Le Berger d’Alep – Stéphanie Perez – Ed Récamier

SYRIE

Stéphanie Perez est un visage connu du Journal télévisé, Grand reporter pour France Télévision, elle commente les guerres en Ukraine comme au Moyen Orient. Au salon Créteil en Poche, elle a animé une rencontre en compagnie de Delphine Minoui. Les deux journalistes ont raconté leur expérience sur le terrain et comment sont nés ces romans quand la réalité dépasse la fiction. Images de reportages se succèdent dans le poste de télévision, dates, chiffres, écrasent l’impression de l’information précédente.

« des conflits sans issue, pour les guerres qu’on ne savait même plus définir. La leur, en Syrie, était devenue illisible.
Pas de récit clair, pas de héros surgissant drapeaux au vent pour vaincre les méchants. À la place : des milices
désorganisées, des fous de Dieu, des bourreaux en uniforme. Des hommes qui tuaient au nom de l’ordre, d’autres au nom de la foi. Des traîtres et des lâches, la violence partout. Comment résumer ce chaos en deux
minutes de journal télévisé, entre le prix de l’essence et la météo du week-end ?« 

J’ai besoin de personnages, d’histoires, d’individus, besoin de me projeter dans leur quotidien même s’il est misérable comme dans la bataille qui a fait rage à Alep dans les années 2016 et suivantes. Un roman pour donner de l’humanité, là ou chiffres de victimes s’additionnent aux  destructions. 

Là où cela se complique, dans cette guerre terrible, c’est que l’humanité va s’incarner dans un personnage inattendu : Zaatar, un chien au nom parfumé. Et sa présence va redonner vie à une petite communauté, à des familles qui ne se seraient pas parlé : des chrétiens, des musulmans, un pianiste, un tailleur…

« Il ne faut pas abandonner. Je vais faire une comparaison qui va peut-être vous faire sourire : moi, le tailleur, je dirais que la foi, c’est comme un tissu. Parfois, la vie le déchire. Mais on peut toujours le repriser. Même si ce n’ est pas parfait. Maya eut un sourire las. — Et en ce moment les coutures craquent un peu, c’est cela que vous voulez me dire ? »

J’ai pensé à un autre livre très tendre où une chienne consolait  un enfant malheureux : Bel Abime deYamen Manai CLIC

Grande tendresse, grande émotion, sans oublier la réalité douloureuse de la population syrienne coincée entre Daech et les sbires de Bachir El Assad, entre torture et exil. Et pourtant, même sous les bombardements et les snipers, même avec la peur, des habitants vivent, écoutent de la musique, s’entraident.

Badjens – Delphine Minoui – Le Seuil

FEMME,  VIE, LIBERTE – IRAN

J’ai adoré Les Passeurs de Livres de Deraya de Delphine Minoui. 

Quand j’ai lu le programme de Créteil en Poche j’ai choisi la rencontre avec Delphine Minoui et Stéphanie Pérez deux journalistes présentant des ouvrages de la même veine, retour de reportages dans des zones de guerre, romans imaginés à partir de rencontres. Delphine Minoui a présenté Badjens sans trop en dire. Ce qui a excité ma curiosité. 

Badjens seize ans en 2022 quand la mort de Mahsa Amini a déclenché le mouvement Femme, Vie, Liberté. Badjens, veut dire « insolente, effrontée, mauvais genre ». c’est un surnom affectueux que sa mère lui a donné. Mauvais genre, parlons-en, si genre désigne le masculin/féminin, naître fille est vraiment naître dans le mauvais genre. D’ailleurs, Badjens n’aurait pas du naître du tout, dès l’échographie de sa mère, elle n’était pas bienvenue. 

« Je me suis reprogrammée. Il y aura un dedans et un dehors. La vie imposée et la mienne. »

Badjens raconte l’enfance et l’adolescence d’une jeune fille voilée à l’école et dans l’espace extérieur mais terriblement moderne à la maison. Elle cherche des contacts sur Internet, sait jongler avec les VPN, se maquille et a même une vocation de tatoueuse. On n’imagine pas comme la contrainte aiguise l’imagination et l’habileté de celles qui cherchent la liberté.

