Bisceglie – Molfetta

CARNET DU MEZZOGIORNO

 

Port de pêche de Bisceglie

Midi, trop tôt pour déjeuner. Et si nous cherchions une plage ?

Suivant le lungomare nous arrivons à Bisceglie qui touche Trani. Ce n’est pas si facile, les plages de galets sont accessibles par des escaliers, impossible de s’approcher en voiture. Scabreuse manœuvre et marche arrière entre deux murs bien irréguliers. La Polo est maniable mais elle a une bonne envergure et nous fait regretter la Smart de Corse. Quittant les quartiers chics, nous trouvons un parking, une plage de galets avec un petit escalier et même des gens dans l’eau, ce qui m’encourage malgré la fraîcheur de la mer. C’est ma première baignade italienne et elle est très agréable. Dommage que l’environnement soit si laid : vieux immeubles de ciment et usines abandonnées. Biceglie est une ville de 50.000 habitants et cette plage d’abords facile n’est pas dans un beau quartier.

Plage de Bisceglie

Après avoir traversé des zones industrielles et des immeubles peu engageants, nous trouvons une petite crique avec un port de pêche, des barques bleues dans l’eau et des caïques colorés montés sur les quais de pierre blanche. De jolies maisons colorées en arc de cercle et une série de restaurants aux terrasses fleuries. Nous choisissons Il Caico . Au menu salades et pizzas. Salade verte, haricots, tomates thon pour moi. La pizza de Dominique n’est pas ronde mais allongée, servie sur une planche garnie de câpres et d’anchois. (21€ avec un verre de vin blanc et café)

Tour normande du Castillo de Bisceglie

Sans beaucoup de convictions, nous cherchons à l‘heure de la sieste, la cathédrale(sans la trouver) et le castello normanno-svevo dont il reste la haute tour normande et une cour en chantier.

Molfetta

Encore une ville industrielle avec des quartiers hideux. Les villes historiques en Italie ne se prêtent pas à la circulation automobile réservée aux riverains, avec des caméras flashant les autres. Nous sommes donc confinées à ces artères modernes horribles.

Un panneau touristique marron porte une curieuse indication « Pulo » et « Musée archéologique de Pulo » . Cela changera des cathédrales et des châteaux normands ! Le Musée archéologique se situe en dehors de la ville. Il est logé dans l’élégante Casina Capelluti au fond d’un jardin très calme. C’est un musée très moderne. A l’entrée on me demande mon âge, tarif réduit d’1€ et visite guidée privée (je suis la seule visiteuse).

Le « Pulo » est une doline parfaitement ronde dans la région karstique. Dès la Préhistoire, les hommes se sont installés à proximité Au 18ème siècle au temps des Bourbons, Giuseppe Maria Giovanni, prêtre et naturaliste, a étudié la doline et les grottes de Molfetta. En 1785, une nitriera fut installée, exploitation des nitrates qui ont percolé dans le réseau karstique. Le traitement consistait en un lavage du minerai avec 12 passages successifs dans l’eau qu’on portait à ébullition dans de grandes chaudières. Les vestiges des trois bâtiments subsistent encore au fond de la doline. On voit au musée les vases en céramiques utilisés alors.

Un couvent de capucins fut construit sur le bord du Pulo en 1535.

L’étage du musée est consacré à la Préhistoire. Au Néolithique, l’agriculture était déjà développée, les animaux domestiqués. . Des blocs de pisé des murs des maisons, cuits par un incendie, montrent la trace de piquets et permettent de reconstituer comment étaient construites les cases : on enfonçait des piquets solides, on tressait des branches souples pour faire une sorte de grille et on remplissait la paroi d’un mélange de paille et d’argile. En plus des silex, la présence d’obsidienne provenant des îles Lipari montrait que les échanges commerciaux avaient déjà cours et surtout que les habitants du Pulo étaient plutôt riches pour en détenir. La céramique de Molfetta est connue. Les décors étaient imprimés à la surface des pots avec des coquillages.  On a retrouvé des anses sur les pots et on peut imaginer qu’ils pouvaient être portés sur le dos avec des bretelles.

Nous montons au Pulo situé au-dessus de la voie rapide. Le site est clos mais visible de la route.

