Lisière – Kapka Kassabova -Marchialy

 

BALKANS

J’ai débuté par la mer Noire, au pied de l’énigmatique massif de la Strandja, où les courants méditerranéens et balkaniques s’entremêlent ; je me suis aventurée vers l’ouest dans les plaines frontalières de Thrace, sillonnées
de couloirs marchands où se trament des échanges plus ou moins licites ; j’ai franchi les cols des Rhodopes, où
le moindre sommet fait l’objet d’une légende et où le moindre village réserve des surprises ; puis j’ai bouclé la
boucle en terminant par la Strandja et la mer Noire.

Un gros coup de cœur!

Kapka Kassabova est née en Bulgarie en 1973 à Sofia qu’elle a quitté avec sa famille après la Chute du Mur de Berlin. Elle habite maintenant en Ecosse et écrit en anglais. Elle est retournée en Bulgarie sur la Riviera Rouge plages de la Mer Noire où elle venait en vacances avec ses parents dans les stations balnéaires fréquentées par les cadres d’Europe de l’Est. Fréquentées aussi par les candidats à la fuite à travers le rideau de fer, allemands en « sandales« , Tchèques, Bulgares. 

Du fait de sa seule présence, la frontière est une invitation. Viens, murmure-t-elle, franchis cette ligne. Chiche ? Franchir cette ligne, en plein jour ou à la faveur de la nuit, c’est la peur et l’espoir amalgamés.

L’écrivaine ne convoque que très peu ses souvenirs d’enfance mais elle s’installe dans un petit village-dans-la vallée déserté de ses habitants. Ceux qui sont restés sont accueillants. Ils livrent à  Kapka Kabassova des secrets comme ceux des Agiasmes, les sources sacrées depuis la nuit des temps, ou les Nestinari qui marchent sur les braises et possèdent les dons du chant ou de la divination. 

On célèbre aujourd’hui le festival du feu des saints Constantin et Elena. Ils ne sont ni plus ni moins qu’une variante
du double culte de la déesse Terre et de son fils et amant, le dieu Soleil. Des représentations de la dualité dionyso-apollonienne au cœur du culte du feu. La rencontre du solaire et du chtonien.

La montagne sauvage recèlent encore d’autres mystères : des pyramides  – Le Tombeau de Bastet ,

Le « Grand Site », car on avait retrouvé dans les parages plusieurs strates d’habitations antiques : un lieu de culte
thrace composé de plusieurs édifices disposés en cercle baptisé Mishkova Niva, tout équipé, avec autel
sacrificiel et reliquaire orné d’inscriptions gravées par des prêtres orphiques ; un tumulus ; un fort thrace
romanisé ; une maison de villégiature romaine et un réseau de mines de cuivre datant de l’Antiquité.

De nombreux trésors furent enterrés dans le Grand Site, mais aussi par les habitants chassés de leurs maisons. La profession de Chasseur de Trésor fut répandue ainsi que celle de passeur de fuyards ou de migrants et parallèlement de gardiens de la frontière qui ont souvent abattu ceux qui voulaient passer en Turquie. Cette forêt possédait  du Barbelé dans le cœur. les souvenirs de l’époque communiste  sont encore très présents. Le franchissement du Rideau de Fer n’est pas le seul passage : contrebande, et maintenant Syriens, Afghans tentent de rejoindre l’Europe à travers cette frontière. Impossible de lister tous les mystères. Il faut lire Lisière

l’Or des Thraces

les Couloirs Thraces

La Thrace antique se déployait sur toute la partie nord-est de la Grèce actuelle, y compris les îles de Samothrace
et de Thassos, ainsi que la partie européenne de la Turquie et l’intégralité du territoire bulgare ; de l’autre côté
du Danube, elle englobait la Roumanie jusqu’au massif des Carpates, quelques régions serbes et la république de
Macédoine. Les Thraces n’ont guère laissé de traces écrites, mais on a retrouvé énormément de vestiges

[….]
leurs sépultures peintes et leurs objets en or demeurent inégalés dans le monde antique

[…]
Hérodote, notre principale source d’information sur les Thraces, les décrivait comme les tribus les plus
puissantes et nombreuses de son époque. 

Les « couloirs » font référence aux couloirs migratoires mais aussi aux couloirs des tombes thraces que j’ai eu le plaisir de visiter en Bulgarie. Kapka Kassabova descend de la montagne pour explorer cette région qui s’étend actuellement sur trois états : Bulgarie, Turquie et Grèce. Elle nous fait découvrir Svilengrad, la ville de la Soie, ville frontalière, Edirne et un fleuve : la Maritsa bulgare appelée Meriç en Turquie, Evros grec qui fait la frontière entre la Turquie et la Grèce, entre l’Union Européenne et la Turquie, presque l’Europe et l’Asie! Courants d’échanges de populations entre Grecs et Turcs, Turcs et Bulgares, Bulgares musulmans mais bulgarophones, populations qui ont dû choisir entre leur langue maternelle et leur religion, sans parler des Gitans et des Pomaques(musulmans parlant bulgare mais répartis sur la Bulgarie, la Turquie et la Grèce). Porosité de cette frontière. Je me souviens d’une photo ancienne vue dans la maison d’hôte d’un village bulgare : des files de réfugiés avec leurs paquets sur un pont….

