Karnak café – Naguib Mahfouz

LIRE POUR L’EGYPTE

 

Ce court roman (une centaine de pages) écrit en 1971, se déroule dans les années ayant précédé la Guerre des Six Jours (1967) jusqu’au décès de Nasser.

Unité de lieu : un café du Caire tenu par une ancienne vedette de la danse Qurunfula. On connait la prédilection de l’écrivain pour les cafés. Le Café Fishawi , 14 ans après sa mort entretien encore le mythe d’être « le café de Mahfouz » et c’est un incontournable pour la visite touristique du Caire. Le Café Karnak n’a pas le lustre du Fishawi ou du Café Riche. Entré par hasard, le narrateur est séduit par la prestance de Qurunfula, par la qualité du café (la boisson) et la société qui s’y rencontre : les habitués sont des vieillards qui jouent au trictrac et un groupe d’étudiants. Qurunfula  entretient une ambiance chaleureuse et bienveillante.

C’est avant tout un livre politique. Les étudiants disparaissent à trois reprises. On imagine pourquoi. Si l’un d’eux est un militant communiste, les deux autres, un jeune couple d’origine très modeste, se définissent avant tout comme « des enfants de la Révolution » (celle de 1952) dont ils reconnaissent les bienfaits, sans elle, ils n’auraient peut être pas étudié à l’école et encore moins à l’université. On devine la chasse à n’importe quelle opposition qui s’étend aussi bien aux communistes qu’aux Frères Musulmans. On découvre les conditions indignes de détention arbitraire. Après la Guerre de Juin, comme l’auteur la nomme, certains bourreaux ont cédé leur place mais les pratiques demeurent. Le jeune communiste meurt pendant un interrogatoire.  Si l’acharnement contre les garçons est cruel, pour la fille c’est encore pire.

Après la Guerre de 1967, la situation est compliquée par le sentiment d‘humiliation de la défaite. Le roman rend compte de ce sentiment surtout quand l’ancien bourreau fait une apparition dans le café.

Cette lecture me fait penser au livre d’Alaa El- Aswanny Jai couru vers le Nil se référant à une autre époque (après 2011) mais toujours avec la même répression policière.

J’aime toujours revenir à Mahfouz dont l’oeuvre est si variée.

L’EMPIRE OTTOMAN – Le Déclin, la chute, l’effacement – Yves Tenon ed du félin

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

 

J’ai coché ce livre sur la liste de la Masse Critique sans aucune hésitation, l’Histoire est toujours plus passionnante que la fiction et la Méditerranée orientale est un  territoire que j’aime explorer, d’ailleurs je rentre d’Egypte. Merci aux éditions du Félin pour cette lecture!

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ce n’est certes, pas le livre qu’on glissera dans le sac de voyage pour un week-end à Istanbul, 500 grandes pages, imprimées en petits caractères, format et poids rédhibitoires! Ce n’est pas non  plus le « pavé de l’été« à lire sur le bord de la piscine ou à la mer!

C’est du lourd et du sérieux, c’est l’oeuvre d’un historien qui, de plus se présente comme un historien des génocides :

« Les spécialistes des génocides sont de drôles de gens,  des oiseaux  bariolés dans la volière universitaire…

L’historien du génocide est un policier qui enquête, un juge qui instruit un procès. Peu importe la vérité, il découvrira la vérité pourvu qu’il la trouve…. »

écrit l’auteur dans le premier chapitre du livre.

Ainsi prévenu, le lecteur se lance dans un ouvrage sérieux, documenté qui recherche les sources du déclin de l ‘Empire

Ottoman loin dans l’histoire, au début-même de la conquête des Ottomans, au temps de Byzance. Cette histoire va donc se dérouler pendant 600 ans sur un très vaste territoire. On oublie souvent que la Porte régnait de la Perse aux portes de Vienne, du Caucase au Yémen. Histoire au long cours, sur un Proche Orient qui s’étale sur trois continents. Pour comprendre la chute, il importe donc de connaître l’Empire Ottoman à son apogée.

Quand a-t-il commencé à décliner ? A la bataille de Lépante (1571) ou après le second siège de Vienne (1683) avec la paix de Karlowitz (1699) où le démembrement de l’empire commença quand la Porte a cédé la Pologne, la Hongrie et la Transylvanie?

