Le meilleur hommage à un écrivain qui vient de disparaître est de le lire!
j’ai donc repris La Rumeur d’Orléans à la suite de la lecture de Une rumeur dans le vent, un roman italien de Ilaria Gaspari qui se base sur une histoire analogue survenue à Rome en 1983 CLIC
Les deux livres sont différents : l’un est une fiction romancée, avec pour héroïne, une jeune vendeuse du magasin de confection. L’autre est un essai rédigé par une équipe de sociologues, résultat d’une enquête commandée par les institutions juives. Enquête menée par 5 sociologues. C’est un travail rigoureux qui rend compte des méthodes de travail, interviews sur le terrain, recherches dans la Presse. Des concepts très précis ont été forgés pour l’analyse : Mythe,anti-Mythe, conducteurs, anticorps…
Les schémas que Morin et ses collègues ont mis en évidence collent parfaitement au récit romain d’Ilaria Gaspari (peut-être s’en est elle inpirée?
le jumelage mythologique entre deux thématiques distinctes, l’une de traite des Blanches, l’autre concernant le juif ; celles-ci, aussitôt associées se combinent pour constituer un mythe à deux faces
Les sociologues vont explorer les deux pistes : celle de la traite des Blanches et les fantasmes des adolescentes qui ont été à l’origine de la rumeur, celle de l’antisémitisme dans la ville d’Orléans.
le foyer originaire est féminin, et particulièrement adolescent et juvénile
Diverses versions de l’antisémitisme sont abordées, antisémitisme nazi – on y pense tout de suite – mais aussi médiéval et les formes que la rumeur ont prises y font aussi penser avec la légende d’oubliettes, de souterrains connectés aboutissant à la Loire. Rejet des Juifs en tant qu’autres? pas forcément les 6 commerçants visés étaient particulièrement bien intégrés, sans accent étranger ni signes distinctifs. Jalousie, concurrence? Et déjà du côté de la Gauche un rejet du Sionisme après la Guerre des Six Jours, et une confusion antisémitisme, antisionisme. Déjà!
La lecture d’un texte scientifique n’est pas aussi fluide que celle d’un roman. Les auteurs discutent de chaque détail, reviennent à de nombreuses reprises sur des faits qu’ils examinent en tout sens. Mais c’est passionnant de voir la science en progrès. Les auteurs mettent en scène leurs doutes, pas d’affirmations peremptoires.
Ici on peut se poser la question de l’agent enzymatique initial : Qui a inventé ou lancé le mythe orléanais ? Comment ? Pourquoi ? Y a-t-il eu à l’origine canular, autosuggestion, volonté de nuire, provocation antisémite? L’hypothèse de la malveillance d’un concurrent et celle, plus plausible,
et cette dernière étonnante :
Orléans vivrait-elle encore à l’heure de Madame Bovary?
Aurait-on pu écrire cette phrase à propos de Rome?
la revue DADA Première Revue d’Art pour toute la Famille ne me déçoit jamais avec son éclairage original, décalé, amusant sur toutes les facettes des arts plastiques.
Qu’attendre de Autoportraits ? des tableaux de Grands Maîtres comme Rembrandt ou Van Eyck, ou Picassodésigné champion de l’autoportrait. ou une rencontre avec une moins connue Käthe Kollwitz que je découvre ici. Des photographies de Vivian Maier ou Claude Cahun…et m^me du Street Artavec Jeff Aerosol
Comme d’habitude, un atelier pour bricoler soi-même, enfant ou adulte, et bien sûr se faire soi-même son portrait.
Et la découverte d’un artiste méconnu : Maurice Ménardeau, peintre de Marine et des Outre-mers. Pour visiter son exposition, il vous aurait fallu prendre l’avion et aller à la Martiniqueà la Fondation Clément
Le Bon, la Brute et le Truand dans le Paris du début de la 5ème République, Papon règne à la Préfecture, la Guerre d’Algérie ne veut pas dire son nom, barbouzes et FLN, SAC et OAS.
C’était une actualité qui parvenait brouillée à mes oreilles de fille de 10 ans. On a fait des provisions quand la menace des généraux félons est parvenue aux ménagères. On a craint les plasticages de l’OAS à cause d’un homonyme qui avait signé le Manifeste des 121 qui a poussé le mauvais goût à résider dans la même rue. Mémoire lointaine que les filtres des historiens n’ont jamais éclairci pour moi. Le livre de Cantaloube remue des souvenirs.
