La Mue du Serpent – Grigol Robakidzé – (traduit du Géorgien) Gingko

LIRE POUR VOYAGER : GEORGIE

Hamadan… Cette ville fait penser à l’empreinte, laissée par le fer de Bucéphale : ensanglantée, jaunie, un peu rouillée et couverte de mousse, mais cependant baignée de soleil ; Hamadan est la marque d’un sabot furieux. Le
lion de pierre roux est le bouclier ardent d’Hamadan.

 

Grande paix du plateau iranien. L’air cristallin comme une eau de source. Les galets humides couverts de mousse. Le ciel, sans bornes, sans fin, pareil à un foulard d’indienne où le lapis-lazuli se marie à l’eau d’émeraude. Les étoiles — diamants, gros comme des œufs qui jettent leurs feux. Toute la contrée semble sortir de mythes qui n’ont jamais existé.

Evasion garantie, voyage d’Orient. Une découverte!

Je croyais prendre le large pour le Caucase, surprise : j’atterris en Iran, en Perse devrais-je écrire, en 1917. Archibald Mekeche, le héros de l’histoire, peintre britannique, vient de Mésopotamie et fait route vers Qazvin dans une Ford en compagnie de son chien Allan et d’un mystérieux homme enturbanné, Perse, Hindou ou Egyptien, peut être juif?

Le voyageur prend son temps et admire les paysages des montagnes iraniennes roches en couleur comme les tapis persans ou les miniatures. Poésie des lieux, couleurs, impressionniste. L’artiste fait aussi acquisition d’objets d’art : tapis, épée ancienne… En route il évoque Darius et Cyrus, le trésor des Achéménides, Esther et Mardochée, Alexandre le Grand et Bucéphale… les légendes antiques baignent Hamadan.

Mosaïques de peuples et de combattants, troupes de Cosaques, frémissement de la Révolution qui gronde en Russie, Géorgiens, Russes de l’Union des zemtsvos, humanitaires, sorte de Croix rouge russe…fraternité de ces hommes en permission qui boivent plus que de raison, chantent et se battent. Un roman d’aventure?  Il sera question de la paix de Brest Litovsk (3 mars 1918), de la Révolution à Saint Pétersbourg. Un roman historique?

Archibald Mekèche vient retrouver ses racines géorgiennes. Il rencontre un personnage fascinant : Vamekh, un Géorgien qui devient son ami, son double qui l’invite dans sa famille. Les légendes géorgiennes sont alors évoquées :

« Une vierge arrive d’Asie Mineure. Son corps pourrait attiser le désir des hommes. Mais elle abandonne le monde
et n’accepte que l’enseignement du Christ, son fiancé invisible. Elle quitte sa maison sans destination précise,
guidée par sa seule intuition. Voici qu’elle franchit la frontière de Kartlie. La terre apaise son ardeur, une source
rafraîchit son corps. La vierge convertit le peuple et lui offre une croix. N’est-ce pas beau et passionnant ?…
Attendez ! Il doit exister d’autres histoires aussi belles et passionnantes. Mais ce n’est pas tout. La vierge fait la
croix avec des sarments de vigne. Alors que les croix sont généralement faites de pierre ou de bois, matières
sèches et inanimées, la nôtre est faite de vigne, symbole de la terre, de la vie. Si la croix chez les autres incarne
la Passion et la souffrance, chez nous elle est à l’image de la fête… Mais attendez ! Je n’ai pas fini. La vierge
coupe ses nattes pour en attacher les sarments, comme si elle pansait la plaie de la vigne larmoyante. Une croix
faite de sarments attachés par les cheveux d’une femme. »

De la christianisation de la Géorgie, à ses souverains et ses nobles. Généalogies…Histoires que les notes de bas de page détaillent si on prend la peine de les lire.

Vie rurale, vins géorgiens, folklore? Fêtes dionysiaques, célébration du vin, folles chevauchées, ménades.

Il y a aussi des histoires d’amour. Des histoires de famille…

Ce livre est d’une telle richesse qu’on a envie de le relire, à peine achevé pour découvrir un nouvel aspect qu’on aurait négligé.

Trouvé sur le blog de Keisha  Décidemment de bon conseil!

 

Trinidad (3) – la vie du village – Musées –

CUBA – Mardi 25 Février 2004

Trinidad enfants des écoles

 

Promenade le matin dans les rues de Trinidad par un soleil estival . Le vent  souffle atténuant la chaleur. Si, de plus, on choisit le trottoir à l’ombre, la température est parfaite .

Les enfants des écoles vont en rang à la Foire du Livre. Ils sont réunis dans une salle pour assister à un spectacle . En route, ils mangent des glaces ou des oranges . Un homme pousse une petite charrette grillagée contenant des oranges. Avec une curieuse machine il les pèle, un fin ruban de zeste vert se déroule, puis  il coupe l’orange par moitié. Je ne sais pas comment les enfants arrivent à manger sans se mettre du jus partout !

Vendeur de rue

Nous commençons à mieux voir les boutiques , les vendeurs de légumes, les échoppes de pizza . sur le bord du trottoir, on vend des paniers en vannerie. Des vieux confectionnent aussi des petits objets décoratifs en tressant des fibres de palmier : une tortue portant une graine ovale en guise de carapace, des crocodiles . Les touristes échappés de leurs cars, occupent les rues les plus restaurées aux maisons peintes de couleurs vives .

Trinidad les rues aux pavé inégaux (montage)

Plus loin les pavés deviennent plus inégaux, les façades plus délavées, les ferronneries moins élaborées, les intérieurs plus petits et très pauvres. Des chiens squelettiques dorment dans la rue, et toujours des cages à oiseaux .

A dix heures nous entrons dans le Musée Romantique en même temps que des fournées de touristes. La présence de cette foule enlève une partie de son charme à la visite . Contrairement à la plupart des maisons de la ville, le Palais est construit avec un étage avec des balcons (vue extraordinaire). Le Musée romantique s’appelle ainsi à cause de l’époque sans doute. Il est entièrement meublé avec  une sophistication extrême : Biscuits français, porcelaine de Meissen, cristaux de Baccarat, marbres d’Italie .Seuls les meubles sont cubains . Nous sommes prises en main par une des gardiennes du Musée qui malheureusement se contente de désigner les objets précieux et de nommer leur provenance. Le luxe de ces aristocrates sucriers est inouï . une baignoire de marbre ressemble à un sarcophage antique. Elle ne comporte ni arrivée d’eau ni vidange . C’était la tâche des esclaves. Seule mention de l’esclavage . Tout ce luxe nous éblouit mais la foule gâche notre plaisir.

