Henry Taylor – Where Thoughts Provoke – au Musée Picasso

Exposition temporaire jusqu’au 6 septembre 2026

Triptyque réalisé pour la Biennale de Venise 2019 Toussaint Louverture/Remember the Revolution#1 Glenn Ligon/ funérailles de Carole Robertson Alabama 1963

Henry Taylor est né en 1958 en Californie. L’exposition du Musée Picasso est une rétrospecfive présentant les différents aspects de l’oeuvre du plasticien; retracçant le cheminement de l’artiste qui fut soignant en psychiatrie dans les années 70-80, puis entreprit des études de journalisme en 1981,  s 1993-1996. Sa première exposition à New York en 2005. 

Screaming head

J’imagine, en regardant cette tête hurlante, la douleur d’un patient que Taylor a rencontré. Un cartel explique que ses patients « faisaient partie des plus belles personnes au monde »

Neighborhood Council

« The weight of ordinary » : le plasticien s’empare d’objets : boites, caisses, meubles qu’il repeint et assemble. « Comme une jungle » (2010) est constitué d’assemblages de bidons qui évoquent la sculpture de Louise Nevelson, que j’ai vu récemment à Pompidou-Metz. Les bidons font aussi penser à des masques africains, à des visages. 

The 4th July – Barbecue pour la fête nationale américaine. j’ai laissé exprès la passante pour donner l’échelle de ce très grand tableau

 

Henry Taylor se décrit lui-même comme « chasseur-cueilleur d’images » il peint une chronique sociale des américains de la marge, des laissés pour compte. Une salle du musée a pour titre « Témoins » une autre « Icones » où figurent des sportifs, et curieusement, on croit reconnaître Martin Luther King  qui joue au ballon. 

jacky Robinson premier joueur noir à intégrer une Ligue de Baseball en 1947 ouvrant la voie à de nombreux joueurs noirs

Son récit inclue aussi la mémoire collective de la Grande Dépression, les communautés rurales

mary had a little lamb (on ne voit aucun agneau dans le tableau)

Taylor est attentif aux marginaux comme le Haïtien qui lave le parebrise au feu qu’il peint de sa voiture

Haitian worker

ou aux vétérans du Vietnam

My brother Gene, the tunnel rat

Taylor rend visible les inégalités, les violences, les discriminations. Dans Trail 2005, il évoque l’activiste George Jackson, emprisonné par son numéro de matricule, il représente un policier et je reconnais le portrait de Bob Dylan qui lui a consacré une chanson

Trail 2005

Autre tableau très violent

TheTimes  they aint changing fast enough (2017)Philando Casti le mortellement touché lors d’un contrôle routier allongé sur la banquette de la voiture avec le pistolet meurtrier encore braqué sur lui.

Si on rapproche les deux tableaux, on pense clairement à la chanson de Dylan The Times are a’changing

Chroniqueur de la vie américaine, Taylor revisite aussi les tableaux de la peinture comme le Déjeuner sur l’herbe ou les Demoiselles d’Avignon

From Congo to capital and black again

C’est une belle découverte que cette peinture afro-américaine qui s’affiche en ce moment à Paris avec Mickelene Thomas image glamour, féminine/féministe. 

Dimanche sans fin – Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou – Metz

ESCAPADE A METZ

Exposition temporaire jusqu’au 02.02.2027

Henry Moore et Henri Laurens – sculpture sur la terrasse

Un dimanche sans fin convoque l’idée d’un temps étiré, d’un allongement tantôt joyeux tel une flânerie, tantôt plus sombre à l’image d’une errance. Un dimanche sans fin c’est aussi le travail sans relâche, l’emprisonnement de la pensée, ou, au contraire l’oisiveté. un  dimanche sans fin c’est une journée au musée….

Le nom de Maurizio Cattelan et sa banane provocatrice sur l’affiche, est, pour moi, un repoussoir, symbole, de l’art contemporain snob et chic, pompe à fric du marché de l’art. Je suis venue à Metz pour Louise Nevelson, en prime j’ai trouvé Morellet, je n’avais même pas envie de rentrer dans la section au nom de Cattelan. 

portraits

Et j’aurais eu bien tort parce que de très belles oeuvres de la collection sont données à voir. Maurizio Cattelan, en commissaire d’exposition, met en scène des chefs d’oeuvres sur la trame d’un abécédaire dont il a rédigé des cartels, des invitations à penser, rêver. Et c’est très bien fait. Il confronte ses oeuvres à celles de tous les artistes du XXème siècle. 

