Consuelo – George Sand

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

 

« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »

« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la
rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »

Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.

Pauline Viardot par Maurice Sand

L’histoire commence à Venise. Consuelo est la très jeune fille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane.  Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître  qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset à Venise  ; Consuelo  a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville. 

« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »

Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans  ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.

….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »

Château dessiné par Victor Hugo

Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.

« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette
très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la
lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une
demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de
son oeuvre savante. »

Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sand n’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs

« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. « 

L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn, qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporina sera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.

Vienne 1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora  ruiné et passablement aigri.  Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice. 

« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »

Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!

Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cette Consuelo : intelligente, douée, fidèle en  amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer. 

Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue  sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadt qui est la suite de Consuelo!

ma participation acu Challenge des Epais de l’été

Une passion pour George Eliot – roman – Kathy O’Shaughnessy – Ed de Fallois

CHALLENGER LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Merci à Claudialucia d’avoir fait voyager ce livre pour une lecture commune CLIC

Je viens de terminer Middlemarch après Le Moulin sur la Floss, Adam Bede, Felix Holt le radical et Silas Marner maintenant que je connais un peu l’oeuvre, je suis curieuse de m’intéresser à l’écrivaine, sa vie, ses amours. 

Comme la mention « roman » l’indique, ce n’est pas une biographie littéraire ni même une biographie complète que Kathy O’Shaughnessy a écrite. Sans s’intéresser aux années d’enfance, d’études ou au début de sa carrière comme journaliste et critique, le livre s’ouvre en juillet 1854 (elle a 35 ans) quand Marian Evans se met en ménage avec George Lewes lui-même marié et père de famille et qu’elle prétend se faire reconnaître comme Mrs Lewes. 

Le couple quitte l’Angleterre pour vivre leur amour loin des conventions sociales londoniennes, des commérages et surtout du rejet de la bonne société qui tolère les liaisons extra-mariages de George Lewes mais pas celle de Marian, véritable paria de la vie sociale. Rejettée par les femmes de la bonne société, sa famille et son frère adoré Isaac comme de ses amies de toujours.

Quand ils quittent l’Angleterre, Marian Evans est connue comme critique mais pas encore célèbre comme écrivain. Elle a écrit La conversion de Jeanne. C’est la sortie de Adam Bede puis de Middlemarch sous le pseudonyme de George Eliot qui va lui apporter le succès (et la richesse). Contrairement à George Sand qui s’affiche avec pantalons et cigares, et dont le pseudonyme est vite éventé, au contraire George Eliot se revendique Mrs Lewes et ne mettra dans le secret de la signature que très peu d’intimes, son éditeur, bien sûr, Spencer (qui sera indiscret) et quelques amies qui aurau ont deviné le genre de l’autrice. Elle pense que de lever le secret nuirait au succès et laisse planer des incertitudes. Un imposteur s’est même déclaré avoir écrit les livres. J’ai bien accroché aux premières parties de Une passion pour George Eliot

Malheureusement une autre histoire s’intercale dans l’histoire de George Eliot : la narratrice est une universitaire spécialiste de George Eliot, organisant des cours et même un congrès à Venise sur l’autrice. Une histoire assez glauque se mêle à celle de la Passion pour George Eliot. je me serais franchement passé des histoires d’amour mettant en scène les professeurs. la balade à Venise n’est pas désagréable. Etait-ce bien nécessaire? 

La suite concernant Marian Evans et George Lewes se déroule en Angleterre, George Eliot est maintenant une auteure à succès reconnue. Leur vie se déroule dans de belles maisons, ils reçoivent, leur amour est parfait jusqu’à ce que le fils de Lewes revienne malade d’Afrique, assombrissant leur quotidien, puis que Lewes lui-même meure….

Et! surprise Marian contracte un mariage tout à fait officiel à l’église avec un ami de longue date du couple Lewes, un très jeune homme, très séduisant. Mariage à l’église, voyage de noces….Ce dernier mariage me fait penser à l’épilogue de Middlemarch qui se terminait par des mariages heureux avec des enfants. Pas d’ enfants pour George Eliot qui a  60 ans passés! Mais surtout un échec cuisant. 

Bien sûr, je suis curieuse de la vie de mes écrivains préférés, surtout des conditions qui ont présidé à la rédaction de leurs chefs d’oeuvre. Dans le cas du livre de O’Shaughnessy, trop de romance, pas assez de littérature. je reviendrai au livre de Mona Ozouf : L’autre George mais pas à Une passion

Merci quand même à Claudialucia

L’Autre George – A la rencontre de George Eliot – Mona Ozouf – Gallimard

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Attention : spoiler! Mieux vaut avoir lu les romans de George Eliot avant d’entamer la lecture de cet ouvrage. Il ne s’agit nullement d’une biographie de George Eliot comme je l’avais cru quand j’ai téléchargé ce livre. C’est plutôt une promenade dans ses oeuvres qui commence avec le Moulin sur la Floss que j’avais déjà lu, puis continue avec Middlemarch que je m’aprêtait à lire. L’analyse de Mona Ozouf est passionnante mais suppose qu’on soit familier avec les personnages, et raconte un peu trop pour qui n’a pas terminé le livre. Donc, à ne lire qu’après lecture de George Eliot sous peine de divulgâcher l’histoire. Dans cette logique, j’ai sauté le chapitre concernant Daniel Deronda qui sera au programme du challenge en septembre. 

