La Treizième tribu : l’empire khazar et son héritage – Arthur Koestler

KHAZARIE

Récemment, j’ai lu La mort du Khazar Rouge de Shlomo Sands un polar où il est question de l’identité juive et des Khazars, j’ai voulu en savoir plus sur les Khazars. Emmanuel Ruben, Sur la route du Danube raconte qu’il a visité un cimetière khazar à Celarovo (Serbie), il cite Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic. J’ai téléchargé la Treizième Tribu de Koestler en anglais et j’ai beaucoup appris sur les Khazars.

 

La Treizième tribu, l’Empire Khazar et son Héritage est un livre de 181 pages, annexes comprises. Sa première publication date de 1976. Il est composé de deux parties : L’essor et la chute des Khazars et l’Héritage.

Khazarie et voisins trouvé sur wikipedia

Qui étaient les Khazars? C’est un peuple d’origine turque, semi-nomade,  venant de l’est, comme avant eux les Huns, Bulgares? Hongrois ou Pechnègues. Leur domaine s’est étendu entre la Mer Noire et la Caspienne, du Caucase à la Volga. Ils sont venus avec leurs yourtes, puis ont construit des palais. Leur capitale Itil se situait dans le delta de la Volga; pour contrer les incursions des Vikings (Rus) ils édifièrent la forteresse de Sarkel près de Tsimliansk (Rostov-sur-le-Don).  Après avoir combattu les Arabes au 7ème siècle, le Royaume Khazar  servait à l’équilibre géopolitique entre l’empire Byzantin chrétien et les califes musulmans. Situé au carrefour des routes commerciales (Est-Ouest sur la Route de la Soie) et nord Sud, par la Volga et le Don entre la Baltique et Constantinople, le royaume Khazar vivait du commerce en prélevant des taxes de passage sur les marchandises qui circulaient.

la conversion

Selon la légende, en 740, le Kagan Bulan, aurait vu un ange dans son sommeil lui enjoignant de se convertir ….mais quelle religion  choisir?  Il fait venir des représentants des trois grandes religions monothéistes pour une grande controverse. Le choix est peut être plus politique que philosophique, garantissant l’indépendance du royaume entre l’Islam et le christianisme byzantin. Le judaïsme était bien connu des Khazars : des Juifs de Bagdad fuyant des persécutions auraient rejoint la Khazarie.

Koestler se réfère aux textes connus, relation d’Ibn Fadlan, mais aussi correspondance entre un Juif de Cordoue, textes byzantins. C’est vraiment un essai historique loin du roman historique. un important corpus de notes et références dans les annexes montre le sérieux de cette étude. .

L’empire Khazar atteindra son apogée à la fin du VIIIème siècle, vers le milieu du IXème siècle le Kagan demanda l’aide des byzantin pour construire la forteresse de Sarkel destinée à contenir les incursions des Vikings ou Rus. Constantinople se servait du royaume Khazar comme bouclier protecteur contre les navires Vikings comme aux siècles précédents contre la bannière verte du Prophète. Une alliance entre les Khazar et les Magyars confortait la position du Kagan.

Toutefois, au tournant du millénaire , l’annexion en 862 de Kiev par les Rus, les guerres et les alliances entre Constantinople et les Vikings/Rus puis le baptême de la Princesse Olga de Kiev en 957 annoncent le rapprochement entre les deux puissances au détriment des Khazars. Vladimir occupa Cherson  en 987 sans même une protestation byzantine. La destruction de Sarkel en 985 marqua la fin de la puissance Khazar. Les hordes mongoles de Gengis Khan au début du XIIIème siècle puis la peste Noire 1347-8 signent la chute de l’empire Khazar.