Kasimir Malevitch Sensation de danger

Surprenant Malevitch figuratif. Toute une salle Delaunay avec le Bal Bullier.

Est-ce un dinosaure?

De Cattelan, on peut sauver le guitariste dans la bouteille, comme les voiliers en bouteille. mais on ne peut pas le comparer à la petite fille de Picasso

Picasso – fillette sautant à la corde

Dans la série des sculptures que j’aime, Victor Brauner que j’imaginais comme peintre. Pour les peintres, arbitrairement j’ai choisi Arp

Arp

Et ce jeu d’échec de Viera da Silva

Viera da Silva

Cette exposition est un véritable plaisir des yeux, les oeuvres éclectiques, l’ordre surprenant. J’aurais eu bien tort d’éliminer la banane, si insignifiante! Et pour terminer ce bois de rêve!

Bois de rêve

Louise Nevelson.mrs N’s Palace au Centre Pompidou Metz

ESCAPADE A METZ

The Royal Tides : An american Tribute to the British Peaple (1960-1964)

Exposition temporaire jusqu’au 31/08/26

Louise Nevelson (1899, Ukraine -1988),

« l’exposition rend hommage à une artise d’avant-garde de l’installation ainsi qu’à sa pratique de la sculpture monumentale quasiment théatrale. Son rapport avec la danse sont mis à jour dans l’exposition. « 

Shadow and reflexion Silent music II hommage à John Cage

La visite de l’exposition est une promenade dans des univers étranges où des sculptures de très grande envergure dialoguent avec des statures ou des gravures. Chaque salle a pour nom Moon Garden ou Magic Garden, Bagage de lune, Tropical Rain Forest… Malgré ces noms évocateurs de verdure, les objets sont souvent noirs ou gris très foncé. Seule une installation est blanche Dawn’s Wedding Feast

Dawn’s wedding Feast

Le plus souvent la matière est le bois : récupération, recyclage de vieux meubles ou pièces taillées, tournées exprès pour l’oeuvre. L’installation est accompagnée de projection de danse contemporaine ou eurythmics. Fluidité des danseurs contrastant avec les sculptures dansantes

Dancing figures

Certaines sculptures sont présentées comme « habitables » évocation de la puissance de l’imagination…

Promenade très dépaysante. Ne pas chercher à comprendre. Se laisser emmener très loin. Et peut-être emporter un casque et John Cage dans la playlist.

François Morellet : 100 pour Cent – Centre Pompidou-Metz

ESCAPADE A METZ 

Exposition temporaire du 03/04 au 28/09/26

Pour le Centenaire de la naissance de François Morellet (1926 -2016) le Centre Pompidou-Metz présente une rétrospective de sa carrière en 100 oeuvres 

 

Morellet est le principal représentant français de l’abstraction géométrique à la suite de MalevitchPiet Mondrian, et de Max Bill qu’il rencontra au Brésil en 1950

A l’entrée de l’exposition Morellet est présenté comme héritier de Mondrian et de Picabia et deux parcours sont proposés au visiteur Raison (avec Mondrian et les mathématiques) ou Déraison (avec Picabia sans doute quand quelque chose commence à dérailler) .

L’abstraction géométrique ne représente rien, le tableau existe par lui-même indépendament de la réalité extérieure. Il est conçu selon une grille (Mondrian) ou un code . Dans la série ci-dessous blanc est pair, noir impair et les combinaisons des nombres font apparaitre les figures noires ou blnaches. De même il a joué avec les décimales du nombre pi, paires, impaires. à l’infini.

Un tableau m’a fait penser à un QR-code rouge et vert composé de centaines de cubes soit rouge soit vert. l’artiste est parti du bottin du téléphone et a chosi la couleur selon que le nombre était pair ou impair.

Parfois, du tableau, il ne reste que la toile blanche qui existe en-soi. Ou une seule ligne traversant la toile, ou plusieurs toiles

les trois toiles décalées exigent du spectateur qu’il cherche l’alignement de la ligne. Le spectateur  doit être actif. L’oeuvre est fabriquée pour être interprétée.

