Tunisian Yankee – Cecile Oumhani – Elyzad

LIRE POUR LA TUNISIE

De Cécile Oumhani,  j’avais aimé Une Odeur de Henné chez le même éditeur et je m’étais promise de suivre cette auteure et cet éditeur qui fait de si jolis livres.

Tunisian Yankee est un roman plus complexe qui commence en 1918, dans la Grande Guerre, dans l’Oise. Dawood, le héros, est blessé il  raconte sa vie, en pensées et en parole au médecin qui est à son chevet. Daoud, est le fils d’un commerçant aisé de Tunis, tyran domestique qui se ruinera au fil du temps. Il est élevé par Mouldia, une esclave. Il y avait encore des esclaves au début du XXème siècle!

Jeune adulte, Daoud rencontre Berensky, un aventurier russe, qui le fait voler en montgolfière au dessus du Cap Bon.  De cette expérience, Daoud retirera le goût des voyages et le désir de devenir pilote. Du temps du Protectorat, un indigène ne peut postuler à un brevet de pilote! Cette première brimade marquera le jeune homme qui fréquente au café de Bab Souika de jeunes activistes, nationalistes un peu journalistes…C’est l’occasion pour Céciel Oumhani d’évoque une période de l’histoire que j’ignorait : les premières révoltes nationales contre le Protectorat. En  1906, la révolte des Fraichiches , paysans privés de terre se plaignant de la brutalité des colons et le procès à Sousse qui l’a suivie. En 1911, l‘invasion de la Libye par l’Italie .Le boycott des tramways par les indigènes à la suite d’un accident. Les jeunes tunisiens ne restent pas inertes et les puissances coloniales réagissent en arrêtant les amis de Daoud.

Daoud est contraint à l’exil. Son père est ruiné. En 3ème classe, il rejoindra Ellis Island avec les pauvres de l’Europe : Italiens mais aussi, Maltais, Grecs…Il trouvera à New York un travail chez un Syrien, parent d’un ancien client de son père. Il trouvera aussi Elena, une jeune veuve italienne, après que son mari, révolutionnaire ait été abattu par les autorités. A New York, Daoud Kaci deviendra Dawood Casey. Les Etats Unis entrent en guerre en 1917, Dawood est incorporé dans les forces armées.

C’est un très joli livre métissé.Livre de résistance. Livre d’exil. Fantaisie de la montgolfière, ou de l’acrobate du cirque. Routine de la maison traditionnel, du commerce….Livre de guerre aussi.

Et en prime,  cette chanson qui est celle qui accompagne Daoud à New York, surprise elle est grecque Smyrneiko minore et les poèmes de Khalil Gibran.

la Dernière Odalisque – Fayçal Bey

LECTURES TUNISIENNES 

Ingres : la Grande Odalisque

L’auteur Fayçal Bey est un descendant de la dynastie husseinite  régnant sur la Tunisie, arrière-petit-fils du dernier Bey Lamine Bey (1943-1957). Il est né au Palais de Carthage  et raconte dans La Dernière Odalisque l’histoire de sa grand mère Safiyé. Biographie ou roman? Sur la couverture du livre, il est écrit roman. Je l’ai donc lu comme un « roman historique » sans savoir faire la part de l’inventé.

Qu’est-ce donc qu’une odalisque?

Matisse : harmonie en rouge

la définition que j’ai trouvée sur Wikipédia :« Une odalisque était une esclave vierge, qui pouvait monter jusqu’au statut de concubine ou de femme dans les sérails ottomans, mais dont la plupart étaient au service du harem du sultan. Le mot vient du turc odalık, qui signifie « femme de chambre », d’oda, « chambre ». »

Pour moi, l’odalisque était plutôt une figure de la  peinture orientaliste : La Grande Odalisque d’Ingres, bien sûr, mais aussi d’autres dans le Bain turc de Delacroix ou d’autres de Matisse. Femmes alanguies, lascives, nues ou très dénudées dans des harems fantasmés?