Il serait tentant d’établir un parallèle entre l’expulsion des Turcs de Bulgarie et l’horreur que les nationalistes
serbes allaient infliger à la Bosnie, non loin de là, car dans les deux cas, on chercha à justifier les atrocités par
des anachronismes crasses en invoquant le « joug turc ».

[…]

La guerre en Yougoslavie était due à un virus nationaliste serbo-croate réactivé après être resté en sommeil
pendant des décennies,

[…]
alors que la purge ethnique en Bulgarie constitua l’ultime exaction imbécile du totalitarisme crépusculaire. 

Ces migrations ne sont pas terminées : Syriens, Kurdes et Afghans tentent de rejoindre l’Union Européenne, Kapka Kassabova les rencontre, noue des sympathies et met des noms, des histoires personnelles sur ces hommes et ces femmes qu’on désigne souvent par « migrants« sans chercher à les connaître.

Les cols des Rhodopes forment la troisième partie du voyage, fief des Pomaques. l’écrivaine s’installe dans Le Village-où-l’on-vit-pour- l’Eternité. Elle prend pour guide dans une randonnée sauvage Ziko, personnage original, (passeur de clandestins, contrebandier ou trafiquant de drogues?)  sur la Route de la Liberté qui traverse la forêt jusqu’à Drama et Xanthi en Grèce. Traversée aventureuse! Les Rhodopes, comme la Strandja sont des régions très mystérieuses depuis la plus haute antiquité – terre orphique, ou légende de la tunique de Nessos. Il est question de la culture du tabac, de la soie. Ne pas oublier la déportation des Juifs :des 11343 Juifs de Dràma, Kavala, Xanthi et de Macédoine aucun n’est revenu. J’ai pris des pages de notes et ne peux pas les copier toutes!

J’ai été bluffée, scotchée par ce gros livre (488 p).  Je regrette de l’avoir terminé.  J’ai découvert qu’elle avait écrit To the Lake pas encore traduit que je compte bien lire. 

Le Pilote du Danube – Voyages Extraordinaires de Jules Verne

POLAR FLUVIAL ET DANUBIEN

….. »Ilia Brusch comprit le danger. Faisant pivoter la barge d’un énergique coup d’aviron, il s’efforça de se
rapprocher de la rive droite. Si cette manœuvre n’eut pas tout le résultat qu’il en attendait, c’est pourtant à elle
que le pêcheur et son passager durent finalement leur salut. Rattrapée par le météore continuant sa course
furieuse, la barge évita du moins la montagne d’eau qu’il soulevait sur son passage. C’est pourquoi elle ne fut
pas submergée, ce qui eût été fatal sans la manœuvre d’Ilia Brusch. Saisie par les spires les plus extérieures du
tourbillon, elle fut simplement lancée avec violence selon une courbe de grand rayon. À peine effleurée par la
pieuvre aérienne, dont la tentacule avait, cette fois, manqué le but, l’embarcation fut presque aussitôt lâchée
qu’aspirée. En quelques secondes, la trombe était passée et la vague s’enfuyait en rugissant vers l’aval, tandis
que la résistance de l’eau neutralisait peu à peu la vitesse acquise de la barge. »

Quel plaisir de s’évader au fil de l’eau à bord de la  grosse barque du pêcheur Ilia Brusch, champion  de la Ligue Danubienne des Pêcheurs au concours 1876 de Sigmarigen à Routchouk. Ilia a imaginé ce périple comme une véritable opération de communication : annonçant ses étapes par voie de presse, vendant aux enchères le produit de sa pêche.

Depuis plusieurs mois, en effet, les rives du Danube étaient désolées par un perpétuel brigandage.

Les voleurs, très mobiles, sont insaisissables et la police fluviale délègue un fin limier Karl Dragoch pour les arrêter. L’enquêteur, incognito, s’invite à bord de la barge d’Ilia Brusch. Jusqu’à Vienne c’est une véritable partie de pêche et de plaisir. Tout se complique quand le pêcheur fait escale dans la Capitale et que de nouveaux personnages s’immiscent dans la navigation. Véritable imbroglio d’identités, Ilia Brusch est-il le paysan Hongrois qu’il prétend?

A l’escale suivante, en Hongrie, une villa est dévalisée, une tempête chahute la barque et Karl Dragoch tombe dans le Danube…C’est un roman d’aventures!

L’action se déroule en 1876 avec les guerres d’indépendances des patriotes bulgares contre la Turquie, trafics d’armes, pirates du Danube.

Il y a aussi un une romance.

Tous les ingrédients pour un polar aventureux très réussi.

 

 

Sur la route du Danube – Emmanuel Ruben – Rivages

DANUBE

Je me suis laissé entraîner dans cette équipée à vélo, chevauchée effrénée de ces deux Haïdouks, cyclistes et nomades qui remontent la route du Danube de l’Orient vers sa source sur les pas des envahisseurs Huns, Avars, Magyars, Péchenègues, Turcs….et ceux des migrants Syriens ou Afghans. 

« Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion Européenne, mon pauvre ami! Et vous avez bien raison quand on pense comment ces aventures ont terminé! »

Aventure cycliste, sportive, mais aussi littéraire. Emmanuel Ruben écrit comme il roule :  à perdre haleine dans les pistes et les chardons, paresseusement, prenant le temps d’un coucher de soleil ou de l’envol d’un héron. Il connait :

l’extase géographique, le bonheur de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores,  de se sentir traversé de lumière. 

