Driss Chraïbi – L’inspecteur Ali

LIRE POUR LE MAROC

« ...vous venez d’écrire un roman policier d’un genre nouveau, le polar marrant pour ne pas dire déconnant!… »

Un polar marocain? (c’est dans le rayon polar que je l’ai trouvé) Et bien non!
C’est un livre léger, drôle, qui raconte comment un écrivain de polars à succès – Brahim Orourke – marié à une écossaise et revenu depuis peu au pays se prépare à accueillir et reçoit ses beaux-parents à El-Jadida.
Confrontation des cultures! Un regard amusé sur un Maroc quotidien, loin du folklore pour touristes. Aimable divertissement!

Lyautey la fabrique du héros colonial – Ferragu

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

lyautey

 

L’histoire est souvent plus passionnante que les romans historiques. Au cours de mes voyages au Maroc j’ai souvent rencontré le personnage de Lyautey. J’ai donc coché avec enthousiasme la case proposant ce livre dans la Masse Critique.
Merci à Babelio et à l’éditeur de me l’avoir offert!

 

Cependant, je ne dois pas être la lectrice idéale pour cet ouvrage très documenté, très spécialisé, avec citations, bibliographie, très « thèse universitaire ».Les historiens apprécieront.
Pour moi, c’est un pensum. Trop aride, trop touffu. Trop d’illustres personnages, de monarchistes, nationalistes, catholiques militants. Trop d’intrigues ministérielles. D’ambitions militaires. de casernements, de pacifications d’Indochine à Madagascar.
j’aurais aimé plus de Maroc, plus de désert, plus de décor dans ces villes impériales, Casablanca, Rabat.
J’ai été intéressée d’apprendre qu’à Paris, la colonisation n’allait pas de soi, que Lyautey a dû louvoyer, insister, intriguer, pour imposer ses vues.

Le héros colonial n’en sort pas grandi.

babelio

 

Eric FOTTORINO – le marcheur de Fès

LIRE POUR LE MAROC

FOTTORINO

Ce voyage à Fès, Fottorino aurait voulu le faire en compagnie de son père marocain. Trop malade, il partira seul.

« Le marcheur de Fès, ce devait être toi. Ce sera moi. […] Je vais marcher par procuration. Traverser le vieux mellah ou Moshe-Maurice est devenu Maurice le Français »

On le comprend d’emblée. Il ne s’agira pas de tourisme mais de la quête du père biologique, connu sur le tard. Quête d’une identité juive pour celui qui n’a pas été élevé dans cette tradition.

« Je sais qu’il n’existe plus un juif au mellah, seulement des cicatrices à l’embrasure des portes, là où étaient jadis fixées les mezouza – ou plutôt les mezouzot, au pluriel – en signe de prière et de paix« 

Il reste, dans la ville moderne, quelques Juifs qui ont connu le père marocain de Fottorino et qui vont lui raconter Fès d’autrefois et le guider dans  le mellah. Parler de ses ancêtres, de ceux qui sont morts, de ceux qui sont partis en Israël, ou au Canada… de l’enfance de son père, de sa sœur  qui repose au cimetière.

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Il fait revivre pour l’instant du voyage, tout un monde disparu, découvre des ancêtres, des parents éloignés. Anecdotes pittoresques parfois, touchantes toujours. Évocation de la figure du docteur Guigui., de Maimonide et de sa clepsydre….

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Fottorino se sent accepté, adopté. L’émotion le submerge au cimetière où il trouve ceux dont on lui a parlé. Et au petit musée juif du cimetière, il ressent comme un malaise, comme une imposture.

«  Je reste parmi ces morts et enterrés, et envolés, une sorte de pièce rapportée. Un intrus.[…]A cinquante deux ans passés, je me sens comme un gosse pris en flagrant ; délit de mensonge. Il faut finir la comédie 

Émotion contradictoire : il croit trouver parmi ces photos son sosie.

Un livre plein de sensibilité autant qu’un document sur les Juifs du Maroc.

