Requiem pour une République – Thomas Cantaloube

POLAR HISTORIQUE (1959-1961)

Le Bon, la Brute et le Truand dans le Paris du début de la 5ème République, Papon règne à la Préfecture, la Guerre d’Algérie ne veut pas dire son nom, barbouzes et FLN, SAC et OAS. 

C’était une actualité qui parvenait brouillée à mes oreilles de fille de 10 ans. On a fait des provisions quand la menace des généraux félons est parvenue aux ménagères. On a craint les plasticages de l’OAS à cause d’un homonyme qui avait signé le Manifeste des 121 qui a poussé le mauvais goût à résider dans la même rue. Mémoire lointaine que les filtres des historiens n’ont jamais éclairci pour moi. Le livre de Cantaloube remue des souvenirs. 

Un massacre quai Montebello, une famille entière assassinée, est passé hors des radars de la Presse. Facile à imputer à des réglements de comptes entre Algériens, une des victimes étant un avocat algérien. Enquête bâclée, poussière sous le tapis.

Le Bon, c’est Luc, un jeune flic, naïf, chargé de l’affaire, qui ne se contente pas des conclusions de ses supérieurs. La Brute, Sirius Volstrom, homme de main, ancien collabo, chargé par l’adjoint de Papon de faire disparaître l’assassin de l’avocat ; il ne refuse aucune mission même meurtrière pourvu qu’on le paie. Le Truand, Carrega, le bandit corse, ancien résistant, vrai trafiquant, appelé pour faire la lumière sur le massacre du quai Montebello, par un camarade de la Résistance. Roman choral à trois voix, chacun raconte son histoire qui se tresse à celle des deux autres. 

Nous allons croiser Mitterand et être témoin de l’Attentat de l’Observatoire (16 octobre 1959), entendre Michel Debré dans un « discours de mobilisation patriotique » sécurisé par le SAC, voir émerger l’OAS dont j’avais oublié que les initiales signifiaient l’Organisation de l’Armée Secrète, avec ses actions meurtrières, dont le déraillage du train de Vitry-le-François qui a fait 28 morts et 160 blessés, et pour finir la répression sanglante de la manifestation des Algériens le 17 octobre 1961. 

Leçon d’Histoire, dans un thriller très bien mené avec des personnages secondaires bien campés dans un Paris interlope derrière Montmartre, quand roulaient Simca, Dauphine, qu’on faisait poinçonner le ticket de métro en carton.

 

Adam Bede – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

785 pages, lu en 11 jours

Immersion dans la campagne anglaise : village d’Hayslope dans les Middlands, de juin1799 à juin 1807. George Eliot décrit avec minutie et vivacité la vie de cette communauté rurale.

George Eliot présente les personnages dans leur milieu de vie : l’atelier des frères Adam et Seth, charpentiers. La ferme du Manoir, vieille demeure tenue par les Poyser, fermiers prospères avec leurs petits enfants, deux nièces Hetty et Dinah, les servantes, les ouvriers agricoles et bien sûr les animaux. La laiterie  de Mrs Poyser est particulièrement prisée et la jolie Hetty écrème le lait et baratte un beurre réputé. Au presbytère, nous ferons la connaissance du pasteur Irwine, de sa mère très distinguée et de ses soeurs. Le seigneur du village est le vieux chevalier, son petit-fils, le capitaine Arthur  qui va fêter ses 21 ans, s’aprête à prendre la succession et à donner une nouvelle impulsion aux domaines. Au cours des evènements, nous rencontrerons le vieux maître de l’école du soir, Bartle Massey, exigeant et consciencieux,plutôt bougon et mysogine. Sans oublier le jardinier écossais, Mr Craig, et différents villageois…

La vie quotidienne se déroule dans un décor précis, qui changera avec les saisons. Les travaux agricoles rythment la vie du village avec les foins qui doivent être récoltés secs,  les fêtes des moissons qui rassemblent tous les ouvriers agricoles.

Des évènements vont rassembler la communauté villageoise, l’enterrement du père d’Adam et Seth, la fête qu’offrira le capitaine Arthur pour tous les fermiers de son domaine. Les réjouissances sont décrites avec une abondance de détails.