les riches maisons des sucriers, patio fleuri

Le Musée de l’Architecture est moins prisé des touristes en car. La gardienne qui nous sert de guide, plus intelligente que la précédente . La visite est donc beaucoup plus plaisante. Cette belle maison coloniale est bâtie sur un plan similaire à la nôtre  en beaucoup plus grand . La salle de réception immense : son plafond de cèdre est extrêmement décoré à l’espagnole, presque à la marocaine . Elle est flanquée de salles plus petites servant de chambres à coucher. A l’arrière, une galerie s’ouvre sur le patio . Dans cette pièce, les femmes brodaient, cousaient au frais . La vaste cour est bordée des chambres des domestiques d’un côté, de l’autre d’annexes utilitaires, cuisine extérieure, WC etc… Au fond, un petit édicule abrite une centrale à gaz (acétylène) pour l’éclairage . La citerne couverte se trouve dans un coin de la cour. L’eau de pluie est soigneusement captée par tout un système de gargouilles et de gouttières. Le sol est pavé de marbre importé d’Italie. Un détail architectural nous avait intriguées à La Havane : les demi-cercles au dessus des hautes portes de bois nous les retrouvons . ici, en fines lamelles de bois disposées en éventail pour l’aération.

climatisation naturelle (courants d’air)

Comme au Maroc, la climatisation est l’art de faire circuler l’air dans les pièces aux hauts plafonds . Ici, tout est courants d’air, claire-voie, persiennes, lattes …La belle maison à étage et à galerie ressemblant aux sobrados capverdiens a été transformée en galerie d’art. Une salle est consacrée à un peintre dont la peinture fait penser à la sérigraphie de Robert. Motifs africains, couleurs primaires, dessins un peu naïf.

Nous avions remarqué des touristes au sommet d’ une tour carrée dominant la Plaza Mayor . Nous voulons les imiter et tournons autour du « bloc » puisque c’est ainsi qu’on nomme un pâté de maisons . Nous nous retrouvons dans le hall du Musée Municipal occupant, lui aussi, un Palais à étage (le plus grand) construit autour d’un patio à arcades. Deux étages plus une sorte de colimaçon dans une cage en bois et au final, une échelle conduisent à la terrasse. On se bouscule dans l’escalier. Magnifique vue sur la Plaza Mayor et la montagne en toile de fond.

Les collections du Musée Municipal sont éclectiques, la présentation, un peu vieillotte. Toujours des panneaux bilingues noir sur blanc. Des photos anciennes, des fac-similés de lettres. Toujours une très grande place aux exploits guerriers .Ici, la Révolution n’est pas au premier plan, plutôt les luttes pour l’Indépendance. J’apprends  de nouvelles choses sur l’esclavage :

-14 000 esclaves travaillaient aux plantations au début du XIXème siècle

  • le développement de ces plantations est relativement récent (un décret autorisant la Traite est daté de 1789)
  • -c’est l’effondrement des plantations d’Haïti qui a stimulé la production à Cuba
  • l’une des photos de Manaca avec la tour à 7 étages vue hier me surprend . Sur la photo, pas de trace du mignon village. Près de la tour, une énorme maison (le restaurant actuel) et plus loin , la sucrerie avec quatre cheminée qui a maintenant disparu . c’est surtout l’absence du village qui m’étonne.
  • dernière visite : l’église. Intérieur peint en blanc, sobre. Des chapelles ont été rénovées avec des autels en bois moderne de facture assez grossière. Les statues de bois sont assez étranges : nombreuses sont habillées avec de vrais habits de tissu. Une scène représentant une barque sur des flots de bois bleu porte des personnages (apôtres ?) habillés comme des cubains actuels enchemise kaki avec les manches retroussées, ils rament au pied d’une Vierge flottant sur des petits nuages baroques.

Comme hier, nous achetons un déjeuner populaire en monnaie nationale(je donne 1$ et on me rend un billet inconnu de 10 pesos) nous achetons deux pizzas cubaines au fromage jaune cuites dans des assiettes en fer blanc, type militaire. Le four est un bidon (genre bidon d’essence) horizontal posé sur un support métallique. Je fais la queue, le pizzaiolo m’appelle « companera » ce qui m’amuse .On essore la pizza du gras avant de l’arroser de ketchup .C’est un peu bourratif mais  cela a bon goût .

Nous faisons un peu de lessive que nous étendons dans le patio avec celui de la dame.

Trinidad : notre Maison Coloniale

CUBA  2004

Salon d’apparat

Avant le retour à  La Havane, il est temps de décrire notre maison coloniale . Elle est située 126 calle Cienfuegos sur la route principale qui va de Cienfuegos à Sancti Spiritu. Ce nom est une coïncidence.  Camillo Cienfuegos fut le compagnon de Che Guevara. La façade est peinte en vert amande. Elle s’ouvre par une très haute porte de bois marron antique. La fenêtre est grillagée avec des motifs en rosace évoquant un soleil et ses rayons. On entre par une pièce toute en longueur qui sert de bureau avec des bibliothèques remplies de livres. Le salon est très vaste, carrelé de motifs floraux imitant un tapis. Un portique de quatre colonnes sépare la pièce en deux, deux colonnes de chaque côté et deux au milieu. Quatre fauteuils cannés en bois foncé  meublent chaque partie . A l’arrière, un piano . La chaîne Hifi et la télévision sont les seules concessions à l’époque moderne. A l’arrière du salon, une longue galerie couverte communique avec le salon par trois ouvertures dont l’une est fermée par une grille représentant le soleil comme celle de l’extérieur. Des persiennes de bois marron avec des lattes orientable ferment la maison.

Le patio de la résidence Sanchez

Le patio est une vaste cour rectangulaire cimentée avec trois bac plantés de verdure . Dans le massif rond, au milieu, pousse un aloès en fleur, dont je cueille une feuille grasse pour calmer les piqûres de moustiques au coucher du soleil à la Boca. Les deux autres bacs sont carrés, le premier occupé par des rosiers énormes, celui du fond  par sept bananiers. Des potiches contenant des palmiers complètent la verdure . Face à la galerie, au fond, le comedor et la cuisine sont également fermés par les mêmes persiennes que celles de la galerie. La longueur du rectangle est occupé par quatre chambres aux portes laquées de crème, avec des fenêtres grillagées. Dans le salon de jardin, deux berçantes métalliques et une petite table .

Notre chambre est très haute. Le plafond de bois en pente se termine par un auvent à l’extérieur. Les meubles anciens sont sculptés de motifs floraux . Face au lit, un curieux meuble tarabiscoté : un très haut miroir est encadré par deux petites commodes à tiroirs recouvertes de marbre, autour du miroir, un cadre compliqué avec des colonnettes un frontispice à sculpture en coquille . Au dessus du lit, un crucifix de bonne taille sur un cœur . J’ai essayé de faire raconter à Helena l’histoire de la maison . Celle ci a deux cents ans mais son arrière grand mère l’a achetée il y a cent ans. La grand mère y est née. Quand Héléna était adolescente, on y donnait des fêtes et on dansait dans le salon. Mais le père est mort et depuis il n’y a plus eu de fêtes.