Dolmen San Silvestro13

Nous rentrons par les petites routes de campagnes à travers oliveraies, vergers de figuiers et champs. Sur la route de Terlizzi à Giovanizza se trouve le magnifique Dolmen de San Silvestro : allée couverte cachée par un tumulus de petites pierres protégées par une couche d’argile et formant un cercle de 35m de diamètre. Il a été mis au jour en 1961. Daté de l’âge de Bronze, il comporte en plus de la galerie une pièce ronde qui serait peut être utilisée pour les cérémonies ou comme lieu de réunion pour les vivants.

 

 

 

 

 

sud-est de Malte : Grotte bleue, temples d’Hagar Qim et Mnajdra –

CARNET MALTAIS

Les bateaux attendent les touristes pour la Grotte bleue

La route 16 passant par Mosta, et sous  la citadelle de Mdina, éclairée dans la lumière du matin, est bien roulante. Nous nous trompons à un rond-point , traversons Haz-Zebbug  puis L-Imqabba près de l’aéroport, Il-Qrendi et arrivons à proximité des temples de Hagar Qim pour trouver non loin la Grotte Bleue.

Filfla

Sur la route panoramique, nous découvrons la petite île Filfela – îlot désert de 600m de circonférence et 60m de haut, détaché de la falaise à la suite d’une faille. Park National pour protéger la faune endémique : le Lézard Podarcis filfalensis – le plus gros lézard de Malte décoré de taches bleues – et les Hydrobates melitensis – pétrels venant nicher dans l’île. Filfela a connu une occupation humaine à la Préhistoire. Une chapelle fut érigée en 1343 détruite dans des exercices de bombardements britanniques ou de l’OTAN  alors que l’îlot a servi de cible.

La Grotte Bleue

La Grotte bleue

Il est à peine 9h quand nous arrivons au petit port où attendent de nombreuses barques multicolores. L’endroit est magnifique : un canyon inondé dans la falaise grise, l’eau a une merveilleuse couleur bleue. A Gozo nous étions montées les premières dans la « Mer Intérieure » et avions découvert les grottes pour nous seules. Ici, c’est beaucoup plus touristique et organisé. On me fait comprendre qu’il est trop tôt  qu’il nous faudra attendre une bonne demi-heure que les autres touristes arrivent. Nous avons eu une si belle expérience à la Mer Intérieure que nous renonçons de peur d’être déçues. La boutique de souvenir vend des fripes d’été venant d’Asie, pantalons éléphants, sarouels, caleçons imprimés ; nous achetons un pantalon adapté au climat.

Temples Hagar Qim et Mnajdra

Le Centre d’Interprétation ouvre à 9h30.

Nous avons raté l’équinoxe de quelques heures seulement et l’alignement astronomique des temples permet de voir le soleil se lever dans la perforation ronde du temple e Mnajdra et le rayon se réfléchit en passant par les ouvertures comme à Newgrange ou à Abou Simbel. Il faut s’inscrire à l’avance pour observer ce phénomène et vérifier de visu, l’hypothèse astronomique.

Seules deux jeunes filles asiatiques nous ont précédées, elles ne gâchent pas les photos et donneront l’échelle. Je n’ai pas pris l’audio-guide et c’est une erreur car il n’y a que très peu d’explications sur le terrain. Les deux sites sont protégés de l’érosion, de la chaleur excessive du rayonnement solaire l’été et des pluies d’hiver, par un auvent de toile claire sobre qu’on oublie dès qu’on entre dans les temples.

Hagar Qim

Megalithes de Hagar Qim

Les mégalithes de l’enceinte sont impressionnants : 20 tonnes, 3mx6.5 pour la plus lourde. 5.2m de haut pour la plus haute. C’est là qu’on a retrouvé les Géantes dont on voit encore l’emplacement des pieds selon un conférencier. Je ne les ai pas trouvés, comme quoi un vrai guide est parfois indispensable ! C’est aussi là qu’on a trouvé la Vénus d’Hagar Qim du musée archéologique de La Valette.

Les pierres sont ornées de ponctuations de spirales. Certains mobiliers sont très élaborés. Le plan, en revanche, est moins lisible qu’à Ggantija.

