Adieu Jérusalem – Alexandra Schwartzbrod

LIRE POUR ISRAËL

C’est le troisième livre d’Alexandra Schwartzbrod que je lis.  Les personnages 4récurrents sont  Eli Bishara, le commissaire de police arabe israélien, Landau son homologue juif, Ana Güler, la libraire stambouliote….que je commence à connaître et auxquels je me suis attachée.

Politique-fiction, dystopie : une épidémie de peste se déclare à La Mecque pendant le pèlerinage. Dans la panique une rumeur se répand : les Juifs auraient empoisonné les puits. Dans  le monde musulman une vague antisémite déferle. A Jérusalem, la situation devient explosive. Des attentats meurtriers endeuillent Israël. Andreï Sokolov,  homme d’affaire russe  candidat à la Mairie de Jérusalem, veut exploiter la situation et déporter les Arabes hors d’Israël. 

A New York, aux Nations Unies les autorités paniquent : l’épidémie peut-elle être contenue? Comment réagir à la véritable guerre civile au Moyen Orient?

L’idée est intéressante. Le pitch  crédible : guerre bactériologique ou épidémie, le risque de contagion mondiale est sévère, les réserves d’antibiotiques et de vaccins sont au plus bas. Manque de masques et de protections. J’ai entamé cette lecture avec intérêt et tourné les pages pour savoir la fin.

Cependant, j’ai moins accroché que dans les deux autres livres  : trop de personnages, trop de lieux différents. On saute de Kazan à La Mecque, de New York à Istanbul, à Dubaï (au sommet de la tour Burj Khalifa) et bien sûr Tel Aviv et Jérusalem. J’ai un peu le tournis. Si les ambiances israéliennes sont bien rendues, les autres villes sont survolées. Beaucoup de personnages, un secrétaire des Nations Unies estonien , une diplomate américaine, un journaliste, des médecins égyptiens, tunisiens, des pèlerins de toute provenance. Difficile de s’attacher à toute cette foule! Qui trop embrasse mal étreint.

La fin paraît bâclée, les Etats Unis lâcheront-ils Israël? La peste restera-t-elle circonscrite à la Mecque?

Le Chef- d’oeuvre inconnu – Balzac : leçon de peinture

Étrangement c’est à l’Orangerie, à l’Exposition de Paula Rego, que j’ai entendu parler la première fois de cette oeuvre.

Court roman, longue nouvelle?

Porbus : henri IV

Balzac nous transporte à la fin de 1612 en compagnie de Nicolas Poussin jeune, dans l’atelier de Porbus portraitiste de Henri IV et auteur .  Un vieux peintre Maitre Frenhofer, élève de Mabuse ( peintre belge Jan Gossaert (Maubeuge, 1478 – Anvers, 1541) donne à Poussin et à Porbus une leçon de peinture.  Bien sûr, je connais Poussin mais pas Porbus, ni Mabuse. J’aime quand un livre me conduit à chercher des tableaux sur Internet. Ces découvertes fortuites m’enchantent. 

Adam de mabuse

 

« Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur ne doivent séparer l’effet de la cause qui sont invinciblement l’un dans
l’autre ! La véritable lutte est là ! Beaucoup de peintres triomphent instinctivement sans connaître ce thème de
l’art. Vous dessinez une femme, mais vous ne la voyez pas ! Ce n’est pas ainsi que l’on parvient à forcer
l’arcane de la nature. Votre main reproduit, sans que vous y pensiez, le modèle que vous avez copié chez votre
maître. Vous ne descendez pas assez dans l’intimité de la forme, vous ne la poursuivez pas avec assez d’amour
et de persévérance dans ses détours et dans ses fuites. »

Maître Frenhofer donne aux deux plus jeunes peintres, une leçon de peinture, il joint le geste à la parole :

Porbus alla chercher palette et pinceaux. Le petit vieillard retroussa ses manches avec un mouvement de
brusquerie convulsive, passa son pouce dans la palette diaprée et chargée de tons que Porbus lui tendait ; il lui
arracha des mains plutôt qu’il ne les prit une poignée de brosses de toutes dimensions, et sa barbe taillée en
pointe se remua soudain par des efforts menaçants qui exprimaient le prurit d’une amoureuse fantaisie. Tout en
chargeant son pinceau de couleur, il grommelait entre ses dents : — Voici des tons bons à jeter par la fenêtre
avec celui qui les a composés, ils sont d’une crudité et d’une fausseté révoltantes, comment peindre avec cela ?

