Azucena ou les fourmis zinzines – Pinar Selek – Des Femmes Antoinette Fouque

 

L’auteure, Pinar Selek est une écrivaine turque dont j’ai beaucoup apprécié La maison du Bosphore et Loin de chez moi, jusqu’où?  

Pour ses études sur les minorités, arméniens et kurdes, elle a subi les persécutions du régime turc et a même fait l’objet de poursuites judiciaires dans son pays. Elle a donc fui la Turquie et réside maintenant en France et enseigne à Nice à l’Université côte d’Azur.

Le titre un peu bizarre et la figure de Nana de Niki de Saint Phalle m’ont bien plu :  Zinzine féminin de zinzin, Pinar Selek n’hésite pas à féminiser cette expression rigolote. Sûr que ce n’est pas un bouquin sérieux! Plutôt une aimable fantaisie féministe, militante et joyeuse qui se lit vite et bien. lecture facile, distrayante. 

le jeu parano. Le jeu pour sortir des filets des grandes entreprises. Le jeu d’installer des jardins secrets. Le jeu du Stand qui allait se transformer en une belle histoire.

Azucena nous entraîne dans Nice, loin des plages et de la Promenade des Anglais dans un quartier populaire occupé par des gens de bonne volonté.

Manu, qu’est-ce que tu penses de Blanqui ? Que vous ayez choisi cette place… C’était un chouette hasard. Notre Stand est sur une place qui porte le nom d’un révolutionnaire qui a consacré sa vie à la liberté. Bien entendu, c’est très différent. On essaie de changer le monde sans recours à la violence ni aux structures hiérarchiques.

Azucena tient un stand de paniers de légume d’une coopérative maraîchère. Parmi ses amis Alex, le Prince des Poubelles est bulgare, Gouel, Chanteur des rues irlandais, les commerçants du quartier sont impliqués, et il y a aussi les cheminots syndiqués, un certain nombre de sans-papiers qu’on devine dans l’ombre. Sans parler des chiens, avec collier mais sans laisse. Mais pourquoi les fourmis? 

C’est de nous qu’ils ont le plus peur. Parce qu’on devient autonome, on s’enracine là où on se trouve et on
creuse des galeries comme des fourmis. Nous restons invisibles et quand ils nous remarquent, il est trop tard. Tu crois que les fourmis peuvent tenir tête aux supermarchés, aux multinationales ?

Une vie loin du conformisme : certains sont SDF, sans domicile fixe, oui mais pas du tout clochardisés. Gouel vit dans un bateau qu’on lui prête, Azucena passe ses nuits dans le Train Bleu, le train couchette Paris/Nice avec la bénédiction du chef de train. Quand d’autres possèdent des appartements ce n’est pas pour s’y installer mais plutôt pour les vendre….Ils sont loin de la société de consommation même posséder, être le maître d’un chien, est discutable. Les trésors d’Azucena : une carte postale deux vinyles.

Si on voulait résumer en quelques mots le livre, le premier qui me vient serait solidarité. Et le second, amour, un amour sans possession, un amour qui inclut les chiens, le sentiment amoureux mais aussi la tendresse. Résumé ainsi, on se croirait presque chez les bisounours, ce serait oublier le tragique de la Guerre d’Espagne dont Azucena veut conserver la mémoire, celui du génocide arménien et tous les drames des exilés.

Et puis, il y a Leonard Cohen et Suzanne, parce qu’Azucena c’est aussi Suzanne….

 

Sentier côtier de La Londe-les Maures à Cabasson

CÔTE D’AZUR

Pointe d’Estagnol

Randonnée de Visorando  : De la Plage de l’Argentière à Cabasson (A/R)16 km – 4h45

L’Argentière est une très belle plage à La Londe-les-Maures. un très grand parking est prévu. 

L’Argentière : sentier côtier

L’escalier monte sur la corniche boisée de pins est facile. Les marches sont consolidées par des traverse de bois. il y a même une main courante. Aucune comparaison avec les sentiers de Saint Raphaël ou de Ramatuelle! j’arrive à une petite calanque remonte et trouve la grande plage de Pellegrin. Au beau milieu du sable, un pin parasol s’est écroulé, son tronc est à l’horizontale mais une branche s’est redressée il a repris son port caractéristique : un parasol au milieu de la plage!

Plage Pellegrin et son pin parasol couché

Le sentier remonte sur le Cap Pellegrin puis une petite descente raide mais facile jusqu’à une anse. Sur le sable fin je longe la plage de Léoube. A l’extrémité sous une pointe rocheuse, un beau voilier attend dans une eau très transparente : la plage parfaite! 

Plage Léoube

Au Cap de Léoube, le sentier est barré, pour réhabilitation de la batterie de Léoube (1794), terrain militaire, on ne visite pas. La déviation est très raide avec des marches si  hautes que je suis forcée de m’asseoir.  J’arrive sur une crique rocheuse. Pas une balise! Pour où passer? heureusement deux autres randonneurs me rejoignent. L’homme, sportif ne se laisse pas intimider, la femme est plus circonspecte. Je mets mes pas dans les leurs et escalade sans trop de mal le rocher. J’attends le reflux entre deux vagues. Enfin, nous trouvons le sentier en balcon plus haut. C’est très joli avec tous les rochers, les îlots. je découvre le fort de Brégançon sur son île.

Fort de Brégançon vu du sentier

Une flèche « sentier côtier » attire notre attention ; très bien tracé, au milieu d’un massif de lentisques. Seule la direction me paraît bizarre. j’avance, les yeux fixés sur l’écran du smartphone. le point bleu s’éloigne du tracé du parcours de Visorando. Nous sommes bien sur le sentier, mais nous retournons en arrière. Ceci explique la galère sur les rochers. il n’y avait pas de balise simplement parce que le sentier passait par l’intérieur! Nous n’étions plus sur le parcours.

Jolie rencontre avec deux chèvres très tranquille, presque apprivoisées qui se prêtent aimablement à la photo.

La Plage de l’Espagnol a un sable blanc, très fin, gris quand il est mouillé, très doux. Après cette plage, il y a encore La longue Plage (c’est son nom). Autour de la Pointe de la Vignasse, cela se gâte. Au moins on est prévenu par un écriteau « SENTIER LITTORAL PAR LES ROCHERS ». je suis distancée par les randonneurs que je suivais. les rochers sont mouillés mais pas trop glissants. la schistosité du gneiss fait presque des marches. Et quand c’est lisse on a taillés les marches. 

Piquenique à Cabasson

Enfin j’arrive à Cabasson, jolie plage, parking ombragé, tables de pique-nique.

Retour par la très jolie D42A à travers le vignoble. nous passons à côté de très beaux « châteaux » : le Château de Brégançon plus beau que la résidence présidentielle; flanqué de tour rondes, vaste demeure du 17ème siècle, dans la famille Tezenas depuis 1816, cru classé, 350 ha. On peut visiter le domaine et acheter des produits du terroir.

