Musée de la Vie Romantique : autour de George Sand

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1837 -1839)

On célèbre le 150 ans de la mort de George Sand.  Depuis que nous nous sommes fixé le défi du Challenge des deux George, George Sand m’accompagne dans mes lectures et mes promenades. J’ai donc tenu à lui rendre visite dans la maison d’Ary Scheffer qui héberge de nombreux souvenirs, représentations de l’écrivaine et de ses familiers

Le musée a été rénové mais j’ai retrouvé les objets proches de George Sand, peut-être dans une autre vitrine: sa plume et le matériel pour la tailler et écrire, le moulage de la main de Chopin …mais j’ai défit des découvertes inattendues comme les dendrites paysages artificiels de la main de l’écrivaine et de Maurice

Dendrites

Des peintures de Maurice ont attiré mon attention, après l’écoute des podcasts de RadioFrance, 

maurice sand

De même les nombreux portraits de Pauline Viardot, dont un petit peint par Maurice également :

Pauline Viardot peinte par Maurice Sand

En revanche, l’écoute de l’histoire de George Sand m’a fait prendre en grippe Clésinger  dont plusieurs oeuvres sont présentées ici, pas de portrait de Solange

Une découverte qui n’a pas de rapport avec l’écrivaine : la sculpture de Marie D’Orléans deux élégants plâtres dont cette amazone qui m’a bien plu.

Marie d’Orléans : Amazone

Il me faudra revenir à une prochaine occasion, ce musée est très riche, trop riche pour tout explorer, surtout après une exposition.

Musée de la Vie romantique : salon de thé et jardin

Nous aurions aimé profiter du jardin et du salon de thé. Malheureusement, nous n’étions pas seuls. J’ai enragé de voir des tables occupées par des gens qui travaillaient sur leur ordinateur : aucune chance qu’ils nous cèdent une table.

 

 

Madame de Sévigné au Musée Carnavalet

Exposition temporaire jusqu’au 23 aout 2023

A l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), une exposition se tient comme une évidence au Musée Carnavalet. Madame de Sévigné est chez elle dans son hôtel où elle s’est installée en 1677 situé au 23 Rue de Madame de Sévigné

Hôtel Carnavalet vers 1740

Elle est née tout près d’ici, Place Royale, actuellement Place ds Vosges. Elle a grandit dans le Marais, s’y est mariée dans l’église Saint Gervais

 

Madame de Sévigné vers 1645 Jean Nocret

Madame de Sévigné fréquentait les salons littéraires. Des portraits de Ninon de Lenclos, de Madame de Scudéry, de Mademoiselle de Montpensier illsutrent cette vie intellectuelle et politique avec la Fronde

la Grande Mademoiselle

Madame de Sévigné, dans sa correspondance a fait une chronique politique (et mondaine) racontant la vie à la Cour, l’arrestation de Fouquet, le suicide de Vatel et la vie parisienne. C’est donc une vraie leçon d’histoire qui se déroule sous nos yeux. On peut écouter la lecture de certaines de ses lettres. On voit son écriture, si claire et lisible. 

Bains dans la Seine devant le Pont Rouge

Vie de cour, mais aussi vie quotidienne comme ces tableaux des Bains dans la Seine devant le pont rouge et du Marché aux Fleurs

Statuette en argile fin 19ème siècle Allouard

bilan n°5 – Juillet – du challenge des deux George avec Claudidalucia

CHALLENGE DES DEUX GEORGE

Peu de titres pour ce mois de Juillet, pourtant de belles et longues lectures.
Avant de commencer les deux biographies de George Eliot j’ai préféré terminer Middlemarch et ce fut un très long moment de lecture avec 1200 pages.
Paysage anglais: Constable : vue d’Hampstead Heath
Je n’ai pas oublié l’autre George.
En 2023, on fête le cent-cinquantenaire  de la mort de George Sand(8 juin 1876). De nombreux podcasts sur RadioFrance ont accompagné mes promenades : George Sand, l’âme musicienne ICI m’a enchantée. George Sand et Chopin est un épisode connu, mais ce n’est pas la seule référence à la musique. Dès son enfance, sa grand-mère l’a initiée à la musique, elle a noué des liens d’amitié avec Liszt et Marie d’Agoult, ainsi qu’avec Pauline Viardot. La saga de France Musique comprend  7 épisodes d’une heure environ, 7 heures de plaisir d’écoute.
 