L’héritage

Avec la destruction de leur état, plusieurs tribus Khazar se joignirent aux magyiars en Hongrie, certains ont combattu en Dalmatie en 1154 dans l’armée hongroise. La diaspora khazar suivit la migration vers l’Ouest des Magyars, Bulgares de la Volga,  Kumans, etc…La formation du Royaume de Pologne se fit au moment du déclin de l’empire Khazar 965. les immigrants khazar furent les bienvenus en Pologne et en Lituanie, de même que les Allemands qui apportèrent leur savoir-faire. parmi ces population s’installèrent aussi les Karaïtes, une secte juive fondamentaliste emmenés comme  prisonniers de guerre en 1388. Koestler montre l’apport démographique  considérable formant d’après lui le noyau de la communauté juive eshkenaze. Tandis que le féodalisme polonais a graduellement transformé les paysans polonais en serfs la communauté khazare surtout urbaine a formé un réseau d’artisans, marchands de bestiaux, cochers, tailleurs, bouchers… caractéristiques du Shtetl. Selon Koestler, la construction de charrettes, la profession de cocher spécifique des communautés juives aurait une origine khazar rappelant les peuplades semi-nomades qui utilisaient des chariots tiré par des bœufs ou des chevaux.

L’usage du yiddisch proche de l’Allemand conduit à penser que les juifs polonais ou russes seraient venus de Rhénanie et d’Allemagne. Après une grande digression sur l’historique des communautés juives d’Europe de l’Ouest Koestler soutient que ces migrations à la suite des persécutions pendant les Croisades et après la Grande Peste ne marquent  pas de déplacement en masse et que l’usage du yiddisch pourrait avoir une autre origine, linga franca dans tout ce domaine parce que les Allemands formaient une population éduquée qui influençait les juifs du shtetl.

S’en suit ensuite une longue étude pour prouver qu’il n’existe pas de fondement scientifique à l’existence d’une race juive. Etude fastidieuse des caractères comme la forme du nez, la taille, ou les groupes sanguins. Comme, depuis longtemps, le concept de race n’est plus scientifiquement fondé, je ne m’attarde pas sur cette partie du livre.

Cette idée que les Juifs Ashkénaze auraient des origines turques et  asiatiques complètement distinctes des origines de la Diaspora venant de Palestine après la Destruction du Temple perturbe certaines traditions et certaines notions comme celle de « Peuple élu » et se trouve à la base du roman de Sand La mort du Khazar Rouge. 

Je serais curieuse de lire ce que Marek Halter a écrit

Dans mes recherches sur Internet j’ai eu la très désagréable surprise de trouver que les Khazars avaient inspiré antisémites et conspirationnistes qui ont imaginé des conspirations khazares impliquant Rothschild ou même Soros. Evidemment j’ai prudemment refusé d’aller plus loin et de cliquer sur les vidéos ou les liens de peur d’importer de très nauséabonds cookies.

Tadjikistan – Au pays des Fleuves d’Or au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 10 janvier 2022

L’Oxus (Amou-Darya) et le Zeravchan ( le « Semeur d’Or » en Persan) sont des rivières aurifères. Depuis la Préhistoire, au Chalcolithique les ressources minérales (or, cuivre, plomb, lapis-lazuli, cornaline et rubis) furent exploitées.

  A l‘Âge de Bronze, le site de Sarazm est un centre métallurgique important en relation avec l’Empire Perse comme le suggère la petite statue de pierre. 

Ibex

le Trésor de l’Oxus est composé de plaques, parures en or et argent destiné à une élite achéménide. La finesse de l’orfèvrerie est remarquable

Plaques décorative thèmes animaliers du Trésor de l’Oxus

métallurgie, orfèvrerie, aussi bien richesse des matières premières que finesse du travail.

la Bactriane sous les successeurs d’Alexandre

Des rois aux noms grecs comme Diodote 1er ou Démétrios on laissé leurs profils sur des monnaies. Sur une drachme à l’effigie d’Alexandre le Grand est gravé la silhouette d’Héraclès, sur une tétradrachme de Diodote à l’avers on reconnait Zeus. Deux poids pour une balance représentent Athéna Casquée et Mercure

Poids : Athéna et Mercure (1er siècle après JC)