Si notre génération n’a aucun pouvoir, elle a au moins l’esprit de contradiction.

 

On pense bien sûr à Persépolis (2003) et à Femme, Vie, Liberté de Marjane Satrapi CLICBadjens est un roman de lecture agréable qui se lit très bien. Et sous les missiles et bombes, n’oublions pas les jeunes filles et les femmes iraniennes qui subissent une double oppression!

 

 

 

 

Moules et Sel – visite guidée d’une saline

NOIRMOUTIER 2026

Après avoir acheté 1 kg de moules au Port du Bonhomme, nous regagnons la route principale pour acheter du sel. La Bonne Pogne a un vaste parking un peu à l’écart de la route avec une petite boutique dans l’ancienne salorge ou je prends un kilo de gros sel et deux petits sacs de sel aromatisé »piccolo » aux saveurs italiennes.

Cabane à sel et girouette

16 heures, visite commentée de la saline. Ce n’est pas ma première visite de marais salants emais à chaque occasion j’apprends quelque chose de nouveau. Le vocabulaire m’enchante. A Noirmoutier les travailleurs du sel sont des sauniers, paludiersà Guérande.

le circuit du sel dans le marais

Notre guide présente les outils du saunier : l’ételle est une raclette à long manche. Elle sert à râcler l’argile au fond des œillets (bassins rectangulaires) et à  entretenir les petites levées d’argile sur lesquelles il se déplacera quand il nettoie le marais salant pendant l’hiver . L’ételle sert également à décoller la couche de sel déposée au fond. Chaque œillet  possède une petite plateforme en demi-lune sur laquelle on accumulera le sel très blanc, presque une pyramide blanche.

Avec sa brouette, le saunier transfère le sel sur un grand tas sur une bâche plastique qui s’appelle le mulon. Autrefois, le sel était stocké dans la Salorge

La lousse perforée de trous est utilisée pour la récolte de fleur de sel qui cristallise en surface si le temps est ensoleillé et venteux. La fleur de sel requiet des conditions météos particulières. On la dépose sur des plaquettes rectangulaires de bois où elle sèche. La fleur de sel n’a pas toujours eu un intérêt économique pour les sauniers. C’est seulement récemment qu’un grand cuisinier l’a mise à la mode comme exhauster de goût. Elle serait aussi riche en calcium, magnésium, et potassium.

 

Encore un vocable mystérieux : la Loire (rien à voir avec le fleuve). C’est le bassin qui garde l’eau de mer avant qu’elle n’effectue son circuit dans la saline. L’eau vient par l’étier qui n’est pas une rivière naturelle mais un canal creusé par la main des hommes. L’étier est tellement tortueux que je l’avais imaginé naturel.

 

 

 

 

 

 

 

bilan n°5 – Juillet – du challenge des deux George avec Claudidalucia

CHALLENGE DES DEUX GEORGE

Peu de titres pour ce mois de Juillet, pourtant de belles et longues lectures.
Avant de commencer les deux biographies de George Eliot j’ai préféré terminer Middlemarch et ce fut un très long moment de lecture avec 1200 pages.
Paysage anglais: Constable : vue d’Hampstead Heath
Je n’ai pas oublié l’autre George.
En 2023, on fête le cent-cinquantenaire  de la mort de George Sand(8 juin 1876). De nombreux podcasts sur RadioFrance ont accompagné mes promenades : George Sand, l’âme musicienne ICI m’a enchantée. George Sand et Chopin est un épisode connu, mais ce n’est pas la seule référence à la musique. Dès son enfance, sa grand-mère l’a initiée à la musique, elle a noué des liens d’amitié avec Liszt et Marie d’Agoult, ainsi qu’avec Pauline Viardot. La saga de France Musique comprend  7 épisodes d’une heure environ, 7 heures de plaisir d’écoute.
 
