Mon Jardin sauvage – Meir Shalev – Gallimard

LITTERATURE ISRAELIENNE

« Au premier plan deux champs bordés de cyprès à la silhouette élancée, que surplombaient deux rangées de collines boisées, émaillées de tout un camaïeu de vert. Une vraie palette impressionniste : le vert pâle du chêne du Mont Thabor, le vert foncé du chêne palestinien, le vert éclatant du caroubier et du pistachier – nuance légèrement fanée du térébinthe de Palestine et celle plus vibrante de l’arbre à mastic. »

J’ai choisi la même citation que Dominique qui m’a donné envie de lire ce livre et qui j’espère me pardonnera. Dans ces lignes, je retrouve ce paysage méditerranéen que j’aime tant décrit avec une précision qui m’a interpellée.

U Lentiscu  (corse)’il manque un personnage pour donner l’échelle

Térébinthe, pistachier, arbre à mastic sont pour moi des essences voisines que je confonds. j’ai donc cherché sur Internet et trouvé que le Térébinthe de Palestine Pistacia palaestina et le Térébinthe Pistacia terebinthus qui donne la térébinthine sont des espèces distinctes, tous les deux de grands arbustes, arbres à feuilles caduques, tandis que Le Pistachier lentisque Pistacia lentiscus est un arbuste plus petit à feuilles persistantes, l’arbre à mastic qui pleure des larmes de sève donne le mastic à Chios, pourquoi seulement dans un petit territoire de cette île?

arbre à mastic chios

Je retrouve ces essences dans mes voyages aussi bien en Corse, au Maroc, en Grèce, en Turquie….ils me sont familiers et pourtant je ne m’étais jamais penchée sur la variété et la diversité de ces espèces.

Ce livre semble m’être destiné tout personnellement (quelle prétention! quelle outrecuidance!) non seulement cette flore méditerranéenne m’est chère mais le jardinage a été mon premier métier, et pas très loin du jardin de Méir Shalev! J’ai retrouvé avec joie les noms en hébreu des outils, passoires, cribles et tamis.

Scille maritime (Gozo)

Mise  en scène des fleurs des champs comme le coquelicot, l’anémone ou le cyclamen, moins connue la Scille maritime dont j’ai fait la connaissance à Malte. Animaux des jardins : oiseaux, rat-taupe, araignées et serpents divers, mais aussi plus prosaïques fourmis et guêpes.

« Les oiseaux ne piquent pas les tuyaux par pure méchanceté ou par soif – contrairement aux sangliers et aux
chacals qui rongent les tuyaux pour boire – mais par erreur. Yossi Leshem, zoologiste et célèbre ornithologue, m’expliqua que le pivert confond le bruit de l’eau circulant dans le tuyau avec les vibrations provoquées par les insectes grouillants sous l’écorce. »

Chapitres tendres et ironiques quand l’auteur se met en scène désherbant à quatre pattes ou à la recherche d’une graine tombée sous son bureau.

Références aux pionniers venus d’Ukraine ou citations bibliques.

 » Par chance, la plupart de nos concitoyens ont conscience de la pénurie d’eau, et même les non-croyants prient pour qu’il pleuve. La prière rituelle pour la pluie n’est hélas pas toujours exaucée. Le fait est bien connu et la raison est double. D’une part, nos chefs religieux ne sont pas à la hauteur, Dieu ne leur parle plus, Il ne les écoute plus comme autrefois. »

j’ai oublié d’écrire comme c’est drôle.

Livre utile : on y apprend comment préparer les olives!

Lecture délicieuse!

Seul regret, j’ai opté pour la lecture sur liseuse et les illustrations ne sont pas sous leur meilleur jour. Préférez le livre-papier

Les deux morts de ma grand-mère – Amos Oz – Gallimard

LIRE POUR ISRAEL

Pendant les évènements récents, véritable guerre civile qui ne dit pas son nom, j’ai eu envie de me tourner vers Amos Oz (décédé en décembre 2018), qu’aurait-il dit de ces affrontements? 