A la suite de cette réserve, L’autre George est très intéressant, d’une lecture fluide. C’est le point de vue d’une historienne qui resitue les livres de George Eliot dans leur contexte historique, social et littéraire. Mona Ozouf met au jour des correspondances, des gemelléités, entre les personnages soit à l’intérieur d’un roman, soit à travers différentes oeuvres. C’est aussi l’interprétation d’une philosophe qui va questionner les questions religieuses et philosophiques ayant cours dans l’Angleterre du XIXème siècle. 

Après les études des trois oeuvres citées précédemment, des chapitres transversaux : « La moraliste », « l’artiste », « la femme » vont éclairer les principaux aspects de l’oeuvre de George Eliot. 

Ce qui m’a le plus intéressée c’est la question de la place des femmes dans l’oeuvre de George Eliot, et dans la société anglais. George Eliot peut-elle être considérée comme féministe? Pourquoi ne s’est-elle pas engagée avec les suffragettes dans la lutte pour le vote des femmes? (George Sand, non plus, d’ailleurs). 

La conclusion du livre est une comparaison entre « Les deux George » sur laquelle je reviendrai sûrement quand nous ferons un bilan du challenge.  

ce cousinage le signe le plus voyant était bien sûr l’adoption du nom masculin

Chez elles, de surcroît, le pseudonyme masculin ne venait pas seulement couvrir une œuvre, mais une vie. Et pour l’une comme l’autre, un mode d’existence soustrait à la convention.

Mais toutes deux dénoncent en revanche une société inique qui prive les femmes des droits fondamentaux. Et
l’emblème du malheur féminin leur paraît être le mauvais mariage, que des lois scélérates empêchent de
défaire.

Middlemarch – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

1150 pages .

Lu en 10 jours, lecture laborieuse.

Combien de fois me suis-je interrompue en maugréant « quelle bavarde cette George! » et même « quelle pleurnicheuse! » quand des larmes roulaient sur la joue de Rosemonde ou de Dorothée. L’écrivaine ne nous épargne rien de toutes les hésitations, les remords ou les rougeurs du visage des héroïnes, et l’action n’avance que très lentement.

Si Middlemarch compte 1150 pages, c’est surtout parce que George Eliot a beaucoup à nous raconter : tout un monde dans sa comédie humaine. Difficile de décider qui est le personnage principal : Dorothée, peut-être, la jeune fille qui a le caractère le plus original, qui refuse un bon parti, James, jeune beau, amoureux pour épouser un barbon, qui se révèlera égoïste, tyrannique et jaloux.

 » C’était cette oppression écrasante d’une vie
de femme riche, où tout se faisait pour elle et où personne ne demandait son aide, où elle devait péniblement garder comme une pure vision intérieure le sentiment d’une existence utile et multipliée, au lieu de recevoir du dehors les appels qui eussent donné un emploi à ses fortes aspirations. »

Célia,soeur cadette de Dorothée, correspond à l’idéal féminin, jolie, soumise, mère de famille.

Une femme, si bonne soit-elle, dit-il, doit, en toutes circonstances, s’accommoder de la vie que lui fait son
mari. Il a fallu que votre mère s’accommodât de bien des choses avec moi.

une belle dame peinte par Singer Sargent

Rosemonde, encore une fille à marier, de bonne famille! Elle s’éprend d’un jeune médecin prometteur qui l’épouse. Mary n’est pas d’origine aussi fortunée, elle est obligée de gagner sa vie ; son amoureux d’enfance, Fred, devra faire ses preuves avant qu’il ne soit question de mariage. Donc, 4 jeunes filles à marier. 

Les partenaires masculins sont très différents. Causabon est un pasteur écrivain, spécialiste de mythologie, Lydgate un médecin, James, baronnet intéressé par les chevaux et la chasse, et Fred, fils de famille instruit mais velléitaire. Chacun avec ses préoccupations, ses ambitions, ses faiblesses. Chacun de ces personnages est envisagé dans sa vie sociale et professionnelle.

Et comme les 8 acteurs viennent de familles inscrites dans la vie de la ville, l’écrivaine va donc s’attacher à faire vivre les parents sur plusieurs générations et évoquer des secrets de famille. Et tout ce monde mérite bien 1150 pages!

Middlemarch s’annonce comme un roman d’amour. George Eliot analyse très finement les sentiments qui président à la naissance d’un amour. 