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Mille Ans et un Jour – Edmond Amran El Maleh

LIRE POUR LE MAROC

mille ans et un jourCertains voyages illuminent la grisaille de mon quotidien l’hiver et restent encore longtemps à briller, bien après mon retour tandis que je colle les photos ou rédige les carnets. Mille ans et un Jour fait partie de la queue étincelante de la comète en compagnie d’autres lectures qui me transportent plus d’un mois encore.

D’abord, j’ai eu envie de voir le film Tinghir/Jerusalem qui raconte les liens entre les Juifs de Tinghir et le Maroc, près de 50 ans après leur exode (ou leur Alyah). Les hasards d’Internet m’ont fait découvrir Tinghir de Salomon Malka et de là, je ne sais comment Mille Ans et un Jour épuisé en librairie, j’ai attendu plus d’un mois l’exemplaire que la Fnac m’avait déniché, puis un autre mois celui d’occasion qu’Amazon m’a envoyé d’Amérique. Livre très attendu, très désiré. Allait-il me décevoir?  J’ai sorti du paquet un petit livre à la couverture vieux rose, décorée sobrement d’une calligraphie discrète, collection de LA PENSEE SAUVAGE. Son premier lecteur l’a abondamment crayonné, curieusement au crayon de couleur parfois vert, parfois mauve et griffonné plus que souligné.

Je l’ai commencé le soir-même et il ne m’a pas lâché de la nuit. Impossible de trouver le sommeil.

Quel ouvrage étrange, qui a aboli le temps et l’espace. Nessim, le héros se trouve dans la même page à Sabra et Chatila et à Essaouira. Il tient dans ses mains le coffret de thuya (spécialité des menuisiers d’Essaouira) contenant les lettre d’un lointain grand-père qui a fait route avec une caravane vers la Terre-Sainte en 1880. Glissement insensible vers le voyage de Yehouda Ben Youssef (1712) jusqu’à Tachkent et la Chine, Perah Lebanon, fleur du Liban. Liban qui renvoie à cette guerre actuelle.

Nessim est un peu Ulysse. Pas Ulysse d’Homère, plutôt celui de Joyce. Une citation renvoie au choix du titre :

« le 16 juin 1904, Bloom’s day, l’odyssée d’une seule journée, la journée de Bloom.

« s’il est vrai que mille ans peuvent passer comme un jour, pourquoi pas un jour comme mille ans » Frank Budgen « James Joyce et la création d’Ulysse »« 

Mille ans et un jour, c’est aussi l’histoire des Juifs au Maroc, Mille ans, il y ont vécu et un jour ils sont partis.

Edmond Amran El Maleh raconte avec un grand bonheur comment les Juifs vivaient au Maroc. Juifs de la ville de Asfi (est-ce Safi, dont il est natif?). Bourgeoisie, piano dans le salon, réunions mondaines. Juifs éclairés, dans la même famille un frère est plutôt intellectuel, francophone tandis que l’ainé est kabbaliste. Sous le Protectorat des forces révolutionnaires s’organisent. Qui est vraiment ce Majid emprisonné, ami de Nessim? Juifs des campagnes à Amizmiz où Yeshuua, le soukier illettré a fait un rêve prémonitoire : un Ange, lui prédit qu’il va partir.

Le rêve de Yeshuua, c’est le départ de tous les Juifs pour Eretz Israël. Justement Victor, l’envoyé de l’Agence Juive est venu au village, dans la synagogue il a dit aux villageois de se tenir prêts. Mille ans de présence au Maroc, et un jour le départ. Pourquoi sont-ils donc tous partis? J’espérais que ce livre m’en livre la réponse. Réponse partiale, partielle, hypothèse de la manipulation de ces populations profondément croyantes facilement crédules. Contexte aussi de crainte avec le départ des français et les Indépendances.