La Havane – Vedado – visite de la Forteresse – Musées – Cocotaxi – Prado

CUBA – Samedi 21 février

La Havane : petit marché local

En sortant ce matin dans le jardin, l’odeur délicieuse d’oranger en fleur nous surprend. Inutile de se lever tôt dans notre belle maison Le petit déjeuner n’est pas servi avant 8heures.  A neuf heures, nous sommes sur la calle 23, si animée hier soir, maintenant déserte. Pas un taxi.  Nous détaillons les belles façades, certaines restaurées, certaines mangées par la végétation tropicale Des chapiteaux corinthiens, ioniques ou doriques s’écaillent ou sont soulignés par des peintures colorées dans la plus grande fantaisie. Difficile d’imaginer la vie dans ces villas immenses. Les anciennes familles occupent-elles encore leurs domaines ou sont ils fractionnés en logements ?

Nous sommes à la recherche d’une bouteille d’eau . J’essaie une épicerie au comptoir ouvert sur la rue . Les rayonnages sont absolument vides, bien entendu, l’eau minérale est inconnue. S’il n’y a rien sur les étagères, par terre se trouvent des sacs. On vend en vrac, le riz, le sucre les haricots et la farine pesés sur une balance Roberval. Pas de conserves en dehors du lait condensé . Sur des étals presque vides sont exposés des tomates, concombres et tubercules que je n’identifie pas .

en taxi vers la forteresse

Nous trouvons enfin un taxi, une vieille Lada qui suit le Malecon et emprunte le tunnel pour aller à la forteresse.

9h30 : il est bien trop tôt. La billetterie n’ouvre qu’à 10 heures (plus une bonne dizaine de minutes de retard. L’exactitude n’est ni espagnole ni latino-américaine) . Il fait déjà chaud, le soleil tape dur . Une belle lumière inonde La Havane.

De loin, les gratte-ciel du front de mer ont belle allure, de près ils étaient laids .La Havane offre son profil américain avec ses gratte-ciel et son Capitole.

profil « américain » et port vus de la forteresse

Les gros cargos se succèdent dans la passe qui mène au port. L’un d’eux, Panaméen est particulièrement rouillé.

Finalement, nous pénétrons dans l’énorme forteresse du 18ème siècle entourée par ses fossés herbus et ses hauts murs .Elle garde l’entrée du port, le défendant des corsaires. Très vaste  et armée de nombreux canons. Ce n’est qu’une partie du système défensif. Un autre fort se dresse en avant à côté du phare, en face, la Fuerza Real que nous avons visitée la semaine dernière .

La Havane : forteresse

Les bâtiments très hauts précédés de hautes portes de bois sont très bien conservés (ou restaurés).Ils abritent un petit musée des armes (poignards, sabres, kris) du monde entier, des restaurants, et surtout la Foire du Livre .les écriteaux au dessus des portes évoquent la littérature cubaine   Lezama Lima, Alejo Carpentier ...

Nous montons sur les enceintes sous un soleil cuisant(j’aurais dû prendre mon chapeau de paille ou un foulard). Sur la Place d’Armes, une surprise nous attend : une dizaine de soldats espagnols en perruque et bottes de mousquetaires relève la garde . deux d’entre eux se détachent. Un minuscule canon est mis à feu à l’aide d’une loupe. Autour du canon, en arc de cercle : un grand cadran solaire.

Fortreresse de la Havane : relève de la garde

Visite au Musée Che Guevara : on voit son bureau, quelques effets personnels, un vieux sac à dos, un canif . beaucoup de photos. J’en connais une bonne partie d’après le livre de Découvertes Gallimard et celui de Kalfon. Sur des panneaux vieillots très sobres : des citations à la gloire du Che de Fidel, de Borges et l’inévitable José Marti .C’est émouvant . La personnalité du Che, archange de la Révolution, modèle d’un Homme Nouveau ne peut laisser indifférent . Pourtant je suis toujours sceptique aux martyrologies . Que serait il devenu s’il avait survécu ?

Pour rentrer : taxi de collection : une Opel 1954 peinte en marron. Le chauffeur nous fait remarquer que Cuba est un musée roulant ;

Irons nous voir le Musée de la Musique ? Assises sur un banc du square du 13 mars, nous hésitons. Promenades au Prado pour voir les façades des grands édifices ? ou Musée de la Révolution construit dans le monumental Palais Présidentiel construit en 1913 ?

La Havane : Capitole

Impossible de faire l’impasse sur la Révolution. Nous passons plus d’une heure à regarder les photos en noir et blanc avec leur austère commentaire, les slogans révolutionnaires , et quelques objets de la vie quotidienne des guérilleros (chaussures de marche, chemises militaires, blaireaux …)tout un demi siècle d’histoire défile, et pas seulement à Cuba . je reconnais les figures de Nasser, de Gagarine, de Mikoyan . cela me remue que les images d’actualité de mon enfance et de mon adolescence soient maintenant passées à l’Histoire. des souvenirs clignotent .

Des visages inconnus de cubains, bourgeois, paysans sous le chapeau de paille, quelques rares visages de femmes ,. des centaines de visages qu’on ne peut pas ignorer. Je lis avec attention les austères panneaux de statistiques . Bien peu répondent à mes interrogations . Rien sur les taux de naissance ni sur la contraception, si peu sur les exportation et le prix du sucre .

De la guerre opposant Cuba aux USA, des données nouvelles : la guerre bactériologique aurait été utilisée par la CIA : maladies du tabac, maladies de la canne et même la dengue . Que penser ?

Dominique découvre qu’elle comprend très bien l’espagnol écrit des panneaux même mieux que l’anglais .

Nous rentrons au Vedado en Coco taxi – version latine du touktouk asiatique – version moderne aussi : une coque en fibre de verre jaune : un engin léger, rigolo, confortable mais terriblement bruyant. Le notre ne démarre pas, il doit être poussé par trois vigoureux passants . A chaque carrefour, il pétarade sans trêve . Malheur, s’il cale, il ne pourra pas repartir .

Dans le jardin il fait une température idéale, pas une voiture dans la callé 25 ni sur 6 . Des enfants jouent à la balle dans la rue. Je me prélasserais bien encore plus dans cette douce tranquillité .

Cocotaxi

Vers 16 heures, nous prenons un autre cocotaxi, nous y avons pris goût . Je marchande 3$  pour la Vieille Havane, le chauffeur en demandait 5 . C’est toujours risqué de marchander avec un touktouk j’en avais déjà fait l’expérience à Kanchanabury . Pour ce prix négocié, le Cocotaxi fonce, nous secoue . C’est à se demander s’il ne fait pas exprès de passer dans les nids de poules et s’il ne rase pas les piétons pour nous effrayer . J’allais faire la remarque à Dominique « nous sommes punies », quand la police arrête notre véhicule qui roulait à gauche largement au dessus des 40km/h autorisés. Au lieu de nous conduire à la Cathédrale, il nous laisse devant le Capitole. Nous sommes bien contentes de descendre à défaut d’être arrivées à destination .