« Mais, une fois le seuil du mariage franchi, c’est sur le présent que se concentrent l’attente et l’espérance
antérieures ; une fois embarqué sur la galère conjugale, vous êtes bien forcé de vous apercevoir que vous n’
avancez pas »

Quatre mariages (deux enterrements). George Eliot paraît très critique vis à vis de cette institution qui infériorise les femmes. Pas de mariage forcé, ou arrangé ni même de convenance dans ce roman. Ce seront des mariages d’amour. Et pourtant rien ne se passe comme prévu. Dorothée qui croyait assister son érudit de Casaubon, naviguer dans les hautes sphères intellectuelles, est reléguée au peu enviable rôle d’épouse. Rosemonde se voyait maîtresse d’une  maison brillante,voit ses meubles inventoriés menacés de saisie à cause des dettes de son mari. Dans les deux cas, le désamour succède rapidement. J’ai cru presque jusqu’à la fin  que le thème était un procès du mariage. L’épilogue va donc me surprendre, tout fini par s’arranger et des couples heureux vont avoir des enfants et vivre heureux comme dans les contes de fées. 

Pourtant, ce n’est pas du tout un conte de fée, plutôt la relation des rapports sociaux à Middlemarch avec tous ses composants :

Caleb Garth de secouer pensivement la tête, en méditant sur la valeur et la puissance indispensable de ce travail aux mille têtes et aux mille bras, qui nourrissait, habillait, logeait, faisait vivre en un mot tout le corps social. Cette idée s’était dès l’enfance emparée de son imagination. Les échos de la grande usine où l’on construit les navires, les cris d’appel des ouvriers, le ronflement des fourneaux, le tonnerre ou les sifflements des machines étaient à son oreille une musique sublime ; l’abattage et le chargement des bois de construction, la grue manoeuvrée sur le quai, les produits de toute espèce entassés dans les entrepôts, la
précision et la variété des efforts musculaires, partout où il y avait un travail déterminé à accomplir, toutes ces
scènes de sa jeunesse avaient agi sur lui comme une poésie sans l’aide des poètes, lui avaient fait une
philosophie sans l’aide des philosophes, une religion sans l’aide de la théologie.

Une foule de personnages inscrits dans la vie d’une ville moyenne dans le début de la Révolution Industrielle. On voit arriver les chemins de fer qui vont amputer les prés et les champs. Un hôpital doit se construire dans la suite hygiéniste des épidémies de choléra. Lydgate, le jeune médecin a étudié en France et apporte des idées nouvelles, il dérange les habitudes des praticiens qui vont lui mener la vie dure.

Le thème de la religion, ou plutôt du rôle social des pasteurs occupe une place importante dans ce roman comme dans nombreux ouvrages de George Eliot. Il est fort peu question de foi, de doctrine, plutôt du rôle social du prêtre.  Les actionnaires de l’hôpital doivent se prononcer pourle choix de l’ aumonier de l’hôpital : c’est une décision tout à fait politique. La politique est aussi un des ressorts du livre : l’arrivée de banquiers, d’hommes d’affaires bouscule les pouvoirs aristocratiques des propriétaires terriens.

Middlemarch, la ville du milieu, est une petite cité où le conformisme social règne. La respectabilité est remise en cause par la rumeur. Respectabilité et méfiance pour celui qui vient d’ailleurs, surtout pour celui qui porte un nom étranger. Dorothée, l’anticonformiste, sera seule à se lever pour défendre les victimes  de la  rumeur. C’est d’ailleurs un des points forts du livre.

C’est donc un livre très riche  avec de nombreux personnages complexes qui évoluent au fil de l’histoire. Il faut avoir un peu de temps devant soi, mais il mérite l’effort. 

ma participation au Challenge des Epais

George Sand à Nohant – une maison d’artiste – Michelle Perrot – Ed du Seuil

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

« Nohant est une thébaïde, qui autorise une existence égalitaire, entre les membres de la famille élargie qui l’
habite, y compris avec les domestiques et les paysans voisins qui « entrent dans la maison comme chez eux ».

Michelle Perrot est une universitaire, historienne spécialisée dans l’histoire des femmes. Elle fut la directrice de thèse de Marie-Jo Bonnet et j’ai eu le plaisir de la rencontrer lors de la soutenance de thèse de Marie-Jo. George Sand à Nogent est donc un ouvrage très sérieux, bourré de petites notes. Toute affirmation est donc justifiée. On n’est pas forcé d’interrompre la lecture, pour les consulter. Sérieux mais point ennuyeux. C’est une lecture très riche. 

Au lieu d’écrire la biographie classique, de la naissance d’Aurore à son décès, suivant l’écrivaine dans ses périgrinations et ses amours, Michelle Perrot a choisi de se concentrer sur Nohant,. Elle  décrit par des cercles concentriques la maison, ses habitants , les visiteurs, mais aussi le cadre de vie, maison et jardin et les environs immédiats.

« Nohant vécu par Sand : tel est notre propos. Dans ses dimensons matérielles et symboliques, affectives et politiques, réelles et idéales, côté chambres et côté jardin. Dans sa folle ambition de projet communautaire, d’atelier d’artiste, de lieu de création, de modèle égalitaire. »

George Sand à Nohant comporte trois parties : Les gens, les lieux et les temps. 

