le soleil est revenu, les murs blancs ont pris un nouvel éclat, les décors plus de couleurs. On a refait toutes les photos. Le soir est venu, le calme est revenu dans le monastère.

Galerie des icônes

Une seule grande pièce en rez de chaussée ; les icônes sont surmontées par les portraits des moines, noirs et gris, sinistres. Sur un mur, icônes 18ème siècle de l’ancien monastère dont il ne reste que la tour Rhelno. Sur un autre mur, une série d’icônes 19ème, toutes d’un même artiste Nikolaki Dopeski dont j’ai bien aimé les Trois Hiérarques et la Nativité de la Vierge. Une autre Nativité de la Vierge de 1827 m’a plu : le réalisme, l’expression et le costume des servantes habillées comme des paysannes turques ou bulgares, l’une d’elle dresse le couvert avec de la belle vaisselle d’argent, plateau et aiguières comme dans les maisons-musée.

L’accumulation des peintures tue la fraîcheur du regard. Au lieu d’être émerveillée, je suis assommée. La fin de la soirée se passe oisivement, sans but précis, dans l’immense cloître.

Dîner : soupe aux tripes et pain au restaurant qui enjambe le torrent par un petit pont. C’est une erreur de choisir la table au dessus de l’eau. Il faisait froid .

Monastère de Rila

CARNET BULGARE

monastère de Rila : église

Le village de Rila est animé avec tous les commerçants et restaurants. Cependant, il est très loin du Monastère, une bonne vingtaine de km. La route suit le cours d’un torrent dans une vallée très étroite. Nous découvrons les départs des sentiers balisés dans le Parc de Rila.

15h, nous nous arrêtons sur le parking du Monastère. Voucher à la main, je cours partout à la recherche de la « réception ». Ni la vendeuse de souvenirs, ni les policiers assis sur un  banc à la porte ne peuvent me renseigner. Le petit bureau est coincé dans un  coin, sous un escalier près du Musée. La gardienne du Musée appelle le pope chargé de l’hébergement qui me prend le voucher des mains et réclame « passeport ». Je lui tends ma carte d’identité qu’il scanne. Il me donne la clé du N°214, soulève le cordon qui barre l’escalier et me dit que c’est au premier.

Le Petit Futé parlait de dortoir, Balkania avait prévenu que les installations seraient spartiates. J’ai le plaisir de découvrir une chambre avec deux lits faits (ce n’est pas toujours le cas à l’hôtel), d’épaisses couvertures, une salle d’eau avec un cumulus. La porte s’ouvre sur la galerie à l’arrière de l’église, la fenêtre sur la foret, le torrent s’écoule bruyamment. Encore une fois, l’eau bercera notre sommeil.

un monastère gigantesque!

On nous avait prévenues que le monastère ne fournit que le gîte et pas le couvert et qu’il faudrait réserver dîner et petit déjeuner dans un restaurant 4km plus bas. De la fenêtre de notre chambre, nous voyons les parasols de deux restaurants, cadre agréable et prix raisonnables. On peut aussi acheter des beignets et  des glaces dans des baraques de bois.

Visite du monastère

Rassurées sur ces points matériels, nous pouvons entreprendre la visite du Monastère. Nous ne savons pas où donner de la tête. Le gigantisme frappe tout d’abord le visiteur : une grande église colorée avec 5 grands dômes et beaucoup plus de coupoles grises, deux colonnades en équerre. L’église occupe la majeure partie de la grande cour pavée. Le cloître est formé de plusieurs ailes blanches à 4 étages formant un quadrilatère très bancal. Galeries de bois, escaliers extérieurs, balustres de bois, mais aussi colonnades terrasses couvertes, balcons en avancées..tout cela compose un ensemble compliqué. Une rangée de conifère accompagne un côté, de l’autre une tour carrée, massive, de pierre et brique est la relique du monastère médiéval initial et occupe tout un angle.

D’entrée, le visiteur est abasourdi, désorienté. Aucune symétrie ne vient le rassurer. L’abondance des motifs décoratifs désarçonne : bandes noires et blanches alternent avec un fond blanc, bandes roses imitent la brique, fond rose avec bandes jaunes, arcades soulignées de fines briques roses peintes ou de rayures blanches et noires. Damiers noir et blanc, autres motifs géométriques, frise végétale blanche sur fond noir, fleurettes colorées dans les angles, animaux colorés, paysages orientaux avec cyprès « alla turca »bouquets et blasons, anges avec leurs trompettes….et cela uniquement sur els bâtiments conventuels !

L’église aussi est composite : l’avant est noir et blanc avec de grosses rayures horizontales comme dans certaines églises toscanes, colonnade symétrique. L’arrière est rose arrondi d’une basilique byzantine énorme avec cinq grandes coupoles sur des tambours multicolores qui se détachent tandis que les petits dômes de plomb gris rappellent plutôt les constructions musulmanes.

Pourquoi cet aspect composite ?

Dans la plupart des édifices religieux, l’Histoire explique ces disparités ; On ajoute, on remanie, on modernise. A Rila, seule la grosse tour carrée est antérieure aux bâtiments du 19ème siècle. L’aile neuve où nous logeons est  20ème. Fondé au 10ème siècle  puis déplacé en 1335, le monastère fut rasé par Murad II qui, ensuite, favorisa sa reconstruction. Brûlé en 1833, le monastère fut reconstruit au cours du 19ème siècle.