Nathalie
Claudialucia
George Sand : L’uscoque
Au mois d’août : nous lirons
George Eliot Scènes de la vie du clergé : la nouvelle :  Les tribulations du révérend Barton  ( Miriam ???? Claudialucia?)
George Sand :  Consuelo (Miriam et Claudialucia)
George Sand : Histoires de ma vie ( Claudialucia)
Au mois de  septembre nous lirons : 
 
George Eliot  : Daniel Deronda
Voir le bilan complet depuis le début du Challenge sur le blog de Claudialucia ICI

Promenade à la Guérinière et au Bois des Elloux

NOIRMOUTIER 2026

La Guérinière Grande Plage et la dune

Les plages de la Guérinière sont associées à Agnès Varda. Peut être à cause de l’exposition visitée au Musée de la Guérinière. CLIC

Voiture garée à La Plage de la Cour. Marée descendante, la plage est déjà dégagée avec quelques baigneurs. Un bateau de pêche se balance non loin. Le sentier côtier passe dans la dune entre des ganivelles et les jardins fleuris des maisons basses blanches aux volets bleus tapies dans une végétation verdoyante.

la Guérinière maisons et yuccas

Je marche ensuite sur une corniche pavée puis cimentée, marche plus facile que sur le sable sec. J’avance à grands pas et dépasse la Cale des Perles (la plage de mes baignades à notre séjour précédent).

Travaux sur la digue

Juste après les trois bunkers un énorme pelleteuse orange s’attaque à la corniche. Une tempête hivernale a fait une brèche. On colmate, on protège, on cimente.  Cela ne fait pas mon affaire, je sui rejetée sur la route. La D95 est passante, j’ai hâte de retrouver la corniche en passant par la Rue de la mer : la digue surplombe la plage. Elle a été rénovée, consolidée. Les propriétaires des maisons s’abritent derrière de hautes vitres ou des murs de pierre de 2 m de haut. Cela sert à quoi d’avoir une maison « avec vue sur mer » si on est forcé de se cacher derrière un si haut mur ? Après le parking de la Plage de la Coquette (ignorée par le GPS, c’est dommage j’aurais voulu que Dominique m’y rejoigne) le sentier quitte le bord de mer privatisé par un club de vacances qui a même colonisé la plage et le passage du sentier côtier. Le chemin longe un terrain clos par une palissade de genêts et bruyères, s’engage dans le Bois des Eloux : magnifique pinède sur des dunes assez hautes. Il faut bine surveiller les balises jaunes car le sentier fait des détours avant de nous conduire au sommet. Je goûte énormément la balade en forêt ombragée à l’heure de midi quand le soleil commence à taper.

De retour à la plage de la Guérinière je découvre les parcs à huitres avec de gros tracteurs qui s’activent au loin. Il y a aussi tout le peuple des pêcheurs à pied avec leurs outils, longues fourches à 4 dents, bâtons à crochets, pics pour décrocher les huitres.

J’ai trouvé au marché de délicieuse « mérines » (terrines de poisson) et des pêches parfumées et juteuses.

Une passion pour George Eliot – roman – Kathy O’Shaughnessy – Ed de Fallois

CHALLENGER LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Merci à Claudialucia d’avoir fait voyager ce livre pour une lecture commune CLIC

Je viens de terminer Middlemarch après Le Moulin sur la Floss, Adam Bede, Felix Holt le radical et Silas Marner maintenant que je connais un peu l’oeuvre, je suis curieuse de m’intéresser à l’écrivaine, sa vie, ses amours. 

Comme la mention « roman » l’indique, ce n’est pas une biographie littéraire ni même une biographie complète que Kathy O’Shaughnessy a écrite. Sans s’intéresser aux années d’enfance, d’études ou au début de sa carrière comme journaliste et critique, le livre s’ouvre en juillet 1854 (elle a 35 ans) quand Marian Evans se met en ménage avec George Lewes lui-même marié et père de famille et qu’elle prétend se faire reconnaître comme Mrs Lewes. 