L’action avance peu. L’  intrigue est simple : qui va conquérir le coeur de la jolie Hetty? Adam Bede, timide n’ose pas se déclarer. Il va découvrir qu’Hetty a cédé à la cour que lui a fait Arthur…. Autour de cette histoire d’amour George Eliot nous livre une analyse psychologique très fouillée. A quoi rêve une jeune fille ravissante, que l’autrice compare à une petite chatte? Le destin des trop jolies filles n’est pas simple, (attention spoiler!) je ne vais pas vous priver des surprises ….

Un autre sujet abordé concerne la religion. A côté de l’Eglise Anglicane officielle qui assure la cohésion sociale plutôt qu’une vie spirituelle, se réunissent des dissidents. Méthodistes ou Quakers, avec des prédicateurs inspirés, drainent des foules souvent deshéritées. Dinah, la nièce des Poyser, les fermiers du Manoir, est une prédicatrice convaincue. Malgré sa tenue austère, son chapeau ridicule, elle a beaucoup de charme et même lepasteur anglican, Irwine l’apprécie. Cet aspect de prédication et les références bibliques m’ont un peu ennuyée, il me manque les références culturelles!

J’ai donc découvert avec grand plaisir ce roman villageois.  Par de longs plans-séquences, la lectrice partage la vie de Hayslope sous tous ses aspects. Il faut prendre du temps, se laisser emporter, par un voyage à petite vitesse.

 

Les Beaux Messieurs de Bois-Doré – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Quelle bonne idée de la part de Claudialucia que de proposer cette lecture commune d’un ouvrage moins connu de George Sand ! Avec une nouvelle facette  de l’oeuvre de la Bonne dame de Nohant qui s’aventure dans le roman historique, de cape et d’épée.  

Pavé de plus de 700 pages avec de l’action, de l’amour, des personnages nombreux, très pittoresques et attachants. 

Le roman se déroule en Berry, dans trois manoirs voisins, pendant le règne de Louis XIII. Les guerres de religion font encore rage. A Bourges, Condé et les Jésuites tentent de s’imposer. L’arrivée d’un noble espagnol, Sciarra d’Alvimar venu se cacher en Province après un duel à Paris qui a mal tourné, chez un châtelain berrichon va provoquer les premières péripéties. 

Il a un grand malheur en la tête, qui est d’être trop Espagnol. Ces gens sublimes méprisent tout ce qui n’est pas eux; mais je crois qu’ils se sont rompu les reins en martyrisant et en exterminant ces pauvres Morisques. Ils s’en mangeront les mains, un jour ou l’autre.

Alvimar est reçu à la Motte-Seuilly chez M. De Beuvre et sa fille Lauriane, qui avait « embrassé le parti de la Réforme » sans être « exalté en fait de religion ». Alvimar est ensuite invité à Briantes, chez le beau Marquis de Bois-Doré, vieil original emperruqué et fardé, toqué de l’Astrée au point d’avoir construit un jardin sur le modèle du roman et de nommer ses serviteurs aux noms de ses personnages.

« la monomanie de M. de Bois-Doré était assez répandue de son temps pour n’être pas une excentricité. Henri IV et sa cour avaient dévoré l’Astrée, et, dans les petites cours d’Allemagne, les princes et princesses prenaient encore ces noms redondants que le marquis imposait à ses gens et à ses bêtes. La vogue passionnée du roman de M. d’Urfé a duré deux siècles; il a encore ému et charmé Jean-Jacques Rousseau »

Chevaleresque, cultivé, admirateur du bon roi Henri IV, Bois-Doré est débonnaire, tolérant et aimé de tous.

« il me faut pratiquer ici l’hospitalité à la mode antique, respecter les secrets de mon hôte et lui faire bon visage, comme à un ancien ami dont on croit tout le plus honorable du monde. Mais cela ne m’oblige point à
lui donner la confiance qu’il me refuse, et c’est pourquoi vous avez vu que, devant lui, je vous ai laissé en un
coin comme un pauvre musicien à gages. »

En revanche, Alvimar, peu respectueux de l’hospitalité généreuse de Bois-Doré, cherche un allié auprès du curé Poulain.

« —Si cet ecclésiastique est zélé pour la bonne cause, pensait-il, il peut m’être utile de l’avoir pour ami; car ce de Beuvre est un huguenot, et le Bois-Doré, avec sa tolérance, ne vaut pas mieux. Qui sait si je pourrai vivre en bonne intelligence avec de pareilles gens? »

Surgissent une troupe de Bohémiens, accompagnés d’une Morisque et d’un jeune enfant. Une gitane fait d’étranges prédictions qui vont se révéler exactes….mais je ne veux pas tout dévoiler!