Mnajdra

Une longue allée joint Hagar Qim des temples de Mnajdra dans un maquis très ras assez desséché mais, curieusement, fleuri. Les temples de Mnajdra sont plus re-construits. On entre dans le premier temple situé en bas par une entrée bien visible. Les chambres hémi-circulaires se répartissent de chaque côté du couloir. Les autels sont situés dans des niches. Le second temple est en hauteur sur une sorte d’estrade dallée. Les deux chambres en demi-cercle sont bien visibles.

Sur le chemin du retour, j’emprunte un sentier de découverte qui vva sur la falaise ?

Un panneau liste les plantes du maquis

 

Fenouil Foeniculum vulgarea

Chrysanthenum coronarum

Euphorbia melitensis  (buissons ronds desséchés)

Chilallenum bocconi (petites fleurs jaunes)

Urginee maritime  (belle hampe portant de petites fleurs blanches)

 

Un interprétation géologique  montre que la série est inversée : le Lower Coralline surmontent le Upper Coralline témoignant d’une activité tectonique puissante.

A côté des données naturalistes, les explications ethnologiques m’ont intéressée. Une photo présente des restes de carrières préhistoriques. Les carrières modernes situées un peu plus loin, ont été fermées en 1990 pour préserver le site.

Blocs alignés sur Gozo

La Chasse est une occupation qui a modifié le paysage. Les chasseurs ont construit des affuts (murettes ou cabanes primitives) pour se cacher. Ils ont disposé des blocs de pierre en rectangle près de l’affut. Elles sont surmontées de piquets soutenant des dalles en équilibre ; Une corde passe par des anneaux fixés à chaque bloc. Le chasseur caché peut tirer la corde quand un oiseau se pose. J’avais remarqué à Gozo ces alignements de blocs sans comprendre. Les chasseurs maltais, en contrevenant aux directives européennes chassent les oiseaux au printemps.

La visite au Centre d’Interprétation ne m’apprend pas grand chose après celles à Ggantija et au Musée Archéologique de la Valette. Je m’étais interrogée sur la prééminence des figures féminines, des idoles de déesse-mère, de figures de fécondité. A Hagar Qim on propose une autre hypothèse ? Le corps d’un lutteur sumo présente des plis pectoraux et un ventre rond fait penser à un corps féminin. Les Géantes étaient-elles des Géants ?

Géante ou sumo?

 

La Valette (2)Promenade par les rues-Musée Archéologique- retour

CARNET MALTAIS

la dormeuse

 

Après avoir passé près de deux heures dans la Cathédrale, je ne suis pas pressée de rejoindre le Musée Archéologique à mon programme et tout près sur la rue de la République ; je préfère continuer la rue jusqu’au bout et voir le fort Saint Elme et les fortifications des trois villes de l’autre côté de la baie. J’ai la surprise de découvrir que malgré le plan en damier et les rues droites, la topographie de La Valette est fort biscornue. On monte et on descend des pentes raides et parfois le trottoir est glissant.

Les façades des grands palais sont impressionnantes mais les petites rues transversales réservent leurs surprises avec des statues pieuses aux coins des maisons, les vieilles boutiques désuètes « since 1925 », les « balcons maltais » sur plusieurs étages. Les boutiques de souvenir, les fast food n’ont pas colonisé toute la ville. Seule la zone entre la prte et la cathédrale est concernée, ainsi que le début de la Rue des Marchands.

Musée Archéologique.

Géante? elle mesure quelques dm de haut!

Il est installé dans l’Auberge de la Langue de  Provence qui est un très bel hôtel dessiné en 1574 par Cassar. Il reste de belles peintures murales qu’on découvre au hasard de la visite. C’est un musée très riche, divisé en trois sections Préhistoire et Néolithique, puis Âge de Bronze, et Phéniciens. Si les collections sont très fournies et les explications précises et abondantes, la présentation est un peu vieillotte. Après la visite du entre d’Interprétation tout neuf de Ggantija elle paraît moins attrayante. Il faudrait prendre le temps de lire tous les textes, de s’arrêter sur chaque objet.

