Le mystère Cléopâtre à l’IMA

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

La mort de Cléopâtre jean André Rixens (1874)

Cléopâtre, figure historique

Cléopâtre voit le jour à Alexandrie en 69 av. JC et se suicide par une piqûre de serpent en 30 av JC après la bataille d’Actium. Cléopâtre VII, reine intelligente, fine diplomate a restauré le lustre que son royaume avait perdu, devenant protectorat romain. Elle noue des liens avec César dont elle a un fils Césarion (Ptolémée XV), le suit à Rome en 46.  Après l’assassinat de César, elle va négocier avec Marc Antoine ,  accroit ses territoires, modernise sa flotte. ils auront ont 3 enfants. Vaincue à la bataille d’Actium, elle préfère se suicider que de se soumettre à Octave. 

La bataille d’Actium

La première partie de l’exposition est archéologique avec des objets originaux : un vase en forme de canard m’a bien plu, des bagues et sceaux, et toute une collection numismatique avec des pièce à l’effigie de Cléopâtre qui ne ressemble pas du tout à Liz Taylor, ne porte pas de perruque de pharaon mais dont le nez fameux est bien marqué. La dynastie des Ptolémées est d’origine macédonienne et l’Egypte est très hellénisée : des statuettes montrent les dieux égyptiens  très différents de ceux du Nouvel Empire. On reconnait Isis, Osiris, Horus, et Bès. Photographies anciennes  de Denderah, temple hellénistique. Et même une réplique de la Pierre de Rosette

Buste de Serapis

Une visite virtuelle  d’Alexandrie provient d’un jeu vidéo Ubisoft. Je n’aime pas tellement cette esthétique et surtout les personnages que je trouve laids mais c’est très instructif : on voit la Grande Bibliothèque, le Musée, l’île de Pharos…

Cléopâter mourant debout. Sculpture en marbre de Jean Baptiste Goy pour les jardins de Versailles

La Légende de Cléopâtre

La suite de la visite se déroule au deuxième niveau et raconte les légendes de Cléopâtre.

Les Romains, et surtout Auguste, le vainqueur d‘Antoine ont noirci le mythe. Virgile, Horace, Plutarque la décrivent comme un monstre séduisant les hommes, une sorte d’obsédée sexuelle, même parfois de prostituée. 

Les Egyptiens, plus tard (VIIIème – XIIème siècle) lui brodent une toute autre légende, de reine bienveillante, de philosophe érudite, même une alchimiste, de femme préférant la mort à la soumission.

Mort de Cléopâtre

Les classiques, Dante ou Shakespeare  reprennent la légende, s’inspirant des romains, Plutarque entre autres, en font une héroïque tragique, entre passion amoureuse et politiques. Le suicide au serpent a inspiré sculpteurs et peintres.  Après l’expédition de Bonaparte en Egypte, la découverte des décors , l’Orientalisme  inspire peintres et hommes de théâtre. Sarah Bernhardt lui prête son visage

Sarah Bernhardt en Cléopâtre

Puis vient le temps du cinéma, déjà Méliès en 1899 et une véritable Cléomania va traverser l’histoire du cinéma: Claudette Colbert (1934), Vivien Leigh(1945) Sophia Loren (1953); Liz Taylor (1963) (c’est ell. e qui est pour moi la figure de Cléopâtre) suivie de tant d’autres. Asterix et la BD s’emparent de Cléopâtre

Liz Tayor : cléopâtre fait naviguer dans son bain un des navires de sa flotte

Je n’ai pas apprécié la scénographie avec la projection de trois films en même temps sur un immense mur-écran, n’arrivant à en suivre aucun.

Cléopâtre reine du marketing

je vous laisse deviner à quelles marques sont nom est attaché. C’est toujours l’image des péplums qui est alors utilisé, glamour et exotique.

Une dernière partie de l’exposition est surprenante. Le nationalisme égyptien, entre autres du temps de Nasser a repris à son compte Cléopâtre. Plus loin, les mouvements des luttes africaines-américaines l’ont adoptée comme héroïne refusant la soumission, Barbara Chase-Riboud sculpté son trône vide : force et fragilité du pouvoir féminin.