Ingres Le bain turc

La Dernière Odalisque raconte l’histoire d’une femme au caractère bien trempé. Il fallait une volonté et une énergie peu commune pour une fillette achetée à prix d’argent – une esclave en somme – pour s’élever jusqu’au rang de presque souveraine. Les marchandes d’odalisques achetaient de belles circassiennes dans le Caucase pour les revendre à Istanbul dans les harems des dignitaires turcs, pourquoi pas dans celui du sultan?  L’histoire de Safiyé commence donc dans le Caucase à la fin de la Grande Guerre, au moment de la Révolution d’Octobre. On assiste à Istanbul à la chute de l’Empire Ottoman, à l’ascension de Mustafa Kémal. La fillette se fait remarquer par sa vivacité, son intelligence acérée et surtout son caractère indomptable.  Une insolente au harem? Et bien oui, c’est comme cela qu’elle va se faire acheter  par une princesse qui l’élève comme sa fille et qui assurera son avenir en l’envoyant à la cour du Bey de Tunis à une de ses amies, circassienne et odalisque également. C’est cette dernière qui insistera sur la fermeté de caractère pour éviter les pièges des intrigues de la cour; La beauté, certes, est indispensable pour une odalisque, elle ne suffit pas, si elle veut faire un beau mariage. Son ami les plus fidèle est un eunuque noir, lui aussi esclave acheté à prix d’argent.

Henri Matisse odalisque chaise turc

C’est donc une tranche d’histoire d’un demi siècle ou presque (1918_1957) . On voit s’effondrer les empires et les palais, on voit l’ascension des républicains laïcs : Kemal et Bourguiba. Les puissances coloniales ne sont pas ignorées. Le rôle des Anglais et des Alliés à la suite de la Première Guerre Mondiale dans le dépècement de l’Empire Ottoman, le Protectorat français, les influences fascistes à Tunis,  puis l’occupation allemande. C’est une histoire que j’ai lue dans La Villa Jasmin, et dans qui se souvient du café rubens? l’histoire était racontée par des Juifs . L’éclairage est différent, vu des Palais.

Qui se souvient du café Rubens – Georges Memmi

LECTURES TUNISIENNES

Georges Memmi est l’auteur de Une île en Méditerranée que j’ai eu le plaisir de lire à Djerba.

Qui se souvient du café Rubens a été publié en 1984, l’auteur, « à 50 ans, se souvient de son enfance juive à Tunis[….]Une fête de couleurs vives, d’odeurs raffinées, de saveurs douces qui prendra un goût amer : celui de l’exil » nous apprend le 4ème de couverture. 

Contemporain de la Villa Jasmin de Moati, cet ouvrage est aussi un hommage à ses parents et à son enfance tunisienne, qui se terminera par le départ des Juifs tunisiens et l’exil. Toutefois, c’est un livre bien différent. Les deux enfants juifs ne sont pas issus du même milieu : l’enfant du Café Rubens, est fils de bourrelier et habite dans une ruelle.

Le livre commence par un véritable hymne à sa mère, alors qu’il se souvient de sa petite enfance lorsqu’il pouvait encore la suivre au hammam..la mère tendre. La femme analphabète qui connaît des histoires :

« elle était notre théâtre et, cent acteurs à la fois, elle nous enseigna le juste et le bon l’inévitable. Et combien Rabbi Samuel du Kef qui tenait le mal pour masque de la vie et apprenait à le réduire.  Âgée de douze siècle au moins, ma mère se souvient de la reine Kahena…. »

La mère cuisinière et nourricière, et le livre devient presque livre de recettes des douceurs tunisiennes ou guérisseuse. Beignets au miel, makroud, ou pigeon farci. On imagine les saveurs, les parfums de Tunis.

L’auteur se souvient aussi de ses frères et sœurs. Il évoque le Seder de Pâques, les cabanes dans la cour..

Quand il a grandi le père le prend en apprentissage et nous apprenons les secrets des meilleurs bourreliers, les cuirs, les outils et les gestes. Évocation du père, de sa fierté mais aussi de son amertume : la guerre arrive, les Allemands vont occuper Tunis. Disette, bombardements. Mais aussi les humiliations spécialement dirigées contre les Juifs :« au dire des Allemands et des pétainistes, les bombardements sortaient de nos doigts comme une vannerie habile. Du sol et dans la nuit nous dirigions les avions allés grâce à des signes secrets »

La demande d’un Allemand au bourrelier de faire une blague à tabac avec le parchemin de la Torah.