Parmi « les gens » nous ferons connaissance avec la famille de l’écrivaine, lignée de femmes de Marie-Aurore de Saxe sa grand-mère à Aurore lauth-Sand, sa petite fille que j’ai eu le privilège de voir à Mezières-en-Brenne. J’avais tout juste 8 ans mais je me souviens de la très vieille dame. Nombreux hommes, de Casimir, le mari butor,Maurice, à Chopin , Manceau l’amant, Clesinger le mari de Solange…nous croiserons les pas des invités illustres ou pas, Litz et Marie d’Agoult, Delacroix, Flaubert, Dumas fils, Eugène Lambert, Théodore Rousseau, Pauline Viardot … artistes célèbres simples invités, ou inspirés par les lieux. (j’en ai oubliés).

Moins connus, les fidèles berrichons, les politiques, journalistes, avocats.

N’oublions pas les nombreux domestiques qui faisaient (ou non) presque partie de la famille. Avec une certains ambiguité comme Marie des Poules dont 

« L’histoire de Marie Caillaud, dite des Poules montre les limites de la transgression sociale, la persistance des assignations « 

responsable de la basse-cour, elle participe aux soirées lectures, se baigne dans la rivière avec George, fait l’actrice au théâtre de Maurice puis se trouve congédiée « à la Saint Jean » quand elle est enceinte.

Avec les lieux la lectrice découvre les changements, les aménagements que George Sand fait à sa vaste maison, inventant de nouvelles pièces, des ateliers pour les artistes. Si le menuisier confectionne les meubles, c’est George, elle-même qui coud et brode, elle a un goût des travaux d’aiguille que je n’imaginais pas. Amusantes aventures de l’installation du calorifère. Elargissant le champ des lieux, le chapitre du jardin m’a enchantée. Attention particulière portée aux arbres que George Sand interdit d’élaguer. Puis, pour créer des vues,  elle élague elle-même, malgré tout. 

Elargissant encore le regard, nous découvrons le domaine : George Sand est une propriétaire terrienne d’une envergure non négligeable dans le Berry de petites exploitations. Efforts d’agronomie moderne, déboires, essais d’introduction de l’élevage bovin….Michelle Perrot ne néglige rien. Souvent je pense à la Cerisaie de Tchekov.

l’éventail des caricatures

Attention prêtée au temps  : emploi du temps de l’écrivaine qui écrit la nuit pour consacrer la journée aux enfants et aux invités. Mais aussi temps qui passe, de l’enfance de la petite Aurore avec sa grand-mère à son décès.

D’autres sujets m’ont passionnée : le théâtre et le Théâtre de marionnettes. Et bien sûr les idées politiques de George Sand au cours des périodes révolutionnaires et son rôle de journaliste. Le retranchement dans son domaine pendant le Second Empire, qui lui a été parfois reproché. Ses idées féministes et leurs limites. Il me faudrait sans doute une deuxième lecture plus attentive pour développer ces idées. 

Et finalement l’attention à la nature, la défense des arbres :

« Laisser verdure » seront ses derniers mots. Et la défense de la forêt de Fontainebeau, une de ses dernièes actions »

A mesure que j’écris, je me rends compte qu’il faudrait que je relise cet ouvrage bien trop riche pour une seule lecture.

Felix Holt, le radical – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Après la lecture de La Ville Noire de George Sand, roman social écrit en 1860 nous continuons le Challenge avec Felix Holt, paru en 1866. Deux oeuvres tout à fait contemporaines, se situant dans des villes de province (Thiers pour la Ville Noire et la ville fictive de Treby Magna dans les Middlands. Ici, s’arrête la correspondance entre les deux livres. 

Felix Holt est un très gros pavé de plus de 800 pages dont la lecture a été laborieuse.

Mon ignorance  de l’histoire anglaise, de ses rois et leaders politiques  m’a génée. Heureusement le traducteur nous fournit des notes en fin de volume, et cela ralentit la lecture. Whigs et Tories, c’est encore à ma portée mais que sont ces « radicals« ? D’autant plus qu’il semble y avoir deux acceptations pour ce concept, celle de Harold Transome,politicien un peu plus à gauche que les whigs et ceux qui sont vraiment radicaux comme Felix Holt. Autre lacune :   la religion, les différents courants, entre Anglicans, Non-conformistes (?) et catholiques, je manque de références. Toujours au chapitre religion, les citations bibliques s’incrustent dans les arguments du pasteur et des femmes pieuses. Là encore, les notes vont bien m’aider, et me retarder. Comme tout sujet de Victoria est censé connaître Shakespeare, les allusions sont nombreuses et me laissent perplexe. Et je parle pas de la mythologie! Tout cela est bien intéressant mais cela ne fait pas avancer l’intrigue!

L’action est assez ramassée dans le temps, en 1832, juste avant et après une campagne électorale.

