Maître Cornelius – Balzac

LECTURE COMMUNE 

Nous continuons ensemble l’exploration de l’oeuvre de Balzac, si diverse.

Comment classer ce court roman, une nouvelle médiévale, fantastique, romantique ou réaliste?

Deux histoires s’entremêlent : l’histoire d’amour entre  la fille naturelle de Louis XI mariée au sinistre et jaloux Comte de Saint-Vallier et un gentilhomme aventureux et les rapports entre le roi Louis XI vieillissant et Maître Cornelius, son torçonnier, collecteur d’ impôts.

L’épithète tortionnaire, restée au Palais, explique assez bien le mot torçonnier qui se trouve souvent écrit
tortionneur.

La maison de Maître Cornélius est voisine de celle du Comte, leurs toits se touchent presque. L’amoureux rejoindra sa dame par les toits. Rocambolesque!

Le morceau de bravoure est le portrait de Maître Cornélius, l’avare qui vit avec sa sœur, une véritable sorcière dans leur maison verrouillée de partout, pleine de pièges et de chausse-trappes.

« De chaque côté de cette porte se trouvait une figure encadrée entre les deux barreaux d’une espèce de meurtrière.
Il avait pris d’abord ces deux visages pour des masques
grotesques sculptés dans la pierre, tant ils étaient ridés, anguleux, contournés, saillants, immobiles, de couleur
tannée, c’est-à-dire bruns ; mais le froid et la lueur de la lune lui permirent de distinguer le léger nuage blanc que
la respiration faisait sortir des deux nez violâtres ; puis, il finit par voir, dans chaque figure creuse, sous l’ombre
des sourcils, deux yeux d’un bleu faïence qui jetaient un feu clair, et ressemblaient à ceux d’un loup couché dans
la feuillée, qui croit entendre les cris d’une meute. La lueur inquiète de ces yeux était dirigée sur lui si fixement,
qu’après l’avoir reçue pendant le moment où il examina ce singulier spectacle, il se trouva comme un oiseau
surpris par des chiens à l’arrêt… »

J’ai été surprise, amusée mais ce ne sera pas l’oeuvre de Balzac que je préfère.

Lire le billet de Claudialucia et de Maggie

Le Grand-Paon – Jean-Henri Fabre : Souvenirs entomologique L7-chXXIII

SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES

Surprise! les deux papillons accouplés!

 

 » Ce fut une soirée mémorable. Je l’appellerai la soirée du Grand-Paon. Qui ne connaît ce superbe papillon, le plus
gros de l’Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes, semées de gris et de brun,
traversées d’un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle
noire et iris varié, où se groupent, en arcs, le noir, le blanc, le châtain, le rouge-amaranthe [….]

Or le 6 mai, dans la matinée, une femelle quitte son cocon en ma présence, sur la table de mon laboratoire aux
bêtes. Je la cloître aussitôt, tout humide des moiteurs de l’éclosion, sous une cloche en toile métallique.
D’ailleurs, de ma part, aucun projet particulier la concernant. Je l’incarcère par simple habitude d’observateur,
toujours attentif à ce qui peut arriver.

Bien m’en prit. Vers les neuf heures du soir, la maisonnée se couchant, grand remue-ménage dans la chambre
voisine de la mienne. À demi déshabillé, petit Paul va, vient, court, saute, trépigne, renverse les chaises, comme
affolé. Je l’entends m’appeler. « Viens vite, clame-t-il ; viens voir ces papillons,

Combien sont-ils ? Une vingtaine environ. Ajoutons-y l’appoint des égarés dans la cuisine, la chambre des
enfants et autres pièces de l’habitation, et le total des accourus se rapprochera de la quarantaine. Ce fut une
soirée mémorable, disais-je, que celle du Grand-Paon. Venus de tous les points et avertis je ne sais comme,
voici, en effet, quarante amoureux empressés de présenter leurs hommages à la nubile née le matin dans les
mystères de mon cabinet….. »

 

Pendant des années, nous avions étudié en classe ce texte  suivi du compte-rendu détaillé de toutes les expériences auxquelles le naturaliste s’est livré pour identifier le stimulus attractif. Le récit de ses expérimentations est raconté avec précision et rigueur. Modèle de méthode expérimentale.  Les élèves devaient le résumé avec des schémas. Certains faisaient de véritables bandes dessinées.  J’ai photocopié celle de Pierre V. et j’ai gardé sa BD dans mes archives précieusement pendant des décennies.