Le couple quitte l’Angleterre pour vivre leur amour loin des conventions sociales londoniennes, des commérages et surtout du rejet de la bonne société qui tolère les liaisons extra-mariages de George Lewes mais pas celle de Marian, véritable paria de la vie sociale. Rejettée par les femmes de la bonne société, sa famille et son frère adoré Isaac comme de ses amies de toujours.

Quand ils quittent l’Angleterre, Marian Evans est connue comme critique mais pas encore célèbre comme écrivain. Elle a écrit La conversion de Jeanne. C’est la sortie de Adam Bede puis de Middlemarch sous le pseudonyme de George Eliot qui va lui apporter le succès (et la richesse). Contrairement à George Sand qui s’affiche avec pantalons et cigares, et dont le pseudonyme est vite éventé, au contraire George Eliot se revendique Mrs Lewes et ne mettra dans le secret de la signature que très peu d’intimes, son éditeur, bien sûr, Spencer (qui sera indiscret) et quelques amies qui aurau ont deviné le genre de l’autrice. Elle pense que de lever le secret nuirait au succès et laisse planer des incertitudes. Un imposteur s’est même déclaré avoir écrit les livres. J’ai bien accroché aux premières parties de Une passion pour George Eliot

Malheureusement une autre histoire s’intercale dans l’histoire de George Eliot : la narratrice est une universitaire spécialiste de George Eliot, organisant des cours et même un congrès à Venise sur l’autrice. Une histoire assez glauque se mêle à celle de la Passion pour George Eliot. je me serais franchement passé des histoires d’amour mettant en scène les professeurs. la balade à Venise n’est pas désagréable. Etait-ce bien nécessaire? 

La suite concernant Marian Evans et George Lewes se déroule en Angleterre, George Eliot est maintenant une auteure à succès reconnue. Leur vie se déroule dans de belles maisons, ils reçoivent, leur amour est parfait jusqu’à ce que le fils de Lewes revienne malade d’Afrique, assombrissant leur quotidien, puis que Lewes lui-même meure….

Et! surprise Marian contracte un mariage tout à fait officiel à l’église avec un ami de longue date du couple Lewes, un très jeune homme, très séduisant. Mariage à l’église, voyage de noces….Ce dernier mariage me fait penser à l’épilogue de Middlemarch qui se terminait par des mariages heureux avec des enfants. Pas d’ enfants pour George Eliot qui a  60 ans passés! Mais surtout un échec cuisant. 

Bien sûr, je suis curieuse de la vie de mes écrivains préférés, surtout des conditions qui ont présidé à la rédaction de leurs chefs d’oeuvre. Dans le cas du livre de O’Shaughnessy, trop de romance, pas assez de littérature. je reviendrai au livre de Mona Ozouf : L’autre George mais pas à Une passion

Merci quand même à Claudialucia

Sallertaine et le Moulin de Rairé

NOIRMOUTIER 2026

Sallertaine : maisons vendéennes et roses trémières

Sallertaine est situé à une quinzaine de kilomètres du Gois après avoir traversé Beauvoir-sur-mer. Sallertaine a reçu le label Ville des Métiers d’Art : une trentaine d’artisans et artistes ont installé ateliers et boutiques. Le village est très fleuri et décoré. Les poteaux indicateurs sont  remplacés par de vieux vélos peints de couleur vive : orange, rose, violine et portent les écriteaux touristiques.

Sallertaine : église romane

Le village possède deux églises : la plus ancienne romane (1080) appartenait à un prieuré bénédictin qui a joué un rôle important en asséchant les marais et drainer de nouvelles terres agricoles. Elle fut agrandie en 1173 puis au XIVème siècle. Au XVIIème siècle les peintures murales sont badigeonnées de chaux, quatre baies sont agrandies. Au XVIIIème siècle 3 retables sont ajoutés. A la Révolution, l’église sert d’entrepôt.

Le culte est transféré à la grande église construite en 1910.

