La Maison Nucingen – Honoré de Balzac

LECTURE COMMUNE BALZAC

Ce court roman emprunte le même procédé littéraire que pour l‘Auberge Rouge. Au lieu d’un conte raconté au cours d’un repas, il s’agit de confidences entendues par hasard derrière la cloison fine d’un cabinet particulier dans un restaurant. Quatre convives,Bixiou, Finot, Blondet et Couture,  journalistes à la mode, échangent des potins et médisent des absents. Bixiou se vante de connaître l’origine de la fortune de Rastignac. 

Balzac

La soirée se passera à conter comment se font (et se défont) les fortunes, les alliances, comment la banque de Nucingen, avec des faillites bien menées a fait la fortune de Nucingen et celle de Rastignac.

« Aussi, ceux à qui le monde est connu, les observateurs, les gens comme il faut, les hommes bien gantés et bien cravatés, qui ne rougissent pas d’épouser une femme pour sa fortune, proclament-ils comme indispensable une complète scission des intérêts et des sentiments. Les autres sont des fous qui aiment, qui se croient seuls dans le monde avec leur maîtresse! Pour eux, les millions sont de la boue ; le gant, le camélia porté par l’idole vaut des millions »

On verra comment Nucingen a fait fructifier ses affaires au fil de l’histoire

« D’abord Nucingen a osé dire qu’il n’y a que des apparences d’honnête homme ; puis, pour le bine connaître, il faut être dans les affaires. Chez lui, la banque est un très-petit département : il y a les fourniture, du gouvernement, les vins les laines, les indigos, enfin tout ce qui donne matière à un gain quelconque… »

Cette longue conversation, un monologue, presque, va détailler les alliances, les faillites, les manœuvres pour caser des filles à marier, pour épouser des espérances (d’argent). Puis, comment persuader les naïfs à gagner des intérêts dans une pyramide et enfin comment mener une faillite pour s’enrichir….Toute cette dissertation autour des affaires parfois douteuses, du capitalisme débridé, des spéculations….pourrait être lassante à la longue. Nos causeurs ont de l’esprit, jouent avec les mots et nous jubilons. D’autres professions que les banquiers tombent sous les critiques acerbes de nos quatre compagnons.

-A Paris, dit Blondet, l’avoué n’a que deux nuances : il y a l’avoué, honnête homme qui demeure dans les termes de la loi, pousse les procès, ne court pas les affaires, ne néglige rien, conseille ses clients avec loyauté, les fait transiger sur les points douteux, un Derville enfin. Puis il y a l’avoué famélique à qui tout est bon pourvu que les frais soient assurés ; qui ferait battre, non pas des montagnes, il les vend, mais les planètes….

Tous les travers de la société passent à la moulinette (mais avec de l’esprit)

C’était n 1801, à laPaix d’Amiens, et nous somme en 1823, papa Werbrust. Dans ce temps là, on ossianisait tout, il a nommé sa fille Malvina. Six ans après, sous l’empire il y a eu pendant quelque temps une fureur pour les choses chevaleresques, c’était Partant pour la Syrie, un tas de bêtises. Il a nommé sa seconde fille Isaure, elle a dix-sept ans. Voilà deux filles à marier

A la suite de la visite de Paris Romantique au Petit Palais, je me régale de toutes ces saillies et cette lecture m’amuse. Il ne se passe rien dans ce récit, en dehors des ragots et confidences. Balzac n’a même pas pris la peine de planter le décor ou de donner le menu. Seuls quelques « bruits de pieds » marqueront l’entré ou la sortie des dîneurs. Mais nous avons assisté à un cours d’économie appliqué et une pittoresque leçon d’histoire contée avec gourmandise.

….Je vous fais l’honneur de vous traiter en gourmets, je vous distille mon histoire[…] Voulez vous que je vous fasse un récit qui aille comme un boulet de canon, un rapport de général en chef?

Une ténébreuse Affaire – Honoré de Balzac

Une Ténébreuse Affaire est publié avec Melmoth réconcilié qui était le sujet de la dernière Lecture Commune Balzac. J’ai découvert ce roman par hasard puisque la lecture commune portait sur le deuxième titre. J’aime bien lire (ou découvrir un film) sans aucune idée préconçue, ni conseils, ni critique, ni 4ème de couverture. Cela m’arrive souvent quand je télécharge un ouvrage faisant confiance au nom de l’auteur (avec Balzac, je ne prends pas de risques).