On fait connaissance avec les Bactriens : dans le Temple de l’Oxus des têtes en terre crue ou en stucs les représentent

Bactriens en terre crue

En terre crue, une figure féminine est vêtue à la grecque avec chiton et himation. l’art des steppes hellénisé est d’un grand raffinement avec l’utilisation de l’ivoire

Fourreau en ivoire
ivoire

Du 1er au 4ème siècle de nouveaux nomades importent de nouvelles croyances : brahamique , bouddhiste, zoroastrien. On voit un art grécobouddhiste

Tête de Bouddha kouchan

Venus des steppes les marchands sogdiens sur les routes de la Soie. 

Turcs orientaux, ils utilisent le chameau de Bactriane

Chameau de Bactriane

l’exposition présente plusieurs chameaux, cavaliers et palefreniers sogdiens

palefrenier sogdien

Il y a aussi des représentations de Shiva (statue colossale) de divinités indienne à 4 bras.

Fresque du palais de Pendjikent

les Sogdiens ont aussi fondé Afrosiab (Samarcand) où l’on peut voir de magnifiques fresques. La fresque du palais de Pendjikent représente une bataille, une procession et un banquet.

la religion des Sogdien était le zoroastrisme, religion dualiste (Bien/Mal) honorant le feu et l’eau. On peut voir un temple du Feu avec un autel du feu

le dieu Mithra et ses attributs

Jusqu’à la conquête de l’Islam (8ème siècle) le Bouddhisme est répandu.  Les nomades turc avaient aussi d’autres croyance avec des tombes de pierre Balbal

Les Samanides (875 – 999)

aiguière et brûler d’encens samanides

les Samanides forment un émirat indépendant. la langue scientifique était l’arabe, celle de l’administration, le persan. les Samanides valorisaient l’identité iranienne.. 

 Cette exposition est splendide. Elle a bousculé mes a-priori concernant le Tadjikistan et la Route de la Soie. J’avais dans mon imagination des marchands arabes ou chinois marchant avec leurs chameaux de caravansérail en caravansérail, des Chinois aussi ou tout au moins des asiatiques, les chevaux de Gengis Khan ou de Tamerlan. Je n’imaginais pas trouver une civilisation si ancienne, une cité métallurgique de la Préhistoire, des villes anciennes, et surtout une telle richesse : or, ivoire, soie précieuse. Carrefour ou creuset de peuples si variés.

 

Shâhnâmé – Une épopée persane . Théâtre d’Ombres au Quai Branly

une création d’Hamid Rahmanian – Spectacle de théâtre d’ombres (8/12/18-16/12/18 (anglais surtitré- 1h10)

Merhâb, le gouverneur de Kaboul, sa femme Sindokht et Roudabeh

Shâhnâmé du poète persan Ferdowsi est une épopée de 50 000 vers écrite au 10ème siècle d’une renommée équivalente à l’Iliade. Il compile les traditions orales et raconte l’histoire des rois persans et des héros. Hamid Rahmanian a choisi de raconter l’histoire de Zâl, chevalier de la province de Zabôl amoureux de la princesse Roudabeh.

Le spectacle de Théâtre d’ombres est destiné à tous les publics. Mercredi après midi, les enfants étaient nombreux dans la salle Claude Lévi-Strauss, fascinés ils sont entrés dans le spectacle.

les amoureux Zâl et Roudabeh

Au début, le générique « superproduction américaine » agace un peu, allons-nous nous voir une film ou des ombres chinoises? Les silhouettes découpées se détachent sur des photos de montagnes enneigées, c’est joli mais cela me perturbe un peu.

les jardins des miniatures

Puis ce sont des fleurs tout à fait persanes et je me laisse entraîner d’autant plus que le conteur utilise un langage facile à comprendre sans avoir recours aux surtitres projetés sur plusieurs écrans. C’est un conte, les silhouettes découpées sont merveilleuses. Selon l’angle on voit le profil d’un homme ou d’un félin, pour les père de Zâl, Sam, chevalier à la cour du roi de Perse, Manuchehr.

