Metaponto intello (3) Archéologie et poésie des mathématiques

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASIliCATE)

Site de Metapunto : temple dorique d’Héra

Nous visitons le site archéologique sous un soleil de plomb. Là, au moins, nous sommes tranquilles. Il était fermé le matin, quelle idée de ne l’ouvrir qu’à 14 h ! De la ville grecque, il reste les fondations visibles de trois temples qu’on identifie facilement d’un perchoir construit près du parking et qui permet d’embrasser la ville d’un seul regard.

Site de Metapunto : temple ionique d’Artemis

On a remonté les trois grosses colonnes du temple d’Héra et deux colonnes ioniques d’un temple plus petit dédié à Artémis. Je suis surprise de l’élégance du chapiteau ionien. Quand la colonne est entière on ne se douterait pas que la partie supérieure de cette sorte d’escargot qui s’enroule est si soigneusement ornée d’écailles ou de feuilles ni que le haut de la colonne est gravé de frises. Il faut aussi imaginer les décors du fronton, les figures en terracotta. Les amateurs de ruines romantiques n’imaginent pas la sophistication de ces décors ? Avec les reconstitutions virtuelles on commence à se faire une idée colorée de la vie antique.

Temple d’Héra

Une digue borde le cours d’eau . Il y a d’autres canaux de drainage. Il faut se représenter le rivage beaucoup plus proche et non pas à l’emplacement actuel du Lido de Metaponto. Près de l’agora, que je n’identifie pas exactement, le petit théâtre a été restauré pour y faire des spectacles. C’est là que s’est déroulé la nuit dernière le concert de piano. Les gradins ne sont visibles que partiellement, cachés par les structures métalliques. Un panneau m’apprend que l’Ekklesasterion d’un diamètre de 60 m pouvait réunir 8000 personnes pour l’assemblée de la ville.

Il est trop tôt pour rentrer dans notre gîte infernal (équivalent sans la mer du Lido de Metaponto). Je retourne au Musée où se tient une exposition patronnée par Matera2019, installation contemporaine sur le Thème de la Poésie des Nombres Premiers en hommage à Pythagore mort à Metaponto/ Si Pythagore a fondé une école, il n’a pas laissé d’écrits. C’est donc un exercice visuel illustrant le fameux théorème et d’autres théorèmes et conjectures mathématiques.

Dans le couloir d’entrée de nombreuses citations concernant la poésie des mathématiques de nombreux savants mathématiciens ou littéraires comme Borges ou Einstein et Cantor… Comme elles sont en traduites en italien, je ne les recopie pas. Un enregistrement me permet d’entendre un exposé  sur Cantor et les infinis dont certains sont plus infinis que d’autres. J’ai du mal à suivre…Une vidéo : une pièce de théâtre à laquelle je ne comprends rien et un vidéogramme sur le thème des puissances de 10, dans l’infiniment grand de l’espace comme dans l’infiniment petit.

L’avantage avec cette exposition ambitieuse et difficile  c’est que c’est climatisé et qu’il n’y a personne.

Escher

A côté de la grande exposition il y en a une autre « Remplir le vide » consacrée à Escher et à ses successeurs qui ont exploité le même procédé : comment le vide entre les oiseaux se métamorphose en poissons, comment entre les anges on voit apparaître des démons, qui se cachent si bien qu’à l’autre bout du tableau on ne voit plus qu’eux….Les tableaux d’Escher sont presque tous en noir et blanc, les autres plasticiens ont plus joué avec les couleurs. Exposition très séduisante.

 

Dimanche, au Lido di Metaponto

CARNET DU MEZZOGIORNO

Pour déjeuner, nous avions pensé au Lido di Métaponto. Nous nous serions attablées en bord de mer, j’aurais pu me baigner.

Le dimanche, il y a affluence, les parkings sont complets. Après avoir bien cherché une place nous arrivons sur une sorte de promenade où sont installés les restaurants correspondant aux installations balnéaires. Aujourd’hui, tous les parasols sont déployés, les lits occupés.

Il y a foule dans les restaurants populaires qui sont plutôt des self-services rustiques avec de grandes tables en bois peintes en bleu ou en brun et des bancs sous des auvents laqués. Il faut d’abord chercher le scontrino  au bar, payer et commander. Quand l’assiette est garnie, une jeune femme appelle le client avec un micro, il emporte son assiette en plastique . Pour les pizzas, pareil sauf qu’il faut apporter le scontrino au pizzaiolo et que c’est beaucoup plus long. Avec mon italien timide et hésitant, je me fais dépasser dans la queue par les culottés qui annoncent à voix haute, et de loin, leur commande. Problème : je ne sais pas du tout quoi commander. Pour une bouteille d’eau, je dois attendre que le serveur ait préparé 25 espressos, mis 25 touillettes, et compté 25 sachets de sucre. Ensuite il remplit à peu près autant de petits verres de limoncello, grappa et autres alcools. Avec ma p’tite bouteille j’avais l’air d’un con …Ici on commande en grand, on vient en famille, ou plutôt en tribu.