Trois volumes :

Le  volume I  présente les personnages, plante le décor.  Les propriétaires terriens, les Transome,  en leur manoir, l’avocat  Jermyn qui a géré les domaines et les démélés judiciaires. Comme dans le Moulin sur la Floss,  les affaires embrouillées et les procès semblent peser sur les finances.   D’un autre côté : la petite congrégation non-conformiste autour du Pasteur Lyon, sa fille, Esther, et Felix Holt, idéaliste qui a abandonné les études de médecine pour s’établir horloger et qui veut éduquer les ouvriers. 

Le volume II se déroule pendant la campagne électorale. Une réforme récente a créé de nouvelles circonscriptions, de nouvelles candidatures se déclarent. Etrangement, Harold Transome, de bonne famille de tradition tory se présente comme Radical . Il va faire appel à Jermyn comme agent électoral, qui lui-même délègue ses pouvoirs à un personnage trouble, Johnson. En 1832, le suffrage universel n’existe pas. Etrangement, un même électeur peut avoir plusieurs voix, qu’il peut même offrir à deux concurrents. Les votes s’achètent par des faveurs quelconques. Les ouvriers, évidemment, ne votent pas mais ils peuvent influencer la campagne, acclamant ou conspuant tel ou tel candidat. On peut gagner leur faveur en payant des tournées de bière dans les pubs. Evidemment, les ouvriers alcoolisés peuvent causer des troubles…. Felix Holt se trouve mêlé à ces agissements .

Le volume III commence après les élections. Harold Transome a été battu par le tory Debarry. Felix Holt accusé d’être le meneur d’une émeute est emprisonné. Harold Transome veut se débarrasser de Jermyn dont il n’a plus besoin. Ce dernier, détenteur de secrets de famille, va le faire chanter. Et se trame une histoire d’amour entre Esther dont le secret de la  naissance a été révélé, et Harold Transome. Quel amoureux Esther va-t-elle choisir : l’intègre Felix Holt, emprisonné injustement ou Harold, le gentleman qui lui procurera une vie agréable au manoir? Esther joue le rôle principal dans ce volume. Le roman s’éloigne de la politique pour prendre la tournure d’un roman d’amour, presque une série télévisée. 

Ce  roman très dense, très riche, très varié m’a beaucoup intéressée malgré   les écueils   qui ont retardé ma lecture. Les personnages très variés et très nombreux sont complexes et évoluent au cours de l’histoire. Si les hommes sont les protagonistes de la campagne électorale, les femmes jouent un rôle important et leur personnalité n’est pas négligée. Elles ne votent pas (les ouvriers non plus) mais elles ont des opinions souvent tranchées et n’hésitent pas à agir quand elles en ont l’occasion. Les citations (que je n’ai pas beaucoup appréciées  à cause de mon manque de culture) sont parfois des éléments humoristiques puissants. Il faut être britannique pour en goûter pleinement la saveur.

Me voilà donc un peu moins ignorante en ce qui concerne l’Angleterre du XIXème siècle! Et prête à de nouvelles aventures de la George anglaise!

La ville noire – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

« C’est ce qui te prouve, dit Sept-Épées, qu’il y a deux partis à prendre : ou rester pauvre avec le cœur content,
ou se rendre malheureux pour devenir riche. »

La Ville Noire est une ville imaginaire partagée en deux parties : la ville haute bourgeoise et la ville basse industrieuse avec de nombreux ateliers métallurgiques. Pourquoi ville noire? George Sand ne l’explique pas, l’industrie utilise surtout la force de l’eau, des cascades et de la rivière. Peut être inspirée par Thiers à cause de la coutellerie.

La Ville Noire est un roman social. Le héros du roman, Sept-Epées, est un jeune ouvrier, doué, intelligent, beau -ce qui ne gâche rien. Ambitieux, il songe à s’élever dans l’échelle sociale, travailler dur, épargner, devenir patron et peut-être atteindre la ville haute. Il est amoureux de Tonine mais hésite à la demander en mariage par peur de s’engager. 

Tonine a une forte personnalité, elle aussi , aime Sept-Epées, mais le trouve trop tiède. Elle n’épousera qu’un prétendant qui l’aimera vraiment. 

« courage de nous mettre en ménage, n’est-ce pas ? reprit Tonine, qui se vit forcée d’achever la phrase. Eh bien ! non, mon cher camarade, je n’aurai jamais le courage de me marier par courage. J’ai la fantaisie de me marier joyeusement, par amitié et avec toute confiance dans mon sort. Voilà pourquoi, ne voyant pas en vous cette confiance-là, je n’ai pas eu de dépit contre vous. »

C’est un roman d’amour qui glorifie plutôt l’amitié et la camaraderie que la passion romantique. C’est aussi un roman qui donne le beau rôle à des femmes indépendantes et généreuses. 