Un massacre quai Montebello, une famille entière assassinée, est passé hors des radars de la Presse. Facile à imputer à des réglements de comptes entre Algériens, une des victimes étant un avocat algérien. Enquête bâclée, poussière sous le tapis.
Le Bon, c’est Luc, un jeune flic, naïf, chargé de l’affaire, qui ne se contente pas des conclusions de ses supérieurs. La Brute, Sirius Volstrom, homme de main, ancien collabo, chargé par l’adjoint de Papon de faire disparaître l’assassin de l’avocat ; il ne refuse aucune mission même meurtrière pourvu qu’on le paie. Le Truand, Carrega, le bandit corse, ancien résistant, vrai trafiquant, appelé pour faire la lumière sur le massacre du quai Montebello, par un camarade de la Résistance. Roman choral à trois voix, chacun raconte son histoire qui se tresse à celle des deux autres.
Nous allons croiser Mitterand et être témoin de l’Attentat de l’Observatoire (16 octobre 1959), entendre Michel Debrédans un « discours de mobilisation patriotique » sécurisé par le SAC, voir émerger l’OAS dont j’avais oublié que les initiales signifiaient l’Organisation de l’Armée Secrète, avec ses actions meurtrières, dont le déraillage du train de Vitry-le-Françoisqui a fait 28 morts et 160 blessés, et pour finir la répression sanglante de la manifestation des Algériens le 17 octobre 1961.
Leçon d’Histoire, dans un thriller très bien mené avec des personnages secondaires bien campés dans un Paris interlope derrière Montmartre, quand roulaient Simca, Dauphine, qu’on faisait poinçonner le ticket de métro en carton.
A la sortie de l’exposition Silla nous avons déjeuné coréen dans le restaurant du musée. La carte est difficilement compréhensible pour le novice. Nous avons choisi un bulgogi lamelles de boeuf mariné puis mijoté et servies avec des légumes dans une sauce parfumée. Dans un bol métallique (en bas à gauche) du riz avec des coupelles contenant, haricots verts, chou, racine de lotus. Les baguettes sont métalliques, très design
.
pour dessert des mochi, mangue, thé vert ou litchi. Délicieux.
Nos lectures sur les deux George de la littérature continuent avec toujours autant de plaisir.
Ce mois de Mai nous avons découvert Les beaux Messieurs du Bois-Doré, un roman de George Sandqui se situe au début du XVII siècle au moment de la Fronde et des querelles larvées des guerres de religion.
Pour George Eliot,nous avons lu Adam Bede, son premier roman après les trois nouvelles qu’elle avait d’abord publiées, une peinture réaliste et réussie de la vie rurale en Angleterre au début du XIX siècle avec les destins personnels et parfois tragiques de ses personnages.
Nous attirons votre attention sur les romans de George Eliot que Nathalie, admiratrice de l’écrivaine, a lus au cours de ces dernières années.
Pour le mois de Juin vous pouvez nous rejoindre pour une des lectures suivantes :
Lectures avec Miriam et Claudialucia :
George Sand : un court roman intitulé Gabriel sur un sujet étonnamment contemporain que je vous laisse découvrir.
Avec Miriam :
George Eliot : Middlemarch et George Sand : Biographie de Michelle Perrot
Avec Claudialucia :
George Sand : Histoires de ma vie
George Eliot : Biographie de Kathy Oshaugnessy : Une passion pour George Eliot
Immersion dans la campagne anglaise : village d’Hayslope dans les Middlands, de juin1799 à juin 1807. George Eliot décrit avec minutie et vivacité la vie de cette communauté rurale.
George Eliot présente les personnages dans leur milieu de vie : l’atelier des frères Adam et Seth, charpentiers. La ferme du Manoir, vieille demeure tenue par les Poyser, fermiers prospères avec leurs petits enfants, deux nièces Hetty et Dinah, les servantes, les ouvriers agricoles et bien sûr les animaux. La laiterie de Mrs Poyser est particulièrement prisée et la jolie Hetty écrème le lait et baratte un beurre réputé. Au presbytère, nous ferons la connaissance du pasteur Irwine, de sa mère très distinguée et de ses soeurs. Le seigneur du village est le vieux chevalier, son petit-fils, le capitaine Arthur qui va fêter ses 21 ans, s’aprête à prendre la succession et à donner une nouvelle impulsion aux domaines. Au cours des evènements, nous rencontrerons le vieux maître de l’école du soir, Bartle Massey, exigeant et consciencieux,plutôt bougon et mysogine. Sans oublier le jardinier écossais, Mr Craig, et différents villageois…
La vie quotidienne se déroule dans un décor précis, qui changera avec les saisons. Les travaux agricoles rythment la vie du village avec les foins qui doivent être récoltés secs, les fêtes des moissons qui rassemblent tous les ouvriers agricoles.
