Les trois vies de Babe Ozouf – Didier Decoin

BALADE NORMANDE – COTENTIN

Le nez de Jobourg

Elle avait pris la ferme de Jobourg pour cette sensation de vivre en face d’un espace illimité, d’un presque néant
de landes rases, d’eau et de nuées. Depuis la lucarne du fenil, le regard se perdait à l’infini. Parfois, sur le coup
d’octobre ou de novembre, un mur de brume venait s’appuyer contre les clôtures, mais Babe savait que ce
brouillard-là n’avait rien à cacher ; il était le prolongement visible du monde informe au-delà de sa ferme, terres
où levaient des murets si bas que les agneaux de Pâques eux-mêmes, dès le lendemain de leur naissance, se
sauvaient d’une pâture à l’autre. Sauf en été où les ombres étaient franches, les vagues de l’herbe et les vagues
de la mer avaient une même couleur – un malentendu gris et bleu fermait là-bas au bout. Le bout du monde, c’est justement là

Pour rester encore à La Hague après avoir fini Avec vue sur la mer du même auteur. 

Les Trois vie de Babe Ozouf est un roman en trois parties, trois vies, trois femmes. Babe Ozouf (1893), Catherine dans  les années 30, sa fille, Carole (1944) la petite fille. Unité de lieu : La Hague. Un destin commun : naufrageuses. Une constante : le feu. Et toujours la présence de la mer sauvage, des tempêtes. 

Didier Decoin évoque avec vivacité les falaises, la lande et les genêts, ainsi que la vie rurale traditionnelle au début du XXème siècle et j’ai eu grand plaisir dans ce dépaysement.

Histoires d’amour et de passion avec la figure fière et flamboyante de Babe Ozouf, en demi-teinte avec le mariage de Catherine, à peine sortie de l’enfance et du peintre Louis. Cette histoire à la limite de la perversion me laisse un peu dubitative. Il fut un temps ou Lolita ne posait aucun problème, maintenant on est plus critique. Pour Carole de Chicoutimi, l’amour est secondaire son destin se confond avec la Résistance, même si…

La Hague est autrement belle, ce soir, empourprée et toute retroussée de vent comme une fille qui danse. Je suis
moi-même une fille qui danse, pense Carole, je vais danser devant un feu, danser devant un grand bateau, un
navire orgueilleux qui a fait régner la terreur dans les fjords, à la fin je le faucherai d’un croc-en-jambe et il se
couchera sur le flanc, mais

La nuit sur la Hague, qu’elle soit feutrée par les brumes ou pleine du hurlement des tempêtes, libère de singuliers
démons.

je recommande ce livre à tout touriste, visiteur, vacancier dans le Cotentin. A lire sur place ou au retour!

 

Pique-nique au Gué de l’Epine

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Gué de l’Epine : moutons dans les herbus

Le Gué de l’Epine se trouve sur les bords de la Sélune  à 8km d’Avranches sur la commune de Val-Saint-Père. La route à moitié inondée par les grandes marées d’équinoxe (coefficient 111) court le long des herbus où paissent en liberté les moutons grêvins avranchins qui se reflètent dans les flaques. Des hommes tirent de la rivière un carrelet . Par chance, il y a un bar!

Gué de l’Epine : pêcheurs

La route le long des herbus arrive à un petit aérodrome sur l’herbe. Sur la carte IGN les pistes sont dessinées dans l’eau. Le GR 223 continue mais la route carrossable s’enfonce dans les terres et nous sommes forcées de retourner à Avranches?

Nous terminons l’après midi à la Plage de la Dune près de Dragey où nous étions il y a une semaine.

Un dernier coucher de soleil!

Dernières photo de coucher de soleil sur la plage….et fin des vacances.

Avranches : Scriptorial

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Avranchees : donjon et jardins

Le Scriptorial est le Musée qui conserve les manuscrits précieux du Mont saint Michel. Malheureusement, en période de Covid ces manuscrits ne sont pas visibles (la climatisation du Trésor pouvant être dangereuse). C’est donc une visite frustrante. j’en avais gardé un bon souvenir ainsi que celle du Book of Kells au Trinity College à Dublin. 