Sur l’ardoise, il y avait des lasagnes, quand vient mon tour, elles sont terminées. Il fallait les commander dès le matin. Il reste des pâtes aux fruits de mer (7€) servies avec moules et palourdes, mais sans couverts, les pâtes ressemblent à des grains de blé géants, sauce tomate. C’est infect.

Pendant que j’attendais les pâtes,  Dominique s’est fait chasser par un groupe d’une douzaine d’adultes, comprenant la grand-mère, et autant d’enfants installés sur la table voisine. Comme elle protestait, un homme lui dit qu’elle ferait mieux de retourner chez elle en France. Ambiance !

Au comptoir de la pizzeria, certains commandent 8 pizzas à la fois, le pizzaiolo les cuit 4 par 4 mais, pour une seule, il faut patienter ! Le spectacle est dans la salle. Les femmes font le service pour maris et enfants. Parfois, l’homme fait la queue au bar, la femme portera plus tard la commande mais les enfants ne bougent pas.  Leur maman apportera une barquette de frites chacun, une pizza chacun, et des beignets pour terminer. Ici, personne ne mourra de faim. On dévore !

Et pourtant ils ont l’air tous contents dans le bruit et les allers/venues. Pour se baigner,  il faut se frayer son chemin jusqu’à l’eau entre les glacières et les serviettes. Une dame lit, comment fait-elle dans ce vacarme? Dans l’eau, uniquement des enfants. Les parents les surveillent du bord. Ils ne risquent pas grand-chose, l’eau est très peu profonde. Il faut aller très loin au-delà des bouées pour avoir assez d’eau.

C’est une expérience à faire une fois, mais pas à renouveler ! vivre quelques heures au milieu de ces gens en famille et au naturel et basta !

Métaponto – sous le signe d’Hera

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Metapunto : table palatine, temple d’Hera

Tavola palatine : temple d’Hera

Le site désigné sous le nom de Tavola Palatine est le Temple d’Héra ? Temple dorique du 6ème siècle . C’est un élégant temple périptère 6×12 colonnes.

Le site archéologique est mis en valeur par des massifs de lauriers-roses qui accompagnent les deux rangées de colonnes qui subsistent. Cette « table palatine » est aussi réputée contenir la tombe de Pythagore.

Histoire de Metaponto

Occasion de prendre connaissance avec l’histoire de cette ville antique. Sa fondation, selon la légende remonterait à la Guerre de Troie. Les Achéens l’auraient fondée en 755av JC avec l’aide des sybarites. Entre les embouchures de deux fleuves Bradano et Basento, on suppose une activité portuaire. Située dans une plaine fertile, une activité agricole est aussi à envisager. Pythagore fonda au 5ème siècle son école ; La fondation d’Herakleia (Policoro) met fin au contrôle de Metaponto sur els territoires au sud du Sinni et au nord du Bradano. L’expansion des Romains se fit après la victoire de Pyrrhus(bataille d’Heraclée 280avJC) . L’arrivée d’Hannibal (215 av JC a éveillé des espoir chez les Métapontiens qui le suivirent et quittèrent la ville à la suite des armées puniques. Pendant la révolte de Spartacus (73-71 av JC) la ville subit encore des déprédations.

Musée Archéologique

Le Musée rassemble des objets provenant de divers sites du Basilicate : Pisticci, Scanzano et autres.

Chronologie :

dès l’âge de Bronze (13ème -11ème siècle av. JC) des contacts avaient lieu avec la Grèce Continentale et les îles de la Mer Egée sur tout le littoral du Basilicate et de la Calabre

Au 10ème siècle et au 9ème : reprise de la colonisation de Grèce

Fondation de la ville de Metaponto  au 7ème siècle

En plus des grecs une population locale Enotri a laissé des témoignages, objets et textes grecs qui les citent.

Spirales : agrafes

l’âge de Bronze :  surtout des spirales métalliques agrafant le tissu ou des bracelets spiralés ainsi que des poteries dont certaines sont d’importation mycénienne.

8ème siècle (Piscticci) : toujours des spirales et anneaux mais aussi des armes certains contiennent aussi du fer. Un xylophone en bronze m’a étonnée ainsi qu’une bulle en or .