Les deux morts de la grand-mère est un recueil de plusieurs essais, conférences entretiens parus séparément de 1975 à 1992. La table des matières donne un aperçu du contenu

 I. D’OÙ JE VIENS

Exorciser les démons

Une enfance à Jérusalem

Un étranger dans une ville étrangère
 II. D’OÙ J’ÉCRIS

Les deux morts de ma grand-mère

Tel un gangster la nuit des longs couteaux, je rêve
 Pourquoi lire ?

III. D’OÙ JE PARLE

Entre l’Europe et le désert du Néguev

Le charme discret du sionisme

L’écrivain écrit, le critique critique, et le temps juge…. (entretien avec Iona Hederi-Remege)

Le kibboutz et la tendresse Un romantique contrarié (entretien avec Ari Shavit)

IV. LES MOTS QUI TUENT, LES MOTS QUI PARFOIS GUERISSENT

La valise de Maria Kafka

Entre l’homme et l’homme

Les nerfs d’acier de la divinité et la vraie ironie allemande

Ils ont été créés à l’image de Dieu

La morale et la culpabilité 

De la douce Autriche et des sages de Sion

Paix amour et compromis

Ce sont des textes très variés, dans la première partie, Amos Oz parle de ses origines, de ses parents, du rapport à la culture européenne et de la Jérusalem rêvée si différente de la Jérusalem réelle.

J’ai surtout aimé la seconde partie et son rapport ambivalent au kibboutz qu’il a quitté.

Voyez-vous, la civilisation d’“Eretz Israël des travailleurs”, apparemment, ne reviendra plus. Je fais partie de
cette civilisation. Cela veut dire que j’appartiens au passé. “Le pays de mon cœur”, que l’on me promettait au
temps où j’appartenais au Mouvement de jeunesse, n’existera

……………
Le monde auquel j’avais le sentiment d’appartenir intimement – avec beaucoup d’ambivalence – n’existe plus. Ce qui a été ne sera plus, et pour moi c’est un sentiment pénible. Le noyau de la civilisation qui s’est développé ici dans les années trente et quarante ne continuera pas à se développer. Il n’y aura plus ici de société de cols ouverts et de shorts, ce que Shulamith Hareven appelle une “société de frères”, une société ouverte, égalitaire, sans formalisme. Elle a disparu.

La dernière partie est un commentaire du Shoah de Lanzmann. Essentiel. 

C’est un ouvrage sans illusion, sans concession non plus, critique vis à vis du nationalisme israélien mais aussi vis à vis de la gauche bien-pensante. Cependant il date un peu. Presque trente ans nous séparent de la parution.

Jésus et Judas – Amos Oz

LITTERATURE ISRAELIENNE

« J’ai assisté à une conférence à l’étranger » as-tu dit. Elle était donné par un homme qui affirmait fièrement que nous étions les héritiers, les descendants des prophètes. Il fallait corriger immédiatement son propos : non nous ne sommes pas les descendants des prophètes car la plupart d’entre eux n’ont pas eu de descendance. mais nous sommes les héritiers de ceux qui leur ont jeté des pierres pour qu’ils se taisent. »

Dès que j’ai appris la parution de ce livre posthume, je me  suis précipitée à le télécharger. Ce court ouvrage (96 pages) est le texte d’une conférence donnée à Berlin. Amos Oz parle de son livre Judas, de la figure du traître qu’on lui renvoie. j’ai beaucoup aimé ce livre, lu à sa parution, chroniqué

En revanche, j’ai découvert Delphine Horvilleur qui a préfacé l’ouvrage sous forme d’une lettre ouverte à Amos Oz très touchante dans laquelle je me suis retrouvée. 

La vie joue avec moi – David Grossman

LITTERATURE ISRAELIENNE

Pour célébrer les 90 ans de Vera, la famille est réunie au kibboutz. Même Nina est venue du Cercle Polaire. Plusieurs générations de femmes, Véra , Nina, sa fille, Guili la petite fille. Entre mères et filles, le dialogue est difficile, voire impossible, la maternité est loin d’être une évidence!