Nous sommes abordées par des mendiants. C’est la première fois . Je distribue de bonne grâce chicklets et savons.

Nous descendons le Prado qui est vraiment une très belle promenade ombragée d’arbres magnifiques, avec des bancs de marbre, bordée de deux contre-allées tranquilles . Les immeubles sont surchargés de stucs, colonnes et moulures, peints en vert, bleu, beige . Comme c’est samedi, soir tout le monde est dehors au balcon. Je prends une photo d’une femme noire vêtue de rose fuchsia avec des bigoudis sur la tête qui danse avec son balai. Il y a de la musique partout. Chacun pousse sa chaîne au maximum.

Aux balcons du Prado

Nous nous asseyons sous les fenêtre d’un bel immeuble d’où sort une musique assourdissante : d’après ce qu’on voit sur le balcon, c’est une boum d’enfants .

Par les petites rues animées, nous parvenons à la Cathédrale. Des musiciens jouent dans un bar, les spectateurs se massent dans la rue . sur la place de la Cathédrale, devant le restaurant Le Patio un orchestre de cinq musiciens . Des cubains invitent à danser les touristes. Un vieux noir avec une casquette rouge fait rouler un bidon et fait mine de danser avec .

Le musée colonial occupe une belle demeure construite autour d’un vaste patio . les salles du rez de chaussée présentent de la vaisselle de porcelaine fine : quel raffinement chez les familles nobles espagnoles ou créoles .  A l’étage, des pièces sont reconstituées : une salle à manger d’apparat avec tout un service de verres en cristal, ne chambre à coucher etc… Nous sommes sans cesse sollicitées par les bruits de la rue les orchestres des bars des rues adjacentes, ,  trois petites filles répètent une chorégraphie en tapant dans leurs mains …

Il fait presque nuit quand nous remontons Obispo que nous reconnaissons . Cela fait plaisir de repasser par des endroits connus. Nous nous approprions la ville . Pourtant Obispo,  le soir, est bien différente de l’autre matin . Les oiseleurs ont rentré les cages, les librairies sont fermées mais les bars font recette . Nous passons devant des galeries de peintures que nous n’avions pas remarquées quand nous cherchions nos piles . Je fais mon pèlerinage Hemingway, entre au Floridita (très classe, air conditionné, le portier referme la porte derrière moi) . A côté du fameux tabouret de l’écrivain, une silhouette en carton à son effigie .

 

Vinales/Cayo Levisa

CUBA – Mardi 17 février 

Le minibus traverse la région des mogotes .La paroi des buttes est rongée par l’érosion, creusée de grottes formant des entrelacs de dentelle calcaires . Je révise mes connaissances botaniques de fraîche date . Au tournant. de la route, la fameuse grotte de l’Indien (un complexe touristique) . Des étables collectives et un assemblage de maisons de ciment toutes pareilles décalées par rapport à la route :  Un kibboutz ? cela y ressemble .

Nous traversons un bourg très animé : Las Palmas . Il y a un monde incroyable dans la rue et sous les portiques . Que font ils ? les courses ? Nous voyons un marché. Quittant la montagne, les cultures changent : des bananeraies, les bananiers sont très hauts. Au loin, la mer grise barre à l’horizon . La chaleur et l’humidité sont palpables . Nous découvrons nos premières rizières inondées, certaines sont en terrasse comme en Asie. Des hommes labourent avec leurs bœufs, d’autres repiquent ou desserrent les plants de jeunes pousses, font des tas de plants à repiquer ailleurs .

Dans le minibus des conversations se sont engagées entre deux danoises très jeunes, une Irlandaise à allure de bonne sœur aux cheveux très blancs séparés par une raie au milieu et une belge vêtue d’une polaire bleu ciel très chic, maquillée . J’écoute distraitement leur conversation . La Belge connaît très bien Cuba qu’elle a visité à plusieurs reprises . Ces filles voyagent comme je l’aurais souhaité en logeant en casas particulares . Elles ont plus de contact avec les cubains que nous. La Belge raconte l’histoire de ces Cubains qui ont essayé de joindre la Floride à bord d’un camion ou sur de grosses voitures américaines justement à partir de l’embarcadère. Elle raconte les problèmes de ces émigrés illégaux qui souvent veulent retourner à Cuba. Cette fille a l’air très bien renseignée.

Cayo Levisa

palétuviers

10 h nous embarquons sur un tout petit bateau comme ceux qui emmènent les touristes en plongée . C’est sans doute le même. Les valises sont entassées sur le pont, tout le monde s’assoit sur le rebord. La mer est grise, très calme, le trajet très court . Nous voyons la ligne de côte avec ses palmiers échevelés qui s’éloigne . Déjà on s’approche de la mangrove . On devine le sable blanc de la plage Le bateau accoste sur un ponton de bois dans les palétuviers .

Un homme empoigne le sac à dos, je lui confie la valise, nous parcourons une centaine de mètres sur un chemin de planches et aboutissons à la réception d’une sorte de Club Med . Accueil en musique avec cocktail de fruits tropicaux .Un employé prend le voucher et nos passeports . Nous poireautons un long moment avant qu’on ne nous conduise au bungalow n°33 (composé de quatre appartements, nous sommes au rez de chaussée)Le bungalow est tout neuf, meubles modernes, climatisation avec télécommande,  télé satellite, des lits jumeaux d’au moins 1 m de large La décoration est de bon goût sur les thème des coquillages  Au fond un vaste placard très bien conçu pour les valises avec deux penderies. Je vide la valise, pour trois nuits, cela vaut le coup de s’installer. Pas de coffre fort . Propreté et confort sans reproche .

Vers midi, nous sommes installées . Notre île déserte ressemble à un catalogue de vacances : sable blanc et cocotiers . Il manque quand même le soleil !

Le ciel est plombé de gros nuages gris. Le vent est très frais. Nous nous promenons sur la plage . l’eau est tiède., le sable très doux . Nous trouvons des coquillages . Les premiers sont cassés . Dominique enfin en trouve un entier et me l’offre . Le coquillage me pince, il est habité par un beau bernard-l’ermite avec de belles pinces bleues et de longues antennes comme celles des crevettes. Nous trouvons aussi de grosses éponges tubulaires, candélabres fantaisistes et décorés . C’est la première fois que j’en trouve . Il y a aussi de petites boules gélatineuses irisées : Des méduses ou des œufs ? D’autres méduses ressemblant à des physalies sont ourlées d’un bord bleu nuit très beau . Je les manipule avec précaution.