L’exil, le départ de toute la communauté juive est évoqué avec nostalgie alors que les Juifs étaient en Tunisie depuis des siècles et des siècles, depuis les temps de Carthage

« Les navires de la princesse Didon ont jeté l’ancre à l’ombre de ces rives neuves, de ces collines boisées sur lesquelles va bientôt naître Carthage. Mille esclaves enchaînés aux flancs de ces galères ont ramé jour et nuit. Parmi eux des juifs dont on récompensera la tenacité. Ils seront affranchis sur cette terre sauvage, africaine… »

Déracinement.

Je ne peux oublier ces absents, et je cherche leurs traces, étoiles de David sur les bijoux, les portes ou les décors et lis avec émotion ces récits.

 

Une île en Méditerranée – Georges Memmi

LECTURES TUNISIENNES

 

« vous souvenez vous du village de Sabika, lorsque de sa splendeur paisible s’écoulait le temps, qui fut pour tant de générations celui de l’innocence et de la piété?

Deux mille juifs y vivaient, persuadés que Sabika était « l’antichambre de Jérusalem ». Qui se souvient de ces cardeurs, de ces tisserands, de ces négociants, tous talmudistes ergoteurs et lettrés... »

Lu à Djerba, à quelques encablures de la Ghriba! J’aime lire sur place.

Téléchargé presque par erreur:je voulais relire Albert Memmi et j’avais cherché ce qui est disponible en lecture électronique. Nous voyageons léger et je ne me charge plus de livres depuis que j’ai une liseuse. Presque par erreur, parce que j’avais bien remarqué que le prénom n’était pas le même. Même sans l’homonymie le Titre seul : Une île en Méditerranée aurait justifié le téléchargement.

Et c’est une excellente surprise!

Comment ne pas reconnaître Djerba dans cette Sabika? Sabika est le nom de la colline de Grenade portant l’Alhambra. L’auteur a écrit un roman, non un reportage. Le bombardement israélien en Tunisie qui a provoqué, dans le roman l’incendie de la synagogue  n’a pas eu lieu en 1984 mais en 1985. La Ghriba de Djerba a subi un attentat plusieurs années plus tard en 2002. Les personnages sont sans doute fictifs. mais l’histoire de la Communauté millénaire arrivée après la Destruction du Temple est celle des Juifs de Djerba, comme la coexistence entre juifs arabophones et musulmans était celle des Juifs tunisiens.

J’ai beaucoup aimé le début qui est une succession de portraits de personnages : Siméon, le bijoutier, le personnage principal. L’histoire de  Houtane, le menuisier, écrivain public, veuf inconsolable m’a émue. Et que dire de l’aveugle Baba Soussi qui rassemblait les jeunes filles pour leur raconter des contes et qui disparaissait comme il était venu.

« Mes frères, dit-il, les Hébreux sont venus jusqu’ici régler leurs problèmes avec les Philistins. J’aurais préféré qu’ils choisissent un autre champ de bataille. Ce qui est fait appartient à Dieu. Voudront-ils nous faire payer le prix de leur humiliation. Peut être, en effet. Cette terre de miel et de fleurs a souvent été une terre de tragédies. Nous leur avons souvent survécu. Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, le bandit Roger de Sicile avait tué tous els hommes de l’île et emmené en esclavage toues les femmes et les enfants. Du moins, le crut-il. Mon grand-père a vu abattre par le Bey de l’époque la tour de Borj Erouss que le pirate Dragut édifia avec des crânes de cinq mille de ses victimes. Parmi elles combien de Juifs, que sa querelle ne concernait pas? De Juifs qui nous ressemblaient et qui furent enlevés par un jour semblable à celui-ci après une circoncision ou un mariage? Nous avons traversé ces épreuves et nous en connaîtrons d’autres; Avec l’aide de Dieu, nous vaincrons comme toujours celle qu’Il nous envoie aujourd’hui… »

dit Siméon, après le bombardement israélien.

La deuxième partie est infiniment triste.