Des évènements vont rassembler la communauté villageoise, l’enterrement du père d’Adam et Seth, la fête qu’offrira le capitaine Arthur pour tous les fermiers de son domaine. Les réjouissances sont décrites avec une abondance de détails.
L’action avance peu. L’ intrigue est simple : qui va conquérir le coeur de la jolie Hetty? Adam Bede, timide n’ose pas se déclarer. Il va découvrir qu’Hetty a cédé à la cour que lui a fait Arthur…. Autour de cette histoire d’amour George Eliot nous livre une analyse psychologique très fouillée. A quoi rêve une jeune fille ravissante, que l’autrice compare à une petite chatte? Le destin des trop jolies filles n’est pas simple, (attention spoiler!) je ne vais pas vous priver des surprises ….
Un autre sujet abordé concerne la religion. A côté de l’Eglise Anglicane officielle qui assure la cohésion sociale plutôt qu’une vie spirituelle, se réunissent des dissidents. Méthodistes ou Quakers, avec des prédicateurs inspirés, drainent des foules souvent deshéritées. Dinah, la nièce des Poyser, les fermiers du Manoir, est une prédicatrice convaincue. Malgré sa tenue austère, son chapeau ridicule, elle a beaucoup de charme et même lepasteur anglican, Irwine l’apprécie. Cet aspect de prédication et les références bibliques m’ont un peu ennuyée, il me manque les références culturelles!
J’ai donc découvert avec grand plaisir ce roman villageois. Par de longs plans-séquences, la lectrice partage la vie de Hayslope sous tous ses aspects. Il faut prendre du temps, se laisser emporter, par un voyage à petite vitesse.
Départ du Voyage à la Gare de Moulin-Galant (RER D en direction de Malsherbes, attention changement à Juvisy , très peu de trains ce week-end). Après avoir traversé le village très tranquille, nous rejoignons le joli clocher de Villabé
Eglise de Villabé
Sur la place une belle fontaine de pierre décorée d’une grappe de raisin rappelle le passé viticole du village qui produisait un vin rouge de qualité apprécié dans la région. L’arrivée des chemins de fer et la concurrence des vins produits plus loin a mis fin à cette activité viticole. Il faut imaginer que le coteau était planté de vigne.
vignoble sur le coteau du Cirque de l’Essonne
Notre balade est commentée par une des bénévoles de l’Association Le Cirque de l’Essonne à Coeur qui tente de préserver cet espace naturel de 132 ha de l’urbanisation. La rivière Essonne a creusé dans le plateau du Hurepoix une boucle. Le Cirque de l’Essonne est donc formé d’un coteau arrondi recouvert actuellement de bois et de taillis, autrefois poussait la vigne et les prairies calcaires étaient plus développées. Dans la plaine en creux : des champs de blé, et un peu plus bas une zone humide abritant des espèces protégées. Cet espace a été classé en 2017 Espace naturel sensible et ZNIEFF ce qui ne garantie pas la pérennité de cet espace vert très convoité et l’Association doit être vigilante.
Des chemins sont aménagés avec des belvédères, des bancs et tables de pique-nique. La zone du marais a été nettoyée. Elle avait été squattée par des jardins familiaux, certains de bonne taille avec même des serres, une guinguette et autres activités illicites. Ce nettoyage a permis de restaurer le caractère naturel et d’éliminer des déchets. Cependant, de gros moyens mécaniques ont été mis en oeuvre, pelleteuses, chenilles… et le résultat est assez désolant. Supprimer des jardins au nom de la préservation de la nature me choque un peu. J’ai un faible pour les jardins, les jardiniers, et la vie sociale qui va avec.
On arrive sur un grand complexe sportif (terrains en gazon artificiel) du Stade Robinson et longons la rivière au Parc Robinson. L’Essonne se jette dans la Seine à Corbeil, mais avant ce divise en bras comme un petit delta, par ailleurs une autre rivière La Juine conflue dans l’Essonne, et on a imaginé creuser un canal : la Canal de Chateaubourg sous Louis XIV. Par cette chaude journée c’est un plaisir de passer au bord de l’eau.
