Surprise de Babelio : merci à Babelio et à l’éditeur !
j’ai répondu avec enthousiasme à l’invitation de rencontrer l’autrice au Jardin du Breuil dans le bois de Vincennes. J’adore les jardins sous toutes leurs formes : jardins de curé, jardins Renaissances, jardins anglais, tropicaux, méditerranéens….je lis, j’écoute en podcast Gilles Clément, Bernard Hallé, ou la biographie de La Quintinie….
parc de Sceuax : anémones bleues
Toutes les aventures botaniques me passionnent. J’ai accueilli cet ouvrage avec joie : jolie couverture fleurie, format de poche, 380 pages.
j’aurais dû m’interesser au titre en entier. Botanique, oui, 3fois oui, mais les amours perdues auraient dû m’interpeler. Je ne suis pas lectrice de romance, ni rose, ni noire et il y a plus de roman d’amour que de botanique dans cet ouvrage. Je ne suis donc pas le public idéal pour ces histoires de beaux séducteurs toxiques et de jeunes filles séduites et amoureuses.
Deux histoires se mêlent, se tressent : en italique la narratrice se raconte à son amoureux perdu, elle lui raconte son histoire secrète, son enfance balottée de foyer en foyer, son desespoir quand il la trahit, ses espoirs de le reconquérir. Avec des caractères différents se raconte le présent, la maison et le jardin où elle se réfugie. Et la botanique là-dedans? un petit paragraphe qui présente un végétal, fleur ou arbre, son nom latin, ses caractéristiques, succinct, peu original.
J’aurais pu me laisser emporter mais le style très plat et fade m’a perdue. J’ai regretté ne pas flaner plus dans le jardin que la narratrice entretenait. J’aurais aimé lire le cahier de jardin que l’ancienne jardinière Agata a tenu autrefois. Quelle bonne idée ce livre de bord, j’aurais appris des techniques anciennes, des trucs horticoles, des variétés anciennes, des dates de plantation, des rythmes d’arrosage. Dommage que l’autrice n’ait pas developpé cette piste.
Ce livre plaira sans doute à de plus jeunes lectrices, avides d’histoires d’amour, consommatrices de romance.
« C’est ce qui te prouve, dit Sept-Épées, qu’il y a deux partis à prendre : ou rester pauvre avec le cœur content,
ou se rendre malheureux pour devenir riche. »
La Ville Noireest une ville imaginaire partagée en deux parties : la ville haute bourgeoise et la ville basse industrieuse avec de nombreux ateliers métallurgiques. Pourquoi ville noire? George Sand ne l’explique pas, l’industrie utilise surtout la force de l’eau, des cascades et de la rivière. Peut être inspirée par Thiers à cause de la coutellerie.
La Ville Noire est un roman social. Le héros du roman, Sept-Epées, est un jeune ouvrier, doué, intelligent, beau -ce qui ne gâche rien. Ambitieux, il songe à s’élever dans l’échelle sociale, travailler dur, épargner, devenir patron et peut-être atteindre la ville haute. Il est amoureux de Tonine mais hésite à la demander en mariage par peur de s’engager.
Tonine a une forte personnalité, elle aussi , aime Sept-Epées, maisle trouve trop tiède. Elle n’épousera qu’un prétendant qui l’aimera vraiment.
« courage de nous mettre en ménage, n’est-ce pas ? reprit Tonine, qui se vit forcée d’achever la phrase. Eh bien ! non, mon cher camarade, je n’aurai jamais le courage de me marier par courage. J’ai la fantaisie de me marier joyeusement, par amitié et avec toute confiance dans mon sort. Voilà pourquoi, ne voyant pas en vous cette confiance-là, je n’ai pas eu de dépit contre vous. »
C’est un roman d’amour qui glorifie plutôt l’amitié et la camaraderie que la passion romantique. C’est aussi un roman qui donne le beau rôle à des femmes indépendantes et généreuses.
Les personnages secondaires sont intéressants, Gaucher, l’ami fidèle, qui a choisi une vie simple d’ouvrier, trouvant son bonheur dans sa famille avec Liseet leurs enfants. Ce foyer chaleureux pratique la solidarité, toujours prêts à rendre service. Audebert s’est rêvé en bienfaiteur de l’humanité, il a essayé, échoué, brouillon, mais poète. Anthime et son fils le médecin, tous des gens de bonne volonté. Le seul salaud se rachète. Décidement chez George Sand, il y a bien de braves gens!