Ambitieux, devant la copie de la Colonne Trajane de Bucarest :

il faudrait écrire un livre qui s’enroule comme la colonne Trajane, l’hélice de l’Histoire s’enroule en bas-relief où sont gravées les aventures de l’empereur Trajan et du roi Decebale sur les bords du fleuve – oui je voudrais une sorte de rouleau original du Danube, un rouleau sans ponctuation, sana alinéa; sans paragraphe, un rouleau sans début ni fin, un rouleau cyclique, évidemment car c’est cela aussi le Danube.

Partis d‘Odessa, les deux compères veulent goûter à la steppe comme les envahisseurs d’autrefois. Ils traversent la steppe,  le delta ukrainien sur des routes dangereuses ou sur des pistes poussiéreuses, traversent la Moldavie

« cinq minutes en Moldavie, une demi-heure à ses frontières »

En Roumanie à  Sulina  (=Europolis)

Sulina

« Au kilomètre zéro du Danube, à la terrasse du Jean Bart, le dernier café sur le fleuve, le capitaine Hugo Pratt buvait une bière. Cela se passait en juillet de l’année 2*** »

imagine-t-il comme incipit de son futur livre.

A Galati et Braila il évoque Panaït Istrati et ses romans Nerrantsoula et Tsatsa Minnka ainsi que Mihail Sebastian , « trop juif pour les Roumains, trop roumain pour les Juifs » et son roman prémonitoire L’accident. Dans le Baragan, le vent les freine, projetant les fameux Chardons du Baragan (mon livre préféré de Panaït Istrati). En Bulgarie, à Roussé, ils visitent la maison d’Elias Canetti transformée en studio ou répètent des groupes de rock local. 

les chardons de la steppe

Géographie et histoire :

En Bulgarie, il évoque aussi le Tsar de Bulgarie Samuel 1er (1014). Leur passage à Nicopolis est l’occasion de raconter la « grande déconfiture » selon Froissart, défaite des Croisés en 1396.  Souvenirs d’un voyageur Evliya Celebi(1611 – 1682). Visite en Hongrie du cimetière de la bataille de Mohacs (1687)…. 

La bataille de Nicopolis : la Grande déconfiture des Croisés

Leur voyage est aussi fait de rencontres :  Raïssa, lipovène parle Russe avec eux. Vlad, le compagnon de l’auteur est Ukrainien, Samuel (le héros) se débrouille en Russe, en Serbe, en Turc et en Italien. Tant qu’ils sont en Roumanie, en Bulgarie et en Serbie, ils se débrouillent bien et ont de véritables échanges avec les piliers de bistro, les passants de hasard qui les aident pour réparer les vélos. Ils passent des soirées mémorables à boire des bières  de la tuica ou rakija, ou à regarder le coucher de soleil avec l’accompagnement d’une trompette de jazz tzigane. Rêve d’une île turque disparue Ada Kaleh, Atlantide qu’ils ne devineront pas, même en grimpant sur les sommets. 

la scène la plus kusturiciene de ce voyage : trois tsiganes dans une charrette tractée par deux ânes remorquent une Trabant

 

Les routes sont parfois mauvaises. Ils se font des frayeurs avec les chiens errants

Ces chiens sauvages sont les âmes errantes de toutes les petites nations bientôt disparues d’Europe. Le nationalisme est une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et les clébards qui survivront à l’homme porteront le souvenir de cette rage à travers les âges. 

Comme Claudio Magris, ils s’arrêtent longuement à Novi Sad en Voïvodine ou ils ont des amis de longue date, du temps de la Yougoslavie.  mais contrairement à Magris qui part à la recherche des Allemands venus en colons peupler les contrées danubiennes, Ruben reste à l’écoute du Serbe, du Croate, des Tsiganes à la recherche des Juifs disparus dans les synagogues en ruine ou dans le cimetière khazar de Celarevo. Au passage je note dans les livres références Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic, La treizième tribu d’Arthur Koestler (que je télécharge). Je note aussi Le Sablier de Danilo Kis. Inventaire des massacres récents ou moins récents, victimes du nazisme en 1942, ou bombardements de l’OTAN (1999) 

 « délires nationalistes de la Grande Serbie, Grand Croatie, Grande Bulgarie, Grande Albanie….etc d’où découlèrent les guerres balkaniques, La Première guerre mondiale et les guerres civiles yougoslaves. La balkanisation est un fléau qui touche chaque peuple et son voisin, une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et de pays en pays : la maladie de la meilleure frontière »

L’arrivée en Hongrie coïncide avec les pluies du début septembre qui les contraignent à traverser la puzsta en train. difficulté de communication, les Hongrois parlent Hongrois (et pas nos deux compères) les rencontres se font plus rares. De même en Slovaquie, en Autriche, en Allemagne, les deux cyclistes n’ont que peu de contacts avec la population germanophone. En revanche, ils ont le don de trouver  des guinguettes, bars ou restos où officient Croates, Kosovars ou Serbes avec qui ils sympathisent immédiatement.