Le Scriptorial est un musée moderne construit à la base du Donjon et sa courtine. Arrivée avant l’ouverture, je fais une promenade dans les rues étroites d’Avranches et visite deux jardins : l‘Hortus, jardin des simples des ermites médiévaux avec ses carrés de plantes médicinales et tinctoriales et ses rangées de poiriers en espalier (Louise Bonne d’Avranches). En partie haute Le Jardin des Passeurs autour d’une statue contemporaine en ferraille en hommage aux greffes du coeur

Au musée, de nombreux panneaux et des vidéos racontent l’histoire du Mont Saint Michel 

 

Chronologie :

540 Saint Pair ; fondation d’un monastère à Astérac

708 Aubert, évêque d’Avranches,  fonde un oratoire au Mont saint Michel

931 Les Bretons sont repoussés et le Mont devient Normand

966 Installation des Bénédictins

VIII ème siècle : les premiers manuscrits du Mont Saint Michel

Xème apogée du Scriptorium

XII ème « cité des Livres »

pendant la Guerre de Cent ans la forteresse fut assiégée 30 ans et jamais prise

1793 le Mont Saint Michel est transformé en prison

1897 construction de la flèche par Victor Petitgrand

Mythes et Légendes autour du Mont Saint Michel

Au Vème siècle, au Gargano apparaît le Culte de Saint Michel  qui aurait pu prendre la place des dieux antiques : Esculape, Apollon ou Mithra. Le Mont Saint Michel aurait recelé une relique de Saint Michel, provenant du Gargano : un fragment du tissus rouge recouvrant l’autel.

Mythe de la forêt de Scissy disparue au cours d’un violent raz de marée?

L’apogée des pèlerinages fut au XVIème siècle mais avant : pèlerinage des Pastoureaux et des rois Guillaume le Conquérant, Henri II Plantagenet, Saint Louis, Philippe le Bel, Louis XI.

Les Objets du Pèlerinage

Schiste gravé pour moule

A côté des statues de Saint Michel et des pèlerins, j’ai bien aimé les Moules d’enseigne du Mont saint Michel : production quasi-industrielle de petits objets de plombs que les pèlerins cousaient à leurs vêtements en souvenir du pèlerinage. Les moules étaient en schiste gravé ou en terre cuite; cette industrie du souvenir m’a fait sourire. Finalement le Mont Saint Michel a peu changé à travers les temps!

Autour du thème du manuscrit et du livre 5 vidéos sont projetées : Calligraphie, Enluminure, Reliure, Fabrication du papier et Imprimerie. Des artistes contemporains s’approprient les techniques séculaires et réalisent des créations modernes.

les livres et manuscrits de l’Abbaye. A côté des textes religieux on trouve des textes historiques les Chroniques de Robert de Thorigny : Histoire des Ducs de Normandie de Guillaume de Jumièges, La Geste de Robert Guiscard ainsi que des textes anciens comme L’Histoire Naturelle de Pline

Dans l’ exposition temporaire des Peintres Officiels de la Marine , je reconnais des paysages de la région comme la plage de Carolles par Miollis, les sculpture des phoques de Lemonnier, ou En marche vers le Mont de Jacques Coquilary et le Prieuré de Saint Léonard d’Arcile.

 

Le Lude et le Château de Chantore

22BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Pique-nique au « Parking du Lude » à Carolles que j’ai vainement cherché lundi. Beau panorama sur le Rocher du Diable dont le nom vient d’une légende où Saint Michel aurait combattu là le Diable. J’emprunte le sentier de le promenade du Lude qui suit le ruisseau jusqu’au Port du Lude :  une crique de galets et de rochers pittoresque et sauvage d’abord difficile par la mer. 

Le Port du Lude

Le Château de Chantore à Bacilly ne se visite pas : c’est un hôtel. Le parc de 19 ha est ouvert à la visite de 14h30 à 18h30 (prendre rendez-vous par téléphone). Pour les Journées du Patrimoine la visite est guidée par le propriétaire. Chantore fait penser à Moulinsart. Autrefois, ce fut une demeure du XVIIIème siècle délicate. les propriétaires sous le Second Empire décidèrent de l’embellir à la mode de l’époque : ostentatoire! Au Second Empire il n’était pas honteux d’être riche, au contraire la richesse s’étalait! Le château s’agrandit, la toiture gonflée il fut repeint rouge brique (fausses briques) pour être plus voyant. 

Promenade littéraire : chaque arbre remarquable est associé à une anecdote et à une courte lecture.

Les camélias ont une histoire piquante : les Anglais, grand buveurs de thé pensaient rapporter de Chine des graines de théiers. Les Chinois, peu désireux de perdre leurs exportations les trompèrent en leur donnant des graines de camélias. Le Camelia alba renvoient à la Dame au Camélia : Dumas ou Verdi! 

le Tilleul évoque tantôt les Arbres de la Liberté, tantôt la tisane : lecture du paragraphe de la madeleine de Proust.