En 1572, après Lépante, Sokollu déclarait à l’ambassadeur vénitien:

« il y a une grande différence entre votre perte et la nôtre. En prenant Chypre nous vous avons coupé un bras. En coulant notre flotte, vous avez seulement rasé notre barbe. Un bras coupé ne repousse pas. Une barbe tondue repousse plus forte qu’avant… »

L’analyse de la société ottomane, de son armée, ses janissaires, le califat nous conduit jusqu’à la page 80, avant que le déclin ne soit réellement commencé avec l’intervention des occidentaux et les Capitulations ainsi que les prétentions russes et le début du règne de Catherine de Russie (1762).

Pendant plus d’un siècle et demie, Serbes, Roumains, Grecs, Bulgares et Macédoniens, enfin Albanais vont chercher à s’émanciper et à construire une identité nationale. Par ailleurs les Grandes Puissances vont jouer le « Jeu diplomatique » qu’on a aussi nommé « Question d’Orient »

« Dans la question d’Orient, cet affrontement des forces qui déchirent l’Europe peut être représenté sous forme d’un Jeu qui tiendrait des échecs et du jeu de go, avec des pièces maîtresses et des pions et où chaque partenaire conduirait une stratégie d’encerclement. Des reines blanches  – de trois à six selon le moment – attaquent ou protègent le roi noir ceinturé de pions. les unes veulent détruire le roi noir, les autres le maintenir dans la partie. Le roi perd ses pions un à un, et les reines tentent de s’en emparer, chacune à son bénéfice, pour se fortifier ou affaiblir ses rivales »

Les puissances sont les reines : l’Angleterre veut garder la Route des Indes, la Russie veut un accès par les Détroits à la Méditerranée, elle utilise son « Projet Grec » en se posant comme protectrice de l’Orthodoxie, l’Autriche-Hongrie veut s’élargir à ses marges, la France se pose comme protectrice des Chrétiens d’Orient, l’Italie et l’Allemagne arrivées plus tard dans le Jeu cherchent des colonies.

L’auteur raconte de manière vivante, claire et très documentée cette histoire qui se déroule le plus souvent dans les Balkans mais aussi dans les îles et en Egypte.

C’est cet aspect du livre qui m’a le plus passionnée. Lorsqu’on envisage les guerres d’indépendance de la Grèce à partir de Constantinople, on peut rendre compte de toutes les forces en présence aussi bien le Patriarcat et les Grecs puissants de Constantinople que les andartes, sorte de brigands, les armateurs, les populations dispersées autour de la mer Noire jusqu’en Crimée, les armateurs et surtout les manigances russes. La Grande Idée se comprend bien mieux comme héritière du Projet Grec russe.

Les Révoltes Serbes, les comitadjis macédoniens ou bulgares trouvent ici leur rôle dans ce Grand Jeu. Les guerres fratricides qui se sont déroulées dans la deuxième moitié du XXème siècle dans les Balkans  en sont les héritières.

L’auteur explique avec luxe de détails les traités de San Stefano (18778) et le Congrès de Berlin(1878) que j’avais découverts à Prizren (Kosovo) avec la Ligue de Prizren qui est à l’origine de l’indépendance albanaise.

On comprend aussi la formation du Liban. On comprend également pourquoi Chypre fut britannique, Rhodes et le Dodécanèse italien….

Après une analyse très détaillée (et plutôt fastidieuse) de la Première Guerre mondiale les événements se déplacent des Balkans vers le sud, à la suite des intérêts britanniques et français et des accords Sykes-Picot, tout le devenir du Moyen Orient s’y dessine. 

Les accords de paix clôturant la Grande Guerre portent en germe l’histoire à venir : Traités de Versailles, de Sèvres, de Lausanne. Les négociations sont racontées par le menu, là aussi j’ai un peu décroché.

La fin du livre se déroule dans le territoire rétréci de l’Asie Mineure, éléments fondateurs les Jeunes Turcs, le  Comité Union et Progrès, le qualificatif « Ottoman » est remplacé par « Turc », le nationalisme turc prend le pas sur l’islam, il y eut même un courant touranien avec une orientation vers l’Asie Centrale ou le Caucase. Deux événements fondateurs : le génocide Arménien  et la prise de pouvoir par Mustafa Kemal, émergence d’un populisme laïque et nationaliste. L’historien refuse l’hagiographie et analyse le parcours de Kémal. 

Chaque chapitre est remarquablement bien construit. La lecture étant ardue, il m’a fallu me limiter à un chapitre à la fois. Passionnant mais parfois indigeste, j’ai reposé le livre, pris le smartphone pour avoir la version simplifiée de Wikipédia, pour des cartes, des dates. Il m’a parfois semblé que ce livre était destiné à des lecteurs plus avertis que moi.