Altedorfer

Les pistes cyclables (communautaires) sont plus confortables quand ils traversent l’Autriche mais elle n’ont plus la saveur de l’aventure. Ils croisent même un grand-père de 78 ans et son petit fils de 9ans. Un couple de retraités maintiennent la même moyenne que nos deux champions, grâce à l’assistance électrique. Leurs visites de musées et châteaux se font plus touristiques. Près de Vienne  musée Egon Schiele (mort de la grippe asiatique). Visite du Musée d’Ulm : musée de la colonisation des souabes. Toujours consciencieux ils ne zappent pas le musée de Sigmaringen, ni les autres curiosités touristiques mais l’élan d’empathie n’y est plus. Legoland à Audiville, Europa-park! 

Egon Schiele : Durch Europa bei Nacht

Le périple se termine devant les drapeaux du Parlement Européen à Strasbourg. En route ils ont découpé les étoiles du drapeau européen

un voyage d’automne dans le crépuscule d’une Europe qui a perdu ses étoiles en traquant ses migrants

Il s’agissait bien de parler d’Europe, de faire surgir une autre Europe de cette traversée d’Est en Ouest. En route, en Slovaquie, un monument de ferraille représente le cœur de l’Europe. mais pour l’auteur :

Le cœur de mon Europe bat au sud-est entre Istanbul et Yalta, Novi  Sad et Corfou dans l’ancien empire du Tsar Samuel…

 

L’EMPIRE OTTOMAN – Le Déclin, la chute, l’effacement – Yves Tenon ed du félin

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

 

J’ai coché ce livre sur la liste de la Masse Critique sans aucune hésitation, l’Histoire est toujours plus passionnante que la fiction et la Méditerranée orientale est un  territoire que j’aime explorer, d’ailleurs je rentre d’Egypte. Merci aux éditions du Félin pour cette lecture!

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Ce n’est certes, pas le livre qu’on glissera dans le sac de voyage pour un week-end à Istanbul, 500 grandes pages, imprimées en petits caractères, format et poids rédhibitoires! Ce n’est pas non  plus le « pavé de l’été« à lire sur le bord de la piscine ou à la mer!

C’est du lourd et du sérieux, c’est l’oeuvre d’un historien qui, de plus se présente comme un historien des génocides :

« Les spécialistes des génocides sont de drôles de gens,  des oiseaux  bariolés dans la volière universitaire…

L’historien du génocide est un policier qui enquête, un juge qui instruit un procès. Peu importe la vérité, il découvrira la vérité pourvu qu’il la trouve…. »

écrit l’auteur dans le premier chapitre du livre.

Ainsi prévenu, le lecteur se lance dans un ouvrage sérieux, documenté qui recherche les sources du déclin de l ‘Empire

Ottoman loin dans l’histoire, au début-même de la conquête des Ottomans, au temps de Byzance. Cette histoire va donc se dérouler pendant 600 ans sur un très vaste territoire. On oublie souvent que la Porte régnait de la Perse aux portes de Vienne, du Caucase au Yémen. Histoire au long cours, sur un Proche Orient qui s’étale sur trois continents. Pour comprendre la chute, il importe donc de connaître l’Empire Ottoman à son apogée.

Quand a-t-il commencé à décliner ? A la bataille de Lépante (1571) ou après le second siège de Vienne (1683) avec la paix de Karlowitz (1699) où le démembrement de l’empire commença quand la Porte a cédé la Pologne, la Hongrie et la Transylvanie?

En 1572, après Lépante, Sokollu déclarait à l’ambassadeur vénitien:

« il y a une grande différence entre votre perte et la nôtre. En prenant Chypre nous vous avons coupé un bras. En coulant notre flotte, vous avez seulement rasé notre barbe. Un bras coupé ne repousse pas. Une barbe tondue repousse plus forte qu’avant… »

L’analyse de la société ottomane, de son armée, ses janissaires, le califat nous conduit jusqu’à la page 80, avant que le déclin ne soit réellement commencé avec l’intervention des occidentaux et les Capitulations ainsi que les prétentions russes et le début du règne de Catherine de Russie (1762).

Pendant plus d’un siècle et demie, Serbes, Roumains, Grecs, Bulgares et Macédoniens, enfin Albanais vont chercher à s’émanciper et à construire une identité nationale. Par ailleurs les Grandes Puissances vont jouer le « Jeu diplomatique » qu’on a aussi nommé « Question d’Orient »

« Dans la question d’Orient, cet affrontement des forces qui déchirent l’Europe peut être représenté sous forme d’un Jeu qui tiendrait des échecs et du jeu de go, avec des pièces maîtresses et des pions et où chaque partenaire conduirait une stratégie d’encerclement. Des reines blanches  – de trois à six selon le moment – attaquent ou protègent le roi noir ceinturé de pions. les unes veulent détruire le roi noir, les autres le maintenir dans la partie. Le roi perd ses pions un à un, et les reines tentent de s’en emparer, chacune à son bénéfice, pour se fortifier ou affaiblir ses rivales »

Les puissances sont les reines : l’Angleterre veut garder la Route des Indes, la Russie veut un accès par les Détroits à la Méditerranée, elle utilise son « Projet Grec » en se posant comme protectrice de l’Orthodoxie, l’Autriche-Hongrie veut s’élargir à ses marges, la France se pose comme protectrice des Chrétiens d’Orient, l’Italie et l’Allemagne arrivées plus tard dans le Jeu cherchent des colonies.

L’auteur raconte de manière vivante, claire et très documentée cette histoire qui se déroule le plus souvent dans les Balkans mais aussi dans les îles et en Egypte.

