Un Homme très recherché – John Le Carré

THRILLER/ESPIONNAGE

C’est un des problèmes majeurs de notre monde moderne, vous savez. L’oubli. La victime n’oublie jamais.
Demandez à un Irlandais ce que lui ont fait les Anglais en 1920 et il vous dira le nom de chaque homme qu’ils
ont tué, quel jour et à quelle heure. Demandez à un Iranien ce que les Anglais lui ont fait en 1953 et il vous le
dira. Son fils vous le dira. Son petit-fils vous le dira. Et quand il en aura un, son arrière-petit-fils vous le dira
aussi. Mais demandez à un Anglais…

Barlach

Depuis longtemps, je lis avec plaisir John Le Carré . Depuis que j’ai commencé à le pratiquer en VO, j’ai découvert la richesse du vocabulaire et apprécié encore plus son humour très british. Lire Le Carré nécessite un véritable effort et l’aide du dictionnaire. Quand le Rideau de fer est tombé, j’ai craint que ne tarisse sa source d’inspiration : la Guerre Froide. Mais l’écrivain a élargi son domaine de prédilection, restant dans l’espionnage, il s’est adapté au monde contemporain et à ses nouvelles complexités.

Un Homme très recherché se déroule dans un décor familier : Hambourg. Les Services Secrets de Sa Majesté qu’il connait bien subissent la concurrence des Renseignements allemands (qui après tout sont chez eux) et des Américains avec la brutalité qu’on leur reconnait après le 11 Septembre.

L’Homme très recherché est-il Issa, le Tchetchène? le terroriste ou le Dr. Abdullah; Docteur en Islam modéré, connu des médias, et collecteur de fond pour des causes humanitaires? Les deux intéressent les services secrets qui essaient de les utiliser dans la lutte anti-terroristes, à leur insu peut-être, sous la contrainte sans doute. Les deux autres personnes qui sont également manipulés : Annabel, l’avocate idéaliste et Brue, le banquier d’affaire. Manipulations, mensonges et vérités s’entremêlent avec virtuosité.

Issa n’a jamais été et n’est pas musulman. Mensonge. Issa n’a jamais été un militant tchétchène. Il n’a jamais été
militant de quoi que ce soit. Mensonge. Issa n’est qu’un fils d’espion tout ce qu’il y a de plus ordinaire, comme
moi, sur le point de réclamer son legs d’argent sale auprès de moi. Mensonge. Et il n’a certainement pas été
torturé ou emprisonné, et il ne s’est pas évadé, ça non ! Et il n’a pas le moindre rapport avec un prétendu
terroriste islamiste en cavale recherché par les Suédois et placardé sur les sites web de toutes les polices – y
compris, peut-on supposer en toute logique, celui des omniscients services secrets britanniques. Non, non et
non ! Le problème d’Issa, si c’en est un pour lui, est lié à des scories du passé….

L’auteur distille progressivement les finesses de ces manipulations avec des détails qui étoffent le récit. plus de psychologie que d’action dans ces manœuvres et ces jeux de guerre qui opposent les différents services entre eux. Les espions aussi jouent aux échecs entre eux. On se promène dans Hambourg, ses lieux chics, le port, la campagne du nord de l’Allemagne. Histoire et Géographie : Le Carré rappelle les affaires de blanchiment des fortunes des Russes à la génération précédente, coups tordus qui refont surface….

Mais je ne vous raconterai pas tout!

 

Bonne Année 2019

BONNE ANNÉE A TOUS ET A TOUTES 

Bonne santé! le principal

lectures, voyages….

Ma résolution n°1 pour 2019 : vider ma PAL 

A l’heure où certaines publient les bilans, je préfère me tourner vers 2019 et espère me tenir à la résolution n°1 (je vois déjà des exceptions, les challenges, la Masse Critique, les cadeaux…..Pour commencer, j’ai renversé la pile à côté de la table de chevet où s’agrègent les livres tant aimés que je ne veux pas les ranger loin et les nouveaux, ceux qui attendent leur tour, achetés sur une impulsion à la suite d’un billet d’un blog ou à la suite d’une lecture.  J’en ai fait la liste que voici dans le plus grand désordre où je les ai trouvé après l’écroulement de le colonne (en fait il y en a 4). Au fur et à mesure je reviendrai pour barrer les livres lus.