Quelle a été mon émotion quand j’ai pu découvri Saturnia pyri, hier au cimetière de Créteil, à l’ombre et dans la fraîcheur d’une chapelle familiale. La conservatrice du cimetière qui l’avait repéré et qui nous l’a montré avait fait une photo avec sa main pour donner l’échelle.

un papillon géant presque de la taille d’une main

Surprise, le papillon n’est plus seul : ils sont deux, accouplés. A côté de la tombe pousse un cerisier, tout à fait favorable pour y installer la ponte.

Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que je suis retraitée que j’ai le plaisir de cette rencontre avec le papillon vivant!

Les Souvenirs entomologiques de Fabre sont facile à télécharger (en plus c’est gratuit). Je vais les relire. C’est un livre délicieux!

Pour des renseignements détaillés et récents sur cliquer ICI un article qui raconte l’élevage de ce papillon géant.

Wikipédia bien sûr

et le blog  de Lequet

A-t-il profité du calme du cimetière fermé pour cause de confinement? Profité aussi de ce que la Ville de Créteil a banni les phytosanitaires?

La Peste – Camus

CONTAGION

Hartung

« les fléaux, en effet sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y  a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »

la Peste fait partie de ces classiques que tout le monde a lu ou croit avoir lu, étudié au lycée….une évidence en période d’épidémie. L’ai-je vraiment lu dans mes études? Peut-être, je me souviens de ces rats qu’on ramassait à la pelle, mes souvenirs n’allaient pas plus loin. Lecture de circonstance donc.

Comme aujourd’hui, l’épidémie fut abordée avec incrédulité : les grandes épidémies ne concernent pas une ville moderne au milieu du XXème siècle, Moyen Âge, contrées asiatiques lointaines….Qui penserait à la peste? Le vieux docteur Castel qui a fait une partie de sa carrière en Chine

« Seulement, on n’a pas osé donner un nom, sur le moment. L’opinion publique, c’est sacré : pas d’affolement, surtout pas d’affolement. »

[….]

« quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions »

Une fois, la peste identifiée et admise, il faudrait prendre des mesures. Un sérum existe mais

« Savez-vous, lui dit ce dernier que le département n’a pas de sérum? »

Et comme le sérum mettra du temps à arriver de Paris, au lieu de peste  on parle de « fièvre à caractère typhoïde« , il convient d’attendre….

A l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois. Par conséquent; il importe peu que vous l’appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous s’empêchiez de tuer….

Atermoiements, contestation de l’efficacité du sérum (qu’on n’a pas), cela ne vous dit rien?

On va installer des salles « spécialement équipées« , des quarantaines…..jusqu’à ce que la ville entière soit isolée du monde et que les habitants soient réduits à être séparés, exilés, prisonniers. Tout l’art de Camus est de faire vivre ce monde séparé, d’analyser les réactions des personnages. C’est un roman et non pas une étude épidémiologique!

Les personnages sont vivants, divers avec des occupations diverses et des préoccupations bien à eux. Le Docteur Rieux est happé par son travail à l’hôpital, mais il entretient aussi des relations de camaraderie voire d’amitié avec ses collaborateurs.

s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de
lutter contre la peste, c’est l’honnêteté.

Grand, le bureaucrate sort de ses obsessions depuis que la peste a donné un sens à son travail.

Cottard va tirer profit de l’épidémie, c’est un personnage assez mystérieux dont le secret restera caché.

En somme, la peste lui réussit. D’un homme solitaire et qui ne voulait pas l’être, elle fait un complice. Car
visiblement c’est un complice et un complice qui se délecte. Il est complice de tout ce qu’il voit, des
superstitions, des frayeurs illégitimes, des susceptibilités de ces âmes en alerte ; de leur manie de vouloir parler
le moins possible de la peste et de ne pas cesser cependant d’en parler ;

Rambert veut fuir à tout prix pour rejoindre la femme qu’il aime…..

Les personnages secondaires sont, eux-aussi, bien individualisés . On s’attache à chacun d’eux. 

Une interrogation, cependant : Oran se trouve bien en Algérie? Comment se fait-il que Camus n’ait animé que des Européens? les plus exotiques sont d’origine espagnole. Rien que des catholiques! Les Arabes et les Juifs étaient-ils vaccinés ou transparents aux yeux des colons?

A lire et à relire, même en dehors de l’épidémie. Un grand livre, mais tout le monde le sait

Pierrette – Balzac

LECTURES COMMUNES

En ces temps de confinement où tous les jours se ressemblent et où aucun projet de voyage, visite, invitations ou même promenade n’est envisageable, les lectures communes donnent un un but, une date buttoir, et un sentiment de rencontre pour briser l’aridité de ces journées qui s’égrènent. Merci donc à celles qui les ont initiées et à ce partage : Claudialucia, Maggie et peut être d’autres.