Les personnages secondaires sont intéressants, Gaucher, l’ami fidèle, qui a choisi une vie simple d’ouvrier, trouvant son bonheur dans sa famille avec Lise et leurs enfants. Ce foyer chaleureux pratique la solidarité, toujours prêts à rendre service. Audebert  s’est rêvé en bienfaiteur de l’humanité, il a essayé, échoué, brouillon, mais poète. Anthime et son fils le médecin, tous des gens de bonne volonté. Le seul salaud se rachète. Décidement chez George Sand, il y a bien de braves gens! 

George Sand se penche sur la condition ouvrière alors que la Révolution Industrielle est à peine en marche :  la limite entre artisan et ouvrier est floue. L’ouvrier peut encore s’établir patron. Les idéaux saint-simoniens ne sont pas loin des délires d‘Audebert. On est loin du pessimisme de Zola. La  fin du roman fait penser à un conte comme La Petite Fadette. 

 

George Sand – fille du siècle – Séverine Vidal/Kim Consigny – Delcourt

CHALLENGE LES DEUX GEORGE DE LA LITTERATURE AVEC CLAUDIALUCIA

Eimelle m’ donné envie de le lire CLIC 

Comme il se trouve à la médiathèque, je l’ai réservé sans attendre le calendrier que nous avions fixé pour lire une biographie. J’étais trop impatiente. Dernièrement une série-biopic était passée à la télévision et j’avais écouté un podcast de RadioFrance CLIC

334 pages pour toute une vie :  de l’arrivée d’Aurore-bébé à Nohant (1804) jusqu’à son décès à Nohant (1876). Je me suis un peu perdue dans les détails de l’enfance d’Aurore, les rapports entre la grand-mère aristocrate et sa bru plébéienne. Passage au couvent et mariage très jeune avec Casimir Dudevant(1822) avec la naissance de Maurice et de Solange. La vie conjugale se détériore et je m’ennuie un peu dans toutes les péripéties avant que la baronne Dudevant ne se décide à partir à Paris et à devenir George Sand (après plus de 100 pages).

Les pages parisiennes me font croiser écrivains, journalistes.  Ce n’est que p122 que l’écrivaine sort travestie en homme avec un beau haut de forme et des bottes masculines. Je commence à me prendre au jeu, tout en trouvant le récit un peu fouillis avec tant de personnages certains connus d’autres obscurs. Indiana paraît p. 136, son premier chef d’oeuvre reconnu par la critique. Amants et amante se succèdent à un ryhme endiablé. Heureusement  j’ai d’autres sources pour me repérer. Je me prends à cette lecture et embarque avec Musset pour Venise. Gondoles et galères. Musset est plus agréable à l’écrit qu’en chair et en os!

George Sand n’est pas uniquement écrivaine, elle intervient dans la vie politique d’alors. je m’amuse plus, surtout quand elle se dispute avec Lammenais :

« Vous êtes du côté du peuple, dites-vous, mais du côté d’une moitié du peiple seulement! Vous oubliez les femmes et méprisez mes idées sur la liberté sociale »

la BD nous promène entre Nohant et Paris, entre révolutions et salons. mais il faut suivre….Balzac, Liszt et Marie D’Agoult sont des intimes et voici que Chopin occupe le devant de la scène!

1848 : George Sand « la muse de la République » à Paris, « Rouge et dangereuse » elle préfère retrourner à Nohant tandis que Barbès, Leroux et Blanqui sont sous les verrous. Républicaine, socialiste mais bien timorée en ce qui concerne le vote des femmes qu’elle ne revendique pas. 

La fin du roman graphique est plus triste et plus intime, avec les brouilles avec Solange, la  mort de Chopin, ses dernières amours…et finalement je me suis laissé embarquer. J’attendais sans doute trop du roman graphique, j’ai été déçue au début de ne pas m’y retrouver mais j’ai bien suivi, et je suis toute triste qu’il soit déjà fini.

la guerre des os – Benjamin Hoffmann

Deux paléontologues : Edward Cope (1840 – 1897) et Charles Marsh(1831 – 1899) chasseurs de dinosaures dans l’Ouest Américain, se sont livré une guerre sans merci pendant des décennies de la fin des années 1860 jusqu’à leur décès. 

Cette Guerre des Os, guerre pour des territoires fossilifères, guerre des publications, rivalité pour des honneurs et des postes universitaires, s’est déroulée dans le contexte de la Conquête de l’Ouest : 

« les compagnies (de chemin de fer) rivales accomplissent leur jonction en Utah 10 mai 1869, elles célèbrent une fête mémorable et plantent un clou d’or à la rencontre des derniers rails : l’union géographique du pays est achevée ; déchirés par quatre ans de guerre civile, les États-Unis méritent à nouveau leur nom. »

Les chemins de fer faciliteront le travail des paléontologues qui vont explorer les territoires les plus isolés du Wyoming, Montana ou Colorado

Et le 30 juin 1870, après s’être ébrouée comme un animal énorme, la locomotive les emporte vers ces
contrées dont ils ne se lassent pas de murmurer les noms à mesure que les miles défilent, Utah et Wyoming,
Montana et Colorado

Extermination des bisons, dont les carcasses jonchent le trajet du chemin de fer.