  1. Mendoza : La Ville des Prodiges
  2. Lacarrière : En cheminant avec Hérodote
  3. P.L Fermor : A time to keep Silence
  4. Pessoa : Lisbonne
  5. Alexakis : Papa
  6. Citati : la lumière de la nuit
  7. Maspero : Le Figuier
  8. Zangwill : Les enfants du Ghetto + Les affranchis du Ghetto
  9. Ann Perry : Brunswick Gardens
  10. Thomas Mann : Joseph et ses Frères
  11. Dennis Lehane : Moonlight mile
  12. Donna Leone : Brunetti en trois actes
  13. Fred Houel : Quand les oiseaux se sont tus
  14. J Dalodé : Très bonnes nouvelles du Bénin
  15. Amitav Gosh : Le Palais des Miroirs
  16. Zygmunt Miloszewski : Un fond de vérité
  17. Lieve Joris : Ma cabine téléphonique africaine

17 livres à lire en 2019, c’est raisonnable! Je n’ai pas compté ceux qui sont en attente dans la liseuse (moins encombrants mais tout aussi désirables).

miss sarajevo – ingrid thobois

MASSE CRITIQUE DE BABELIOMerci à Babélio et aux éditions Buchet-Chastel pour ce joli livre : couverture sobre, beau papier et – détail qui tue – la pagination dans la marge, ni en bas ni en haut. 

Les lectures de la Masse Critique sont toujours des découvertes. J’ouvre le livre sans préjugés, accrochée par le titre. J’aime les Balkans, le mélange des cultures, la musique et la cuisine.  J’étais donc partante pour Sarajevo. J’aurais dû réfléchir que pour le français moyen, Sarajevo, comme Grozny ou Beyrouth évoquent guerre civile, destructions et ruines.

Pour les folles équipées façon Kusturica, passez votre chemin, pour les analyses politiques, le voyage de Mitterrand, le rôle des casques bleus, ce n’est pas non  plus ici que vous les trouverez. D’ailleurs, le héros du livre, Joaquim, photographe de guerre, ne parvient à Sarajevo qu’à la page 120 (sur 213), plutôt éberlué, venu oublier le deuil de sa soeur dans le fracas de la guerre. Recueilli dans une famille, il ne sortira que rarement.

Sarajevo est la métaphore du deuil. Miss Sarajevo est un livre de deuil. Au cours du voyage au Havre à la suite du décès de son père, Joaquim se souvient du suicide de sa soeur, inexplicable, de la mort prématurée de sa mère. Il se remémore les allers-retours Paris-Rouen. C’est l’histoire d’une famille qui cache un lourd secret. Famille rigide et mortifère que Joaquim fuit très jeune.

Au roman familial très lourd se mêlent les souvenirs de son voyage à Sarajevo en guerre. Et c’est dans cet enfer du siège, des snipers, des ruines qu’on ressent la chaleur humaine de la famille de Vesma, une journaliste qui veut continuer à témoigner. Résilience de ces bosniaques qui cherchent à continuer une vie normale, et même à participer à des concours de beauté.Les petites Miss ont cousu des robes de rêve dans les bombardements.  Leçon de vie.

Joaquim est photographe. Ce roman est aussi une réflexion sur l’image, la fabrique d’images argentiques. Ce sujet aurait pu être développé davantage.

Malgré ce sujet très lourd la lecture est agréable. Courts chapitres qui donnent du rythme au récit, style clair et vif, écriture sensible; Un livre délicat.

La bataille d’Anghiari – Marie Cosnay

BABELIO – MASSE CRITIQUE 

 

Un joli livre est arrivé dans ma boîte aux lettres, cadeau de l’éditeur L’or des fous dans le cadre de la Masse Critique de Babélio. Merci pour le cadeau!

En plus d’être joli, un livre doit être intéressant, distrayant ou instructif, ou mieux les trois à la fois!

J’ai été égarée par la présentation de l’éditeur qui consacre un grand paragraphe à l’ Bataille d’Anghiari 1440 qui n’est connue que par deux tableaux, l’un de Léonard de Vinci, l’autre de Rubens. J’ai donc imaginé que le livre traiterait de peinture, ou de guerres entre Florentins et Milanais, deux sujets qui m’intéressent a-priori. J’ai donc coché la case.

la bataille d’Anghiari : la lutte pour l’étendard – Rubens

Je mets mon point d’honneur à lire les livres de la Masse Critique en entier, même si je suis rebutée par le style ou le sujet. J’ai cherché la Bataille d’Anghiari   elle-même, ou les tableaux. Rien!Nada! Niente!  Tromperie sur la marchandise?