L’église romane sert de galerie d’exposition. J’ai été plus intéressée par l’art roman que par la peinture exposée. J’étais un peu gênée vis-à-vis de l’artiste qui cherchait à engager la conversation avec les visiteurs.

Sallertaine église romane : coupole

La coupole est remarquable, très haute. Le dépliant qualifiée l’architecture de style Plantagenêt. Les chapiteaux en calcaire très blanc sont d’une grande simplicité. Le porche roman très simple est orné de cordages et de tresses.

Les petites venelles sont bordées de maisons vendéennes blanches fleuries de roses trémières et de roses roses.

En quête de pain (le seul boulanger est en vacances) je trouve seulement une épicerie. Les restaurants sont bien tentants mais complets. Contrairement aux villages environnants où les boutiques ont disparu des centre-bourgs, à Sallertaine, on peut faire du lèche-vitrine chez la céramiste, la couturière qui propose de jolies robes fleuries, ou dans la maroquinerie….

Le Jardin de Vaulieu

Sallertaine : le jardin dans l’ancienne carrière

En centre-bourg, ce jardin a été aménagé dans une ancienne carrière. Occasion d’un peu de géologie. La Pierre de Sallertaine est un  calcaire Eocène(Lutétien) gréseux, fossilifère (gastéropodes et foraminifères) . On peu déduire de la stratification que le sédiment s’est déposé dans un milieu marin agité et trouver le sens du courant de dépôt. Ce jardin est très fleuri. Des espaces ont été aménagés pour des ateliers et des animations, on peut également pratiquer le canoë-kayak.

Au hasard de ma visite, j’entre dans la boutique d’une céramiste Terre d’ âmes. >la potière est très aimable. Son travail est d’une grande finesse ; Elle propose également des stages de cuisson raku hors saison, deux séances espacées d’une semaine.

Moulin de Rairé

Le Moulin de Rairé avec ses ailes de bois

Il est déjà 13 heures, 34°C au thermomètre. La chaleur est accablante et je dois arrêter mon exploration des ateliers d’artisans. Nous pique-niquons dans le parking herbu et ombragé du Moulin de Rairé qui se trouve à 2.8 km de Sallertaine. Isolé dans le marais. Le moulin est accompagné de plusieurs bâtiments avec des expositions et même un alignement de menhirs.

La visite commence à 14 heures.

En introduction, une vidéo raconte la dernière révision du moulin. Construit en 1555, il y a près de 500 ans, il n’a pas cessé de moudre de la farine. Seul changement notable : en 1864 on a remplacé les voiles par des ailes de bois réglables, un peu comme des éventails. De temps en temps, il faut remplacer certaines pièces qui s’usent. La prochaine révision est prévue dans 60 ans ! A l’occasion de cette vidéo, j’apprends un nouveau mot Amoulangeur qui désigne le charpentier de moulins. La machinerie d’un moulin à vent est hautement sophistiquée. Le meunier du moulin de Rairé qui est également amoulangeur, vient à notre rencontre et nous invite à grimper au premier étage.

Moullin de Rairé :Engrenages

Ses premiers mots : « il n’y a pas de vent, aujourd’hui, le moulin est à l’arrêt » . pas de moteur au Moulin de Rairé, la seule force motrice est le vent qui détermine tout. A l’extérieur les nombreuses girouettes indiquent la direction du vent. Il y en a même à l’intérieur du moulin : de petites plaquettes de bois.

« Veiller au grain » est une expression courante semblant venir de la meunerie, mais surtout du domaine maritime ou le grain est une tempête violente imprévisible.

Le grain est moulu entre deux meules de pierre dont un est fixe et l’autre mobile. Les meules sont en silex de La Ferté-sous-Jouarre, de la meilleure qualité.