Pierrette n’est pas un des ouvrages les plus connus. Avec Le Curé de Tours et la Rabouilleuse il forme la trilogie Les Célibataires appartenant aux Scènes de la Vie de Province. On peut le télécharger à peu de frais.

Provins, 1828 le compagnon menuisier Brigaut vient chanter une aubade à son amie d’enfance, Pierrette 14 ans,  recueillie par deux cousins riches, anciens merciers retirés dans leur ville d’origine.

Les célibataires sont Sylvie et son  frère, la quarantaine passée, parvenus qui cherchent à se faire admettre dans la bonne société provinciale. Balzac n’est pas tendre avec Sylvie – la vieille fille qui surprend la fuite de Brigaud

Y a-t-il rien de plus horrible à voir que la matinale apparition d’une vieille fille laide à sa fenêtre? De tous les spectacles grotesques qui font la joie des voyageurs quand ils traversent les petites villes, n’est-ce pas le plus déplaisant?

Horribles, grotesques, laids. Nous voici prévenus. Il ne manque que la méchanceté au tableau.

En préambule, l’auteur présente ces protagonistes en racontant leur carrière de négociants besogneux, dont l’univers se résumait à la boutique, bornés, bêtes :

La bêtise a deux manière d’être : elle se tait ou elle parle/ la bêtise muette est supportable, mais la bêtise de Rogron était parleuse…

Pour éblouir la bonne société de province, les Rogron ont dépensé des fortunes dans l’aménagement de leur maison. Là aussi, Balzac s’emploie à décrire l’ameublement prétentieux avec une plume acérée :

-Les rideaux des fenêtres?…rouges ! les meubles?…rouges! la cheminée?…marbre rouge portor montés en bronze d’un dessin commun, lourd ; des culs-de-lampe romains soutenus par des branches à feuillages grecs. Du haut de la pendule, vous êtes regardés à la manière des Rogron, d’un air niais, par ce gros lion bon enfant, appelé lion d’ornement, et qui nuira pendant longtemps aux vrais lions. Ce lion roule sous ses pattes une grosse boule, un détail des mœurs du lion d’ornement ; il passe sa vie à tenir une grosse boule noire, absolument comme un Député de la Gauche.

Je sais que certains lecteurs sautent les longues descriptions balzaciennes, moi pas, je me régale! Quelle ironie, mais aussi quelle méchanceté!

Balzac démonte le rouages de la politique locale, les manœuvres des notables qui veulent un siège de député, un avancement au tribunal, gazette locale, potins et médisance. Chacun avance ses  pions dans les différentes coteries. Intérêts d’argent. Mariages de convenances ou d’amour? Ces célibataires peu attirants tissent leur toile. Sylvie, la vieille fille s’y croit et même subit les affres de la jalousie.

Et Perrette, la fillette bretonne, naïve et gentille? Les deux cousins se serviront d’elle comme d’appât dans la bonne société, l’habilleront, lui apprendront à lire et à écrire. Dès qu’elle ne servira plus leurs plans, elle deviendra souffre-douleur de Sylvie. De remontrances continuelles, d’esclavage domestique aux sévices, le pas est franchi.

Tout le long du roman, les intrigues continuent. Le calvaire de Pierrette sera même le sujet d’un procès retentissant. Les méchants seront-ils punis?

C’est du grand art!

Gravure à l’acide de cette société provinciale. Balzac excelle pour notre plus grand plaisir.

 

 

 

 

Un Amour à l’aube -Amadeo Modigliani Anna Akhmatova – Elisabeth Barillé – Grasset

PARIS 1910 -1911/SAINT PETERSBOURG

Elizabeth Barillé nous conte une rencontre, un amour, entre Amadeo Modigliani et Anna AkhmatovaEst-ce une fiction? une biographie?un essai double sur la peinture à Paris et sur la poésie russe? Lecture à la fois facile et savante. Facile parce que le roman est court, fluide. Savante si on veut approfondir la recherche en suivant les pistes offertes.

Modigliani : Akhmatova

De cette rencontre, peu de preuves tangibles subsistent : un dessin que la poétesse a conservé toute sa vie, un court essai rédigé près de 50 ans plus tard, une tête de pierre sculptée par Modigliani surgie dans une vente qui a inspiré Barillé pour écrire cette histoire….Les lettres qu’Amadeo a écrite à Anna sont perdues, comme les quinze autres dessins de lui qu’elle possédait.

 

Une rencontre? une amitié? une liaison? un amour? Anna avait 21 ans quand elle a rencontré Amadeo, mariée depuis trois semaines.

Modigliani : tête sculpté, Akhmatova ?