C’est cet aspect du livre qui m’a le plus passionnée. Lorsqu’on envisage les guerres d’indépendance de la Grèce à partir de Constantinople, on peut rendre compte de toutes les forces en présence aussi bien le Patriarcat et les Grecs puissants de Constantinople que les andartes, sorte de brigands, les armateurs, les populations dispersées autour de la mer Noire jusqu’en Crimée, les armateurs et surtout les manigances russes. La Grande Idée se comprend bien mieux comme héritière du Projet Grec russe.

Les Révoltes Serbes, les comitadjis macédoniens ou bulgares trouvent ici leur rôle dans ce Grand Jeu. Les guerres fratricides qui se sont déroulées dans la deuxième moitié du XXème siècle dans les Balkans  en sont les héritières.

L’auteur explique avec luxe de détails les traités de San Stefano (18778) et le Congrès de Berlin(1878) que j’avais découverts à Prizren (Kosovo) avec la Ligue de Prizren qui est à l’origine de l’indépendance albanaise.

On comprend aussi la formation du Liban. On comprend également pourquoi Chypre fut britannique, Rhodes et le Dodécanèse italien….

Après une analyse très détaillée (et plutôt fastidieuse) de la Première Guerre mondiale les événements se déplacent des Balkans vers le sud, à la suite des intérêts britanniques et français et des accords Sykes-Picot, tout le devenir du Moyen Orient s’y dessine. 

Les accords de paix clôturant la Grande Guerre portent en germe l’histoire à venir : Traités de Versailles, de Sèvres, de Lausanne. Les négociations sont racontées par le menu, là aussi j’ai un peu décroché.

La fin du livre se déroule dans le territoire rétréci de l’Asie Mineure, éléments fondateurs les Jeunes Turcs, le  Comité Union et Progrès, le qualificatif « Ottoman » est remplacé par « Turc », le nationalisme turc prend le pas sur l’islam, il y eut même un courant touranien avec une orientation vers l’Asie Centrale ou le Caucase. Deux événements fondateurs : le génocide Arménien  et la prise de pouvoir par Mustafa Kemal, émergence d’un populisme laïque et nationaliste. L’historien refuse l’hagiographie et analyse le parcours de Kémal. 

Chaque chapitre est remarquablement bien construit. La lecture étant ardue, il m’a fallu me limiter à un chapitre à la fois. Passionnant mais parfois indigeste, j’ai reposé le livre, pris le smartphone pour avoir la version simplifiée de Wikipédia, pour des cartes, des dates. Il m’a parfois semblé que ce livre était destiné à des lecteurs plus avertis que moi.

Un seul reproche : les cartes sont peu accessibles, trop rares et réparties au milieu du texte, un cahier sur un papier glacé au milieu, au début ou à la fin aurait facilité le repérage. De même, la toponymie laisse parfois le lecteur désorienté : pourquoi avoir utilisé Scutari au lieu de Shkoder en Albanie, toujours en Albanie Durrazzo pour Dürres, Valona pour Vlora? Angora pour Ankara…C’est un détail, mais encore c’est le smartphone qui m’a dépannée.

Je vais ranger ce gros livre bien en évidence parmi mes livres de voyage parce qu’il raconte aussi bien l’histoire de la Grèce, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Bosnie, de l’Egypte que de la Turquie moderne! C’est un indispensable pour comprendre les enjeux des luttes actuelles et aussi pour comprendre pourquoi le génocide arménien est encore nié dans la Turquie moderne.

 

 

 

 

 

 

Balkans-Transit – François Maspéro photogaphies Klavdij Sluban

LIRE POUR LES BALKANS 

C’est une relecture : lu une première fois à l’occasion d’un voyage en Bulgarie, plutôt qu’une critique j’avais fait une citations dans mes INVITATIONS AU VOYAGE et comme j’avais visionné(encore!)  le Regard d’Ulysse d’Angelopoulos j’avais mêlé film et livre.

Au départ en Albanie, le relire était une évidence d’autant plus que notre circuit sortait d’Albanie pour 6 jours au Kosovo, une semaine au Monténégro et une excursion en Macédoine. Quel meilleur guide imaginer?

Portrait de l’auteur en européen : « Touriste peut-être même si je récusais instinctivement le mot, mais alors dans la solitude du touriste de fond. mon modèle était Gérard de Nerval.. »  plus loin « A l’époque, découvrir le monde, si on de voulait pas se limiter au paysages de Connaissance du Monde; cela devenait politique….. »

Premiers départs : « j’ai fait ainsi entre 1992 et 19ç4, cinq voyages balkaniques qui m’ont conduit de Sofia à Ohrid, de Salonique au Danube, de Missolonghi à Tirana… »

J’ai téléchargé le livre dans la liseuse pour pouvoir l’emporter sur place et j’ai pris de nombreuses notes que je ne peux pas recopier toutes, bien entendu!

Je me suis surtout attachée à la partie albanaise et macédonienne de leur périple, même si j’ai relu avec plaisir le reste. Beaucoup de choses m’avaient échappé. Je me suis aussi plus attaché au personnage du photographe dromomane, slovène – donc ancien yougoslave – polyglotte et capable de décrypter les informations parfois codées d’un discours qui en tout cas serait incompréhensible au touriste.