Un seul reproche : les cartes sont peu accessibles, trop rares et réparties au milieu du texte, un cahier sur un papier glacé au milieu, au début ou à la fin aurait facilité le repérage. De même, la toponymie laisse parfois le lecteur désorienté : pourquoi avoir utilisé Scutari au lieu de Shkoder en Albanie, toujours en Albanie Durrazzo pour Dürres, Valona pour Vlora? Angora pour Ankara…C’est un détail, mais encore c’est le smartphone qui m’a dépannée.

Je vais ranger ce gros livre bien en évidence parmi mes livres de voyage parce qu’il raconte aussi bien l’histoire de la Grèce, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Bosnie, de l’Egypte que de la Turquie moderne! C’est un indispensable pour comprendre les enjeux des luttes actuelles et aussi pour comprendre pourquoi le génocide arménien est encore nié dans la Turquie moderne.

 

 

 

 

 

 

Turbans et Chapeaux – Sonallah Ibrahim – Actes sud

LIRE POUR L’EGYPTE

Ce roman historique se présente comme le journal de bord d’ un jeune égyptien, du 22 Juillet 1798, quand les troupes françaises sont aux portes du Caire, jusqu’au 31 Août 1801 quand elles quittent l’Egypte. C’est donc un roman historique qui raconte l’Expédition de Bonaparte du point de vue d’un jeune musulman. Le narrateur est un étudiant de l’érudit Jabari, professeur à Al Azhar, qui le loge dans sa maison et qui tient, lui aussi une chronique des événements et qui assiste avec les autres notables aux réunions du Divan.

Le jeune homme a appris le français en travaillant chez un négociant français. Son Maître, l’envoie d’abord à l’Institut Français, traduire et copier des ouvrages arabes. Il y rencontre les Savants de Bonaparte et Pauline dont il tombe amoureux avant qu’elle ne devienne la maîtresse de Napoléon. Il lui donne aussi la mission de suivre la campagne de l’armée française en Syrie, jusqu’au désastre d’Acre. Tout au long de la campagne il note scrupuleusement batailles, atrocités et ravages de la peste. Après le retour de l’armée au Caire, le départ de Bonaparte pour la France, l’assassinat de Kléber, les notes sont plus confuses comme la situation des occupants.

Cette lecture raconte une histoire  que je viens de lire avec grand plaisir dans l’Egyptienne de Gilbert Sinoué, saga brillante et passionnante; parfois, j’ai eu une impression de déjà-lu qui a défloré la découverte et un peu pâli l’étoile de cette seconde lecture. C’est ma faute, j’aurais dû espacer les deux lectures!

Cependant, les points de vue sont différents : l‘Egyptienne est une chrétienne, fille de riche propriétaires terriens, sa famille fréquente les mamelouks et elle a accès à la citadelle. Le jeune égyptien est de beaucoup plus modeste extraction. Dans Turbans et Chapeaux on apprend une foule de détails sur la vie quotidienne au Caire, au hammam, au marché, dans les cafés. Il se promène à pied et à âne, les bourricots jouent d’ailleurs un rôle que je ne soupçonnais pas….

Dans ces chroniques, le narrateur note scrupuleusement les impôts, taxes et avanies auxquels propriétaires fonciers, fermiers et même simples habitants sont soumis quand l’occupant cherche à s’enrichir, ottomans comme français, les procédés se ressemblent (c’est l’opinion de la lectrice) . Il raconte aussi comment les soldats d’occupation se comportent en exigeant nourriture et boissons et en commettant des exactions, comportements malheureusement similaires!

Le dernier jour, l’élève a retrouvé sa place auprès du maître:

Ecris ce que je vais te dicter, m’ordonna-t-il :

« an mille trois cent treize : première à venir d’années riches en grandes batailles, en événements graves et calamités subites où les malheurs ont succédé aux malheurs, les épreuves aux déconvenues, où le cours naturel des choses s’est déréglé, et où la mauvaise administration et la dévastation ont conduit à la ruine générale…

 

La Lumière qui s’éteint – Rudyard Kipling

SOUDAN / GUERRES MAHDISTES

A la suite de la lecture du roman soudanais The Longing of the Dervish de Hammour Ziada qui se déroulait pendant les guerres mahdistes (1881-1898) au Soudan, j’ai eu envie de lire la version britannique de ces guerres que donne Rudyard Kipling dans le roman La lumière qui s’éteint. J’ai vraiment adoré  Kim et L’homme qui voulut être roi, deux romans d’aventures et d’espionnage complexes dans le contexte des Indes victoriennes et du Grand Jeu en Afghanistan. J’espérais que Kipling m’entraînerait dans des aventures soudanaises comme dans les deux romans précédents. 