Nathalie
Claudialucia
George Sand : L’uscoque
Au mois d’août : nous lirons
George Eliot Scènes de la vie du clergé : la nouvelle :  Les tribulations du révérend Barton  ( Miriam ???? Claudialucia?)
George Sand :  Consuelo (Miriam et Claudialucia)
George Sand : Histoires de ma vie ( Claudialucia)
Au mois de  septembre nous lirons : 
 
George Eliot  : Daniel Deronda
Voir le bilan complet depuis le début du Challenge sur le blog de Claudialucia ICI

Une passion pour George Eliot – roman – Kathy O’Shaughnessy – Ed de Fallois

CHALLENGER LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Merci à Claudialucia d’avoir fait voyager ce livre pour une lecture commune CLIC

Je viens de terminer Middlemarch après Le Moulin sur la Floss, Adam Bede, Felix Holt le radical et Silas Marner maintenant que je connais un peu l’oeuvre, je suis curieuse de m’intéresser à l’écrivaine, sa vie, ses amours. 

Comme la mention « roman » l’indique, ce n’est pas une biographie littéraire ni même une biographie complète que Kathy O’Shaughnessy a écrite. Sans s’intéresser aux années d’enfance, d’études ou au début de sa carrière comme journaliste et critique, le livre s’ouvre en juillet 1854 (elle a 35 ans) quand Marian Evans se met en ménage avec George Lewes lui-même marié et père de famille et qu’elle prétend se faire reconnaître comme Mrs Lewes. 

Le couple quitte l’Angleterre pour vivre leur amour loin des conventions sociales londoniennes, des commérages et surtout du rejet de la bonne société qui tolère les liaisons extra-mariages de George Lewes mais pas celle de Marian, véritable paria de la vie sociale. Rejettée par les femmes de la bonne société, sa famille et son frère adoré Isaac comme de ses amies de toujours.

Quand ils quittent l’Angleterre, Marian Evans est connue comme critique mais pas encore célèbre comme écrivain. Elle a écrit La conversion de Jeanne. C’est la sortie de Adam Bede puis de Middlemarch sous le pseudonyme de George Eliot qui va lui apporter le succès (et la richesse). Contrairement à George Sand qui s’affiche avec pantalons et cigares, et dont le pseudonyme est vite éventé, au contraire George Eliot se revendique Mrs Lewes et ne mettra dans le secret de la signature que très peu d’intimes, son éditeur, bien sûr, Spencer (qui sera indiscret) et quelques amies qui aurau ont deviné le genre de l’autrice. Elle pense que de lever le secret nuirait au succès et laisse planer des incertitudes. Un imposteur s’est même déclaré avoir écrit les livres. J’ai bien accroché aux premières parties de Une passion pour George Eliot

Malheureusement une autre histoire s’intercale dans l’histoire de George Eliot : la narratrice est une universitaire spécialiste de George Eliot, organisant des cours et même un congrès à Venise sur l’autrice. Une histoire assez glauque se mêle à celle de la Passion pour George Eliot. je me serais franchement passé des histoires d’amour mettant en scène les professeurs. la balade à Venise n’est pas désagréable. Etait-ce bien nécessaire? 

La suite concernant Marian Evans et George Lewes se déroule en Angleterre, George Eliot est maintenant une auteure à succès reconnue. Leur vie se déroule dans de belles maisons, ils reçoivent, leur amour est parfait jusqu’à ce que le fils de Lewes revienne malade d’Afrique, assombrissant leur quotidien, puis que Lewes lui-même meure….

Et! surprise Marian contracte un mariage tout à fait officiel à l’église avec un ami de longue date du couple Lewes, un très jeune homme, très séduisant. Mariage à l’église, voyage de noces….Ce dernier mariage me fait penser à l’épilogue de Middlemarch qui se terminait par des mariages heureux avec des enfants. Pas d’ enfants pour George Eliot qui a  60 ans passés! Mais surtout un échec cuisant. 