Savez-vous que le nom de Séquoia a été donné à l’arbre en l’honneur de Monsieur Séquoiah, un cherokee  qui inventa un alphabet pour écrire les langues des Amérindiens qui étaient des langues orales .

Certains de mes compagnons de visite sont déjà venus et assurent que chaque année la visite est différente. Elle se termine par une promenade libre dans le parc où je m’émerveille devant la floraison des cyclamens au pied des hêtres.

 

L’Abbaye de la Lucerne

L’Abbaye de la Lucerne

Le village La Lucerne d’Outremer  dans la Vallée du Thar, se trouve au-delà de Bouillon et de Saint Pierre-Langers. Sous un ciel bien embrumé nous traversons une agréable campagne de bocage et de forêts.

Le nom de Lucerne vient probablement de la luzerne. L’expression Outremer rappellerait peut être le temps du Royaume Anglo-Normand après la Conquête de Guillaume. L’église aurait été placée en ce temps-là sous l’autorité de l’évêque de Cantorbery  (au delà de la mer). (source Wikipédia)

Le village est encore endormi quand nous en faisons le tour avant de trouver 4 km plus loin l’Abbaye de la Lucerne aux abords des bois. Abbaye des Prémontrés fondée en 1143. Endommagée pendant la Guerre de Cent ans, éprouvée pendant les Guerres de Religions, elle fut restaurée au XVIème et XVIIème siècle où les cloître en granite bleu de Carolle fut construit. A la Révolution elle est vendue comme Bien National . Un armateur de Granville la transforma en filature de coton et construisit un aqueduc pour faire tourner les machines. Elle fut ensuite transmise à Victor Bunel (celui des Fours à chaux) qui y installa une marbrerie. Les bâtiments furent vendus certains démontés intégralement.

Depuis 1959, elle fut restaurée par L’abbé Lélégard (qui restaura également le Château du Pirou), prêtre mai aussi Conservateur des antiquités de la Manche, écrivain érudit normand. Pour les Journées du patrimoine des visites guidées sont organisées ainsi que l’inauguration de l’orgue avec des concerts.

Le guide se présente « Je ne suis pas guide!« . Mieux qu’un guide touristique, c’est le Chef des Travaux de Restaurations. C’est un homme simple, au parler un peu frustre mais qui a donné toute sa vie à la reconstruction de l’Abbaye. Son témoignage est très émouvant. L’Abbé Lélégard a trouvé l’Abbaye en ruines, seule la Tour de l’Eglise était debout avec un bâtiment qui avait servi d’école. La nef était à moitié détruite : un mur latéral encore intact a permis de reconstruire par symétrie le mur d’en face écroulé, et ainsi de suite.

La Lucerne ; Porche

Devant le porche, le guide détaille les matériaux utilisés: le « jaune« , granite de Jullouville, le granite bleu de Carolles et le poudingue rouge violacé aux grains de silice si difficile à travailler. On a utilisé les moellons trouvés sur place et cherché dans la région dans les matériaux équivalents, souvent les carrières ne sont plus exploitées. Le vocabulaire du tailleur de pierres réveille en moi des souvenirs de géologie.

A l’intérieur de l’église, notre guide explique qu’elle n’est ni romane ni gothique. Une clé de voûte est retrouvée au sol, je n’imaginais pas à quoi pouvait ressembler cet élément qui maintient ensemble les arcs, à La Lucerne en tiers-point. On a retrouvé une rosace au sol comme le labyrinthe des cathédrales, en pavés de céramique rouge comme des tomettes décorée par des lettres. Que disaient-elles?

La Lucerne nef

Le cloître a été refait plusieurs fois. Il reste des piliers en granite bleu/Il faudrait en restaurer au moins la partie contigüe à l’église pour lui servir de contrefort. Est-ce que la Fondation pourra le faire? La tâche est encore très vaste.

On visite le Réfectoire des moines : ils étaient une quarantaine comme le témoignent les renfoncements dans le mur formant des casiers où chacun rangeait sa gamelle.

 

La Lucerne le Logis abbatial

Le Logis abbatial donne sur une pièce d’eau où se trouve aussi le moulin et la petite maison des canards. Le logis abbatial a échappé de justesse à la démolition ayant été habité par un artiste de la famille des propriétaires qui l’avait trouvé à son goût.