Le roman commence comme un roman d’amour entre deux enfants, à peine adolescents en pension chez une dame sévère dans un village de la côte anglaise. Dick Heldar restera fidèle à la petite fille sauvage Maisie.

Nous retrouvons Dick au Soudan.  Il est dessinateur de Presse, remarqué par le grand reporter Torpenhow qui le fait engager par son journal. Frères d’armes, ils nouent une amitié indéfectible et des relations de camaraderie avec les autres journalistes. Nous devinons la brutalité des combats, la sauvagerie de cette guerre?

mais dites-donc, espèce de vieil athlète balafré et débauché, oubliez-vous que vous êtes chargé, au début de chaque guerre, d’étancher la soif de sang du brutal et aveugle public anglais? on a supprimé, de nos jours, les combats de l’arène ; mais il y a en revanche des correspondants spéciaux. Vous n’êtes qu’un gladiateur obèse….

En revanche, Kipling fournit peu d’informations géopolitiques. On ne peut pas considérer ce roman comme un roman historique alors que dans les deux romans précédents les enjeux stratégiques de l’empire victorien étaient bien présents. Si j’espérais rencontrer Gordon, le Mahdi ou Kitchener, je resterai sur ma faim.

De retour à Londres, à son insu, Dick est célèbre. Ses dessins de presse lui valent un franc succès. Il compte exploiter le filon de la peinture de guerre pour gagner une fortune, quitte à galvauder son art, à produire des peintures de style pompier pour plaire aux acheteurs .

Torpenhow et son collègue l’Antilope en sont ulcérés et cherchent à le détourner de la facilité et de la vanité qu’il en tire.

Eh bien! croiriez-vous que le directeur de cette misérable revue a eu le front de me dire que ma composition choquerait ses abonnés!…qu’elle était trop brutale, trop grossière, trop violente! L’homme st naturellement doux comme un mouton, n’est-ce pas quand il défend sa vie! […]-voyez-vous ce petit reflet, correctement posé sur l’orteil? C’est de l’art! J’ai nettoyé sa carabine avec le plus grand soin, car tout le monde sait que les carabines sont toujours propres quand elles ont servi : c’est de l’art! J’ai astiqué le casque : on emploie toujours de la pâte à polir, en campagne, car sans elle, pas d’art!

Au sommet de sa carrière artistique, Dick retrouve Maisie qui est peintre, elle aussi, mais sans succès. Il se croit capable de la séduire avec sa renommée. Il est assez riche pour l’entretenir, assez célèbre pour l’influencer. Mai la jeune fille tient à son indépendance :

« On! non impossible! C’est mon travail; à moi seule. j’ai toujours vécu ainsi, indépendante et ne veux appartenir qu’à moi-même. Je me rappelle bien …ce dont vous me parlez., mais c’est fini, tout cela. C’étaient des enfantillages… »

La suite du roman d’amour se déroule dans un climat de misogynie bien victorien et gênant pour les lectrices (teurs) contemporains. Dick cache son amour pour Maisie à Torpenhow et à l’Antilope, cela gâcherait leur camaraderie virile et pourrait être interprété comme de la faiblesse. Une autre jeunefille entre en scène et le mépris des hommes est assez insupportable. Pourtant ces jeunes femmes prouvent leur caractère!

Quand la lumière s’éteint, quand la blessure de guerre entraîne la cécité.  Le   héros perdre la vue et se retrouver aveugle…je vous laisse découvrir la fin. 

Cependant Quand la lumière s’éteinn’est pas mon Kipling préféré. Lire aussi le billet  de Claudialucia

Saga Egyptienne : Gilbert Sinoué

LIRE POUR L’EGYPTE

La Saga Égyptienne se compose de deux  gros livres : L’Egyptienne (688p.)  et La Fille du Nil (456p) Cette saga au long cours se déroule pendant un siècle : de 1790, à la veille de l’Expédition en Egypte de Bonaparte  (2 juillet 1798) elle se termine par l’inauguration du Canal de Suez (15 Août 1869) , l’épilogue final est le bombardement d’Alexandrie par les Anglais (11 juin 1882). C’est un roman historique très bien documenté. Gilbert Sinoué a écrit la biographie de Méhémet-Ali (1770- 1849) : Le dernier pharaon  que j’ai lu et relu avec toujours autant de plaisir que d’intérêt. 