En plus de cette leçon, le Chef d’oeuvre Inconnu traite également du rapport du peintre et du modèle. Poussin amie Gillette, une très belle femme. Il parvient à persuader Gillette de poser pour Maître Frenhofer afin de terminer sa Belle Noiseuse, son chef d’oeuvre auquel il travaille depuis 10 ans et que personne n’a vu. Le Chef d’Oeuvre inconnu, c’est cette Belle Noiseuse qui a inspiré Rivette pour son film. 

Pour ne pas spoiler, je ne raconterai pas la chute; seulement l’intérêt de Picasso et cette phrase de Fumaroli : 

« Le Picasso du XVIIe siècle a fini par créer un dripping de Pollock »

Les Lumières de Tel Aviv – Alexandra Schwarzbrod – Rivages/Noir

LIRE POUR ISRAËL

Anticipation et dystopies ne sont pas mes lectures favorites. L’histoire et la géographie  me suffisent ; les mondes imaginaires m’intéressent rarement. Néanmoins, depuis contagions, épidémies et confinement je me suis tournée vers des récits d’anticipation. 

Dans un futur non précisé, la géopolitique a suivi des tendances qu’on devine aujourd’hui. Sous l’effet des nationalismes, les états se sont fracturés : Tel Aviv a fait sécession du Grand Israël ultra-orthodoxe sous protection des Russes

La société israélienne s’était réfugiée dans la religion quasiment sans s’en rendre compte. Lassés par la querelle
sans fin avec les Palestiniens, épouvantés par l’arrivée des djihadistes aux portes du pays puis par les guerres
fratricides des pays arabes, déboussolés par la perte d’influence de l’allié américain et la montée en puissance du
partenaire russe, de nombreux jeunes en quête de valeurs s’étaient enfermés dans l’étude de la Torah.

En revanche les laïcs – les Résistants – se sont concentrés à Tel Aviv :

La cité côtière était devenue un vaste caravansérail où les laïcs de tous horizons, juifs en majorité mais aussi
chrétiens et musulmans, venaient retrouver l’utopie des premiers kibboutznikim

Pourtant, Tel-Aviv n’était pas le premier exemple de sécession dans le monde. La Californie venait de se séparer
du reste de l’Amérique, on y vivait désormais en autosuffisance au sein de communautés qui tentaient de raviver
l’esprit hippie et le folklore des années 1970. L’Écosse, la Catalogne, le Pays basque mais aussi le Tyrol….

Le réchauffement climatique n’était plus un chiffon rouge mais une réalité, les pays du Sud étouffaient et ceux du
Nord se cadenassaient pour bloquer l’afflux des réfugiés.

Le monde était devenu une succession de murs et de cloîtres. On ne se voyait plus, on ne se parlait plus.

 

Un nouveau mur parfaitement étanche sépare les Ultra-religieux des Résistants de Tel Aviv. Tandis que les Israéliens se consacrent à la prière, leurs alliés russes protègent le Grand Israël et lui fournissent un arsenal de drones programmés pour tuer les fugitifs ou les infiltrés.

Des robots tueurs ? Je pensais qu’il s’agissait juste de nous équiper de drones sophistiqués. Cela signifie que la
décision de tirer ne dépendra plus des humains ?

Haïm, un conseillé du Premier Ministre prend la fuite juste avant la mise en fonction de ces drones-tueurs dotés du pouvoir d’éliminer sans intervention humaine,  grâce à l’intelligence artificielle. Révolté par ce procédé, il veut confier les plans de la surveillance électronique aux Résistants de Tel Aviv. Son successeur Isaac aura les mêmes problèmes de conscience.

Les Arabes palestiniens ont été déportés du Grand Israël, Moussa et Malika se cachent dans des grottes. Ils se joindront à Ana, la femme de Haïm pour fuir vers Tel Aviv. Il est urgent qu’ils rejoignent l’autre côté avant que les drones ne soient activés. Nous suivrons donc l’exode de ces fuyards.