Le trône vide Cléopâtre par Barbara Chase-Riboud

Dernier avatar : l’icone féministe. Des plasticiennes contemporaines mettent en scène la misogynie qu’a subi Cléopâtre de la part des hommes qui ont minoré son rôle de souveraine, qui l’ont diabolisée et hypersexualisée. Esmeralda Kosmatopoulos CLIC a réalisé une installation de trois tableaux de la reine de profil (profil retrouvé sur les monnaies) I want to look… et à côté toutes les prescriptions de chirurgie esthétiques sur une ordonnance fictive, en particulier rhinoplastie (on connait la citation « si le nez de Cléopâtre… » clic

Esmeralda Kosmatopoulos : I want to look like Cleopatra

Et pour finir une image de Cindy Sherman : Cléopâtre ou Méduse?

Amazônia – Créations et futurs autochtones – au Quai Branly

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 18 janvier 2026

coiffe de plume

Avec la COP 30 à Belem, l’Amazonie est d’actualité, occasion d’aller faire un tour au Quai Branly pour cette présentation des Autochtones d’Amazonie. 

En 2021, à la Philharmonie de Paris s’était tenue une exposition immersive des photographies de Salgadosur la musique de jean Michel Jarre  CLIC Somptueuses vues aériennes de la forêt et des fleuves, nuages….

peinture faciale

Au Quai Branly le propos est ethnologique : c’est une présentation de la richesse et de la diversité des populations autochtones dans cette région immense s’étendant sur 9 pays, où 300 langues sont parlées. Il s’agit de déconstruire les clichés et les idées reçues. 

Mogahe Gihu – Abel Rodriguez Valse

L’Amazonie, une forêt vierge ? Cette première idée préconçue  que la forêt serait un enfer vert, difficile d’accès, peu peuplé, est battue en brèche par l’archéologie. 5 vidéogrammes montrent le travail des archéologues sur un site habité depuis 6000 ans. Les fouilles montrent des vestiges d’une civilisation très ancienne. Des photographies aériennes mettent en évidence des fossés creusés, d’anciennes voies de communications, tout un réseau reliant des villages. Habitée depuis 9000 ans, l’Amazonie n’est pas une terre vierge mais peuplée au XVIème siècle de 8 Millions d’habitants. 

le territoire des ancêtres

L’exposition montre une Forêt-jardin façonnée par les hommes qui ont géré de façon durable la forêt, soignant le milieu naturel avec une connaissance très fine de ses ressources végétale mais aussi animales. 

A l’entrée de l’exposition : coiffes des jeunes garçons et installation

Créer la forêt, habiter les mondes 

Les mythes amazoniens mettent l’accent sur la transformation, dynamique créatrice qui ne s’arrêt jamais. Les humains ont la responsabilité de poursuivre la création du monde à travers des savoirs chamaniques, des cérémonies et des rituels.

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De nombreux objets colorés de plumes colorées, d’écorces, de fibres : coiffes, masques, labrets sont présentés

Couronne de plumes

mais certains confectionnaient aussi de très belles poteries pour toutes sortes d’usages : culinaires, funéraires, ou même des jouets, poupées pour les petites filles.

coupe en terre cuite

Fabriquer les humains

Contrairement à nos conceptions occidentales la frontière entre les humains et le monde vivant qui les entoure est très floue. A sa naissance il faut « fabriquer » les « vraies personnes » au cours de cérémonies de nomination, de rites de passage et d’initiations. Les corps sont façonnés avec des peintures très sophistiquées très signifiantes. Les graphismes remplissent plusieurs rôles exprimant les phases de la vie, le deuil …

Peintures corporelles

L’exposition montre des sceaux pour décorer des motifs géométriques. Une mandibule de carnivore aux dents acérées est un scarificateur. Des labrets vont transformer les lèvres. Certains masques spectaculaires en vannerie sont de taille impressionnante.

L’ennemi, les morts, les Blancs

la guêpe qui coupa la queue des hommes

Le statut d’humain n’est donc pas figé, un membre de la communauté peut devenir un esprit ou un animal. Les pratiques chamaniques intègrent aussi les rêves. Avec des cultures aussi riches et sophistiquées on est très loin des idées « civilisatrices » de la colonisation qui introduiraient la « modernité » .

Le collier des ancêtres

Au contraire, nous avons beaucoup à apprendre de ces manières d’habiter le monde.  

