La Conférence des oiseaux – JC Carrière – Guy Pierre Couleau à Ivry

THÉÂTRE DE LA MANUFACTURE DES OEILLETS A IVRY

« Nous avons un roi. Il nous faut partir à sa recherche. Son nom est Simorg. Il est le vrai roi des oiseaux. Il est près de nous, et ,nous en sommes éloignés. Le chemin pour parvenir jusqu’à lui est inconnu. Il faut un coeur de lion pour le suivre »

La Conférence des Oiseaux est un conte soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). Les oiseaux partirent en quête du Simorg afin de le prendre pour roi. Après avoir traversé 7 vallées et montagnes, ils découvrirent le le Simorg était en eux…

J’avais vu autrefois la Conférence des Oiseaux mis en scène par Peter Brook et en avais gardé un souvenir ébloui (mais lointain) récemment Shâhnâme au Quai Branly qui montrait le Simorgh. La programmation des théâtres d’Ivry ne m’a jamais déçue. Je me suis rendue avec impatience à la Manufacture des Oeillets et la soirée a été à la hauteur de mes attentes.

Les acteurs portent des masques têtes d’oiseaux élaborés par le facteur de masques Kuno Schlegelmilch. Ce sont des têtes très légères mais très réalistes d’une dizaine d’oiseaux : la huppe qui mène la conférence et qui est la conteuse, le moineau, le canard, le hibou, la perruche…Quand les acteurs sont masqués, leur gestuelle est celle des oiseaux. Adorable petit moineau en blouson de fourrure, rapace (faucon ou aigle) en uniforme militaire, jolie perruche verte dans sa cage symbolisée par un cerceau.

 

Quand ils posent les masques, il redeviennent humains. les voyageurs, fatigués à l’étape, un peu craintifs, migrants. La Huppe qui les guide leur raconte des contes. Ils vont découvrir 7 vallées, On ne verra pas le Simorgh. Le Simorgh était en eux et le voyage une initiation mystique….Humains, migrants, très humains (mais j’ai eu le regret de ces beaux masques qu’ils ont abandonnés).

De retour à la maison, j’ai cherché l’interprétation de Peter Brook sur Youtube et trouvée. J’ai pu mesurer l’oubli de ma mémoire. il restait si peu de souvenirs!

J’ai aussi cherché, et trouvé le texte de la Conférence des Oiseaux qu’on a aussi nomme Cantique des Oiseaux. J’aurais pu acheter la pièce de Jean Claude Carrière, j’ai téléchargé le texte ancien traduit par Henri Gougaud et l’ai commencé sur le champ.

J’ai été étonnée de la proximité  de la pièce et du texte original. L’adaptation théâtrale a sauté la belle introduction poétique qui lraconte la Genèse, compare notre âme à un oiseau, énumère les Pères et les Prophètes jusqu’à Mohamed et fait alterner textes religieux et contes profanes. Le premier « Un jour un chevalier sur un lit de coussin découvrit son épouse avec un inconnu » est franchement comique, il suffit à la femme de glisser un crouton de pain dans la main de son amant pour désarmer le mari!

Le Salut aux oiseaux est une merveille de poésie et d’observation naturaliste :

« Huppe, je te salue, guide des hauts chemins et des vallées profondes, toi qui t’en fus (heureux voyage!) jusqu’au royaume de Saba et revins chanter à la reine à l’oreille de Salomon »

« Et toi, bergeronnette, ô bergère des âmes, que ta flûte fluette annonce k’aube neuve et le réveil de Dieu! »

« Salut, ô perroquet à la robe superbe, toi qui bâtis son nid, au vieux temps de l’Eden dans l’arbre du savoir »

« Salut, faucon royal à l’oeil impitoyable! Jusqu’où va ta violence et jusqu’où ta passion »

La huppe essaie de convaincre les oiseaux d’aller à la quête du Simorgh

« Que la route soit une fête, chantez marchez dansez! »

Les oiseaux cherchent des prétextes pour se défiler.

« L’amoureux rossignol s’avança en premier : Le front haut, l’âme ardente, il semblait à le voir incendié d’amour… »

« Voici le perroquet à la bouche de miel, à la robe pistache, à la gorge dorée, »

je me régale aussi bien avec les oiseaux qu’avec les contes médiévaux qui me conduisent aussi bien à la Mecque qu’à Byzance, histoires de derviches ou de chevaliers, ou simple avare qui enterre son trésor….

Quel joli texte. J’ai vu que Diane de Selliers a édité un de ses beaux livres illustré par des miniatures persanes. Quel beau cadeau!