L’eau a joué un très grand rôle à Corbeil avec de nombreux moulins, moulins à farine, à huile, à foulon mais aussi industries papetières justement au Moulin de Robinson (disparu en 1980). La papeterie a été une grande activité de la ville avec la Papeterie Darblay commercialisant le Sopalin, l‘activité a cessé en 1986 et depuis l’immense usine a été détruite.
La Commanderie Saint Jean nous a ouvert ses portes pour le pique-nique dans son jardin ombragé . La Commanderie a été à la fin du XIIème siècle, Alix, la mère de Philippe Auguste, l’a dotée. Il reste du prieuré une très belle église dans un jardin, les Hospitaliers disposaient d’un grand bâtiment « le Palais » pour héberger les pélerins, soigner…. Tout a disparu à la Révolution, le prieuré fut annexé à la Poudrerie et les autres bâtiments furent détruits. Mais il y a de beaux restes dans l’église qui est devenu un centre d’art pour des expositions.
La conférencière nous a raconté de belles histoires : Ingeburge du Danemark est attachée à la Commanderie. Epouse de Philippe-Auguste, (1165-1223) elle fut répudiée le lendemain-même de son mariage 1191, sa dalle funéraire est exposée dans l’église.
C’est au prieuré de Saint Jean à Corbeil que deux traités furent conclus : traité de Corbeil de 1258 entre Louis IX et Jacques roi catalan d’Aragon qui mit fin aux prétentions françaises sur Barcelone et fit des échanges de territoires dans les Pyrénées. Le Traité de Corbeil de 1358 scelle l’Alliance entre l’Ecosse et la France.
Un dernier épisode : celui des expériences à la Poudreriepar Lavoisier et Bertholletqui furent accompagnées d’explosions meurtrières si bien qu’à la demande de la population excédée, elle fut fermée. Leur nom reste dans la toponymie des rues
la Poudrerie de Corbeil
Sur le cours de l‘Essonne des moulins exploitaient l’énergie hydroliques, certains avaient des dimensions impressionnantes.
Le quartier de Monconseil n’a pas franchement le cachet des bords de rivière, son centre commercial est déserté, les quelques boutiques n’ayant pas fermé le rideau de fer ont l’air bien défavorisées. Ce que nous sommes venus découvrir est une église très originale :l’église Notre Dame de la Paix : dessinée par Edouard Albert, l’architecte de Jussieu, utilisant les structures tubulaires. il a choisi comme élément de base le triangle formant pyramide, avec une ouverture à l’apex donnant un éclairage zénital. Pas de décor en pierre, ni de statue, des tôles, des tubes. Pourtant la communauté s’est approprié l’église en décors chaleureux. Le prêtre qui nous a accueilli nous a fait une présentation chaleureuse de cet édifice.
Promenade dans des rues dont les noms sont évocateurs : rue des Castors évoquant les quartiers castors,le mouvement Castor propose à des familles modestes d’accéder à la propriété grâce au principe de l’auto-construction coopérative (Wikipédia)
Et que raconte cette rue CGB ? Elle rappelle le passage d’un train de la Compagnie ferroviaire de Grande Banlieue dont les trains circulaient sur des rails à voie étroite dans l’ancienne Seine-et-Oise de 1911 à 1949.
Descendant le flanc de la côte, pour nous retrouver en bord de Seine et voir que Corbeil s’étend de part et d’autre du fleuve. D’ailleurs le Pont de Corbeilest le plus ancien pont en amont de Paris, reliant deux châteaux.
Après avoir parcouru la campagne, les petites rues pavillonnaires, les cités, il nous reste à visiter la Ville Médiévale avec ses petites rues pavées, ses remparts bâtie autour de sa cathédrale Saint Spire. A l’Hôtel de l’Arquebuse la devise de la ville « Cor bello paceque bellum » (Coeur fidèle dans la paix et la guerre).
Corbeil remparts et porte médiévale
Nous découvrons les remparts de la ville close. La Rue du Trou Patrix rappelle une légende de la ville. Patrix aurait été un monstre à deux têtes qui terrorisait les habitants – peut être une bande de brigands. Le Comte Haymon, un comte d’origine normande, qui aurait reçu le comté de Corbeil en 946 aurait délivré la ville de Patrix. En 950, il fit bâtir la collégiale Saint Spire.Cet édifice est très sobre de l’extérieur. Il meurt le 23 mai 957 (la randonnée a lieu de 23 mai 2026)!