C’est l’incendie

« C’est donc ainsi que brûle le Temple se disaient les hommes. Et l’incendie leur parlait de Titus et de Nabuchonosor. »

« Un à un, ils allaient partir, leurs valises ficelées, pour être absorbés à Tel-Aviv ou à Belleville, comme des pierres dissoutes par la pluie »

Fin du séjour à Djerba : les vacances!

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

DJERBA samedi 23

Le circuit touristique s’achève, nous avons passé 5 jours à Djerba il y a quelques années, nous sommes un peu saturées de visites culturelles. Les retrouvailles avec MBarka, Salah et leurs enfants sont chaleureuses. Nous avons tout simplement envie de nous poser dans cette atmosphère familiale, de partager trois jours de convivialité et de douceur de vivre.

A notre arrivée, nous avons eu à peine le temps de poser les valises que nous partons à deux voitures dans la nuit et les flaques dans les faubourgs de Houmt Souk pour assister à un mariage. Des tentes ont été dressées pour les invités, dans une cuisine extérieure des cuisiniers mijotent un couscous géant pour plusieurs centaines d’invités. Dans la grande tente toutes les tables sont occupées, on en apporte deux dans une chambre. La mère du marié vient nous embrasser, c’est une cousine de MBarka. La fête se déroule sur trois jours et c’est le deuxième. Certaines femmes ont revêtu des habits de fêtes traditionnels brodés, dorés, l’une d’elle a une belle robe bleue avec des pièces dorée (d’or ?) cousues. D’autres sont en jeans. D’autres encore se serrent dans de longs manteaux de laine. C’est l’hiver, il fait froid à Djerba ! Les jeunes femmes qui nous tiennent compagnies ont leurs mains tatouées au henné et des bagues à tous les doigts. Toutes sont voilées sauf Israr et Omaima, je m’emballe dans mon écharpe de cachemire gris. Le couscous est très savoureux. J’aurais aimé voir les mariés, mais ils se préparent dans une autre maison et on n’a aucune idée de l’heure où ils vont venir. Il y a un va et vient incessant, des voitures se garent d’autres repartent. Cette foule nous étourdit un peu.

DJERBA – Dimanche 24

Au petit déjeuner Salah a une surprise pour nous : un agneau est né, il a trait la brebis et lui a soustrait le colostrum pour le faire chauffer et confectionner une sorte de confiture de lait hyper-grasse et calorique. J’ne mange une cuiller, pas plus tant c’est nourrissant. Après le petit déjeuner pris au soleil sur la terrasse nous allons voir les brebis, les deux agneaux nouveau-nés accompagner MBarka qui les fait pâturer sous leurs oliviers et libérer les poules. Avec les deux chiens, les trois chats, ce sont des vacances à la campagne !

Le soleil brille, il fait très beau, un peu frais avec le vent. Nous décidons de passer la matinée à la plage : ce sont les vacances !

Arrêt sur la route en corniche pour photographier les flamands roses dans les marais de salicorne ; Ils sont tout près !

Nous allons dans la zone hôtelière. Les hôtels sont vides. La plage est magnifique avec les beaux rouleaux qui déferlent. J’ai le plaisir de marcher pieds nus, les pieds dans l’eau sur 3 km (6 aller-retour, j’ai mis les podomètre). Nous déjeunons à la terrasse du seul restaurant « les pieds dans l’eau » ouvert en cette saison. Dar el Bahr qui est un hôtel de charme avec une jolie piscine et un petit patio arboré. Le déjeuner est rapide : pizza 4 saison et trio de bricks. Cuisine un peu décevante, la pâte à pizza est bonne mais la garniture laisse à désirer ; les bricks sont quelconques. Décidément rien n’égale la cuisine familiale et raffinée de Maisons d’Hôtes.

Au souk

Houmt souk

Salah, Mbarka et leurs enfants m’emmène au souk de Houmt Souk. C’est un marché immense où l’on trouve de tout : du chauffe-biberon, aux jantes de pneus, un peu marché aux puces, un peu marché de fripes. Il y a quand même des stands qui vendent du neuf.  La famille Saïdi part en vacances dans le désert mardi : ils achètent des chèches et des lunettes de soleil. Les textiles neufs sont en provenance de Turquie. Nous passons un temps infini à choisir les nuances qui conviennent au teint de chacun. Pour les lunettes de soleil c’est encore plus long : Dior, Gucci, Ray ban, ce sont des produits de contrefaçon bien sûr (les modèles se ressemblent tous seule l’étiquette change, et encore c’est la même typographie et la même étiquette quelle que soit la marque).