George Sandse penche sur la condition ouvrière alors que la Révolution Industrielle est à peine en marche : la limite entre artisan et ouvrier est floue. L’ouvrier peut encore s’établir patron. Les idéaux saint-simoniens ne sont pas loin des délires d‘Audebert. On est loin du pessimisme de Zola. La fin du roman fait penser à un conte comme La Petite Fadette.
Depuis très longtemps, je projette de lire Idissde Robert Badinter, livre de souvenirs consacrés à sa grand-mère. Une série de lectures de Richard Malka : Après Dieu,ICI, Passion antisémite ICI et l’écoute d’un podcast ICI m’ont entrainée à réserver la bande dessinée de Malka à la médiathèque. J’étais curieuse de découvrir l’autre versant de Malka, le bédéiste à côté d l’avocat.
Dans une BD, il y a le plus souvent deux auteurs, le scénariste Malka et l’illustrateur, Fred Bernard qui s’accordent si bien qu’il est difficile de faire la part de l’un ou de l’autre dans le mérite du livre. Les deux m’ont charmée. Jolies couleurs aquarellées et décors pittoresques (surtout en Bessarabie) . Quant au scénario, il prend son temps pour cerner les ambiances et les personnages. C’est donc un très agréable moment de lecture. mais il faudra quand même que je lise le roman de Badinter!
Comme il se trouve à la médiathèque, je l’ai réservé sans attendre le calendrier que nous avions fixé pour lire une biographie. J’étais trop impatiente. Dernièrement une série-biopic était passée à la télévision et j’avais écouté un podcast de RadioFrance CLIC
334 pages pour toute une vie : de l’arrivée d’Aurore-bébé à Nohant(1804) jusqu’à son décès à Nohant (1876). Je me suis un peu perdue dans les détails de l’enfance d’Aurore, les rapports entre la grand-mère aristocrate et sa bru plébéienne. Passage au couvent et mariage très jeune avec Casimir Dudevant(1822) avec la naissance de Maurice et de Solange. La vie conjugale se détériore et je m’ennuie un peu dans toutes les péripéties avant que la baronne Dudevant ne se décide à partir à Paris et à devenir George Sand (après plus de 100 pages).
Les pages parisiennes me font croiser écrivains, journalistes. Ce n’est que p122 que l’écrivaine sort travestie en homme avec un beau haut de forme et des bottes masculines. Je commence à me prendre au jeu, tout en trouvant le récit un peu fouillis avec tant de personnages certains connus d’autres obscurs. Indiana paraît p. 136, son premier chef d’oeuvre reconnu par la critique. Amants et amante se succèdent à un ryhme endiablé. Heureusement j’ai d’autres sources pour me repérer. Je me prends à cette lecture et embarque avec Musset pour Venise. Gondoles et galères. Musset est plus agréable à l’écrit qu’en chair et en os!
George Sand n’est pas uniquement écrivaine, elle intervient dans la vie politique d’alors. je m’amuse plus, surtout quand elle se dispute avec Lammenais :
« Vous êtes du côté du peuple, dites-vous, mais du côté d’une moitié du peiple seulement! Vous oubliez les femmes et méprisez mes idées sur la liberté sociale »
la BD nous promène entre Nohant et Paris, entre révolutions et salons. mais il faut suivre….Balzac, Liszt et Marie D’Agoult sont des intimes et voici que Chopin occupe le devant de la scène!
1848 : George Sand « la muse de la République » à Paris, « Rouge et dangereuse »elle préfère retrourner à Nohant tandis que Barbès, Leroux et Blanqui sont sous les verrous. Républicaine, socialiste mais bien timorée en ce qui concerne le vote des femmes qu’elle ne revendique pas.
La fin du roman graphique est plus triste et plus intime, avec les brouilles avec Solange, la mort de Chopin, ses dernières amours…et finalement je me suis laissé embarquer. J’attendais sans doute trop du roman graphique, j’ai été déçue au début de ne pas m’y retrouver mais j’ai bien suivi, et je suis toute triste qu’il soit déjà fini.
Deux paléontologues : Edward Cope (1840 – 1897) et Charles Marsh(1831 – 1899)chasseurs de dinosaures dans l’Ouest Américain, se sont livré une guerre sans merci pendant des décennies de la fin des années 1860 jusqu’à leur décès.