Cette saga familiale met en scène une famille de riches propriétaires terriens : les Chédid   dans leurs domaines, Sabah à Guizeh et la Ferme des Roses dans le Fayoum. Chrétiens, ils sont proches des Mamelouks qui règnent sur l’Egypte et fréquentent les négociants européens. Youssef et Nadia, les parents sont exemplaires, mais ils rejettent Samira leur fille aînée, qui s’éprend d’un officier turc donc musulman. Nabil est actif dans les cercles d’étudiants nationalistes qui prennent exemple dans la Révolution française. L’Egyptienne, l’héroïne qui a donné son nom au livre et que nous suivrons pendant toute la saga, c’est Shéhérazade, flamboyante, passionnée, intelligente. Amoureuse de Karim,  fils du jardinier, mais musulman, ,elle épousera, Michel Chalhoub, chrétien à qui elle était promise qui lui donnera un fils Youssef. Son grand amour de maturité sera Ricardo, vénitien, proche de Mohamed-Ali….La Fille du Nil, Giovanna, fille de Shéhérazade et de Ricardo, est forte personnalité qui épousera le fils du Vice-roi, Saïd (une liberté que l’auteur a pris avec la grande histoire). Les grandes passions, les histoires d’amour, ne m’intéressent pas tellement  celle-ci tient la route et porte le roman historique sans trop l’envahir

Le roman historique, est passionnant et tout à fait précis (il ne faut pas sauter les notes de bas de pages, très documentées). Nous comprenons comment les mamelouks règnent sur l’Egypte, presque indépendamment de la Sublime Porte, souveraine en titre. L‘expédition de Bonaparte est racontée par le menu. Abounaparte, aussi surnommé le joueur est décrit comme un conquérant sanguinaire peu soucieux de mission civilisatrice que parfois on lui attribue. Il n’en est pas de même pour Kléber  qui apparaît plus sympathique . Et les savants de l’expédition, ceux qui ont décrit l’Egypte? On retiendra ici plutôt les ingénieurs. Bonaparte aura une influence indirecte : il servira d’inspiration à un autre conquérant : Mohamed-Ali macédonien comme Alexandre le Grand, qui conservera au cours de son règne sa francophilie.

Le héros de la saga est Mohamed-Ali . Sa conquête du pouvoir est cruelle, machiavélique. Il ne se contente pas de régner, il veut moderniser l’Egypte : « nationalise » les terres pour rationaliser l’agriculture, se préoccupe d’irrigation, de canaux, barrages. Il fait venir des experts européens. 

Arrivent les Saint-Simoniens les invités surprises du roman avec leurs idéaux progressistes, abolition de la corvée, féminisme, leur folklore et aussi leur quête un peu délirante de la Mère ou de l’Épouse.

On en arrive à Ferdinand de Lesseps et enfin au Canal de Suez dont le projet occupe la deuxième partie de la Saga. Mais ce n’est plus Mohamed -Ali qui verra sa réalisation mais le Khedive IsmaÏl , son petit-fils qui l’inaugurera en présence de l’impératrice Eugénie. 

En revanche, le rêve de Mohamed-Ali : l‘indépendance de l’Egypte ne pourra pas être réalisé. Le jeu diplomatique des grandes puissances européennes hostile au démembrement de l’Empire ottoman mettra en échec tous les efforts, les guerres en Grèce, en Turquie des armées égyptiennes, même victorieuses.  L’intervention britannique de 1882 fera de l’Egypte une colonie britannique.

J’ai construit la Grande Pyramide – Christian Jacq

LIRE POUR L’EGYPTE

Guizeh : le sphinx devant Khephren

« Mes plus belles heures je les ai passée à la grande carrière proche de la première cataracte. Là, un tailleur de pierre m’a enseigné l’art de manier le maillet et le ciseau, sans négliger l’usage des boules de dolérite; don l’usage répétitif permet de détacher le granite. Pendant que mes camarades s’amusaient, j’apprivoisais les outils et le matériau, ne me souciant ni de l’ardeur du soleil ni de la violence de certains vents. originaire d’un hameau proche du mien, l’artisan avait longtemps travaillé dans le nord à Dachour, où le pharaon Snefrou, aimé et admiré , avait érigé deux pyramides géantes, deux merveilles que mon maître ne cessait de décrire, déployant un enthousiasme communicatif »

D’Assouan à Guizeh…..