Sam sur l’ordre du Roi des Rois menace Kaboul

Le Simorgh emplumé a parfois l’allure d’un homme, parfois d’un oiseau. Les personnages féminins sont très gracieux. Je suis séduite par les mouvements des mains, comment peut-on faire bouger des marionnettes avec tant de grâce. C’est à la fin du spectacle quand les acteurs sont venus saluer que j’ai compris l’astuce : ils portent les masques sur la tête et les masques sont formés de deux profils formant un angle aigu (env 60°). Les cartons découpés sont très nombreux, 150 à peu près, ils figurent les décors mais aussi des animaux fabuleux comme le dragon marin, le lion ou l’éléphant….Certains sont comme des vitraux colorés.

Éléphant et palanquin
Éléphant et palanquin

C’est une histoire d’amour, Zâl et Roudabeh appartiennent à des clans ennemis, Le Roi des rois ordonne à Sam de marcher sur Kaboul. Remake de Roméo et Juliette? Ps vraiment….

En arrière plan des palais, minarets, tours comme à Khiva, Boukhara ou Delhi. je voyage dans mes souvenirs de Rajahstan ou d’Ouzbekistan. Ce qui me donne encore plus envie d’aller en Iran.

Route de la Soie rêvée ou réelle?

Mille et un jours en Tartarie – Lyane Guillaume

ROUTE DE LA SOIE

Femmes de Fergana en visite à Tachkent

Merci à Babélio et aux éditions du Rocher pour cette découverte!

Tachkent, le 8 mars 2014, Goulia invite ses amies pour fêter l’anniversaire de sa sœur Chirine. La narratrice Lyane, française, prend des notes pour un futur roman. Au cours de la soirée chacune racontera son histoire singulière

Danseuse ouzbèke Boukhara

A cette polyphonie se mêleront d’autres destins de femmes : celui de Rano, la jeune fille d’Andijan, traumatisée par le massacre de 2005, dont le mariage arrangé est suspendu à une éventuelle grossesse. Destin flamboyant de Tamara Khanoum, danseuse célèbre du temps de l’Union soviétique, arménienne qui exportait la culture de l’Union soviétique, comme les chœurs de l’Armée rouge, contribua à l’effort de guerre pendant la Seconde Guerre Mondiale. Bibi Khanoum – femme préférée de Tamerlan – construisit pour lui une mosquée gigantesque  (que nous avons visitée quelques semaines après la soirée du livre). 

Lutrin mosquée de Bibi Khanoum Samarcande

Les histoires se mêlent comme les conversations à bâton rompu…

Lyane raconte l’histoire de l’Ouzbékistan, de sa période soviétique qui a marqué toutes les femmes présentes à la fête, de la Perestroïka et de l’indépendance de la République d’Ouzbékistan. Tachkent, grande ville cosmopolite abrita l’intelligentsia russe en 1941 pendant le siège de Léningrad. Les populations sont extrêmement diverses, ouzbeks, russes, tadjiks, coréens, juifs…les religions aussi, si l’Islam est majoritaire, les  chrétiens sont aussi présents. mais c’est l’empreinte soviétique qui les unit.

De nombreux problèmes actuels sont abordés, celui de la Mer d’Aral et de la culture du coton, la corruption et l’enrichissement des affairistes et des mafias. En filigrane aussi, le wahhabisme. Le séisme de 1966 n’a pas encore été oublié. C’est à la suite de la reconstruction que Tachkent a doit son urbanisme avec les grandes avenues, les esplanades.

C’est une lecture très agréable et distrayante. Aux paroles des femmes s’ajoute aussi le défilé des plats de ce repas de fête, détails culinaires . J’ai retrouvé des goûts, des images pas encore oubliés. C’est le livre idéal pour préparer un voyage sur la route de la soie!