Cette Guerre des Os, guerre pour des territoires fossilifères, guerre des publications, rivalité pour des honneurs et des postes universitaires, s’est déroulée dans le contexte de la Conquête de l’Ouest:
« les compagnies (de chemin de fer) rivales accomplissent leur jonction en Utah 10 mai 1869, elles célèbrent une fête mémorable et plantent un clou d’or à la rencontre des derniers rails : l’union géographique du pays est achevée ; déchirés par quatre ans de guerre civile, les États-Unis méritent à nouveau leur nom. »
Les chemins de fer faciliteront le travail des paléontologues qui vont explorer les territoires les plus isolés du Wyoming, Montana ou Colorado
Et le 30 juin 1870, après s’être ébrouée comme un animal énorme, la locomotive les emporte vers ces contrées dont ils ne se lassent pas de murmurer les noms à mesure que les miles défilent, Utah et Wyoming, Montana et Colorado
Extermination des bisons, dont les carcasses jonchent le trajet du chemin de fer.
Au long des rails, un cortège funéraire est formé par les dépouilles de bisons que les voyageurs de la voie transcontinentale ont abattus depuis les fenêtres des wagons en mouvement, comme ça, par jeu, pour le plaisir, pour voir leur masse se désarticuler et soulever la poussière en tombant.
Guerres et colonisation des territoires autochtones. Charles Marsh croise Buffalo Bill, Custer avec le désastre de la bataille de Little Bighorn. Les recherches de fossiles se déroulent en territoires indiens. Les paléontogues doivent négocier avec les chefs des tribus. Charles Marsh a donné sa parole à Red Cloud, il ira jusqu’à la Maison Blanche rencontrer Ulysses Grant pour plaider la cause des tribus natives.
« il offre un banquet aux chefs des principales tribus amérindiennes. Parmi les invités se trouvent Sitting Bull et Red Cloud, deux interlocuteurpensifs, le front raviné par la sagesse et les chagrins,que Charles s’efforce de convaincre par le truchement d’un interprète. Pour prix de leur assistance, il promet de se rendre à Washington afin d’exiger que l’intégrité de leur territoire soit respectée et que les rations promises par le gouvernement arrivent en temps et en heure. »
C’est cet aspect western qui m’a le plus intéressée. L’aventure des chercheurs d’os, comme des chercheurs d’or.
Tous les coups bas sont permis dans la guerre que se livrent Charles et Edward, y compris le vol de fossiles et pire encore, le dynamitage de gisments pour que le rival ne puisse pas les exploiter. Vandalisme choquant!
Aux yeux des paléontologues, il s’agit d’un crime trop effroyable pour mériter la rédemption. Anéantir des
spécimens uniques quand on connaît les chances infinitésimales de leur transmission, la durée vertigineuse qu’ils ont dû traverser pour se trouver sous la main d’un homme à même de les interpréter, c’est un acte qui va à l’encontre de toutes les valeurs d’une profession méticuleuse dont les membres passent leur vie à gratter,frotter, analyser les fossiles.
Le roman rend compte aussi du travail scientifique et de la reconstitution de l’animal entier à partir du puzzle des ossements, là se trouve la principale erreur d’Edward qui va le discréditer en plaçant la tête à l’emplacement de la queue. Le travail scientifique est aussi un travail d’équipe, il convient de recruter des assistants, de les payer, de ne pas laisser le concurrent les débaucher. Marchandages et traitrises.
Le but est de publier. Là aussi se jouent les rivalités, luttes d’influences et recherche d’alliés. Description des différentes espèces découvertes mais aussi interprétations. Les deux rivaux se situent dans deux courants d’idées de l’époque. Charles, darwinien. Edward suivant Lamarck encore influent.
Surprise, la vie d’un scientifique ne s’arrête pas avec ses recherches, m^me après le décès d’Edward Cope, ses restes vont encore subir un sort rocambolesque.
Août 1877, les hommes de Charles découvrent l’apatosaure : avec ses vingt-trois mètres de long, il remplace le Camarasaurus au sommet des plus grandes espèces terrestres. Avantage Yale. Mais, redoublant d’efforts, l’ équipe d’Edward exhume au mois d’octobre l’Amphicoelias, un membre de la famille des diplodocidés qui mesurait au moins vingt-cinq mètres. Égalité.
Finalement quel est le vainqueur de la guerre des os? Il faut pointer le nombre de publications,Edward serait gagnant, le nombre de fossiles reconstitués donne Charles vainqueur. Tous les deux ont fait sortir la paléontologie des cabinets de curiosité. Ils ont transformé la démarche scientifique et ce n’est pas forcément à leur avantage :
Dans le domaine scientifique, assènent-ils, Edward et Charles ont témoigné d’un instinct de prédation responsable du saccage de la planète,
Leur jugement est sans appel : Edward et Charles ont transféré dans la science l’esprit du capitalisme ; ils ne valent pas mieux que ces milliardaires qui continuent à s’enrichir en ravageant la terre.