Au long des rails, un cortège funéraire est formé par les dépouilles de bisons que les voyageurs de la voie
transcontinentale ont abattus depuis les fenêtres des wagons en mouvement, comme ça, par jeu, pour le
plaisir, pour voir leur masse se désarticuler et soulever la poussière en tombant.

Guerres et colonisation des territoires autochtones. Charles Marsh  croise Buffalo Bill, Custer avec le désastre de la bataille de Little Bighorn. Les recherches de fossiles se déroulent en territoires indiens. Les paléontogues doivent négocier avec les chefs des tribus. Charles Marsh a donné sa parole à Red Cloud, il ira jusqu’à la Maison Blanche rencontrer Ulysses Grant pour plaider la cause des tribus natives. 

« il offre un banquet aux chefs des principales tribus amérindiennes. Parmi les invités se
trouvent Sitting Bull et Red Cloud, deux interlocuteurpensifs, le front raviné par la sagesse et les chagrins,que Charles s’efforce de convaincre par le truchement d’un interprète. Pour prix de leur assistance, il promet de se rendre à Washington afin d’exiger que l’intégrité de leur territoire soit respectée et que les rations promises par le gouvernement arrivent en temps et en heure. »

C’est cet aspect western qui m’a le plus intéressée. L’aventure des chercheurs d’os, comme des chercheurs d’or.

Tous les coups bas sont permis dans la guerre que se livrent Charles et Edward, y compris le vol de fossiles et pire encore, le dynamitage de gisments pour que le rival ne puisse pas les exploiter. Vandalisme choquant!

 Aux yeux des paléontologues, il s’agit d’un crime trop effroyable pour mériter la rédemption. Anéantir des
spécimens uniques quand on connaît les chances infinitésimales de leur transmission, la durée vertigineuse qu’ils ont dû traverser pour se trouver sous la main d’un homme à même de les interpréter, c’est un acte qui va à l’encontre de toutes les valeurs d’une profession méticuleuse dont les membres passent leur vie à gratter,frotter, analyser les fossiles.

 

Le roman rend compte aussi du travail scientifique et de la reconstitution de l’animal entier à partir du puzzle des ossements, là se trouve la principale erreur d’Edward qui va le discréditer en plaçant la tête à l’emplacement de la queue. Le travail scientifique est aussi un travail d’équipe, il convient de recruter des assistants, de les payer, de ne pas laisser le concurrent les débaucher. Marchandages et traitrises.

Le but est de publier. Là aussi se jouent les rivalités, luttes d’influences et recherche d’alliés. Description des différentes espèces découvertes mais aussi interprétations. Les deux rivaux se situent dans deux courants d’idées de l’époque. Charles, darwinien. Edward suivant Lamarck encore influent.

Surprise, la vie d’un scientifique ne s’arrête pas avec ses recherches, m^me après le décès d’Edward Cope, ses restes vont encore subir un sort rocambolesque.

Août 1877, les hommes de Charles découvrent l’apatosaure : avec ses vingt-trois mètres de long, il remplace le Camarasaurus au sommet des plus grandes espèces terrestres. Avantage Yale. Mais, redoublant d’efforts, l’ équipe d’Edward exhume au mois d’octobre l’Amphicoelias, un membre de la famille des diplodocidés qui mesurait au moins vingt-cinq mètres. Égalité.

Finalement quel est le vainqueur de la guerre des os? Il faut pointer le nombre de publications,Edward serait gagnant,  le nombre de fossiles reconstitués donne Charles vainqueur. Tous les deux ont fait sortir la paléontologie des cabinets de curiosité. Ils ont transformé la démarche scientifique et ce n’est pas forcément à leur avantage :

Dans le domaine scientifique, assènent-ils, Edward et Charles ont témoigné d’un instinct de prédation
responsable du saccage de la planète,

Leur jugement est sans appel : Edward et Charles ont transféré dans la science l’esprit du capitalisme ; ils ne
valent pas mieux que ces milliardaires qui continuent à s’enrichir en ravageant la terre.

Il y avait une lecture commune dans notre galaxie de blogs, j’ai raté la date. keisha ICIInganmic ICI, l’avis de Sandrine ICId’autres dont je ne retrouve plus les articles m’ont donné une furieuse envie de télécharger le livre.

le Meunier d’Angibault – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

Emerveillée par la Petite Fadette, après le Moulin sur la Floss de George Eliot, j’ai pensé confronter le moulin du Lincolnshire et le moulin berrichon. Tous les deux sont des moulins à farine sur un petit cours d’eau. Ils sont à peu près contemporains. Là, s’arrêtent les ressemblances.

