Vagabondages – Lajos Kassak – Séguier

de BUDAPEST à PARIS

J’aime les relations  de voyage, surtout de voyages à pied. Vagabondages raconte l’errance de Lajos Kassak entre Budapest et Paris en 1909 à 22 ans. J’ai pensé au Temps des Offrandes de Patrick Leigh Fermor qui est un de mes livres favori. Fermor, à 18 ans en 1933 a fait la route inverse, de Londres vers Budapest « comme un clochard« . 

Lajos Kassak est devenu par la suite un peintre réputé et un poète reconnu. J’ai téléchargé ce livre avec une grande attente (trop grande).

Lorsque Lajos Kassak quitte sa ville en compagnie de son ami Gödrös c’est un tout jeune homme, apprenti serrurier qui cherche l’aventure sans projet précis, son but Paris « A Vienne, nous chercherons de l’ouvrage […] nous apprendrons bien l’Allemand…«  . Partis sur le Danube en bateau ils débarquent à Presbourg (Bratislava)  sans faire la moindre observation sur le paysage ou les monuments. A Vienne, ils ne cherchent guère à s’embaucher ; dans les ateliers qu’ils visitent, ils demandent plutôt l’aumône. De Vienne, le seul lieu visité est l’asile de nuit. Puis ils partent à pied, mendiant chez les paysans. Ces jeunes feignants ne me plaisent pas trop. Leurs aventures, ampoules aux pieds, repas de lait aigre…ne me passionnent pas. Si au moins ils décrivaient les contrées traversées…Vagabonds vraiment trop paresseux pour moi. Arrivés à Passau

Nous étions déjà des durs, cyniques et sans vergogne »

 

 

« A l’intérieur de l’Allemagne, les ouvriers itinérants étaient secourus officiellement par l’Etat. C’était un retour au régime des corporation : les jeunes compagnons y étaient tenus de prendre la route et remis à eux-mêmes de voir, de vivre, d’amasser des expérience pour l’avenir. pour ces jeunes gens curieux de découvrir le monde, il y avait dans chaque commune des installations qui les prenaient en charge »

En Allemagne, les Wandervogel étaient un mouvement de jeunesse, précurseurs des hippies d’après Wikipédia. L’errance de nos jeunes vagabond est plus facile. Ils s’organisent.

A Stuttgart,  Lajos Kassak rencontre Emil Szittya  (qui deviendra ultérieurement un critique d’art et un écrivain reconnu) mais qui n’est encore qu’un schnorrer qui profite des œuvres caritatives des Communautés juives et d’un carnet d’adresses bien fourni, il fréquente aussi bien anarchistes, végétariens, homosexuels et vit en parasite sans aucun remords. Bon camarade, il fait profiter Kassak de ces aubaines. A partir de cette rencontre le livre prend une tournure plus intéressante, variée et vivante. Les aventures de ces larrons deviennent même très amusantes.

De passage à Bruxelles, ils rencontrent des révolutionnaires russes. A Bruxelles encore, Kassak visite des musées, des expositions. Devant l’oeuvre de Konstantin Meunieret de celle de Rodin,  il s’emballe:

j’étais entré dans le monde de l’art, et j’étais capable d’y vivre de façon si intense qu’il me restait à peine de temps et de goût pour les affaires du monde. 

C’est là qu’il ressent les effets de son vagabondage :

Au cours de mes vagabondages, qui n’étaient pas autre chose, en apparence qu’une tentative de propre-à-rien pour couper au travail, ma vision du monde s’était élargie, mes pensées et mes sentiments purifiés. 

Expulsés de Belgique après une réunion avec des révolutionnaires russes, indésirables en Allemagne, ils prennent le train pour Paris. Paris, 1909, on aurait pu imaginer les rencontres avec tous les artistes de Montparnasse. Déception! Kassak ne songe qu’à retourner à Budapest.

 

 

Otto Wagner Maître de l’Art Nouveau viennois à la Cité de l’Architecture

Exposition temporaire à la Cité de l’Architecture  jusqu’au 16 mars 2020

J’ai « découvert » l’Architecture Art Nouveau  à Vienne il y a une bonne vingtaine d’années ; découverte entre guillemets puisque j’ai grandi à Auteuil dans un quartier marqué par Guimard. Au fil de nos voyages, j’ai retrouvé l‘Art Nouveau à Budapest et dans d’autres villes hongroises, Riga et plus au sud en Espagne avec Gaudi.  Je ne voulais pas rater l’exposition de la Cité de l’Architecture. 

L’exposition Otto Wagner présente l’architecte, professeur, théoricien dont l carrière a débuté en 1860, peu de temps après la création du Ring qui fut un chantier monumental donnant de nombreuses opportunités aux architectes. Otto Wagner, en quête de reconnaissance, participa à de nombreux concours à Vienne et dans le reste de l’Empire Austro-hongrois. L’exposition est donc nourrie de nombreux dessins de projets présentés à ces concours, la plupart des projets ne furent pas réalisés. Je suis assez étonnée de la surcharge des décors qui me font penser davantage à l’éclectisme historiciste qu’au Pavillon Sécession si élégant. Enormes compositions comme ce Palais Artibus (1880) empreint de grandeur antique avec musée, bibliothèque, théâtre, même un panthéon à coupole qui servit d’inspiration au Parlement de Budapest. Je n’ai pas été franchement séduite par cette débauche de palais de façades fastueuses et j’ai commencé à m’ennuyer un peu. 

En revanche, les meubles, objets et façades des immeubles de rapport m’ont plus intéressée. Majolique et décor plus sobre, plus moderne, plus fonctionnel. Dans la conception et la réalisation de ces logements ont été une source de richesse pour l’architecte. 

La maquette de léglise du Steinhof et le projet initial  d’hopital psychiatrique montre (1902) encore le souci d’urbanisme et d’intégration d’un projet dans le contexte physique de la ville

projet de fontaine pour la Karlsplatz de Vienne

C’est au tournant du siècle (1899) qu’Otto Wagner rejoint le Mouvement Sécession fondé par Klimt, Egon Schiele, Kolomar Moser. La présentation du Pavillon Secession, des expositions qui s’y déroulèrent, la frise Beethoven de Klimt (1902), la revue Ver Sacrum ont retenu mon attention . 

Grand format, une présentation des bureaux du journal Die Zeit , fonctionnelle avec de l’aluminium, et celle de la salle des guichets de la Caisse d’Epargne de la Poste de Vienne sont passionnantes. Une vidéo explique l’architecture de la Caisse d’Epargne avec sa verrière sous une autre verrière incluse dans la cour d’un bâtiment.

Un diaporama montre les principales réalisations Art Nouveau dans toute l’Europe.

Si vous projetez une visite de cette exposition je vous conseillerais de passer rapidement le début et les dessins  de projets non réalisés pour garder de la fraîcheur pour la fin qui est nettement plus intéressante.