Le restaurant est une grande paillote  rectangulaire, très simple du dehors beaucoup plus agréable que la cantine de Los Jazmines conçu pour les groupes en car . Comme l’île n’offre aucune autre possibilité  de restauration nous sommes en pension complète ( j’avais cru lire en demi pension). Je commande une soupe de poisson très légère mais contenant des morceaux entiers . Puis des poissons grillés avec de l’ananas, on dirait de l’espadon  ..Au dessert, riz au lait à la cannelle . Un guitariste et une chanteuse jouant de diverses percussions animent le restaurant . c’est extraordinaire, cette musique vivante partout.

A l’extrémité de l’île, je découvre une domaine enchanté. Quelques arbres morts se détachent au contact de l’eau, puis des branches sèches forment un entrelacs que je contourne avec difficulté, m’enfonçant dans le tapis épais d’herbes marines desséchées, enroulées comme des copeaux, sans doute des Posidonies. Tantôt les racines aériennes des palétuviers pendent comme des lances menaçantes, tantôt elles ressortent de terre, pics argentés par le temps, polis par le sable, pièges à déjouer . Je suis prise dans un labyrinthe si loin de la civilisation . J’ai enfin l’impression de me trouver sur l’île déserte promise . Personne n’est passé sur ce sable . Pourquoi les palétuviers sont ils morts ? Les écorces se détachent laissant des traces de rouille autour des troncs . Partout des terriers de crabes qui fuient à mon approche et rentrent dans leur trou. Un arbre bien vert, à quelques mètres du rivage sur son radeau de racines aériennes entremêlées en arceaux complexes . Parti seul à la conquête de la mer,  son feuillage dégagé forme une boule parfaite découpée net au niveau de l’eau .La langue de sable est si étroite, une dizaine de mètres à peine puis c’est la mangrove dense et verte avec des chenaux d’eau immobile limpide et verte. Je la rejoins avec peine, rusant avec les obstacles. Dans l ’eau peu profonde nagent de très petits poissons et des crevettes . Cette découverte m’enchante. Il me faudrait venir avec mon nouveau carnet moleskine dessiner l’arbre-radeau et les formes compliquées des squelettes des palétuviers ?

Je retourne en marchant dans l’eau, me jouant des obstacles et profitant de l’eau tiède. La marée montante a envahi le sable blanc, la plage a presque disparu sous les accumulations de copeaux de feuilles et sous les tas d’algues . Je rentre les mains chargées de trésors : test d’oursin énorme et deux éponges .

Dominique a rapporté les siens :une belle éponge et deux boules mystérieuses, une noire sans doute une graine, et une blanche, peut être un œuf, accroché à des rameaux, des squelettes de créatures marines étranges et translucides en forme de clochettes fragiles.

Je retourne avec mon carnet moleskine mais le vent a forci, les nuages se sont épaissis, il tombe des gouttes qui m’empêchent de dessiner. Je reprends ma promenade à la lisière de l’eau jusqu’à la tombée de la nuit. La caresse de la vague qui vient mourir sur le sable, se retire et revient suffit pour me ravir. Je marche avec précaution pendant le reflux sur ce sable extrêmement blanc d’une finesse inouïe . Ce bonheur est un cadeau des dieux et me fait oublier mes regrets .

Je me concentre sur le plaisir simple de la promenade .

La Vieille Havane : Place d’Armes, Forteresse royale – place de la Cathédrale – Musées

CUBA – vendredi 13 février après la sieste

Au pied de la forteresse musique et danses

Sieste jusqu’à 15 h. Le décalage horaire se fait sentir.

La Place d’Armes est maintenant pleine de touristes ; dans les bars des petits orchestres jouent de la musique partout.

La Forteresse Royale (Real Fuerza) a belle allure. Reconstruite au 16ème siècle dans un beau calcaire fossilifère, beaux madréporaires. Au rez de chaussée, exposition de céramiques contemporaines. Certaines classiques : vases et plats émaillés, d’autres plus originales : une machine à écrire et de curieux livres de terre, aussi politiques : un globe terrestre posé sur des crânes humains, un œuf avec un bébé à l’intérieur tétant le sein, des images violentes. Nous montons sur la terrasse admirer le panorama. Et découvrons un marché. On y vend des souvenirs pour les touristes : sculptures de bois de style africain, des bijoux sans intérêt, de la vannerie et de très beaux linges, chemises d’homme à plastron plissé, combinaison de femmes en percale blanche brodée, pantalons blancs …Un orchestre noir et deux danseuses animent une petite place . Je ne résiste pas à la tentation de photographier la danseuse noire qui agite des branches de verdure. Elle vient me réclamer la pièce,  quelques pesos  ont l’air de la contenter.

Place de la cathédrale

Nous passons à côté d’un très beau bâtiment baroque, le Séminaire en activité, qui ne se visite pas. La Place de la Cathédrale est bordée de très belles arcades d’un côté. Nous photographions la cathédrale à travers la colonnade et les bougainvillées roses. Une belle terrasse de café occupe une bonne partie de la place, des musiciens jouent, des femmes en costume folklorique, des fleurs dans les cheveux, avec des turbans africains ou antillais portent des paniers, elles se font photographier par les touristes .Les vieilles fument d’énormes cigares. Une vieille a même habillé un petit chien en l’affublant de lunettes de soleil et d’un tournesol artificiel.

De la Cathédrale, nous retournons à la Place d’Armes où nous visitons le Musée de la Ciudad dans le Palacio de los Capitanes Generales. Autour d’un beau jardin avec des paons, les arcades s’élèvent sur trois niveaux. Une gardienne nous fait les honneurs des salles d’apparat, nous montre les baignoires sculptées, le Trône, les meubles magnifiques venant d’Espagne et…. saisit  l’appareil photo et d’autorité me photographie . Ce qui m’intéresse le plus ce sont les souvenirs des guerres d’Indépendance de Cuba. Nous faisons connaissance avec les personnages de ces guerres Cespedes, Marti. Nous voyons les drapeaux américains de cette guerre contre l’Espagne et prenons contact avec une histoire complètement ignorée.

Enfin, nous passons par l’église San Francisco, par les portes ouvertes nous voyons l’intérieur sobre mais renonçons au Musée d’Art sacré. La Vieille place plaza Vieja : très très vaste. Pas de touristes, beaucoup d’enfants, des gamins jouent au ballon, d’autres ont une trottinette et des patins à roulette. Au centre une fontaine, une exposition de sculptures modernes gigantesques en fer rouillé.

La malédiction du Vendredi treize a encore frappé : le guide  Gallimard a disparu. je retourne en vitesse à la Plaza Vieja par le chemin le plus direct : Obrapia (sur laquelle donnent les fenêtres de notre chambre) Santo Ignacio . je suis contente d’arriver à me repérer dans notre quartier.  Le livre est passé par pertes et profits. Le réceptionniste nous monte dans la chambre une salade de poulet et des calmars pour 10 $. Après le dîner, nous faisons un dernier tour : Place d’Armes et le petit Temple grec qui commémore la fondation de La Havane. Nous longeons les docks (un cargo rouillé sur l’autre rive) et rentrons par la Plaza Vieja espérant retrouver Gallimard. Les rues sont désertées par les touristes mais il y a de la musique dans tous les bars.