Il y avait une lecture commune dans notre galaxie de blogs, j’ai raté la date. keisha ICIInganmic ICI, l’avis de SandrineICId’autres dont je ne retrouve plus les articles m’ont donné une furieuse envie de télécharger le livre.
Dans un café enfumé, deux musiciens sont attablés, un bouzoukiste et un guitariste. Un homme entre deux âges, vêtu d’un pardessus : Ménélas . nous connaissons l’histoire, Ménélas, roi de Sparte était le mari d’Hélèneenlevée par Pâris. Homme trahi, il exprime sa colère, sa soif de vengeance, puis revient sur son passé…Tandis que le bouzoukiste chante le Rébetiko- en Grec, surtitré – Ménélas danse entre les tables vides, il danse pour lui-même, pour Hélène aussi. Spectacle envoûtant.
Café en Grèce, ou en Anatolie, ou n’importe où au Proche Orient. Simon Abkarianest parfait. Le texte, intemporel, tragique. Son personnage dévasté s’accorde avec le Rebetiko, musique de la Grande Catastrophe, du départ des Grecs d’Anatolie vers la Grèce, après la Guerre de Troie sur les mêmes rivages, génocide des Arméniens réfugié en Europe ou au Liban où a vécu Abkarian. Distinction naturelle de roi de Sparte, ou du migrant dans un café enfumé.
Clélia, fille naturelle du Grand Cardinal, Alessandro Farnèse, nacquit à Parme et fut mariée à 13 ans à un fils de bonne famille Giovan Giorgio Cesarinià peine plus âgé qu’elle. Mariage de convenance, mais union heureuse, les jeunes mariés sont amoureux. Ils s’établissent à Rome où rivalités et médisances se distillent par écrit dans les avvisirédigés par les menanti les Pasquinade (placards satiriques). Le Petit cardinal, Ferdinando Medicis,ami de Giovan Giorgio amant de Clélia complète un trio scandaleux.
Le Grand Cardinal Fanèsequi brigue la tiare, éloigne pour un moment Clélia après la naissance d’un héritier Giuliano.
On se distingue en construisant de fastueux palazzi ou en collectionnant les statues antiques. Farnèse et Medicis rivalisent avec la Farnesina en plus du Palais Farnèse tandisque que Medicis occupe les hauteurs du Pincio. Dans les jardins de la Villa Medicis, le Pavillon des Oiseaux abrite les amours de Ferdinando et de Clelia.
Très joli roman historique qui nous fait visiter les splendeurs de la Rome de la fin de la Renaissance, voyager à Florence chez les Medicis, assister à un conclave. Fastes et intrigues, assassinats même. vous ne vous ennuierez pas!
Eimelle, Tours et Culture CLICa vu la pièce tirée du roman de Jean-Philippe Daguerre mise en scène par l’auteur. Comme c’était un coup de cœur pout elle, j’ai téléchargé le livre.
Justement, Rabbi Jacobde Gérard Oury est devenu un classique du cinéma populaire qui me fait beaucoup rire. J
‘ai toujours plaisir de voir danser Ilan Zaoui et sa compagnie.
J’ignorais l’histoire vraie sur laquelle s’appuie le roman : le 18 octobre 1973 Danielle Cravenne a détourné le vol Paris-Nice pour empêcher la sortie du film produit par son mari Georges Cravenne. A Marseille, après la libération des passagers pris en otages, elle fut abattue par la police.
Le 18 octobre 1973, c’était la Guerre de Kippour, et le détournement de l’avion n’était pas arrivé à ma connaissance.
En 165 pages et 39 très courts chapitres, l’auteur, qui est également metteur en scène et acteur, raconte cette histoire. il met en scène le mari Georges Cravenne, producteur du film, Louis de Funès qu’il est inutile de présenter, Gérard Oury le metteur en scène, Danielle Thomson, scénariste, Danielle Cravenne; et même Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur incarnant le retour à l’ordre après mai 68. La lecture est fluide avec avec un bon rythme et de l’humour (forcémentavec Louis de Funès, on rit).