Bien sûr, je suis curieuse de la vie de mes écrivains préférés, surtout des conditions qui ont présidé à la rédaction de leurs chefs d’oeuvre. Dans le cas du livre de O’Shaughnessy, trop de romance, pas assez de littérature. je reviendrai au livre de Mona Ozouf : L’autre George mais pas à Une passion

Merci quand même à Claudialucia

L’Autre George – A la rencontre de George Eliot – Mona Ozouf – Gallimard

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Attention : spoiler! Mieux vaut avoir lu les romans de George Eliot avant d’entamer la lecture de cet ouvrage. Il ne s’agit nullement d’une biographie de George Eliot comme je l’avais cru quand j’ai téléchargé ce livre. C’est plutôt une promenade dans ses oeuvres qui commence avec le Moulin sur la Floss que j’avais déjà lu, puis continue avec Middlemarch que je m’aprêtait à lire. L’analyse de Mona Ozouf est passionnante mais suppose qu’on soit familier avec les personnages, et raconte un peu trop pour qui n’a pas terminé le livre. Donc, à ne lire qu’après lecture de George Eliot sous peine de divulgâcher l’histoire. Dans cette logique, j’ai sauté le chapitre concernant Daniel Deronda qui sera au programme du challenge en septembre. 

A la suite de cette réserve, L’autre George est très intéressant, d’une lecture fluide. C’est le point de vue d’une historienne qui resitue les livres de George Eliot dans leur contexte historique, social et littéraire. Mona Ozouf met au jour des correspondances, des gemelléités, entre les personnages soit à l’intérieur d’un roman, soit à travers différentes oeuvres. C’est aussi l’interprétation d’une philosophe qui va questionner les questions religieuses et philosophiques ayant cours dans l’Angleterre du XIXème siècle. 

Après les études des trois oeuvres citées précédemment, des chapitres transversaux : « La moraliste », « l’artiste », « la femme » vont éclairer les principaux aspects de l’oeuvre de George Eliot. 

Ce qui m’a le plus intéressée c’est la question de la place des femmes dans l’oeuvre de George Eliot, et dans la société anglais. George Eliot peut-elle être considérée comme féministe? Pourquoi ne s’est-elle pas engagée avec les suffragettes dans la lutte pour le vote des femmes? (George Sand, non plus, d’ailleurs). 

La conclusion du livre est une comparaison entre « Les deux George » sur laquelle je reviendrai sûrement quand nous ferons un bilan du challenge.  

ce cousinage le signe le plus voyant était bien sûr l’adoption du nom masculin

Chez elles, de surcroît, le pseudonyme masculin ne venait pas seulement couvrir une œuvre, mais une vie. Et pour l’une comme l’autre, un mode d’existence soustrait à la convention.

Mais toutes deux dénoncent en revanche une société inique qui prive les femmes des droits fondamentaux. Et
l’emblème du malheur féminin leur paraît être le mauvais mariage, que des lois scélérates empêchent de
défaire.

Middlemarch – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

1150 pages .

Lu en 10 jours, lecture laborieuse.

Combien de fois me suis-je interrompue en maugréant « quelle bavarde cette George! » et même « quelle pleurnicheuse! » quand des larmes roulaient sur la joue de Rosemonde ou de Dorothée. L’écrivaine ne nous épargne rien de toutes les hésitations, les remords ou les rougeurs du visage des héroïnes, et l’action n’avance que très lentement.

Si Middlemarch compte 1150 pages, c’est surtout parce que George Eliot a beaucoup à nous raconter : tout un monde dans sa comédie humaine. Difficile de décider qui est le personnage principal : Dorothée, peut-être, la jeune fille qui a le caractère le plus original, qui refuse un bon parti, James, jeune beau, amoureux pour épouser un barbon, qui se révèlera égoïste, tyrannique et jaloux.

 » C’était cette oppression écrasante d’une vie
de femme riche, où tout se faisait pour elle et où personne ne demandait son aide, où elle devait péniblement garder comme une pure vision intérieure le sentiment d’une existence utile et multipliée, au lieu de recevoir du dehors les appels qui eussent donné un emploi à ses fortes aspirations. »

Célia,soeur cadette de Dorothée, correspond à l’idéal féminin, jolie, soumise, mère de famille.