J’ai aimé leur récit du passage à Dürres, lu quand j’y étais, de la recherche des autobus à Tirana. Ces récits sont datés toutefois, vingt ans ont passé et heureusement l’Albanie n’est plus ce champ de ruine, on trouve facilement des hôtels, le réseau routier est encore vétuste mais il est souvent acceptable, les arbres massacrés ont repoussé…. Les deux compères ont saisi un moment précis, du passage du communisme à l’économie de marché, heureusement les choses semblent se normaliser.

J’ai aimé les rappels historiques à propos de Skanderbeg ou d‘Ali Pacha….ou du Congrès de BerlinBismarck a dénié à l’Albanie le statut de nation.

Un grand livre que je relirai sûrement, surtout que j’ai deux exemplaires, papier et électronique!

Le Cartographe – Guillaume Jan – ed Intervalles

LIRE POUR LES BALKANS

12

C’est l’Odyssée de Lazare, routard, à travers les Balkans, qui tente de rentrer chez lui à Paris et dérive jusqu’à Odessa. Lazare, 25 ans, est un roadie : il conduit la camionnette et porte les amplis d’un groupe de rock, les Brutes de Luxe, dans une tournée qui démarre au Festival de Sarajevo et qui devrait les conduire à Zagreb, Budapest, peut être Prague. Une aubaine pour ce chômeur, sans qualification particulière dont la seule ambition est de payer le loyer de sa chambre.

A Sarajevo la camionnette disparaît, volée sans doute. L’autocar  vers Paris est complet, l’avion trop cher, Lazare tente le train jusquà la côte dalmate et de là, le ferry pour l’Italie. Dans le train, Gerd , lui raconte les îles aux eaux turquoises de l’Adriatique. Arrivé à la côte « il pouvait prendre le ferry pour l’Italie, un bateau appareillait ce soir, ou un bus pour le nord. Il pouvait aussi rejoindre les îles de Gerd, une petite vedette bleue partait dans vingt minutes ».

Plusieurs jours, Lazare vit en Robinson, pêchant des oursins, observant les oiseau du maquis, sentant la présence rugueuse des écorces de pin.

« C’étaient de petites choses infimes mais elles prenaient une importance solennelle. Il aurait fallu les consigner quelque part car les idées se dispersent quand on voyage, on passe de l’une à l’autre, sans cérémonie beaucoup se perdent en route…. »

Il lui vient l’idée décrire au dos de la carte de l’Europe, des poèmes adressés à Elena – Penelope restée à Paris – de petits souvenirs qu’il ne veut pas oublier. D’où le titre de Cartographe.

Au hasard des rencontres, Lazare exerce sa profession de roadie : un orchestre campagnard l’embarque à la Fête du Printemps des paysans de l’île où il fait bombance. Il a goûté la vie de nomade et hésite à embarquer sur le ferry qui le ramènera chez lui.  Il fait du stop jusqu’au Montenegro se laisse envoûter par la musique des Tsiganes.

« Elles sont là, les choses qu’on doit raconter. a fleur de peau, comme les empreintes digitales… »

Une bande de Serbes l’invite à boire. Trop tard pour le ferry! Il rencontre Nina. Le prochain ferry ne part que dans une semaine. Le plus court serait de passer par l’Albanie. Au port de Dürres il y a une liaison quotidienne.

Les idées reçues sur l’Albanie : accidents de la routes et vendetta, se vérifient dans les aventure de  notre Ulysse ainsi que l’émigration par hors bord vers l’Italie. Le pécule que Lazare gardait pour payer son retour s’amenuise. Heureusement, il redevient roadie avec un petit orchestre de Tirana qui anime des mariages. les affaires marchent bien. Et les voilà arrivés en Macédoine... A Skopje, il prendra le car d’Eurolines…dans deux jours il sera à Paris! Sauf qu’il perd son porte-feuille! le voilà avec juste quelques lekë en poche.

En auto-stop il arrive à Sofia, hébergé par Mira…s’enfuie, le périple continue en Roumanie, puis en Ukraine. Ulysse se clochardise, la suite devient franchement glauque….je vous laisse découvrir.

Un livre  pour m’accompagner dans les Balkans, lecture facile, peut être un peu trop. Les clichés abondent. Cet Ulysse roadie vit dans l’univers rock, musique et bière. Ne pas en attendre trop …

Patrick Leigh Fermor : The Broken Road

LE VOYAGE EN ORIENT

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Une nouvelle édition rassemblant les trois récits du voyage de Fermor de Londres à Istanbul vient de paraître!
J’ai lu le Temps des Offrandes et  Entre Fleuve et Forêt il y a bien longtemps. j’attendais la suite depuis des années.

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Patrick Fermor – 18 ans – est parti de Londres en décembre 1933 à pied vers Constantinople.
Fermor est décédé en 2011.

Surprise : en 2013, la fin du voyage est enfin parue : The Broken Road

J’ai choisi de la télécharger en anglais sur ma liseuse. Je préfère lire en VO, même si le texte est littéraire et comporte tout un vocabulaire choisi que je ne possède pas. Magie de la liseuse : je clique et les dictionnaires m’aident.
c’est donc une lecture, lente, savoureuse, jubilatoire.

Fermor quitte la Serbie et les Portes de Fer, arrive à Sofia.

