Saint Jean Pied-de-Port : le chemin de Compostelle

CARNET BASQUE 2021

Saint Jean Pied-de-Port

Sous un ciel bien gris, nous prenons la route de la montagne embrumée. elle  longe la Nive qui serpente tantôt dans une campagne de prairies très vertes constellées de brebis, tantôt dans une vallée étroite et sauvage boisée ou circule aussi le petit train sur une voie ferrée qui saute la rivière sur des ponts métalliques pour s’enfoncer dans des tunnels. Partout les fermes vendent  des fromages de brebis.

Lundi est jour de marché à Saint-Jean-Pied-de-Port. Sous la  halle moderne, les producteurs locaux proposent charcuterie, fromages et vins du pays.  Il y a aussi des parapluies bien utiles aujourd’hui,  aussi des pots de confiture de cerises,  du piment d’Espelette et des produits dérivés. A l’extérieur, des marchands plus classiques sont installés, fruits et légumes, boucherie, crémerie….et des fringues . Pour le pique-nique de midi, jambon serrano, chorizo, fromage d’Ossau-Iraty  et un gâteau basque fourré à la crème pâtissière.

A côté du marché, je trouve les remparts, pour visiter la ville close selon le circuit du Guide Vert, il suffit de trouver une porte.

Saint Jean Pied de Port : Rue d’Espagne

De la Porte d’Espagne, la Rue d’Espagne descend bordée de jolies boutiques, je m’arrête chez le potier qui propose toutes sortes d’articles en grés vernissé : pots, mugs, mazagrans utilitaires mais ce qui m’intéresse le plus ce sont des petites statues : figurines de pèlerin ou pèlerines de Saint Jacques de Compostelle, j’achète une tortue et un hérisson. Les maisons sont en grès rose, les linteaux sont gravés en belles lettres de style basque avec la date de construction, 1730, 1736…la rue passe sous une arche sous le clocher de l’église qui se dresse juste après le pont sur la Nive.

Saint Jean Pied de Port Notre Dame-au bout du pont

L’église Notre-Dame-du-bout-du-Pont est ouverte.  Fondée en 1212 par Sanche le Fort, elle a été restaurée au 14ème siècle de style gothique, en grès. A l’intérieur je découvre deux étages de galeries, un chœur baroque.

Pèlerin de saint Jacques

La Rue de la Citadelle me parle du pèlerinage de Saint Jacques, gites d’étapes.  La boutique de matériel de randonnée semble très bien fournie, sacs à dos, chaussures, bâtons, vêtements chauds…tout semble de très bonne facture (je suis bien tentée par l’achat de chaussures) .

Après être passée devant la Prison de l’Evêque, j’arrive à la Porte Saint Jacques au pied de la Citadelle d’où il y a une très belle vue. De la Citadelle, on peut prendre le Chemin de Ronde jusqu’à la Porte de Navarre ou descendre sous-bois jusqu’à la rivière et emprunter un autre pont. Le sentier en sous-bois me paraît glissant, et je préfère les dalles sèches du chemin de ronde dominant des jardins fleuris et de belles maisons.

Cambo-les-bains -Notre gîte à Halsou Villa Sabaloa

CARNET BASQUE 2021

Les thermes de Cambo vus du Parc

Notre cure thermale à Cambo-les-Bains devait commencer  le 16 mars 2020, le jour du 1er confinement. L’établissement thermal et le propriétaire de notre gîte nous proposent de remettre la cure à  mars 2021. Cette année encore, la Cure est fermée. Nous allons visiter Cambo distante de 4 km.

A l’entrée de la ville, l’ Arnaga, la belle propriété d’Edmond Rostand est fermée pour cause de Covid. Comme tous les musées!  J’espérais que le Parc que l’on le devine derrière un mur le long de la route,  serait accessible.

L’église de Cambo sur la terrrasse

L’église Saint Laurent (17ème siècle) est construite sur une terrasse dominant la Nive. Elle est entourée de son cimetière avec des stèles basques – différentes des croix qu’on a l’habitude de trouver – certaines stèles sont rondes, d’autres sont ornées de curieuses protubérances, toutes sont décorées de motifs géométriques, de symboles solaires, de cercles concentriques. L’église est ouverte. Aujourd’hui, dimanche,  c’est la messe, je passe juste la tête pour voir la galerie de bois sculpté, le chœur peint et doré. Par un escalier extérieur en pierre on peut accéder à la galerie.