Alvimar et Bois-Doré se retrouvent tous les deux prétendants à la main de Lauriane. Lequel aura la préférence de la jeune veuve de 16 ans? Cette rivalité va tourner très mal pour l’un d’entre eux….

Mais, au fait, pourquoi les Beaux-Messieurs de Bois Doré? Pourquoi ce pluriel? C’est que le Marquis a retrouvé son neveu qu’il a adopté, le petit Comte de Bois-Doré, aussi beau que son père adoptif, aussi valeureux et amoureux de Lauriane, à 11 ans est-ce raisonnable de demander sa main?

Elle me dira peut-être, pour me remettre le coeur au ventre que je ne suis point un bâtier de paysan, ni un
méchant batteur d’estrade, ni un valet grenier à coups de bâton, car il est dit des valets qu’ils sont comme les
noyers, lesquels tant plus ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un
escogriffe, ni un tire-laine, ni un damoiseau, ni un fier-à-bras, ni un olibrius, ni un godelureau, ni un
pourfendeur, ni un ostrogoth, ni un escargot; que j’ai assez bonne mine, nonobstant une physionomie un peu
subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame que je vois (on n’estropie pas une déesse pour la
regarder), et devant une réunion de seigneurs qui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu’à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n’est plus qu’un égout
d’ignorance, une sentine de stupidités et le bassin de toutes les impertinences…

 

Assaut du chateau de Briantes par des brigands, les reîtres du lieutenant  Saccage  et du Capitaine Macabre.

Condé et le curé Poulain organisent les persécutions des Huguenots…Lauriane se voit exilée dans un couvent tandis que son père est parti combattre (et faire des affaires ) avec les Protestants.

Tout un feuilleton, batailles…un vrai roman d’aventure! doublé d’un roman d’amour. Sans parler de l’attention portée aux personnages secondaires, aux valets et aux servantes, au vaillant Adamas

« Adamas, n’ayant jamais manié d’autre arme que le peigne et le fer à papillotes, remplissait évidemment le rôle de la mouche du coche, rôle qu’il savait rendre utile, et que savent bien nécessaire, parfois, ceux qui
connaissent la lenteur et l’apathie berrichonnes.

Sans oublier le colossal carrosseux, Aristandre, si dévoué!

Et toujours ce style inimitable de George Sand si savoureux avec le souci du détail, de la vie quotidienne comme ces descriptions de l’auberge

On sait qu’en ce temps-là encore, les auberges se distinguaient en hostelleries, gîtes et repues. Les gîtes
étaient particulièrement affectés pour la nuit, et les repues pour le dîner des voyageurs; ces dernières étaient
de méchantes auberges où les gens de bien ne s’arrêtaient que faute de mieux,
du corbeau, de l’âne et de l’anguille de Sancerre, c’est-à-dire de la couleuvre. Les gîtes, au contraire, étaient
souvent très-luxueux. Les hôtelleries se divisaient encore en auberges pour les gens à pied et en auberges
pour les gens à cheval. On y pouvait prendre deux repas.

je pourrais recopier tant de passages amusants! Découvrez les!

Matisse (1941 – 1954) au Grand Palais

Exposition temporaire jusqu’au 26 juillet 2026

La Gerbe

Cette exposition est très fréquentée, il convient (même avec une gratuité) de réserver à l’avance un créneau et d’éviter les horaires de pointe. Elle présente énormément de chefs d’oeuvres, les plus surprenants (les papiers découpés) sont à la fin, prévoir une belle plage de tempset des chaussures confortables. 

Autoportrait

1941, Matisse a 72 ans, il sort très affaibli d’une opération. Nice est relativement préservée de la guerre. Trop fragile pour peindre, il dessine beaucoup. Il dessine par séries, d’un sujet au fusain, il décline des infinies variations d’un trait élégant très sûr.

Aragon (1942) de profil

De profil, de face, il portraiture Aragon.

L’exposition nous montre les étapes de la réalisation d’un chef d’oeuvre : la Blouse Roumaine avec le portrait de Marguerite, sa fille. 