7ème siècle Aliano une ceinture en perles de bronze et des parures féminines d’une étonnante complexité

ceinture de perles

Dans les vitrines, apparaît une vaisselle dont els décors sont de très belle facture à thèmes mythologiques . Les thèmes sont souvent des thémes de propagande le cycle de Troie et  comme la fondation de Metaponto.

L’exposition : Hera e il Mondo femminile nell’ Antichita est tout à fait surprenante.

La femme dans l’Antiquité grecque me semblait enfermée dans le gynécée soumise et vouée aux tâches subalternes et à la reproduction. A l’opposé, les déesses jouissaient d’une grande liberté. Au début La Grande Mère était la divinité primordiale qui représentait la Terre et la Fécondité. A Métaponto, Hera était célébrée dès les temps anciens. Il y avait deux temples d’Héra et un d’Artémis. De nombreuse figurine féminines ont été retrouvées ainsi que des statuettes type tanagra.

miroir antique

On a aussi retrouvé de nombreux miroirs, parfois très décorés et les figures féminines figurent en nombre sur les vases peints : souvent femmes à leur toilette portant ces fameux vases ronds par la poignée. On trouve aussi toute une vaisselle de poupées provenant de la tombe d’une petite fille. Je suis très étonnée de cette exposition presque féministe ; C’est en tout cas la première fois que  je vois braquer le projecteur sur la femme grecque.

La découverte du quartier des potiers a donné lieu à des recherches scientifiques étonnantes. On a individualisé les artisans et les artistes avec les empreintes digitales laissée sur des poteries.

Dans une petite salle on a reconstitué les éléments architectoniques du temple d’Héra polychrome et très décoré avec des têtes de lion en terre cuite mais aussi des frises peintes.

 

En route vers la côte Ionienne – arrivée à Marina di Ginosa

CARNET DU MEZZOGIORNO

Côte Tyrrhénienne sud

Près de Pizzo et de Vibo Valentia nous trouvons l’autoroute en direction de Salerne. Le trajet est spectaculaire dans les Apennins si sauvages et si montagneux et paradoxalement verts. L’autoroute enjambe les ravines, passe par des galeries et c’est gratuit ! Nous passons près de Cosenza, une grande ville avec de hauts immeubles. Depuis que nous avons tourné le dos à la Mer Tyrhénienne le thermomètre de la voiture s’affole et pourtant nous sommes en altitude. La température passe de 35° à 36°C. Quand on roule on ne s’en aperçoit pas mais dès qu’on s’arrête la chaleur est écrasante.

Nous quittons l’autoroute au niveau de Sibari – souvenirs antiques que j‘associe aux Délices de Capoue. Sibari est aujourd’hui encore une station thermale. Par la canicule, nous ne rêvons pas de bains de vapeurs, ni de thermes mais plutôt d’une baignade fraîche en mer. D’ailleurs le thermomètre baisse quand on se rapproche de la côte, 29.5° encore bien chaud mais c’est déjà un rafraîchissement relatif . Depuis que nous sommes en platne la route traverse des vergers, surtout des agrumes mais aussi pêchers et abricotier. La vigne est sous filets et certains agrumes aussi.

Tour près de Marina Amnandolara

La route statale 106 suit le littoral ionien. Nous en sortons à Marina de Amandolara à la recherche d’une plage. Nous trouvons une plage sauvage de galets dans un environnement un peu délaissé. C’est bien sympathique, une plage encore vierge ! Les galets garantissent une belle transparence de l’eau. La mer est d’huile. Je pourrais nager pendant des heures. Au bout de la plage une haute tour se profile, un pan est entier le mur opposé s’écroule. Nous pique-niquons sommairement. A peine avons-nous terminé qu’une noce arrive pour faire des photos.

Castrum Petrae Rosetti

Arrêt à Capo Spulico pour admirer un château Castrum Petrae Rosetti une sorte de manoir occupé maintenant par un restaurant qui organise des évènements dans un cadre médiéval. C’est un peu le piège à touristes. Je paie un billet pour visiter le château et il n’y a rien à voir en dehors de salles de restaurant. Cependant je n’ai pas perdu complètement mon temps et mon argent parce que ce fier château normand fut  bâti au 11ème siècle à la limite des terres de Robert Guiscard et de celles de son frère Roger Ier, grand père de Constance Altavilla héritière du royaume de Sicile et mère de Frédéric II. Une leçon d’histoire et une illustration de mes lectures savantes sur les Normands en Italie du sud.