Le château de Léoube est impressionnant. Je m’y attendais, après l’avoir longé côté rivage pendant longtemps. il se visite également, dégustation de vins bio, mais aussi huile, fruits…le café Leoube propose des menus méditerranéens. On peut aussi acheter des robes, louer kayaks et paddle.

Le château Mireille est de taille plus modeste quoique très beau avec ses pierres de schiste apparentes. Egalement en agriculture biologique.

Brebis dans les vignes

Dernière surprise : les moutons gambadent dans les vignes parmi des fleurs si blanches que tout le sol en est blanchi.

Dernier jour de vacances réussies!

le Jardin du Rayol – la Plage de Cavalaire et la balade au col de Canadel

CÔTE D’AZUR

jardin du Rayol : hôtel de la mer

Le Jardin du Rayol – « Jardin des Méditerranées « – invite le visiteur à un tour du monde dans les régions au climat méditerranéen, aussi bien aux Canaries qu’en Australie ou en Californie. 

pergola

Le domaine fut initié en 1910 par le banquier Courmes, puis en 1940 par le constructeur aéronautique Potez. En 1989; le Conservatoire national du Littoral fit l’acquisition de ce terrain de 20 ha. le jardin a été dessiné par le paysagiste Gilles Clément.

Autour d’un axe qui ondule de l’Hôtel de la Mer, beau pavillon peint en jaune où se trouve l’accueil, à la Ferme, le restaurant et le salon de thé, jusqu’à la très belle Villa Rayolet , le paysagiste a créé des parcelles variées comme un patchwork de jardins exotiques. le reste du domaine est recouvert de maquis endémique des Maures. A l’accueil on fournit un plan et le visiteur choisit les sentiers et les itinéraires à sa guise. A 14h30, il y a une visite guidée mais je préfère me promener seule. 

jardin des Canaries

Au premier coup d’œil, j’ai reconnu les succulentes graphiques, les Aenium, et les vipérines des Canaries Echium, fleuries en cette saison avec leurs grandes inflorescences. Insensiblement, on passe des Canaries à la Californie. Oxalis et freesia, fleuris en ce moment dans les Maures ont envahi les carrés exotiques. Sympathique floraison jaune faisant un abondant couvert végétal. le jardin Australien embaume de 7 variétés de mimosas et les eucalyptus fleuris mêlent leurs senteurs. Un buisson rose, couvrant, ressemble à de la bruyère (mais Pl@ntNet est dubitatif). Le jardin Sudafricain est rose. Ambiance tout à fait différente dans le Jardin de l’Amérique centrale aride : volumes et formes, plantes grasses et piquantes.

jardin Amérique Centrale aride

Après la Ferme,  trois petits ânes très fringants viennent à ma rencontre, joyeusement et bruyamment.

Rayol perspective

Le Sentier botanique s’enfonce dans le maquis. Des panneaux racontent la flore locale avec des anecdotes incluant la faune qui est inféodée à chaque plante. Même si je connais la plupart des espèces, c’est très instructif. je fais dons ici l’inventaire des végétaux rencontrés et expliqués : 

-Nerprun alaterne :  Rhamnus alaturnus

-le laurier-sauce abrite des forficules qui se nourrissent  d’acariens et de pucerons (ce n’est pas le privilège exclusif des coccinelles, bon à savoir et à protéger

-fragon : Petit-Houx Ruscus aculeatus 

-myrte : Myrtus Communis attire les oiseaux qui dispersent ses graines (zoochorie)

-filaire Phillyrea angustifolia proche de l’olivier

-le Chamaeropsis palmier nain pousse spontanément en  Europe.

-Chêne-liège : Quercus suberus est un réservoir de biodiversité

-Daphne garou: Daphne gnidium.

-Genévrier cade : Juniperus oxycedrus  (extraction de l’huile de cade)

(si vous trouvez cet inventaire ennuyeux, je le trouve bien utile surtout pour les équivalents latins qui me permettent de me repérer dans les contrées non francophones où chaque botaniste connait le nom scientifique. )
Ciste
J’arrive au jardin des cistes cistes et lavandes marquent des milieux ensoleillés. les cistes ne sont pas encore fleuris. Je viens de lire dans Maurin des Maures de Jean Aycart qui appelle mussugues les coteaux couverts de cistes. Selon les explications, les incendies seraient « un bain de soleil pour les cistes ». Le feu profite aux cistes car il stimule leurs gaines et laisse des paysages ouverts.
Associés aux cistes : 
-la bruyère arborescente
-pins d’Alep : les mésanges consomment les chenilles processionnaires dans les nids. 
-lavandes des Maures 
 Le pistachier lentisque profite à la tortue d’Hermann qui s’y réfugie l’été et peut y passer l’hiver. 
J’aime beaucoup cet éclairage écologique qui envisage non pas les espèces végétales seules mais avec toute la biodiversité associée.
Villa Rayolet chêne-liège
De la villa Rayolet part le sentier qui descend à la Pointe de l’olivier et à la plage où se trouve La maison de la plage dans laquelle une exposition ; Le Jardin maritime met en évidence les adaptations de certaines plantes au milieu maritime . je retiens les Barbes de Jupiter que j’ai trouvées dans l’Estérel : leur feuilles possèdent des poils blancs capable de filtrer (retenir) le sel et dont la couleur claire est réfléchissante.
Barbe de Jupiter
je rentre en passant par le jardin chinois et ses bambous. tout un versant est couvert de pervenches curieusement blanches. Dans un vallon poussent aussi des fougères arborescentes. Dans les bambous et les fougères j’ai perdu tout sens de l’orientation et je retourne à la villa Rayolet alors que je croyais trouver l’accueil.
Pointe du Figuier
Cavalaire
Pour le pique-nique à la mer, il faut aller à Cavalaire sur la belle plage longue de 5 km. Je pars ensuite vers l’Est sur la Digue du chemin de fer en bord de plage. Mars est le mois des travaux pour la remise en place des paillotes, restaurants et autres établissements de bains. Il faut que tout soit prêt pour l’arriver des vacanciers et on y met les grands moyens ; tractopelles, grues, chenilles. On interdit le passage avec des rubans blancs et rouge qui délimitent des périmètres fermés à la promenade. Je contourne ces zones interdites en restant au plus près de l’eau et arrive à la Croix Valmer où plusieurs restaurants permanents sont regroupés le long d’une allée. une pizzeria me semble bien située. Et si nous revenions demain? 
Du Rayol au Col de Canadel
Rayol : escalier fleuri
Pour terminer cette belle journée, une petite randonnée, la montée à pied au col de Canadel. D’abord par l’escalier fleuri orné de belles jarres. La floraison sera pour un peu plus tard dans la saison. L’escalier construit en schiste. il compte 882 marches. A mi-pente se trouve une pergola circulaire : le Patek. A l’origine les marches montaient jusqu’au rocher du Drapeau mais maintenant la deuxième partie de l’escalier n’est plus entretenue, le sentier se rétrécit et devient très escarpé. Mon bâton télescopique prend du service et devient même indispensable dans le dernier tronçon où le chemin est éboulé. je prends appui sur le bâton pour me hisser quand els traverses de bois des marches ont été bouleversées. ici, encore le randonneur n’est pas le bienvenu. Les riverains ont installé du fil électrifié en bordure du sentier délimitant leur pelouse verte (il ne me semble pas que paissent ici des bestiaux. je pense à Caïn et Abel, à l’antagonisme entre sédentaires et nomades, le marcheur dans le rôle du nomade. 
Un étrange fanion métallique matérialise « le Drapeau » qui est le sommet qui domine Rayol-Canadel (318 m) rappelant des faits de guerre de la seconde Guerre mondiale. Une bonne piste descend vers l’ouest croise la piste forestière jusqu’au Col de Canadel (265 m).
Col de canadel
la randonnée a été courte (une heure seulement) mais avec plus de 300 m de dénivelée j’arrive toute en sueur.

