Roi par effraction – François Garde

ROMAN HISTORIQUE

Pizzo : château aragonais

« Mourir à Pizzo ! Personne ne connaît Pizzo. Pizzo n’existe pas encore, et n’apparaîtra au monde que comme le lieu du martyre de Murat. »

Roi par effraction est un roman historique retraçant la vie de Joachim Murat

Pizzo que nous avons visité il y a quelques années en vacances en Calabre. Sans cette visite, je ne me serais peut-être pas intéressée à ce Maréchal d’Empire et à sa carrière militaire  bien que la fréquentation de Balzac a renouvelé mon intérêt pour l’épopée napoléonienne. 

selon Wikipedia :

« Le , le maréchal Joachim Murat, ancien roi de Naples, débarque à Pizzo avec ses partisans pour tenter de reconquérir son trône. Capturé par la foule et emprisonné au château de Pizzo, il est exécuté à la suite d’un procès joué d’avance le . »

Le roman de François Garde se déroule pendant ces 5 jours où Murat est prisonnier et revient sur sa vie, de son enfance, fils d’aubergiste dans le Quercy. Brillant cavalier, soldat intrépide de l’Empereur, il est remarqué par Caroline, la sœur de Napoléon qui en fera le Roi de Naples

« Roi par effraction » parce que Napoléon veut avoir le dernier mot et désavoue les initiatives qui feraient de lui un vrai roi et un champion de l’unité italienne.

« Il se prenait pour un véritable souverain ? Il reste le lieutenant de l’Empereur, voire le sous-lieutenant. Un simple délégué dépourvu de toute autonomie de décision. »

Et pourtant, il s’est attaché à l’Italie et s’est vraiment cru une mission en règnant à Naples. Après Waterloo, tandis que Napoléon prisonnier fait route vers Sainte Hélène, Murat croit encore en son destin à Naples. Réfugié en Corse,

« Lui qui a commandé les plus grandes charges de cavalerie de l’histoire et triomphé sur tous les champs de bataille d’Europe ne peut accepter l’idée d’être pourchassé comme un contrebandier dans la montagne corse, et au final capturé. Il ne se laissera pas enfermer dans un destin aussi médiocre.

[…]
toute hâte Murat fait imprimer des milliers d’exemplaires d’une proclamation célébrant son retour sur le trône et appelant tous les Italiens à se réunir sous sa paternelle autorité. »

Son destin s’arrêtera à Pizzo.

 

 

 

Le Détail du Monde – L’art perdu de la description de la nature -Romain Bertrand

HISTOIRE DES SCIENCES

En trois chapitres Romain Bertrand raconte l’entreprise de la Description de la nature de Bernardin de Saint Pierre et Buffon en passant par Goethe

« Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d’une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s’autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la « peinture de paysage » au rang d’un savoir crucial. »

Dans la première partie : La vie rêvée des coléoptères, l’auteur dresse un tableau de cet inventaire du monde par les naturalistes du XIXème siècle. Il présente Wallace (1823-1913) gallois qui a sillonné le pays pour arpenter les pâtures et labours pour le compte de l’Eglise d’Angleterre et qui, dans le sillage de Humboldt part en expédition sur l’Amazone,

Ivre de canopée, Wallace exulte : « Je ne me suis jamais autant amusé. » La remontée du Rio Negro lui offre
l’occasion d’une initiation à la vie de brousse. Il dort au beau milieu de la jungle, dans des huttes de fortune, à
même le sol de terre battue ; fouille à mains nues la boue …

Il part ensuite pour Singapour et Bornéo, rencontre Brooke, un aventurier, un peu bandit, qui s’offre un royaume à Sarawak.

« Wallace observe la déclinaison des espèces et de leurs attributs. Parvenant à la corréler aux états anciens des
terres émergées, il avance à pas de géant dans la compréhension des mécanismes de la « lutte pour l’existence » : séparées par accident géologique ou climatique de leur groupe-souche, des populations animales développent des caractères inédits »

Sous d’autres latitudes, observant d’autres espèces, il arrive à des conclusions analogues à celles de Darwin qui publie simultanément L’Origine des Espèces. Wallace se reconnaîtra darwinien avec fairplay.