1943, tout le Midi de la France est occupé, Matisse quitte Nice pour Vence où il peint une série d’intérieurs :

Intérieur barres au soleil
Fond jaune deux jeunes filles

Matisse innove avec une série de papiers découpés qu’il réunit dans l’album Jazz présentée dans une cellule ronde et noire dans des vitrines éclairées. Deux thèmes sont privilégiés : des lagons marins avec des formes aquatiques

lagoon

ou des figures du cirque avec l’enterrement de Pierrot 

Jazz l’enterrement de Pierrot

mo  préféré esdt la chute d’Icare

La chute d’Icare

Matisse utilise cette technique pour illustrer de magnifiques livres de poèmes.

nature morte aux mimosas

Sa production ne se limite pas aux petits formats, il continue à nous émerveiller avec ses natures mortes et ses intérieurs, toujours ensoleillés, colorés : fenêtres, bouquets et citrons…

Polynésie : la mer (1946)

De la Polynésie il rapporte des motifs marins, algues, coraux poissons et oiseaux qu’il découpe sur de très grands panneaux dont certains sont rapportés sur des tissus.

L’exposition montre encore d’autres aspects du travail de Matisse : la Chapelle de Vence avec vitraux, panneaux, chasubles… (voir le beau documentaire d’Arte) 

Grand intérieur rouge (1948)

Nous ne sommes pas au bout des surprises : d’immenses panneaux de gouaches découpées vont retenir notre attention. La Gerbe répond à une commande pour une décoration en céramique d’une villa de Los Angeles. 

La Tristesse du Roi (1952)

Mon préféré est sans doute La Tristesse du Roi peut être un autoportrait en compagnie d’un guitariste et d’une danseuse que je n’ai pas identifié tout de suite. Il faut explorer toute la richesse de ce tableau. 

La sa&uteuse de corde

Et bien sûr terminer par les nus bleus mais lequel choisir? Je les aime tous

 

La ville noire – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

« C’est ce qui te prouve, dit Sept-Épées, qu’il y a deux partis à prendre : ou rester pauvre avec le cœur content,
ou se rendre malheureux pour devenir riche. »

La Ville Noire est une ville imaginaire partagée en deux parties : la ville haute bourgeoise et la ville basse industrieuse avec de nombreux ateliers métallurgiques. Pourquoi ville noire? George Sand ne l’explique pas, l’industrie utilise surtout la force de l’eau, des cascades et de la rivière. Peut être inspirée par Thiers à cause de la coutellerie.

La Ville Noire est un roman social. Le héros du roman, Sept-Epées, est un jeune ouvrier, doué, intelligent, beau -ce qui ne gâche rien. Ambitieux, il songe à s’élever dans l’échelle sociale, travailler dur, épargner, devenir patron et peut-être atteindre la ville haute. Il est amoureux de Tonine mais hésite à la demander en mariage par peur de s’engager. 

Tonine a une forte personnalité, elle aussi , aime Sept-Epées, mais le trouve trop tiède. Elle n’épousera qu’un prétendant qui l’aimera vraiment. 

« courage de nous mettre en ménage, n’est-ce pas ? reprit Tonine, qui se vit forcée d’achever la phrase. Eh bien ! non, mon cher camarade, je n’aurai jamais le courage de me marier par courage. J’ai la fantaisie de me marier joyeusement, par amitié et avec toute confiance dans mon sort. Voilà pourquoi, ne voyant pas en vous cette confiance-là, je n’ai pas eu de dépit contre vous. »

C’est un roman d’amour qui glorifie plutôt l’amitié et la camaraderie que la passion romantique. C’est aussi un roman qui donne le beau rôle à des femmes indépendantes et généreuses. 

Les personnages secondaires sont intéressants, Gaucher, l’ami fidèle, qui a choisi une vie simple d’ouvrier, trouvant son bonheur dans sa famille avec Lise et leurs enfants. Ce foyer chaleureux pratique la solidarité, toujours prêts à rendre service. Audebert  s’est rêvé en bienfaiteur de l’humanité, il a essayé, échoué, brouillon, mais poète. Anthime et son fils le médecin, tous des gens de bonne volonté. Le seul salaud se rachète. Décidement chez George Sand, il y a bien de braves gens! 

George Sand se penche sur la condition ouvrière alors que la Révolution Industrielle est à peine en marche :  la limite entre artisan et ouvrier est floue. L’ouvrier peut encore s’établir patron. Les idéaux saint-simoniens ne sont pas loin des délires dAudebert. On est loin du pessimisme de Zola. La  fin du roman fait penser à un conte comme La Petite Fadette. 