« Je ne comprends pas pourquoi ! – Pourquoi ? Mais parce que c’est pas possible ! On ne peut pas rigoler avec ça ! – Avec La Grande Vadrouille, on a bien fait rigoler la France entière avec l’Occupation nazie. – Mais là, c’est pas pareil, c’est pire ! On ne rigole pas avec les religions ! En plus, les juifs et les musulmans, c’est vraiment pas le moment ! D’ailleurs, ce n’est jamais le moment. T’as vu ce qui se passe dans leur bande de Gaza où ils arrêtent pas de se mettre sur la poire ? »
Avant de commencer le livre, j’avais pensé à une censure bien-pensante, surtout que je viens de terminer la lecture de Richard Malka ave le droit au blasphème. Est-ce que dans la conjoncture actuelle on ferait un film rigolant des religions?
Danielle, pourquoi cette obsession furieuse contre ce film ? – Dans le contexte actuel, c’est un film dangereux. – C’est un film comique et généreux contre l’antisémitisme en particulier et le racisme en général. Gérard veut démystifier la xénophobie à travers un personnage odieux qui fait rire : un Français moyen raciste auquel on peut s’identifier.
Danielle Cravenne veut empêcher la sortie du film à cause de la situation au Moyen Orient.
« On doit absolument reporter la sortie du film, attendre que les choses se calment en Israël comme en France. Ça ne suffit pas à saint Georges pour redescendre de son petit nuage : – C’est parce que la période est sinistre qu’il faut sortir le film tout de suite. Ça va faire un électrochoc ; ça sert aussi à ça, le cinéma ; à exorciser les angoisses de nos petites vies. »
En effet épilogue le 18 octobre 1973!
Un livre distrayant, intelligent.
Seul petit reproche : des anachronismes. Danielle était peut être en avance sur son temps avec ses positions féministes et écologiques, mais en 1973 on ne nommait pas le « glyphosate » par son nom et je ne crois pas qu’on avait identifié les firmes américaines comme responsable de l’empoisonnement de la terre.
Le nom de Salonique exerce sur moi une telle fascination que j’ai téléchargé le tome2 de la série, tellement j’étais pressée de m’y rendre en lecture!
L’action se déroule en 1913, Salonique est encore juive, elle n’a été cédée à la Grèce que depuis 1912 . Dans cette ville très cosmopolite se rencontrent des Grecs, des Turcs, Bulgares, Macédoniens et des occidentaux. Orientale et occidentale. Les guerres balkaniques ont laissé des souvenirs douloureux, des comitadjis bulgares et macédoniens fomentent encore des complots…
C’est à Monastir (actuellement Bitola, Macédoine) que commence le roman dans le bureau du consul français, plus passionné par son herbier que par les affaires balkaniques. Nous faisons connaissance avec le détective Thomas More, le héros de la série, polyglotte, pittoresque, mystérieux.
On l’a appelé à la suite d’une affaire étrange, le corps d’un homme en habillé d’un frac est retrouvé assassiné dans le mausolée de la famille Carasso, au cours de l’enterrement d’un membre de cette famille. Macabre découverte. Comme c’est un professeur de Droit français qui a été tué, les autorités ont fait appel à Thomas More.
Nous voilà plongés dans les affaires balkaniques et sanglantes. Rappel d’un massacre d’Ilinden à Krusevo(Macédoine) en 1903 qui a laissé des souvenirs et des rancunes. Intrigues à Constantinople, et surtout assassinat du roi de Grèce George 1erqui éclipse la mort du professeur français….On croise même David Ben Gourion.
Balade à la Tour Blanche, témoin encore debout de l’ancienne Salonique dans la Thessalonique moderne, l’incendie de 1917 a fait disparaître les quartiers juifs anciens. Terrasses des cafés sur le port. Et même une promenade au Lac Ohrid. Un air de vacances en lisant ce polar.
Je ne dirai rien de l’enquête, ni des rebondissements pour ne rien divulgâcher. Plus que sa résolution je me suis attachée au mystérieux détectitve que je compte bien retrouver
J’ai dévoré ce gros roman de plus de 500 pages en 2 jours et j’ai adoré!
Comme pour la Petite Fadette, le récit est conté par le chanvreur au cours de trente deux veillées :
« soirées de breyage ; c’est ainsi, tu le sais, qu’on appelle les heures assez avancées de la nuit où l’on broie le chanvre »
et toujours dans la langue berrichonne si savoureuse.
L’action se déroule dans le Berry aux alentours de Nohant, au XVIIIème siècle, sous l’Ancien Régime.