Un champ metallique autour d’un tableau blanc est arraché, recourbé pour faire un crochet : il rappelle le boeuf écorché de Rembrandt ce qui nécessite de la part du regardeur une bonne culture!

« Les oeuvres d’art sont des coins à pique-nique, des auberges espagnoles ou l’on consomme ce qu’on apporte soi-même » Morellet, 2009

geometree

Parfois c’est la grille qui déraille, une brindille d’arbre prenant le relai de la grille. Et nous voici arrivées dans le parcours « déraison ».

néon

L’expérimentation continue avec le néon. L’installation ci dessus m’a beaucoup plu parce que le clocher apparait entre les deux cadres dans la fente.

Cette visite m’a intéressée mais ces constructions intellectuelles me laisse assez indifférente, sauf quand cela débloque.

un jour à Metz, Centre Pompidou et promenades dans la ville

ESCAPADE A METZ (2)

la Gare de Metz

L’exposition de Louise Nevelson m’attirée pour une nouvelle expédition à Metz. La première fois c’était Chagall ICI et c’était un excellent souvenir. Se rendre à Metz de la Gare de l’Est est très facile :  1h20 en TGV .

La visite de la Gare fait partie du circuit touristique. Commandée en 1901 par le Kaiser Guillaume II, symbole de la puissance allemande et permettant l’arrivée de 25.000 soldats par jour. De style néoroman germanique, décorée de nombreuses frises et sculpture, elle mérite qu’on s’y arrête. Surprise : un goupe de statues honorant la mémoire de Jean Moulin est suspendu 

jean Moulin à la gare de Metz

Le 8 juillet 1943, en gare de Metz, le corps de Jean Moulin a été retrouvé sans vie. Le sculpteur : Stephan Balkenhol.

les enfants ukrainiens et la guerre

Sur des panneaux, une exposition LES ENFANTS DE LA GUERRE  dans le cadre du voyage en Ukraine : la saison de l’Ukraine en France.

Après avoir passé un long souterrain nous arrivons sur une grande esplanade  : le parvis des Droits de l’Homme avec le Metz Congrès Robert Schumann palais accueuillant des congrès ou des expositions, signé Wilmotte inauguré en septembre 2018. En face, le Centre Pompidou-Metz 

Contre Pompidou-Metz

Coiffé d’un toit alvéolé inspiré d’un chapeau chinois en bambou, c’est l’oeuvre de Shigeru Ban et de Jean de Gastine. léger, aérien presqueavec les lamelles  de bois collées reposant sur des piliers aérés. 

Trois expositions majeures : Dimanche sans fin mis en scène par Maurizio Cattelan occupe deux niveaux,François Morellet – 100 pour 100, et Louise Nevelson. nous commençons par Cattelan  puis Morelletpuisqu’il y a une visite guidée à 11 heures. 

Vers midi, nous sommes saturées de peinture et partons nous aérer dans le Jardin Jean-Marie Pelt le long de  La Seille. Pour honorer le célèbre botaniste  écologue, le jardin est nature avec 20 ha de prairie, des arbres fruitiers, une rosellière le long de la rivière. C’est un parc paysager très agréable mais rien n’est prévu pour déjeuner (sauf un foodtruck).

Après avoir longé l’eau nous nous dirigeons vers le Centre-ville en passant sous les lignes ferroviaires, puis dans la circulation par la grande rue Haute-Seille, jusqu’à la vaste place Coslin, un parking peu accueillant sous une tour sans grâce d’habitations (style années 70). A l’approche du Coeur de Ville historique, les rues se rétrécissent, la circulation automobile s’apaise et nous nous installons sur la première terrasse au soleilau coin de la rue Lassale et de la rue de la Fontaine : celle du Restaurant L’Hédoniste  . CLIC / Ardoise à 25€ Entrée+plat et amuse-bouche offerts. Feuilleté aérien au chèvre chaud,côte de veau rose avec une sauce aux champignons délicieuse. Une adresse à retenir.