 

Le Pavillon des oiseaux – Clélia Renucci

ROME 1571 – 1589

Clélia, fille naturelle du Grand Cardinal, Alessandro Farnèse, nacquit à Parme et fut mariée à 13 ans à un fils de bonne famille Giovan Giorgio Cesarini à peine plus âgé qu’elle. Mariage de convenance, mais union heureuse, les jeunes mariés sont amoureux. Ils s’établissent à Rome où rivalités et médisances se distillent par écrit dans les avvisi rédigés par les menanti les Pasquinade (placards satiriques). Le Petit cardinal, Ferdinando Medicis, ami de Giovan Giorgio amant de Clélia complète un trio scandaleux. 

Le Grand Cardinal Fanèse qui brigue la tiare, éloigne pour un moment Clélia après la naissance d’un héritier Giuliano. 

On se distingue en construisant de fastueux palazzi ou en collectionnant les statues antiques. Farnèse et Medicis rivalisent avec la Farnesina en plus du Palais Farnèse tandisque que Medicis occupe les hauteurs du Pincio. Dans les jardins de la Villa Medicis, le Pavillon des Oiseaux abrite les amours de Ferdinando et de Clelia. 

Très joli roman historique qui nous fait visiter les splendeurs de la Rome de la fin de la Renaissance, voyager à Florence chez les Medicis, assister à un conclave. Fastes et intrigues, assassinats même. vous ne vous ennuierez pas!

Challenge des deux George – 1ère récapitulation

Voici la première récapitulation des lectures autour de La Petite Fadette et Le Moulin d’Angibault pour George Sand et Le Moulin sur la Floss pour George Eliot. Bien sûr, nous n’avons pas été déçues! Chacune a ajouté de son côté une ou plusieurs autres oeuvres.

Pour la prochaine édition, j’espère que d’autres blogueurs et blogueuses nous rejoindront.

Au programme de mars : Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand

 

Dans les pas de NADAR le Républicain – Jean- Claude RAGARU

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Bonne pioche de la Masse Critique merci à Babélio et aux éditions du Petit Pavé. 

En 2019, la BNF avait offert une belle exposition aux trois Nadar, Félix le plus célèbre, Adrien son frère et Paul le fils. CLIC par ailleurs, j’ai souvent rencontré Nadar dans les expositions, soit les photographies de ses contemporains, soit ses caricatures. Ils ont portraituré presque un siècle de célébrités. 

Panthéon Nadar

La courte biographie de J-C Ragaru (165 p. ) illustrée de nombreuses photographies, caricatures, lettres et documents s’attache à donner une approche complète de Félix Nadar. L’auteur a pris en compte les différentes étapes de sa carrière : journaliste, caricaturiste tout d’abord, photographe à partir de 1854, puis passionné d’aéronautique, de photographies aériennes, entre autres activités. 

R1garu raconte tout d’abord une vie de bohème sous le patronage de l’éditeur Hetzel et du directeur de journaux satiriques Philipon. On pense aux Illusions perdues, on est dans Balzac! On croise de nombreux hommes célèbres, Balzac, Gerard de Nerval, Victor Hugon George Sand…Nadar a souvent recours à des expédients pour faire fortune : son idée de génie est le fameux Panthéon Nadar où chacun veut figurer

Chacun veut son portrait, en caricature ou en photo. Avec son frère Adrien, il ouvre un atelier, puis un autre. La photographie atteint un développement presque industriel, opération rentable.

Une nouvelle passion le tient, ruineuse, l’aérostat, après un envol en ballon captif. Il met au point un très gros ballon Le Géant qui finira sa course en se trainant lamentablement. Le gros ballon devait financer un autre essai de vol préfigurant l’hélicoptère. Nadar devient un personnage de Jules Verne qui s’en inspirera pour Robur le Conquérant. Ce pionnier de l’aéronautique photographe saura combiner ses deux techniques avec la photographie aérienne appliquée au cadastre en temps de paix, puis à la surveillance des opérations militaire pendant le siège de Paris  pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Enfin, il participera à l’aéropostale, par ballons puis par pigeons quand Paris se trouvera isolé. Ragaru a beaucoup développé cet aspect de la vie de Nadar, et m’a un peu perdue dans la description en détail des différents ballons. 