Nina au début d’Alzheimer,  va perdre la mémoire. Raphaël, le père de Guili, cinéaste, imagine de réaliser le film de son histoire qu’elle pourra visionner quand la maladie la gagnera. Raphael et Guili, la scripte, emmènent Vera et Nina en Croatie , à Cakovec,  ville natale de Vera, et à Goli Otok, l’ile-bagne pierreuse où Vera a été internée. Pendant tout le voyage Raphaël et Guili vont filmer, enregistrer, noter le récit de Vera et les réactions de Nina. Vera retrouve sa maison natale, raconte son enfance, la rencontre avec Milosz, le père de Nina puis son mariage, la guerre, la résistance avec les partisans de Tito et enfin l’arrestation… Les autorités donnent à Vera le choix :  renier son mari et signer son acte d’accusation afin de garder sa fille, ou être internée à Goli Otok. Vera ne signe pas. Sa fille peut elle entendre ce choix?

On peut lire le livre comme un roman, se laisser porter par l’action, les pages se tournent toutes seules. Ce n’est pas une fiction, c’est une histoire vraie, celle de Eva Panic-Nahir , célèbre en Yougoslavie qui a fait l’objet d’un livre Eva de Dane Ilic et d’un film documentaire. On peut lire La Vie joue avec moi comme un témoignage. Témoignage sur l’histoire de la Yougoslavie, le bagne titiste de Goli Otok, sur les guerres des Balkans aussi. C’est aussi le making-of, d’un film : Guili joue le rôle de la scripte qui note tout, l’éclairage, le son. L’écriture est cinématographique.

Encore un livre très riche, émouvant et passionnant!

 

Mon père et ma mère – Aharon Appelfeld

LITTERATURE ISRAELIENNE

marc chagall

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Le voyage de l’écriture ressemble, par bien des aspects, au voyage que je faisais en été avec mes parents pour me rendre dans la maison de mes grands-parents, dans les Carpates.

 

Un regard d’enfant est indispensable à tout acte créateur. Lorsque vous perdez l’enfant qui est en vous, la pensée
s’encroûte, effaçant insidieusement la surprise du premier regard ; la capacité créatrice diminue. Plus
grave encore : sans l’émerveillement de l’enfant, la pensée s’encombre de doutes, l’innocence bat en retraite,
tout est examiné à la loupe, tout devient contestable, et l’on se sent contrarié d’avoir simplement aligné des mots.

Je retrouve toujours avec un grand plaisir l’écriture nostalgique et intime d’Appelfeld qui, encore une fois, a choisi un enfant-narrateur pour évoquer ses souvenirs et un monde disparu. Mon père et ma mère se déroule pendant les vacances d’été 1938 sur les bord du Pruth (affluent du Danube) dans un pays qui a disparu  : la Bucovine, entre Roumanie et Ukraine, Czernowitz est maintenant ukrainienne. De nombreux juifs sont en villégiature à la veille de la catastrophe. Certains se baignent, bronzent, piqueniquent mais

Les rumeurs sur la guerre bruissaient dans le moindre recoin. On aurait cru que les gens étaient dans une cage
dont ils essayaient d’écarter les barreaux. Le fleuve coulait, prêt à accueillir encore de nombreuses personnes
sachant nager ou ramer, mais les gens couraient dans tous les sens.

Erwin, 10 ans 7 mois, fils unique, choyé par ses parents est curieux de cette société. L’auteur brosse des caractères originaux comme Rosa Klein qui lit les lignes de la main, ou Karl Koenig, l’écrivain, ou l’homme à la jambe coupée,  le docteur Zeiger,  d’autres plus ordinaires qui cancanent ou geignent.

Atmosphère idyllique dans la montagne après une chevauchée,  simplicité de ces Juifs paysans et pieux : les parents de la mère. Mais aussi un pogrom villageois, tentative d’extorsion du cocher ukrainien. Erwin redoute le retour à l’école sous la menace de Piotr. L’antisémitisme diffus est bien présent mais personne ne se doute de ce que la guerre apportera.

Un récit tout en finesse et en tendresse. Moins impressionnant  et tragique que Les partisans, Tsili ou Le garçon qui voulait dormir mais encore un grand livre.