Nous découvrons les engrenages. La plupart sont en bois. Les dents sont en bois de cormier, arbre devenu rare depuis que le remembrement a fait disparaître les haies. Certaines pièces sont métalliques. L’association bois/métal confère de la souplesse au mouvement. En plus des mécanismes moteurs des meules, de nombreuses pièces améliorent le travail du meunier comme le régulateur qui assure la régularité du mouvement qui peut prévenir le meunier si les ailes s’emballent « meunier tu dors, ton moulin va trop vite ! » .

Le meunier du moulin de Rairé

Autrefois le grain était moulu en permanence, de jour comme de nuit. Maintenant le moulin ne tourne plus que le jour. Sa production est minime : un quintal par jour, alors que les minoteries industrielles fabriquent des tonnes et des tonnes. C’est un rendement d’un autre temps : du temps où il n’y avait pas de routes dans le marais et qu’il fallait deux heures pour rejoindre Sallertaine en barque par les canaux.

Le moulin  est plutôt un monument patrimonial qu’il convient de garder vivant comme témoignage historique. Tant de générations se sont succédées et le meunier est très fier de nous dire que la relève est assurée : son fils ! La production du moulin est commercialisée : des farines d’agriculture biologique moulues artisanalement sont vendues ; elles ne se conservent pas forcément, il est conseillé de les congeler.

Le travail le plus pénible serait d’acheminer des sacs de 100 kg de grain. Le problème est résolu par un système de chaînes, de sangles et de poulies. Les trappes s’ouvrent toutes seules à la montée. Le grain s’ »enfourne dans la trémie d’alimentation. Sophistiqué et délicat : un simple geste permet de faire tourner le tout pour présenter les ailes au vent ;

Pour terminer la visite : une belle crêpe cuite sous mes yeux.

Il y aurait beaucoup à voir dans les expositions des bâtiments annexes mais il fait très très chaud, 34°C et beaucoup plus dans la voiture, nous préférons écourter ;

 

 

Passage du Gois, le dimanche matin

NOIRMOUTIER 2026

Ce dimanche matin, horaire idéal . Basse mer 10h35 – coefficient de marée 87.

A 9h30 nous sommes à l’entrée de la chaussée submersible que j’emprunterai à pied. Dominique attend dans la voiture,  nous nous rejoindrons sur le continent.

Le dimanche, nous ne sommes pas seules. La circulation est très dense. Les pêcheurs à pied ont aligné les voitures le long de la route. Armés d’une pelle, d’un râteau, d’un panier métallique, ils ramassent des palourdes. D’autres ont un petit pic pour détroquer les huitres sur les rochers.

Je m’amuse à faire des photos. Ce n’est pas si facile. Eviter les voitures, celles qui pourraient me renverser, celles qui s’interposent. Chercher des sujets. J’avais envie de reflets, des silhouettes des pêcheurs à pied au travail. Photographier les refuges : un vieux vélo est adossé. Sur un autre refuge s’est massé tout un club de cyclistes habillés aux couleurs du club. Leurs vélos sont entassés, ils forment une pyramide. J’ai loupé la photo, une voiture est passée. Il y a vraiment trop de monde, trop de trafic.

L’Autre George – A la rencontre de George Eliot – Mona Ozouf – Gallimard

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Attention : spoiler! Mieux vaut avoir lu les romans de George Eliot avant d’entamer la lecture de cet ouvrage. Il ne s’agit nullement d’une biographie de George Eliot comme je l’avais cru quand j’ai téléchargé ce livre. C’est plutôt une promenade dans ses oeuvres qui commence avec le Moulin sur la Floss que j’avais déjà lu, puis continue avec Middlemarch que je m’aprêtait à lire. L’analyse de Mona Ozouf est passionnante mais suppose qu’on soit familier avec les personnages, et raconte un peu trop pour qui n’a pas terminé le livre. Donc, à ne lire qu’après lecture de George Eliot sous peine de divulgâcher l’histoire. Dans cette logique, j’ai sauté le chapitre concernant Daniel Deronda qui sera au programme du challenge en septembre. 