 

Route des cols en passant par Gonfaron, la Garde-Freinet, toujours avec Maurin

CÔTE D’AZUR

 

Piquenique au col des Fourches où on trouve la route qui monte à Notre Dame des Anges perchée sur le deuxième sommet des Maures à 768 m La Sauvette (780 m). La 108 a grimpé assez de routes pentues qui tortillent pour la journée.  Nous piqueniquons au col .

Si nous avions lu Maurin des Maures de Jean Aicard avant de partir nous n’aurions pas renoncé à monter à la chapelle où Tonia, la Corsoise a fait le voeu de monter pieds nus pour que la Vierge la délivre de son amour pour Maurin. Dans une cahute, un ermite raconte de fameuses histoires et se fait même payer pour les raconter comme celle de la Messe de la Lièvre et celle d’ l‘âne de Gonfaron. 

le village des Tortues de Carnoules est l’étape suivante du circuit.  Les tortues de Hermann endémiques dans les Maures, victimes des incendies et du débroussaillage mécanique, sont accueillies dans le Centre de soin. Peut-on visiter le 15 mars?  Sont-elles sorties de leur hibernation? Dans le doute, je téléphone, le centre est fermé. 

Gonfaron

Selon le guide Vert, Gonfaron fut un centre bouchonnier. Selon Aicard, c’est surtout le village où les ânes volent  : 

« A Gonfaron les ânes volent. Les Gonfaronnais, des cent ans après, se dirent entre eux : « Du temps de nos pères les ânes volaient : si nous en faisions voler au moins un ? » Ils amenèrent sur la place publique un vieil âne qui n’était plus bon à rien, pensant que si celui-là montait au ciel et ne reparaissait plus on ne perdrait pas grand-
chose ; et ils se mirent en posture de le gonfler de leur respiration, en lui soufflant, – sauf votre respect – par le trou que tous les ânes ont sous la queue…. »

la Garde Freinet

la Chapelle Saint Jean abrite l’Office de Tourisme et un petit musée.

la Garde Freinet

Au premier étage : une maquette du Fort Freinet dont on peut visiter les ruines : chapelle, four, caves et toutes sortes d’artefacts trouvés sur place : clous et fers d’équidés,  serpettes, points de flèches, grelots, scories témoignent d’une véritable industrie métallurgique.

exposition sur le thème du Ver à Soie avec des vidéos très intéressantes. On voit le ver en train de manger « la grande freze ». les étapes de l’élevage des vers est expliquée en détail : grainage : production des œufs, tri des cocons, papillonage : sortie des papillons. encabanage après la grande freze au bout de 30 jours on installe des haies de bruyère…

Cela me fait penser au livre Middlesex  de Jeffrey Eugenides que j’ai lu récemment.

Une autre exposition : SAUVONS NOS CHÂTAIGNES 

montre tout ce que vous avez voulu savoir sur les châtaignes…Les châtaigneraies sont de bons pares-feux mais les châtaigniers sont attaqués par une maladie fongique, le chancre de l’écorce, affaiblis par les insectes et la sècheresse. il faut donc renouveler les verger et greffer des sujets.

On montre le séchage des châtaignes, le décorticage, et les moulins à farine.

Dernière production locale :LE LIEGE

le chêne-liège, Quercus suber, ne supporte pas les sols calcaires et a besoin de précipitations annuelles d’au moins 600 mm. Il pousse donc à proximité de la mer. On procède à son écorçage tous les 12 à 15 ans, le levage du liège se fait à la hache (picoussin)

La fabrication de bouchons se faisait à la main : des photos montrent les bouchonniers autour d’une table, coupant d’abord des cubes puis les façonnant. Sont aussi exposées des Bruses : les ruches traditionnelles des Maures en liège.

Je n’aurai pas le temps de monter aux ruines du Fort, dommage.

Il est temps de rentrer au gite.  Sur la route entre La Garde Freinet et Grimaud  nous traversons des paysages calcinés par les incendies de l’an passé. les chênes lièges sont supposés ne pas trop souffrir du feu, ils sont quand même bien noircis, sans parler des pins. les buissons, bruyères ou arbousiers et genets se reconstituent. 

 

 

 

la Chartreuse de la Verne – Maurin s’évade

La Chartreuse de la Verne

Chartreuse de la Verne

L’hôtesse de l’office de tourisme me déconseille formellement de faire la randonnée seule de la Chartreuse vers la Môle, trop longue et difficile. La Chartreuse est accessible en voiture de Collobrières.

De Collobrières à La Verne : 12 km sur une route sinueuse très étroite. la montagne est couverte de châtaigniers. Des pancartes rappellent que le ramassage des châtaignes est formellement interdit et passible d’amende. Le parking est aménagé quelques centaines de mètres avant le monastère. il faut continuer à pieds sur une piste rocailleuse.

La Chartreuse se découvre ainsi de loin avec les toits de tuiles sur les cellules cubiques, ses hauts murs d’enceinte et son clocher. Quand j’arrive à la porte, je ne peux qu’admirer le très beau portail sculpté en serpentine verte qui se détache sur le très haut mur de schiste. Je suis toujours étonnée par les dimensions des Chartreuses que j’ai visitées.

Le mardi, pas de visite.

La première église romane fut consacrée en 1174, le monastère incendié à 3 reprises entre 1214 et 1318, pillé par les Sarrazins. Les reconstructions au XVIIIème siècle,  se sont succédé jusqu’à la Révolution. En 1968, l’Association des Amis de la Verne ont réalisé une rénovation impressionnante entre 1969 et 1982 jusqu’à ce que le monastère retrouve sa fonction initiale,  occupé par les soeurs de la Communauté des moniales de Bethleem de l’Assomption de la Vierge de Saint Bruno.