Et pour le plaisir, j’ai trouvé sur Internet les extraits du concert Aguas da Amazonia, de Philip Glass

 

Mégalithes :Alignements de Carnac

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE 

Depuis le 12 juillet 2025, les Alignements de Carnac sont inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, . La précédente visite, en 2010, sous la pluie, CLIC n’avait pas laissé un souvenir impérissable, les menhirs se voyaient de la route dans une végétation assez dense, mal mis en valeur.

10h, à l’ouverture du Musée de la Préhistoire au centre du bourg, j’espère trouver une visite accompagnée. Elle est à 15 h hors saison, et il faut s’inscrire en ligne. Musée de la Préhistoire et Maison des Mégalithes sont deux entités séparées.

Comme tous les grands sites, les alignements sont encadrés de grands parkings arborés, d’un petit train touristique, bus à impériale. En saison, il doit y avoir la foule mais fin septembre, même le dimanche, l’affluence est raisonnable.

La Maison des Mégalithes se trouve sur place hors de Carnac. Une vidéo prépare la visite individuelle balayant les mythes et les idées fausses comme celle des pierres tombées du ciel, les théories astronomiques sont aussi mises de côté. Une nouvelle hypothèse : les stèles formeraient une barrière stratégique ceinturant un territoire. Il faut aussi tenir compte des variations du zéro marin au Néolithique (4800 – 2500 av. JC), de nombreuses stèles se trouveraient immergées. La vidéo montre aussi les fouilles du tumulus Saint Michel une seule tombe contenant du mobilier de prestige. Le sel était déjà une contrepartie d’échange mais on ne peut pas parler de commerce, plutôt des cadeaux diplomatiques. Une belle exposition de photographies des années 50 et 60 montrant une grande familiarité des habitants de Carnac qui se sont tiré le portrait en famille assis sur les stèles, les enfants grimpés sur les menhirs. Certains sont en costume local. 

Alignements de Ménec

Un sentier piétonnier longe le grillage. le circuit est d’une dizaine de km (8 + un détour pour voir le Géant et le Quadrilatère de Manio en forêt). Il part de la Maison des Mégalithes, passe par le village de Menec où les blocs se dressent presque dans les maisons. Les plus grands sont mis en valeur par l’herbe rase. Plus loin, ajoncs et genets gagnent. 

Des cartels racontent l’histoire des aménagements du site. Les habitants n’ont pas toujours vu d’un bon œil ces installations : les expropriations et les grillages. Une association Menhirs libres a contesté ces grillages ainsi que la construction de belvédères d’observation. Il s’en est suivi une gabegie financière : enlèvement des grillages, destruction des belvédères, un véritable feuilleton local. Sans parler de l’histoire ancienne quand on réemployait les blocs pour la construction. D’autres avertissements décrivent la fragilité du site : le déchaussement des stèles justifie leur protection. En revanche, rien sur l’archéologie. Il aurait fallu aller au Musée de la Préhistoire. Carnac mérite plus qu’une matinée ! Sans parler des sites voisins à Locmariaquer (Table des Marchands etc…)

Le géant

Promenade très agréable sur un chemin sablé, parfois des planches avec une partie en sous-bois pour le Géant et le Quadrilatère de Manio. Les champignons colonisent les souches.

Le soleil a dispersé les nuages, le retour sous une lumière vive offre de nouvelles perspectives. Je pense aux autres sites mégalithiques en Corse, en Sardaigne, à Malte ou au Musée de Rodez…Plus j’en visite et plus le mystère s’épaissit et plus je suis ravie d’en découvrir de nouveaux

 

En Route vers l’Ouest, halte dans le Golfe du Morbihan

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Voiliers à Locmariaquer

Autoroute A11, par Angers, Nantes, puis belle 4 voies bretonne gratuite Vannes, Auray. Pause déjeuner sur l’aire de Marsan, d’où partent des sentiers de randonnées avec une belle vue sur le pont qui franchit la Vilaine. 

Galettes saucisse pour commencer ces vacances bretonnes.

Locmariaquer

Nous traversons Vannes à 14 h, trop tôt pour chercher un hôtel et continuons vers la mer, ou plutôt le Golfe du Morbihan.  Locmariaquer. est une station balnéaire tranquille, le seul établissement qui possède des chambres en rez de chaussée est le Neptune, au bout de l’embarcadère du Guilvin. Très bien situé, un peu vieillot, charmant mais complet. Nous réservons au Lodge Kérisper – 4* à La Trinité-sur-Mer une chambre aménagée PMR. 