C’est aussi une biographie sensible qui montre Nadar toujours fantaisiste, bohème même sur les périodes de sa maturité . Toujours républicain, de la monarchie de Juillet qu’il caricature dans sa jeunesse, sous le Second Empire où il renoncera à certaines entreprise pour ne pas se soumettre à Napoléon III; Toujours attaché à ses amis républicains. . Il nommera aussi  es ballons  « Louis Blanc »; « Armand Barbès » « George Sand. Vers la fin de sa vie il sera dreyfusard  et étrillera Gambetta dans un pamphlet rabelaisien.

Promenade agréable sur terre comme dans les airs!

Balade dans le XIIIème : Le Corbusier de Chevaleret à La Cité Universitaire sous la pluie

TOURISTE DANS MA VILLE

Cité le Refuge de l’Armée du Salut – rue Cantagrel

La promenade part de la rue du Chevaleret. En bonus, nous admirons le Street Art très présent dans le XIIIème

Escalier Street Art descendant rue du Chevaleret

Une façade du Refuge borde la rue du Chevaleret, peu spectaculaire : c’est l’entrée d’un garage. Occasion d’aborder un des aspects de l’urbanisme selon Le Corbusier : dès les années 20 du siècle précédent, Le Corbusier voue une importance particulière aux voitures (et aux avions) marqueurs de modernité. Il dote donc le Refuge d’un garage au rez de chaussée. Un peu paradoxal, le Refuge appartient à l’Armée du Salut et il est fort improbable que les résidents possèdent un véhicule. Au dessus du garage la façade est vitrée, soit en pavés de verre Nevada soit en grandes baies vitrées qui ne s’ouvraient pas à l’origine. Cet immeuble était prévu « à respiration saine » avec l’air pulsé (qui n’a pas fonctionné). 

Le Refuge rue du Chevaleret

La Cité du Refuge s’ouvre sur la Rue Cantagrel. Le Corbusier fut introduit grâce à Auguste Perret dans les milieux de l’architecture. La Princesse Singer de Polignac, mécène de l’Armée du Salut, lui procura avec Jeannenet la commande après la Crise de 29. Il fut inauguré en 1933. 500 lits en dortoirs et chambres individuels logent dans le grand bâtiment. Les étages supérieurs étaient occupés par les logements du personnel.

L’entrée est inspirée par Mondrian. La façade, à l’origine  en verre, a souffert des bombardements, elle a été restaurée avec les couleurs typiques des bâtiments de l’architecte. Des cadres en béton servaient de pare-soleil. 

occasion pour notre guide de citer les principes du Corbusier : pilotis, toits-terrasses, fenêtres bandeaux, plan libre avec plateaux modulables, façade libre.

Un petit bâtiment rond près de l’entrée agrémente la longue façade plane.

Après la rue de Dessous des Berges, nous passons à côté du jardin Berthe Morisot et arrivons sur les Maréchaux : Boulevard Massena où un grand phare street-art capte notre regard. 

Street art bld Massena

En remontant vers la Porte d’Italie, nous passons devant la monstrueuse caserne de pompier Massena, brutaliste. En face au n° 26 se trouve la Villa Planeix construite en 1924-1926 pour le sculpteur Antonin Planeix. Au rez-de chaussée, un garage est surmonté de deux appartements ateliers. Les ateliers sont éclairés par des sheds comme les ateliers des usines. 

Villa Planeix façade bld Massena

Si le côté boulevard n’est pas franchement avenant, en faisant le tour on voit qu’un jardin arboré avec des coursives et des escaliers extérieurs devaient être très agréables.

En faisant le tour, on passe devant l‘atelier Chemetov cube de verre, bambous, et passages par les fenêtres.

pavillon du Brésil

Court trajet en tramway T3 jusqu’au Stade Charlety pour parvenir à la Cité Universitaire Internationale. Le pavillon du Brésil porte la signature et le style du Corbusier :pilotis, toit terrasse, façade plane et couleurs communes à l’architecte et au Brésil : beaucoup de jaune et de vert. Des carrés blancs sont à l’emplacement despsse-plats initialemnt prévus mais obturés.  Cependant ce bâtiment n’a pas porté chance au Corbusier qui postulait à la construction de la nouvelle capitale Brasilia et qui a été recalé au bénéfice de Niemeyer.

le Corbusier : pavillon de la Suisse

Le Corbusier était suisse. Le pavillon suisse lui revenait naturellement. Point de chalet d’alpage, du moderne, pilotis, façade de verre et même un petit piquant « qui s’y frotte s’y pique » : un cédrat avec des épines acérées, arbre qui ne pousse pas dans les Alpes helvétiques et véritable piège pour les étudiants suisses qui ne se méfient pas.