Une femme, si bonne soit-elle, dit-il, doit, en toutes circonstances, s’accommoder de la vie que lui fait son
mari. Il a fallu que votre mère s’accommodât de bien des choses avec moi.

une belle dame peinte par Singer Sargent

Rosemonde, encore une fille à marier, de bonne famille! Elle s’éprend d’un jeune médecin prometteur qui l’épouse. Mary n’est pas d’origine aussi fortunée, elle est obligée de gagner sa vie ; son amoureux d’enfance, Fred, devra faire ses preuves avant qu’il ne soit question de mariage. Donc, 4 jeunes filles à marier. 

Les partenaires masculins sont très différents. Causabon est un pasteur écrivain, spécialiste de mythologie, Lydgate un médecin, James, baronnet intéressé par les chevaux et la chasse, et Fred, fils de famille instruit mais velléitaire. Chacun avec ses préoccupations, ses ambitions, ses faiblesses. Chacun de ces personnages est envisagé dans sa vie sociale et professionnelle.

Et comme les 8 acteurs viennent de familles inscrites dans la vie de la ville, l’écrivaine va donc s’attacher à faire vivre les parents sur plusieurs générations et évoquer des secrets de famille. Et tout ce monde mérite bien 1150 pages!

Middlemarch s’annonce comme un roman d’amour. George Eliot analyse très finement les sentiments qui président à la naissance d’un amour. 

« Mais, une fois le seuil du mariage franchi, c’est sur le présent que se concentrent l’attente et l’espérance
antérieures ; une fois embarqué sur la galère conjugale, vous êtes bien forcé de vous apercevoir que vous n’
avancez pas »

Quatre mariages (deux enterrements). George Eliot paraît très critique vis à vis de cette institution qui infériorise les femmes. Pas de mariage forcé, ou arrangé ni même de convenance dans ce roman. Ce seront des mariages d’amour. Et pourtant rien ne se passe comme prévu. Dorothée qui croyait assister son érudit de Casaubon, naviguer dans les hautes sphères intellectuelles, est reléguée au peu enviable rôle d’épouse. Rosemonde se voyait maîtresse d’une  maison brillante,voit ses meubles inventoriés menacés de saisie à cause des dettes de son mari. Dans les deux cas, le désamour succède rapidement. J’ai cru presque jusqu’à la fin  que le thème était un procès du mariage. L’épilogue va donc me surprendre, tout fini par s’arranger et des couples heureux vont avoir des enfants et vivre heureux comme dans les contes de fées. 

Pourtant, ce n’est pas du tout un conte de fée, plutôt la relation des rapports sociaux à Middlemarch avec tous ses composants :

Caleb Garth de secouer pensivement la tête, en méditant sur la valeur et la puissance indispensable de ce travail aux mille têtes et aux mille bras, qui nourrissait, habillait, logeait, faisait vivre en un mot tout le corps social. Cette idée s’était dès l’enfance emparée de son imagination. Les échos de la grande usine où l’on construit les navires, les cris d’appel des ouvriers, le ronflement des fourneaux, le tonnerre ou les sifflements des machines étaient à son oreille une musique sublime ; l’abattage et le chargement des bois de construction, la grue manoeuvrée sur le quai, les produits de toute espèce entassés dans les entrepôts, la
précision et la variété des efforts musculaires, partout où il y avait un travail déterminé à accomplir, toutes ces
scènes de sa jeunesse avaient agi sur lui comme une poésie sans l’aide des poètes, lui avaient fait une
philosophie sans l’aide des philosophes, une religion sans l’aide de la théologie.

Une foule de personnages inscrits dans la vie d’une ville moyenne dans le début de la Révolution Industrielle. On voit arriver les chemins de fer qui vont amputer les prés et les champs. Un hôpital doit se construire dans la suite hygiéniste des épidémies de choléra. Lydgate, le jeune médecin a étudié en France et apporte des idées nouvelles, il dérange les habitudes des praticiens qui vont lui mener la vie dure.