Avec l’arrivée de Haïm à Tel Aviv, nous découvrons la cité utopique, multiculturelle et égalitariste, féministe. Privée de ressources financières les habitants sont retournés à la débrouille et  au troc. Expérience chaleureuse mais non dénué de conflit. Des extrémistes de la laïcité « ni voile ni perruque » menacent la paix civile. Le flic Eli (arabe malgré ce prénom qui sonne juif) est chargé d’une mission secrète et doit passer le Mur…

C’est donc un thriller avec une histoire d’amour où Ana joue une rôle central. Si l’analyse politique m’a intéressée, je suis moins convaincue par la psychologie des personnages. La personnalité d’Ana ne m’a pas parue crédible et celle des personnages masculins un peu simpliste.

 

La Peste – Camus

CONTAGION

Hartung

« les fléaux, en effet sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y  a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »

la Peste fait partie de ces classiques que tout le monde a lu ou croit avoir lu, étudié au lycée….une évidence en période d’épidémie. L’ai-je vraiment lu dans mes études? Peut-être, je me souviens de ces rats qu’on ramassait à la pelle, mes souvenirs n’allaient pas plus loin. Lecture de circonstance donc.

Comme aujourd’hui, l’épidémie fut abordée avec incrédulité : les grandes épidémies ne concernent pas une ville moderne au milieu du XXème siècle, Moyen Âge, contrées asiatiques lointaines….Qui penserait à la peste? Le vieux docteur Castel qui a fait une partie de sa carrière en Chine

« Seulement, on n’a pas osé donner un nom, sur le moment. L’opinion publique, c’est sacré : pas d’affolement, surtout pas d’affolement. »

[….]

« quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions »

Une fois, la peste identifiée et admise, il faudrait prendre des mesures. Un sérum existe mais

« Savez-vous, lui dit ce dernier que le département n’a pas de sérum? »

Et comme le sérum mettra du temps à arriver de Paris, au lieu de peste  on parle de « fièvre à caractère typhoïde« , il convient d’attendre….

A l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois. Par conséquent; il importe peu que vous l’appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous s’empêchiez de tuer….

Atermoiements, contestation de l’efficacité du sérum (qu’on n’a pas), cela ne vous dit rien?

On va installer des salles « spécialement équipées« , des quarantaines…..jusqu’à ce que la ville entière soit isolée du monde et que les habitants soient réduits à être séparés, exilés, prisonniers. Tout l’art de Camus est de faire vivre ce monde séparé, d’analyser les réactions des personnages. C’est un roman et non pas une étude épidémiologique!

Les personnages sont vivants, divers avec des occupations diverses et des préoccupations bien à eux. Le Docteur Rieux est happé par son travail à l’hôpital, mais il entretient aussi des relations de camaraderie voire d’amitié avec ses collaborateurs.

s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de
lutter contre la peste, c’est l’honnêteté.

Grand, le bureaucrate sort de ses obsessions depuis que la peste a donné un sens à son travail.

Cottard va tirer profit de l’épidémie, c’est un personnage assez mystérieux dont le secret restera caché.

En somme, la peste lui réussit. D’un homme solitaire et qui ne voulait pas l’être, elle fait un complice. Car
visiblement c’est un complice et un complice qui se délecte. Il est complice de tout ce qu’il voit, des
superstitions, des frayeurs illégitimes, des susceptibilités de ces âmes en alerte ; de leur manie de vouloir parler
le moins possible de la peste et de ne pas cesser cependant d’en parler ;

Rambert veut fuir à tout prix pour rejoindre la femme qu’il aime…..

Les personnages secondaires sont, eux-aussi, bien individualisés . On s’attache à chacun d’eux. 

Une interrogation, cependant : Oran se trouve bien en Algérie? Comment se fait-il que Camus n’ait animé que des Européens? les plus exotiques sont d’origine espagnole. Rien que des catholiques! Les Arabes et les Juifs étaient-ils vaccinés ou transparents aux yeux des colons?

A lire et à relire, même en dehors de l’épidémie. Un grand livre, mais tout le monde le sait

Diotime et les lions – Henry Bauchau – Actes Sud

CONTE ANTIQUE

Lions Géants

Henry Bauchau sait raconter des histoires, mythes, légendes avec son style envoûtant. Je l’avais suivi avec Oedipe sut la Route et Antigone, je cherchais depuis longtemps Diotime et les lions.