Comme il est trop tôt pour se présenter à notre nouveau gîte de Marina di Ginosa nous faisons un détour à Metaponto pour passer à l’office de tourisme afin de réunir de la documentation pour nos visites dans la région. Fermé le samedi et dimanche. Dommage ! La grande place Jean XXIII devant le Musée archéologique est occupée par une course cycliste pour enfants et adolescents, Partout des vélos, des stands, des parents. Difficile de se frayer un chemin. Au Musée archéologique se déroule cette nuit une série d’animations LA POETICA DEI NUMER1 PR1MI , projet célébrant Pythagore, mort à Metaponto dans le cadre des projets de Matera 2019 (cette année Matera est Capitale Européenne de la Culture. Le programme st séduisant : théâtre mettant en scène les relations entre les mathématiques et les arts, promenade sous les étoiles, une évocation de Pythagore et d’Hypathie et même un concert de piano au théâtre antique à 5h30 du matin.

Le GPS nous conduit à 16h, comme prévu à Marina di Ginosa, via Catania,  parmi les blocs petits immeubles en ciment blanc sale, jaune pâle, rose ou pistache. La via Catania est une impasse et notre maison l’avant dernière. Notre balcon jouit donc d’une vue étendue sur un terrain vague, avec un petit verger de figuiers, oliviers et néfliers, au loin une grande haie d’eucalyptus et plus près une grue.  De mer, point. La propriétaire annonce 500 m (à vérifier) je dirais plutôt 1 km. L’appartement au premier étage au-dessus de celui des propriétaires, est vaste et possède ce que le confort moderne peut offrir, lave-linge et lave-vaisselle, un ventilateur indispensable, des moustiquaires…la climatisation est déficiente et je n’ai pas trouvé le mode d’emploi de la télécommande de la télé. Il a même deux terrasses, l’une à l’ouest pour le petit déjeuner et le dîner après le coucher du soleil et une autre petite sur la rue bien à l’ombre l’après-midi.

« Au moins vous avez la mer » a écrit Maman depuis sa canicule parisienne. Certes mais la canicule d’ici est plus normale. Ce midi, j’ai nagé dans une eau merveilleuse. Marina di Ginosa est une caricature de plage italienne. Au bout de la rue, 3 établissements balnéaires : Lido Central, Lido di Francesco et un 3ème, pour aller à l’eau il faut d’abord traverser le restaurant sous un toit de tôle puis faire son chemin entre les lettini : 18 rangées ; ici un ombrellone n’abrite pas seulement deux lits mais deux lits et deux fauteuils autour d’une tablette ronde. Heureusement la haute saison n’a pas démarré.  Le sable est fin, doré mais on ne le voit plus. La baignade, peut-être idéale pour les familles,  est très sécurisé : des bouées enferment une « zone de baignade » le plus loin, j’ai de l’eau jusqu’aux cuisses. Quand j’essaie de nager mes genoux touchent le sable. Cerise sur le gâteau : les méduses ! Il faudra trouver une autre plage.

Nous cherchons toujours à nous loger « chez l’habitant » nous y sommes ! Les enfants jouent au foot dans la rue, les hommes tapent le carton sur leur balcon en face. Cela se gâte quand un adolescent arrive avec un scooter interrompant le jeu de ballon ; chaque enfant fait un tour de vespa dans l’impasse (ils sont trop jeunes pour aller dans la rue) et revient en pétaradant le plus possible. Arrive un quad bien bruyant qui fait des allers/retours à la grande joie des jeunes pères âgés d’une trentaine d’année, très fiers de leurs fils. Même le bébé de 3 ans a droit à son tour sur les genoux de son père. C’est d’ailleurs un conducteur chevronné sur sa mini-moto, miniature mais aussi bruyante que les grandes. La dame-propriétaire regarde le spectacle, très émue. Il ne lui vient pas à l’esprit qu’elle a loué plus de 500€  son appartement à des locataires excédées par le bruit. Toute la soirée se déroulera dans la cohue et dans le vacarme. Toute la maisonnée est installée dans le patio bavardant bien fort (l’Italien est une langue sonore). Cela aurait pu être « typique » et sympathique si le petit ne faisait pas des caprices en hurlant et trépignant. Je me penche du balcon ; la dame me montre au bambin sans doute pour le faire taire sans aucun autre résultat que de le faire asseoir par terre en criant encore plus fort. Arriverons-nous à dormir ?

le 21 juin, arrivée de l’été au Capo Vaticano

CARNET DU MEZZOGIORNO (CALABRE)

Capo Vaticano

Dernier jour au LImoneto, nous faisons une pause pour profiter des environs, de notre terrasse, du jardin, des plages.