Si les péripéties de la journées ne nous ont pas permis de visiter sereinement et méthodiquement la Vieille Havane en suivant studieusement les itinéraires des guides comme nous le projetions, en revanche nous avons ratissé le quartier et découvert au hasard des maisons peintes à balcons, des moulures et stucs Belle Epoque, des façades baroques ou coloniales, sans parler des vitraux en demi cercle surmontant souvent les fenêtres.

 

 

La Havane : Emplettes diverses rue Obispo

CUBA –   Vendredi 2713 février 2004

Rue Obispo

Sans être superstitieuses, ce vendredi 13 ne nous porte pas chance !

Comme de juste, avec le décalage horaire, nous nous réveillons bien trop tôt vers 4 heures du matin. A 5h, impossible de se rendormir.

Le petit déjeuner est servi dans le patio : une corbeille de petits pains frais, une assiette de fruits : papaye, ananas, pamplemousse en tranches, tortilla et très bon café. Je me livre à l’inventaire des fougères et plantes tropicales qui dégringolent de la galerie.

Il fait frais, la lumière est délicieuse. L’appareil photo est inanimé. Avant tout, faire l’acquisition d’une pile. Et d’une carte de téléphone. La rue de l’hôtel Oficios bordée de belles maisons de pierre coloniales conduit à la Place San Francisco, très vaste et déserte ce matin. L’église et sa fontaine de pierre font face à un très grand immeuble début 20ème siècle, une grande banque et une Poste où nous devrions trouver la pile et les cartes de téléphone. Rien, nada!  les rayonnages sont déserts ni carte (malgré un écriteau) ni pile !

Obispo : hôtel Ambos Mundos où Hemingway a séjourné

Nous consultons nos plans assises dans un très joli jardin public,  Place d’Armes occupée par: au centre la statue de Cespedes, ornée de 4 fontaines de pierre, et de palmiers très hauts et d’arbres magnifiques .

Boutiques et maisons de la calle Obispo (montage)

La rue Obispo, est une artère commerçante. Mais  magasins n’ouvriront pas avant 9h30. J’entre dans les Hôtels : Ambos Mundos, celui qui abrite la chambre Musée d’Hémingway   et au Florida qui nous vend deux cartes téléphoniques de 10$ . Nous trouvons rapidement une cabine téléphonique Pour appeler la France :  119 33 et le numéro sans le 0. Jusque là, tout va bien. La Calle Obispo commence à se peupler. Il semble que les Cubains arrivent en avance au boulot et se massent devant les entrées des magasins et des bureaux avant l’ouverture.

Pour la pile, c’est beaucoup plus compliqué. Aucun magasin ne vend de pile. Il y a des boutiques de vêtements de luxe, des librairies, des cafés, des bazars mais pas de magasins de photos ni d’électricité. Dans les boutiques pour Cubains, les rayonnages de bois sont vides. Ceux du  Cap Vert étaient mieux achalandés ! du rhum, quelques biscuits secs sinon rien ! Pas de fruits, une boucherie déserte. Deux échoppes d’horlogers prétendent d’après un  écriteau, réparer presque tout, mais elles sont vides.  Au bout d’Obispo, le Floridita, le bar d’Hemingway est fermé.

Pause dans le jardin du Parque Central. Au loin, nous reconnaissons le Capitole. De l’autre côté de l’avenue l’hôtel Ingleterra et l’Opéra. Belles façades Belle Epoque très surchargées en stuc et sculptures. Nous nous installons sur des bancs de pierre à l’ombre d’arbres magnifiques. Ici aussi, des fontaines rafraîchissantes. Un couple s’adresse à nous en Français, elle métisse aux cheveux courts teints en blond, lui très grand. Ils sont très contents de trouver des français et répètent inlassablement « à La Havane, pas de problème, 3 millions d’habitants, un million de policiers, pas de maffia, pas d’insécurité ». Ils vantent les chambres particulières et les paladares. Puis expliquent « A Cuba trois monnaies, le dollar, le peso national, ce n’est pas pour vous, et le peso convertible » c’est assez clair, leur but est de nous amener à changer des dollars pour des pesos convertibles. Ils connaissent un endroit au quartier chinois. Ce n’est pas notre première préoccupation, nous cherchons une pile pour l’appareil photo. Ils nous emmènent donc à un magasin qui en vend en nous faisant passer par des rues désertes très délabrées où les voitures ne peuvent pas circuler à cause de trous immenses. Nous trouvons notre pile et de l’eau fraîche. Après les achats nous leur faussons compagnie, ils demandent une commission. Je suis assez mal à l’aise de les planter ainsi mais le quartier chinois n’entrait pas dans nos plans. En longeant le Capitole nous retrouvons le Parque Central très rapidement

Déception, avec la nouvelle pile, l’affichage électronique de l’Olympus clignote mais le flash reste immobile et le zoom inerte. La panne doit être plus grave.

J’aurais bien photographié l’Opéra, très kitsch, très très pâtisserie. Ce soir, on donne la Traviata, dans ce décor cela m’aurait bien plu.

Retour sur Obispo chez les horlogers réparateurs polyvalents. Je confie l’appareil à l’un d’eux. Selon lui, la pile ne serait pas bonne. Nous n’avions que moyennement confiance dans le magasin minable. Peut être est elle périmée ? On nous dirige vers le grand magasin Harris Brothers où nous trouvons une autre pile, encore une déception mais on ne peut pas se faire rembourser. J’achète deux jetables. Puis je regrette, j’essaie d’échanger les jetables contre un petit appareil bon marché Pas question ! à Cuba on n’annule pas un article passé en caisse . Nous restons avec les jetables.

les bouquinistes de la Place d’Armes

Une foule dense occupe maintenant Obispo, des échoppes de sandwiches sont ouvertes (pour nous c’est trop tôt). Les boutiques ouvertes semblent plus avenantes. Je commence à photographier les façades peintes. Sur une placette fleurie des oiseleurs vendent des oiseaux dans des cages. Les bouquinistes ont installé leurs étals sur la Place d’Armes. Tous ces livres me fascinent : œuvres de Lénine, de Che Guevara en bonne place ainsi que Garcia Marquez ; Il y a aussi de vieilles éditions avec de belles reliures. Un marchand très jeune, style étudiant me montre un traité de Charcot sur les maladies cérébrales. De nombreux fascicules sur la Flore et la Faune de Cuba me tentent.