Le XIXème siècle est celui des grandes collections qui ne se font pas sans un massacre systématique de la faune étudiée. Pour dessiner ses merveilleux oiseaux Audubon utilisera des techniques de thanatopracteur aussi sophistiquée que les égyptiens anciens dans leur momification. Des centaines d’oiseaux, de mammifères sont abattus pour la cause de la science sans état d’âme. Si

Alfred Russel Wallace, le grand et austère savant coauteur de la « théorie de l’évolution », donnant le biberon puis la becquée à un bébé orang-outan,

c’est parce qu’il a arraché le bébé à sa mère. Pour lui « il n’existe aucune contradiction entre la vie contemplée et la vie prise » et il est dit plus loin que la « somme des spécimens collectés par Wallace est tout bonnement collosssale pas mois de 125.660 pièces » .

Le chapitre 2 : Le bleu des choses commence au début du XXème siècle lors de l’Exposition universelle de Paris, plus précisément dans le Pavillon de Madagascar où se trouvent un diorama « une série de scènes d’après natures signées d’un certain Louis Tinayre ». Un des protagonistes de l’histoire sera le peintre Louis Tinayre – ancêtre des reporters de guerre qui a cheminé à Madagascar. Le « bleu » qui donne son nom au chapitre est celui du ciel, ou tout au moins la difficulté de rendre toutes les nuances de bleu.
Albert 1er de Monaco repère le peintre et l’associe à ses expéditions de 1904 à 1914 qui aboutiront à l’exploration des abysses.

La réputation de pionnier de la protection des milieux marins d’Albert Ier de Monaco ne sort d’évidence pas
indemne du récit détaillé des chasses auquel le prince s’est livré »

comme Wallace, dans le chapitre précédent, le prince est un « viandard »

Dans la palette des peintres se trouve le « Bleu Guimet » , encore un explorateur! L’auteur s’attarde sur la « Nomenclature des couleurs, devenue outil de référence de la description naturaliste » et nous fait rencontrer Syme et Werner.

A la croisée de l’art et de la science, Haeckel est un savant remarquable

« Toute la vie intérieure de Haeckel se trouve placée sous le double signe de Darwin et de Humboldt. […]
En 1866, c’est encore en hommage à Humboldt qu’il forge, dans sa Morphologie générale des organismes, le
terme d’« écologie » pour désigner « la science des relations d’un organisme avec son environnement ».

Il note la réciprocité de l’admiration de Darwin

« Darwin s’émeut de la qualité et de la beauté de l’oeuvre de Haeckel, et en conséquence, l’admet dans le cercle restreint de ses disciples »

« l’esthétique de Haeckel est, sous cet aspect, impeccablement darwinienne, qui donne à voir les marqueurs de surface de l’Evolution »

Peinture, dessin il manquait la poésie, déjà évoquée avec Goethe, au début du livre, maintenant Valéry et Ponge sont convoqués. Ponge puis DH Lawrence et toujours cette difficulté à rendre le bleu du ciel!

le chapitre 3 : Le sociologue et l’oiseau va introduire le Birdwatching , science ou passe-temps amateur particulièrement développé dans le Royaume Uni.

« Pour Nicholson, qui gravite dans l’orbe d’influence du célèbre zoologiste Julian Huxley, l’art de l’observation
des oiseaux, amusant passe-temps s’il en est, se doit de devenir une véritable science. Il n’est plus question de se
contenter d’identifier au jugé les espèces selon les seuls critères – pittoresques mais trompeurs – de leur ramage et de leur plumage, mais de décrire scrupuleusement leur habitat et leur comportement. »

Le héros de ces observations est Tom Harrison et son groupe de Birdwatchers qui vont opérer une véritable révolution en

« Prenant le contrepied de la théorie de Darwin – pour qui c’est toujours la nature qui opère, souveraine, la
sélection des espèces –, il y affirme qu’il existe un processus concurrent de « sélection de l’environnement par l’animal ».

« La connaissance fine des milieux modifie la perception même des paysages. Ceux-ci ne sont plus des étendues
étales, mais des damiers d’habitats, des chapelets d’orées ouvrant sur des univers où coexistent et s’entremêlent des formes de vie. »

Il ne s’agira plus de chasser, de décrire des espèces, de collectionner des plumages mais de se cacher, d’être à l’affût, de se mettre dans la peau d’une poule d’eau pour raconter le comportement de l’oiseau, du point de vue de l’oiseau!