J’aime beaucoup découvrir une ville à pied, avec la carte du livret Un Grand Week-end à Metz Hachette qui propose une dizaine de promenades avec des plans. La toponymie est pittoresque : certaines rues sont notées « En » Nicolairue, avec le rue à la fin, comme En Fournirue (rue des Fournils) ou En Chaplerue (chapeliers?), en Chandellrue(chandelles?), En Nexierue (????). 

Place Saint Louis

Nous trouvons des repères à notre déambulation : la Place Saint Louis bordée d’arcades a un caractère d’Italie, elles datent du XIIIème siècle, les changeurs lombards y étaient installés au XVème siècle. Une plaque rappelle une République Messine entre 1470 et 1490. Les contreforts penchés nous étonnent. 

et Colonne de Merten

Autre repère : la Rue Serpenoise , en son mitan une longue statue métallique ondulante évoque un serpent. Elle débouche sur une grande place avec la colonne de Merten qui rappelle l’origine gallo-roamine de la via Scarponensis. 

Nous rejoignons la Gare et le Centre Pompidou-Metz en suivant le flèchage touristique. Il nous reste encore deux expositions qui occupent une bonne partie de l’après-midi. 

Après deux bonnes heures de peinture et sculpture modernes, nous retournons nous aérer dans les jardins et montons sur une butte pour apercevoir la construction de Philippe Starck au sommet du Hilton. Une sorte de maison traditionnelle à toit à double pente et tourelle est perchée sur un immeuble : c’est la Maison Heler. Des maisons perchées sur le toit des bâtiments, c’est tendance en ce moment, il y en a même à Limeil-Brevannes, cela ne m’impressionne pas plus que cela.

Porte des Allemands

Il nous reste trois bonnes heures avant le retour en train. Nous tâchons de rejoindre la Porte des Allemands en longeant la Seille. La promenade est contrariée par la voie ferrée perchée et par des routes à grande circulation.  heureusement les arbres sont en fleurs. 

la Porte des Allemands est un petit château-fort médiéval (1230-1480). les deux tours rondes en poivrière sont XIIIème, les carrées XVème . Assiége en 1552 par Charles Quint, elle résista vaillamment. Metz était une ville fortifiée ocmptant jusqu’à 18 portes et 72 tours (selon le guide Hachette)

Cathédrale de Metz

En prenant pour cap, la Cathédrale nous passons par la Place d’Armes avec ses deux trophées (monumentaux) et arrivons au coeur de ville. La Cathédrale est fermée depuis quelques minutes. Ce n’est pas grave, nous avons vu les vitraux de Chagall à notre précédente visite en 2021. Nous nous attablons à une terrasse plein soleil en face du marché couvert (fermé également le soir) : construction très élégante en U commencé en 1785 pour être le Palais épicsopal transformé en marché en 1831. 

Retour par les Quartiers Impériaux, la Poste et les très belles constructions allemandes. 

Nous n’avons rien vu de ce que j’avais prévu avec le guide, ni la maison de Verlaine, ni l’itinéraire de Rabelais, ni le musée de la Cour d’Or. Il nous faudra donc revenir. A l’occasion d’une nouvelle exposition?

Alexandre Lenoir – Par la force des choses -à l’Orangerie

UNE DECOUVERTE!

Très grand format, très étrange ce paysage aquatique où les reflets jouent avec le paysage. On sent la proximité avec les nymphéas.

la petite salle est toute emplie de ces trois toiles

par la force des choses Ensemble de trois peintures 2026

Comme je ne connais pas du tout ce peintre je préfère recopier le cartel

« Alexandre Lenoir, né en 1992 peint depuis les année 2010 à partir de photographies comme des souvenirs de moments heureux quoique dominés par une nature impérieuse. Les protocoles techniques u’il instaure donnent naissance à des peintures paraissant avoir été crées presue sans son intervention accodant une place au hasard. Il utilise le papier adhésif pour masquer et révéler certaines zones du tableau. En laissant une partie de la toile au sol, il recueille les aléas de la vie d’atelier: coulures, taches, traces de pieds, pliure. Il tient la formule de Niele Toroni, un artiste qu’il admire : « travailler à ce que la peinture travaille d’elle-même…. »

A suivre!