Les débuts, cependant, ont été laborieux ; Balzac présente de nombreux personnages, décrivant avec un luxe de détails leur physionomie et leurs vêtements, j’ai commencé par m’y perdre entre Michu, Malin, Marion…Puis il replace les événements dans leur perspective historique. L’action se déroule en 1803, la Terreur est encore dans les esprits, Bonaparte n’est pas encore empereur, les biens des nobles et des émigrés changent de main, complots et attentats peuvent peut être encore le déstabiliser? Même si ce n’est pas le premier ouvrage de Balzac pendant cette période, une sérieuse révision s’impose pour moi. Cet aspect historique est tout à fait passionnant.

En avançant dans la lecture, je me passionne pour cette Ténébreuse Affaire, ténébreuse et sérieusement embrouillée. Des espions rôdent, pour qui espionnent-ils : Bonaparte ou Fouché et Talleyrand? A moins qu’il ne s’agisse que d’accaparer des terres laissées vacantes par les nobles, émigrés ou décapités par la terreur. Les allégeances sont troublées : Michu est-il fidèle aux idéaux révolutionnaires ou à ses anciens maîtres royalistes? Le lecteur se fait embarquer dans un véritable roman policier, ou d’espionnage, thriller avant la lettre.

Il y a enlèvement, procès. Qui est coupable? Qui est innocent? Balzac raconte les rebondissements du procès, nous tient en haleine, sans que l’accusation ou la défense ne puisse faire entière lumière. Balzac excelle dans ses analyses du système judiciaire!

Il a fallu attendre 30 ans pour que le mystère soit éclairci, presque par inadvertance. Cette chute inattendue procure un nouvel éclairage.

Balzac s’est inspiré de faits historiques avérés comme la conjuration de Cadoudal (1804)  ou l’enlèvement de Clément de Ris (1800) et le procès qui s’en suivit. C’est d’autant plus passionnant!

Le dernier mystère est celui de l’édition, qu’est-ce qui réunit Une Ténébreuse Affaire et Melmoth réconcilié dans un même volume?

Melmoth réconcilié – Honoré de Balzac

LECTURE COMMUNE : BALZAC

En compagnie de Maggie et de Cléanthe, et peut être d’autres blogueuses, je poursuis l’exploration des nouvelles de Balzac après l’Auberge Rouge, l’Elixir de Vie, le Bal de Sceaux, le Colonel Chabert et la Vendetta. les écrits de Balzac sont si vastes que la lecture commune est un bon moyen de se lancer. 

Melmoth pourrait trouver sa place dans mon classement mental auprès de l’Elixir de Vie, de l’Auberge Rouge, El Verdugo et la Vendetta, dans un registre fantastique, presque romantique, avec des apparitions surnaturelles alors qu’avant de me lancer dans cette aventure, j’avais plutôt l’idée préconçue d’un auteur décrivant avec réalisme les rouages de la société du début du 19ème siècle

Ces apparitions sont d’autant plus surprenante que le récit se place d’abord sur un terrain très prosaïque.  Le héros Castanier est caissier dans la banque Nucingen ; décoré de la Légion d’Honneur, ancien chef d’escadron sous l’Empereur ; on imagine le caissier à longueur de journée enfermé dans sa loge grillagée.

Si le caissier a de l’imagination, si le caissier a des passions, ou si le caissier le plus parfait aime sa femme, et que cette femme s’ennuie, ait de l’ambition ou simplement de la vanité, le caissier se dissout. Fouillez l’histoire de la caisse? Vous ne citerez pas un seul exemple du caissier parvenant à ce qu’on nomme une position….

Mais qui manipule tant d’argent peut avoir des tentations

…notre civilisation qui, depuis 1815, a remplacé le principe Honneur par le principe Argent

L’action commence justement au moment où Castanier s’apprête à céder l la tentation de commettre un faux, puiser dans la caisse et  s’enfuir. Surgit alors John Melmoth, un Anglais mystérieux. Ce curieux personnage semble suivre ou précéder Castanier, deviner ses pensées, l’accompagner. Melmoth représente-t-il le Diable ou la Conscience de Castanier? Va-t-il faciliter sa fuite à l’étranger ou au contraire le forcer à réparer la faute? Pendant un bon moment la lectrice hésite entre ces deux idées (je ne vous donne pas la solution, ce serait gâcher le plaisir de lire!

Schütte

Pendant plusieurs pages, l’auteur laisse le lecteur dans l’expectative et en profite pour présenter d’autres aspects de la vie parisienne, les femmes entretenues, le théâtre…certains détails nous font basculer dans le fantastique, désorientent un peu le lecteur, mais pas trop.