Moins dramatique que La Fin de l’Homme Rouge d’Svetlana Alexevitch, plus centré sur l’Ouzbekistan que Par les Monts et les Plaines d’Asie Centrale d’Anne Nivat qui sont deux témoignages majeurs.

 

Desorientale – Négar Djavadi

TÉHÉRAN/PARIS

 

desorientale

Désorientale : quel beau titre! Orient comme exotisme, désorientée comme exilée, désorientée dans ses identités de fillette persane qui quitte sa tribu pour Paris à 11 ans, qui cherche son identité sexuelle, alors qu’en Iran elle est assignée, promise à une vie d’épouse et de mère, désorientée dans ce service de Procréation Médicalement assistée où elle attend enfin une insémination artificielle….

Le titre m’a tout de suite accrochée.

C’est un roman passionnant abordant de nombreux  thèmes . L’histoire contemporaine de l’Iran au cours de tout le 20ème siècle est racontée avec la saga des Sadr, famille aisée, cultivée et francophone. On voit vivre à l’iranienne cette grande famille où les oncles sont si nombreux que les enfants les nomment par leur numéro dans la fratrie.

On voit aussi le couple que forment les parents de la narratrice, couple de militants, d’opposants qu’elle compare même à Bonnie & Clyde, tant l’action politique est plus forte même que la prudence.

Roman de l’exil, du douloureux voyage, de la réception bien décevante des autorités françaises, alors que la France et sa culture étaient idéalisées…. les réactions des parents et des trois sœurs sont variées. L’exilée peut choisir de vivre dans un Iran rêvé ou de s’intégrer complètement, une option est aussi le cosmopolitisme…

Roman de la maternité, renoncer à faire des enfants paraît impensable à l’héroïne, même lesbienne. Récit détaillé des procédures et du protocole que doivent subir les candidats à la Five…

Ce roman est donc très riche et complexe. L’auteure a compliqué à plaisir le récit avec des flash-backs, retours en arrière dans le temps et l’espace, tournant autour de l’EVENEMENT qu’elle n’ose pas aborder de face.

Les romans compliqués ne me posent pas de problème. Le style, oui. Il manque un je ne sais quoi pour me convaincre et me séduire pleinement. Témoignage ou roman? Fiction sans doute largement autobiographique.

 

Yeruldelgger – Ian Manook

POLAR EXOTIQUE

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Yeruldelgger est un roman policier qui se déroule en Mongolie. 

J’ai dévoré en trois jours ce pavé de 630 pages haletantes et addictives  en moins de trois jours avec appétit mais aussi mauvaise conscience parce que c’est un policier vraiment très violent. Pour  certaines lectures, je consulte mon smartphone, pour voir un tableau, consulter une date ou une carte de géographie, pour Yeruldelgger j’aurais dû prendre un carnet et un crayon et noter le nombre de victimes, de tirs dans les jambes ou les genoux, de viols…. je serais arrivée à un total impressionnant. Je n’aime pas la violence gratuite encore moins les meurtres d’enfants, deux petites filles en sont victimes dans le livre.

Je n’aime pas non plus que l’enquêteur use de rapport de force, de l’intimidation, de la torture, ni des coups superflus.Je préfère généralement qu’il utilise son intelligence avec subtilité. Les machos invincibles ne me font pas rêver, ni les superman, batman et autres tarzan. Voilà pour ma mauvaise conscience!

Ce roman foisonnant est  complexe! Yeruldelgger est un policier d’exception,incorruptible, homme blessé, il poursuit ses enquêtes en cours malgré toutes les intimidations. Ses partenaires, le médecin légiste et sa plus proche collaboratrice, sont des femmes douées et belles, parmi les premières victimes, trois chinois et deux prostituées, presque la parité! Elles sont loin de n’être que des faire-valoir aux machos.