Pour rester encore à Guizeh j’ai téléchargé ce roman historique de Christian Jacq.  Récit racontant les aventure d’un jeune tailleur de pierre pendant al construction de Chéops, il m’a appris beaucoup de choses sur la construction de la pyramide, la vie quotidienne des artisans, ce qui a suffi à mon bonheur. Même si l’intrigue est un peu simpliste, la psychologie manichéenne avec des méchants très méchants (le Profiteur) des bons très bons (le Vieux) des animaux très gentils et intelligents presque doués de la paroles (l’âne).

Un rêve.

Un rêve de gosse, si merveilleux qu’il effaçait tous les doutes. Un rêve en forme de pyramide, si ample que la journée ressemblait à une fête de l’esprit et de la main. Maintenant, j’assumais mon enfance, mon adolescence et ma vie d’adulte ; mes luttes, mes efforts n’avaient eu qu’un seul but : participer à la création de cette demeure d’éternité.

Mon équipe, la Vigoureuse, m’avait donné une âme, nulle épreuve ne la déliterait ; plus jeune que mes compagnons d’aventure, j’avais l’âge de ces pierres qui oubliaient de vieillir. Combien d’êtres étaient si pleins d’eux-mêmes qu’ils ne se remplissaient pas d’autrui? Je ne bâtissais pas sur l’humain, mais avec lui ; et parce que nous étions conscients d’œuvrer au-delà de notre courte existence, nous vivions. « 

Saqqarah : la punition de la Justic

Je me suis revue dans la galerie qui descendait à la chambre funéraire de Dachour où j’ai descendu à reculons une rampe interminable. Les cavités autour des pyramides de Chéops et de Khéphren se sont peuplées de toute une foule de tailleurs de pierre, de tisserands, de blanchisseurs…de toutes les corporations… J’ai imaginé Memphis et j’ai prolongé le voyage.

Tenir tête aux dieux -Mahmoud Hussein – Gallimard

LIRE POUR L’EGYPTE

Sphinx et pyramide

Mahmoud Hussein est le pseudonyme réunissant deux auteurs : Bahgat El Nadi et Adel Rifaat. Ce court roman (167 pages) se déroule dans l’Egypte de Nasser en 1959. Le héros est un jeune étudiant en médecine idéaliste, marxiste mais hésitant à se définir communiste.  Il a été raflé comme de nombreux opposants au régime, interné sans jugement, à la Citadelle du Caire puis dans un camp au Fayoum. Nadia lui écrit chaque jour. Ses lettres, sa présence qu’il sait faire surgir lui donne la force de garder sa dignité devant les humiliations de ses geôliers. 

S’opposer aux dieux, ce titre avec les dieux au pluriel en Egypte, m’avait fait penser aux dieux des pharaons. Erreur! Quand le jeune homme emploie cette expression, il fait allusion à Homère qu’il a découvert avec la littérature étrangère et Marx. C’est Ulysse, en tuant le Cyclope, et les bœufs du soleil, qui a provoqué la colère des dieux. Pénélope lui fait penser à la fidélité de Nadia. Les épreuves d’Ulysse, aux siennes. 

S’opposer aux dieux, s’opposer aux gardiens. Pour conserver les lettres de Nadia il a su provoquer le terrible chef aux lunettes noires du camp d’Al-Fayoum. En s’opposant à lui, il a gagné l’estime de ses camarades. Au bagne d’Abou Zabaal, il conservera cette ligne de conduite malgré les coups. L’éditeur laisse à la fin un cahier de feuilles blanches. Pour que le lecteur en écrive la fin?

On peut lire ce livre comme un roman d’amour, ou comme un roman historique se déroulant dans l’Egypte de Nasser.

Les courses à Louxor, achat du billet de train à la gare

CARNET ÉGYPTIEN 2019

les bateaux à moteur

Expédition à Louxor : chercher de l’argent liquide et acheter les billets du train du retour et éventuellement rapporter une bouteille d’ouzo ou d’arak.

A peine ai-je traversé la route qu’un taxi propose ses services jusqu’au ferry :

« your price ? » – « Ashrin » (20) – « forty ! » – « Talaatin » on se met d’accord pour 30 guinees.