Hôtels et Restaurants sur la Terrasse

De la terrasse à plus de 50 m au-dessus de la rivière, on a une jolie vue. La rue de la terrasse est bordée de restaurants, d’hôtels, de boutiques de bon goût. Tout est fermé, Covid encore. Les restaurants ont planté des ardoises pour les commandes à emporter. Au menu, il y a même une tranche de foie gras et des asperges blanches nouvelles.

Cambo : maisons dans les jardins fleuris

Dans les jardins entourant les maisons à l’arrière, des magnolias roses, un arbre de Judée, des pêchers en fleurs apportent de la couleur et de la  gaité malgré le ciel bien gris.

Le Pavillon Bleu, restaurant des Thermes

Les thermes de Cambo se trouvent à l’extrémité de la ville, dans un creux. Le parking est tellement soigné et planté que nous ne comprenons  pas tout de suite que c’est un parking. Des haies fleuries, des arceaux de topiaires délimitent des parcelles. Un hôtel de très grande capacité s’adosse à la colline, ses balcons de bois peints en verts sont protégés par des petits toits à deux pans. Les Thermes sont logés dans un grand bâtiment clair Art Déco. Le restaurant, le Pavillon bleu, de style asiatique émerge de bosquets fleuris de camélias sous des palmiers. De l’autre côté des Thermes  un parc merveilleux sous une véritable palmeraie. Protégés par des voiles d’hivernage, les palmiers sont fantomatiques. Je me promène avec grand plaisir entre les camélias, les azalées et les rhododendrons déjà fleuris, avec les forsythias, les cerisiers …. Le soleil est sorti. Je profite du parc pour moi seule !

Thermes de Cambo : la Palmeraie

De l’autre côté de la Nive, le quartier du Bas Cambo servait d’étape fluviatile dès le Moyen Âge entre l’Espagne et la Navarre. Nous ne trouvons pas la maison médiévale citée par le plan de l’Office de Tourisme. En cherchant Une petite route  franchit sur des ponts surbaissés un ruisseau qui serpente dans une végétation luxuriante.

Halsou : Villa Sabaloa, notre gîte

halsou : la vue de la terrasse de la Villa Sabaloa

Nous déjeunons sur notre terrasse d’où la vue est très étendue sur les sommets pointus. Nous reconnaissons Cambo et son clocher, sur sa terrasse au-dessus de la rivière cachée par un rideau d’arbres. Le petit train qui ressemble à un mini-TGV, ou à un tramway aérodynamique passe sur la voie ferrée.

Je pars à l’exploration de notre village, Halsou. Tout d’abord, je continue le chemin bordé de grosses maisons basques. L’église blanche est précédée d’un fronton pointu aux pans incurvés et soulignés de trois boules de pierre au-dessus d’un porche roman à arche de pierre,  un autre fronton plus haut est décalé avec une ouverture ronde pour la cloche. Le chœur est baroque, très doré sur un fond bleu. Les deux galeries superposées sont en bois ciré.

Halsou : l’église

Un peu plus haut,  village est construit de grosses maisons basques blanches aux volets rouges et à pans de bois. La Mairie a des volets verts, en face se trouve le fronton. Hier, cinq filles jouaient à la pelote avec des raquettes de bois ressemblant à celles de jokari. Le GR passe par là, je suis les marques rouge et blanches le long de la petite route de Jatsou. Deux petits ruisseaux coulent de chaque côté de la route. Un petit panneau jaune indique Halsou 20 mn la petite promenade balisée de jaune coupe dans la forêt, passe un gué et s’élève dans une pente raide où les fougères et les roches donnent un goût d’aventure. Après une jolie grimpette j’arrive sur une petite route, le GPS me guide jusqu’à la Villa Sabaloa.