Nadia Myre -Des océans et des ombres -à l’Orangerie du Château de Chamarande

EXPOSITION TEMPORAIRE DU 7 février au 12 avril 2026

Ocean’s lament

 

Le parcours de l’exposition commence dans l’Auditoire par une vidéo : une femme dans le cercle d’un grand hublot contemple l’océan agité. Au About de quelques minutes, je sens le mal de mer. Mon cerveau ne sait plus interpréter les repères entre la figure immobile et l’eau mouvante. Déstabilisation océanique.La suite est à l’intérieur de l‘Orangerie. Deux tables au centre de la pièce, des photos et des objets aux murs.

La médiatrice me conduit à l’installation Ocean’s Lament. Aucune explication, elle me conseille de respirer, sentir l’odeur qui se dégage, puis de deviner l’origine de ces petits tubes crème montés somme les perles d’un improbable collier. Ce sont les tubes de pipes des marins provenant de la vase de la Tamise. J’ai déjà lu quelque chose sur les trouvailles dans les sédiments de la rivière à Londres. Combien de tubes? combien de pipes? combien de marins? de voyages transatlantiques? Cette matière première fait rêver et se relie au titre « Des océans et des ombres »

Une sorte de tapis tissé de cylindres rouge et blancs évoque clairement les bandes du drapeau étatsunien. Ce n’est pas un hasard. Nadia Myre est canadienne et algonquine; ses œuvres mettent en évidence les mémoires et les héritages coloniaux. les cylindres sont en céramique fabriqués par l’artiste elle-même

After the fire

les douze photos carrés au même motif m’interpellent : de loin je crois voir des radiographies de poumons . Quand je m’approche j’ai la surprise de découvrir des mocassins, des chaussons d’enfant sagement rangés par paire; la médiatrice m’explique qu’ils ont été trouvés dans une institution où sont morts de nombreux enfants enlevés à leurs parents autochtones pour être élevés par des soeurs. Histoire poignante de ces enfants enlevés, acculturés, puis décédés.

chaussons d’enfants

Un objet est la clé de l’installation : le wampum . A l’origine le Wampum est un collier de coquillages porté parfois comme une écharpe ou une ceinture. Le Wampum symbolisait un accord, un traité comme un document signé ou un sceau. Les colons britanniques ou français rapportèrent des wampum témoignant de la conquête de territoires autochtones

nadia myre : wampum

la plasticienne s’est inspirée de cet objet traditionnel pour construire cette installation. Les perles sont ici en céramique, comme dans le tissage à rayures rouge et blanches. Le collier de tubes de pipes procède probablement de la même inspiration.

Des plumes en porcelaine blanches rappellent encore les traditions algonquines.

Cette installation m’a fait beaucoup voyager, elle m’a aussi émue

 

 

Domaine de Chamarande –

BALADE EN ILE DE FRANCE

Buffet d’eau et château

Chamarande est un village de l’Essonne situé à une cinquantaine de kilomètres de Paris non loin d’Etampes accessible en voiture par la RN20 et en train par le RER C, la gare se situe tout près du domaine. en revanche, se munir de son pique-nique, pas de commerces ni cafés au village, seulement une boîte distributeur de pain, qui a volé mes 2€ et pas délivré la baguette attendue. 

Château de Chamarande côté cour

Le château (1654)d’architecture Louis XIII, briques et pierre, toit d’ardoises, parfaitement symétrique. Il abrite les Archives départementales et un centre d’Art Contemporain. Il ne se visite pas actuellement (en travaux, ouverture prévue 2028). Les expositions sont dans l’Orangerie : du 7 février au 12 avril 2026 Nadia Myre : Des océans et des ombres. 

Le Parc  des 98 ha offre plusieurs parcours de promenade avec des bornes commentées et même un QR code pour encore plus d’explications. Il est équipé nombreuses tables de pique-nique ainsi que de parkings (obligatoires parce qu’on ne peut pas se garer dans le village).

L’église de Chamarande

Avant d’explorer le domaine, le village mérite un détour à pied. Il est ravissant et très calme.

Du parking, j’ai découvert le grand potager aménagé au XVIIIème siècle par Pierre Contant d’Ivry qui a dessiné le jardin à la française. Carré, enclos de quatre murs de pierre palissés de vieux arbres fruitiers en espaliers, il était cultivé selon un plan original où des losanges remplacent les carrés habituels. Plusieurs bassins ronds étaient prévus pour l’arrosage. on y cultivait les légumes consommés au château, pois, fraises….