Ce polar exotique nous emmène en Mongolie entre Chine prédatrice des terres rares et des richesses du sous-sol, et Corée capitaliste où les touristes coréens se paient des treks dans les steppes encore sauvage.  Le souvenir de l’Union soviétique est encore très présent. la corruption des politiques et policiers  et les luttes d’influences de ces riches voisins seront la toile de fond de l’intrigue.

Exotisme encore, la vie dans les yourtes avec les traditions des nomades qui perdurent. Gastronomie mongole : les raviolis d’agneau frits, et la marmotte rôtie., sans  parler des tartines de confiture de myrtille et de crème!

Mystères aussi des chamans nomades et des bonzes combattants qui sont dignes des meilleurs films chinois.

Tout ce mélange fait que la lectrice se laisse emporter dans la steppe et les montagnes de l’Altaï….à cheval, en moto, en quad et en voiture.

Polar ethnographique? Pas sûr, l’auteur Ian Manook est un écrivain français :Patrick Manoukian, journaliste et grand voyageur.

Dans les eaux du lac interdit – Hamid Ismaïlov

LA ROUTE DE LA SOIE

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 « Comme un train dans la steppe, comme la conscience d’un Kazakh, comme l’élan révolutionnaire impulsif d’un pays vers un avenir quelconque, mon histoire ne cessait de foncer de plus en plus en avant… »

Dans un train, traversant la steppe kazakhe, le narrateur rencontre Yerhzan qui joue merveilleusement du violon. Yerzhan a l’aspect d’un enfant de 12 ans mais son passeport en atteste 27. Yerzhan raconte son histoire. Une histoire d’enfant qui a vécu dans une de ces gares perdues dans la steppe qu’on nommait étape peuplée uniquement de deux familles de cheminots. Une histoire d’amour pour la petite Aisulu d’un an moins âgée. Une histoire de Wunderkind au violon. Une histoire de chasse au renard….

A côté d’un conte khazak, d’une histoire de musique et d’amour, il y a la présence trop proche de la Zone : zone contaminée où l’Union Soviétique faisait ses effets nucléaires. Effets que la population ressent et accepte. Shaken, l’ingénieur, le père d’Aisulu répète :

« C’est notre devoir absolu, non seulement de rattraper mais de surpasser les Américains »

Une sortie scolaire est même organisée au « réacteur expérimental » où on explique aux enfants la réaction en chaîne et au lac mort

« Shaken emmena les enfants au lac mort. « Ne buvez pas l’eau et ne la touchez pas ». C’était un lac magnifique qui s’était formé après l’explosion d’une bombe atomique. Un lace de conte de fées, au beau milieu de la steppe plane et régulière. une étendue d’au verte émeraude où se reflétaient les rares nuages égarés. Ni mouvement ni vagues, ni rides ni tremblotement – rien qu’une surface luisante, vert bouteille….. »

Un lac comme une tentation…

le souffle

Sur le même sujet, j’avais été éblouie par le magnifique film Le Souffle d‘Alexander Kott

Les cavaliers – Joseph Kessel

LA ROUTE DE LA SOIE

cavaliers 

« …Il parlait de Zarathoustra comme s’il avait été son disciple, d’Iskander, comme s’il l’avait suivi de conquête en conquête, de Balkh la mère des villes, comme s’il en avait été citoyen; et des carnages de Gengis Khan comme s’il avait trempé dans le sange des peuples massacrés et enseveli sous les cendres et les ruines des forteresses… »

Quel merveilleux conteur que Kessel !

Il entraîne le lecteur sur les sommets de l’Hindou Koush et dans la steppe dans des aventures haletantes à la suite d’un  cavalier, de son merveilleux cheval Jehol et de son palefrenier. Parti jouer pour le roi à Kaboul le bouzkhachi – jeu équestre afghan – Ourouz, le champion est blessé et rentre par  des pistes vertigineuses. De tchaïkhana en bivouac ou sous la yourte, ils font des rencontres hallucinées avec  des princes ou des nomades, en transhumance, avec une djat, une gitane et son singe,ou dans un incroyable cimetière… L’épopée tourne mal.