La terrasse du gîte

La villa Sabaloa est parfaite, tout le confort moderne. Sur deux niveaux, on entre à l’étage de la chambre, literie parfaite, rangements, calme la nuit. On descend 8 marches pour arriver dans la pièce à vivre avec cuisine américaine. Une porte-fenêtre s’ouvre sur la terrasse avec une vue merveilleuse sur les montagnes et Cambo. Un vol d’oiseaux blancs des aigrettes passe au dessus de la vallée. La Nive est cachée par un rideau d’arbres taillés têtards. 

Ramuntcho – Pierre Loti

CARNET BASQUE

Et ils ont traversé plusieurs villages aussi, – villages basques, groupés tous autour de ces deux choses qui en sont le cœur et qui en symbolisent la vie : l’église et le jeu de paume. Çà et là, ils ont frappé à des portes de maisons isolées, maisons hautes et grandes, soigneusement blanchies à la chaux, avec des auvents verts, et des balcons de bois où sèchent au dernier soleil
des chapelets de piments rouges….

Arrue

J’aurais dû lire Ramuntcho avant notre départ pour Cambo-les-Bains ou encore mieux sur place. Pierre Loti nous a souvent servi de guide : à Istanbul, Philae, au Maroc…et plus récemment en Islande. Nous aurions visité le pays Basque avec un autre regard, aurions imaginé Ramuntcho, Gracieuse et ses amis à l’église, sur la place jouant à la pelote. Nous aurions imaginé les contrebandiers traversant en silence de nuit la Bidassoa. Surtout nous aurions  visité son village Etchézar- Sare en réalité et la Rhune qu’il appelle Gizune.

Lire Ramuntcho au retour a été un plaisir de retrouver ce que nous avons découvert. Dans la première partie Loti décrit le pays basque sous un aspect idyllique : belles maisons basques pittoresques, presque trop à mon goût.

Contrebandier et joueur de pelote, deux choses d’ailleurs qui vont bien ensemble et qui sont basqueses sentiellement.

Ramuntcho, contrebandier et pelotari, est un tout jeune homme de 16 ans, amoureux et aimé de retour, tout lui sourit.   Je soupçonne  que le décor est trop beau pour être vrai, idéalisé, peut-être factice, tout au moins folklorique avec les poncifs qu’on réserve aux touristes. Une année enchantée passe où les adolescents se découvrent, se rencontrent, se fiancent…Occasion pour l’auteur de décrire les fleurs qui se succèdent, les douces chaleurs du printemps, les pluies nourricières. La vie du village, les fêtes, les tournois de pelote sont autant d’occasions joyeuses. 

Les aventures des contrebandiers dans la nature ou sur la Bidassoa sont haletantes

Partis à pied, avec des précautions infinies de silence, par des ravins, par des bois, par de dangereux gués de
rivière, ils s’en revenaient comme des gens n’ayant jamais rien eu à cacher à personne, en traversant la Bidassoa,
au matin pur, dans une barque de Fontarabie louée sous la barbe des douaniers d’Espagne. Tout l’amas de
montagnes et de nuages,

Fontarrabie de l’autre côté de la Bidassoa et les rameurs

Deux fois par jour le flot marin revient emplir ce lit plat ; alors, entre la France et l’Espagne, on dirait un lac, une
charmante petite mer où courent de minuscules vagues bleues, et les barques flottent, les barques vont vite ; les
bateliers chantent leurs airs des vieux temps, qu’accompagnent le grincement et les heurts des avirons cadencés.

Ramuntcho part soldat pour trois ans, son retour sera tragique. La nature est toujours aussi belle mais moins riante. Le roman gagne en profondeur.

PS : en cherchant des illustrations pour le texte j’ai découvert le peintre Ramiro Arrue.

Escale à Royan – Ferry – traversée des Landes

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5 mars : Royan

Pique-nique  sous un soleil radieux au port de Royan devant la capitainerie de la marina.  Vérifions les horaires du  bac que nous prendrons demain.

les carrelets de la falaise de Vallières (Saint Georges de Didonne)

Tout est fermé. Je longe la grande plage découverte à marée basse. Le sable est jonché de coquilles d’huitres tout en longueur par endroit. Après trois quarts d’heures de promenade j’arrive aux falaises de Vallières à Saint Georges de Didonne :  trois carrelets entre les piliers de pierre. Des rochers bas arrondis sont couverts d’algues. Les falaises sont pleines de fossiles, qu’ai-je donc fait de mon marteau de géologue ?