Il s’agit plutôt de combattants basques. je ne suis pas du tout versée dans l’histoire récente de la Guerre d’Espagne et des revendications nationalistes. Je ne connais pas les personnages ni les épisodes. Je ne me suis jamais posé la question de la légitimité de leur lutte. Je suis tout à fait étrangère aux luttes nationalistes, et surtout aux luttes violentes.

Quand un livre est bon, je suis ouverte à tous les sujets ;  récemment j’ai lu 500 pages consacrées à la boxe, moi qui n’ai jamais regardé un combat. J’ai été happée par ce livre Sur cette Terre comme au ciel de Davide Enia  que j’ai beaucoup aimé. J’ai donc fait des efforts pour me laisser entraîner dans la prose de Marie Cosnay. Malheureusement cela n’a pas fonctionné. Style alambiqué, confusion des personnages et des temps. Je suis un moment Paloma, modèle d’un peintre raté, puis la perds, la retrouve; que fait cette Paloma en dehors de poser? Puis j’entends parler de la mort de certains combattants sans que rien d’autre que leur nom ne me soit dévoilé. qui est vraiment le narrateur? C’est très confus pour moi.

Vient ensuite un véritable catalogue littéraire, en une dizaine de page sont cités dans le désordre : Kertezs, Roth,  Auster, Rushdie, Natalia Ginzburg, Marguerite Duras, Verlaine, Ovide, Freud, Elio Vittorini, Baudelaire…..que je connais, je n’ai pas recopié les espagnols que je n’ai jamais lus, viennent ensuite Sartre, Wittgenstein, Nietzsche, James Joyce….. un bottin mondin de la littérature! Consciencieuse, je lis en compagnie du smartphone et arrive sur Wikipédia, cherchant le rapport avec ce que je viens de lire. Je ne trouve pas toujours! Au moins la lecture de la Bataille d’Anghiari m’a permis des révisions littéraires!

Rappel cinématographique avec Jeremiah Johnson qui est un classique  mais que je n’ai pas vu. A mon prochain passage à la médiathèque, je le chercherai.

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Wikipédia m’a aussi fait connaître les tableaux que je n’avais jamais vus. Je n’ai pas tout à fait perdu mon temps.

 

Tavola doria -Leonard de Vinci

Les Passeurs de livres de Daraya – Une bibliothèque secrète en Syrie – Delphine Minoui

INVITATION A LA LECTURE

C’est une des plus belles invitations à la lecture. Lire dans une ville assiégée, bombardée pendant des mois, résister à la propagande de Bachar comme à celle de Daech. Lire pour rester humain. Lire pour échanger.

Ce livre, un témoignage presque direct : Delphine Minoui, n’a pas obtenu de visa de presse pour rencontrer les jeunes de Daraya qui ont sauvé les livres dans les maisons bombardées, les ont réparés,  classés, rassemblés dans une bibliothèque. Par Skype, Whatsapp et les réseaux sociaux, elle a gardé le contact avec Ustez, le professeur, le mentor des plus jeunes, avec Omar, le combattant qui se voulait pacifiste, Ahmad, un des bibliothécaires, ou Shadi, le vidéaste…elle leur a servi de plume alors qu’ils étaient enfermés, assiégés pendant 4 ans.

Et que lisaient ils? presque tout, aussi bien les écrits anciens d’Ibn Kaldoun, que des livres américains de développement personnels comme les Sept Habitudes , livres de psychologie qui étaient des manuels de survie. De la poésie aussi Mahmoud Darwich est le plus souvent évoqué.

On pense à la bibliothèque de Bagdad détruite par les Mongols, aux autodafés de Berlin, à Fahrenheit 451…

Le début du livre est enthousiasmant, la suite est à pleurer. Daraya, après la Révolution de 2011, se voulait démocrate et modérée, elle a été la cible de Bachar et des Russes peut être plus que les milices islamistes et Daech. La missive que les femmes de Daraya au Président Hollande fut écrite un certain 14 Juillet alors qu’à Nice il y avait un carnage….Rien n’a été épargné à Daraya, ni les armes chimiques, ni le napalm, pour finalement être évacuée en Aout 2016.