Et de la description des sociétés animales à celle des sociétés humaines, en appliquant les méthodes d’observation mises au point avec les oiseaux, « anthropologie de nous-mêmes » conduit à une anthropologie de masse.

On note aussi l’évolution des scientifiques qui passent des massacres des chasseurs à la protection des oiseaux.

Penone Verde del bosco description contemporaine!

C’est donc un ouvrage très riche, parfois un peu touffu, mais toujours passionnant qui complète la lecture des Arpenteurs du Monde de Daniel Kehlmann et de l‘Invention de la Nature d’Andrea Wulf qui m’avaient fait connaître Humboldt et Haeckel et que j’avais dévorés. Souvenir del excellente exposition au Musée d’Orsay Les origines du monde en 2020 juste après le confinement

Face au soleil – Marmottan-Monet

Exposition temporaire jusqu’au 29 janvier 2023

Munch : Le Soleil

Le soleil pour thème?

Tout à fait à sa place au Musée Marmottan qui conserve Impression, soleil levant, le tableau fondateur de l’Impressionnisme,  mis à l’honneur au milieu de l’exposition sur un panneau doré. 

Le Soleil a été vénéré par les Egyptiens, dans l’entrée des scarabées solaires encadrent une jolie peinture ancienne. Le soleil perd sa position dominante ave le christianisme, créé le 4ème jour de la Genèse, il devient accessoire et périphérique. La lumière caravagesque de l‘Adoration des Bergers de Van Honthorst ou tombant sur l’Astronome de Giordano ne provient qu’indirectement. Le soleil a quand même été représenté dans la Vision de Saint Benoit de Del Biondo et sur les cartes du tarot d’Antonio Cigognara

Del Biondo Vision
Del Biondo : vision de Saint Benoit

Du Géocentrisme à l’héliocentrisme le soleil retrouve sa position centrale vers la Renaissance et Galilée. La mythologie fournit les mythes d’Icare et de Phaeton

Saraceni (1579-1620) Chute d’Icare

De merveilleux tableaux ensoleillés de Rubens, Le Lorrain et Vernet

Rubens : Paysage à l’oiseleur
Le Lorrain : l’embarquement de Sainte Paule à Ostie

le Soleil, c’est aussi le Roi-Soleil, Louis XIV représenté en tenue d’Apollon en costume de ballet, ou sur le plafond de Versailles : Lever de soleil dit aussi Char d’Apollon

Turner est vraiment le maître de la lumière avec le Soleil couchant à travers la vapeur, illustrant la diffraction de la lumière étudiée en ce temps-là. J’ai bien aimé le tableau doré 

Turner : Terrasse à Mortlake

Soleil romantique, soleil mystique de Caspar David Friedrich dans deux petits tableaux : La Croix dans le Bois ou Le Matin de Pâques

Caspar David Friedrich : Croix dans le bois

Impression au soleil levant, est accompagné d’un joli Boudinde Signac, Pissaro plus attendus dans le Musée de Monet. 

Signac : le port de Saint Tropez

j’ai beaucoup aimé les deux Vallotton un Coucher de soleil orange sur Honfleur  très spectaculaire et presque abstrait Le coucher de soleil à marée haute, gris bleu 

Vallotton, Coucher de soleil marée haute gris-bleu

Moins apprécié le Maurice Denis : Saint François d’Assise et la Crucifixion de Van Sauck. 

Otto Dix : Soleil levant (1913)

le Soleil levant de Dix , clin d’œil à Van Gogh , semble prémonitoire : peint en 1913, il semble annoncer le carnage de 14-18 . Pour mémoire, Delaunay. Inconnus de moi : Trachsel(1909) et Morgner. 

Après 1915 et la théorie de la Relativité, le soleil perd un peu de sa place centrale pour devenir une étoile parmi d’autres comme on l’imagine avec les constellations de Baranov-Rossiné peintre ukrainien que je découvre ici. 

Baranopv-Rossiné : nymphes , centaures

A l’occasion Fromanger a peint un énorme soleil jaune qui dégouline, à l’entrée  de l’exposition et un grand tableau très impressionnant

Fromanger

la procession qui va vers le soleil fait perdre l’équilibre des spectateurs, on est étourdi. Belle conclusion!