Le front de mer entre Saint Georges et Royan est bordé de très belles villas à tourelles pointue, façades chargées de stucs ou alternent briques et pierres. Mais impression d’hétérogénéité car des immeubles disgracieux alternent avec les villas. Il y a même une sorte de tour de plus de dix étages.

Plus loin autour de la grande église de béton, le front de mer est formé de barres horizontales arrondies homogène, ensemble harmonieux.

Notre hôtel est très calme, jolie maison blanche cubique construite dans les années 50, derrière une cour gravillonnée qui sert de parking.

Samedi 6 mars : de Royan à Halsou

Le bac pour le Verdon est à 10h15. Nous arrivons une heure trop tôt, sous un soleil radieux et un vent frisquet. Un ascenseur permet aux handicapés de se rendre sur le pontet de profiter d’une croisière sur la Gironde. L’eau a une teinte café au lait. Des vaguelettes agitent la surface. Le phare de Cordouan est visible de loin sur l’horizon. Un peu moins d’une demi-heure. Un prologue agréable à la deuxième partie du voyage.

Phare du Verdon à la Pointe de Graves

Arrêt au pied du phare du Verdon (musée fermé pour cause de Covid).

Le trajet : D. 1215 de Bordeaux, route des Lacs (D101)à travers la forêt des Landes, autoroute A63.

Nous traversons d’abord des zones humides très plates, prairies avec des vaches, fossés remplis d’eau, roseaux. A Soulac, nous entrons dans la forêt de pins. De temps en temps on observe des mimosas en fleurs magnifiques, non pas des arbustes mais de grands arbres.

Courses  à Hourtin sur une très grande place, immense pour un village. Au centre, une église de pierre gothique mais plutôt laide. De part et d’autre de beaux bâtiments de brique et pierre chargés de stucs. La mairie est très belle, surtout vue par derrière. Les commerces sont alignés autour de la place.

Nous continuons la Route des Lacs par Carcans et Lacanau par  des pinèdes avec des ajoncs jaunes entre les rangées de pins. Certaines parcelles ont été labourées, les souches sont entassées. D’autres sont plantées de très jeunes plants alignés. On pense plus à des champs de maïs qu’à une forêt. Le long de la route on observe des feuillus (défeuillés en cette saison), d’autres sont dispersés dans les « champs de pins ». Les maisons sont toutes basses dans des enclos très vastes. Ce n’est pas l’espace qui manque ! Mimosas, cognassiers du Japon, prunus roses et magnolias rose très soutenu, presque pourpres égaient les villages.

A l’entrée de Lacanau, nous quittons la route des Lacs pour rejoindre l’autoroute A63 que nous trouvons après Marcheprime.

Sur l’A63, file de camions, souvent espagnols ou portugais.  Ils circulent en caravanes, un véritable train continu occupant la file de droite et même sur celle du milieu. Les nuages sont arrivés. Le trajet est beaucoup moins agréable. Voyager sur autoroute me fait penser au voyage en avion, pratique pour aller d’un point A à un point B, entre les deux il faut deviner le paysage plutôt que de l’admirer.

A Bayonne on traverse deux rivières, lAdour très large, aux eaux grises et la Nive plus tranquille. Une grande route nous conduit à Cambo et Halsou où se trouve notre gîte.

 

Une halte sur l’autoroute A10- aire de Lozay : jardin de sculptures Roman Saintongeais

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Lozay : pesée des âmes

Après Niort, avant Cognac, un panneau annonce sur l’aire de repos de Lozay une exposition de sculptures romanes.

Une fine tour ronde au chapeau pointu est la réplique de la Lanterne des Morts de Fenioux.

A l’extrémité du parking, une arche marque l’entrée du jardin de sculptures en hommage au Roman Saintongeais.C’est la façade de l’église d’Echebrune  minutieusement reconstituée par le sculpteur Frédéric Parizat et ses compagnons du Tour de France.)

Des panneaux explicatifs  replacent ces statues dans le contexte du 10ème au 12ème siècle en  Saintonge : les monastères furent construits autour de Saint Jean d’Angely.