Et je les suis, fascinée dans ce récit hors du temps même si camions et automobilistes me rappellent qu’il se déroule au 20ème siècle tandis que ces cavaliers auraient pu être ceux Tamerlan.

Récit viril. Pendant le premier tiers du roman nous ne croisons qu’une seule femme : l’infirmière étrangère qui a soigné Ourouz à l’hôpital et dont l’intervention déclenche l’aventure d’Ourouz et du palefrenier Mokkhi. Puis dans un bivouac, une vieille gitane, à moitié sorcière, qui entraîne son singe – apparition fugitive. La tragédie se nouera avec la rencontre de Mokkhi et de la petite nomade Zéré. Histoire d’amour ou d’intérêt?

Chevaux_en_Mongolie

On ne sait ce que pense l’auteur

« ...Alors il était juste, il était bon que Zéré fût dehors comme une chienne assoiffée, affamée, tandis que eux, les hommes…?Non pas Zéré…Mais pourquoi elle seule? Mokkhi derrière celle qu’il aimait aperçut la file sans fin de ses soeurs déshérités et se sentit coupable d’une faute dont il ne savait rien saur qu’elle avait la moitié de la race humaine pour victime... »

Dénonce-t-il l’injustice faite aux femmes? Pas sûr.

Le rôle de Zéré est d’introduire le trouble dans le monde des hommes, pas seulement le désordre,  de pervertir le naïf Mokkhi, de le pousser jusqu’au meurtre. Chez les hommes règnent l’ordre, et  la coutume faite de hiérarchie, d’honneur et de dignité. De violence aussi. 

« Dans un jeu – et celui-là était le jeu essentiel, mortel de la dignité et de l’honneur – la vraisemblance ne comptait point, pourvu que fusse respectées la règle et la coutume. « 

C’est un monde violent, un monde d’hommes et de chevaux, de combats de chameaux, de béliers, de paris. Un monde où la cravache peut blesser sans remords le visage d’un enfant, tuer un étalon. Où le sexe se traduit par un viol. Seule l’extrême vieillesse apporte une note apaisée. 

La nature, les montagnes, les lacs, les étendues de la steppe sont magnifiquement décrits.

« C’était la steppe dans son élan sans limite et son fleuve d’herbes qui ondulait aussi loin que portait la vue, et son soleil plus large et plus fier, et son ciel plus haut et plus vaste qu’ils n l’étaient ailleurs dans le monde et ses nuages ailés qui filaient sous le vent, et son parfum, son parfum surtout, la fleur de l’absinthe amère et d’une liberté merveilleuse et sauvage. « 

La Perle et la coquille – Nadia Hashimi

LA ROUTE DE LA SOIE

la perle et la coquille

Merci à Babelio et aux éditions Milady pour cet ouvrage qui tombe à pic dans le fil de mes lectures, juste après le Grand Jeu de Peter Hopkirk et la Voie Cruelle d’Ella Maillart se déroulant en Afghanistan. Reçu de retour d’Ouzbékistan, j’ai pu imaginer la vie dans les palais avec mes souvenirs des harems et des citadelles ark en ouzbek, arg en Afghanistan.

la Perle et la coquille sera-il- le bestseller de l’été à emporter sur les plages?
C’est en tout cas une lecture fort agréable, les  histoires de deux femmes, Shakiba et Rahima,  s’entrelacent, on veut savoir ce qui va leur arriver, comment elles vont s’en sortir, et on tourne les pages. J’ai ouvert ce livre de près de pages jeudi matin, et je l’ai posé le vendredi soir. Impossible de le quitter.

singué sabour burqa
C’est un témoignage (?) très instructif, sur la condition des femmes en Afghanistan.