Vivre à Madère – Chardonne

CARNET DE MADERE

Joan Mitchell – Vetheuil

Comme Céline, Drieu La Rochelle et tous ceux qui ont collaboré avec l’occupant nazi, Chardonne ne m’a jamais tenté.

« Madère est une île assez semblable à un Eden. Il n’y fait jamais froid, ni trop chaud, et l’océan qui la baigne n’est jamais furieux. C’est Charles qui m’en a parlé pour la première fois en 1936, quand il a décidé de quitter la
France et d’aller vivre à Madère. »

 

Pourtant, j’ai ouvert cet ouvrage à cause de son titre Vivre à Madère. j’ai l’habitude d’accompagner nos voyage par des lectures. Je pensais anticiper notre visite et peupler notre voyage de héros de lecture. Déception, le narrateur vient à Madère chercher son ami Charles qui a disparu quelques temps auparavant et qu’on n’a jamais retrouvé. Accident, suicide probable… Le voyage à Madère ne durera que quelques jours, et le premier chapitre du livre. 

Monet maison de l’artiste vue du jardin

La suite se déroule à Lisbonne puis à Cintra et le narrateur rentre en France où il acquiert et aménage une maison dominant la Seine avec un jardin inspiré ce celui de Monet. J’ai beaucoup apprécié ce thème du jardin et l’attachement de l’écrivain (qui n’écrit guère) à son aménagement.

182 pages, de lecture fluide et agréable dans un style soigné. Lecture agréable. Comme Chardonne l’affirme lui-même :

— Si un écrivain a du style, ce qu’il dit n’a aucune importance. On le lira toujours avec plaisir.

Nous nous aimions – Kéthévane Davrichewy – Sabine Wespieser

GEORGIE/FRANCE

152 pages, lu d’une traite une après-midi pluvieuse. Lecture agréable. Histoire un peu triste de liens familiaux très forts qui se défont à la suite de deuils, de brouilles, de la guerre en Abkhazie qui a détruit la maison familiale où la mère et les soeurs passaient les vacances d’été.

Roman d’exil, pour la mère, danseuse géorgienne qui a quitté Tbilissi pour épouser un Géorgien exilé à Paris, double culture pour les filles, nées à paris dans une famille où la culture géorgienne est maintenue vivante mais qui grandissent dans un environnement français.

Noyau familial chaleureux, virées en voitures, le père la mère, les deux filles chantant Jules Dassin…Intimité partagée des deux soeurs qui ne se cachent rien et se tiennent la main. Famille géorgienne accueillante et finalement tracasseries soviétiques stressantes mais supportables.

Le bonheur, sont ils éternels? Usure au fil du temps, divorces, maladies, ressentiment. Délicatement racontés avec l’élégance d’un roman  court qui reste léger.

Capitale(s) 60 ans d’art urbain à Paris à l’Hôtel de Ville de Paris

exposition temporaire jusqu’au 11 février 2023

Entrée gratuite, de lundi au samedi -inscription obligatoire

La Rue Amusée?

Comment présenter du Street Art dans une exposition ou un musée? Le Street-art appartient à la rue, au métro en tout cas à l’espace urbain. Il surgit par surprise, colore notre quotidien. Il provoque .  Il est vulnérable aussi menacé aussi bien par les services de nettoyage que par les tags d’autres artistes. Ephémère, sur une palissade de chantier ou sur le wagon du métro. Il amuse la rue, est-il soluble dans un musée?

Ernest Pignon Ernest : Corps bloqués

L’exposition Capitale(s) est ambitieuse : elle présente 60 ans d’art urbain.

 Les précurseurs,ont occupé l’espace de la rue dès les années 1960 avec les  papiers collés de Ernest Pignon Ernest, ou les affiches lacérées et graffitis de  VillégléSilhouettes bombées héritiers de Calder ou de Miro de Zlotykamien. 