La Chartreuse de la Verne

C’est à La Verne que les gendarmes conduisent Maurin des Maures prisonnier et c’est d’une des cellules des moines que Le Roi des Maures réussit à l’évader. En 1908, le monastère n’a pas encore été rénové :

La Verne. C’est un couvent d’architecture romane et qui est tout ruines. Les encadrements des fenêtres et des
portes, les clefs de voûte, les consoles, les niches, sont en belle serpentine noire de Cogolin, et, luxe sur des haillons, ornent des murs dégradés où, dans les fentes, poussent des herbes. Le couvent est planté au bord d’un
plateau qui s’avance comme un cap sur le ravin. Au-dessous de la construction, des roches verticales, murs
naturels, prolongent par en bas ceux qui sont faits de main d’homme, en sorte que, du fond des ravins, le couvent paraît haut de toute la hauteur de la colline. Du pied de la roche montent, jusqu’au faîte de la toiture, des lierres collés aux murailles comme de gigantesques arborescences sur les pages d’un herbier démesuré.
[…]
le couvent est magnifique ainsi, au beau milieu des Maures, tout au bord de la forêt de vieux châtaigniers, si
vieux et si gros que chaque tronc peut abriter deux hommes, parce que le temps et les tonnerres les ont presque tous creusés, évidés, en ont fait, dit Pastouré, autant de guérites 

 

Châtaigneraie

Maurin offre le lapin cuit au romarin et aux herbes qu’il a dans son carnier. pour pouvoir déjeuner, il demande qu’on lui délie les mains. Comment refuser alors que le lapin est si appétissant et que les gendarmes ont grand faim.

Malgré le ravin profond Maurin va s’échapper…

Le circuit du Guide Vert nous conduit en direction de Gonfaron .

Piquenique au col des Fourches où on trouve la route qui monte à Notre Dame des Anges perchée sur le deuxième sommet des Maures à 768 m La Sauvette (780 m). La 108 a grimpé assez de routes pentues qui tortillent pour la journée et renonçons à nous y rendre! Nous piqueniquons au col .

le village des Tortues de Carnoules est l’étape suivante du circuit.  Les tortues de Hermann endémiques dans les Maures, victimes des incendies et du débroussaillage mécanique, sont accueillies dans le Centre de soin. Peut-on visiter le 15 mars?  Sont-elles sorties de leur hibernation? Dans le doute, je téléphone, le centre est fermé. 

Gonfaron

Selon le guide Vert, Gonfaron fut un centre bouchonnier. Si j’avais lu, à l’époque Maurin des Maures j’aurais savouré l’anecdote des ânes volants de Gonfaron. 

A Gonfaron les ânes volent. Les Gonfaronnais, des cent ans après, se dirent entre eux : « Du temps de nos pères les ânes volaient : si nous en faisions voler au moins un ? » Ils amenèrent sur la place publique un vieil âne qui n’était plus bon à rien, pensant que si celui-là montait au ciel et ne reparaissait plus on ne perdrait pas grand-
chose ; et ils se mirent en posture de le gonfler de leur respiration, en lui soufflant, – sauf votre respect – par le trou que tous les ânes ont sous la queue….

la Garde Freinet

Un tour dans le Massif des Maures : route des cols jusqu’à Collobrières

CÔTE D’AZUR

Collobrières

Nous avons combiné les deux circuits proposés par le Guide Vert : La Route des Cols et la Route des Sommets (p. 77)

Nous quittons La Môle par la D.98 en direction de Hyères,  entre vignoble et forêt de chênes jusqu’au Col de Gratteloup où se trouve un arboretum, que nous passons à regrets, les arbres vus de la route sont magnifiques.

la D41 est plus fréquentée par les cyclistes que par les voitures, elle est très sinueuse et très étroite. Montée vertigineuse, épingles à cheveux, heureusement aucune voiture ne vient à notre rencontre.  les chênes-lièges sont impressionnants  mais on n’a pas prélevé le liège. Sous les arbres, des buissons surtout des arbousiers. Il y a de très belles échappées avec vue sur les îles d’Hyères.

A partir du Col de Babaou les chênes caduques et des châtaigniers remplacent les chênes liège . Un panneau nous met au courant de la réhabilitation de la châtaigneraie. En effet, les arbres semble en mauvais état. 

Collobrières

Collobrière surmontée de sa ruine : Saint Pons

Collobrières est la « capitale de la châtaigne » ou du marron. châtaignes et marrons sont le fruit du châtaignier. Si dans la bogue il n’y a qu’un seul fruit, gros et rond on l’appelle « marron« , s’il y en a plusieurs ce sont des « châtaignes« . Nous stationnons sur le parking de la Confiserie Azuréenne, ensemble de bâtiments  jaunes sur les bords de la rivière, comprenant une usine de marrons glacés, de crème de marrons et de crème glacée aux marrons, un petit musée du marrons où sont exposés les ustensiles accompagnés d’une vidéo qui raconte la récolte et la fabrication. De l’autre côté de la cour une boutique vend des marrons glacés sous toutes leurs formes ainsi que des fruits confits et du miel.

Collobrière pont de pierre sur le Real Collobrier

Une rivière,  Real Collobrier, traverse le village franchie par deux ponts et deux passerelles sur lesquelles sont installées les terrasses de deux restaurants. Un panneau signale les repères de crues : 4 crues importantes 1959, 1972, 2011 et 2014 . Quand je regarde le petit ruisseau qui s’écoule c’est difficile d’imaginer des crues destructrices. 

Près du pont de pierre, l’Office de Tourisme est installé dans une mignonne maisonnette. L’accueil y est chaleureux, l’hôtesse renseigne sur les randonnées dans le massif des Maures et sur les promenades dans le village et des parcours thématiques.

Collobrières Office de Tourisme

Un parcours géologique composé de 7 bornes mettent en évidence le métamorphisme. près du parking du stade, un panneau raconte l’histoire géologique des Maures : le métamorphisme aurait duré 100 Millions d’Années et se serait achevé au Carbonifère il y a 300 MA. Collobrières possède aussi un musée géologique, fermé hors saison.  Malgré le plan détaillé je ne trouve pas les bornes. La carte géologique signale  des affleurements de gneiss, des micaschistes à grenats, des amphibolites et leptynite ainsi que des phyllades.

Collobrières place de la Libération

La promenade dans rues, ruelles et places est tout à fait charmante. Nombreuses places ont des fontaines ; l’une d’elles le 15 Aout, ruisselle de vin(nous sommes dans un pays de vignerons) . Je suis le plan :  rue Voltaire à la rue Marat, rue Galilée, Kepler et Pasteur, cette toponymie révolutionnaire et scientifique m’enchante. De ruelles en passages j’arrive sur la place Castrale où s’élevait l’ancien château. Un peu plus haut les ruines de l’église Saint Pons domine le village, fière ruine actuellement en réhabilitation. Le clocher, devenu dangereux a été abattu au 20ème siècle. Derrière Saint Pons commence le chemin botanique, trop tôt dans la saison pour me tenter.