Les histoires d’amour me touchent assez peu, les ragots encore moins. En revanche je suis très curieuse de l’intense vie artistique dans le Paris des années 1910. J’aurais dû prendre un crayon et faire la liste de tous les artistes et parfois plus précisément des œuvres : Picasso et Braque bien sur, mais aussi Soutine, Kremegne, Brancusi, Zadkine, Duchamp ou Fernand Léger… pour les plus connus mais aussi des Russes que je ne connais pas comme Natalia Gontcharova et le mouvement « valet de Carreau », Alexandra Exter, Nadejda Hazin (future Madame Mandelstamm) Altman.. J’interromps souvent la lecture pour avoir une idée des tableaux sur le petit écran du téléphone, ou sur l’ordinateur.

Altmann : Anna Akhmatova

Autre pôle : la poésie russe. Essai intéressant bien que je sois totalement ignorante. L’auteure nous emmène sur les lieux de l’intelligentsia à Saint Petersbourg ou à la campagne dans des lieux tchékoviens.

Allusions aussi à  ce qui va suivre, stalinisme et persécutions, goulag. Mais c’est une autre histoire!

 

Martin Eden – Jack London

CHALLENGE JACK LONDON

Difficile de rédiger ce billet après l’excellente analyse de Claudialucia

Il se sentit comme enivré, car là était l’aventure à tenter, le monde à conquérir et du fond de lui-même, une pensée fulgura : devenir digne d’Elle, le conquérir, ce lis pâle qui se trouvait à ses côtés[…..]

Pour la première fois il se montra tel qu’il était – avec effort d’abord – mais bientôt il s’oublia lui-même en remarquant combien sa façon de raconter plaisait à son auditoire. Il avait fait partie de l’équipage du contrebandier Alcyon, lors de sa capture par un cotre des douanes. Et il sut leur faire voir ce que ses yeux avaient vu. Il évoqua la grande mer violente, les bateaux, les marins avec une telle puissance, qu’il leur sembla être avec lui. D’une touche d’artiste, il choisissait els détails à mettre en valeur, l’image claire saisissante, et leur donnait ensuite une couleur et une lumière si vivantes que ses auditeurs étaient emportés par son éloquence….

J’ai beaucoup aimé le début du roman qui présente le jeune marin  maladroit quand il est introduit dans la maison bourgeoise de la famille Morse. Martin a vécu de nombreuses aventures en mer, il a connu les bagarres et a fréquenté voyous et sauvages, mais il est tout intimidé par les livres, tableaux, musique et toute la culture. Roman d’amour, ou Martin, ivre d’amour pour Ruth, manque de se faire arrêter par un policier. Tellement amoureux qu’il veut mériter cet amour et va policer son langage, soigner son habillement, même arrêter de boire et de fumer! Véritable frénésie amoureuse de ce grand timide qui vénère sa dame et la porte au pinacle.  Ruth n’est pas indifférente, elle est attirée par Martin et pygmalion à l’envers, va lui corriger sa grammaire déficiente, lui faire apprécier la musique et la poésie.

Mais à quoi sert le cerveau? …Ce qu’ils avaient fait, il pouvait le faire. Ils avaient appris la vie dans les livres, et lui l’avait vécue…

Par amour, et par curiosité naturelle, Martin se lance en autodidacte dans la culture livresque qu’il dévore à la bibliothèque. Cet appétit de culture est impressionnant. Martin est vraiment très doué.

Par amour, il devient écrivain. Il veut raconter le monde, son monde, la mer, ses aventures, à Ruth. Il est vraiment très doué, et il est conscient de la valeur littéraire de ses poèmes et de ses nouvelles. Il les offrira à Ruth quand il sera publié!

L’adorable splendeur du monde le transportait et il souhaitait ardemment la partager avec Ruth, il décida de lui décrire tout ce qu’il pourrait des beautés des mers du Sud […]Alors dans une auréole de splendeur et de gloire, naquit la grande idée : il écrirait. Il serait de ces être privilégiés à travers lesquels le monde entier voit, entent et sent. Il écrirait.