1982 : arrivée des Tags avec BANDO réunissant graffeurs, DJs, Break Dance et rappeurs. Les Writers décorent les rives de la Seine, puis les palissades du Louvre, et à partir de 1986 investissent Stalingrad quand ils ne tagguent pas le métro  C’est là que la scénographie devient problématique : pour rendre compte de leur travail il faut montrer des photos qui fatalement seront petites et en petit format l’effet est détruit.

 le Ticket-choc montre le détournement d’affiches du métro avec comme point commun l’introduction du fameux ticket jaune à bande rouge

La vidéo  permet de montrer les graffeurs à l’œuvre,  donner la parole aux artistes, aux institutions (le métro, la SNCF). Un reportage sur les tags de la Station Louvre-Rivoli est particulièrement intéressant. La télévision montre le scandale des statues peinturlurées, parle de saccage, les voyageurs du métro sont outrés. On imagine la transgression, l’action subversive tandis qu’un taggueur interviewé dit qu’il cherche seulement à montrer sa production au plus grand nombre de spectateurs. 

Keith Haring 1987 réalise une œuvre de grande taille à l‘hôpital Necker

Autre champ investi par les artistes : les catacombes

« les Catacombes sont le Musée du Graffiti[…] en prise directe avec le passé »

2015 Psykose dans les Catacombes (2015)

une vidéo montre la réalisation d’une œuvre s’apparentant à la mosaïque, les calligraphies, les silhouettes blanches et le travail au pochoir.

La suite de l’exposition montre une série de styles très variés, d’œuvres très différentes allant de la petite mosaïque d’émoticônes pixellisées  réparties dans tout Paris

l’invasion de Paris par les émoticones

Une vidéo montre le mur du square Karcher investi par différents artistes pour faire une fresque très sophistiquée pour certains. On peut suivre les différentes techniques.

Banksy : Bonaparte à cheval

la suite de l’exposition se consacre à des vedettes de l’art urbain comme C215, Banksy ou Miss.tic. Une vidéo Banksy/Géricault montre le cri d’alerte du plasticien en faveur des migrants et son œuvre : un radeau s’inspirant du célèbre tableau du Radeau de la Méduse.

Miss.tic

D’autres artistes que je ne connaissais pas sont mis à l’honneur comme Swoon et son collage sophistiqué.

Swoon collage

On montre donc les œuvres du jeune André, sous plexiglas (?) celle de Cristobal Diaz . Dans une salle on voit une calligraphie se défaire comme si on rembobinait le film et s’effacer les fioriture pour découvrir à la fin le motif initial. Ne pas oublier les fragiles fresques à la craie de Philippe Beaudeloque , les ombres électriques de Zeus… L’art urbain est beaucoup plus complexe que je ne l’imaginais.

Jonone : l’Abbé Pierre

C’est dans la rue de Rivoli, sur les grilles de l’Hôtel de Ville que j’ai trouvé les œuvres qui m’ont le plus parlé. Elles se trouvaient à leur place !

Balzac – Les Chouans

Vendémiaire an VIII, (sept 1799) de Mortagne à Falaise

Roman d’aventures, roman historique, roman d’amour, Balzac s’essaie à tous les genres pour le plus grand bonheur des lecteurs. 

Quand je fais une pause dans mes challenges, ou lectures de voyage, je reviens toujours à Balzac avec la certitude d’une lecture agréable. D’ailleurs nous avions une lecture commune Balzac, copines blogueuses avez-vous abandonné?

Dans l’Ouest, à la limite de la Normandie et de la Bretagne, les Chouans sont en armes et attendent l’arrivée d’un chef Le Gars pour prendre la tête de la révolte. Les soldats de la République, les Bleus, commandés par un vieil officier, Hulot essaient de venir à bout des foyers de chouannerie et lèvent le conscription

« Cette colonne était le contingent péniblement obtenu du district de Fougères, et dû par lui dans la levée que le
Directoire exécutif de la République française avait ordonnée par une loi du 10 messidor précédent.[…]
une gasconnade législative : ne pouvant rien envoyer aux départements insurgés, il leur donnait sa confiance…. »

La première partie du roman se nomme L’Embuscade, dans le cadre verdoyant du bocage nous allons assister aux échauffourées et à l’attaque de la Turgotine , roman de cap et d’épée, sifflements de chouettes, peaux de chèvres, version bretonne du western. 

Cette turgotine était un méchant cabriolet à deux roues très-hautes, au fond duquel deux personnes un peu
grasses auraient difficilement tenu. 