Juste après le tournant sur la route de Ricadi, sur la route parallèle à la côte nous prenons la première descente fléchée Tonicello –route privée avec une barre limitant l’accès. Comme elle est ouverte, nous tentons notre chance. Elle dessert des hôtels, des résidences dans des jardins très fleuris puis devient de plus étroite et se termine par un cul de sac. Peut être à pied trouverions nous une belle plage ? Mais où laisser la voiture ? Demi-tour laborieux sous els yeux d’une hôtesse – chemise blanche, petit foulard comme ceux des hôtesses de l’air.

Deuxième essai : flèche « Tono », après avoir dépassé deux hôtels-clubs géants très verts, tellement verts que je suspecte du gazon artificiel, grand parking plat ombragé . La plage est proche facile d’accès. Plage de sable blanc grossier mais agréable sous les pieds. Comme la bande sableuse est étroite, les plagistes ont installé les ombreloni et lettini en hauteur sur une sorte de plateau. Sur la plage, on ne voit que les parasols multicolores apportés par les estivants. Ne pas voir la colonisation du sable vraiment agréable ; L’eau d’une grande transparence laisse voir les rochers. Par prudence, je me chausse. J’ai bien fait, entre le sable et les rochers, il y a des galets. Je nage avec circonspection au dessus de rochers superficiels ; C’est amusant : ils offrent un « paysage » sous-marin. Au bout de. la plage, la barre rocheuse du Capo Vaticano, de l’autre côté des écueils. Encore une fois je regrette d’avoir oublié mon masque à Créteil.  Je nage assez près du bord, il n’y a pas de bouées pour séparer les nageurs des bateaux qui emportent les touristes au Capo Vaticano. Nouveauté d’aujourd’hui : les méduses sont arrivées ! D’abord une petite, jolie, ronde, avec à peine des tentacules, plutôt une couronne d’épines. Je l’évite après l’avoir admirée. En nageant, je regarde le fond de l’eau moussu, soudain une brûlure au bout des doigts ‘avertit que je viens de pêcher une méduse dont je me débarrasse à la hâte. Cela pique, mais pas trop.

Au bout de ¾ d’heures je sors me réchauffer. Un marchand a installé sa « boutique » sur me sable. Il a suspendu sous un parasol de nombreuses robes de plage qui me font envie. Il faudrait que je remplace la bleue de Sardaigne. Le marchand m’en propose une jolie pour 20€, j’essaie de marchander mais je sors de l’eau. Si j’essaie il me faudra acheter la robe mouillée même si elle ne convient pas. Quand je me décide, il a déménagé.

Encore une petite heure dans l’eau. Nous quittons le parking après avoir cueilli une feuille d’aloès. Dominique a vu un monsieur badigeonner sa femme piquée par une méduse. Je frotte le gel sans savoir si c’est vraiment efficace, mes doigts ne me brûlent plus depuis un moment.

Capo Vaticano : Belvédère

Enfin ! nous trouvons le parking du Belvédère nord du Capo Vaticano. Un Biergarten est installé sur le bord de la falaise. Un artisan local expose sur le grillage ses productions en bois d’olivier : croix grossières, chapelets et rosaires, cornes éloignant le mauvais sort de la maison, mobiles avec des noix vernies. Ce n’est pas très joli mais c’est plus sympathique que les magnets made in China.

La vue sur les petites plages (les plus belles de toute l’Italie selon le guide Geo qui les place dans le Top5 des incontournables) est vraiment très belle. A nos pieds, une eau turquoise, des pédalos blancs pour décorer. Opuntias au premier plan. Bien caché, un sentier poussiéreux descend. Si j’avais passé mon maillot si j’étais en sandales je n’aurais pas résisté. Nous avons failli passer à côté d’une telle image !

Brivadi : Torre Marrana

Nous ne voulons pas quitter Ricadi sans avoir vu les tours qui balisent le rivage. Au village de Brivadi, la Tour Marrana domine la vallée étroite de La Fumara Vaticana della Ruffa. Des falaises blanches tranchent sur les buissons.

Sur le rivage la Torre Marina est incluse dans un groupe de maisons. Un esccalier extérieur métallique la défigure. Au pied de la falaise, une petite plage à rejoindre à pied sur une petite roue.

Nous nous approchons de la Torre Ruffa qu’on voit très bien de notre gîte, illuminée la nuit mais inaccessible de la route.