Gisant : comte Haymond
Après avoir bien transpiré sous le soleil de la canicule, nous avons l’excellente surprise de retrouver le prêtre-archéologue qui nous ouvre les portes de la cathédrale fermée. Sombre et fraîche, c’est un régal. Après les bombardements de la deuxième Guerre mondiale, les vitraux ont été remplacés par des vitraux modernes aux couleurs vives qui racontent comme une bande dessinée l’histoire de la ville. La collégiale appartenait à des chanoines dont les demeures formaient un cloître – cercle fermé autour de l’église qui s’ouvrait par une belle porte ornée de deux tourelles.
porte du cloître
Comme cette ville est vraiment riche en Histoire et légendes, il faut évoquer Héloïse et Abélard, ce dernier, érudit, enseignait à Corbeil, alors que la Sorbonne n’existait pas encore.
Et ce n’est pas tout! j’aurais dû évoquer les Grands Moulins, la confiserie turque…le tunnel ferroviaire fermé…je n’ai pas épuisé le sujet!
Carrière de Vaujours à ciel ouvert de Bois-Gratuel et piliers anciens de la carrrière souterraine
Le Gypse ou pierre à plâtre a souvent été présent : étudiants, nous avions entendu parler de la Carrière Lambert, à Cormeilles-en-Parisis, dont la grande coupe faisait rêver les apprentis-géologues. Etudiante-chercheur, thèse de 3ème cycle dans le laboratoire des Evaporites, je l’ai aussi rencontré. A Vitry puis à Créteil, j’ai enseigné longtemps cet élément consécutif du paysage : les zones inconstructibles de Vitry avec le Parc des Lilas à l’applomb des anciennes carrièes, et la construction étonnante sur pilotis des immeubles de Créteil. Sans parler de la Toponymie, avec la rue des Plâtrières, le Carrefour de la Roue, et la Rue des Porte-dîner, quand les femmes apportaient les gamelles aux carriers du Mont-Mesly. Sans parler des séances de TP à manipuler les beaux cristaux si tendres que les élèves les rayaient à l’ongle….
cristaux de gypse
Sans oublier les anciennes carrières de Paris, le rue Blanche, les Buttes Chaumont et les souvenirs littéraires dans Zola.
Quand j’ai trouvé la visite sur Explore Parisde la Carrière de Vaujours, j‘ai sauté sur l’opportunité. Sans bien réfléchir que Vaujours est difficilement accessible par les transports en commun surtout avec un départ à 8h30. par la route, deux itinéraires possibles, par le nord, le pont de NogentA86, A3 Rosny-sous-bois, Bondy, Livry Gargan sur la N3 ou par l’Est, A4 Champigny, Collegien, et A104 jusqu’à Villeparisis.
Attention, la visite dure au moins 4 heures!
Surtout, se vêtir de bonnes chaussures, tenue de randonnée, et ne pas oublier la carte d’identité qui sera demandée à l’accueil en l’échange d’un badge. Le site est sensible, photos permises dans la carrière mais absolument interdites dans l’usine (des fois qu’on serait des espions industriels). Le site fournit casque et gilet orange, les chaussures de randonnée font office de chaussures de sécurité.
Introduction dans la salle de conférences : Rappels de Géologie, formation du gypse il y a 40 millions d’années par évaporation de lagunes salées, puis transgressions marines et dépôt de marnes imperméables qui ont protégé le gypse. Le gypse est donc présent sous 3 masses épaisses de 16m, 5m et 2m à Vaujours. Il est exploité aussi bien à ciel ouvert dans la carrière de Bois Gratuel à Villevaudé que nous allons visiter, qu’en carrière souterraine à Vaujours à proximité de l’usine Placo.
Le conférencier est très fier de nous annoncer que le gypse est recyclable à l’infini : de formule CaSO4 2(H2o) il perd son eau au chauffage, devient plâtre sec qu’on va réhydrater pour en faire soit de l’enduit, soit du placoplâtre. Placorecycle de puis 1993 les chutes de fabrication, depuis 2008, les plâtres de chantier et 2023 les plâtres de déconstruction.