De nombreuses randonnées sont possibles au départ de Collobrières.

C’est aussi trop tôt pour aller au restaurant, il y en a pour tous les goûts (et les bourses) du très simple Chez Pa’ avec des burgers et des pâtes, des très chics, et les terrasses sur la rivières qui proposent des menus provençaux.

 

 

 

le sentier côtier à Ramatuelle, Saint Tropez

CÔTE D’AZUR

Saint Tropez : Pins parasols

Entre La Môle et Ramatuelle, 23 km en voiture (à vol d’oiseau beaucoup moins) ) travers le vignoble par Cogolin (embouteillages) et Grassin. Certains châteaux (domaines viticoles) sont très grands, l’un d’eux a un fronton majestueux avec une avancée soutenue par des colonnes. D’autres ressemblent à de grosses fermes souvent précédées d’une majestueuse allée de pins parasols. 

Nous passons encore devant ces « pépinières » de vieux arbres, vieux oliviers, platanes adultes, cactus géants. Encore une fois, je me désole surtout quand ils ont rasé les oliviers en topiaires et nuages.

Randonnée sur le sentier côtier de La Bonne Terrasse à La plage de l’Escalet

Ramatuelle : La Bonne Terrasse

La route tortille dans les collines vertes jusqu’à La Bonne Terrasse, plage de sable abritée par une pointe. pour canaliser les voitures, des parkings sont organisés à l’écart de la plage et des restaurants. Les piétons sont aussi « canalisés » les rondins au bord des trottoirs sont si hauts qu’on ne peut pas les franchir et qu’on est obligé d’attendre le passage piéton. 

Ramatuelle sentier côtier

Le sentier littoral se trouve à l’extrémité de la plage où se brisent de belles vagues. Il fait soleil, la mer est bleu vif, rayée de crêtes blanches. la promenade s’annonce bien. Les balises jaunes sont présentes et c’est heureux parce que les passages faciles sur un sentier sablé alternent avec les traversées sur les rochers, presque de l’escalade. Je suis forcée de prendre mon temps pour m’assurer, prises de pieds, aussi prise de main. il ne s’agit pas d’avoir le vertige ni de regarder le paysage. L’astuce est de se concentrer, pas après l’autre, de chercher la marque jaune, chercher où poser le pied. Un couple est parti presque en même temps que moi, plus grands, plus jeunes. je les retrouverai à plusieurs reprises. je croise un jeune trailer qui me rassure : selon lui cela passe.

Ramatuelle sentier côtier

Le sentier est varié, monte et descend, avec des passages à plat  entre les  lentisques. La salsepareille s’accroche à ma parka. En montant, je m’agrippe à un buisson : une épine me perce l’index  c’est un Calicotome épineux (je ne l’identifierai que plus tard au Jardin de Rayol), pire que le Genêt! Un peu d’adrénaline pimente la promenade. L’ennui c’est que j’avance très lentement. Dominique m’appelle du Phare Camarat. la voiture y arrive mais le sentier passe beaucoup en-dessous, des marches y montent. nous nous donnons rendez-vous à la Plage de l’Escalet. Je retrouve les randonneurs et les laisse passer.

Une croix au milieu du sentier m’interpelle : je cherche la suite des balises jaunes, rien! Dans ce cas, le plus raisonnable est de revenir à la croix, elle interdit l’accès à des marches de l’escalier à l’aplomb. Les propriétaires auraient pu peindre leurs marches et non pas le sentier! les promeneurs ne semblent pas les bienvenus. un grillage métallique est fixé au ras du chemin. Un arbre est tombé en travers et bouche le passage. Il faut passer à travers les branches pour retrouver les balises jaunes. Je râle « les c.. »! Au dessus du sentier on devine de très belles villas du lotissement du Merlier. Un panneau enjoint les promeneurs de bien suivre le chemin balisé.

Avec les vagues on ne passe plus!

Le deux randonneurs reviennent en arrière et me préviennent « on ne peut pas passer, il y a trop d’eau » il vont essayer de remonter à travers le lotissement. je tente quand même de poursuivre. Les vagues battent une petite terrasse d’où partent des marches. Si je passe entre deux vagues, j’atteindrai les marches. Mes chaussures sont mouillées, je me colle au roche pour ne pas être emportée par le reflux. les marches conduisent à un rocher mais après, il y a encore une autre crique et encore plus de vagues. je suis maintenant trempée jusqu’aux cuisses et je commence à paniquer perchée sur mon rocher. Il faut rebrousser chemin mais pour aller où? Pour retourner à la Bonne Terrasse, il me faut près de 2 heures, pour le Phare de Camarat, une heure, plus 100 m de dénivelé. J’essaie moi aussi de passer par le lotissement. Village fantôme de très belles villas de ciment fermées. pourvu qu ‘il n’y ait pas de chiens! Heureusement des ouvriers travaillent, et par chance, ils quittent le chantier. Je monte à bord de leur camion. Ils ont le code pour ouvrir le portail. je me retrouve sur une belle route. Je fais le point avec le GPS c’est le Chemin du Merlier. Maintenant je peux appeler Dominique qui me récupère en haut.

Pampelonne pas très glamour

Saint Tropez plage des salins

Nous cherchons un endroit agréable pour déjeuner : la plage renommée de Pampelonne longue de 4.5 km, avec des parkings aménagés. Le ciel s’est couvert, le vent s’est levé (35 km/h) il fait gris et froid. les vaques roulent les posidonies et les algues : elles sont noires. La plage est un véritable chantier : des pelleteuses et chenilles travaillent sur le parking. Sur la plage, quatre grandes grues sont installées. Des ouvriers remontent les restaurants et buvettes  démontés hors saison. Pourquoi ces grues? Les paillotes sont en bois, on construit avec des planches ou des cloisons en contreplaqué. Pour transporter les planches ils utilisent d’énormes tractopelles qui labourent le sable dans lequel je m’enfonce quand je marche . Loin d’ici, le concept de plage chic et élégante! 

A la recherche de plus de calme et de nature, nous demandons au GPS de nous conduire à la Plage des Salins. Il nous emmène à Saint Tropez. Le Conservatoire du Littoral y expose de beaux panneaux pour expliquer son action dans la conservation de la Biodiversité et sur la Réserve marine. 

Saint Tropez

Saint Tropez place de l’Ormeau

J’imaginais un village, une station balnéaire chic et snob. je découvre une vraie ville provençale des ruelles, des placettes des platanes et des fortifications. Ocres, jaunes, roses, un camaïeu de façades étroites. les boutiques et restaurants sont fermés le plus souvent. Sur le port, le célèbre Sennequier a couvert sa terrasse de plastique rouge agressif . Avec les terrasses couvertes l’ambiance du port n’a aucun  intérêt. Les yachts les plus énormes bouchent le paysage et me rebutent.

