Barrage sur le Nil – Christian Jacq

CARNET ÉGYPTIEN 2019

Livre catastrophe!

Comme il y a eu des films-catastrophes….aussi comme livre raté…

Je ne m’attendais pas à un livre calamiteux. De Christian Jacq, j’avais bien aimé les policiers qui se déroulaient à Deir el Medineh, le village des artisans . Lus avant de découvrir les tombes peintes j’avais trouvé ces ouvrages une bonne introduction au voyage. La trilogie de Ramsès m’avait aussi rendu lisibles les temples du Ramasseum, de Sethi 1er , de Louxor et de Karnak. Plus tard j’ai lu les ouvrages plus scientifique de Christiane Desroche-Noblecourt . je préfère toujours l’Histoire et les historiens aux romans historiques. Toutefois, cette vulgarisation intelligente et facile m’avait semblé de bonne facture.

Avec le tourisme de masse qui a déserté les rives du Nil, les ouvrages de Christian Jacq ont disparu des étagères….

De retour à Assouan, en prévision de notre excursion à Abou Simbel, j’ai téléchargé ce titre espérant en apprendre sur le barrage et sur le Lac Nasser. Au début, cela commence par un massacre dans un autobus, et puis cela continue par des assassinats, des attentats à n’en plus finir. Grand guignol!

J’avais que l’auteur développerait les études de son « spécialiste du barrage », mais non, ce n’est pas de la vulgarisation scientifique c’est un thriller, très violent, manichéiste, à la morale simpliste. Les méchants sont les islamiste, djihadistes. Les Égyptiens sont tous corrompus. Tout peut s’acheter. Le héros est entouré de traîtres…..

Aucune empathie possible.

Notre héros vient de perdre sa fiancée, la vengeance sera sa seule motivation. Quelle originalité! Il se précipite chez une ancienne maîtresse, puis séduit une troisième. Toutes sont belles, intelligentes….Il va perdre tous ses amis, assassinés à ses côtés et lui, réchappe de peu de nombreuses explosions….

Quelle Egypte détestable! l’auteur n’aime-t-il que les Égyptiens morts il y a 3000 ans, au moins? On se demande comment son héros américain aime l’Egypte telle qu’il la présente.

Policier pour policier, je me délecterai d’Agatha Christie.

J’ai couru vers le Nil – Alaa El Aswany – Actes sud

LIRE POUR L’EGYPTE

 

Résultat de recherche d'images pour "et j'ai couru vers le nil"

J’ai couru vers le Nil. les grenades lacrymogène remplissaient l’atmosphère et moi je pleurais. Je ne sais pas si c’était à cause du gaz ou du jeune qui était mort, ou à cause de de moi, ou si c’était tout cela à la fois. En revenant j’ai vu de me propre yeux un grand nombre de morceaux humains laissés par le tank : de intestins, des cerveaux, de jambes  des moitiés de corps. Tout cela je l’ai vu. Mais le plus dégoûtant, c’est que j’ai vu des gens qui couraient, terrorisés, et qui marchaient dessus. personne ne pense plus. La seule chose qui compte c’est de s’en sortir….. »

C’est le roman de la Révolution de 2011.

Le livre de Robert Solé : Le pharaon renversé, 18 jours qui ont changé l’Egypte, était le compte-rendu d’un journaliste,  très bien documenté, de l’occupation de la place Tahrir et des manifestations qui ont obtenu la démission de Moubarak.

J’ai couru vers le Nil est un roman choral qui met en scène une galerie de personnages d’horizons très différents qui se croiseront (ou pas) au cours de la Révolution de 2011. L’auteur les présente dans leur quotidien.

Le livre s’ouvre sur le réveil du général Alouani, modèle de rectitude, de piété, qui s’avère être un tortionnaire des services de Sécurité.

Nous lirons la correspondance entre deux jeunes militants du mouvement Kifaya. Asma,  une professeure d’anglais, refuse le modèle de femmes traditionnelle que lui propose sa famille et la corruption règnant dans un collège (je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse impliquer des enseignants dans la corruption!). Elle se confie à un jeune ingénieur syndicaliste dans une usine en grève.