La Lucerne : colombier

La visite se termine au colombier qui vient d’être restauré. Dans les châteaux et manoirs on parler de pigeonnier. L’oculus à ouverture zénitale était sans doute moins ouvert. Le noombre de nichoirs correspond traditionnellement à la surface cultivée (1000 nichoirs pour 500 ha) Si une partie du domaine était cédée, on devait boucher les cases correspondantes.

 

Régnéville

BALADE NORMANDE – COTENTIN CÔTE DES HAVRES

Régnéville et sa tour féodale

Connaissez-vous Régnéville, petit village de 730 habitants sur les bords de l’estuaire de la Sienne, fleuve long de 93 km prenant sa source dans le Calvados dans la forêt de Saint Sever?

Le sémaphore d’Agon, avait pour fonction d’illuminer la passe  du Havre de Régnéville dont le trafic a atteint 30 navires venant aussi bien d’Angleterre que de Norvège.

Ce village insignifiant aujourd’hui fut autrefois stratégiquement si important que le Roi de France en fit un fief royal depuis Philippe Auguste en 1204.

Le château fondé au XIIème siècle fut remanié au XIV ème et au XVème et démantelé en 1637 par Louis XIII . le petit havre fut un port d’échouage très actif du temps des Vikings jusqu’au XIX ème siècle avec l’importation de charbon britannique.

le Donjon ruiné de Régnéville

Du château, il ne reste pas grand chose : une tour ruinée, un corps de logis, un porche et un puits qui se visitent librement. je fais le tour du donjon regrettant le manque d’explications : au Musée Maritime un audiovisuel va répondre à mes interrogations. Richelieu, pendant les Guerres de Religion craignait que les Anglais ne viennent soutenir les Protestants ordonna la destruction du château.

Le clocher de l’église de Régnéville

L’église du village XIIIème, est charmante. Son clocher soutenu par d’épais contreforts se treemine par une curieuse pyramide tronquée octogonale flanquée de petites tourelles. On peut admirer à l’intérieur le plafond en berceau, une collection de statues et la maquette d’un 5 mats.

Les Fours à chaux de Régnéville

les Fours à chaux du Rey sont à l’écart du village. La visite du site est particulièrement bien organisée et scénographiée avec panneaux et un parcours sonore s’attachant particulièrement à la vie des travailleurs des fours. 

Depuis l’Antiquité et jusqu’au XVIIIème siècle, la chaux fut surtout utilisée dans la Construction. Avec la Révolution Industrielle au XIXème siècle de nouveaux usages se développèrent : comme fondant dans la métallurgie, pour l’épuration du gaz d’éclairage et en agriculture pour l’amendement des sols. De tout temps la chaux fut produite dans le Coutançais. Les petits fours ou fouénés étaient proche des habitations et des manoirs.

La production industrielle dans de grands fours se développa au XIXème siècle à proximité de la carrière et des voies de communications : du port d’échouage de R2gneville. Ces fours monumentaux construits en 1852-1854 ne fonctionnèrent qu’une trentaine d’années.

L’entrepreneur, Victor Bunel, propriétaire de l’Abbaye de la Lucerne, scieur de marbre. Il identifia les besoins en chaux agricole sur les terres acides de la Bretagne et des Îles Anglo-Normandes et construisit 4 fours à calcination continue selon le procédé Simoneau (brevet déposé en 1845)/ Le projet de Bunel était pharaonique avec la construction de 7 fours et l’achat de navires. Cependant dans les années 1880 le chaulage des terres fut remplacé par les engrais potassiques et les fours du Coutençais s’éteignirent progressivement à partir de 1912, le dernier en 1942.

Le parcours de visite commence donc par la présentation générale, puis par le « coin des géologues » où divers échantillons de roches calcaires sont visibles : deux proviennent de la Manche : le Calcaire de Montmartin Carbonifère (355 MA) et le Calcaire à stromatolithes de St- Jean -de -la -Rivière cambrien (530 MA) .

la carrière de Régnéville exploitait le Calcaire de Montmartin. Un site d’escalade naturel est installé sur le front de taille d’une quinzaine de mètres. C’est un calcaire gris bleu à polypiers.

L’entrée des fours à chaux

les petits fours utilisaient le bois, les ajoncs comme combustible. Les fours industriels, le charbon provenant du Pays de Galles.

Suivant le parcours sonore, on arrive à la pesée du calcaire jusqu’à  27 t/jour. On voit le petit chemin de fer où circulaient les wagonnets.

Le personnel se composait de 16 chaufourniers, 8 manoeuvres, 2 commis 2 employés aux balances et un garde de nuit.