Unité 8200 – Dov Alfon

POLAR ISRAELO/PARISIEN

En ce moment je lis beaucoup. J’alterne gros pavés et polars exotiques plus vite lus. Un polar israélien? J’embarque et télécharge sans méfiance puis qu’il est recommandé par Matatoune    

J’aurais dû être plus attentive : le titre original est A long Night in Paris et le livre est traduit de l’anglais. Je risque de ne pas être dépaysée et de ne pas me promener beaucoup en Israël!

Espionnage, jeux de  pouvoirs entre les différents services des Renseignements israéliens, entre Mossad et Shabak, dans les bureaux et les salles de conférences de Tsahal à la Kyria. Guerres d’égo, cirage de pompes, coups tordus. Un Israélien est enlevé à Roissy ;  est-ce un fait divers ou une affaire d’Etat?  Une série de cadavres retrouvés cette nuit-là fait craindre le pire.

L’auteur ne nous épargne aucune note de service avec les destinataires, de niveau de secret, les codes et les procédures pour garantir la confidentialité. Cela pourrait être original, c’est plutôt ennuyeux. Quelle bureaucratie!

Dov Alfon se complait dans la technologie des téléphones mobiles, des smartphones capables de géolocaliser les correspondants (c’est finalement banal) de crypter les conversations (on s’en douterait).  et même de localiser les armes et les attaquants derrière une porte….miraculeux! Fascination pour les antennes???? Même attention complaisante pour les armes. Je m’ennuie.

Seule figure un peu folklorique : madame Abadi, la mère du colonel israélien. Mère tunisienne typique, elle va cuisiner couscous-boulettes, et makhrouds (emballés dans du papier alu). Madame Abadi habite Créteil. Alors là, la lectrice cristolienne se vexe. Créteil est décrite comme une banlieue affreuse avec un maire communiste  et des constructions staliniennes. Et non! l’urbanisme a été dessiné du temps du Général Billotte, gaulliste bon teint, et depuis, le Maire Socialiste a entretenu une ville verdoyante. L’auteur résident à Paris aurait pu prendre le métro avant d’imaginer des choux-fleurs, à la place  des épis de maïs!18

La mort du Khazar rouge – Shlomo Sand

LITTERATURE ISRAELIENNE

« On ne tue pas quelqu’un parce qu’un livre nous énerve. Certes, cela s’est produit au Moyen Âge dans la
civilisation chrétienne – Morkus venait de voir le film Le Nom de la rose –, mais, dans le monde démocratique,
si l’on n’aime pas un livre, on le jette, tout au plus, à la
poubelle et le lecteur vraiment retors en fait cadeau à un ami. »

 

Schlomo Sand est un universitaire, historien à l’Université de Tel Aviv.  Il a écrit des essais: Comment le peuple juif fut inventé,(2008)Comment la terre d’Israel fut inventée (2012), comment j’ai cessé d’être juif (2013) La fin de l’intellectuel français? (2016) qui ont été édités en français, et bien sûr, d’autres publications, antérieures ou non traduites. 

La mort du khazar rouge est une fiction, un polar de 383 pages, se déroulant sur 20 ans de 1987 à 2007. L’enquête commence avec le meurtre d’un universitaire Litvak, historien, qui s’apprêtait à publier un livre sur les Khazars, royaume s’étendant de l’Ukraine au Caucase ayant adopté la confession juive. Ces travaux dérangeant une partie des universitaires israéliens. Le policier Emile Morkus est un Arabe chrétien de Jaffa  fait équipe avec Shimon Ohayon un juif marocain. Peu d’indices pour élucider cet assassinat. D’autres assassinats – le frère jumeau de Litvak – une étudiante gauchiste, ne sont pas plus résolus, le procès du violeur de l’étudiante aboutit à une erreur judiciaire. Après un nouvel assassinat, 20 ans plus tard  l’enquête reprend. La victime est un autre historien, un orientaliste.  Son sujet de recherche :  Himyar, un royaume  yéménite également converti au judaïsme au IV ème siècle de notre ère. 

La seconde raison de mon écrit hors des sentiers battus vient de ma forte crainte, en tant que sioniste, de la
dérive croissante du nationalisme juif vers des conceptions historiques ethnocentriques et raciales. J’ai bien peur
que cela finisse par détruire la société israélienne, qui me tient tant à cœur. Fidèlement. Yitzhak, ton professeur,
Et si tu veux bien : le Khazar rouge.