Deux stars des médias très influents joueront un rôle pervers : une présentatrice de télévision adulée par le public et un prédicateur influent.

Il y a aussi une histoire d’amour sur fond d’occupation de la place Tahrir entre deux étudiants en médecine.

Une autre histoire d’amours’épanouit à la faveur de la Révolution : celle d’un riche copte, acteur de cinéma plutôt raté, et sa bonne. Relation qui aurait pu être dégradante sans un miracle (que je ne spoilerai pas)

Un chauffeur de maître, un ingénieur désabusé qui fut autrefois militant, cassé par la répression, complètent cet échantillon de la société égyptienne…

La force du roman est de montrer l’enthousiasme du mouvement révolutionnaire populaire, ses heures victorieuses quand le pouvoir a vacillé et, ensuite, la puissance de la réaction du pouvoir en place disposant de la force militaire, de la richesse des acteurs économiques menacée et défendue à tout prix, du pouvoir des médias et surtout de la télévision diffusant de fausses interviews, des mensonges pour accréditer un complot des américains et des sionistes (l’expression fake-news n’est pas encore à la mode, le procédé oui).

Puissance de la réaction, de l’alliance des militaires, des islamistes qui sont retournés et qui ont prêté  à leur service, leur organisation d’abord alliée à la révolution. Puissance et cruauté inimaginable : des témoignages de jeunes filles aux mains des policiers sont déchirants.

Le livre de Solé se terminait sur l’optimisme né du départ de Moubarak. Celui d’ El Aswany est noir : retour de la dictature et de la corruption. Il est interdit au Caire et l’auteur exilé est sous la menace d’un procès.

J’avais beaucoup aimé l‘Immeuble Yacoubian qui décrivait la société cairote dans sa diversité selon le même procédé choral.

Lire aussi l’interview de l’auteur : CLIC

 

Nefertiti et le Rêve d’Akhnaton – Andrée Chedid

LIRE POUR L’EGYPTE

Nefertiti et le rêve d'Akhnaton par ChedidComme j’ai eu un coup de cœur pour le 6ème jour, j’ai lu à la suite Néfertiti ou le Rêve d’Akhnaton de cette même auteure. Court roman historique, racontant l’utopie d’Akhnaton, le pharaon qui introduit en une courte parenthèse le monothéisme avec le culte d’Aton, le soleil, rompant avec l’influence des prêtres d’Amon à Thèbes. 

Peu avant d’atteindre les falaises de calcaire, la reine fait halte auprès d’une des stèles-limitrophes. Cette fois, je lis les paroles d’Akhnaton. Je les lis comme on chnate : balançant la tête, berçant les mots :

« Ceci est mon serment de vérité :

Je veux faire de ce site

un lieu de vie pour chacun

Puisse-t-il aussi m’être accordé

que Nefertiti, vivante toujours

atteigne un âge avancé

après une multitude d’année. .. »

Akhnaton n’a pas seulement imaginé un culte à Aton. Il a aussi quitté Thèbes, la capitale de l’Egypte et fondé à Tel-el-Amarna une nouvelle capitale que Chedid appelle dans ce roman La Cité d’Horizon, cité nouvelle, citée rêvée et idéale,  non conformiste, ouverte aux idées nouvelles, aux étrangers, où femmes et enfants pouvaient s’épanouir loin de l’étiquette de Thèbes.

La cité d’utopie a rayonné une vingtaine d’années. Le couple que formaient Nefertiti et Akhnaton a commencé par une histoire d’amour entre deux adolescents.Ils ont formé une famille nombreuse et heureuse où la tendresse que le Pharaon portait à ses filles était publique.

Enfin, deuils, maladies, jalousies et intrigues ont eu raison de cette belle expérience. A Thèbes, les dignitaires attendaient leur heure et la Cité d’Horizon fut défaite et rasée.

C’est après le saccage de la ville que Nefertiti et le fidèle scribe Boubastos évoquent les jours heureux en un récit à deux voix, la recension fidèle du scribe et les souvenir de la femme encore amoureuse de ce roi si singulier.