Je retourne à l’hôtel chercher mon chapeau de paille, il est passé onze heures et le soleil tape. A la réception je raconte mes mésaventures avec l’appareil photo, espérant qu’on m’indiquera un dépanneur : Habana-photo derrière la Place d’Armes semble la bonne adresse. Ce sont de vrais photographes. Malheureusement, leur diagnostique est fatal. La pile est bonne, ce sont les contacteurs qui sont fichus. Cela ne nous étonne qu ‘à moitié, après le nettoyage au compresseur au Maroc .Il ne reste plus qu’à en racheter un neuf ! Mais la boutique ne prend pas la Carte Bleue. Je cours à la banque place San Francisco. Le mauvais sort du vendredi 13 me poursuit : panne informatique ! Je rachète presque le même Olympus pour 254$ (La boutique  hors taxe de Charles de Gaulle avait des modèles plus perfectionnés pour 99 €).

 

 

.

 

 

Cochons – Voyage au pays du Vivant – Erik Orsenna – Fayard

PETIT PRECIS DE MONDIALISATION VI

Depuis le Voyage au Pays du Coton, je suis fidèlement les différents opus de son Précis de Mondialisation Orsenna donne toute sa mesure comme économiste et écrivain. J’aime le suivre sur les cinq continents et explorer un thème, Coton, Papier, Eau et Caoutchouc pour l’Exposition Coloniale. Orsenna est un conteur et un vulgarisateur merveilleux. En ce qui concerne le « Vivant« , sa biographie de Pasteur et la Géopolitique du Moustique m’ont aussi intéressée. C’est dans la lignée de ce dernier que ce dernier opus trace sa route. 

80 petits chapitres, parfois une page, parfois une dizaine sont rangés en huit parties. Chapitres courts, lecture facile, distrayante. Sans se prendre au sérieux ,l’auteur explore de nombreuses pistes avec ou sans cochons (parfois remplacés par les chauve-souris), rencontre des spécialistes, les cite et satisfait la curiosité de chacun.

On peut s’attacher à tout lire à la suite, ou picorer les sujets d’intérêts divers.

Mais, qui trop embrasse, mal étreint. L’auteur s’éparpille parfois. La Pandémie de Covid-19 surgit – semble-t-il – en cours de route, d’où les digressions avec les chauves-souris, et les explications (un peu basiques) sur l’immunologie. J’ai préféré les histoires autour du cochon et surtout quand il nous emmène en Bretagne à la rencontre des éleveurs, des algues vertes, méthanisation et commercialisation. J’aurais aimé qu’il creuse plus ce sillon. Je suis plus que saturée de coronavirus, chauves-souris et autres.

Ami des éleveurs, il dresse un tableau assez complaisant de l’élevage industriel. La critique est sous-jacente, jamais appuyée, il tente de concilier vegans et charcutier.

Je suis déjà pressée de lire les autres œuvres d’Orsenna, honnête homme, de très bonne compagnie. 

Croisière, Mali Lošinj, Nézérine

MITTELEUROPA un mois à travers l’AUTRICHE, la HONGRIE et la CROATIE

A bord du ferry : ravitaillement de petites îles

La tempête,

La tempête a secoué le pin toute la nuit, lui arrachant des craquements inquiétants. Nous avons peu dormi. Nous regardons la mer avec inquiétude. Dans le creux de notre baie tranquille, abritée par la presqu’île, la surface de l’eau est toute creusée de vagues. Comment sera la pleine mer ?
Par hasard, j’ai justement retrouvé dans la poche de ma polaire le Mercalm du voyage en Auvergne et je l’ai rangé, bien accessible, dans le filet extérieur de mon sac à dos.

Embarquement

Sur le quai, plusieurs files de voitures attendent l’embarquement. Bien sûr, nous nous trompons de queue. C’est la foire d’empoigne, personne n’est capable de nous renseigner, finalement nous montons avant tout le monde dans le ferry, dépassant par la droite une imposante caravane tirée par une imposante berline immatriculée en Allemagne, sous l’œil furibard du conducteur et les vives protestations de sa femme.
A 8h10 nous avons choisi nos sièges, le départ est prévu pour 9h. J’ai donc le temps de chercher Le Monde et de boire un café. Je fais un tour au pas de course dans la citadelle, pas de Monde.

La traversée

A bord du ferry : croisière d’îles en îles

La traversée est un enchantement. Le vent a molli. Il souffle juste  assez pour nous rafraîchir. Nous naviguons entre les îles allongées, certaines sont plus pelées, la plupart recouvertes d’une végétation très verte. Pins ou chênes verts? On ne distingue pas toujours. Les habitations sont rares. Il nous semble être dans un paradis d’îles désertes. J’avais craint la tempête et le soleil, je suis à l’ombre, tranquille et regarde défiler les voiliers.

Les petites îles

Notre ferry ravitaille trois petites îles : Olib, Silba et Prémuda. Il est attendu à quai par des petites remorques attelées à de minuscules tracteurs qui montent sur le bateau et chargent des caisses d’eau minérales, de bière, de boissons diverses quelques caisses de tomates(on doit plus boire que manger dans ces îles !), Chaque fois les véhicules garés à la poupe doivent libérer le passage aux livraisons. Heureusement que nous sommes garées à l’avant de la cale. Le spectacle est divertissant. On imagine comme le bateau doit être attendu dans ces villages perdus .Des passagers descendent à pied, d’autres montent.

Arrivée à Mali Lošinj

Mali Losinj : port

Les six heures ont passé par enchantement.   Nous parvenons à Mali Lošinj , jolie petite ville dans une rade étroite où stationnent de gros bateaux.
Il nous faut trouver une banque puis une agence de Tourisme. Là tout se complique. L’employé nous fait comprendre qu’il a peu de chambres.  De plus nous souhaitons être en dehors de la ville près de la mer.
Il nous fait un plan, derrière l’aéroport, sur un chemin de terre dans les champs « poljé » rajoute-t-il.

« Tout est complet! »
Nous trouvons l’aéroport, de minuscules avions privés sont posés là, un hangar un bar perdu. Il n’y a même pas une cabine téléphonique. Nous nous engageons dans un chemin et sommes accueillies par une femme, la soixantaine, en maillot de bain qui sort d’une très vieille maison perdue et délabrée ? Elle est désolée : tout est complet.


Une cahute sans eau ni électricité

Pour nous dépanner, elle propose, au dessus de chez elle une cahute sans eau ni électricité et téléphone à son amie Ivana qui loue un appartement moderne près de la mer. Ivana doit venir nous chercher ci.
En attendant, on nous offre un verre d’eau et nous faisons la conversation en italien. La dame nous explique qu’ici c’est le calme « pace » avec la compagnie des chats du chien et des brebis. L’endroit est magnifique, la table est à l’ombre des grenades en fruit, d’un amandier. Autour, de l’herbe sèche, des oliviers, plus loin le maquis et le chemin qui mène à la plage. Je resterais bien ici, même sans confort.