On m’a prêté ce livre avec la consigne de le faire circuler et lire, je m’exécute bien volontiers.

Le principe du désir – Saïdeh Pakravan

Merci aux éditions Belfond qui m’a envoyé ce livre alors que j’avais sélectionné Azadi (et jamais reçu) à une précédente opération Masse Critique de Babélio. 

Je suis malheureusement une très mauvaise cliente pour les romans d’amour. Pour qu’un « roman d’amour » m’accroche il faut un contexte particulier, des personnages secondaires travaillés. Je ne crois pas au coup de foudre, encore moins à la flèche de Cupidon qui terrasse l’héroïne pendant le vernissage de son exposition et la contraint à s’aliter.

Je n’aime pas les gens parfaits: le beau  multimilliardaire au grand cœur qui n’a jamais licencié personne, qui s’avère un amant puissant,  un collectionneur d’art contemporain de goût, un mécène éclairé…..aucun défaut n’entache le personnage qui avoue une faute de jeunesse, qu’il souhaite racheter par un comportement exemplaire.

Ces gens parfaits, bien élevés, riches sans ostentation (quelle différence avec les Trump) vivent dans un monde de rêve dans un New York agréable, voyagent dans le confort à Londres ou Saint Paul de Vence. Ils ne fréquentent que des artistes ou des intellectuels de bon aloi… Monde qui m’est parfaitement étranger et qui ne me tente guère.

L’intrigue, minimaliste, joue sur le Principe du désir que n’importe quel adolescent connait mais ne réussit pas à applique : « on désire ce qu’on n’a pas et on s’en détourne quand on l’obtient » ou l’adage  « Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis » . L’étrange est que cette stratégie basique de séduction étonne et horrifie  tout le monde, la famille et même l’ami psychanalyste.

 

Me voilà bien sévère! Ce roman a pourtant du charme. Il se déroule dans les milieux de la finance et de lart contemporain. Je me suis amusée à chercher sur Google images les tableaux dont il était question dans le livre et j’ai découvert des plasticiens et des oeuvres que je ne connaissais pas. Le questionnement sur la valeur artistique, la cote de certains artistes connus m’ont aussi intéressée.

 

 

L’homme qui m’aimait tout bas – Eric Fottorino

l-homme-qui-m-aimait-tout-bas-de-eric-fottorinoC’est un livre fort tendre, le livre d’un fils à son père qui vient de mourir. Un livre de souvenirs d’enfance. Une recherche d’explications. Le père, juste septuagénaire, s’est suicidé. Refusait-il le vieillissement, la retraite, ou la honte d’une faillite.

« C’était là, simplement, une certitude, une obligation qui s’était imposée à moi dès l’instant où j’avais appris la nouvelle. je pensais : mon père est parti. si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui »

C’est un livre d’hommes, de foot, de vélo mais jamais de cette virilité agressive et machiste qui m’insupporte. Seulement des hommes qui vivent avec joie les possibilités qu’un corps bien entretenu leur apporte, course ou natation, foot ou vélo. Bien entretenu puisque Michel, le père est kiné.

Fottorino est un « spécialiste » de l’amour filial : il révère ses deux père, son père adoptif qui l’a élevé et son père biologique qu’il n’a connu que sur le tard. J’avais lu Le marcheur de Fès, récit d’un voyage-pèlerinage avec ce dernier. J’étais alors au Maroc et j’avais beaucoup aimé ce livre, et téléchargé L’homme qui m’aimait tout  bas qui a attendu sagement dans ma liseuse. Natif de Nice, Fottorino raconte une Méditerranée qui est celle de ses racines, Michel, son père adoptif est originaire de Tunisie. Il raconte Gafsa, l’imagine nageant aux îles Kerkennah, les dattes de Tozeur, la sieste ou la choukchouka….

« Rarement effort d’intégration a été aussi constant dans le sens de la France vers l’Afrique du Nord » écrit-il en parlant de lui-même.

Une évocation sensible,  comme une balade de l’Afrique du nord au sud-ouest de la France, de Bordeaux à la Rochelle.