La parole et l’écrit sont plus solides qu’une stèle disait mon père Ameno. Un nom dans la bouche des hommes édifie dans le coeur la plus invulnérable des pyramides.

Ce récit poétique s’appuie sur des données historiques, sur des personnages réels qui ont laissé des traces encore tangibles comme cette Reine Tiyi, la mère d’Akhnaton, femme d’Aménophis III, colosses conservés au Musée Egyptien du Caire, comme Ramôse dont je vais revisiter la tombe à Gournah….

Une parfaite introduction au voyage.

Le 6ème jour – Andrée Chedid (1960)/Youssef Chahine (1986)

LIRE POUR L’EGYPTE

« Dans six jours, je serai guéri. N’oublie pas ce je te dis : le sixième jour ou bien on meurt ou on ressuscite. Le sixième jour.... »

Explique l’oustaz Selim qui sent les premières atteintes du choléra à Oum Hassan, la grand mère d’Hassan, vieille paysanne revenant du village anéanti par l’épidémie.

1948, le choléra sévit en Egypte.

Dans les campagnes, pour éviter la contagion, une ambulance enlève les malades qu’on isole dans une sorte de campement tandis que leurs biens sont brûlés. Peu ou pas de soin, peu ou pas d’espoir de guérison. Les parents cachent les malades pour qu’on ne les emmène pas.

Saddika, Oum Hassan arrive juste à temps au village pour les funérailles de sa soeur. Quand elle revient au Caire la maladie a déjà atteint la ville. On rétribue les citoyens qui dénoncent les cas d’infection. Okkazionne, le montreur de singe, se réjouit de cette source de revenus providentielle.

Quand Oum Hassan découvre les premiers symptômes sur son petit fils, elle prend la fuite avec l’enfant. Elle fait confiance en la parole du maître d’école, il suffit d’attendre six jours. Elle installe Hassan sur une charrette à bras, puis le cache dans une cabine de lessive sur le toit, enfin dans une felouque qui descend le Nil vers la mer.

Ce court roman (156 pages) raconte cette fuite éperdue, l’amour immense de la vie. Saddika ne prodigue pas de soins, elle insuffle l’énergie vitale dont elle déborde en parlant à l’enfant, en lui racontant des histoire, en protégeant le petit corps affaiblit. Il lui semble que tout l’amour qu’elle lui porte le protégera pendant les six jours fatidiques;

Je chante pour la lune
Et la lune pour l’oiseau
L’oiseau pour le ciel
Et puis le ciel pour l’eau
L’eau chante pour la barque
La barque par ma voix
Ma voix pour la lune
Ainsi recommencera.
Dans la terre et dans l’eau
Ma chansonvoyagera
Où le noir est si haut
Ma chanson s’effacera
La lune m’entendit
Et par la lune, l’oiseau
Le ciel m’entendit
Et par le ciel, l’eau
La barque m’entendit
Et par la barque, ma voix
Ma voix m’entendit
Et j’entendis ma voix.
         

Une Egypte encore rurale et traditionnelle évoquée avec délicatesse et poésie.

J’ai voulu revoir le film de Youssef Chahine tiré du livre vu il y à sa sortie en 1986, dont je n’avais gardé qu’un très vague souvenir.

Première surprise, une grande Saddika : Dalida voilée de noir, mais loin de l’idée que je m’étais construite à la lecture du roman.

D’un récit tout simple, linéaire, le cinéaste a construit une oeuvre complexe où l’amour maternel n’est plus le sujet unique de l’histoire. Choléra, certes, mais aussi occupation britannique. Le personnage d’Okka devient central, de simple montreur de singe, vivant d’expédient, il devient un véritable acteur, danseur, inspiré par Gene Kelly qui danse sous la pluie présent dans la maison de Saddika avant le drame. Autre thème : l’amour du spectacle et du cinéma avec des allusions cinéphiles.

Même la fin, est très différente, plus visuelle au cinéma.