Saint Tropez citadelle

Je monte jusqu’à la Citadelle (17ème siècle) où se trouve un Musée maritime très intéressant. Je n’aurais jamais imaginé l’importance militaire du Port de Saint Tropez qui, selon le musée, aurait été le 3ème port français de la Méditerranée.

Le musée est installé sur trois niveaux autour de la cour hexagonale.

Saint Tropez citadelle terrasse

Musée d’histoire qui présente les marins fameux comme Suffren, (1729-1788). Plusieurs salles sont consacrées à la pêche : filets, chaudrons, outils, nasses entourent un « vieux pêcheur » (hologramme) qui raconte la pêche d’antan et celle d’aujourd’hui. Quelques salles sont plus naturalistes, on y voit les poissons pêchés, les éponges, les coraux. D’autres aspects de Saint Tropez comme la manufacture des câbles ou l’usine de torpilles. Une belle place est offerte à la navigation de Plaisance. Il y a bien sûr, des maquettes.

j’aurais dû arriver plus tôt et prendre des notes, c’est une grosse visite que j’ai un peu bâclée.

Maurin des Maures – Jean Aicard

CÔTE D’AZUR

« Est-ce que vraiment, monsieur Ripert, ces Maures dont on me rebat les oreilles sont un pays aussi beau qu’on le
prétend ? » M. Ripert répondit couramment : « Un pays merveilleux, monsieur le Préfet, un groupe de
montagnes qui, selon l’expression de M. Élisée Reclus, servit de boulevard aux Maures pendant le cours des IXe
et Xe siècles et qui forme à lui seul « un système orographique parfaitement limité ». Le massif des Maures est séparé des montagnes environnantes par les vallées de l’Aille, de l’Argens, du Gapeau. Ces vallées sont larges et le massif est isolé. C’est comme un
îlot montagneux dans la plaine et comme une île de gneiss et de schistes et de granit au milieu des calcaires. »

Si vous préparez des vacances dans les Maures, de la Baie de Saint Tropez à Hyères et même jusqu’à Draguignan c’est le livre qu’il vous faut. Mieux que Le Guide Vert ou le Routard! Vous pourrez même faire une excursion dans les îles, à Porquerolles, ou à bord d’un bateau de pêche à Saint Tropez. Les paysages vont s’animer, des compagnies de perdreaux s’envoleront sous vos pas, quand ce ne sera pas un lapin ou « une » lièvre….

Attention, si vous êtes vegan ou anti-chasse, il vaut mieux être prévenu: Maurin est chasseur de métier, ou braconnier, c’est même son occupation à temps plein! Pour la misogynie, c’est pareil, Maurin, le Don Juan des Maures a adopté tous les préjugés de son temps. Maurin des Maures est sorti en 1908 et reflète l’esprit de l’époque, pas spécialement féministe dans les campagnes du Var. 

« À la façon des Maures ses aïeux, il aimait les femmes un peu comme de gentils animaux familiers qui doivent
servir attentivement leur maître, l’homme, pour être vraiment aimables. Il les aimait dédaigneusement. »

Malgré ces réserves, si on veut considérer le texte dans son contexte et faire les concessions qui s’imposent, c’est un roman qui ne manque pas de saveur.

Eh bien, ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est le pittoresque, et j’ai plus de plaisir à rencontrer dans mes
pérégrinations un type curieux, une histoire gaie, qu’un drame ou qu’une physionomie dramatique.

Et surtout, on s’amuse beaucoup puisque le mode d’expression se résume en un mot la galéjade (ou galégeade)

« Et toute cette façon de rire de soi et des autres en se donnant un ridicule vrai ou seulement vraisemblable, c’est cela qui constitue la gouaillerie provençale, la galégeade. »

Maurin est un paysan sans instruction mais doué d’une faconde exceptionnelle. Il est même capable de retourner l’opinion publique si bien que le préfet et les autorités le tiennent pour un agent électoral intéressant

Maurin une âme plébéienne digne de sympathie et qui en conduit beaucoup d’autres. De Saint-Raphaël à la
Londe-les-Maures, Maurin, en passant par Saint Tropez, a bien dix mille, que dis-je, quinze ou vingt mille électeurs à sa suite… […]Bravo, car il a une conscience bien supérieure à la masse[…]seulement que Maurin prenne garde. Il préfère l’équité à la justice, le bon sens aux préjugés et l’idéal au bon sens…

En plus des histoires de chasse, on assiste à la cuisine électorale locale qui est bien plaisante, en joyeuse compagnie. C’est une époque ou la question de l’influence de l’église était d’actualité ;  le lecteur se délectera d’anecdotes anticléricales amusantes.  A la fête de la Saint Martin au Plan-de-la-Tour,  le curé doit donner une culotte (en guise de manteau de Saint Martin) à un pauvre qui est censé grelotter, et bien sûr Maurin s’en mêle. A la  Chapelle de Notre-Dame-des Anges., un ermite fait payer ses récits . Si j’avais lu Maurin des Maures avant, nous n’aurions pas renoncé à y monter sur le plus haut sommet des Maures. 

Quant aux histoires des ânes volants de Gonfaron, elles valent leur pesant de crottin….

Des galéjades, mais pas que….

On suit une histoire avec  des personnages. L’intrigue tourne surtout autour de la rivalité entre le gendarme Alessandri et Maurin. Sandri est amoureux de la belle Corsoise qui, entre bandit et gendarme, (des figures corses de l’époque) penche plutôt pour le bandit. Jaloux , le gendarme poursuit Maurin qui le fait enrager de plaisante manière.

Avec Maurin, vous visiterez La Chartreuse de la Verne (avant restauration),Collobrières et ses châtaigniers les bois de Bormes-les Mimosas, et la maison forestière, la Môle  et ses vignes….. je le citerai dans le contexte!

 

La Môle – Hyeres et la presqu’île de Giens

CÔTE D’AZUR

Tempête sur la presqu’île de Giens et les îles d’Hyères

Pluie dès le matin.

Le village de La Môle, à 1 km du cabanon, a une superette Spar et un boulanger. Ce matin, dimanche, l’église est ouverte. La piste vers le Barrage de la Verne, à la sortie du village,  est barrée par une barrière rouge et blanc quelques centaines de mètres après l’usine des eaux, interdite à la circulation automobile. pour voir le Barrage il faut aller à pieds.  Quant à la Chartreuse de la Verne, c’est une véritable expédition impossible à envisager seule.

Puisqu’il pleut, allons en ville.

la D98, route de Cogolin à La Môle suit la vallée de La Môle depuis Cogolin et la rivière de Campeaux ; elle est bordée de vignoble, de châteaux,  très beaux domaines viticoles. Dans la montagne, les chênes-liège sont magnifiques; Très peu ont été découpés pour prélever le liège, la plupart sont recouverts de lichens. 

Au col de Gratteloup, un arboretum est signalé par le Guide Vert. La route descend ensuite par de nombreux virages. A La Londe-les Maures elle rejoint la D559 qui est un route large (3 ou 4 voies) très roulante.