Cette fougue, cet enthousiasme, cet appétit de savoir est séduisant, Ruth tombe amoureuse, il est même question de fiançailles…Même si, pour la famille ce serait une mésalliance. Ils ne sont pas du même milieu social. Pour s’élever au-dessus de sa condition de prolétaire, une seule issue : publier. Avec la même énergie forcenée que ses lectures en bibliothèque Martin noircit du papier, expédie ses nouvelles et ses poème à des revues. Il se prive de dormir, de manger, met au clou son costume, sa bicyclette et écrit, encore et encore…

Elle avait une de ces mentalités comme il y en a tant, qui sont persuadées que leurs croyances, leurs sentiments et leurs opinions sont les seules bonnes et que les gens qui pensent différemment ne sont que des malheureux dignes de pitié. C’est cette même mentalité qui de nos jours produit le missionnaire qui s’en va au bout du monde pour substituer son propre Dieu aux autres dieux. A Ruth, elle donnait le désir de former cet homme d’une essence différente, à l’image de banalités qui l’entouraient et lui ressemblaient

La famille de Ruth ne reconnaît ni son talent ni ses qualités intellectuelles. Ruth, elle-même n’apprécie pas ses écrits et ne comprend pas les théories que Martin énonce. Malgré son amour, Martin prend conscience de l’étroitesse d’esprit des Morse et leur conservatisme. Il provoque les invités des Morse, choque tout le monde et finit par être indésirable à leur table. La rupture est inévitable.

Ce fut ainsi que Martin se trouva face à face avec la morale économique, ou morale de classe ; et bientôt elle lui apparut comme un épouvantail. Personnellement c’était un moraliste intellectuel et la morale de son entourage lui était encore plus désastreuse que la platitude pompeuse des raisonneurs

Misérable, proscrit, il connait brusquement un succès fulgurant. Une revue accepte un texte, puis les autres. Martin est recherché dans les dîners, justement là où on le méprisait, Ruth vient le supplier de renouer….Avec le succès, Martin perd le goût de vivre.

Sans boussole, sans rames, sans port à l’horizon, il se laissait aller à la dérive, sans lutter davantage puisque lutter c’est vivre et que vivre c’est souffrir

Le début du roman m’a emportée, les récits des mers du sud, les bagarres et aventures. L’épisode de la blanchisserie, la description de la vie des prolétaires, le personnage de Maria, Lizzie, les soeurs de Martin sont très bien rendus. On sent sa profonde empathie avec les ouvriers, les artisans et même les clochards. Jamais, même quand il distribue ses richesses il ne renie son milieu d’origine.

En revanche je me suis un peu ennuyée dans les analyses philosophiques et politiques, la découverte de Spencer, de Nietzsche, du socialisme. Toutes les recherches de l’autodidacte, les discours provocateurs m’ont semblé bien longs et embrouillés. Pourquoi Martin cherche-t-il tant à se démarquer des socialistes? Pourquoi part-il dans une cabine de première classe alors qu’il rêve d’aventure avec les matelots?

Je regrette d’avoir raté l’adaptation napolitaine du roman, adaptation très libre selon les critiques. j’espère avoir l’occasion de le voir quand le confinement sera terminé

Voyage au Centre de la Terre – Jules Verne

LIRE POUR L’ISLANDE

Jules Verne m’ accompagne souvent en voyage. 

Fantaisie et rêverie scientifique, anticipation et toujours avec style!

Quelle documentation a dû accumuler l’auteur avant de rédiger ses romans. Je me laisse prendre à ses inventions de génie.

Pour explorer le « Centre de la Terre » le point de départ tout choisi est un volcan islandais. Hypothèse de départ assez réaliste, les touristes les plus hardis (et les plus argentés) peuvent désormais descendre dans la chambre magmatique d’un volcan éteint, ils n’auront pas la prétention de descendre plus de quelques dizaines de mètre, mais penseront peut être au voyage du Professeur Lindenbrock et à son neveu.

A l’origine du voyage, un vieux livre de Snorri Sturlussson, le célèbre auteur de l’Edda et de nombreuses sagas que les Islandais comparent à Homère. Dans le volume s’est caché un manuscrit crypté en caractères runiques  d’Arne Saknussem, célèbre alchimiste islandais dont tous les écrits ont disparu au cours des guerres de religion après la Réforme. Justement la Saga d’Olafs de Snorri Sturlusson attend son tour dans ma PAL!

C’est un plaisir de lire les interprétations des théories géologiques et paléontologiques de l’époque (le roman a été publié en 1864) . Aux théories savante le Professeur Lindenbrock veut confronter l’expérience. Le Centre de la Terre est-il très chaud ou au contraire, la Terre se refroidit-elle? L’expédition possible seulement dans la deuxième hypothèse va trancher le débat.

Le long parcours dans la galerie souterraine va permettre aux explorateurs d’observer la succession des roches métamorphiques puis des roches sédimentaires. L’Evolution se déroule à l’envers quand les héros retrouvent des plantes fossiles et des animaux préhistoriques. Oublions toute vraisemblance et suivons-les dans leurs découvertes tout en révisant les connaissances scientifiques de l’époque!

Jubilatoire!