Je déteste les critiques qui spoilent le récit des polars. Ne comptez pas sur moi pour vous donner plus de détails sur l’intrigue qui est très bien conduite et qui tient le lecteur en haleine.

En revanche, j’ai pris grand intérêt  à retrouver vingt ans d’histoire d’Israël :  la première Intifada, les espoirs nés à Oslo ,l’assassinat de Rabin en 1995…Grand intérêt également à découvrir tout un pan d’histoire du peuple juif sous un angle que j’ignorais (les khazars, non, mais le royaume yéménite complètement).

Rencontre avec un écrivain que j’ai eu le plaisir d’entendre sur des vidéos de Youtube qui m’ont appris que la fiction était basée sur des faits réels : Litvak, le personnage a été inspiré d’un historien Abraham Polak qui a vraiment étudié les Khazars, le  policier arabe d’un véritable policier.

J’ai trouvé la référence du livre sur le blog de  Kathel 

 

La Dernière Interview – Eshkol Nevo

LIRE POUR ISRAEL

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Eshkol Nevo, écrivain chevronné,  anime des ateliers d’écriture. Il sait qu’une composition chronologique et linéaire d’un roman est passée de mode (comme je l’ai lu récemment sur le blog de Claudialucia à propos d’un autre livre). Il subit une crise : sa fille ainée a quitté le domicile familial pour un internat dans le Néguev, son couple se dissout avec l’indifférence de Dikla, sa femme, son meilleur ami Ari est hospitalisé avec un cancer en phase terminal et lui-même se trouve en panne d’inspiration pour un nouveau roman.

Il imagine de répondre à une « dernière interview« . Sauf que l’interview n’en est pas vraiment une : pas de journaliste pour lui poser des questions, le relancer, exiger des précisions ! C’est un questionnaire venant d’Internet. Et l’écrivain (Eshkol Nevo lui-même?) répond, ou non, fait de longues digressions si bien que le lecteur oublie complètement  la question posée.

« Pareillement, je m’efforce d’observer cette approche dans l’écriture. Au demeurant, cette année, j’avais le projet
de rédiger un roman. Au lieu de quoi, je réponds à cette interview sur la base d’« une sélection de questions de
nos internautes » que m’a transmise le webmestre d’un site quelconque. J’étais censé réagir par des réponses
toutes prêtes, mais j’ai préféré dire la vérité. Ce devait être une interview, et rien de plus, mais peu à peu – sans
doute suis-je incapable de procéder autrement –, cela s’est transformé en récit. »

Réponses sincères ou affabulations?

Quelle importance! Un des sujets de l’interview est le métier d’écrivain. L’écrivain raconte des histoires, invente des histoires, brode sur son histoire et  celle de sa famille ou sur une histoire entendue dans l’autobus (les Israéliens ne se privent pas de parler fort dans leurs téléphone et d’étaler leur vie privée dans les transports en commun). Au lecteur de recoller les anecdotes livrées dans le désordre et  de plonger dans le monde de l’auteur!

Quand il n’écrit pas, l’auteur présente ses livres à l’étranger et en Israël. Il ne recule pas devant des invitations en milieu difficile comme dans les colonies dans les territoires. Quand on lui demande pourquoi il est venu il répond :

« La curiosité. Je suis curieux de vous connaître. De même que les implantations, plus généralement. Le fait que
vous ayez choisi d’habiter dans un endroit pareil… exerce une influence sur l’avenir de notre pays. Et sur ma
propre existence. À vrai dire, je pense que vos communautés représentent un obstacle à la paix. Franchement ?
Je pense que vous anéantissez toute chance que moi et mes enfants vivions jamais une existence normale dans ce
pays. Mais tout cela, je le pense de loin. « 

Ou dans un lycée conservateur où un de ses livres au programme du bac a été étrangement censuré.