 

Les Reines – Normand Chaurette – Elisabeth Chailloux -Théâtre des Quartiers d’Ivry

CHALLENGE SHAKESPEARE 

NOUS SOMMES UNIES

VOUS ET MOI

DANS L’ANARCHIE

DES OMBRAGES

Le Théâtre des Quartiers d’Ivry réserve de belles surprises et malgré l’intitulé un peu étrange, je n’hésite pas à y faire le détour. Il est maintenant logé dans un très bel endroit : La Manufacture des œillets une usine désaffectée qui a gardé des locaux spacieux et une haute verrière.

Les Reines est l’oeuvre d’un auteur canadien qui est aussi un traducteur de Shakespeare. Les Reines sont celles qui ont gravité autour de Richard III – pièce fascinante – dont on a tiré des versions contemporaines intéressantes Looking for Richard d’Al Pacino et Richard III de David Gauchard (clic sur les liens) . J’aurais dû relire la pièce avant d’aller à Ivry et au moins lire le feuillet qu’on distribue à l’entrée du théâtre au lieu de bavarder avec Nicole. Mais je n’aime ni lire les critiques de films, ni les 4ème de couverture des livres, il me semble que cela gâche le plaisir de la surprise. Cependant dans le cas des Reines c’est indispensable de se situer un peu mieux dans l’histoire d’Angleterre, de la Guerre des Roses pour identifier les personnages .

 

Marginales chez Shakespeare, 6 Reines sont les héroïnes de la pièces :

  • La duchesse d’York (1415 – 1495): Cécile Neuville, épouse de Richard Plantagenêt
  • La Reine Marguerite (1430 – 1482) Marguerite d’Anjou, fille de René d’Anjou et de Provence, qui déclenche la guerre des deux Roses.
  • Elisabeth Woodville (1437 – 1492) mère de deux enfants assassinés par Richard
  • Isabelle Warwick (1451 -1477) mariée à George, duc de Clarence
  • Anne Warwick (1456 -1485) marée au prince Edouard puis épouse de Richard III
  • Ann Dexter (1439 -1476)  soeur des rois Richard et de George duc de Clarence.

J’ai  posé sur mes genoux l’arbre généalogique des famille Lancastre et York du feuillet de présentation pendant la pièce et je suis restée perdue malgré cette aide. De retour à la maison la présentation d’une autre mise en scène de la pièce m’a un peu mieux éclairée.

Peut-on jouir du spectacle en mélangeant tous les personnages? Il faut croire que oui, parce que la mise en scène est tout à fait originale et spectaculaire avec des effets d’éclairages très réussi et des actrices à la personnalité percutante.

On entre dans la salle dans un épais brouillard traversé par des faisceaux lumineux formant comme une colonnade. La scène est au milieu de deux rangées de gradins qui se font face. La pièce se joue dans ce couloir mais aussi au dessus de nous sur des balcons où courent les actrices qu’on ne découvre qu’ensuite.

Unité de temps:  un jour le 20 janvier 1483.  Unité de lieu, la tour de Londres. Un drame réel : le roi Edouard est à l’agonie.  Elisabeth cherche à protéger ses deux enfants de la menace de Richard. Climat d’épouvante. On entend des cloches, les pas claudicants de Richard qui rôde, le vent…

Si j’étais complètement perdue dans la salle dans le tourbillon des reines je me suis rattrapée ensuite par des retours dans cette histoire d’Angleterre et j’y ai pris plaisir.

J’ai rencontré Dieu sur Facebook _ Ahmed Madani

THÉÂTRE

A Sevran, une mère et sa fille. Salima, la mère est professeur de Français. Nina, la fille, 14 ans, joue du violon, bonnet de laine, jeans coupés, cheveux longs, c’est un ado assez conventionnelle. La mère et la fille s’entendent bien. Jusqu’à la crise. La mère rentre d’Algérie où a eu lieu l’enterrement de sa mère. Nina arrête le violon, elle cache un gros livre à sa mère et lui tient des propos moralisateurs. Salima ne s’est aperçue de rien. Nina s’est fait embrigadée par des djihadistes sur Facebook à son insu. 

 

Le sujet de la pièce est double :  l’embrigadement des jeunes filles mais aussi les rapports mère/fille.

 

 

La pièce pourrait être une tragédie, le départ de Nina pour la Syrie est déjà organisé. Le drame est désamorcé par l’intervention tout à fait involontaire de sa mère. La fin est tragi-comique. (je ne vous la raconterai pas! Na!)

 

Du même auteur, Ahmed Madani, j’avais préféré la pièce F(l)ammes jouée à la Manufacture des Oeillets à Ivry où dix femmes issues de l’immigration intervenaient avec leur histoire, leur humour, leur énergie en un choeur magnifique. J’ai rencontré Dieu sur facebook n’en a pas la force dramatique, elle est tout à fait intéressante et pédagogique. Comme j’aimerais que mes anciennes élèves la voient pour désamorcer cet « hameçonnage » qui les menace, jeunes idéalistes qui rêvent d’un prince charmant du désert….