Tout s’emballe vers la fin, Castanier se métamorphose. L’étrange colonise le roman comme

Les sciences furent pour Castanier ce qu’est un logogriphe pour celui qui en sait le mot

Qu’est ce que ce « logogriphe« ?

Brusquement on quitte l’univers de la Comédie Humaine pour Faust. Mais Faust chez les banquiers, à la Bourse. Je vous laisse découvrir la fin délirante ironique et drôle.

Evidemment un indice est donné par le choix du titre Melmoth est  sans doute inspiré de Melmoth ou l’Homme Errant de Charles Robert Maturin, roman gothique anglais paru en 1820. Quand j’ai lu la nouvelle de Balzac, je l’ignorais; peut être une certaine naïveté (ignorance) augment l’effet de surprise?

 

 

Le bal de Sceaux – Balzac

LECTURE COMMUNE

C’est avec grand plaisir que je me laisse entraîner par les blogueuses Maggie, Cléanthe, dans les lectures communes qui me conduisent dans des chemins que je n’aurais sans doute pas trouvés seule. sortir de la routine en explorant les Classiques qu’on croit connaître alors que  les lectures datent parfois du lycée. 

Je n’avais jamais entendu parler du Bal de Sceaux avant qu’il ne soit proposé à la LC. C’est une agréable surprise même si ce ne sera sans doute pas ma nouvelle préférée.

Le comte de Fontaine, noble vendéen et bien sûr royaliste, à la Restauration vient à Paris pour se mettre au service du roi et solliciter la faveur royale pour l’établissement de ses nombreux enfants. Après avoir assuré la position de ses fils et marié ses deux filles aînées, il cherche pour la plus jeune Emilie, la préférée, un beau mariage. Mais Emilie, la dernière, est une enfant gâtée, une capricieuse qui  décourage tous ses prétendants malgré les efforts de son père qui organise repas et invite tous les partis avantageux.

Au Bal de Sceaux, elle croit trouver enfin le fiancé de ses rêves. Elle en tombe même amoureuse. L’amour la rend presque sympathique. Un beau mariage se prépare? Le promis est bien mystérieux. Est-il noble?

Je me suis un peu ennuyée à lire tous les détails de la cour que Monsieur de Fontaine a fait au roi, le protocole, les subtilités des fidélités, des exils….J’ai été un peu agacée par l’importance accordée au « sang bleu » des nobles, le « snobisme » (quel anachronisme) d’Emilie quand elle repousse ses prétendants.

En revanche,  la fin est inattendue et très réussie. Quelle leçon!

Lire aussi le billet de Dominique ivredelivres

El Verdugo/L’élixir de longue vie – Balzac

LECTURE COMMUNE : Balzac

Deux longues nouvelles, contes, courts romans, publiés tous deux en 1830, se déroulant en Espagne, toutes les deux sur le thème de de la mort du père. Assez loin du réalisme de la Comédie Humaine, plutôt dans le domaine fantastique.

El Verdugo, publié dans les Souvenirs Soldatesques se déroule pendant les Guerres Napoléoniennes en Espagne. Massacres, scènes sanguinolentes. Heureusement c’est court; mais je n’ai pas trop accroché.

L’Elixir de longue vie est beaucoup plus complexe.

Il se déroule selon deux parties, la première Festin raconte la mort du père de Don Juan Belvito, mort souhaitée par Don Juan qui est pressé d’hériter. Fils tardif, il est pourtant choyé et son père lui passe tous ses écarts.

« Jamais sur terre un père si commode ne s’était rencontré! »

Le père a découvert un moyen de ressusciter : un flacon de cristal qui contient un élixir : L’élixir de longue vie qui a donné son nom au livre.

Que va faire Don Juan? A vous de lire!

« Pour les négociants, le monde est un ballot, ou une masse de billets en circulation ; pour la plupart des jeunes gens, c’est une femme ; pour quelques femmes, c’est un homme ; pour certains esprits, c’est un salon, une coterie, un quartier, une ville ; mais pour don Juan, l’univers était – lui! »

Dans la seconde partie, en Espagne, Don Juan a épousé Dona Elvire. Cela ne vous rappelle rien? Le ton change, les allusions à la littérature sont jubilatoires. Jubilatoires aussi les blasphèmes et la scène grand-guignolesque que je ne veux pas vous dévoiler.

Un Balzac romantique? Sûrement!

 

Merci aux copines qui m’ont incité à lire cette nouvelle. Lue avec du retard. Lire Maggie et Cleanthe