Le dernier chapitre est cauchemardesque. Boucle bouclée  guilgoul: une histoire s’ouvre à Chatila et se termine tout près à Tel Aviv. Nessim rêvait de voir la Terre Sainte, il en voit sa violence dans l’opération Paix en Galilée, cauchemar de violence où le policier casqué ressemble plutôt à une caricature anti-sémite ou à un personnage de science-fictionqu’à un soldat isarélien. Cauchemar où Nessim se voit emprisonné tandis qu’à la page suivante il assiste à une manifestation pour la paix qui tourne au massacre, et très vite nous sommes dans les guerres romaines, « Joseph et quarante notables se réfugient dans une grotte spacieuse..Nicanor… » Massada, et le suicide collectif…Je m’étais habituée dans les chapitres précédents à lire ce livre presque comme un documentaire et revoilà l’abolition du temps et de l’espace. Prophétie?

« Nessim s’est levé pour marcher de ville en ville, de contrée en contrées, porté par une errance, assoiffé d’absolu., un désir de vivre, un don de vivre en partage que le texte lui donnera corps et présence, une lumière extraordinaire jaillira en soi-même par le désert et le livre.D’où ceci encore, simultanément mais pas après : fragilitgé, précarité, tout mot avancé, tout discours ordonné, en forme porte en lui sa honte, son indécence[….]parce qu’il n’y a rien à faire dans l’infini du mouvement, parce qu’il n’y a rien plus rien à cacher? parce qu’il n’y a aucun secret, parce que tout est visible[…]

Voulez vous que je vous parle de mes origines, rire énorme quoi! vous n’êtes pas nomade que je sache, Nessim n’est pas nomade où ce sont les sables de l’exil, de quel ciel est tombée cette étoile qui a couvert la blancheur du Livre ou l’on marche d’un pas égal à un chant qui vient au delà de toute mémoire. »

Ainsi se referme le livre.

 

 

 

 

Leon l’Africain – Amin Maalouf

Grenade : Alhambrah
Grenade : Alhambrah

Lu autrefois, je l’ai emporté sur ma liseuse en voyage à Marrakech.

Quel merveilleux compagnon!

….« nul ne sait que je m’appelle aujourd’hui Léon ou Jean-Léon l’Africain, là-bas, j’étais Hassan, fils de Mohamed-al-Wazzan et dans les actes officiels, on ajoutait « al-Zayyati » du nom de ma tribu d’origine, « al-Gharnati », le Grenadin… »

J’ai rêvé de Grenade, et assisté à sa chute de Boabdil

« Aussi quand il me contait la chute de Grenade, son récit débutait-il dans les salles tapissées de l’Alhambra »  .

souk de Marrakech
souk de Marrakech

J’ai marché dans la médina de Fès, par l’imagination, alors que je me trouvais au cœur des souks de Marrakech, je suis entrée dans les fondouks et dans les hammams. roman d’aventure, j’ai tremblé pour sa sœur Mariam emmenée de force chez les lépreux.

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« j’avais besoin de partir à l’instant, de m’accrocher bien haut à la bosse d’un chameau, de m’engloutir dans l’immensité désertique où les hommes, les bêtes, l’eau, le sable et l’or ont tous la même couleur, la même valeur, la même irremplaçable futilité…« 

Je suis partie avec lui en caravane à Tombouctou (en vrai je me suis arrêté en route à « 52 jours de Tombouctou« ) j’ai imaginé la tempête de sable

tombouctou

« Nous accumulons ainsi, au fil des caravanes, richesse et savoir, à l’abri de ces montagnes inaccessibles que nous partageons avec les aigles, les corneilles et les lions, nos compagnons de dignité »

Richesses et palais, intrigues et luttes de pouvoir. Hassan le Fassi perd ses richesses et suit des caravanes le long du Niger, De Tombouctou vers le Caire.

le Caire
le Caire

Je me suis promenée dans le vieux Caire et au Khan el-khalili, lu les luttes entre le Grand Turc et les Mamelouks…..peste et massacres….rencontré Sélim à Constantinople et Barberousse, le pirate.