Après cette introduction on découvre les 4 fours qui ressemblent à des grosses tours médiévales.

Ce site a aussi servi de décor à des spectacles musicaux.

Le Musée Maritime du Port d’échouage

Régnéville : Musée maritime l’Atelier du cordier

C’est aussi une visite passionnante. Un court film raconte l’histoire du village du temps de Philippe Auguste jusqu’au passé plus récent des fours à chaux, et des cap-horniers et des Terre-neuvas. On peut admirer une collection de maquettes : de bisquines qui draguent les huitres en pleine mer, de vaguelottes pour la pêche côtière. les Terre-neuvas armaient des goelettes. Dans des vitrines toutes sortes d’instruments de navigation rutilent? On a reconstitué l’atelier du cordier et exposé les paniers, filets et rteux des pêcheurs à pied.

Régnéville : Musée maritime bisquine

Nous déjeunons en haut de la Cale de Hauteville De là on voit la pêcherie Maillard que l’on visite en saison avec une visite guidée qui explique aux touristes comment fonctionne cet immense piège en forme de V fait de branchages. Aujourd’hui, la pêcherie est découverte mais elle est loin et je n’ose pas m’approcher. Intriguée par l’absence de pêcheurs à pied je consulte les panneaux : la pêche à pied et interdite! Un homme muni d’une bêche et d’une boîte à outils en plastique bleu passe devant nous et revient un quart d’heure plus tard. Il nous montre le le produit de sa pêche : des vers pour la pêche. Selon lui la pêcherie Maillard est bien celle qu’on voit, on pourrait l’atteindre à pied. Nous avons loupé le coche, le pêcheur est passé devant nous avec son tracteur<; « Si vous y allez, il vous vendra du poisson » dit l’homme aux vers, il y va en une demi-heure, mais il est grand et porte des bottes  il me faudrait beaucoup plus avec les pieds nus.  « si, si vous avez le temps avant la marée »  insiste-t-il

. Seule je ne me risque pas, j’ai appris avec la traversée de la Baie que marcher sur le sable mouillé peut être pénible.

La Falaise au-dessus de Jullouville

Au bout de l’Avenue de la mer, la rue des  Flots Bleus, au dessus de l‘Hôtel de la Falaise il y a une belle falaise sombre et une forêt de feuillus. pour monter au point de vue en voiture, il faut faire un grand détour par Bouillon en direction de Saint-Michel-des-Loups et trouver le GR (balises rouge et blanc) qui court sur le chemin vicinal et qui mène au point de vue aménagé : une belle plateforme qui domine Jullouville et Carolles. 

On peut continuer le GR jusqu’à Carolles ou prendre le PR balisé en jaune vers Jullouville. A Carolles, le GR emprunte la « Vallée des Peintres » : une promenade facile presque plate sur l’ancienne voie ferrée, ombragée, sur le site d’anciennes carrières et arrosée par le ruisseau du Crapeux. 

Plage de Carolles vus du Pignon butor

Après avoir fait l’aller et retour, je descends par le GR vers la Plage de Carolles. Le sentier est un peu raide dans la gorge enjambée par le viaduc. Le Crapeux a inspiré les peintres puis le chemin serpente. Après avoir traversé la route le GR remonte vers le Pignon butor. 

Mais je préfère rentrer par la plage. la marée est haute, je me baigne dans une eau très calme qui me permet de nager.

La plage de Carolles à Saint Pair-sur-mer

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Saint Pair sur mer : Estuaire du Thar

La plage de sable s’étend de Carolles jusqu’à Saint Pair en passant par Jullouville et Kairon.

Pieds nus. C’est une balade très agréable quand la mer est basse. Ce matin seule une étroite frange de sable mouillé est dégagé mais recouverte de graviers, galets, coquilles brisées et de millions de crépidules . Je suis forcée de remettre les tongs.

Dominique m’attend sur le parking au-dessus de l‘Estuaire du Thar, petit fleuve de 25 km prenant sa source près de Villedieu les poêles. Forte de mon expérience de la veille avec les traversées du Lerre et de la See-Selune, je passe le Thar à gué sur la plage sous l’oeil de deux dames qui m’applaudissent. Des centaines de mouettes et goélands étaient sur la plage mais à mon arrivée il n’en reste presque plus.