A l’arrière du porche, un joli jardin des simples, médiéval mais un peu hivernal, seuls les romarins sont fleuris

De part et d’autres d’une nef d’église virtuelle, sur des supports de béton très sobres sont installés des sculptures, copies d’églises de la région de chapiteaux, éléments de porches accompagnées d’explications très détaillées.

Lozay : crucifixion de Pierre

 Constantin à cheval, ou la Crucifixion de Pierre, la tête en bas, viennent d’une église proche.

Vierge folle qui a renversé la coupe

Le  thème des Vierges Sages et des Vierges Folles , 5 vierges avisées et 5 insensées est illustré à plusieurs reprises. La Vierge sage attend son époux tenant à la main une fiole d’huile bien droite tandis que les Vierges folles tiennent leur coupe renversée.

Autre thème voisin : le Combat des Vices et des Vertus.

 

 

 

 

 

A Saint Sulpice de Marignac, un chapiteau

Ils ont l’air de bien s’aimer ces époux qui s’embrassent, suivez la main que la femme tend vers son amant

raconte l’histoire du mari trompé : un couple légitime s’embrasse, les visages des époux forment le coin mais la femme tend la main vers son amant un peu plus loin sur une face.

La lutte entre Saint Georges et le dragon est différente des représentations habituelle du Saint à cheval piétinant un serpent : Saint Georges est un fantassin abrité derrière son écu et le dragon lui fait face.

Lozay : sirènes

Les sirènes détournent les chrétiens du droit chemin, aïeules de Mélusine, figures entre paganisme et Christianisme.

Le porche l’église de Saint Marie de Nuaillé sur Boutonne présente deux arcatures : sur l’une, 17 personnages, le Christ entouré des apôtres et de disciples, en dessous ; histoire de la Vierge.

D’autres chapiteaux sont ornés de divers monstres, têtes grimaçantes ou tirant la langue, A Saint Trojan de Retaud : trois monstres : Renard, Leviathan et un Loup.

C’est une visite inattendue, très intéressante qu’il ne faut pas rater d’autant plus qu’elle n’est possible que dans le sens Paris/Bordeaux.

Ravel – Jean Echenoz

Ciboure, la ,maison de Ravel à l’extrême gauche

Nous sommes passées à Ciboure devant la maison  de Ravel qui naquit le 7 mars 1875. C’est une maison d’armateur, en belle pierre claire qui hébergea Mazarin lors du mariage de Louis XIV en 166o. 

J’ai donc choisi Ravel d’Echenoz pour accompagner ces vacances.

Ce court roman (123 pages) n’est pas vraiment une biographie. L’auteur choisit de commencer en 1927. Ravel a plus de 50 ans. Des années de jeunesse et d’apprentissage, je n’apprendrai rien. Ravel est en partance pour une tournée américaine triomphale. L’auteur est romancier, pas musicologue, de la composition je n’apprendrai pas grand chose.

En revanche, Ravel a du style, c’est un dandy qui emporte des malles et des malles d’habits qu’il accorde avec soin. Ravel a du style et Echenoz aussi! Je me suis délectée de ses phrases incisives, ironiques, élégantes. Elégance aussi des décors surtout la traversée transatlantique en Première Classe à la table du Commandant! Ravel a sillonné les Etats Unis à bord de trains de luxe, racontés avec un luxe de détails.

Le Boléro :

« Il y a en tout cas, une fabrique qu’en ce moment Ravel aime bien regarder, sur le chemin du Vésinet, juste après le pont de Rueil, elle lui donne des idées. Voilà : il est en train de composer quelque chose qui relève du travail à la chaîne. 

Chaîne et répétition, la composition s’achève en octobre après un mois de travail seulement troublé par un splendide rhume cueilli pendant une tournée en Espagne, sous les cocotiers de Malaga. Il sait très bien ce qu’il fait, il n’y a pas de forme à proprement parler, pas de développement, juste du rythme et de l’arrangement. Bref c’est une chose qui s’autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l’arme est le seul élargissement du son. Phrase ressassée, chose sans espoir et dont on ne peut rien attendre, dit-il, […]Après qu’il a fini, un jour qu’il passe avec son frère auprès de la fabrique du Vésinet : tu vois, lui dit Ravel c’est là, l’usine du Boléro. »

On assistera aussi à la rencontre avec le  pianiste manchot et à la création du Concerto pour la main gauche.