Réhabilitation et barrière pour les grenouilles
Une attention particulière est portée pour l’Environnement : compensation (mesures ERC) dans le cas du cordon boisé le long de la Dhuis, 3 mares sont crées, des cordons pour empêcher les grenouilles d’aller dans le chantier, conservation des eaux de ruissellement. L’entreprise s’est aussi engagée à remettre en état la carrière en fin d’exploitation : remblayage et revégétalisation.
visite de la carrière de Villevaudé
Carrière de Villevaudé : le ballet des gros camions jaunes
Nous avons observé les gros engins, camions et tractopelles occupés soit à l’extraction, soit au remblaiement. L’extractionse situe au niveau de l’ancienne carrière souterraine dont on observe les anciens piliers qui sont arrasés. Les camions déchargent à proximité au concasseur et retourne sur le lieu d’extraction. En revanche de très grosse pelleteuses travaillent dans les marnes vertes et les marnes bleues qui recouvrent le site, les marnes vont recouvrir les zones où l’exploitation est terminée. Des engins applanissent ce remblayage, on ajoutera de la terre végétale et pourra procéder à la plantation d’essences analogues à celles qui poussaient avant l’exploitation.
convoyeur électrique
Un convoyeur électrique long de 4 km va du concasseur à la plâtrière de Vaujours, transportant le gypse de granulométrie réduite. l’installation de ce tapis roulant représente un investissement onéreux mais il a des avantages environnementaux, remplaçant des camions bruyants et gourmands en carburant.
Visite de l’usine V5
le Placoplâtreest arrivé en France en 1947 des Etats-Unis avec le Plan Marshall et la reconstruction nécessaire après-guerre. La technologie américaine fut importée et a pris son essor dans les années 60.
Après être équipés de casque, chasuble et d’un casque audio pour les explications, on nous donne les consignes de sécurités. Le téléphone ne doit pas quitter le sac à dos. Interdictions formelle de prendre des photos. Même les photos sur internet ne sont pas exploitables (format incompatible avec le blog).
Nous entrons à la file dans le très grand bâtiment, et montons sur une passerelle longue de 700 m et découvrons la ligne de production qui commence avec de monstrueuses bobines de carton. En effet les plaques sont une sorte de sandwich : entre deux couches de carton on injecte la gâchée (plâtre liquide : mélange de plâtre et d’eau), ces plaques vont subir leur traîtement sur un tapis roulant où elles seront sèchées (environ 150°C) au gaz, découpées à bonne dimension, les bords droits ou affinés, selon. En fin, elles sont empilées et rangées dans des cellules de stockage, prêtes à être expédiées avec le matériel nécessaire à leur pose (rails métalliques, sac de plâtre en poudre, carreaux).
Je suis étonnée de me trouver dans une usine presque vide d’ouvriers, tout est automatisé. Le personnel qui surveille ces installations se déplace soit à vélo, soit sur des engins électriques. Les convoyeurs des piles de placoplâtre sont des engins autonomes sans chauffeur dont la navigation est règlée par Wifi. Selon l’étape de chauffage, il fait plus ou moins chaud. Peu de poussière. On ressent les vibrations des tapis-roulant mais cela ne ressemble pas du tout à ce que j’imaginais. Sur Internet on décompte 500 salariés sur tout le site, mais à quoi correspondent ces emplois, administratifs, chauffeurs, recherche? Pendant la visite on a l’impression que la ligne de production fonctionne toute seule.
En cette période de Guerre en Ukraine, et de fermeture d’Ormuz, la question de l’énergiese pose. Pour chauffer le gypse et faire du plâtre, pour sècher les plaques c’est le gaz qui est la source d’énergie. En revanche, transpalettes électriques (batteries chargées sur place) gros engins autonomes, électriques également. On aurait pu imaginer des panneaux solaires sur le toit du bâtiment géant. Ce n’est pas prévu. On a pensé au recyclage, à minimiser l’impact environnemental mais on est très dépendant des énergies fossiles.
Cette visite a été passionnante, mais elle soulève encore bien des interrogations de ma part.
Attention! Exposition très prisée, réservation recommandée! Même avec résa, queues à prévoir. Lee Miller est un personnage romanesque. Au-delà de la qualité exceptionnelle des photographies, on peut visiter cette exposition en s’attachant au parcours de vie de Lee Miller.