Grecque ou Perse?

 

Diotime est fille de Kyros et petite fille de Cambyse. Kyros est-il Cyrus, le Roi des Rois, fondateur de l’empire Perse qui s’étendait jusqu’à l’Indus? Mais il y a eu au moins deux Cyrus et deux Cambyses…Il ne faut peut être chercher à coller à l’histoire et rester dans le domaine de la poésie. La mère de Diotime, elle est grecque. Des Grecs, elle cultive la modération et la mesure humaine contre la folie des Barbares. Diotime est un prénom grec.

Les Lions

Cambyse et Kyros, ont pour anciens ancêtres les lions et chaque année les hommes se livrent à une chasse rituelle, les lions jouent aussi un rôle initiatique. Pour faire partie de la tribu et épouser Diotime, Arsès, le grec devra affronter un lion dangereux et puissant.

Diotime, adolescente suit Cambyse qui lui apprend à monter à cheval, à chasser au faucon. Elle veut participer à la chasse rituelle, malgré l’interdit traditionnel qui exclue les filles et malgré l’opposition de sa mère. Sous le patronage de Cambyse elle brave les interdits….

La chasse est violente, sang, danse, bûchers….Ce très beau texte tragique va inspirer théâtreux et danseurs qui en, tirent des spectacles dont je n’ai vu que les extraits de Youtube.

 

Le hussard sur le toit – Giono

ÉPIDÉMIE

Angelo partit à quatre heures du matin. Les bois de hêtres dont lui avait parlé le garçon d’écurie étaient très beaux. Ils étaient répandus par petits bosquets sur des pâturages très maigres couleur de renard, sur des terres à perte de vue , ondulées sous des lavandes et des pierrailles. Le petit chemin de terre fort doux au pas du cheval et qui montait sur ce flanc de la montagne en pente douce serpentait entre ces bosquets d’arbres dans lesquels la lumière oblique de l’extrême matin ouvrait de profondes avenues dorées et la perspectives d’immenses salles aux voûtes vertes soutenues par des multitudes de piliers blancs. Tout autour de ces hauts parages vermeils l’horizon dormait sous des brumes noires et pourpres….

Épidémie de choléra en Provence en 1830, lecture de circonstance dans la série inaugurée avec La Peste Ecarlate et l’Année du Lion.

Traversée de la Provence pendant un été torride et l’arrivée de l’ automne dans des paysages superbement décrits.

la chaleur pétillait sur les tuiles. Le soleil n’avait plus de corps : il s’était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel ; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon

Roman historique : Angelo, le héros, colonel de hussards piémontais a tué en duel un espion qui dénonçait les carbonari aux autorités autrichiennes, il s’est réfugié en Provence et veut rejoindre son frère de lait Giuseppe, carbonaro, cordonnier à Manosque.

Roman d’aventure, Roman de cape et d’épée : les routes sont barricadées, ceux qui tentent de fuir l’épidémie sont enfermés en quarantaine. Angelo tente d’éviter les patrouilles en coupant par la colline, ou  livre bataille aux soldats, enfermé il s’évade. Réussira-t-il à rejoindre Giuseppe? Suspense garanti.

Roman d’amour  ou presque, quand il rencontre une belle inconnue qui fera la route avec lui. 

J’ai fait durer la lecture tant Giono écrit bien. J’ai goûté avec grand plaisir ses descriptions des paysages provençaux. Giono fait ressentir la chaleur, le soleil de craie, mais aussi les parfums des pinèdes. Les oiseaux et les papillons et même les abeilles adoptent des comportements inquiétants pendant l’épidémie……Il décrit aussi les affres de la maladie, pas très appétissante.

Si vous connaissez la campagne d’Aix en Provence à  Manosque, Gap et Théus vous goûterez encore plus le voyage.

Trouvé sur un blog intéressant

pour le détail de l’itinéraire cliquer ICI

Pourquoi ce titre de Hussard sur le Toit ? Angelo se réfugie sur les toits de Manosque, mais je vous laisse la surprise….

 

 

Cette nuit – Joachim Schnerf – ed Zulma

Cette nuit  différente de toutes les autres….

25

En léger différé, quelques jours après Pessah -étrange Pessah : commémoration  de l’Exode alors qu’on est confiné-  j’ai lu ce court et sympathique roman (158 pages) du petit format de Zulma. 