Salon du pavillon de la Suisse

Moyennant 2€, on peut visiter l’intérieur. Nous nous installons très confortablement dans les fauteuils tubulaires dessinés par Le Corbusier- Jeannenet et charlotte Perriand. Pendant l’occupation allemande, la fresque originelle photographique a été détruite. Le Corbusier l’a repeinte en imitant Picasso . La partie droite s’inspire du poème de Mallarmé : l’Eventail rappelé par quelques mots 

l’éventail de Mallarmé

On peut aussi visiter une chambre d’étudiant, sobre fonctionnelle, avec une grande table face à la baie vitrée.  6 x 2.8 m, elles paraissent pourtant très vastes et sont équipées d’une douche.

la cité linéaire

Sur ce banc émaillé , le plan pour une cité linéaire. Cette civilisation machiniste évoquée plus haut n’attire pas toutes les sympathies. Le plan Voisin détruisait tout Paris en faisant passer des autoroutes du nord au sud au risque de détruire la Sainte Chapelle et la Conciergerie, ainsi que d’Est en Ouest ne laissant que le Louvre et l’Hôtel de Ville. Pire encore le Plan obus à Alger qui remplaçait toute la ville par un immeuble en corniche de 17 km de long. Et le pire, c’est que Le Corbusier y croyait. Il a même été à Vichy pour gagner le soutien des autorités pétainistes. Tandis que son associé et cousin Jeannenet rejoignait la Résistance. 

A la Cité de l’Architecture, au Trocadéro, on peut voir en ce moment la maquette du Pavillon de l’Esprit Nouveau pour l‘Exposition Art Déco 1925 ainsi qu’une réplique d’un appartement de la Cité Radieuse de Marseille qui se visiter sur place. 

Il reste encore de nombreuses œuvres à visiter pour se faire une opinion sur ce constructeur. Je reste perplexe.

Gabrielle Hébert – Amour fou à la Villa Médicis – Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 15 février 2026

Annonciation dans les lys de la villa Medicis

Gabrielle Hébert (1853 Dresde- 1934 La Tronche)

En 1880, Gabrielle vient à Paris étudier la peinture dans l’atelier d’Ernest Hébert. Le 6 novembre ils se marient, elle a 28 ans, lui 63. En 1884, Ernest Hébert prend la direction de la Villa Médicis où ils resteront jusqu’en 1893. 

Ernest Hébert – Villa Médicis

Ernest Hébert collectionne les photographies. Il en possède des centaines d’images. 

Le 21 juillet 1888, Gabrielle « sort acheter les choses nécessaires pour la photographie »[…]prend des leçons auprès de Cesare Vasari et installe en compagnie du pensionnaire Alexis Axilette, une chambre noire pour développer ses négatifs, tirer et retoucher ses épreuves.

Bosco

Gabrielle tient la chronique de la Villa Médicis, de son architecture, de ses jardins avec une grande attention pour les fleurs, surtout les lys qu’elle inclut dans ses mises en scène comme l’Annonciation (plus haut), elle photographie les visiteurs : Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt

Elle photographie les pensionnaires au travail : le sculpteur Denys Puech, l’architecte Hector d’Espouy. Sans oublier le jardinier, leurs petits chiens. Amusante scène de jeu de saute-mouton des pensionnaires

La muse d’André Chénier – Denys Puech

Ces épreuves sont de très petits formats figurant parfois des véritables tableaux vivants comme l’Annonciation qui rappelle la Renaissance mais dans l’esprit des Préraphaélites. Autre mise en scène: sa soeur jumelle pose pour les Vestales sur l’escalier du Bosco 

Vestales sur l’escalier du Bosco

 

Elle fait aussi de nombreux portraits de son mari à qui elle voue une admiration sans borne. Dans ses écrits elle l’appelle « Alles » (tout)

ERnest Hébert et les enfants des rues, ses modèles

Après avoir quitté la villa Médicis, ils font de longs périple en Italie et en Sicile, en Espagne. Avec bien sûr de très belles photographies. Sa production s’interrompt à la mort d’Ernest en 1908 à la Tronche en Isère où elle se consacrera à un musée à sa gloire. Son œuvre photographique ne sera redécouverte qu’au XXI -ème siècle, par hasard.

Ernst Hébert : la Mal’Aria