Rila
Rila

Au monastère de Rila il fait connaissance avec une étudiante de son âge qui l’invite à Plovdiv. Puis, il  marche dans la campagne, entre dans une épicerie à Tarnovo, le fils est étudiant également, ils sympathisent. De Routschouk – ville natale de Canetti – il traverse à nouveau le Danube et rejoint Bucarest où il est reçu dans la meilleure société…puis longe la Mer Noire et arrive pour la nouvelle année à Istanbul, dont nous n’apprenons presque rien.
Le périple n’est pas terminé puisqu’il se poursuit au Mont Athos.
C’est un livre de randonnées, Fermor raconte ses aventures. il raconte surtout ses rencontres.
De la haute société de Bucarest, francophone, proustienne et snob il passe à une grotte occupée par des pêcheurs grecs et des bergers bulgares avec leurs troupeaux avec le même bonheur – et pour le nôtre! Nous ferons enfin connaissance avec des moines russes, bulgares ou grecs…

 

Merci à Balkania – fin de l’autotour !

CARNET BULGARE

 

Merci à Balkania qui nous a préparé un auto-tour idéal !

Les hébergements ont tous été à la hauteur de nos attentes et parfois bienau de-là.

La gentillesse de nos hôtes a toujours compensé la barrière linguistique. Ils ont fait mentir l’expression  qualifiant la Bulgarie de « pays sans sourire »: le sourire, la gentillesse et la prévenance ont toujours été au rendez-vous.

Le confort et la beauté de certaines maisons d’hôtes nous ont tellement surprises que nous les avons surnommées : » jardin extraordinaire »  à Dragoevo, « le musée » à Geravna, » meilleur petit déjeuner « à Arbanassi…..les villages ont offert des visites passionnantes dans un rayon très raisonnable.

Nous avons suivi à la lettre les suggestions de visites.
Le rythme était tout à fait adapté . Jamais nous n’avons eu l’impression de courir un marathon. A chaque étape, nous avons pu nous arrêter  dans un cadre très agréable pour préparer les visites suivantes, lire la carte, faire le point sur les visites : à la piscine, sur le balcon-musée, dans le merveilleux jardin nous avons passé des heures reposantes. Maisons-musée, monastères, thermalisme, sites archéologiques et j’en oublie, nous ont rempli des vacances instructives, culturelles et variées.

La Bulgarie a su se mettre en scène à son avantage dans la catégorie Tourisme Vert.
Refermant ce carnet bulgare, j’ai pourtant quelques regrets de ne pas en savoir plus sur les réalités du pays. Le Regard Touriste est un regard optimiste : on nous montre ce qui est joli, ce qui va nous plaire. Nous rentrerons sans savoir comment les Bulgares vivent vraiment dans leurs villes, leurs salaires. Qui cultive les immenses champs de maïs? qui possède les vignobles? La mise en valeur de la Renaissance Bulgare était-elle une idée du gouvernement d’avant 1989? la richesse des monastères, permanence ou regain de vigueur? Je n’ai pas non plus retrouvé la Bulgarie cosmopolite de mes lectures.

 

 

 

Monastère de Rila (3) promenade et musée historique

CARNET BULGARE

le monastère dans son écrin vert du Rila

J’ai très bien dormi, entortillée dans les deux épaisses couvertures de laine. L’air est vif à 1150m.La cloche a sonné à 6h. J’ai attendu, bien au chaud 6h30 que le pope se promène en frappant sur la simandre. J’ai juste eu le temps de l’apercevoir de dos- sinistres voiles noirs – la planche dépasse, dessinant avec sa silhouette verticale une croix. J’avais espéré entendre les chants de la Messe. A travers les épais murs, rien ne transpire.

Petit déjeuner à l’hôtel situé derrière le monastère, crêpe au miel et aux noisettes.

Promenade de l’Oratoire Saint Luc

Luc était son neveu qui voulait se ffaire moine. Son père étant venu le chercher pour el retirer du monastère, l’enfant fut mordu par un serpent. Les fresques de la chapelle d’IVAN Rilsky au Monastère racontent cet épisode.

Dans  les prés et  dans une splendide hêtraie, le sentier s’élève d’une petite centaine de mètres. Une très belle fontaine toute simple et moussue se trouve près d’un groupe de maisons, deux chapelles, la chapelle Saint Luc, par hasard je découvre la maison de Néofyte Rilsky construite en 1843. Néofytes Rilsky est un personnage récurrent du voyage. Le chemin pavé conduit ensuite au tombeau d’Ivan Rilsky, fondateur du Monastère

Musée Historique

J’emboîte le pas à un groupe de francophones guidé par un excellent conférencier. A propos de la carte des Terres du Monastère, il explique que le supérieur du Monastère ne règnait pas seulement sur les moines mais aussi sur les paysans des villages voisins. Ces derniers donnaient chaque année le tiers des récoltes mais surtout n’étaient pas libres ni de se marier ni de déménager sans l’autorisation de l’Higoumène. Cette situation perdura au 20ème siècle jusqu’à l’avènement du pouvoir communiste qui fit une loi pour libérer les paysans. Dans des vitrines on voit les firmans des sultans ottomans (un de Soliman le Magnifique) avec un cierge d’apparat dans un tube métallique don d’un sultan.

Le monastère reçu, au cours des siècles de nombreux cadeaux, principalement de Russie : linceuls brodés, icônes recouvertes d’or, manuscrits précieux. Le conférencier en profite pour faire remarquer que els icônes russes sont serties d’or tandis que els grecques le sont d’argent. A côté des encensoirs, et divers objets liturgiques, inévitables dans un tel musée, on voit les portraits de Zahari Zograf, le peintre, de Nikolaki Dospeti, peintre d’icônes et surtout de Neofyte Rilsky – moine à rila – connu surtout comme le premier pédagogue bulgare. Un globe terrestre en cuir avec le dessin des continents, une grammaire montrent l’œuvre pédagogique de ce moine qui fonda les premières écoles laïques du pays.