Les tournées s’enchaînent, et la fatigue, l’insomnie, le déclin, l’accident…qui conduisent à la fin. Mais toujours avec élégance!

 

Adieu – Balzac

LECTURE COMMUNE BALZAC

 

Balzac me surprendra toujours!

Je l’attendais dans l’intimité bourgeoise ou dans les salons des nobles. Voici qu’il décrit la Bataille de la Bérézina, les pontons, le gel, la faim, les chevaux qu’on abat pour les griller sur les braises. Saisissant!

 

Cette nouvelle raconte aussi un amour impossible : Stéphanie, la comtesse a perdu la raison dans les horreurs de la Retraite de Russie. Philippe, son amant la retrouve par hasard. Il  tente de lui faire recouvrer la mémoire.

En camping-car – Ivan Jablonka – Le Seuil

LIRE POUR VOYAGER

Si le voyage est une si bonne école, c’est parce qu’il est une source d’émerveillement en même temps qu’une leçon de modestie. À quinze ans, j’avais vu Palerme, Tanger, Zagreb, Lisbonne, j’avais passé le canal de Corinthe par voie de terre et par voie de mer, j’avais navigué en gondole, pique-niqué sur les marches d’églises baroques, fait ma prière sur l’Acropole, joué avec un caméléon, couru sur le stade d’Olympie, caressé le sable du Sahara, soutenu la tour de Pise, dégusté des souvlakis et des loukoums à la rose, dormi dans une oasis, glissé
mes pieds dans des babouches, assisté à la relève des Evzones, admiré un coucher de soleil au cap Sounion,
gravi l’Etna et le Vésuve, plongé dans les rouleaux d’Essaouira, suivi des étoiles filantes dans le ciel d’Anatolie.

Merci pour cette parenthèse heureuse à bord de votre Combi Volkswagen! Merci pour le récit de vacances ensoleillées au bord de la mer en Corse, en Sicile, en Grèce ou en Turquie, dans les yeux émerveillés d’un enfant, paysages que nous avons sillonnés mais où je saisis toute occasion de revoir.

Le Draa : les enfants préfèrent jouer aux cartes plutôt que de regarder le sublime paysage de la Vallée du Draa

Une injonction paternelle : « Sois heureux ! » dans cette période bénie de l’enfance, dans l’insouciance des années 80 quand l’esprit hippie flotte encore (surtout en Californie), mai 68 est encore en mémoire. Cette injonction n’est pas gratuite, elle est sous-tendue par l’Histoire (l’auteur est historien) de son père orphelin de la Déportation, et Jablonka se définit lui-même comme un « enfant-Shoah ». En filigrane, on devine l’errance des Juifs

« Notre Terre promise, c’est la carriole qui nous y mènera. Fidèles au camping-car qui était lui-même une fidélité au judaïsme, mes parents n’ont jamais eu de résidence secondaire. »

Auprès de ses camarades de lycée, Ivan ne se vante pas de ses voyages et de ses vacances atypiques « vacances ridicules » écrit-il qui ne correspondait à rien de répertorié

« Cette manie ambulatoire était suspecte, elle inquiétait les conformistes de masse par son aspect excentrique ; elle paraissait grossière aux enfants de l’élite. nous bougions tout le temps, nous étions les SDF de l’été. Instables. Nomades nous avions des choses en commun avec les gens du voyage »

Sans doute je suis prétentieuse, mais il me semble que ce livre a été écrit pour moi, mes semblables :

« Quels que soient mes succès et mes échecs, je n’ai jamais oublié d’où je viens. Je viens du pays des sans-pays.
Je suis avec ceux qui traînent leur passé comme une caravane. Je suis du côté des marcheurs, des rêveurs, des colporteurs, des bringuebalants. Du côté du camping-car. »

Et ce n’est sans doute pas un hasard qui me ramène Rue Saint Maur, quartier raflé en 1942 et près des terrasses qui furent la cible des terroristes