Entre temps, très belle promenade au soleil. Le sentier côtier quitte le bord de mer pour contourner les fermes ostréicoles. Au club nautique, de très nombreux petits catamarans sont sur le pré pour leur repos hivernal tandis que dans le Golfe et sur la mer ouverte croisent des dizaines de voiliers, certains très grands. Je continue jusqu’à la Pointe de Kerpenhir, si j’avais disposé de plus de temps je serais arrivée à l’Allée couverte des Pierres Plates et voir d’autres dolmens. Locmariaquer est un site mégalithique important.

la Trinité-sur-Mer

le soir tombe sur Saint Philibert vu du Pont kerisper

Le pont Kérisper enjambe la rivière Crac’h. Notre hôtel Le Lodge Kérisper se trouve sur la colline. Un groupe de maisons anciennes de pierre ont été regroupées dans un jardin. Une piscine y est nichée, chauffée même fin septembre. Un peu fraîche, j’ai essayé sans réussir à m’y plonger complètement.  

 

Trésors sauvés de GAZA – 5000 ans d’Histoire – à L’IMA

Exposition temporaire à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 02 novembre 2025

Un patrimoine en exil 2006, 529 œuvres rejoignent Genève pour une exposition. Elle devaient constituer le futur musée archéologique de Gaza.

Cette exposition s’inscrit dans une démarche de préservation des trésors culturels du monde. Dans le même esprit, j’avais beaucoup apprécié l’exposition Cité millénaires – Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul à l’IMA en 2018 ICI

Dromadaire chargé d’amphores

Les images de Gaza sont désolation et ruines, on n’imagine pas que sous les décombres une histoire très riche se cache. Gaza, oasis, à la limite du désert et de la mer, fut selon Strabon la plus grande ville de Syrie. Elle est entrée dans l’Histoire avec Thoutmosis (1504 – 1450). Au mur, une immense carte incluant la Méditerranée et  l’Arabie montre les routes commerçantes convergeant vers cette cité maritime. 

Des ancres de pierre, des anneaux d’amarrage témoignent de cette vocation maritime dès l’Age de Bronze. Egyptiens, Hittites, Philistins, Nabatéens y convergèrent. Alexandre de Macédoine livra bataille pour la conquérir. De la période hellénistique l’exposition présente une série d’amphores et une jolie statue d’Aphrodite (ou Hécate)

97 av. JC, Gaza est conquise par un royaume Juif puis laissée à l’abandon. En 61 av. JC, Pompée s’en empare et construit une cité romaine. De cette époque témoignent de très fines lampes à huile

Cupidon lance ses filets dans les vagues

Au IVème siècle  s’installent. le monachisme se développe avec le monastère de Saint Hilarion, l’église Saint Porphyre.

Une belle mosaïque occupe le centre de la pièce avec des motifs d’animaux exotiques, girafes, éléphants, béliers, aigle et des grappes de raisin séparant les médaillons.

631 : la ville est conquise par les armées musulmanes, la population étant majoritairement chrétienne avec de petites communautés juives et samariennes.

Gaza : une ville commerçante balance romaine, pièces de monnaie et trésor de pièces agglomérées

Les Croisades 1149 et 1187 induisent une nouvelle période de violence.

Les Mamelouks l’occupent (1260 – 1279).

En 1516 Gaza devient ottomane

Gaza au début du XXème siècle

La deuxième partie de l’exposition contient des photographies anciennes de l’Ecole Biblique et Archéologique française de Jérusalem (1905-1922). Elles montrent les monuments et surtout une campagne paisible ainsi que les monuments.

Au centre de la pièce, des photos récentes en couleur (2022 à 2025) Certaines témoignent des destructions récentes. Le Qasr al Basha, siège du pouvoir mamelouk était le musée depuis 2010. Bonaparte y a passé trois jours;

Photo émouvante de la cérémonie de Noël célébrée dans l’église orthodoxe Saint Porphyre le 7 janvier 2025.

Une vidéo en images de synthèse reconstitue le monastère Saint Hilarion.

Enfin au mur on voit la cartographie des sites archéologiques bombardés.