Au débarcadère les felouquiers me harcèlent. Je tiens bon : je veux le ferry baladi  à 5 guinees. Le petit bateau à moteur est amarré sous une méchante rampe métallique bien glissante. Sur la Corniche, je retrouve la banque Misr qui a installé 3 ATM dans une pièce fermée surveillée par un gardien à proximité du Winter Palace. Cela me sécurise parce que j’ai les deux cartes VISA et que je compte tirer le maximum que l’automate donne. Je suis chanceuse : aujourd’hui il propose 3000LE par carte. Cela tiendra toute la semaine, j’espère ! Aller à pied à la gare est facile, sur le trajet je regarde les magasins pour touristes (bijouteries, un antiquaire qui vend des photos anciennes « since 1907 »…) mais aussi supermarchés pour égyptiens, une « Pharmacie de confiance » en français sur l’enseigne.

temple de Louxor

Marcher seule dans Louxor incite au harcèlement. Je ne fais pas un pas sans qu’on me propose un taxi, une calèche, un accompagnement.  Seule parade, marcher droit et vite, ne pas hésiter ni flâner.

La gare de Louxor (comme celles du Caire ou d’Assouan) est un beau bâtiment de pierre de taille claire décorée aux motifs pharaoniques ; l’intérieur est un peu moins reluisant. D’un côté les guichets des 3èmeClasse, de l’autre, les sleepers watania et à côté 3 guichets pour les tickets de 1ère et 2ème classe. De belles queues et personne au guichet. C’est la pause : les guichetiers boivent leur thé mangent et rejoignent à contre-cœur leur poste. Dans les queues on s’impatiente, on se bouscule. Certains prennent leur train aujourd’hui. C’est la foule et cela ne me plait pas du tout de penser que j’ai une fortune dans mon sac avec les cartes de crédit. Si j’avais eu la moindre idée   du prix du billet j’aurais pu préparer la somme.

Evidemment l’employé ne comprend pas l’anglais. Heureusement, son chef vient à mon aide. Je demande deux places pour Guiza le samedi 28 au matin en 1ère classe. Il n’y en a plus dans le train de 9h, il propose le train de 7h. 390 LE pour les 2 billets (10€ chaque) . Je fourre les petits tickets (taille carte de crédit) sans les lire dans la cachette, je suis pressée de m’extraire de la queue. Heureusement derrière moi, attend un couple de retraités grecs qui ne vont pas me dévaliser.

Juste à la sortie de la gare, au magasin Drinkies , le prix de l’Ouzo est trop bon marché pour être honnête 55LE (2€50) Mais il n’y a pas de choix.

Je trouve les cachets de magnésium à la pharmacie.

Au retour, je rencontre le chauffeur de taxi qui m’avait donné sa carte alors que je recopiais les panneaux des colosses de Memnon. Il propose « le prix local : 20guinees et des excursions lointaines. « ne prenez pas celles de l’hôtel ! ils gagnent déjà assez avec la chambre et le restaurant. Tout le monde doit pouvoir travailler » implore-t-il. Il m’offre même une bouteille d’eau pour la bienvenue (je refuse, la course est beaucoup trop courte).

De retour chez Mahmoud j’examine le ticket de train. La date est correcte mais pas l’heure :  au lieu de 7 heures, il est écrit 19h25. Encore un tour des Britanniques ! Avec leur am et pm, ils nous embrouillent ! ce n’est pas la première confusion du genre : à Delhi c’était bien pire nous avions raté l’avion.

Après déjeuner il me faut retourner à Louxor, reprendre le taxi et le bateau, puis la gare. Le bateau est un gros bateau à deux étages mais la rampe est facile.

A la gare il n’y a plus de queue mais l’employé qui parle anglais ne veut pas reconnaître sa bêtise, ni la réparer. Il appelle un collègue qui affirme d’abord que l’échange n’est pas possible : il faut annuler et reprendre un autre ticket et cela coûtera 40 LE. Il ne veut pas prendre la responsabilité de l’opération, va voir son chef, m’emmène à la Police Touristique qui bien sûr dit que c’est faisable mais qu’il faut obtenir le tampon du Chef de Gare – Station Master. Où est donc le bureau du Station Master ? Sur le quai ! Mais ce dernier ne parle pas anglais. Le premier cheminot réapparaît et explique le problème en arabe. Le chef griffonne quelque chose au dos du ticket. Cela n’est pas suffisant : il faut un tampon. Mais sortir le cachet et le tampon encreur n’est pas de la compétence (ou de la dignité) du Station Master. N’Il faut trouver le préposé au tampon. On a oublié les 80 LE en route (on n’en parle plus) Mon billet enfin annulé, il en faut un autre. C’est l’ordinateur qui   trouve la place et les cheminots égyptiens ne sont pas informaticiens. Intervient encore mon sauveur (au bout de 10 minutes) il me réclame 80LE après toutes ces interventions qui l’ont fait bien transpirer ! Pas de reçu ni de tampons, il les fourre dans sa poche. Cette délicate affaire mérite salaire.