Salade de courgette tiède avec de l’huile d’olive et du citron sur lesquelles j’ai mis des rondelles d’oignon de Tropea, vraiment très doux et très sucrés. On s’accorde une vraie sieste dans la maison fraîche. Il suffit de bien tout fermer volets et fenêtre avant que l’air ne se réchauffe. La maison reste agréable sanclimatisation ni ventilateur. Pour l’empreinte carbone rien ne mieux que ces volets extérieurs à lamelles orientables.

J’ai tellement aimé la plage de Tono que nous y retournons après la sieste.  Le vent s’est levé, la mer est plus agitée. Pas de vraies vagues mais assez pour me faire boire la tasse. La plage est animée, une flottille de kayaks en plastique fluo complète les pédalos pour accéder par mer aux plages paradisiaques du Capo Vaticano. Des adeptes du snorkelling équipés de gropro font des exploits à 3 mètre du bord par 80cm de fond ! Les véliplanchistes me font un peu peur. Sauront-ils dévier de leur trajectoire si je me trouve devant eux ? Je nage moins seule aujourd’hui, une dame avec un chapeau rose aperçeu ce matin me salue ;

Le 21 juin : début de l’été avec méduses et vacanciers !

 

Une excursion vers le sud : Scilla

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Scilla : le château sur le rocher

Il fait très frais ce matin (20°C) et le vent intensifie cette impression de fraîcheur. Le soleil est encore dans la ramure du grand arbre. J’écris sur la table de la terrasse guettant les oiseaux qui se posent face dans l’amandier. Un merle vient me rendre visite et sautille sur le sol sableux. Les tourterelles préfèrent prendre de la hauteur. Un grand lièvre a fait un petit tour, je n’en n’avais jamais vu de si près. On ne peut vraiment pas le confondre avec un lapin.

Comme tout le monde, je connaissais l’expression « de Charybde en Scilla », d’après l’Odyssée. Nous avons prévu  une grande excursion (200km aller/retour) pour voir Scilla, son château et les côtes de Sicile. Googlemaps annonce 76 km en suivant le littoral, Le Navigatore de la Polo propose 3 itinéraires, le plus court 89 km en partant par Ricadi, puis nous fait passer par Zungri en nous déroutant vers le nord et non pas à Nicotera sur la côte. Nous grimpons les pentes du Monte Poro par de petites routes tortueuses à travers des villages ignorés des guides touristiques ainsi que de la carte Michelin : St Costantino, Calimera, La Panaia, toponymie à consonance grecque évoquant Byzance. Ces gros villages sont bien différents des résidences touristiques fleuries et pimpantes autour de Tropea. Les maisons ressemblent à des chantiers permanents. Les habitants vivent au rez de chaussée, parfois au 1er étage de grosses bâtisses de parfois 3 étages ou même plus ; Les étages supérieurs n’ont ni portes ni fenêtres, dans le meilleur des cas on les a bouchées avec des tôles, des planches, ils sont parfois ouverts à tous les vents. On a rarement fini le toit, le plus souvent des tiges rouillées dépassent. Nous avons déjà remarqué ce phénomène en Grèce. Tant que les tiges rouillées étaient apparentes, la maison n’était pas considérée comme terminée, donc pas imposable. En est-il de même ici ? Pourquoi des maisons si grandes dans des villages perdus ? Qui les habitera ? Les enfants quand ils seront grands ? Les émigrés du Nord, d’Allemagne ou d’Amérique quand ils reviendront pour passer leur retraite. A moins que ce soit de la construction pour de la construction, inexplicable comme ces ponts autoroutiers de Sicile ou ne passera jamais aucune autoroute. Evidemment on n’a pas crépi, ni peint les façades . Le village a un aspect gris, pas entretenu, plutôt sale et déplaisant. Autre aspect déplaisant : les ordures qui s’entassent sur le bord de la route. Sacs crevés par les chiens ou les oiseaux qui s’éparpillent. Ailleurs en Italie on est très attentif au tri sélectif, ici, c’est la décharge. Nous avons vu un panneau qui prie le passant « de ne pas jeter d’ordure ici parce que la récolte ne passe pas ».

En dehors de ces deux « écueils «  (Charybde et Scilla), le voyage dans la campagne est très plaisant. Dans les champs de céréales, il y a des coquelicots. La moisson est commencée mais pas terminée.  Les roues de paille sont du meilleur effet. Des chardons mauves, roses ou bleus décorent le bord des routes. De hautes graminées agitées par le vent fournissent un joli premier plan aux photos de paysage. Calabre verdoyante et vallonnée au mois de juin où poussent des oliviers majestueux dans des oliveraies bien entretenues. Les arbres sont si hauts qu’on ne peut pas cueillir les olives, sans doute les ramasse-t-on au sol comme en Corse ou à Corfou. Dès qu’on est en plaine les orangeraies occupent le terrain. A l’inverse des oliviers, les orangers sont taillés très bas et forment des boules compactes. Les oranges doivent être cueillies, plus l’oranger est bas, plus c’est facile. Ils sont irrigués, on voit de fins tuyaux courant entre des poteaux de ciment.