Le thème de la religion, ou plutôt du rôle social des pasteurs occupe une place importante dans ce roman comme dans nombreux ouvrages de George Eliot. Il est fort peu question de foi, de doctrine, plutôt du rôle social du prêtre.  Les actionnaires de l’hôpital doivent se prononcer pourle choix de l’ aumonier de l’hôpital : c’est une décision tout à fait politique. La politique est aussi un des ressorts du livre : l’arrivée de banquiers, d’hommes d’affaires bouscule les pouvoirs aristocratiques des propriétaires terriens.

Middlemarch, la ville du milieu, est une petite cité où le conformisme social règne. La respectabilité est remise en cause par la rumeur. Respectabilité et méfiance pour celui qui vient d’ailleurs, surtout pour celui qui porte un nom étranger. Dorothée, l’anticonformiste, sera seule à se lever pour défendre les victimes  de la  rumeur. C’est d’ailleurs un des points forts du livre.

C’est donc un livre très riche  avec de nombreux personnages complexes qui évoluent au fil de l’histoire. Il faut avoir un peu de temps devant soi, mais il mérite l’effort. 

ma participation au Challenge des Epais

Bilan juin – challenge Les Deux George avec Claudialucia

Claudialucia et Miriam ont lu Gabriel de George Sand

Gabriel – George Sand

Gabriel chez Claudialucia : https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/06/george-sand-gabriel.html

maintenant que nous avons découvert différents aspects de l’oeuvre des dux George , quelques biographies :

George Eliot pour Claudialucia : Une passion pour George Eliot de Kathy O Shaughnessy

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/06/kathy-oshaughnessy-une-passion-pour.html

George Sand à Nohant de Michelle Perrot : https://netsdevoyages.car.blog/2026/06/24/george-sand-a-nohant-une-maison-dartiste-michelle-perrot-ed-du-seuil/

Matatoune a lu pour nous Les amours de George  de Stéphane Guégan https://vagabondageautourdesoi.com/2026/06/29/les-amours-george-stephane-guegan/

Notre exploration continuera en Juillet :

Claudialucia propose un très curieux titre Uscoque de George Sand. 

Pour ma part, je vais retourner en Angleterre avec George Eliot et Middlemarch. Et enfin découvrir l’histoire de la vie de George Eliot avec la bio de O’Shaughnessy et continuer l’ouvrage de Mona Ozouf : L’Autre George qui est plutôt une promenade dans ses oeuvres ; j’ai apprécié le premier chapitre sur Le Moulin sur la Floss mais calé sur le second concernant Middlemarch. 

Bien sûr vous êtes toutes et tous invités à nous rejoindre avec d’autres propositions !

Le Parfum des années – Evelyne Bloch-Dano

MA NUIT AU MUSEE 

J’aime beaucoup cette collection Ma nuit au Musée qui m’a fait découvrir Lola Lafon :Quand tu écouteras cette chanson dans la maison d’Anne Frank et Richard Malka : Après Dieu au Panthéon, Leila Slimani Le Parfum des fleurs à la Dogana de Venise. je suis prête à suivre mes écrivains favoris dans  cette aventure. Cette fois-ci, en route pour Cabourg et la Villa du Temps Retrouvé que l’autrice connaît très bien puisqu’elle a participé à la création de ce musée. Evelyne Bloch-Dano est également spécialiste de Proust avec son livre Madame Proust autour de la mère de Marcel Proust. 

Excellentes références! Je suis d’autant plus motivée que j’ai visité cette Villa du Temps Retrouvé il y a moins de deux ans.

Cabourg la villa du Temps Retrouvé

A la lecture du Parfum des Années, je me rends compte du contresens de ma visite d’alors. Je venais de terminer La Recherche , encore toute imbibée de Proust, j’ai surtout cherché  à le retrouver. Si bien que j’ai négligé la belle exposition dédiée à Jules Verne.  Je n’ai pas prêté une attention assez soutenue à la projection dans la première salle illustrant la Belle Epoque Evelyne Bloch-Dano passe un bon moment. j’étais trop pressée de découvrir les autographes, les dessins de Marcel et les « placards » de Céleste Albaret et les paperolles. Pourtant on m’avait prévenue, Marcel n’a jamais habité dans ce bâtiment, même au Grand Hôtel de Cabourg, il ne reconnaîtrait pas sa chambre (visitée actuellement par des pélerinages touristiques). Les peintures, les portraits je les ai examiné avec les souvenirs de mes lectures : qui était Elstir, Helleu peut être? Whistler? peut être Vuillard? J’ai cherché parmi les belles dames laquelle serait Madame Verdurin…