Selon le Guide Vert, à Saint Pair visite de la  Chapelle Sainte Anne et de la grande église Saint Pair au centre du village. La petite chapelle a été restaurée en 1934 si bien qu’elle paraît toute neuve avec son toit de tuiles ses larges baies et sa porte neuve. Plus aucun cachet et en plus elle est située au coin d’un carrefour passant!

L’ardeur restauratrice ne date pas d’hier: la vieille église romane a été remaniée vers 1880. La vieille tour de moellons noircis est encastrée dans le transept de pierres claires qui parait tout neuf et qui l’écrase. Par chance l’église est ouverte : la mode néo-gothique a caché le plafond roman. la bigoterie moderne se manifeste par des écriteaux d’un humour douteux  :« ici on confesse gratis, ailleurs aussi… »

La piété populaire ne fait pas toujours bon ménage avec l’histoire de l’architecture!

En revanche la place du village est très agréable et très vivante. Jullouville et Kairon, seee voisines sont des stations balnéaires endormies hors saison tandis que Saint Pair sembleactive. une petite ville bien active.

Nous faisons un  petit tour à Granville près des ports pour découvrir une petite plage où  un panneau signale des pêcheries. Qu’entend-on exactement par « pêcherie »? Il y en a même des néolitiques en pierre vers Saint Jean de Thomass au sud de Carolles.

Je rentre à pieds par la plage, la mer est descendue et la promenade est plus facile agrémentée par la rencontre avec un trotteur tirant un sulky.

1

Nous avons un joli gîte, pourquoi ne pas en profiter? Nous déjeunons dehors dans le jardin. Gastronomie locale : andouille de Vire, bulots de Granville et camembert délicieux et crémeux sur du bon pain. Et ce soir, ce sera moules à la crème crue normande!

Et cet après-midi ce sera baignade avec sauts dans les vagues.

Les Vacances!

 

 

La Traversée de la Baie du Mont Saint Michel à partir du Bec d’Andaine

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

On ne s’aventure pas seul dans la Baie :  sables mouvants, mer qui remonte à la vitesse d’un cheval au galop, rivières à passer et absence de repères. Il faut donc suivre un guide expérimenté,  quitte à suivre un troupeau de touristes.

Plusieurs agences proposent une traversée guidée et commentée à partir du Mont Saint Michel, du Bec d’Andaine ou de Saint Léonard. La traversée classique à partir du Bec D’Andaine aller et retour est de 13 km et 12 €. On peut aussi choisir une promenade plus courte ou simplement l’aller (retour en car 22€). Il existe aussi d’autres options de jour, de nuit, avec arrêt à Tombelaine….Il convient de téléphoner (ou de réserver par Internet) deux jours à l’avance et d’arriver 30 minutes avant le départ. La pluie n’est pas un inconvénient majeur (de toutes façons on sera mouillé) en revanche pas de traversée par temps de brouillard ou par menace d’orage. Les horaires dépendent bien sûr de la marée. On marche pieds nus (les chaussures de marche ou tennis sont à proscrire, il faut les porter) des sandales ou des tongs seront moins encombrantes. Apporter une bouteille d’eau, un coupe-vent, des vêtements chauds et bien sûr le pique-nique : la pause repas au Mont est trop courte pour aller au restaurant.

Grandes marées d’équinoxe, départ à 10h15 retour prévu vers 16h30 , horaires parfaits!

Luc, le guide, cheveux blancs, barbu est le sosie du professeur Raoult. Bâton de pélerin à la main il mène notre groupe (30 personnes environ) à vive allure. Il est très grand et quand il fait un pas j’en fais trois.

Dès le début, il faut se familiariser avec la tangue argile grise et molle bien glissante. Les pieds s’enfoncent. A chaque pas il faut faire un effort pour les tirer en gardant l’équilibre. J’essaie de repérer les surfaces les plus faciles, les mieux consolidées et les moins glissantes. Peut-être dans les flaques? ou dans les traces de ceux qui précèdent (au moins il n’y a pas de surprise). Des ripplemarks remplacent la surface lisse. Une couche claire souligne les creux. Sous la plantes des pieds on sent le relief dur mais au moins on ne s’enfonce plus.