L’auditoire

L’auditoire n’était pas un pavillon d’agrément mais le lieu où se tenaient les audiences de justice. C’était le symbole de la puissance de la Noblesse sur les bourgeois. Le seigneur, propriétaire du château avait droit de justice. Sous le bâtiment se trouvaient deux cachots. 

A côté de la belle grille, on a construit une grande volière semi-circulaire. Un peu plus loin, l’Orangerie. Pierre Contant d’Ivry  a aménagé le parc en 1737 avec plusieurs fabriques et pavillons d’agrément. 

le Pavillon des grâces, est une curieuse construction, plutôt un abri pour s’isoler. Il est défiguré par une statue rouge figure biface assez grossière due à Elmar Trenkwalder.  Les grâces auraient été effrayées par cette horreur.

Je découvre la glacière partiellement enterrée pour conserver la glace nécessaire pour les sorbets et rafraîchissements. 

jeu de l’Oie

Le Jeu de l’Oie (1742)se pratiquait à l’extérieur suivant deux allées circulaires bordées de dalles matérialisant les cases. Des buissons, des petits charmes, des boules de graminées bordent le parcours tandis que des petits cyprès graphiques rythment le jardin. Les restaurations datent de 1999 et 2018. Au centre  se trouve une oeuvre contemporaine : un marbre de Denis Macrez

Denis Macrez : corps en éclosion

C’est l’œuvre contemporaine que j’ai préférée.

« corps en éclosion, en devenir, un corps qui se fond dans la roche, dans le bloc de marbre en disparaissant et en retournant aux origines »

J’ai été beaucoup moins sensible aux diverses installations présentées dans le parc.

le belvédère

Le Belvédère, 1745, perché sur un tertre artificiel, domine le paysage ; il était dédié à la détente, pavillon de chasse et de musique où l’on donnait des concerts et des collations;

L’allée s’engage dans une partie plus sauvage du parc, une forêt  de très beaux arbres. On devine de loin la grande perspective avec le château.

canal des houx, plus de houx, ce sont des platanes

En descendant j’aboutis à la Juine et au marais parcouru de canaux ménageant des perspectives et des tableaux d’eau et de végétaux  comme l’île artificielle à la jonction de deux canaux bordée des racines des cyprès chauves

île artificielle

je longe un moment la Juine, affluent de l’Essonne assez large qui permettait le transport local avant l’arrivée du chemin de fer en 1850. Retour au château par le Canal des amoureux en cherchant les sculptures contemporaines cachées (un vieux camion, une feuille d’acier Corten pliée : Busto N°7 de Francesco Moreti) et d’autres réalisations du même acabit : grandes plateformes en croix blanches Troisième système de Bert Theis en référence au jardin à la française (?) et pire s’inspirant du Plan pour la ville de Paris de e Corbusier (1922) !

Echelle 1.0 de Phiklippe Ramette

Non! ce ne sont pas des couvreurs géants qui font la réfection des toits et qui ont posé une échelle disproportionnée. C’est une sculpture qui est censée offrir une illusion d’optique en laissant imaginer au spectateur que le château aurait rapetissé. Pour l’art contemporain, je fais des efforts mais je ne pige pas toujours.

Platane Hybride

je préfère laisser le dernier mot à la nature et au Platane Hybride qui se marcotte

Dessins sans Limite au Grand Palais

Exposition temporaire jusqu’au 15 mars 2026

Picasso : Tête Rouge

Dès l’entrée Picasso nous éblouit avec sa Tête Rouge , tellement parfaite. En face un Minotaure esquissé sur un grand tableau coloré. Ils sont tous là, ceux qu’on attendait : Matisse et un collage bleu de la danse, Modigliani dessin et tête sculptée. Et puis Chagall que j’aime tant, moins attendu dans ses évocations de sa Russie natale, 6 dessins (1911) comme un roman graphique de son enfance. 