Que recherchent les Chouans dans la turgotine? du butin, de l’or,

Ne savez-vous pas le proverbe : Voleur comme une chouette. Or, qu’est-ce qu’un Chouan ? D’ailleurs, dit-elle en élevant la voix, n’est-ce pas une action juste ? Les Bleus n’ont-ils pas pris tous les biens de l’Eglise et les nôtres, et ne nous faut-il pas d’ailleurs des munitions ?[…]
Ni l’un ni l’autre, lui répondit Coupiau. Je suis postillon, et Breton qui plus est ; partant, je ne crains ni les Bleus
ni les gentilshommes. – Tu veux dire les gens-pille-hommes, reprit le patriote avec ironie. -Ils ne font que reprendre ce qu’on leur a ôté , dit vivement le recteur. 

La deuxième partie s’intitule Une Idée de Fouché, le roman bascule dans l’espionnage . Mademoiselle de Verneuil fait route de Mortagne à Alençon avec Francine, sa servante bretonne et fait la rencontre d’une dame et de son fils qui leur tiendront compagnie. Marivaudage entre la jeune fille et un  étudiant de l’Ecole Polytechnique, futur marin. Evidemment l’étudiant n’est pas plus marin que la dame, sa mère….Je m’ennuie un peu pendant que l’intrigue amoureuse se noue. L’escorte républicaine tombe dans un piège dans le manoir de la dame

Les chefs de cette guerre entreprise pour Dieu et le Roi ressemblaient bien peu aux portraits de fantaisie qu’elle
s’était plu à tracer. Cette lutte, véritablement grande, se rétrécit et prit des proportions mesquines, quand elle les vit[…]Ces physionomies paraissaient annoncer d’abord plutôt un besoin d’intrigue que l’amour de la gloire,[…]Si quelques têtes originales se faisaient distinguer entre les autres, elles étaient rapetissées par les formules et par l’étiquette de l’aristocratie.

Cette assemblée nocturne, au milieu de ce vieux castel en ruine et sous ces ornements contournés assez bien
assortis aux figures, la fit sourire, elle voulut y voir un tableau symbolique de la monarchie.

Les Chouans, ou plutôt les aristocrates qui les manipulent ne sont pas à leur avantage dans cet épisode sanglant.

Falaise

Chacun se dévoile, (mais je vais m’arrêter ici, pour ne pas divulguer l’intrigue). Mademoiselle de Verneuil et son escorte de bleus échappera de justesse. Amoureuse, choisira-t-elle l’amour ou ses convictions républicaines?

J’en ai déjà trop écrit. La fin sera haletante.

Encore une fois, Balzac aura réussi à me surprendre et à me captiver.

PICABIA par DADA La première revue d’art

Merci à Babélio pour cette belle revue illustrée, colorée, amusante pour les petits et les grands.

A la suite de la lecture de Gabriële de Claire et Anne Berest j’ai fait la connaissance de Picabia rencontré en compagnie de Arp, Breton et de nombreux artistes à l‘Exposition Apollinaire- le Regard du poète et celle Dada Africa avec Tsara, Taueber…. (toujours à l’Orangerie) . J’avais envie de mieux le connaître. 

Feuilleter la revue  DADA consacré à Picabia c’est découvrir en raccourci toutes les tendances de l’histoire de la peinture au XXème siècle et même au XIXème. Picabia dès l’âge tendre fut un surdoué capable de maîtriser presque tous les styles, impressionniste il peint les Bords du Loing comme Sisley, la façade de Notre Dame de Paris comme Monet. Adam et Eve comme les Nabis, Les Bords de la Sédelle avec le style des fauvistes. Il s’essaie au cubisme, Apollinaire le qualifie même d’orphique et quand il part à New York, sont cubisme est plutôt futuriste. Bien sûr, c’est comme dadaïste et surréaliste que je l’ai connu. Transparences ou laque brillante, il métamorphose des œuvres connues Le Dresseur d’animaux détourne le Serment des Horaces, La Feuille de vigne s’inspire d’Oedipe d‘Ingres. Et comme la peinture ne suffit pas, il réalise avec Satie et d’autres une pièce de théâtre Relâche. 