La Baie vue du ciel photo ancienne trouvée sur Internet, les parkings à la base du Mont n’existent plus

Quand la caravane s’étire un peu trop Luc plante le bâton de pélerin et raconte sa baie. En route,  il a ramassé une ponte de buccin : le bulôt est la spécialité de Granville il est aussi nommé calicoco. la ponte ressemble à une grappe de raisin très serrée; les petits buccins ne naissent pas tous en même temps, ceux qui sont nés en premier dévorent leurs frères (adelphopagie) ensuite ils mangeront des animaux morts (charognards). Pour l’assiette de fruits de mer, bon appétit!. Il nous montre aussi des oeufs de raie et de roussette. Cuisiner la roussette (ou saumonette) avec de la crème, bien entendu! En véritable comédien, Luc sait capter son public avec des plaisanteries nteries reposant sur les rivalités Normands contre Bretons, folklore quand on est sur les bords du Couesnon! L’étranger c’est le Mayennais.

Tout en faisant son numéro, il fait passer des connaissances scientifiques. Selon lui, le comblement de la Baie est inéluctable : la marée ayant plus d’énergie en montant qu’en descendant elle apporte des sédiments qu’elle n’a plus de force pour emporter en totalité. Selon lui, cette différence d’énergie expliquerait aussi le fait qu’elle met 6h à monter et 6h30 à descendre. je ne m’étais pas posé la question du décalage des marée. En revanche quand j’ai cherché à approfondir sur Internet je n’ai pas eu confirmation de cette théorie.

Sur l’estran les coquillages sont rares : deux espèces seulement y vivent.  Les coques qui sont l’emblème des pélerins du Mont Saint Michel et dont les creux séparant les côtes symboliseraient les chemins qui convergent vers le Mont. les tellines sont l’autre coquillage de la Baie.

Luc brandit ensuite deux spécimens qui ressemblent à des algues. L’un est du goémon, une algue. L’autre est aussi différent de l‘algue que les humains d’un chêne : c’est un animal ou plutôt une colonie de Bryozoaires. j’ai vu souvent des bryozoaires fossiles, jamais vivants.

 

La traversée vers le Mont est aussi pèlerinage! Saint Michel aurait exigé à l’évêque d’Avranches, Aubert (708) l’édification d’une chapelle sur le Mont remplaçant ainsi un sanctuaire païen sur le Mont Tombe par un sanctuaire chrétien. A l’image de la grotte du Gargano, la chapelle fut d’abord ronde. puis les moines bénédictins (966) s’installèrent et construisirent une église romane qui remplaça la chapelle. En arrivant par derrière on distingue les masses de bâtiments : ceux des moines sur trois niveaux : le spirituel cloître au sommet, sur l’intellectuel avec le Scriptorial,  au-dessus du réfectoire. A côté : les bâtiments des hôtes, et les salles des chevaliers. A la base du Mont, un village s’étend.

Le Mont Saint Michel fut également une place forte. Pendant la Guerre de Cent Ans, les Anglais installés à Tombelaine n’ont jamais pu l’envahir.

La progression  est beaucoup plus facile quand on marche sur le sable dur ou quand on traverse des rivières : le Lerre qui est le ruisseau de Genets la See et la Sélune qui convergent dans la baie pour donner la See-Selune. Avec la sécheresse le niveau des rivière est très bas. Nous passons à gué sans problème, le bas de mon short n’est même pas mouillé (j’ai relevé les pattes au maximum)

Les Phoques de Lemonnier (scriptorial d’Avranches)

Sur le sable, un phoque est échoué. Il rejoint l’eau en ondulant et fait de nombreuses pauses. Quand nous arrivons en face de Tombelaine il reste moins de 3 km à parcourir, le plus pénible seront les derniers cent mètre avant le Mont dans une vase noire  collante et aspirante. il faut extirper chaque pied à chaque pas.

La Traversée de la Baie jacques Coquilary (scriptorial d’Avranches,

Le retour n’emprunte pas le même parcours. Nous faisons halte à Tombelaine ou le guide nous montre des gravures des fortifications anglaises et nous raconte la légende des amours d’Hélène et de Montgomery qui fut le compagnon de Guillaume le Conquérant.

Luc termine la randonnée à grands pas. Nous avons commencé à nous habituer au substrat glissant. A l’heure dite , nous sommes de retour. je suis bien sale, il me faudra 3 bouteilles d’eau pour me débarrasser de la vase grise sur mes jambes et pouvoir m’asseoir dans la voiture.

Arouna ne répond pas – Michelle Mosiniak

EXILS ET SENEGAL – masse critique de babélio

Merci à La Trace – l’éditeur de Arouna na répond pas de m’avoir fait découvrir ce livre et cette auteure que je ne connaissais pas. Je vis la Masse Critique comme une nouvelle aventure à chaque fois. J’ai coché la case parce que la présentation parlait d’Afrique, d’un village sérère et d’une quête identitaire de déracinés… thèmes qui me sont chers.  En ces temps quasi-confinés, de voyage impossible, je m’évade dans la lecture.