Chagall: ma mère au four à pain

Moins attendus, cette série de Balthus, illustrations des Hauts de Hurlevent

Balthus : hauts de Hurlevent

Voyage en métro très coloré pour Dubuffet (11 planches)

Dubuffet : voyage en métro

Derain, Fernand Léger, Kupka, Giacometti, Camoin, Cocteau, et j’en oublie. Comment choisir? J’aimerais les garder tous. Dessins mais aussi caricatures pour certains : Ubu par Rouault

Derain : Femmes

Je suis restée scotchée dans la petite cellule où est projetée l’animation Other Faces de Kentridge 

En face de Kentridge le thème de la cimaise est « Hurlements » qui pourrait également caractériser la vidéo où on voit littéralement le personnage cracher ses hurlements à la figure d’un autre. 

George Grosz, déjà en 1920, dans Volkes Stimme ist Gottes Stimme dénonce la violence nazie, déjà la croix gammée figure sur la tasse.

Grosz Volkes Stimme ist Gottes Stimme

Julio Gonzalez(1941) a dessiné des femmes criant, cris aussi de Basquiat

Balbutiements est le thème suivant illustré par 4 œuvres de Paul Klee et Alechinsky avec une série de dessins danois et néerlandais que je ne connaissais pas. Inconnue de moi Miriam Cahn et bien dans le thème des gribouillages d’Henri Michaux.

On monte à l’étage pour découvrir des œuvres plus déroutantes, moins connues (de moi) pas seulement du dessin mais aussi des performances de dessins à l’aveugle, de danse avec Trisha Brown.

Brion Gysin

Influences orientales et calligraphies, près de Zao WouKi 

4 mains

j’aurais dû citer Penone, Tapiès,

Et voici dans al section Superposer reviennent Picasso, ,Juan Gris, Braque, Fernand Léger et Picabia pour ne citer que les plus connus. Dommage que l’exposition ferme bientôt ses portes. Je serais volontiers revenue pour faire connaissance avec ceux que je découvre. 

 

Visite au Panthéon

TOURISTE DANS MA VILLE

Je n’avais encore jamais visité le Panthéon. Ces grandes bâtisses, Sacré- Coeur de Montmartre, Notre-Dame-de-la-Garde….ne me fascinent pas du tout alors que j’adore flâner au Luxembourg tout proche, au Musée de Cluny…

Récemment, les panthéonisations de Simone Veil(2018) Joséphine  Baker(2021), Missak Manouchian (2024) et Robert Badinter (2025) m’ont interpellée. J’ai écouté Robert Badinter,15 épisodes du podcast Radio France la série Mémorables.   J’ai eu envie d’aller voir l’exposition qui lui est consacrée jusqu’u 8 mars 2026 au Panthéon. Je viens de finir Après Dieu de Richard Malka dans la collection,  ma nuit au musée ; l’auteur a choisi de passer la nuit au Panthéon. Il fallait alors que je fasse cette visite. 

Richard Malka raconte l’histoire de la basilique construite par Soufflot à la suite d’un vœu de Louis XV  de manière très amusante dans Après Dieu et conclue : 

« je déambule dans un bâtiment conçu pour être une église qui existe grâce à un Juif et qui a fini temple républicain. C’est un édifice multiculturel »

Le 4 avril 1791, l’Assemblée nationale Constituante le transforme en temple laïc « Panthéon des Grands Hommes » pour recevoir le corps de Mirabeau et les corps de Voltaire, Jean Jacques Rousseau et Marat y furent transférés. Trois ans plus tard Mirabeau et Marat en furent expulsés. Sous Napoléon 1er la nef fut rendue au culte. A la mort de Victor Hugo, le Panthéon retrouve sa fonction de temple laïc.

la coupole : le dôme le plus haut de Paris

J’entre dans une magnifique nef abondamment décorée avec des colonnes corinthiennes, des décors peints, des sculptures. L’abondance de décorations éblouit à l’entrée. je suis un peu perdue d’autant plus que la visite guidée a été annulée au dernier moment. Le Pendule de Foucault dont le savant fit l’expérience en 1851 attire mon regard . Je sais qu’il prouve la rotation de la Terre mais des explications supplémentaires me seraient nécessaires

Le Pendule de Foucault

Je passe entre la grande installation OMBRE EST LUMIERE de Nicolas Daubannes  (exposition temporaire jusqu’au 8 mars 2026). Deux grands panneaux 4m x 11 m poudre d’acier aimantée représentant l’ancien camp de concentration du Struthof  : dessin d’un paysage de forêt qui dissimule un mirador, l’image de la forêt masquant l’activité du camp.