 

 

Shekiba, au début du 20ème siècle, Rahima en 2007 . Même problématique, si peu a changé pour les deux héroïnes en un siècle.  Même malédiction de naître fille dans une maison où il n’y a pas de garçon, mêmes mariages forcé d’adolescentes tout juste nubiles, même impuissance à prendre en main son destin.
Encore que, Shekiba et Rahima (ainsi que la tante Khala Shaima) ont une forte personnalité et une volonté de forcer le destin. Elles ont aussi un atout que peu de filles possèdent : elles savent lire et écrire.

« ....Tu pourras faire des tas de choses que tes soeurs ne sont pas autorisées à faire. on changera ta garde-robe et on te donnera un autre prénom. Tu pourrras aller à l’école sans avoir peur d’être embêtée par les garçons, jouer à des jeux. qu’est-ce que tu en dis? »

C’était le paradis, voilà ce que j’en disais!

Shaima et Rahima ont aussi goûté au privilège d’être un garçon, Shaima en femme-homme, garde du harem travestie, Rahima en basha posh, fille-garçon, avant d’atteindre l’adolescence. Dans une tradition où le monde des femmes et celui des hommes sont cloisonnés, ces travestissements sont étonnants, comme le traitement des transgenres en Iran comme je l’ai vu dans le film « Une femme iranienne ».
Autre rôle très ambigu, celui de la Belle-Mère, celle qui a donné un fils, et qui règne sur les femmes de celui-ci, despote brutal.
L’auteur nous plonge dans le monde des femmes, elle nous fait vivre dans  l’intimité d’une famille de paysans pauvres,  dans la tribu d’un seigneur de la guerre et même dans le harem royal. Nous allons de dépaysement en découvertes.

Khiva 1910
Khiva 1910

Toutefois, je reste sur ma faim quant au contexte historique et politique du pays. J’aimerais en savoir plus sur les enjeux politiques, aussi bien au début du siècle dans le Grand Jeu, que dans cette guerre menée par la coalition occidentale. Je me doute bien que les femmes n’ont guère accès à l’actualité. Mais quand même! On interdit aux jeunes femmes du Parlement de regarder la télévision dans leur chambre d’hôtel, mais elle doivent quand même avoir une certaine idée de l’actualité. Le climat de violence si bien rendu dans Singué Sabour ou dans les Cerf volants de Kaboul semble ici  occulté.

Je m’interroge toujours sur l’origine des titres des livres, un poème a répondu à mon questionnement.

Il y a un baiser que l’on désire de tout son être

La caresse de l’âme sur le corps

L’eau de mer supplie la perle de briser sa coquille.

Étrange poème d’amour, dans un monde où l’amour est si étranger du quotidien des femmes, dans un pays enclavé si loin de la mer!

Les empires nomades – Gérard Chaliand

Les empires nomades de la Mongolie au Danube

5ème siècle av. J.-C. – 16ème siècle 

les empires nomades

 Plus d’un millénaire d’Histoire racontée sous un éclairage original : les guerres entre nomades et sédentaires. le champ de bataille est immense, Partis de Mongolie, d’Asie Centrale et déferlant sur la chine, la Perse, l’Inde, l’empire romain puis byzantin, la Russie, la Pologne, Lituanie….et bien sûr, la Hongrie, la Bulgarie, jusqu’en Espagne, les hordes nomades se succèdent se sédentarisent, se pourchassent.
De retour d’Asie Centrale j’ai plaisir à retrouver Gengis Khan, Tamerlan, à comprendre l’origine de l’histoire du « prêtre Jean« , les Polovtsis du Prince Igor (Borodine). Les Chinoises des fresques du palais d’Afrosiab prennent toute leur signification, je peux enfin situer les Sogdiens que j’ai découvert à Samarcande.
Et surtout les cartes!

Gengis khan
Gengis khan

J’avais commencé mes lecture par l’excellent Tamerlan de Lucien Kehren et j’avais ramé en l’absence de cartes lisibles (il y en avait mais petites). Les cartes sont ici nombreuses, on peut s’y arrêter pour mieux comprendre le texte.

Tamerlan
Tamerlan

Une belle conclusion à toutes mes lectures de la « route de la Soie »