Suzette Lemaire une inspiratrice de Madame Verdurin

Si, comme l’explique Evelyne Bloch-Dano, la villa est une évocation de la Belle Epoque la visite est très différente. Chercher à définir cette « Belle Epoque » et se rendre compte que ce concept de « Belle Epoque » est beaucoup plus récent que je ne l’imaginais

l’expression « Belle Époque » – un chrononyme – est bien postérieure à la période où elle se déroula. Un
premier signe en est donné en 1940 par une émission sur la vichyste Radio-Paris consacrée à la musique des
années 1900 et intitulée : Ah ! la Belle Époque ! Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’expression
fait vraiment son apparition, produit d’un imaginaire historique qui s’enracine autour du Paris et de l’« esprit
français » de 1900.

Et c’est dans  cette optique que la salle d’introduction avec ses projections panoramiques prend tout son sens : costumes, visages, trains, quais….A la Belle Epoque la photographie existait et le cinéma naissait. On dispose donc d’images d’époque.

Et à propos de cinéma, Evelyne Bloch-Dano nous parle d’Alice Guy, la première réalisatrice de fictions, trop méconnue, quoique aujourd’hui on la reconnait. 

L’ambivalence d’Alice Guy par rapport au féminisme est typique de certaines femmes exceptionnelles, hors du commun : ni George Sand ni Colette par exemple ne se sont jamais réclamées du féminisme même si elles ont lutté, chacune à sa façon, pour leur propre indépendance.

L’autrice interroge les portraits, souvent autoportraits de toutes les femmes qui l’entourent dans cette galerie : femmes qui ont eu leur place dans les salons et les soirées de Madame de Guermantes ou chez Madame Verdurin. (et me revoilà avec Proust, je suis incorrigible). Célébrités ou militantes féministes? Elle dresse une liste de militantes féministes  : Hubertine Auclert qui réclama la parité dans les assemblées dès la fin du XIXèe siècle, Marguerite Durand, Madeleine Pelletier, première médecin aliéniste, Séverine, la journaliste, Louise Breslau, peintre 

Il me semble que Louise Breslau incarne à la perfection la femme artiste de la Belle Époque. Une femme qui
choisit de venir à Paris pour peindre et vivre indépendante

 

Femmes artistes ou Femmes de salons peuplent la villa et le livre :

Winnaretta Singer aurait peut-être été cette artiste. Faut-il classer cette extravagante dans la catégorie du «gratin révolté », expression désignant la volonté émancipatrice de certaines des grandes dames

Le Parfum des années s’avère beaucoup moins proustien que je ne croyais, beaucoup plus féministe, l’autrice n’oublie pas les limites de ce féministes. Des personnalités fortes, reconnues dans leur domaine, mais une époque « corsetée«  où les droits des femmes étaient loin d’être reconnus et où les maris, même titrés et aristocrates battaient leurs femmes au point de leur casser la jambe ou de les faire avorter. Meetoo, ce sera dans un siècle!

Sarah Bernhardt et Louise Abema tableau vu à l’exposition Sarah Bernhart au Petit Palais

« en tant qu’artistes à part entière, qu’elles soient peintres comme Rosa Bonheur, Louise Abbéma, Madeleine Lemaire et Louise Breslau, actrice comme Sarah Bernhardt ou écrivaines comme Anna de Noailles, Natalie Barney, Renée Vivien ou, bien sûr, Colette. Mais ne nous leurrons pas, la société de leur temps est loin d’ accepter leur mode de vie et leurs préférences sexuelles. L’époque est encore corsetée, au sens propre et figuré. »

Et comme c’est l’usage dans cette collection Une nuit au musée, Evelyne Bloch-Dano  nous parle d’elle, du making-of du livre, et j’ai plaisir à la connaître mieux. Je lirai d’autres ouvrages, surtout Madame Proust que je n’ai pas encore lu et d’autres

Merci à Matatoune de m’avoir indiqué ce livre!