L’entrée sur Hyères est spectaculaire : palmiers, aloès, fleurs, un véritable parc nous accueille avec des rondpoints soignés.

la Presqu’île de Giens

Giens : port du Niel

Comme les musées n’ouvrent pas le matin, nous partons explorer la Presqu’île de Giens formée par deux tombolos encadrant des salins et une zone humide. La route parcourt le tombolo est , on peut apercevoir les salins inondés et des flamands roses. malheureusement cette route est en chantier et des constructions, campings, Belambra cachent la mer.

A Giens, on circule au hasard cherchant les ports et les plages.

Giens : La Tour Fondue

La Tour fondue est une forteresse bâtie en 1634, elle a belle allure. Malgré la tempête il y a du monde pour le bac des îles qui ne sont pas loin, mais les passagers doivent être bien secoués.

Les petites routes sont bordées de verdure, les jardins sont plus fleuris que dans l’intérieur, une glycine a des grappes mauves tandis que celle de notre cabanon n’a pas encore démarré. 

Port Niel : des petits bateaux sont à l’abri d’une courte digue. Je dessine. Puis sors espérant une belle vague pour une photo spectaculaire. 

Giens : la Madrague barques

la Madrague : encore un petit port avec des barques colorées mais environnement plus construit.

Plage de l’Alfamarre : est bordée par la route du Sel (interdite à la circulation automobile)sur le tombolo-est qui longe le Salin des Pesquiers. A la saison touristique, un petit train l’emprunte. Des rondins sont installés sur chaque bord, quand je marche je me sens emprisonnée.  je dois retourner jusqu’au parking pour atteindre la longue plage de graviers bordée de dunes; l’eau est transparente, turquoise, très calme.

Tombolo ouest dunes le long des salins

Le site archéologique d’Olbia est fermé le dimanche

Nous traversons la ville d’Hyeres : centre agréable autour du Casino, plus haut la vieille ville est piétonnière.

La Montée de Noailles  très raide en épingles à cheveux conduit aux ruines du château des Aires construit au XIème siècle, remanié XIIIème démantelé par Henri IV et Louis XIII, donc bien en ruine.

Hyeres Château

Du petit parking,  deux allées piétonnes partent :

l’une va au Parc Saint Bernard un jardin remarquable que je voulais visiter mais qui est fermé pour cause de vent violent.

Villa Noailles

Villa Noailles : aquarelle

L’autre conduit à la Villa Noailles, villa dessinée par l’architecte Mallet-Stevens achevée en 1933 qui est le siège du Centre d’art contemporain de la métropole de Toulon. qui accueille en résidence des artistes. En ce moment l’exposition a pour thème Le Paysage Local : photographies de la villa, aquarelles, dessins d’architecture ou fantaisie sont exposés dans le salon rose, salle de séjour qui a la particularité de n’avoir pas de fenêtre mais d’être éclairée par un grand vitrail au plafond composé de 4 types de verre cannelé. A droite, un petit cabinet était destiné à la confection des bouquets. 

En sous-sol de la Villa, une autre exposition montre l‘évolution de l’architecture locale : Hôtels et restaurants emblématique de la ville et des environs qui ont traversé le temps. Certains ont été le lieu de tournage de films comme Pierrot le Fou ou le Passager de la Pluie… la présentation de l’exposition note que la photographie est « la trace tangible d’une réalité à l’état passé ». Il s’agit donc d’une double réflexion, sur le rôle de la photographie comme sur l’évolution de l’architecture. Très pointue. Difficile d’apprécier quand on ne connaît pas les lieux.

La Banque

Loubon : vue de la Ciotat

La Banque :  c’est le Musée d’Hyères, son nom vient de ce qu’il est installé dans l’ancien bâtiment de la Banque de France. On peut même voir au sous-sol, les coffres-forts. 

Collections permanentes diverses : arrêt sur image dans les salines avec des tableaux , personnalités de Hyères comme Monsieur Godillot qui c haussa les armées de Napoléon III. Les tableaux pâlissent à côté des œuvres célèbres de l’exposition mais vues séparément ils seraient intéressants.

  Il y a aussi un beau jardin qui n’est pas sous son meilleur jour  sous la pluie.

Face au Soleil (1850-1950) est une exposition temporaire (27/11/22 au 27/3/22 de 50 artistes Provençaux, ou non, qui ont peint les paysages de la Provence. Quatre sections, par ordre chronologique :

Célébrer l’âme de leur chère Provence, 1850-1870 regroupe des artistes plutôt naturalistes qui peignent les paysages et les lavandières, baigneuses ou bergers. Les calanques et les ports (Marseille) les inspirent. 

Guigou : Lavandières devant la Sainte Victoire

L’Appel de la Lumière Méditerranéenne, 1870-1900 : avec le développement des chemins de fer, des artistes du nord viennent en bord de mer : Boudin, Ziem peignent les ports

l’émotion est lumière et couleur, 1900-1920

Roches rouge à Agay Valttat

la côte d’Azur devient un grand atelier pour fauves (Valtat, Derain), pointillistes (Cross et Signac), Renoir s’installe à Cagnes-sur-mer

Seyssaud Agay

Vers l’expression d’une réflexion individuelle, 1920-1950

Dufy : Hyeres jardin

Bonnard, Camoin, Chagall ou Ernest Pignon et bien sûr Picasso

l’exposition offre un panorama complet sur un siècle de peinture et sur l’évolution des styles.

Manguin : Baie de Saint Tropez

Pour moi c’est aussi l’occasion de retrouver les paysages que je viens de découvrir pendant les deux semaines précédentes. Illustration de nos vacances. Je suis particulièrement sensible aux représentation des roches rouges de l’Estérel : une reproduction du tableau de Valtat se trouvait dans le bastidon d’Agay et je ne connaissais pas le peintre. L’amusante dédicace de Chagall à Guiguite et Aimé Maeght me parle.

Herbin : sentier sur la colline de Cassis

Mon amour des oliviers est peint par Edouard Pignon.

Edouard Pignon : paysan à l’olivier

Ce jour pluvieux a été ensoleillé en peinture!

Nous rentrons à La Môle par le chemin des écoliers, la route du littoral qui passe au Lavandou et Cavalière . A l’entrée de Rayol nous bifurquons sur la D27  départementale  très étroite en lacets vertigineux qui passe au col Canadel pour descendre vers le gîte dans la forêt. Cette traversée des Maures justifie leur appellation de « massif montagneux », même si les altitudes sont minimes. Entre les vieux chêns-lièges les échappées sur la mer sont éblouissantes. 

Vers les Maures : Sainte Maxime – Port Grimaud – Cogolin – La Môle

CÔTE D’AZUR

la Tempête

De l’Estérel aux Maures, la route

Le vent s’est levé. La mer est agitée, de belles vagues se brisent. Le ciel est gris.