Le Moulin sur la Floss se déroule sur une bonne dizaine d’années au sein d’une famille bourgeoise tandis que l’action de Meunier d’Angibault est concentré sur 5 jours.   Il  confronte différents milieux sociaux :    la famille noble des barons propriétaires du château de Blanchemont, les paysans parvenus les Bricolin, Grand-Louis le meunier, honnête travailleur et même le mendiant Cadoche, sans parler du notaire, du curé. Une société très diversifiée où les intérêts s’opposent. C’est justement l’aspect social qui fait l’intérêt principal du roman. 

Un homme modeste peut-il espérer épouser une femme riche?

La guerre intellectuelle et morale était déclarée entre les diverses classes, imbues de croyances et de passions
contraires, et Marcelle trouvait une sorte d’ennemi irréconciliable dans l’homme qui l’adorait.

Tel est le problème qui se pose doublement : La baronne de Blanchemont se retrouve veuve, jeune avec un petit enfant. Son mari la trompait sans vergogne. Elle est donc libre de vivre avec son amant roturier.  Ce dernier prend la fuite peu désireux de s’unir avec une femme plus riche que lui. Grand-Louis, le grand farinier, aime Rose, la fille des fermiers qui, richement dotée, peut prétendre à un parti avantageux. Les amours du meunier sont bien compromises. 

Pourquoi, parce que je suis une honnête personne, ne viendriez-vous pas chez moi? —Parce que nous aurions
tort de nous familiariser avec vous, et que vous auriez tort de nous traiter en égaux. Ça vous attirerait, des
désagréments. Vos pareils vous blâmeraient; ils diraient que vous oubliez votre rang

Marcelle, la jeune veuve, décide d’aller sur ses terres, à Blanchemont pour régler les affaires que son mari lui a léguées. Elle est ruinée. Le baron ne s’est pas contenté de la tromper, il a dilapidé sa fortune et la sienne. Au grand étonnement de tous, la baronne est ravie de ne plus rien avoir : elle se trouvera ainsi sur un pied d’égalité avec Henri Lémor!

Moulin de Marie Ravenel ce n’est pas en Berry mais dans le Cotentin

En chemin, elle est hébergée au Moulin d’Angibault et fait connaissance du meunier. La situation est d’une piquante symétrie. Le meunier et la baronne vont s’épauler pour résoudre leurs affaires. Pour Marcelle, il s’agit de vendre le domaine de Blanchemont au meilleur prix possible. Bricolin, le gérant souhaite l’acquérir au meilleur prix, pour lui. Marcelle habite avec Rose, la fille de Bricolin qu’aime Le Grand-Louis. Elle peut aussi servir d’intermédiaire..

Je ne vous raconterai pas les péripéties parce qu’il y en a et que je ‘n’aime pas spoiler

Théodore Rousseau : une rivière dans le Berry

George Sand fait une analyse très fine de tous les ressorts de la société de ce village berrichon, la décadence d’une certaine noblesse, hautaine avec les fermiers, négligente, qui est remplacée par des bourgeois parvenus et âpres au gain. Bricolin est un personnage peut-être caricatural qui fait tout pour arriver, au risque de perdre deux filles en les privant de leurs amoureux. Elle montre aussi le dénuement des paysans qui n’ont rien et vivent dans une masure. Entre les deux, les artisans, ouvriers qui trouvent leur noblesse dans le travail. A cette occasion George Sand cite Fourrier et les Saint-Simoniens sans les encenser pour autant c’est pourtant à eux que j’ai pensé en lisant les efforts de Henri Lemor, l’amant de Marcelle pour abandonner héritages et richesses pour se consacrer au travail manuel. les grands parents, Bricolin comme la meunière représentent un monde ancien plus traditionnel.

Vous avez entendu parler peut-être des saint-simoniens et des fouriéristes. Ce sont là des systèmes encore sans religion et sans amour, des philosophies avortées, à peine ébauchées, où l’esprit du mal semble se cacher sous les dehors de la philanthropie. Je ne les juge pas absolument, mais j’en suis repoussée comme par le pressentiment d’un nouveau piège tendu à la simplicité des homme

Comme dans la Petite Fadette le lecteur se délecte des traditions berrichonnes, des fêtes rurales, de la bourrée, des expressions populaires. J’ai appris ce qu’était un allochon et un patachon

le mot d’alochon réjouit fort l’enfant, qui le répéta en riant et sans le comprendre. —Vous ne connaissez pas ça? dit le meunier; ce sont les petites ailes, les morceaux de bois qui sont à cheval sur la roue et que l’eau pousse
pour la faire tourner. Je vous montrerai ça si vous passez jamais par chez nous.
[…]
patachon, c’est-à-dire le conducteur, assis de côté sur le brancard,

En revanche j’ai trouvé la psychologie un peu simpliste : des personnages exemplaires , le meunier et Marcelle,  sont affrontés à de très mauvais comme Bricolin et sa femme. Rose est bien fragile et sans consistance, comment Grand-Louis s’en est-il tant entiché? Un personnage secondaire sort du lot : Cadoche. Est-il un gentil ou un mauvais?

C’est en tout cas un très beau moment de lecture que je vous recommande.