Comme chaque fois, la Revue DADA propose des ateliers créatifs pour les enfants et les grands, avec papier calque, encre de Chine à la manière de Picabia. La revue donne aussi l’actualité des expositions de l’année.

la Vénus de Lespugue – idole de la Préhistoire et inspirations contemporaine

Exposition temporaire au Musée de l’Homme

Vénus de Lespugue

la Vénus de Lespugue fut découverte le 9 Aout 1922 dans la Grotte des Rideaux de manière fortuite et fractionnée en 11 morceaux.  Sculptée en ivoire de mammouth, elle date du Gravettien

Une vidéo présente les recherches scientifique correspondant à la restauration et à la structure de la statue. Coppens raconte dans une autre vidéo comment, intrigué par la forme des fesses, qu’il trouvait illogiquement à l’envers, eut l’idée de la retourner et découvrit un autre personnage à l’envers, cheveux ou pagne? Cette structure double ajoute à son mystère et son charme

Sa silhouette en losange a inspiré de nombreux artistes dont Brassaï, Arp ou Zadkine

ou plus récemment Gabriel Sorbin qui a sculpté une belle pièce en albâtre (2019)

Alexandra Sand dessina une série d’études au charbon sur papier qui aboutirent à de grands panneaux à la suite d’un dialogue avec Coppens autour de la Vénus de Lespugue

Alexandra Sand

les Mountaincutters ont réalisé des répliques de la Vénus de Lespugue en verre soufflé (Bruxelles 1990)

Mountaincutters verre soufflé

tandis que Muriel Decaillet a décliné le thème en textile

sans oublier Louise Bourgeois qui l’imagine enceinte

louise Bourgeois

Une centenaire (si on se réfère l’année de sa découverte) ou une ancêtre… qui offre un  modèle à une féminité moderne dans la vidéo d‘Ana  Guinzburg : What is beauty

Art et Préhistoire au Musée de l’Homme des Vénus et des animaux….

Exposition temporaire jusqu’au 22 mai 2023

Plaquette de la Marche – profil gravé

Et si l’art était né il y a plus de 30000 ans?

Et si les Hommes préhistoriques, Gravettiens(-34000- 26000) , Solutréens (-27000-22000) Magdaléniens (21000-14000) savaient faire mieux que des bifaces, haches, aiguilles bien utiles mais monotones.

Venus de Tursac 26000

Et si les petites Vénus aux formes généreuses, symboles de fécondité étaient chacune une œuvre d’art à part entière

Vénus brune de Grimaldi

D’autres Vénus magdaléniennes voient leur silhouette s’étirer sur des supports et des matières variées, lignite ou bois de cerf. Certaines sont gravées sur la roche difficilement repérable comme cette Vénus de Pataud, pour d’autres les organes sexuels sont très marqués comme chez la Vénus impudique découverte en 1863. La plupart d’entre elles sont de petite taille, la Vénus de Laussel mesure plus de 50 cm, elle brandit une corne

Vénus de Laussel

D’autres objets sont à caractère sexuel portent des phallus et parfois fente vulvaire et phallus coexistent sur le même objet.

petit cheval de Lourdes

Les animaux sont aussi source d’inspiration. Ils sont parfois gravés sur des objets usuels comme lissoirs ou propulseurs. parfois on a retrouvé des plaques avec une silhouette animale, ours ou bison…J’ai beaucoup aimé le petit ourson assis.

Ourson assis

le propulseur gravé atteint une forme de perfection dans l’attitude et la complexité.

 

Propulseur gravé faon et oiseau

L’exposition du Musée de l’Homme présente ces objets d’art mobilier ainsi que les diaporamas très variés et réussi d’Art pariétal non seulement les chefs d’œuvres de Lascaux mais aussi de la grotte de Niaux pour ce qui est du territoire français. L’art pariétal est répandu sur tous les continents, en Afrique, Tchad, Namibie, Egypte, Brésil, Australie, Vietnam…. Des écrans permettent d’identifier des techniques et des styles. A la Préhistoire les artistes disposaient déjà de techniques diverses : pochoirs, pigments soufflés, lignes droites et nettes gravées ou au contraire estompées, hachures, cupules ou points, rayures….

L’interprétation des fresques est parfois étonnante : la Scène du puits de Lascaux a donné lieu à diverses hypothèses et même à un livre de Marc Bruet

L’exposition livre quelques pistes pour observer un homme portant un harpon ou un oiseau sur une tige, un bison blessé, et plus loin un rhinocéros. L’homme a-t-il blessé le bison? Ou est-ce l’inverse ?(l’homme est raide, de travers) le responsable serait-il plutôt le rhino? Le commentaire de la vidéo invite le spectateur à mobiliser non seulement son imagination mais aussi son esprit critique