Des pirates siciliens l’ont capturé en chemin vers Tunis:

« Ainsi j’étais esclave, mon fils, et mon sang avait honte. Moi dont les ancêtres avaient foulé en conquérants le sol de l’Europe, je serai vendu à quelques prince de Palerme, de Naples, de Raguse…. »

C’est en cadeau au pape Léon, qu’il est arrivé à Rome, au château saint Ange. Il se converti pour l’amitié des Médicis et devient ambassadeur du Pape auprès de François 1er et de Soliman pour bâtir un pont entre Rome et Constantinople

« d’un côté Soliman, sultan et calife de l’islam, jeune ambitieux au pouvoir illimité  mais soucieux de faire oublier les crimes de son père et d’apparaître comme un homme de bien. De l’autre, Charles, roi d’Espagne, encore plus jeune et non moins ambitieux qui s’est fait élire à prix d’or au trône du saint Empire. Face à ces deux hommes, les plus puissants du monde, il y a l’état pontifical, croix géante et sabre nain… »

« …tu n’aimes pas les princes et encore moins les sultans. Quand l’un d’eux remporte une victoire, tu te retrouve d’emblée dans le camps de ses ennemis, et quand quelque sot les vénère, c’est déjà une raison pour les abhorrer » lui dit son ami d’enfance Haroun, envoyé de Soliman
J’ai aimé l’humanisme du personnage qui a beaucoup voyagé,

« Et la vérité en tout cela? – c’est une question que je me pose plus : entre la vérité et la vie, j’ai déjà fait mon choix… »

« Lorsque l’esprit des hommes te paraîtra étroit, dis-toi que la terre de Dieu est vaste, et vastes Ses mains et Son cœur.N’hésite jamais à t’éloigner, au delà de toutes les mers, au de-là de toutes les frontières de toutes les patries, de toutes les croyances….

Je suis souvent déçue par les romans historiques, mais pas par celui-ci qui est très riche!

Méharées – Théodore Monod

LIRE POUR LE MAROC

sénégalmp 030 - Copie« La géologie sans marteau….Très âge de pierre, mais comme cela fait apprécier celui du métal!

Des champs de marbre à Amasine, blanc éclatant,  veiné de rose ou de vert très pâle, ou de mauve, puis bleu foncé, vert, lie-de-vin, carminé. De la neige, du savon, des bords de bassin à Trianon, des sucres glacés des confiseurs, des bougies d’arbre de Noël…. »

Comment suis-je passée tant d’années sans lire un tel texte! Incontournable! (je déteste cet adjectif). Pourtant j’ai abordé à plusieurs reprises le désert, au Maroc, en Égypte, au Sénégal…peut être la figure impressionnante de Théodore Monod m’avait intimidée?

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C’est avec un plaisir sans mélange que je goûte cette lecture.
Si la monotonie du désert effraie certains, ce livre est tout sauf monotone! Chaque chapitre est écrit sur un ton, un style différent. Tour à tour,  le naturaliste, en mission de biologie marine, choisit le désert et fait une comparaison hardie entre l’océan et les étendues désertiques.

« ici comme là, vivre c’est avancer sans cesse à travers un décor à la fois immuable et changeant, identique à l’œil que l’on ne saurait différent sans le témoignage du sextant, de la montre et de la boussole, s’aventurer comme à tâtons sous les plus éclatants soleils »

Le géologue prend la parole et jamais de façon pédante, toujours accessible et souvent drôle.  Il convoque parfois la Bible, dans ce qu’elle livre de plus documentaire sur la vie des nomades qui n’a pas tellement changé.  Ensuite l’ethnologue cherche les pétroglyphes parfois des graffitis modernes, interroge des touaregs sur des langues en voie d’extinction. Tantôt il raconte un service militaire comme méhariste avec l’absurdité militaire sous la plume d’un pacifiste. Roman d’aventures, ce celui qui rencontre des crocodiles, collectionne leurs crottes fossilisées, prend un bout de bois pour une vipère mais se fait piquer par un scorpion.
que d’aventures divertissantes!

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Initiant un jeune méhariste, il raconte l’histoire géologique du Sahara, cherchant sous les comblements d’alluvions et les dunes le substrat cristallin, ou la couche d’argile à graptolithes qui fera la liaison entre l’Algérie et le Mali….Quête scientifique, mais aussi chasse au trésor quand il a la chance de trouver un fossile humain vieux de 6000ans, ou la météorite….
Il va bien falloir que je rende le bouquin à la bibliothèque, mais je crois que je vais l’acheter!