Avec retours en arrière, le récit du Seder et de ses préparatifs chez Salomon qui a perdu récemment sa femme Sarah. Sarah encore très présente autour de la table familiale – souvenirs d’autres repas familiaux. Une famille ordinaire. Salomon, veuf, a connu les camps et traîne ses blagues concentrationnaires.Les deux filles  -Denise et Michelle, les gendres Patrick a des faiblesses intestinales, Pinhas est séfarade expansif et folklorique, les deux petits enfants Tania et Samuel. En plus, Leyla, la correspondante allemande de Tania.

Livre de l’absence, du deuil. Comment Salomon conduira-t -il le Seder sans Sarah?

Traditions, et interprétations familiales. Nous assistons à toutes les étapes de la cérémonie, interrompues par des incidents prévisibles ou  non.

Salomon inflige à tous ces blagues des camps, humour très grinçant que seuls les survivants peuvent utiliser sans équivoque. Ma préférée, la plus courte : Salomon et Sarah visitent à Drancy une exposition sur la Déportation, ils rencontrent un ancien déporté :

A mesure que j’approchais, son rire devenait de plus en plus insistant, des gloussements morbides que j’aurais reconnus parmi cent autres. Je me plaçais à côté de lui et m’esclaffai à mon tour. C’était contagieux, il s’adressa à moi sans me regarder : « Struthof? » – « Auschwitz… » – « Prétentieux! »

Il en raconte d’autres, bien pires! 

Humour ravageur quand il parodie le texte

Sept ça doit être le nombre de rouleaux de papier toilette que Patrick peut utiliser en une soirée. Avec sept pour essuyer ses angoisses judaïques, les Six histoires de Pinhas qui font sortir Michelle de ses gonds, et mes Cinq doigts que je ne contrôle plus. Je ne suis plus certain d’aller au bout de la soirée, des Quatre coupes et de leur Trois faces affolées, je ne suis pas sûr de protéger mes Deux petits-enfants de ces adultes incontrôlables, alors je n’ose imaginer ce qui se passera dans Une maison où ce petit monde restera dormir après les dîner. 

Et termine

Me rassurer en imaginant les voix douces de Tania et Samuel égrénant une autre mélodie cumulative : Had Gadia

Quand tout est fini, Salomon retrouve l’absence, le deuil.

Un livre drôle tout en mélancolie et en tendresse.

 

 

Tu seras un homme, mon fils – Pierre Assouline

BIOGRAPHIE DE RUDYARD KIPLING

Tu seras un homme, mon fils est la chute du célèbre poème If. 

Pierre Assouline a construit son livre autour de ce poème et sur le thème de la relation père/fils.

 Le narrateur, Lambert,  professeur de Français,  voue une véritable vénération à Kipling. Il ambitionne d’écrire la traduction parfaite du poème. A la station thermale Vernet-les-Bains, en 1912, il fait la connaissance de Kipling qui lui propose de donner des cours particuliers de français à son fils John. Lambert entre donc dans l’intimité des Kipling dans la campagne anglaise.

Malgré les injonctions viriles de son père, le jeune John Kipling est un frêle jeune homme, réformé par l’armée pour une très forte myopie. Quand la guerre éclate, Kipling fera jouer toutes ses relations pour lui permettre de s’engager.

Tombé à la bataille de Loos-en- Gohelle en septembre 1915, John Kipling est porté disparu. Son père, incrédule, consacrera toute son énergie à retrouver les restes de son fils, puis à l’entretien des  cimetières militaires.

J’ai apprécié la première partie du livre où l’on fait connaissance avec le célèbre écrivain et avec le narrateur, sa femme et ses collègues du Lycée Janson-de-Sailly. En revanche, la deuxième partie qui traite de la Grande Guerre est très sombre et pénible à lire. Assouline s’appesantit sur les cimetières, le patriotisme de l’arrière, celui des anciens combattants. En filigrane, on devine (on suppose) la culpabilité du père qui a envoyé son fils à la boucherie.