George Sand à Nohant – une maison d’artiste – Michelle Perrot – Ed du Seuil

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

« Nohant est une thébaïde, qui autorise une existence égalitaire, entre les membres de la famille élargie qui l’
habite, y compris avec les domestiques et les paysans voisins qui « entrent dans la maison comme chez eux ».

Michelle Perrot est une universitaire, historienne spécialisée dans l’histoire des femmes. Elle fut la directrice de thèse de Marie-Jo Bonnet et j’ai eu le plaisir de la rencontrer lors de la soutenance de thèse de Marie-Jo. George Sand à Nogent est donc un ouvrage très sérieux, bourré de petites notes. Toute affirmation est donc justifiée. On n’est pas forcé d’interrompre la lecture, pour les consulter. Sérieux mais point ennuyeux. C’est une lecture très riche. 

Au lieu d’écrire la biographie classique, de la naissance d’Aurore à son décès, suivant l’écrivaine dans ses périgrinations et ses amours, Michelle Perrot a choisi de se concentrer sur Nohant,. Elle  décrit par des cercles concentriques la maison, ses habitants , les visiteurs, mais aussi le cadre de vie, maison et jardin et les environs immédiats.

« Nohant vécu par Sand : tel est notre propos. Dans ses dimensons matérielles et symboliques, affectives et politiques, réelles et idéales, côté chambres et côté jardin. Dans sa folle ambition de projet communautaire, d’atelier d’artiste, de lieu de création, de modèle égalitaire. »

George Sand à Nohant comporte trois parties : Les gens, les lieux et les temps. 

Parmi « les gens » nous ferons connaissance avec la famille de l’écrivaine, lignée de femmes de Marie-Aurore de Saxe sa grand-mère à Aurore lauth-Sand, sa petite fille que j’ai eu le privilège de voir à Mezières-en-Brenne. J’avais tout juste 8 ans mais je me souviens de la très vieille dame. Nombreux hommes, de Casimir, le mari butor,Maurice, à Chopin , Manceau l’amant, Clesinger le mari de Solange…nous croiserons les pas des invités illustres ou pas, Litz et Marie d’Agoult, Delacroix, Flaubert, Dumas fils, Eugène Lambert, Théodore Rousseau, Pauline Viardot … artistes célèbres simples invités, ou inspirés par les lieux. (j’en ai oubliés).

Moins connus, les fidèles berrichons, les politiques, journalistes, avocats.

N’oublions pas les nombreux domestiques qui faisaient (ou non) presque partie de la famille. Avec une certains ambiguité comme Marie des Poules dont 

« L’histoire de Marie Caillaud, dite des Poules montre les limites de la transgression sociale, la persistance des assignations « 

responsable de la basse-cour, elle participe aux soirées lectures, se baigne dans la rivière avec George, fait l’actrice au théâtre de Maurice puis se trouve congédiée « à la Saint Jean » quand elle est enceinte.

Avec les lieux la lectrice découvre les changements, les aménagements que George Sand fait à sa vaste maison, inventant de nouvelles pièces, des ateliers pour les artistes. Si le menuisier confectionne les meubles, c’est George, elle-même qui coud et brode, elle a un goût des travaux d’aiguille que je n’imaginais pas. Amusantes aventures de l’installation du calorifère. Elargissant le champ des lieux, le chapitre du jardin m’a enchantée. Attention particulière portée aux arbres que George Sand interdit d’élaguer. Puis, pour créer des vues,  elle élague elle-même, malgré tout. 

Elargissant encore le regard, nous découvrons le domaine : George Sand est une propriétaire terrienne d’une envergure non négligeable dans le Berry de petites exploitations. Efforts d’agronomie moderne, déboires, essais d’introduction de l’élevage bovin….Michelle Perrot ne néglige rien. Souvent je pense à la Cerisaie de Tchekov.

l’éventail des caricatures

Attention prêtée au temps  : emploi du temps de l’écrivaine qui écrit la nuit pour consacrer la journée aux enfants et aux invités. Mais aussi temps qui passe, de l’enfance de la petite Aurore avec sa grand-mère à son décès.