On peut railler la « bobo-écolo attitude », mais, à l’heure où le populisme et le fanatisme sévissent de tous côtés, elle est le bastion de valeurs dont nous avons désespérément besoin : la culture, le progrès social, l’ouverture à autrui, une certaine idée du vivre-ensemble. Ce sont ces valeurs qui ont été visées lors des attentats de Paris, le 13 novembre 2015, 

La Maison du Chat qui pelote

LECTURE COMMUNE BALZAC

Incipit :

Au milieu de la rue Saint-Denis, presque au coin de la rue du Petit-Lion, existait naguère une de ces maisons
précieuses qui donnent aux historiens la facilité de reconstruire par analogie l’ancien Paris. Les murs menaçants de cette bicoque semblaient avoir été bariolés d’hiéroglyphes. Quel autre nom le flâneur pouvait-il donner aux X et aux V que traçaient sur la façade les pièces de bois transversales ou diagonales dessinées dans le badigeon par de petites lézardes parallèles.

Désolée pour les amoureux des félins, il ne sera jamais question d’animal domestique. Le Chat-qui-pelote n’est pas un protagoniste de l’histoire, c’est l’enseigne de la boutique des drapiers les personnages :

 

Au milieu de cette large poutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableau représentant un chat qui
pelotait. L’animal tenait dans une de ses pattes de devant une raquette aussi grande que lui, et se dressait sur ses pattes de
derrière pour mirer une énorme balle que lui renvoyait un gentilhomme en habit brodé. Dessin, couleurs,
accessoires, tout était traité de manière à faire croire que l’artiste avait voulu se moquer du marchand et des
passants.

Comme toujours chez Balzac, je me suis régalée des descriptions, surtout quand l’observateur est un peintre

 qui, de son côté, contemplait le patriarche de la draperie, comme Humboldt dut examiner le premier gymnote électrique 

Là, je souris.  Parce que, si je ne suis pas fondue des chats, je suis fan de Humboldt dont j’ai lu deux biographies récemment.

Court roman, ou nouvelle, se déroulant pendant l’Empire dans le Paris encore moyenâgeux, dans la famille Guillaume, marchands de tissus

vieilles familles où se conservaient, comme de précieuses traditions, les mœurs, les costumes caractéristiques de
leurs professions, et restées au milieu de la civilisation nouvelle comme ces débris antédiluviens retrouvés par Cuvier dans les carrières.

La description des rites familiaux est particulièrement savoureuse : comment les commis quittent la table avant le dessert, comment se règle le trajet chaque dimanche entre la boutique et l’église pour assister à la messe.

Dans le déroulement immuable des évènements, de génération le premier commis épouse la fille aînée du patron avant de lui succéder. La cadette ne se marie qu’après les noces de sa sœur. Peu de place pour le romanesque et l’imprévu!

Quoique…. La beauté d’Augustine, la plus jeune fille, a séduit Théodore de Sommervieux, un jeune peintre, talentueux, beau, riche, amoureux . Le gendre idéal!

Augustine est jolie, elle aime Théodore, elle est comblée. Jusqu’à ce que le mari se lasse de sa femme sans éducation, trop simple et trop naïve…. Le bonheur s’évanouit. Tandis que sa sœur Virginie qui a épousé sans amour le premier commis semble parfaitement heureuse dans sa boutique. Augustine désespérée quand elle découvre que son mari la trompe vient chercher consolation dans sa famille :

Augustine fut bientôt pénétrée d’attendrissement, en reconnaissant, pendant les deux tiers de cette journée, le
bonheur égal, sans exaltation, il est vrai, mais aussi sans orages, que goûtait ce couple convenablement assorti.
Ils avaient accepté la vie comme une entreprise commerciale où il s’agissait de faire, avant tout, honneur à ses
affaires. La femme, n’ayant pas rencontré dans son mari un amour excessif, s’était appliquée à le faire naître.
Insensiblement amené à estimer, à chérir Virginie, le temps que le bonheur mit à éclore, fut, pour Joseph Lebas ; et pour sa femme un gage de durée.

Moralité: mieux vaut ne pas se marier hors de son milieu social!

Et Balzac, encore, m’a régalée d’une histoire savoureuse.

 

209 rue Saint-Maur – Paris Xè – autobiographie d’un immeuble – Ruth Zylberman

LECTURES COMMUNES AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE

C’est l’histoire d’un immeuble parisien.