A la suite de cette réserve, L’autre George est très intéressant, d’une lecture fluide. C’est le point de vue d’une historienne qui resitue les livres de George Eliot dans leur contexte historique, social et littéraire. Mona Ozouf met au jour des correspondances, des gemelléités, entre les personnages soit à l’intérieur d’un roman, soit à travers différentes oeuvres. C’est aussi l’interprétation d’une philosophe qui va questionner les questions religieuses et philosophiques ayant cours dans l’Angleterre du XIXème siècle. 

Après les études des trois oeuvres citées précédemment, des chapitres transversaux : « La moraliste », « l’artiste », « la femme » vont éclairer les principaux aspects de l’oeuvre de George Eliot. 

Ce qui m’a le plus intéressée c’est la question de la place des femmes dans l’oeuvre de George Eliot, et dans la société anglais. George Eliot peut-elle être considérée comme féministe? Pourquoi ne s’est-elle pas engagée avec les suffragettes dans la lutte pour le vote des femmes? (George Sand, non plus, d’ailleurs). 

La conclusion du livre est une comparaison entre « Les deux George » sur laquelle je reviendrai sûrement quand nous ferons un bilan du challenge.  

ce cousinage le signe le plus voyant était bien sûr l’adoption du nom masculin

Chez elles, de surcroît, le pseudonyme masculin ne venait pas seulement couvrir une œuvre, mais une vie. Et pour l’une comme l’autre, un mode d’existence soustrait à la convention.

Mais toutes deux dénoncent en revanche une société inique qui prive les femmes des droits fondamentaux. Et
l’emblème du malheur féminin leur paraît être le mauvais mariage, que des lois scélérates empêchent de
défaire.

Middlemarch – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

1150 pages .

Lu en 10 jours, lecture laborieuse.

Combien de fois me suis-je interrompue en maugréant « quelle bavarde cette George! » et même « quelle pleurnicheuse! » quand des larmes roulaient sur la joue de Rosemonde ou de Dorothée. L’écrivaine ne nous épargne rien de toutes les hésitations, les remords ou les rougeurs du visage des héroïnes, et l’action n’avance que très lentement.

Si Middlemarch compte 1150 pages, c’est surtout parce que George Eliot a beaucoup à nous raconter : tout un monde dans sa comédie humaine. Difficile de décider qui est le personnage principal : Dorothée, peut-être, la jeune fille qui a le caractère le plus original, qui refuse un bon parti, James, jeune beau, amoureux pour épouser un barbon, qui se révèlera égoïste, tyrannique et jaloux.

 » C’était cette oppression écrasante d’une vie
de femme riche, où tout se faisait pour elle et où personne ne demandait son aide, où elle devait péniblement garder comme une pure vision intérieure le sentiment d’une existence utile et multipliée, au lieu de recevoir du dehors les appels qui eussent donné un emploi à ses fortes aspirations. »

Célia,soeur cadette de Dorothée, correspond à l’idéal féminin, jolie, soumise, mère de famille.

Une femme, si bonne soit-elle, dit-il, doit, en toutes circonstances, s’accommoder de la vie que lui fait son
mari. Il a fallu que votre mère s’accommodât de bien des choses avec moi.

une belle dame peinte par Singer Sargent

Rosemonde, encore une fille à marier, de bonne famille! Elle s’éprend d’un jeune médecin prometteur qui l’épouse. Mary n’est pas d’origine aussi fortunée, elle est obligée de gagner sa vie ; son amoureux d’enfance, Fred, devra faire ses preuves avant qu’il ne soit question de mariage. Donc, 4 jeunes filles à marier. 

Les partenaires masculins sont très différents. Causabon est un pasteur écrivain, spécialiste de mythologie, Lydgate un médecin, James, baronnet intéressé par les chevaux et la chasse, et Fred, fils de famille instruit mais velléitaire. Chacun avec ses préoccupations, ses ambitions, ses faiblesses. Chacun de ces personnages est envisagé dans sa vie sociale et professionnelle.

Et comme les 8 acteurs viennent de familles inscrites dans la vie de la ville, l’écrivaine va donc s’attacher à faire vivre les parents sur plusieurs générations et évoquer des secrets de famille. Et tout ce monde mérite bien 1150 pages!