Le Pharaon renversé -18 jours qui ont changé l'Egypte – Robert Solé

LIRE POUR L’EGYPTE

Le pharaon c’est Hosni Moubarak, le théâtre, la place Tahrir, Robert Solé raconte jour après jour la Révolution du 25 janvier 2011.

Dans exactement une semaine, nous serons sur le lieux : notre hôtel City View donne sur la place Tahrir. Il était donc logique que je commence ma série de lectures égyptiennes par cet ouvrage! Notre dernier voyage date de 2010, nous avons eu peur de revenir au Caire depuis. Pourtant depuis la Révolution de Jasmin nous sommes allées deux fois en Tunisie!

 

La Bibliothèque enchantée – Mohammad Rabie (Actes sud)

LIRE POUR L’EGYPTE

Vous aimez les livres et les bibliothèques?

A l’heure où les médiathèques s’informatisent, où la lecture se fait électronique, où les ordinateurs deviennent traducteurs (plus ou moins bien) … Voici une bibliothèque enchantée, mystérieuse, cachée dans une rue du Caire, invisible aux passants, au nom féminin de Kawkab Ambar!

 

 

Dans cette bibliothèque, nul fichier, nul classement, nulle carte de lecteur. Seuls quelques habitués la fréquentent. Et pourtant la quantité de livres est impressionnante.

 

Chaher, un fonctionnaire, est envoyé pour faire un rapport sur le fonctionnement de cet établissement. Il ne se fait pas d’illusions : la bibliothèque est condamnée, on va faire sur son emplacement une station de métro. On attend de Chaher le rapport qui confirmera la fermeture.

Ce dernier tombe sous le charme de cette bibliothèque mystérieuse, il fréquente les habitués. L’un d’eux l’initiera à la logique du rangement des livres puis à la particularité : la bibliothèque a « la baraka des traductions » . Un auteur qui dépose un exemplaire obtient la chance de voir son ouvrage traduit dans des langues étrangères. D’ailleurs, l’un des fidèles lecteurs est un traducteur réputé, même un Professeur de traduction.

Il sera question de Mahfouz, de Joyce et de Borges, je découvrirai le plus vieux roman arabe Hayy ibn Yazqzan écrit au 12ème siècle….je me suis demandée si le Codex Seraphinianus avait vraiment existé(oui me répond Wikipédia)…

Ironie, mystère, mystification ou délire, on nage dans l’invraisemblance, qu’importe? Il n’y a pas d’intrigue, ni d’histoire seulement une poétique déambulation dans l’univers des livres. ‘

 

Belles d’Alexandrie – Edouard Al-Kharrat

LIRE POUR L’EGYPTE

Je suis toujours fascinée par Alexandrie des années 1930 à 1950, la ville de Durrell et du Quatuor, celle de Cavafy, Tsirkas,  Stefanakis, Solé, Moustaki….. Égyptienne, bien sûr, mais aussi francophone, italienne, grecque, levantine, britannique…..Ville littéraire mais aussi populaire. Ville qui a été noyée sous le béton d’une corniche-muraille. Sur place, au cours de nos deux séjours, j’ai cherché les traces de cette ville cosmopolite, sans trouver ces souvenirs. Pèlerinage au Cécil sur Saad Zagloul….

Edouard Al-Kharrat est copte. Il raconte des tableaux de sa vie d’enfant, étudiant révolutionnaire, ingénieur et restitue sa part de la ville d’antan, des baignades. Rencontres avec des femmes convoitées, rêvées…. j’ai bien aimé le suivre dans la ville.

Alexandrie 2010

Et, puis, je me suis lassée. Ses histoires lui reviennent sans ordre chronologique. Certains personnages sont récurrents, d’autres disparaissent. J’aurais eu besoin d’une intrigue, d’une histoire pour reconstruire le puzzle. Je me suis intéressée aux luttes contre les britanniques, aux manifestations de rue, mais j’ai besoin de plus de précisions, de dates, pour les suivre. J’ai donc lu, interrompu la lecture, repris, butiné…je me promène dans Alexandrie, puis je prends un polar, pour me laisser emporter par une enquête.