Plus qu’une quête d’identité c’est plutôt un roman d’amour. Un amour très simple, évident, charnel. Le désir qui laisse toute la place à la beauté des corps (surtout celui d’Arouna) à la soyance de la peau.

La quête d’identité d’Arouna est discrète et secrète. Arouna est né en 1938 au Sénégal, alors colonie française. Venir étudier à Paris dans les années 60, pour un bon élève était une évidence, après Senghor et tant d’autres. Le Quartier Latin où il étudie, loge et travaille est alors son point d’ancrage. Mariage, père de trois enfants, il fait l’impasse sur cette période dans le récit du roman. Quel secret se cache sous cette paternité? On ne le devinera pas. Nora chez qui il emménage, est une femme active, qui a beaucoup d’amis, qui voyage. Mais leur relation en dehors du désir ne s’exprime pas. Un compagnon magnifique, certes, mais quelle identité?

Après un long exil, Arouna arrive à Dakar qu’il ne reconnaît pas. Il retourne au village. Les pages racontant le village, ses souvenirs d’enfance, la vie quotidienne sont belles. Le décalage entre l’enfant-berger, fils choyé d’un père admirable et l’homme mûr qui rentre au pays est bien décrit.

Nora viendra-t-elle le rejoindre? Trouvera-t-il sa place ?

Des réponses qui expliquent peut-être le titre Arouna ne répond pas.

 

 

Granville

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Villa des Rhumbs musée Dior

Le jardin Dior

Christian Dior est natif de Granville (1905). La maison de famille : la villa des Rhumbs a été vendue à la suite de la Crise de 1929 et rachetée par la Ville de Granville qui y a installé un musée. La Haute Couture ne m’intéressant pas vraiment, je me contente de faire un tour dans parc fleuri. La roseraie n’est pas à son avantage en fin d’été caniculaire, les massifs sont colorés mais rien d’exceptionnel.

Le tour de la Pointe du Roc par le GR223

L’accès au sentier côtier au niveau du jardin Dior est provisoirement fermé, en travaux. Déception!

La Ville Haute

les remparts de Granville

Ville close dont je fais le tour des remparts en commençant derrière l’église Notre Dame, puis j’arrive à la Porte monumentale qui commémore le siège de 1793 et la défaite des armées chouannes. le Musée Historique est installé  au dessus de la Porte de la Ville mais des fissures dans le bâtiment l’ont fait fermer au public.

Granville : la porte de la Ville haute

Cette ville de granite, enclose dans ses remparts, ville de corsaires me fait penser à Saint Malo . Les deux cités sont bien différentes ! Par la taille, d’abord. Granville ne présente pas le quadrillage et la symétrie des immeubles classiques de Saint Malo, Granville est bâtie de façon plus lâche, avec des maisons mitoyennes toutes différentes. Elle est moins sévère : les habitants de Granville ont posé des potiches, des jardinières fleuries dans la rue ce qui concourt à la tranquillité de la promenade. Le tourisme y est moins développé : pas de magasins de souvenirs ni de marques internationales de l’habillement planétaire. Seulement quelques librairies, des galeries d’art. Sur une place des terrasses de restaurants traditionnels, quelques cafés. C’est donc une flânerie tranquille dans des rues bordées de maisons à un ou deux étages sans prétention. Bien sympathique.

Le Musée d’Art Moderne Richard Anacréon

Il offre une visite très agréable. Richard Anacréon né et mort à Granville (1907 -1992) était un collectionneur et un libraire. Ami de Colette de Paul Valery, il fonde à paris en 1940 une librairie L’Originale fréquentée par Derain, Utrillo, Blaise Cendrars, Cocteau…..

Les collections permanentes offrent un aperçu  de la peinture du 20ème siècle avec en plus un Courbet : Vue du Lac. Emile Bernard, des néo-impressionnistes, Vlaminck, Van Dongen, Kremegne, Derain, Lhote.…et d’autres que je ne connaissais pas.

Les expositions temporaires sont également intéressantes : un photographe Savitry (1903 – 1967 ) qui a tiré le portrait du Tout-Paris et surtout du Paris de la nuit, les portraits de Prévert et de Django Reinhardt m’ont plu. Montparnasse de 1930 à 1950, maintenant historique.

Exposition sur Colette l’intrépide dans laquelle j’aurais aimé passer plus de temps. Colette était une amie d’Anacréon et de Savitry.