Ancien camp de concentration de Natzweiler-Struhof

En face, un autre panneau de même dimension s’intitule Mont Valérien, une sorte de caverne où j’ai cru voir un rideau.

Ces deux grands tableaux masquent les décors de la nef. Une vidéo montre l’artiste au travail sur une autre œuvre à Rome : Seul(s) contre tous durée 11″34, il réalise un photogramme d’après l’occulus de la cellule de Galilée. Fils d’ouvrier métallurgiste, Daubanes a choisi d’utiliser les outils du métallurgiste : disqueuse, chalumeau pour souder. il projette de la limaille de fer qu’il incruste dans le verre par des étincelles. Ce procédé est fascinant mais je suis un peu déçue du résultat : le photogramme semble plutôt banal. 

prison de Monluc

Dans le transept, il a installé deux autres œuvres : un mémorial de la Prison de Montluc à Lyon le photogramme est enfermé dans un échafaudage et en face un polyptique de  œuvres, photogrammes et dessins.

Cette installation contemporaine , même si elle ne m’a pas conquise, est tout à fait à sa place dans la basilique. Elle a l’avantage de masquer les peintures fin XIXème des héros chrétiens qui ont marqué l’Ancien Régime : La Bataille de Tolbiac, le Couronnement de Charlemagne, La Réforme de la justice par Saint Louis etc…ou le cycle de la vie de Sainte Geneviève signé Puvis de Chavannes témoignant de la vocation hésitante du Panthéon, oscillant entre église et temple laïc, entre la restauration de l’église par Napoléon 1er et les funérailles de Victor Hugo. De toutes les façons, ces peintures ne me plaisent ni ici ni dans les musées.

Anselm Kiefer

Six vitrines ont été réalisées par Anselm Kiefer à l’occasion de l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix et de Ceux de 14. Elles sont accompagnées d’une œuvre musicale de Dusapin qui résonne de temps en temps. Je suis toujours impressionnée par le travail de Kiefer qui trouve toute sa place ici. 

Après l’art contemporain, j’ai regardé distraitement les sculptures avant de descendre dans la Crypte. L’escalier nous conduit au pied de l’urne du Cœur de Gambetta. Dans le Vestibule Voltaire et Jean-Jacques Rousseau se font face

Voltaire a droit à une statue

Comme je viens de finir Après Dieu de Malka l’endroit m’est presque familier. 

La suite est une sorte de pèlerinage auprès de tous ces panthéonisés que je souhaite visiter : Missak et Mélinée Manouchian ont chacun une rose, une famille de gens très bruns (peut être des Arméniens) se tassent contre les sarcophage. Je n’ai aucune attention pour les dignitaires de l’Empire mais je  m’arrête pour honorer Zola, Hugo et Alexandre Dumas qu’on a regroupés ensemble sans doute se tiennent bonne compagnie comme les scientifiques Langevin, Berthelot Perrin et Painlevé  (sur les photos dans le couloir on a oublié – comme par hasardSophie Berthelot. Marie et Pierre Curie sont à part. Félix Eboué et Victor Schoelcher sont avec Jean Jaurès, Toussaint Louverture et Delgrès sont honorés par une inscription. Bien sûr, je cherche Simone Veil proche de Monnet et Cassin, je n’ai pas trouvé le chat de Malraux

Exposition Badinter

C’est une très belle présentation qui montre Robert Badinter, ses origines familiales, et les grands portraits de Hugo et Zola. On peut visionner son intervention à l’Assemblée, sa plaidoirie pourrait-on dire pour l’Abolition de la Peine de Mort mais aussi la lire sur une grande feuille pliée. Très belle exposition qui mérite toute seule le déplacement.

Et comme j’aime prolonger mes visites à Paris et les faire résonner en marchant dans la forêt, j’ai écouté un dernier podcast : le Panthéon ou les intermittences de la mémoire nationale dans les Nuits de France Culture CLIC Comme il est un peu ancien, il ne rend pas compte des panthéonisations récentes mais il est très intéressant.