Les voix de Marrakech – Elias Canetti

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Les voix de Marrakech est sous-titré JOURNAL D’UN VOYAGE. J’ai lu plusieurs fois La langue sauvée. Ce récit de voyage de Canetti 

Les premières rencontres sont celles des chameaux, cris angoissés d’un méhari enragé qu’on conduit à l’abattoir, arrivée d’une caravane de 700 bêtes, à la tombée de la nuit,  sous les murailles de la ville, conduite par des hommes « bleus » .

« Baraqués en cercle autour d’une montagne de fourrages [….]ils rappelaient une assemblée de très dignes vieilles dames anglaises en train de prendre le thé, s’ennuyant ferme mais avec tout de même, au coin de l’œil, une lueur de méchanceté mal dissimulées.  « 

Les voix humaines sont souvent celles des mendiants, aveugles, seuls ou en groupe, que Canetti écoute sans comprendre l’arabe

« Je ne voulais rien perdre de la puissance exotique des cris. je voulais être touché par les voix telles qu’elles sont par elles même et n’en rien affaiblir par un savoir artificiel et insuffisant. »

Ce texte m’a rappelé celui de Salomon Malka, dans Tinghir

« ….L’inépuisable gamme. L’infini répertoire[….]il y a le « solo » cas de figure prosaïque. C’est la détresse à l’état pur[….]il y a la figure à deux voix, le vieil homme aveugle et le jeune voyant[….]et puis il y a la symphonie, le choeur à plusieurs voix…. »

Sensibilité de voyageurs, loin du clinquant pour touristes…Le Journal de voyage ne s’attarde jamais sur les curiosités dont se délectent les vacanciers. Si ce livre nous ramène en conclusion place Jamaa El Fna c’est pour un « invisible » mendiant « amas d’étoffes brunes » ayant réduit sa mélopée à une seule voyelle ä-ä-ä-ä.

maisons silencieuses et terrasses désertes, sous les sommets enneigés de l’Atlas, Canetti ne pourra pénétrer dans l’intimité de ces murs aveugles, une image furtive, une femme derrière une grille, quelques enfants….la ville garde jalousement ses secrets.

Les conteurs et les écrivains publics ne sont pas oubliés. Pouvoir des mots prononcés, pouvoir des mots écrits…

J’attendais Canetti dans le Mellah. Natif de Roustchouk en Bulgarie, séfarade ayant encore gardé les traditions espagnoles, j’imaginais sa rencontre avec les Juifs du Mellah. 1954, le Mellah est encore habité par ses Juifs. Quand je l’a visité en 2001 pour la première fois, il était déjà vidé de sa substance. Magasins de soieries, marchés de légumes, école encore plus misérables, Canetti remarque la diversité des visages qu’il scrute. Avec humour, il remarque même un Juif lui rappelant Goebbels, parmi les Juifs de Rembrandt, ou les Berbères portant la calotte juive… Il découvre une fontaine, des artisans…. Ce n’est qu’à la seconde visite qu’il s’enhardit à entrer dans une cour. Le prétexte? la présence d’enfants lui suggère une école. On l’invite : « – Êtes vous israélite? Je lui confirmais avec enthousiasme. C’était si agréable de pouvoir répondre affirmativement…. » le voilà invité par toute la famille Dahan. Invitations chaleureuses, mais pas dénuées d’intérêt : les chômeurs de la familles espèrent obtenir une recommandation de ce Juif anglais riche auprès du commandant américain de la base militaire. Un emploi de plongeur, ou de tailleur conviendrait très bien.  Canetti nous fait rencontrer les membres de cette famille dont le père, figure impressionnante….

Dans le Maroc de 1954, les Américains ont encore des bases militaires, le souvenir de la Seconde Guerre mondiale est encore présent, le Glaoui est une figure importante. ….Le tourisme n’a pas encore envahi les souks. Époque révolue.

Ce journal de voyage,  d’une grande sensibilité , est aussi empreint d’une réflexion sur les mots, leur musique, ce qui ne m’étonne pas de la part de l’auteur de la Langue sauvée.