L’objet le plus curieux est une croix sculptée avec minutie que le moine Rafail mit des décennies à sculpter avec des centaines de personnages. On dit que cette œuvre lui coûta la vue.

J’aurais pu monter au sommet de la Tour Hrilo, le donjon  médiéval où les moines se réfugiaient en cas d’attaque de brigands, des Byzantins, des Albanais, des Turcs….

J’aurais pu aussi visiter le Musée consacré aux fermiers du domaine.

Il était temps de déjeuner pour partir à Sofia en début d’après midi. je fais l’essai de langue servie dans une cassolette nappée de sauce à la crème et de champignons, garnie de tomate cuite, le tout recouvert de fromage jaune fondu.  Excellent. Le patron avait proposé ses truites fraîches. Nous mangerons des truites chez nous !

Nous prenons en stop une famille de l’Oise avec une petite fille blonde bien tranquille. La route de Sofia est bien chargée. Les fous du volant doublent sans prudence : appel de phare en protestation, ce sont les policiers ! Le GPS s’affole dans les quartiers périphériques de Sofia, nous perdons une bonne heure dans les ruelles et chemins de terre avant de trouver la Villa Boyana.

L’accueil du patron est aussi chaleureux qu’à notre premier passage ; Il a gardé la même chambre avec le balcon. Il me laisse imprimer ma carte d’embarquement Air France sur son  ordinateur et résout avec une grande gentillesse tous nos problèmes de voyageuses qui devront prendre l’avion à 6h du matin.

Après l’excellente matinée à Rila, nous nous offrons une après midi de paresseuses : douche, valises et télévision satellite suffisent à nous remettre d’aplomb. Seule inconnue : le GPS saura-t-il nous conduire à l’aéroport à 4h du matin ?

Pour terminer  notre dernier jour bulgare nous allons au beau restaurant bulgare (il y a aussi un Italien très classe) sur la place Boyana. Dernière curiosité gastronomique : une salade de champignons (surtout des ceps) avec du pain aux herbes, à l’ail et au beurre. Le maitre d’hôtel est un peu surpris de me voir commander de l’Ayran et pas du vin ou de la bière.

Monastère de Rila (2) fresques et icones

CARNET BULGARE

Jugement dernier

L’église

Les  fresques de l’extérieur sont très colorées, je ne sais plus où donner de la tête. Un conférencier explique le Jugement Dernier en Français. Il montre les Turcs attrapés par un diable dans la boucle d’un lasso et entraînés vers l’Enfer. D’après ce spécialiste, l’Enfer est difficile à soutenir théologiquement, la foule rejoint donc le Paradis (pas de Purgatoire chez les orthodoxes), l’Enfer reste presque vide à l’exception de Judas assis sur les genoux du diable ; Une touriste remarque que les femmes sont plus nombreuses que les hommes en enfer. On ne voit qu’elles !

prise de Constantinople

Scènes de l’Apocalypse, Chute de Constantinople, ces fresques sont amusantes. Plus anecdotiques que touchantes, décidément le 19ème siècle même avec les meilleurs des peintres comme Zahari Zograf , en matière de peinture religieuse ne me plait guère !

Zahari Zograf a peint l’intérieur de l’église. Nous avions déjà remarqué ses fresques à Trojan. La fumée des cierges a obscurci les couleurs. A la suite du groupe francophone, j’écoute les explications sur les deux chapelles celle de Saint Jean de Rila (fondateur du monastère) et en face consacrée à Saint Nicolas. L’iconostase est très massive, très dorée, très haute.

Diableries?

Nous faisons des allers-retours entre église et cour, glanant des explications des conférenciers dans les langues que j’entends. En début d’après midi, les touristes étaient si nombreux qu’il régnait une agitation gênante. Il a plu, la pluie a fait fuir le monde.

Quand le soleil est revenu, les murs blancs ont pris un nouvel éclat, les décors plus de couleurs. On a refait toutes les photos. Le soir est venu, le calme est revenu dans le monastère.

Galerie des icônes

Une seule grande pièce en rez de chaussée ; les icônes sont surmontées par les portraits des moines, noirs et gris, sinistres. Sur un mur, icônes 18ème siècle de l’ancien monastère dont il ne reste que la tour Rhelno. Sur un autre mur, une série d’icônes 19ème, toutes d’un même artiste Nikolaki Dopeski dont j’ai bien aimé les Trois Hiérarques et la Nativité de la Vierge. Une autre Nativité de la Vierge de 1827 m’a plu : le réalisme, l’expression et le costume des servantes habillées comme des paysannes turques ou bulgares, l’une d’elle dresse le couvert avec de la belle vaisselle d’argent, plateau et aiguières comme dans les maisons-musée.

L’accumulation des peintures tue la fraîcheur du regard. Au lieu d’être émerveillée, je suis assommée. La fin de la soirée se passe oisivement, sans but précis, dans l’immense cloître.

Dîner : soupe aux tripes et pain au restaurant qui enjambe le torrent par un petit pont. C’est une erreur de choisir la table au dessus de l’eau. Il faisait froid .