Dans la fin du livre qui traite de l’après-guerre, Kipling apparaît comme un personnage assez antipathique, d’un patriotisme agressif, revanchard, antisémite et j’ai été impatiente de quitter sa compagnie. Le narrateur s’efface devant ces considérations amères. En miroir,  s’explique la relation père/fils difficile entre le narrateur et son père, sur fond d’Affaire Dreyfus.

En épilogue, le livre se termine à Westminster pendant la seconde guerre mondiale. Le narrateur se confie à son fils qu’il a appelé John comme John Kipling . Ce fils va être parachuté sur la France occupée. On espère que l’histoire du père qui envoie son fils à la guerre ne se répétera pas de la même façon.

J’avais beaucoup aimé l’exotisme et l’humour de la biographie de Zorgbibe   

Déjà, j’avais des réserves sur Kipling,  à la lecture de La Lumière qui s’éteint 

La misogynie, l’apologie de l’impérialisme britannique m’avaient paru assez insupportable  ce n’est pas l’aspect sombre du personnage qui me le rend plus sympathique. Et  pourtant, quel écrivain quel conteur dans Le Livre de la Jungle, Le jeu de Kim et L’homme qui voulait être roi (mon préféré)!

Six Fourmis blanches – Sandrine Collette

LIRE POUR L’ALBANIE?

Une histoire qui se déroule dans les montagnes autour de Valbona où j’ai d’excellents souvenirs d’un accueil chaleureux et d’une nature vierge?

Une histoire racontant un trek hivernal pour une randonneuse?

Un thriller addictif et haletant qu’on ne lâche pas une fois commencé.

Certes, les Six Fourmis blanches offre un bon moment de lecture, c’est du travail bien fait. 

Mais je décroche quand on invoque les esprits ou le diable. Je suis diablement cartésienne, le surnaturel m’agace. Je suis mauvais public pour les films d’épouvante. Parfois ces incursions dans l’irrationnel sont justifiées, dans l’évocation de coutumes locales. La Transylvanie et les vampires de Dracula, par exemple. L‘Albanie, aux confins de l’Europe, dans les Balkans, le pays des Aigles comme on l’appelle parfois héberge des coutumes d’un autre temps, comme la vendetta, les tours…vierges jurées. Des sacrifices d’un bouc (chèvre) émissaires y ont-ils encore lieu? Un des narrateurs est le Sacrificateur qui précipite les chèvres du haut des montagnes, il a du charme ! Comme mon esprit critique me titillait je me suis promenée sur la Toile à la recherche de sacrifices, ou de bouc émissaire dans les Balkans, et j’ai été surprise de découvrir une fête de l’été (ou de Saint Georges) au Kosovo où des chèvres et moutons étaient sacrifiés, sans parler de la fête musulmane du sacrifice du mouton….

Pour la randonnée qui tourne mal dans le mauvais temps et la tourmente, c’est très bien fait, on ressent le froid et la peur, on tremble quand une crevasse s’ouvre sous les pieds des marcheurs encordés. Un petit clignotant d’incrédulité s’allume.  Pour les glaciers, j’ai médit! Il y a vraiment 8 glaciers de petite envergure en Albanie,  proche du Monténégro (selon un site anglais,trouvé sur Internet). Le pic le plus haut  au-dessus de Valbona approche 2500m . Parce que je suis exigeante! Si on me balade, j’aime bien qu’on détaille le contexte.

L’Île déchirée

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et aux éditions Le Lamantin de m’avoir offert un voyage littéraire à Chypre avec ce roman policier!

Lecture facile, les pages se tournent toutes seules ( beaucoup de dialogues). Un galeriste est retrouvé assassiné dans la Green line, la zone de démarcation entre la zone grecque et la zone turque. Chypriote, résident à Paris, sa famille est originaire de la partie nord de l’île (actuellement turque). la piste du trafic d’antiquités nous fait emmène dans les monastères à la recherche d’objets liturgiques, d’icônes, de manuscrits…

Plus de  quarante ans ont passé depuis la partition de l’île en 1974 et les blessures restent ouvertes, ce que souligne le titre L’île déchirée cependant je suis un peu frustrée de rester sur ce constat simple. J’aurais aimé un peu plus sur les tentatives de réconciliations, de dialogues, aussi plus de détails sur la vie quotidienne (en dehors des considérations sur la chaleur qui règne l’été sur l’île, moi j’aime bien la chaleur). 

Une lecture distrayante, sans plus.