Trois enfants, compagnons de catéchisme sont inséparables : Tiennet, le narrateur, sa cousine Brulette, et Joseph,l’ébervigé, le rêveur qu’on pense un peu demeuré. En grandissant Brulette devient une jeune fille très courtisée. Tiennet un paysan travailleur. Joseph part se louer mais ne semble pas s’accomplir au travail de la terre. Les deux jeunes gens sont amoureux de Brulette. Qui sera l’élu? D’autant plus qu’elle a de nombreux galants.
Joseph, est habité par la musique, il veut cornemuseret, pour cela, se trouve un maître dans le Bourbonnais.
« Il nous fit voir une musette si grande, si grosse, si belle, que c’était, de vrai, une chose merveilleuse et telle que
je n’en avais jamais vue. Elle avait double bourdon, l’un desquels, ajusté de bout en bout, était long de cinq
pieds, et tout le bois de l’instrument, qui était de cerisier noir, crevait les yeux par la quantité d’enjolivures de
plomb, luisant comme de l’argent fin, qui s’incrustaient sur toutes les jointures. Le sac à vent était d’une belle
peau, chaussée d’une taie d’indienne rayée bleu et blanc ; et tout le travail était agencé d’une mode si savante, qu’il ne fallait que bouffer bien petitement pour enfler le tout et envoyer un son pareil à un tonnerre. »
A l’époque, les provinces étaient différentes, exotiques presque, les langues différaient. Auvergnats et Berrichons se comprenaient à peine. George Sand nous fait découvrir de nouvelles contrées, paysages pittoresques et nouvelles manières de vivre.
« Vous êtes gens de bêche et de pioche, et faiseurs de grandes tâches qui se voient au soleil ; mais il vous faut
ensuite la couette de fin duvet pour vous reposer. Nous autres, gens des forêts, nous serions malades s’il
fallait nous ensevelir vivants dans des draps et des couvertures. Une hutte de branchage, un lit de fougère,
voilà notre mobilier, et même ceux de nous qui voyagent sans cesse et qui ne se soucient pas de payer dans les auberges, ne supportent pas le toit d’une maison sur leurs têtes »
Courbet
Bûcherons ou bûcheuxcomme George Sand les appelle, exploitent les forêts denses, ils ont une vie libre et fruste. Les muletiers vont transportent le bois et le charbon entre les chantiers et les paysans. Les muletiers ont mauvaise réputation, comme souvent les nomades parmi les sédentaires. Corporation des Maîtres Sonneurs, dont les règles sont strictes avec concours de musette mais aussi rites secrets.
Ce roman est très riche. Roman d’amour :
« ne sait-elle point, s’écria Thérence, qu’il y a ici trois garçons qui l’aiment et dont elle se joue ? Joseph qui en meurt, mon frère qui s’en défend, et vous qui tâchez d’en guérir ? Prétendez-vous me faire accroire qu’elle n’ en sait rien et qu’elle a une préférence pour l’un des trois ? Non ! elle n’en a pour personne ; elle ne plaint pas Joseph, elle n’estime pas mon frère, elle ne vous aime pas. »
Roman d’aventureavec bagarres aux poings et aux bâtons. Buveries et danses des fêtes villageoises. Nombreux personnages. Et surtout des personnage en évolution : Joseph, l’ébervigé, s’avère un musicien très doué, une personnalité originale. Brulette passera par différentes étapes, fillette appliquée, reine du village, amoureuse, nourrice….On s’attache aussi aux personnages secondaires très bien campés.
Superstitions et croyances. Souvent la sorcellerie et le Diable ne sont pas loin.
Théodore rousseau : le massacre des grands chênes
On retrouve aussi l‘amour de George Sand pour les arbres. Elle a défendu la Forêt de Fontainebleau avec Théodore Rousseau et d’autres artistes. écoutez le podcast de RadioFrance : CLIC
« Et puis, je me lasse de couper des arbres. Sais-tu, Tiennet, que je les aime, ces beaux vieux compagnons de ma vie, qui m’ont raconté tant de choses dans les bruits de leurs feuillages et les craquements de leurs branches ! Et moi, plus malsain que le feu du ciel, je les en ai remerciés en leur plantant la hache dans le coeur et en les couchant à mes pieds, comme autant de cadavres mis en pièces
[…] Ne ris pas de moi, je n’ai jamais vu tomber un vieux chêne, ou seulement un jeune saule, sans trembler de pitié ou de crainte, comme un assassin des oeuvresdu bon Dieu. »
Ne comptez pas sur moi pour dévoiler l’intrigue. Lisez-le!