Shâhnâmé – Une épopée persane . Théâtre d’Ombres au Quai Branly

une création d’Hamid Rahmanian – Spectacle de théâtre d’ombres (8/12/18-16/12/18 (anglais surtitré- 1h10)

Merhâb, le gouverneur de Kaboul, sa femme Sindokht et Roudabeh

Shâhnâmé du poète persan Ferdowsi est une épopée de 50 000 vers écrite au 10ème siècle d’une renommée équivalente à l’Iliade. Il compile les traditions orales et raconte l’histoire des rois persans et des héros. Hamid Rahmanian a choisi de raconter l’histoire de Zâl, chevalier de la province de Zabôl amoureux de la princesse Roudabeh.

Le spectacle de Théâtre d’ombres est destiné à tous les publics.  Mercredi après midi,  les enfants étaient nombreux dans la salle Claude Lévi-Strauss, fascinés ils sont entrés dans le spectacle.

les amoureux Zâl et Roudabeh

Au début, le générique « superproduction américaine » agace un peu, allons-nous nous voir une film ou des ombres chinoises? Les silhouettes découpées se détachent sur des photos de montagnes enneigées, c’est joli mais cela me perturbe un peu.

les jardins des miniatures

Puis ce sont des fleurs tout à fait persanes et je me laisse entraîner d’autant plus que le conteur utilise un langage facile à comprendre sans avoir recours aux surtitres projetés sur plusieurs écrans. C’est un conte, les silhouettes découpées sont merveilleuses. Selon l’angle on voit le profil d’un homme ou d’un félin, pour les père de Zâl, Sam, chevalier à la cour du roi de Perse, Manuchehr.

Sam sur l’ordre du Roi des Rois menace Kaboul

Le Simorgh emplumé a parfois l’allure d’un homme, parfois d’un oiseau. Les personnages féminins sont très gracieux. Je suis séduite par les mouvements des mains, comment peut-on faire bouger des marionnettes avec tant de grâce. C’est à la fin du spectacle quand les acteurs sont venus saluer que j’ai compris l’astuce : ils portent les masques sur la tête et les masques sont formés de deux profils formant un angle aigu (env 60°). Les cartons découpés sont très nombreux, 150 à peu près, ils figurent les décors mais aussi des animaux fabuleux comme le dragon marin, le lion ou l’éléphant….Certains sont comme des vitraux colorés.

Éléphant et palanquin

C’est une histoire d’amour, Zâl et Roudabeh appartiennent à des clans ennemis, Le Roi des rois ordonne à Sam de marcher sur Kaboul. Remake de Roméo et Juliette? Ps vraiment….

En arrière plan des palais, minarets, tours comme à Khiva, Boukhara ou Delhi. je voyage dans mes souvenirs de Rajahstan ou d’Ouzbekistan. Ce qui me donne encore plus envie d’aller en Iran.

Route de la Soie rêvée ou réelle?

 

Antigone – Lucie Berelowitsch d’après Sophocle&Brecht

Antigone à Kiev sur Maïdan?

Pourquoi pas?  Les conflits modernes s’apparentent à la tragédie antique. L’interprétation d’Antigone qui m’a le plus touchée est celle du Théâtre National Palestinien que j’ai vue à Ivry il y a quelques années. Là où il y a des guerres, il y a des héros à ensevelir, des résistantes,  Antigone non au pouvoir!

J’étais donc très intriguée par cette Antigone, d’après Sophocle&Brecht.  Je ne connais pas celle de Brecht, mais j’ai bien reconnu Sophocle. En Russe surtitré? Cela n’est en rien gênant, le texte est si connu. Le chœur antique : des rockeuses déchaînées: pourquoi pas? La prison en parpaing qu’une grue soulève devant nous.

Le texte m’a paru très resserré, un peu trop peut être, pièce vite finie, tout du moins l’ont cru les spectateurs qui ont applaudi quand la lumière s’est rallumée. Fausse sortie : des gradins descend un magnifique Tirésias.  Une  cérémonie funéraire avec bûcher enflammé se déroule…

Beau spectacle. Finalement beaucoup moins exotique que je le pensais en lisant le dossier de presse que j’avais consulté.

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Le bruit court que nous ne sommes plus en direct – Collectif l’Avantage du doute – théâtre de la Bastille

THEATRE

le bruit court1

Décor : moche! un mur noir, des chaises dépareillées, un drap en guide d’écran qui pendouille, un séchoir, type tancarville en suspension, une vieille télé… du théâtre militant???

3 filles; Mélanie jeans, polaire, Claire, jeans T-shirt, , et deux hommes, un jeune, Nadir porte un bonnet, Simon ancien soixante-huitard,  ancien de Libé et d’Actuel, nous convient à la séance de rédaction du journal télévisé de la nouvelle chaîne EtikTV.