« Elle m’a tendu le livre recouvert d’une protection plastique de bibliothèque, je l’ai ouvert et presque aussitôt je
les ai remarqués : les passages en blanc. Chaque fois que la voix de l’ouvrier palestinien apparaissait dans
l’ouvrage original, un blanc l’occultait. Au début, peu de passages de ce genre, ensuite, plus nombreux, et, à la
fin de l’ouvrage, lorsque le Palestinien va en prison, il n’y en avait plus besoin. »

La lycéenne avait imaginé que les blancs étaient la « voix du silence », très poétique…..

Dans cette interview, le lecteur fera connaissance avec l’auteur, sa famille et même son célèbre grand-père Levi Eshkol, Premier ministre de l’Etat d’Israël de 1963 à 1969, que l’auteur n’a pas connu. Le lecteur assistera à une leçon d’écriture :

« qu’est-ce qu’une intrigue? Qu’est-ce qu’un rebondissement dans l’intrigue….

C’est aussi un joli roman sur la paternité. Un écrivain reste à la maison. Quand il est père de trois enfants il a le temps d’aller les conduire à l’école, de leur inventer des histoires….

Je vais chercher les autres ouvrages pour rester dans l’univers de cet auteur!

 

 

Une, deux, trois – Dror Mishani

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Une : Orna, enseignante divorcée, mère d’un petit Erann, qui fréquente rencontre

Deux  :Emilia, lettone, venue à Tel Aviv comme « aide à la personne » prenant soin de personnes âgées

Trois : Ella, qui rédige une thèse au café pour fuir l’atmosphère confinée de son foyer

Toutes trois  rencontrent Guil, avocat dragueur, menteur, spécialiste des pays de l’Est.

Il faut lire plus de la moitié du livre pour comprendre pourquoi il se trouve classé Polar ou Thriller.

 Drame psychologique, divorce  mal vécu , Orna tente de réinventer une vie après que Ronnen, son mari, l’ait abandonnée. Elle fait suivre son fils par un psy.  Que peut-il arriver.  Emilia, travailleuse immigrée s’adresse à Guil pour avoir un visa qui lui ouvrira plus de portes. Drame de la solitude, sa seule sortie ; la messe dite par un prêtre polonais. Ella est plus difficile à cerner. Jeux de séduction. Savoir jusqu’où on peut aller dans le flirt quand on est marié (e), goût de l’aventure?

Nous traînons dans Tel Aviv, jeux d’enfants sur la plage, restaurant de poisson à Jaffa. C’est reposant un polar sans (ou presque) sans violence. Flirt, séduction mais sans sexe torride.

C’est un peu énervant de ne pas savoir comment cela va se finir! Il faut attendre la fin….

Sous la Même Etoile – Dorit Rabinyan

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Tablzau Hassan HJourani

Sous la même étoile est paru en hébreu en 2014. Roman d’amour mettant en scène une israélienne juive et un palestinien, il a fait l’objet d’un scandale – « menaçant l’identité juive, et favorisant les mariages mixtes », il a été retiré du programme des lycées. Ce scandale a assuré au livre un succès phénoménal en Israël comme à l’étranger. 

 

Je lis rarement les critiques et les dédicaces pour garder la surprise. J’ai eu tort. J’aurais appris dès le début du livre que l’amoureux de la narratrice a vraiment vécu, ‘Hilmi, dans le roman , fut le peintre Hassan Hourani dont la fin tragique a été racontée dans le livre largement autobiographique .

La narratrice, Liat – traductrice – vient étudier un semestre à New York. A l’automne, elle rencontre ‘Hilmi , un peintre palestinien. Les deux amants vont vivre une véritable passion pendant le très long hiver new-yorkais. Amour partagé, intense,  mais secret, provisoire. La date de la séparation est fixée dès le début, à l’expiration du visa et au retour de Liat en Israël.

hassan Hourani

Liat cache cette liaison à sa famille. Au risque de blesser ‘Hilmi, elle lui demande même de « disparaître de sa vie dix minutes » le temps d’une conversation téléphonique hebdomadaire le soir du Shabat avec ses parents.