Middlemarch s’annonce comme un roman d’amour. George Eliot analyse très finement les sentiments qui président à la naissance d’un amour. 

« Mais, une fois le seuil du mariage franchi, c’est sur le présent que se concentrent l’attente et l’espérance
antérieures ; une fois embarqué sur la galère conjugale, vous êtes bien forcé de vous apercevoir que vous n’
avancez pas »

Quatre mariages (deux enterrements). George Eliot paraît très critique vis à vis de cette institution qui infériorise les femmes. Pas de mariage forcé, ou arrangé ni même de convenance dans ce roman. Ce seront des mariages d’amour. Et pourtant rien ne se passe comme prévu. Dorothée qui croyait assister son érudit de Casaubon, naviguer dans les hautes sphères intellectuelles, est reléguée au peu enviable rôle d’épouse. Rosemonde se voyait maîtresse d’une  maison brillante,voit ses meubles inventoriés menacés de saisie à cause des dettes de son mari. Dans les deux cas, le désamour succède rapidement. J’ai cru presque jusqu’à la fin  que le thème était un procès du mariage. L’épilogue va donc me surprendre, tout fini par s’arranger et des couples heureux vont avoir des enfants et vivre heureux comme dans les contes de fées. 

Pourtant, ce n’est pas du tout un conte de fée, plutôt la relation des rapports sociaux à Middlemarch avec tous ses composants :

Caleb Garth de secouer pensivement la tête, en méditant sur la valeur et la puissance indispensable de ce travail aux mille têtes et aux mille bras, qui nourrissait, habillait, logeait, faisait vivre en un mot tout le corps social. Cette idée s’était dès l’enfance emparée de son imagination. Les échos de la grande usine où l’on construit les navires, les cris d’appel des ouvriers, le ronflement des fourneaux, le tonnerre ou les sifflements des machines étaient à son oreille une musique sublime ; l’abattage et le chargement des bois de construction, la grue manoeuvrée sur le quai, les produits de toute espèce entassés dans les entrepôts, la
précision et la variété des efforts musculaires, partout où il y avait un travail déterminé à accomplir, toutes ces
scènes de sa jeunesse avaient agi sur lui comme une poésie sans l’aide des poètes, lui avaient fait une
philosophie sans l’aide des philosophes, une religion sans l’aide de la théologie.

Une foule de personnages inscrits dans la vie d’une ville moyenne dans le début de la Révolution Industrielle. On voit arriver les chemins de fer qui vont amputer les prés et les champs. Un hôpital doit se construire dans la suite hygiéniste des épidémies de choléra. Lydgate, le jeune médecin a étudié en France et apporte des idées nouvelles, il dérange les habitudes des praticiens qui vont lui mener la vie dure.

Le thème de la religion, ou plutôt du rôle social des pasteurs occupe une place importante dans ce roman comme dans nombreux ouvrages de George Eliot. Il est fort peu question de foi, de doctrine, plutôt du rôle social du prêtre.  Les actionnaires de l’hôpital doivent se prononcer pourle choix de l’ aumonier de l’hôpital : c’est une décision tout à fait politique. La politique est aussi un des ressorts du livre : l’arrivée de banquiers, d’hommes d’affaires bouscule les pouvoirs aristocratiques des propriétaires terriens.

Middlemarch, la ville du milieu, est une petite cité où le conformisme social règne. La respectabilité est remise en cause par la rumeur. Respectabilité et méfiance pour celui qui vient d’ailleurs, surtout pour celui qui porte un nom étranger. Dorothée, l’anticonformiste, sera seule à se lever pour défendre les victimes  de la  rumeur. C’est d’ailleurs un des points forts du livre.

C’est donc un livre très riche  avec de nombreux personnages complexes qui évoluent au fil de l’histoire. Il faut avoir un peu de temps devant soi, mais il mérite l’effort. 

ma participation au Challenge des Epais