« je suis née dans la chambre noire et c’est là que j’ai grandi »
Lee Miller : 1932 autoportrait
Elisabeth Miller nait en 1907. En 1917, elle reçoit son premier appareil photo. Visite l’Exposition Art Déco de Paris 1925. En 1927, engagée comme mannequin, elle adopte le prénom androgyne Lee, correspondant mieux à son caractère indépendant. 1929, Elle se présente à Paris pour étudier la photographie comme apprentie de Man Ray. En 1930, installe son propre studio-photo.
Nu penché vers l’avant 1930 – Lee Miller
Auprès de Man Ray (Emmanuel Radnitzky) elle apprend diverses techniques, dont la solarisation, elle développe les négatifs de Man Ray, même se les approprie en les retravaillant. Difficile, dans l’exposition de distinguer les photos des uns ou des autres
Têtes mises sous cloche – Man Ray et Lee Miller
1930, elle joue le rôle de la statue dans le film de Cocteau : Le sang d’un poète dont un extrait est projeté à l’entrée de l’exposition.
Une section de l’exposition UN REGARD SURREALISTE (1929-1932) on voit des photos de Paris avec des cadrages originaux et des portraits des artistes se rattachant à cette mouvance.
Portrait de l’espace près de Siwa 1937
En 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey, et s’installe au Caire, suit des cours d’arabe, de chimie, voyage à Jérusalem et photographie l’Egypte selon des angles variés comme le Portrait de l’espace ou le goudron fondu, elle documente aussi la modernité de l’Egypte avec les tours d’une cimenterie à Helwan, l’ombre projetée sur Gizeh de la Pyramide de Chéops.
Cornouailles,1937, quatre endormies Lee Miller, Leonora Carrington, Nusch Eluard,
1937, rencontre RolandPenrose, peintre, photographe et poète britannique surréaliste. Ils passent à Mougins(portrait de Picasso) puis en Angleterre.
1938 Sur la route en Roumanie
1938, voyage en Roumanie avecPenrose, ils rencontrent l’ethnomusicologue Harry Brauner, frère de Victor Brauner, peintre surréaliste ARTISTES ET AMIS
Leonora Carrington Lee Miller a fait le portrait de nombreux artistes, je reconnais au passage Picasso, Cocteau, Colette, Magritte, Leaonora Carrington, Dora Maar….
Elle fait également des photographies de mode pour le magazine Vogue SOMBRE GLOIRE : BRITAIN AT WAR
Lee Miller, correspondante de guerre
La guerre les fixe d’abord en Angleterre. Lee Miller se fait photojournaliste, elle photographie pour Vogue Londres sous le Blitz. Ses photographies sont destinées à influencer le public américain pour amener les Etats Unis à s’impliquer dans le conflit. En 1942, elle est accréditée par Vogue comme correspondante de guerre.
En Angleterre, elle fait le portrait de femmes militaires en guerre, de pilotes, radios, mais aussi d’ouvrières, de plieuses de parachute SUR LE FRONT 1944
Lee Miller n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’en 1944. Une série montre Saint Malo en guerre. Elle documente mais garde son regard surréaliste quand on voit un canon sous une nappe de dentelle ou des scènes étranges. Une de ses photos sera censurée : celle qui montre la nouvelle arme secrète : le napalm.
1944, Libération de Paris, ce sont les retrouvailles avec Picasso, Dora Maar, Nusch Eluard …
1945, elle suit les troupes alliées en Alsace. Un cliché est tout à fait original : en ligne directe avec Dieu un calvaire a été touché, le support des pieds du Christ se trouve pris dans les cables électriques emmêlés d’un pylône bombardé. IL FAUT LE CROIRE : BELIEVE IT Elle découvre Dachau, couvre le procès de Pétain. En plus des photos, rédige des textes. La salle présente des planches-contacts de cette réalité atroce. Les organisateurs de l’exposition du MAM prient les visiteurs de ne pas prendre de photos. Cela se comprend. Elle documente l’impensable pour que le monde la croit.
Comme une purification, avec Schermann ils accèdent à l’apartement de Hitler encore intact et se baignent dans la baignoire d’Hitler.
Guillaume Ernerest journaliste à France Culture, écrivain, sociologue. Dans une autre vie, il fut un des dirigeants de La City, une marque de prêt-à-porter très en vogue dans les années 90. C’est aussi l’auteur de Judéobsession CLIC que j’ai lu « après le 7 Octobre ». Je l’ai écouté dans le podcast des Midis de Culture CLICoù il parlait de son livre Schmattès et de l’écrivain sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918).