Nous traversons Saint Raphaël, Fréjus, les Issambres que nous avons vus sous le soleil. J’aime bien retrouver les paysages découverts pendant notre séjour, sorte de révisions pour les fixer. Ne faire que passer revient à visionner un documentaire à la télévision. Après les Issambres, le relief s’adoucit, le vignoble se déploie sur les collines.

Sainte Maxime

Sainte Maxime fête « les 100 ans des vacances ». Pour cette occasion, l’Office de Tourisme organise des promenades guidées et a édité une brochure  « Architectures du XXème siècle » avec quatre parcours commentés. J’aime bien ces visites qui exigent une grande attention dans les détails. Sainte Maxime rend hommage à René Darde, architecte de Sainte Maxime depuis les années 20. Certaines villas, cependant sont antérieures à 1920, de style éclectique. je remarque plutôt les décors Art Déco : les nageurs sur le mur nord du Casino et Le Palais des Sirènes (1929) . D’autres bâtiments sont plutôt sous influence du Bauhaus comme le Palais du Soleil (1933) qui vante son confort moderne « 2 ascenseurs, toboggans à ordures et chauffage central ». L’ensemble Le Splendid Azur (1960) offre sa proue arrondie face à la mer et le corps de bâtiment ondulant en forme de vague est d’une grande élégance.

le vieux village construit en pente et piétonnier a gardé son caractère provençal avec des placettes, ses platanes, ses maisons étroites, haues et colorées. Les magasins sont de bon goût (chic et cher). un olivier millénaire est entouré d’une banquette de pierre, j’imagine les anciens du village goûter l’ombre et la fraîcheur en été (aujourd’hui il fait froid et très gris). Sur les constructions plus balnéaires je cherche des détails : balcons arrondis, bow-windows, corniches Art-Déco.

palais des Sirènes (trouvé sur Internet, il faisait si gris que mes photos étaient minables)

Redescendant au port, je trouve notre déjeuner à  la « Tarte Tropézienne » enseigne répandue dans toute la région du golfe de Saint Tropez : pan bagnat au thon, pissaladière et bien sûr la tarte tropézienne pour dessert. Le pan bagnat est bien garni avec beaucoup d’olives noires, tomates et concombres, la pissaladière est infecte : les oignons pâlichons ni crus ni cuits et la pâte pâteuse. Tarte tropézienne industrielle. Nous éviterons !

Port Grimaud

Port Grimaud, un air de Venise

Pique-nique devant une cale à bateaux (stationnement interdit, enlèvement immédiat). Comme il fait froid avec le vent nous restons dans la voiture, prêtes à nous enfuir si la maréchaussée se présente.

Port Grimaud est un ensemble résidentiel original. On croirait un port de pêche traditionnel, c’est une création de 1966 d’un architecte François Spoerry qui a dessiné cette cité lacustre de toute pièce sur un marécage stérile en s’inspirant de Venise (bien sûr) mais aussi des ports italiens et de ceux des îles grecques. CLIC (le site très bien fait). Ponts arrondis de Venise, poterne pour une ville fortifiée.

Port Grmaud église Saint François d’Assise

Fortifiée, la copropriété l’est en effet avec ses grilles qui interdisent les intrusions y compris celle des simple promeneurs. Il faut passer par la poterne où des vigiles surveillent le passage et font éventuellement payer un péage. La circulation automobile est interdite pour les non-résidents. Cet entre-soi m’agace. A Port Grimaud comme ailleurs, cette nouvelle manie de grillager, d’enfermer, de mettre partout des digicodes, de clore les passages m’apparait effrayant.  Dans certaines civilisations, l’étranger, le voyageur, le passant, était du envoyé de Dieu (des dieux) que l’on invitait. La manie grillage-digicode va à l’envers de l’hospitalité.

Port Grimaud

Le vigile me laisse passer à pied. le village est très joli. les constructions sont variées, palais vénitiens à fines colonnettes et loggias, maisons provençales aux toits de tuile, maisons villageoises de pierre. Trompe-l’œil…C’est très bien fait, les matériaux ont été souvent récupérés sur des maisons traditionnelles détruites (le site est très fier de ce recyclage avant l’heure).

Ce site m’apprend que chaque maison serait « une maison de pêcheur » ou plutôt une annexe au bateau amarré devant la maison. Idée séduisante quand il s’agit d’un petit bateau de pêche, ou d’un élégant voilier. la présence des yachts géants semble menaçante, ils bouchent la perspective écrasent le paysage. Immatriculés à Bâle, Malte ou Londres, à qui appartiennent-ils?

Des coches d’eau font la visite touristique de Port Grimaud en saison pas aujourd’hui par gros temps, d’ailleurs il n’y a personne!

oliviers

oliviers en bac taille nuage

Sur les bords de la route, des » pépinières » proposent à la vente des cactus hauts de plusieurs mètres et des oliviers en bac avec des troncs séculaires. D’où proviennent-ils?  De quelle oliveraie les a-t-on arrachés? Survivront-ils à la transplantation? Ce qui me met le plus en colère c’est la taille à l’asiatique en « nuage« . Quelle hérésie! L’olivier comme le chêne est un arbre majestueux que je respecte infiniment. Cette taille exotique les ridiculise. L’olivier offre ses olives et son huile depuis l’Antiquité, symbole de la civilisation méditerranéenne. Ceux qu’on a mutilés, atrophiés, ne donneront plus rien. D’ailleurs, on ne leur demande rien. Ils sont juste témoin du bétonnage, de la consommation, de la course effrayante au paraître quand on ne tourne pas autour dans un rond-point prétentieux, manège automobile! Sur Internet,  j’ai même trouvé des oliviers millénaires autour de 2000€, 450 ans 1890€! avec les conseils de jardinages qui vont avec « il prend beaucoup de place dans le jardin mais ne vous inquiétez pas, il pousse très lentement », si on l’a élagué énergiquement on peut même mettre des petits graviers blancs en dessous et des iris!

Cogolin

C’est le village le plus proche de notre nouveau gîte; nous faisons nos courses au plus grand Leclerc que je connaisse. Mon podomètre témoigne des distances entre les caisses et le rayon des produits ménagers. 

Notre gîte à La Môle

la môle notre cabanon dans les vignes

Notre hôtesse nous attend devant l’entrée de « l‘aéroport international de Saint Tropez », véritable aéroport avec une piste, un restaurant, et même des véhicules de location. Nous ne seront pas dérangées par le bruit, en une semaine, nous n’avons assisté qu’à deux atterrissages de petits avions de tourisme. 

Le Cabanon est perdu dans les vignes : c’est une toute petite maison avec des volets vert d’eau, une tonnelle de glycine (pas encore réveillée de l’hiver). A l’arrière, une centaine de mètres plus haut, une vieille maison est cachée dans les arbres. Nous devinons un troupeau de moutons. 

A l’intérieur, il y a absolument tout : lave-linge, lave-vaisselle, four, micro-onde, planche à repasser, télévision….Nous serons très bien.