Dorit Rabinyan

Liat et ‘Hilmi vivent leur amour au présent, à New York, leur langue commune est l’Anglais. On pense à une idylle de vacances adolescente. Ils ne sont pas naïfs pour autant : ils évoquent librement la situation politique, l’occupation israélienne de la Palestine. ‘Hilmi a fait de la prison à 15 ans. Liat ne fait pas mystère du fait qu’elle a fait son service militaire. Liat défend la solution à deux états, comme les israéliens de gauche tandis que ‘Hilmi et ses frères soutiennent que seul un état binational est réaliste (à l’aide de la démographie palestinienne et de sa natalité plus forte).

Dans le froid nord-américain de cet hiver si long et si enneigé, les deux « moyen-orientaux » rêvent de soleil, de Méditerranée. L’auteure donne une description vivante de New York, pages très évocatrices. Quand elle rentre à Tel Aviv, au début de l’été elle emporte le lecteur dans une

Tel Aviv l’insouciante, la prétentieuse, la fainéante. Avec ses milliers de cafés toujours bondés, avec ses mille races de chiens[…]Tel Aviv l’élégante, préoccupée d’elle-même, qui se reflète dans les vitrines de ses boutiques de luxe. Tel Aviv qui n’est que soif de plaisir, débordante de vie, encombrée de jeunes dès l’arrivée des vacances d’été[…]Tel Aviv la douce, la désinvolte avec ses vastes terrasses….

La perspective la plus spectaculaire sur Tel Aviv et la côte,  la plus originale est apportée par le film que le frère d’Hilmi lui envoie, filmé de la terrasse du 9ème étage de l immeuble de Ramallah occupé par sa famille. 

Depuis Ramallah, l’œil de la caméra arrive droit sur les immeubles de verre et les gratte-ciels de Tel Aviv. Et moi, d’ici, je reconnais la partie supérieure cd la Tour de la Paix. Je discerne même la cheminée de Reading …Les immeubles de la Kirya […]Et dans le même frisson qu’hier, je suis envahie par la pensée de ma famille : la pensée de mes proches et amis là-bas. Où étaient-ils pendant que depuis Ramallah, Marwan filmait? Cette situation me renvoie au jour où, âgée de six ou sept ans, je m’étais tenue à la fenêtre de l’appartement des voisins pour scruter en cachette l’intérieur de notre propre cuisine […]

Car ce renversement apparaît des plus singuliers ; nous voir de l’extérieur, postés à la fenêtre des voisins et nous voir comme le côté caché d’un miroir. D’ici – de New YOrk – voir ce qui leur apparaît depuis Ramallah par delà les collines d’obscurité. Me voir à leur place, sur le balcon, comme sur quelque mont Nevo. Voir quotidiennement Israël, les banlieues de Tel Aviv, notre existence telle qu’elle se déroule de l’autre côté, une existence aussi confiante qu’inconsciente, et qui semble, d’ici, privée de réflexion lumineuse….

La citation est, certes longue mais c’est ce point de vue qui m’a le plus intéressée, cette coexistence étrange de chaque côté de la Haie Vive (Gader Haya)qui est le titre en version originale. Cette Haie est peut être une allusion  au mur de béton qui sépare Juifs et Arabes et qu’on est en train d’ériger au moment où se déroule l’action (2003). Cette séparation, clôture le 20 mai, date du retour en Israël de Liat, est aussi implicite dans le titre hébreu et Borderline le titre en anglais alors que le titre français Sous la même étoile n’y fait aucune allusion.

Ce titre français, un peu gnan-gnan et le rapprochement avec la tragédie de Roméo et Juliette ont quelque peu pollué ma lecture dans les premiers chapitres. Je suis un mauvais public pour les romans d’amour. Pendant la première partie je me suis demandée où l’auteure voulait en venir : Liat refuse de tomber amoureuse, et, en même temps, elle ne vit que par sa relation à ‘Himli . A part quelques visites à des amis, elle n’a de vie que dans l’ombre de son amant. On ne la voit ni étudier, ni travailler. Mon intérêt ne s’est éveillé que dans leurs confrontations. Au fur et à mesure de la lecture, je me suis passionnée pour leurs divergences et ce qui les unissait, moyen-orientaux dans le froid américain et je n’ai plus lâché la lecture jusqu’au dénouement final.