Gioia-Tauro

Nous trouvons la route côtière à Rosarno à quelque distance de la mer cachée par la voie de chemin de fer et une lagune jusqu’à Gioia Tauro où un port de dimension impressionnante a été implanté avec des grues et des portiques pour les conteneurs sont visibles de la route. Selon Wikipédia, c’est le 1er port italien pour les conteneurs et le 10ème européen. L’histoire de ce port est intéressante. En pleine crise de l’acier, on tenta d’implanter une industrie sidérurgique puis une centrale thermique qui n’a jamais fonctionné. Les ruines industrielles ont un aspect désolant dans le paysage. Je m’étonne de croiser si peu de camions sur la route, les installations impressionnantes feraient craindre un trafic dense. Peut-être sont-ils sur l’autoroute ?

La route évite le centre de Palmi ( »à voir » selon les guides touristiques) avec un musée ethnographique présentant des masques, qui me tente). A la sortie de Palmi, le Navigatore nous dirige sur l’autoroute Salerne/Reggio di Calabria tunnels et viaducs, je ne compte plus les galeries, il y en a bien une dizaine. Frustration : la Côte Viola bordant l’Aspromonte est la plus belle partie du voyage, nous l’avons loupée !

Scilla

Nous ne quittons les tunnels qu’à Scilla – petite ville (5000habitants) facile à traverser avec des ruelles pittoresques avec de la végétation dégoulinant des balcons et de la lessive qui sèche. La route qui descend de l’autoroute vers le château est bordée de lauriers-roses taillés comme de petits arbres avec des troncs bien dégagés, les roses et les blancs alternent.

Scilla : Castello Ruffo

Du belvédère, Piazza San Rocco, on découvre le château, les plages, les toits du quartier des pêcheurs, Chinalea, et les côtes de la Sicile très proches, où d’énormes porte-containers croisent dans le Détroit de Messine.

Un escalier descend au pied de la rampe du Château Ruffo qui coiffe le rocher de Scilla (ou sévissait le monstre de la légende). Il a fière allure malgré les deux séismes de 1783 et 1908 qui l’ont touché. Pendant les Vêpres siciliennes (1282)  le monastère-forteresse S. Pancrazi faisait partie du dispositif de défense de Charles d’Anjou. En 1313, il fut occupé par Federico d’Aragon (Frederic II de Sicile 1295 – 1337) puis restitué à Robert d’Anjou par le Pape. Il appartient à la famille Ruffo depuis 1533. Qui en fit un palais luxueux. Sous l’actuelle phare, des citernes et vasques de décantation et un puits fournissait l’approvisionnement en eau de la forteresse imprenable. Une plaque rappelle un épisode tragique quand la foudre en 1812 mit le feu à l’armurerie tuant dans l’explosion deux soldats français (règne de Murat) .

Dans les salles d’exposition on trouve des souvenirs de la pêche à l’espadon(une barque et de très belles photos anciennes) et l’histoire complète du château avec des cartels très détaillés en italien.

Le phare fut construit en 1885, il signale l’entrée du Détroit de Messine et communique avec celui de Capo Vaticano.

Scilla : Chinalea le quartier des pêcheurs

Le quartier des pêcheurs, Chinalea est juste en dessous, à deux pas à pied mais d’abord compliqué en voiture. Nous ratons l’accès et remontons dans les tunnels de l’autoroute pour refaire un tour complet de la ville. Les maisons sont construites les pieds dans l’eau le long d’une rue étroite.

Très belle terrasse sur pilotis

Le meilleur point de vue est une terrasse de restaurant sur pilotis. Nous nous installons dans le premier qui nous semble très classe La fiocina. Sa belle terrasse est installée sur l’eau claire, le menu sophistiqué est présenté entre des plaques de bois. Menu prometteur : Dominique choisit des involtini d’espadon et moi, des pâtes contenant tout plein de bonnes choses comme des artichauts et de la crème de truffe. Rien de tout cela n’existe en cuisine, pas d’involtini, pas d’espadon sous une autre forme, rien qui ressemble à du poisson d’ailleurs, ni à de la viande non plus ! Le Maitre d’Hôtel est désagréable : il prend des grands airs alors qu’il n’a rien à proposer.