L’appartement d’Ivana
Le mari d’Ivana arrive au volant d’un Alfa rouge, retour à la civilisation. L’appartement est luxueux, la cuisine grande et très bien équipée On arrive à la question des prix 85 DM, c’est raisonnable, mais tout se complique, elle ne prend pas de locataires pour 3 ou4 jours, une semaine c’est le minimum. Nous lui expliquons que nous ne pourrons pas rester aussi longtemps, elle reste ferme.

Il est passé six heures et nous n’avons toujours pas de gîte.
Nous poursuivons vers le nord. Nous sommes très mal accueillies dans un village de vacances.


Tout est complet(refrain)

Mali Losinj  : un gîte idéal?

Nous repérons des chambres à louer. Ici pas d’écriteaux voyants, dans toutes les langues dépassant sur le bord de la route. Ici, on ne racole pas, on n’attend pas le client. Un discret panneau avec 4 lettres SOBE. Il faut rouler doucement pour les découvrir.
Nous frappons à la première porte : oui, il y a une chambre avec une salle de bains et usage de la cuisine. C’est très bien situé dans une maison ancienne, devant la maison, une table et des bancs sous une tonnelle. L’endroit est pittoresque, je vais sortir mes aquarelles. Nous déchargeons les valises, ravies. Je descends pour payer et là tout se complique. La dame m’a montré un panneau en Croate où le prix figurait : 92 kuna, maintenant c’est 120 parce que nous restons moins de 4 jours, j’essaie d’expliquer que nous resterons peut être plus longtemps si l’endroit nous plaît, mais elle ne comprend rien. Je prépare donc 240 kuna pour deux nuits. La dame fait deux tas de 120 kuna et m’explique en allemand rudimentaire que cette somme c’est pour une nuit seulement, 120 par personnes. Là, je me fâche, cette somme qui monte à chaque discussion m’agace. Jusqu’où vont-ils monter ? Nous descendons les valises.

Nezerine : 3 mâts

A l’agence de tourisme « Turist Biro » de Nézérine, on nous propose une chambre pour 260 kuna avec salle de bain à partager assez loin de la mer.
Nous dédaignons cette offre et continuons vers le nord.
A Osor Dominique s’exclame « ici nous allons trouver ! » rien du tout, tout est complet. Il est 8heures passées, la situation devient critique .Les rayons du soleil traversent les murettes de pierre sèche, cela rappelle le Connemara, mais nous ne sommes pas d’humeur à faire de la photo.
Nous retournons à Nézérine avec le papier de l’agence et la trouille que la chambre ne soit plus disponible.
Enfin nous montons les bagages dans une chambre blanche toute entière occupée par un lit immense, une grande armoire en bois clair, genre chambre d’un hôtel un peu vieillot .Le balcon a une jolie vue.  Nous n’avons pas l’usage de la cuisine, la dame sert des petits déjeuners payants.
Je tire les leçons de notre aventure, je me suis emballée trop vite au petit port ? Le prix était seulement de 120kuna avec l’usage de la cuisine et la salle de bain et il y avait surtout la belle tonnelle. La dame n’était pas une « voleuse ». Simplement, elle parlait trop mal l’allemand et moi je ne comprends pas le Croate. Les prix sont officiels, affichés, l’augmentation tout à fait légale.
Nous aurions gagné une soirée agréable, en plus de tout le reste.

En voyage, rester cool !

7
Nous avons dîné sur le bord de la mer à la nuit tombante, puis nous nous promenons dans le village. Juste en face de chez nous une belle maison à la façade rouge sombre arbore le lion de Venise sculpté au dessus du porche. Des ruelles en pente conduisent à une placette occupée par deux terrasses de café et un placier. Toutes les tables sont occupées. On se croirait en Italie. Sur le bord de mer, l’animation est encore plus grande : tout le monde déambule, le port est occupé par de gros bateaux. Les restaurants chics sont pleins.
Cette île est vraiment très différente de celles que nous avons vues dans la région de Zadar. Elle est ravissante. La moindre maison mérite une photographie, soit pour ses bougainvilliers, ses balcons ou ses vieilles tuiles romaines. Le tourisme est très « haut de gamme » : peu de campeurs, des yachts, pas de fast-food ou de supermarchés, de jolis restaurants de poisson, des pizzerias. Les touristes de l’Est, Tchèques, Polonais et Hongrois ont disparu, les Allemands sont plus discrets. Ici, les touristes sont Slovènes et Italiens. Ici tout le monde parle Italien. L’Italie est une garantie de bon goût, mais aussi de vie chère. Plus de saucisses immondes ni de pâtés horribles, au supermarché : du salami et du jambon cru. Plus d’indice non plus de conflit récent, des grosses voitures . Ile privilégiée, tourisme de longue date. Dommage que notre budget soit un peu serré pour y rester longtemps..

 

Vienne : Secession,

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Metro Karlsplatz (Otto Wagner)

Métro Karlsplatz, notre point de ralliement.  Il fait un temps magnifique pour prendre des photos des pavillons du métro d’Otto Wagner, de la Karlskirche et du pavillon Sécession. En attendant l’ouverture du Pavillon, nous faisons un tour au Naschmarkt.

Pavillon Sécession

Pavillon Secession

Le Pavillon Sécession est très sobre avec seulement quelque ornements et surtout un dôme de feuilles dorées. Devant la porte, des topiaires dans des vasques bleues, posées sur de grosses tortues de bronze. La porte en bronze est  très belle.

Pavillon Secession : entrée

Fresque de Klimt

Klimt : le Géant Typhée

La fresque de Beethoven de Klimt court sur les murs d’une vaste pièce rectangulaire. Des femmes transparentes volent allongées. Seule leur chevelure est colorée. Des plages dorées, en relief, font ressortir les cheveux peints et les vêtements colorés. Sur un autre mur, un singe énorme avec des ailes bleues et un corps de serpent, figure un monstre géant : Typhée avec ses trois filles les Gorgones menaçantes. Sur le troisième côté la fresque se termine par les chœurs de la IXème symphonie.

Klimt : fresque Beethoven

Installations d’art Contemporain

Deux expositions d’art contemporain : une installation d’un vidéaste dans une sorte de tunnel surélevé en Skaï avec des écrans de télévision : des gens friqués parlent, un verre à la main, une piscine,… aucun intérêt.

Encore une installation à l’étage supérieur : des vêtements sont pendus ou posés sur le sol, des dessins sont suspendus. Sur l’un d’eux la « gestion du bonheur » formulée comme un problème de robinets avec des débits, des fuites.. Sur une banderole toute l’histoire du XXème siècle est schématisée de façon très marxiste avec des flux de capitaux, des rouages, des entonnoirs (dépression) un réseau enserrant l’Europe figure le nazisme.

Klimt : choeurs de la 9ème en lévitation


Opéra

Nous allons à pied à l’Opéra qui fait meilleure figure sous le soleil. Ressemblance avec Garnier, en moins bien, et avec le palais Ferstel, renaissance Italienne.

Tramway D jusqu’à la Gare du Sud.