« Moi, j’étais à la fois l’Obélix et le Kant du schmattès. Obélix parce que j’étais tombé dedans quand j’étais petit, Kant parce que je connaissais les catégories de l’entendement. Avec des yeux de mouche, nous aurions
construit une autre géométrie. Moi je n’avais pas des yeux de mouche mais des yeux de schmattologue, c’est
pour cela que je voyais le monde autrement. »
Erner, dans Schmattès,fait un récit très personnel, il se met en scène avec ses parents, ses voisins, ses associés dans l’aventure de La City, ses succès et sa déconfiture. C’est le récit d’un quartier : le Sentier,entre Rue de Turenne, rue de Cléry, Porte Saint Martin, le quartier de la confection, des textiles depuis des décennies. Ateliers, boutiques, et tous les métiers…et ceux qu’on n’imagine même pas, boutons, étiquettes, livreurs,
« Chaque métier portait un secret, chaque visage racontait une histoire. Le Sentier n’était pas un quartier, c’était un écosystème, et derrière chaque rideau de tissus, un théâtre d’ombres et de lumières. »
Il décortique tous les ressorts économiques de ces commerces, la sociologie, les différentes couches de population. Ashkenazes arrivés de Pologne, de Roumanie ou de Russie pour qui le textile était un moyen de vivre (et de survivre), se définissant comme ouvriers (même s’ils devenaient patrons), votant à gauche. Séfarades, pieds noirs arrivés dans les années 60, à droite (par rancoeur contre la décolonisation) flambeurs, joyeux…
Ce pourrait être un livre de sociologie sérieux et ennuyeux, pas du tout : Ernerécrit avec un humour détonnant et beaucoup de pittoresque un presque thriller, surtout quand, ayant accumulé les dettes, il est aux abois. C’est un livre très drôle, une lecture addictive.
« À moi qui devais 250 patates, cela parlait particulièrement. Le 10 septembre, je suis allé à un concert, c’était sublime : de la musique de Lekeu, un compositeur mort de la typhoïde à l’âge de 24 ans. Le lendemain, c’était le 11 septembre, et j’ai honte de le dire mais ce jour fut une bénédiction pour moi. Disons »
Il raconte le déclin des marques attaquées par Zara, H&M, et la financiarisation du commerce des textiles.
« C’étaient les armées du Mordor – Mordor, le pays industriel et sombre du Seigneur des anneaux – au service de l’actionnaire et du dividende. Le pire, c’est qu’ils n’étaient même pas riches : de simples salariés. Pas de Porsche, pas de Rolex. Du vice pur. »
« Avec la génération Green, la question de Max Weber disparaît. Le capitalisme cesse d’être une ascèse ; il devient un carnaval. Plus de protestants, plus de Juifs, plus de repères. Seulement des capitalistes à l’état pur, gouvernés par l’instinct, obsédés par la maximisation immédiate »
Si La City et des marques se termine au début de l’an 2000, la roue de l’histoire continue sa course. Zara et H&M vont être détrônées par Shein et Temu… le quartier va se vider au profit des commandes sur Internet et de la livraison des petits paquets. Erner termine son récit avec la faillite de sa marque.
L’histoire de La City illustre une loi d’airain : la société est là pour protéger l’ordre social. Au fond, plus personne ne connaît de Juifs du Sentier. Le capitalisme a choisi son camp : celui des multinationales qui enjambent les lois, et non ces petites entreprises qui les enfreignent parfois.
Lecture agréable avec en bonus des « rencontres » avec Zola, Durkheim, Max Weber et Simmel, un côté érudit qui ne se prend pas au sérieux. Amusant!
Epilogue personnel : Mercredi, j’ai été voir Collapse en face de Gaza au MK2 Beaubourg, un film de l’israélienne Anat Even, j’ai traversé le quartier à pied, méconnaissable. Cafés bobos, galeries de peinture, troupes de touristes en quête de pittoresque. Je cherchais un sac à main, je n’ai pas trouvé l’entrée du BHV rue de la Verrerie et j’ai dû marcher jusqu’au métro Louvre pour trouver une maroquinerie qui soldait pour liquidation, apparemment la dernière du quartier, queue invraisemblable devant le chausseur Minelli qui ferme à la fin du mois, collapse in Rivoli !