Je lui dis :

– « dites plutôt ce qu’il y a ! »

– « des pâtes ! »

Bien décevantes, pâtes maison peut être, al dente, avec des petits morceaux d’espadon, sans aubergine ni artichaut, seulement des petits filaments de courgettes râpée crue (à retenir) et une sauce à la crème. Pour 12€, on aurait pu s’attendre à mieux. On ira prendre le café ailleurs !

Scilla : Marina Grande et une terrasse plus modeste mais service plus sympathique

Deux plages à Scilla la plage de la Sirène (une statue de sirène genre Andersen et pas du tout monstre homérique, on a oublié que chez les grecs les sirènes étaient mi-femme mi-oiseau terrifiantes) et Marina Grande avec des établissements balnéaires. Nous nous attablons dans le premier. Une jeune fille très sympathique sert le café et une glace. C’est ici que nous aurions dû déjeuner, il y a de magnifiques salades de fruits (pastèque-melon). Baignade très agréable, je nage en regardant la Sicile et les cargos.

Au retour, nous coupons le GPS pour suivre la SS18 qui court sur la corniche et la spectaculaire Costa Viola, tout d’abord au niveau de la mer jusqu’à Bagnara puis qui grimpe en lacets serrés dans le village et reste en hauteur jusqu’à Palmi où nous retrouvons la route de ce matin. Le port de Gioa Tauro, bien visible d’e haut est vraiment très grand.

Costa Viola entre Scilla et Bagnara

Rosarno est engourdie par la sieste, seuls des Africains se promènent dans les rues, nous trouvons une flèche indiquant Nicotera Tropea, nous quittons la statale pour une petite route qui traverse des orangeraies près de la mer. Jusqu’à Nicotera, nous nous félicitons de notre initiative. Nicotera Marina possède de belles plages . Nicotera est perchée sur une colline qui domine le rivage. Nous trouvons la route de Cocorino Joppolo. Il est à peine 17h, nous décidons d’aller à la plage à Joppolo.

Plage de Nicotera10

C’est là que tout se gâte (et que nous comprenons les détours que nous avait imposé le Navigatore). La route de Joppolo est barrée par un bloc de ciment. Une déviation est fléchée dans la montagne par une toute petite route (interdite aux camions). Comme La Polo n’est pas un camion nous nous engageons et montons dans la forêt par des pentes incroyables. La Volkswagen renâcle, il faut passer la 1ère et même en 1ère elle s’essouffle. La route est très étroite et le revêtement dégradé. Arriverons-nous quelque part ? On monte, on descend, tortille. Par chance personne ne vient en face. Finalement nous nous retrouvons à Brivadi. L’épreuve pour la conductrice n’est pas terminée, les ruelles sont très étroites. On aurait peut-être dû écouter le GPS ?

Le livre des choses cachées – Francesco Dimitri

CARNET DU MEZZOGIORNO

J’ai trouvé ce titre sur le blog d‘eimelle fort à propos puisque je cherchais des lectures à télécharger sur la liseuse pour notre voyage dans le sud de l’Italie.

Le récit se déroule dans le Salento où nous sommes passées il y a quelques années mais j’ai commencé la lecture à Bari, pas trop loin. J’ai donc eu le plaisir de le découvrir sous le soleil des Pouilles, avec la chaleur de l’été évoquée dans le livre, de l’accompagner des plats dont le livre parle, les poissonneries qui sont aussi des petits restaurants. Ambiance raccord!

C’est un thriller, pas question de dévoiler l’énigme!

C’est un livre de potes, quatre jeunes hommes ont conclu un Pacte, se retrouver tous les ans, à la même date dans leur pizzeria, et bien que la vie les ait dispersés, qui à Londres, qui à Milan, qui à Rome….bien qu’ils aient une vie professionnelle bien remplie, des femmes, pour certains des enfants, ils sont restés fidèles au rendez-vous. Sauf, qu’au début du livre Art ne se présente pas. Il a disparu!

Et cette disparition est suspecte! Les trois autres vont mener l’enquête qui va souder le groupe comme au temps de leur adolescence….Assez logiquement, ils rencontrent la mafia locale, remontent dans les secrets anciens.

Puis ils découvrent qu’Art s’intéressait aux « choses cachées » avec des connotations plutôt ésotériques. Là, je décroche un peu. Le fantastique, surtout adolescent, ce n’est pas mon truc.

Mais l’action est bien menée, les personnages attachants et je termine le bouquin avec plaisir. L’auteur a maintenu la tension jusqu’au bout et a conservé sa lectrice.