Décor pauvre,  (les couvertures polaires sur les genoux pour palier le manque de chauffage) . Spectacle minimaliste. On débat de tout et surtout du rapport à l’image. Critique acerbe des médias. Citations alambiquées : Debord ou Godard? Non! vous n’y êtes pas c’est Mylene Farmer!

le bruit cour2

Le dilemme, ne faire aucun compromis et ne pas avoir de spectateurs ou sacrifier au goût du public pour le sensationnel. Le apprentis journalistes débattent puis mettent en scène le journal le plus misérabiliste qu’on puisse imaginer….

Au théâtre, j’aime bien qu’on m’étonne, qu’on m’émerveille. Ce ne sera pas le cas pour la merveille, pour l’étonnement si! Et je me prends à rire. Les acteurs font appel à la connivence des spectateurs. Et cela marche!

Parfois,le spectacle s’enlise un  peu,  jusqu’au final, qui est farce et  fait jubiler la salle.

Comment on peut faire réfléchir sur les médias, critiquer les images, et surtout – ce qui fait plus mal – la récupération de la critique, la critique de la récupération, la sincérité des fondateurs d’EtikTV et la perversité de la récupération…et pourtant, se payer une soirée de rigolade!

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la Reine morte – Henry de Montherlant

CARNET PORTUGAIS 

Tombeau d'Inès de Castro
Tombeau d’Inès de Castro

Après la visite d’Alcobaça, la lecture de la pièce s’imposait!

De Montherlant, je n’avais qu’un vague souvenir du Maître de Santiago, grandeur, style, impressions adolescentes.

Je croyais trouver une sorte de Roméo et Juliette , tragédie de l’amour fou, impossible. C’est plutôt le Roi Lear! 

Pedro et Inès ne sont pas les héros de la pièce.

Montherlant a campé la figure du roi Ferrante – roi vieillissant – qui impose un mariage politique avec l‘Infante de Navarre à son fils qui ne peut le conclure puisqu’il est déjà secrètement uni à Inès de Castro. Ferrante est le personnage principal de la pièce, monarque, il incarne l’Etat et la raison d’Etat. La raison d’Etat s’opposant à l’amour, c’est classique dans la tragédie. Il ne s’agit pas uniquement de cela. Ferrante, vieillissant délire, il signe un pacte avec Aragon, sachant que ce traité lui sera défavorable, il convoque ses conseillers, courtisans flatteurs ou félons auxquels il n’accorde aucun crédit. Il exerce son pouvoir absolu et capricieux plus par le goût du pouvoir que par souci de l’intérêt du Portugal. Il se grise de son pouvoir, il méprise aussi bien son fils que ses courtisans. Il a pouvoir de vie et de mort sur l’évêque de Guarda, sur Lourenço Payva, sur Inès. S’il épargne l’évêque par politique vis-à-vis du Pape, il est seul maître du destin des deux derniers. Pourquoi ordonnera-t-il l’exécution d’Inès? Pour prouver qu’il est le roi? Parce qu’il a été défié par son conseiller? Parce qu’enceinte, elle porte la vie alors qu’il est au seuil du trépas?

L‘infante de Navarre est l’autre personnage fort de la pièce qui commence par ses stances. Personnalité royale, elle aussi. Offensée par le refus de Pedro, elle ne cherche pas à nuire à sa rivale. Au contraire! Elle cherche à l’attirer à elle en Navarre. Elle en tombe amoureuse.

Inès est autant mère qu’amoureuse. Amoureuse, certes quand elle va voir Pedro en prison, mais c’est en tant que mère qu’elle irrite Ferrante. C’est l’évocation de l’enfant à venir qui cèlera son arrêt de mort.

La Reine morte m’a donc réservé des surprises!

J’ai été très intéressée par les présentations de la pièce de l’édition Folio THEATRE, imaginer Madeleine Renaud dans le rôle d’Inès, imaginer aussi l’impatience des spectateurs en 1943 sachant que le métro passait à 11h20 à Palais Royal. Allusion du film de Truffaut!  J’ai hâte de voir la pièce en entier!

 

http://television.telerama.fr/television/la-reine-morte-ressuscitee,42727.php

http://television.telerama.fr/television/la-reine-morte-ressuscitee,42727.php

PS je viens de visionner le film. Il s’agit bien de film et non de captation de théâtre. Beaux décors, je reconnais Tomar. La fin m’a surprise. La mort de Ferrante très plastique voulue par Montherlant et le rôle du page a été modifiée. Le metteur en scène a préféré terminer sur l’hommage de la cour à la Reine Morte, comme on m’a raconté la légende à Alcobaça.