Sous des auvents s’étalent les stands des fripiers sur des centaines de mètres ; Nous allons y passer un long moment. Les vendeurs se promènent entre les étals en criant 5/dinar, 7/dinar ce qui signifie qu’on peut acheter 5 pièces pour 1 dinar (30 centimes d’Euro) ; A ce prix on ne va pas être difficile, on farfouille, on retourne tout, on cherche ce qui pourrait éventuellement convenir. On découvre des articles étonnants, certains neufs avec leurs étiquettes, il y a même un Levi Strauss 501 tout neuf pour 100 millimes, deux robes noires improbables, des drapeaux de supporteurs de clubs de foot italiens ou allemands, un torchon souvenir des îles Lipari…c’est un jeu. Pour qui a du temps et une machine à coudre, c’est un trésor et on ne prend aucun risque puisque cela ne coûte rien ;

Comme ma valise est pleine et que rien ne me tente j’observe les acheteurs, ou plutôt les acheteuses. Il semble que tout le monde viennent au marché aussi bien les paysannes enveloppées dans les voiles blancs à rayures chapeau de paille sur la tête (costume traditionnel djerbien, que des jeunes filles élégantes, court vêtues mais voilées, des femmes ordinaires enfoulardées  emmitouflées dans de grands manteaux, des élégantes maquillées, des bourgeoises lunettes noires et permanentes…C’est un amusement, une loterie, un jeu de détecter la bonne affaire.

Après les habits, les chaussures. C’est encore plus avantageux, du neuf pour 10 dinars la paire. Tout est mélangé, il faut d’abord reconstituer les paires, ensuite évaluer les tailles, parfois c’est marqué, le plus souvent non. Et de toutes les façons les tailles italiennes, américaines ou allemandes ne correspondent pas. L’abondance des après-ski et moon-boots m’étonne dans une île où il ne neige pas (mais il a grêlé récemment, Salah m’a montré les photos des glaçons qu’il appelle des pierres dans son téléphone). Et pourtant ces après-skis plaisent ! Essayage impossible, cela ne fait rien, on achète quand même.

Nous revenons chargés de paquets, on s’est bien amusés !

C’est le Réveillon de Noël. Pour les Tunisiens cela ne veut rien dire. Le dîner à la grande table familiale se compose de soupe chaude et épicée, de brick, et de poisson. Le téléphone de Salah vibre. Il doit aller « pour une urgence ». On passe au salon sans lui. MBarka apporte du thé à la menthe. Nous n’avons pas entendu Salah revenir mais un gâteau au chocolat est arrivé par miracle sur un plateau ! Comme les Djerbiens ne fêtent pas Noël c’est un gâteau d’anniversaire Joyeux anniversaire Nawel a inscrit le pâtissier. Cela fait rire tout le monde.

Lundi 25 décembre

Le soleil est encore plus chaud qu’hier, le vent est tombé. Nous avions pensé à un tour en bateau, sur l’Île aux flamands mais c’est une excursion pour touristes. Nous préférons passer notre dernier jour à la plage. Nous allons directement au restaurant Dar el Bahr, Dominique s’installe sur les canapés de skaï tandis que j’arpente la plage.

Déjeuner de fruits de mer.

Journée détente, quel plaisir ce soleil, cette douceur !

 

 

 

 

 

 

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La route de Kerkennah à Djerba

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Une bergeronnette grise vient voleter à notre carreau. » Elle est migratrice » dit Rahma qui fait partie de la LPO. Les grands oiseaux qui volaient groupés le cou tendu sont des grues cendrées qui hivernent sur Kerkennah.

Petit déjeuner différent de celui d’hier : une omelette décorée avec une feuille de menthe, des câpres, des rondelles de tomates et un radis. Dans une coupelle du miel de datte-maison.