Au retour je croise le caléchier qui voulait m’emmener à la gare, le pâtissier qui veut apprendre l’anglais, les felouquiers…Tout ce monde est bien physionomiste pour me reconnaître (il y a peu de touristes isolés tous sont flanqués d’un guide). Au débarcadère, mon taximan attendait.

Chroniques de la Nécropole – Golo et Dibou

LIRE POUR L’EGYPTE

la Nécropole c’est Gournah le village construit sur les Tombes des Nobles à deux pas de Deir-el-Medina, le village des artisans qui creusèrent et décorèrent les tombes de la Vallée des Rois et de la Vallée des Reines sur la rive occidentale du Nil en face de Louqsor. Gournah était un village habité quand nous l’avons découvert en 2002. Gournah n’est plus que l’ombre d’un village. Les maisons ont été rasées pour faire place nette aux archéologues et aux touristes.

Comme je déplorais la mort du village, un égyptien francophone en vacances avec nous à Nour-el-Gournah, m’a rappelé ce roman graphique lu à sa parution en 2011 que j’ai eu envie de relire.

« Ce récit est le reflet de quinze ans passés dans ce village de Haute-Egypte auprès des Saïdis, sujet de moqueries pour les Cairotes, de dégoût pour els gens du pouvoir; de gêne pour els archéologues qui pourtant les emploient.

C’est avant tout une envie de témoigner pour ne pas oublier »

 

écrit Dibou en introduction de cette bande dessinée qui fait vivre les gournawis – habitants du village, paysans, artisans, ouvriers des chantiers archéologiques, mais aussi hôteliers, archéologues,  touristes et résidents européens amoureux du village ainsi que les enfants qui jouent un rôle non négligeable dans cette aventure.

Golo et Dibou se moquent avec gentillesse de tout ce monde, Golo dessine en imitant parfois les peintures antiques, Dibou photographie les enfants et leurs visages souriants font partie intégrante de ce roman graphique. La fin témoigne avec des photos des destructions au bulldozer des maisons, la BD devient roman-photo désolant….

C’est drôle, tendre, émouvant. J’ai encore plus apprécié cette seconde lecture.

Je recopie la conclusion :

Le village de Gournah, unique en Egypte, n’est plus. La vie s’en est allée. L’antique nécropole qui avait toujours été lieu de vie, de travail et de création, est devenue un lieu mort réservé au seul « spectacle culturel » le plus grand musée à ciel ouvert du monde. 

Pendant 60 ans, les habitants ont résisté aux projets de l’Etat pour préserver leurs maisons et leurs moyens d’existence[….]

L’attentat d’Hatshepsout a sonné le glas pour le village qui s’est retrouvé sous haute surveillance…..

Ce renfort de police eut raison des Gournawis[….]toute une population immolée sur l’autel du tourisme, déportée dans la banlieue d’une ville inexistante loin de toute possibilité de travail. 

Depuis l’été 2010; toute la zone, sur des kilomètres, est entourée d’un mur de béton. C’est une pratique qui se généralise : Palestine, Sinaï, Gournah……

Mort sur le Nil – Agatha Christie

LIRE POUR L’EGYPTE

Old Cataract

Puisque nous allons faire une croisière sur le Nil, télécharger Mort Sur le Nil était une évidence! Je me voyais déjà, sur le pont dans un transat au soleil…..

Je ne savais pas que le rythme des visites sur la croisière serait soutenu et que je n’aurai pas le loisir d’allumer la liseuse. Que le spectacle des berges du Nil avec les palmiers, les jardins, les troupeaux, les oiseaux serait si captivant. Qu’il sera toujours temps de le lire plus tard ….

Evidemment , j’ai adoré ce bateau luxueux avec ces croisiéristes choisis, cette ambiance si british….si Agatha Christie.

Evidemment, j’ai adoré les rebondissements, la psychologie fine d’Hercule Poirot.

Lecture délicieuse pour poursuivre à terre la croisière, ou pour imaginer le Nil entre Assouan et Khartoum quand le Lac Nasser n’avait pas avalé la Nubie.