D’autres sujets m’ont passionnée : le théâtre et le Théâtre de marionnettes. Et bien sûr les idées politiques de George Sand au cours des périodes révolutionnaires et son rôle de journaliste. Le retranchement dans son domaine pendant le Second Empire, qui lui a été parfois reproché. Ses idées féministes et leurs limites. Il me faudrait sans doute une deuxième lecture plus attentive pour développer ces idées. 

Et finalement l’attention à la nature, la défense des arbres :

« Laisser verdure » seront ses derniers mots. Et la défense de la forêt de Fontainebeau, une de ses dernièes actions »

A mesure que j’écris, je me rends compte qu’il faudrait que je relise cet ouvrage bien trop riche pour une seule lecture.

Gabriel – George Sand

CHALLENGE LES 2 GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Encore une fois, je suis surprise par George Sand qui a trouvé un style original dans ce « roman dialogué », pièce de théâtre à représenter? pas forcément. A lire silencieusement, c’est une lecture très agréable. Bien que Sand ait beaucoup écrit pour le théâtre, possédait deux théâtres à Nohant, Gabriel est cité « roman » dans la liste de ses oeuvres par Wikipédia.

Gabriel (Hetzel) ici mentionné « théâtre »

L’intrigue se déroule à la Renaissance en ItalieEn 1839, parution de Gabriel,  le voyage en Italie avec Musset (1833) est encore récent. 

Dans le Prologue, le Prince de Bramante échange avec l’abbé qui est le précepteur de Gabriel. Un lourd secret de famille doit lui être révélé. Secret rapidement éventé (j’avais deviné dès le début) Gabriel est né fille mais élevé garçon dans le plus grand mépris des femmes

« Dès sa plus tendre enfance (votre altesse avait donné elle-même à son imagination cette première impulsion), il a été pénétré de la grandeur du rôle masculin, et de l’abjection du rôle féminin dans la nature et dans la société. Les premiers tableaux qui ont frappé ses regards, les premiers traits de l’histoire qui ont éveillé ses idées, lui ont montré la faiblesse et l’asservissement d’un sexe, la liberté et la puissance de l’autre. Vous pouvez voir sur ces panneaux les fresques que j’ai fait exécuter par vos ordres: ici l’enlèvement des Sabines, sur cet autre la trahison de Tarpéia; puis le crime et le châtiment des filles de Danaüs; là une vente de femmes esclaves en Orient; ailleurs, ce sont des reines répudiées, des amantes méprisées ou trahies, des veuves indoues immolées sur les bûchers de leurs époux; partout la femme esclave, propriété, conquête, »

A part moi, je me demande comment Gabriel n’a rien soupçonné, il/elle n’a donc pas ses règles?

Le Prince de Bramante a un héritier mâle qui pourrait lui succéder, Astolphe. Mais ce dernier est le fils d’un fils honni. De plus, Astolphe mène une vie dépravée, a dilapidé son héritage, boit, se bat…Gabriel se rapproche de son cousin, le tire d’un mauvais pas. Une amitié nait. Jusqu’au moment où Astolphe demande à Gabriel de se travestir en femme. Et tombe amoureux de Gabrielle.

« toi qui n’es pas à moitié homme et à moitié femme comme tu le crois, mais un ange sous la forme
humaine. »

Il est donc question de la condition des femmes, question de travestissement. Gabrielle est elle George ou son miroir? Quel choix Gabriel/Gabrielle fera-t-elle/il? Il est aussi question d’amour. Par amour pour Astolphe, Gabrielle renonce a nombreux privilèges masculins, mais cela ne suffit pas…(je ne vais pas spoiler plus loin). Le roman dont la trame paraissait simple est plus complexe que je ne l’imaginais au début.

Eh bien, qu’avez-vous découvert? Qu’une femme pouvait acquérir par l’éducation autant de logique, de
science et de courage qu’un homme. Mais vous n’avez pas réussi à empêcher qu’elle eût un coeur plus tendre,
et que l’amour ne l’emportât chez elle sur les chimères de l’ambition. Le coeur vous a échappé, monsieur
l’abbé, vous n’avez façonné que la tête.