Au moment du départ, Rahma coupe des narcisses à multiples pétales et cueille deux grosses oranges. Elle me montre les escargots qui sortent de leur cachette avec la pluie. Sur l’île une espèce d’escargots s’enterre pour estiver. C’est une espèce en danger que Rahma protège.

Le vent, la pluie ont lavé l’air et les végétaux ; les rafles des dattiers sont orange vif.

Arrêt pour photographier la kerkenaise en ciment du carrefour : dans les jattes le blé a germé, de belles pousses vertes sortent. On pense à Osiris.

Ferry

C’est un ancien bateau grec, sous la peinture bien rouillée on lit son ancien nom. Un homme vient taper au carreau : il vient nous rendre le livre que nous avons laissé à la Maison d’Hôtes (on l’a terminé et on l’avait laissé pour les prochains). C’est amusant de se rendre compte comment on a été vite rattrapées et de constater la gentillesse des tunisiens.

Il fait beau sur le continent alors qu’il pleut sur les îles. Dès l’embarquement je distingue Sfax avec la montagne de phosphate qui parait blanche de loin et qui devient noirâtre au fur et à mesure qu’on s’approche.

Nous quittons Sfax plus facilement qu’on y était entrées en traversant des zones industrielles, raffineries mais peu de villages. A Nakta une plage organisée. Dans les oliveraies la récolte bat son plein. La route de Sfax à Gabès(135 km) est bien roulante et contourne Gabès. Après Gabès elle devient étroite et saturée en camions. Les ventes de carburant clandestines sont à touche-touche, les quantités proposées aussi bien en bouteilles qu’en bidon sont importantes. Comment tolère-ton un tel commerce. Aux alentours de Gabès un marché de poteries est organisé avec des emplacements numérotés : vente de jarre, plats à tajine, dattes paniers, vanneries ; A qui sont-elles destinées ces marchandises ? Je vois mal des touristes rapporter une grande jarre, vu la taille et la qualité proposée : céramique d’usage courant.

Nous quittons la route P1 Médenine-Tripoli à Mareth pour la route de Djerba. A mesure qu’on s’approche de Djerba, le paysage se transforme : on voit des étendues sableuses arides. Les puits ressemblent à ceux de Djerba.

A Jorf la file d’attente est longue. Les bacs font des aller-retours. Ils sont au moins quatre à se relayer.  Il semble qu’ils font la course. Le passage est très court, environ un quart d’heure.

Je suis étonnée par la densité des habitations sur Djerba et du nombre de constructions neuves ; je ne reconnais plus rien. A Houmt Souk je téléphone à MBarka qui me donne les directions par téléphone.

Kerkennah sous la pluie

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Petit déjeuner extraordinaire aussi bien pour les goûts que pour la présentation. Sur un disque lourd et chaud, nous avons trouvé deux galettes de pain épaisses et savoureuses. A la farine de blé sont mêlées des particules de pulpe d’olive, une fois l’huile pressée. Les œufs sont dans de grosses coques, et une tranche de faisselle, dans un pecten. Des yaourts maison, dans des pots de céramique grise vernissées ; Des substances mystérieuses et nouvelles sont disposées dans des coupelles : du miel onctueux, de l’huile d’olive, une pâte verte recouverte d’amandes et une pâte brune à déguster avec des figues séchées. Les pâtes des coupelles m’intriguent : la verte contient des pois chiches, du sésame, des pistaches et encore d’autres graines. La pâte brune restera mystérieuse.

Malgré les prévisions météo très pessimiste, le soleil brille dans les flaques que la nuit a laissées sur la terrasse.

Rahma me montre son pressoir à huile, cuve en poterie de la taille d’une bassine pour laver le linge. Elle écrase les olives à la main avec une meule pour la première pression, avec ses pieds pour la seconde, la troisième se fera en ajoutant de l’eau. L’huile du petite déjeuner, excellente, provient de la seconde pression. On réserve la première qui donne de très petites quantités à des fins médicinales « pour la gorge des bébés ».

Nous retournons en direction du débarcadère et tournons au carrefour où une kerkennaise de ciment peint pétrit une pâte. On a aménagé une promenade sur la corniche bordée par des bornes bleues et blanches qui interdisent la circulation des véhicules à moteur. . C’est marée basse. Le Golfe de Gabès et les îles Kerkennah connaisse de véritables marées. Bateaux et barques gisent sur le sable mouillé luisant. A intervalles réguliers, des casiers en plastique. On sait qu’à Kerkennah depuis les Ottomans, le cadastre s’étend aux fonds marins.