C’est l’histoire d’une enquête menée par Ruth Zylberman, écrivaine et cinéaste.

……s’agirait juste de choisir. Un immeuble. Un seul. Un immeuble avec lequel je n’aurais aucun lien et dont,
pourtant, je saurais tout. Je le filmerais, je l’écrirais aussi peut-être….

carte qui venait d’être éditée par l’historien Serge Klarsfeld et un géographe lyonnais : la carte des enfants déportés de Paris entre 1942 et 1944. Une carte de Paris comme je n’en avais jamais vu :

De retour chez moi, j’ai vérifié les noms associés à cette adresse sur la carte aux points rouges. Il y avait les noms de neuf enfants.

Neuf enfants déportés depuis un même immeuble, c’est beaucoup, mais ce nombre ne me surprend pas
vraiment : le 209 est grand, même si je ne sais pas encore combien de locataires y vivaient exactement. Surtout,
la rue Saint-Maur était au cœur du Yiddishland – Belleville,

Son enquête commence dans deux directions : histoire de la rue Saint-Maur et de l’immeuble, lui-même et recherche des enfants arrêtés, enfin  des habitants du 209 jusqu’à aujourd’hui.

le chemin de Saint-Denis, pas encore devenu rue Saint-Maur, (qui) menait, au Moyen Âge, de l’abbaye de Saint-Denis à celle de Saint-Maur-des-Fossés.

En 1840, l’emplacement du 209 n’était qu’un jardin. Avec les grands travaux du baron Haussmann on construisit un immeuble de rapport. Autour d’une cour, quatre bâtiments de six étages où s’installent des locataires modestes, des artisans avec leurs ateliers. Ce quartier ouvrier fut déjà en 1848 un « foyer d’agitation et un fief d’opposition au Second Empire« . Elle retrouve une photographie de la barricade de la rue Saint Maur le 25 juin 48, la tradition insurrectionnelle  s’est transmise pendant la Commune de Paris. Au XXème siècle, l’immeuble se peuple de juifs polonais, tailleurs, coupeurs, tricoteurs, presseurs….Souvent communistes.

Comme tant de juifs exilés de sa génération, il avait laissé derrière lui la tradition et la religion de ses parents
pour adopter la nouvelle foi en un monde meilleur.

Mais tous ceux-là avaient quitté la Pologne parce que c’était un État fasciste. Et puis la France, c’était le paysdes droits de l’homme, de la Révolution… dans leur esprit… comme ça devrait être dans l’esprit de tous les Français. »

Après la guerre, les anciens occupants déportés retrouvent (ou  non) le 209. Plus tard, d’autres locataires, portugais, algériens, marocains prennent le relais. l’immeuble se dégrade,  victime de squatteurs avant d’être mis en vente par appartements et rénové par une nouvelle population plus aisée qui regroupe les logements, transforme les chambres en lofts et vastes appartements.  Gentrification.  L’écrivaine fait un véritable travail d’archéologue, retrouvant au niveau des parquets les vestiges des anciennes cloisons.

L’essentiel de la recherche de Ruth Zylberman s’oriente autour des rafles du Vel d’Hiv. Elle retrouve des témoins et reconstitue la population d’alors

reconstitutions

Avec des meubles d’une maison de poupées, elle stimule la mémoire des survivants, maintenant des vieillards, mais enfants à l’époque. Tous ne désirent pas se souvenir et ont effacé toute trace de leur enfance au 209 quand ils ont perdu leurs parents, trouvé une famille d’adoption, parfois loin aux Etats Unis, en Australie.

Cette quête me fait penser à celle de Mendelsohn dans les Disparus. Comme lui, elle le conduit en Israël, en Amérique, en Australie..

Elle fait rencontrer les anciens voisins après des décennies, rencontre très émouvante. Une communauté de voisins se dessine. Solidarités : au quotidien comme dans les circonstances exceptionnelles des arrestations. Une famille cache les voisins juifs alors que le fils combat sous l’uniforme de la Wehrmacht. La concierge a convenu d’un code indiquant l’arrivée de la police en balayant la cour d’une certaine façon. Des rumeurs et commérages…Des accents resurgissent. Enormément d’émotions!

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