En marchand le long du rivage, j’observe les maisons cherchant à déterminer un « style kerkennien » commun aux habitations. Difficile à affirmer, maisons blanches, ou crème. Chacun cherche à apporter une touche d’originalité : les portes sont souvent bleues, mais aussi rouge, vertes, marron, les encadrements souvent sont sculptés, linteaux ciselés. Plus loin, dans l’île, les beaux hôtels adopteront le bleu et les ferronneries. Dans les villages misérables, les maisons sont parfois dans un état de délabrement désolant, parpaing et ciment dans des ruelles boueuses qui paraissent encore plus déshéritées sous la pluie. Si je ne suis pas arrivée à trouver un style typique pour les maisons, il n’en est pas de même pour les bateaux. Le bateau traditionnel est le loud. Une grande barque à fond plat, deux mats, l’un incliné à 60° l’autre horizontal. Les couleurs varient peu, le plus souvent le dessus est bleu, le dessous rouge foncé ou marron. La proue est marquée de blanc tandis que des bandes égaient les bords. Au port d’El Ataya, les bateaux de pêches à moteur ressemblent à ceux des autres ports de pêche tunisiens. Mais les couleurs n’ont pas changé.

bateau traditionnel de Kerkennah

Nous avons traversé la zone hôtelière sur la côte qui fait face à Sfax. Il y a quelques jolis petits hôtels. Rien de comparable aux urbanisations de Tabarka ou de Hammamet.
Un peu plus loin, perché sur une butte : le fort ottoman de Borj el-Hassar : sur uneasisse ronde épaisse, un petit fort carré domine le détroit. Kerkennah fut successivement numide, punique (Hannibal y trouva refuge pendant sa fuite), romaine, normande(1153-1187), aragonaise(1287-1307, sous l’autorité du Pape, et finalement ottoman.1574.

Nous nous engageons dans la palmeraie d’abord sur une petite route goudronnée qui arrive à une usine que de prends pour une unité de dessalement mais qui est peut-être une installation gazière de Petrofac. On continue sur des pistes. Dépaysement total – on se croirait en Afrique – pense-ton – mais on est en Afrique ! Au bout de la piste, quelques bateaux hissés à terre, une maison ? une coupole : un marabout ? Avec la pluie je dessine à l’intérieur de la voiture par morceaux, successivement un bateau, la maison et les palmiers.

Nous retournons dans la zone hôtelière déjeuner à l’hôtel Cercina où il y a de la Wifi afin de télécharger le Monde et envoyer quelques photos. On prend un brick à l’œuf et un café. L’ »espresso » a un goût très prononcé de nescafé mais on ne peut pas leur en vouloir nous sommes les seules clientes. C’est infect mais cela réchauffe.

Nous arrivons au bout de la route au port de El Ataya . la mer est verte avec des crêtes blanches. Les bateaux s’entassent à quai, ils ne sont pas sortis avec le mauvais temps. La promenade continue ici en corniche sur une digue surélevée. Bonnet sur la tête, capuche de la parka sur le bonnet mains gantées enfoncées ans les poches, je goûte la promenade sous la pluie. Les flaques ont noyé le terre-plein. J’ai l ‘impression de marcher dans la mer. Non loin il y a une île déserte. Je ne suis pas seule à me balader ; Trois filles – 14 ou 15 ans – marchent la tête dans leur écran de téléphone. Dans la rue du village les gens sortent, burnous à capuche pointues, femmes enveloppées d’un voile beige traditionnel, d’autres superposent des couches de tissus colorés.

Le jour décline. Les palmiers se balancent sur le ciel rose. Un arc-en-ciel fait une furtive apparition. Nous le poursuivons pour la photo. Nous avons tant tourné que nous nous avons perdu le nord. Sur quelle route sommes-nous donc ; la nuit va tomber et peut être roulons-nous à contre-sens ? On finit par se guider aux bornes qui indique Ramla. Nous rentrons à 17h30, la nuit est tombée.