La Venus d’Hagar Qim

Les explications font état du facteur limitant qu’est l’aridité des îles de l’archipel et des rapports étroits dès la Préhistoire avec la Sicile. Les populations néolithiques étaient déjà des agriculteurs. Je passe rapidement sur les panneaux détaillés pour m’arrêter aux « géantes » de Hagar Qim et aux statuettes trouvées ans les divers sites. La statuette féminine endormie m’a émerveillée, la « Venus » d’Hagar Qim aux seins pendants et aux chairs distendues est aussi étonnantes. A côté le guerrier de l‘âge de bronze à l’air fanfaron fait pâle figure. Les pierres décorée des sites mises à l’abri sont très bien mises en valeur ; on découvre la variété des motifs décoratifs. En revanche, les salles des Phéniciens m’ont déçue : les objets très vairés ont diverses provenances. Tout se passe comme si les Phéniciens, et les carthaginois, à la suite n’avaient fait que commercer importer des objets d’art de Grèce ou d’Egypte sans laisser des traces originales. Seul objet sortant de l’ordinaire : ce sarcophage en terre cuite ressemblant un peu aux sarcophages égyptiens.

Je suis sortie un peu éberluée de ces visites si riches. Il faut maintenant trouver un pique-nique et surtout de l’eau parce qu’il fait encore bien chaud. Paradoxalement, c’est trouver une grande bouteille d’eau qui pose le plus de problème. Je ne vois pas d’épicerie ordinaire, seulement des restaurants, cafés, échoppes de fast food. Il me faut prendre des chemins de traverse.

Occasion de découvrir l’église de Saint Paul le naufragé, elle aussi conçue par Cassar dans la quelle on pénètre sur le côté par une entrée presque dérobée. L’autel est peint par Antoine de Favray, peintre que je connaîtrai mieux à Rabat au musée Alof de Wignacourt et les fresques sont de Palombi. Malheureusement l’éclairage est très faible pour qu’elles soient mises en valeur. De plus l’interdiction de faire des photos et la surveillance pour que l’interdiction soit observée est un peu désagréable. Finalement cette visite a pâti de la comparaison avec la visite de la Co-Cathédrale toute dorée et bien éclairée.  Ne pas empiler les visites au risque d’être saturée !

 

Pour la nourriture terrestre, je choisis des pâtés au thon et poivrons et aux épinards ; Ils ne sont pas feuilletés comme en Grèce ou en Albanie. La pâte est un peu bourrative. La farce en revanche est délicieuse mais pas pour ceux qui honnissent câpres et olives généreusement mélangés au thon. Pour les déguster, nous quittons la Valette, espérant nous installer sur la corniche du Port Marsamxett. Avec la carte, nous avons même choisi notre endroit entre l’île du fort Manoel et la pointe de Tas-Sliema où figurent des symboles de baignade. Hélas ! impossible de trouver un stationnement pour la voiture ! A la pointe la route s’engouffre dans un tunnel, il y a bien des parkings souterrains indiqués mais ils correspondent plutôt à un mall avec une centre commercial. Ensuite sur St Giljan Bay (symboles de baignades) c’est encore pire : très urbanisé avec un trafic impossible. Il y a bien des restaurants au bord de l’eau mais toujours pas de parking : où se garent-ils donc ?

Notre solution après avoir traversé Paceville toujours aussi embouteillée, se trouvera bien plus loin après le Marine Park : un parking tranquille, des rochers plats (mais piquants). Des gens pique-niquent ou bronzent. Le vent s’est levé, la mer bouge un peu. Il n’y a pas de descente facile à l’eau. Je me baignerai de retour à Qawra ! Là, je retourne à la « plage » de mes copines. Elles sont bien assises mais me déconseillent de me baigner ici avec les vagues. Plus loin, vers l’Aquarium il y a une plage plus abritée. Je longe la baie sur les rochers ou sur la bande de ciment cachée de la route par des établissements de bars, restaurants et piscines des hôtels. C’est une promenade assez agréable. Des maîtres-nageurs surveillent   la petite plage, on y loue des chaises longues. Cela me rassure et c’est encore une baignade bien agréable.

Vallée de la Boyne : Bru na Boinne

CARNET IRLANDAIS  

 

Newgrange
Newgrange

La vallée de la Boyne recèle de nombreux sites touristiques. Située à une cinquantaine de km au nord de Dublin. J’ai composé un circuit chargé : 3 tumulus aux environs de Newgrange, deux châteaux Slane et Trim.

Le GPS nous pilote sur l’autoroute M1 jusqu’à Drogheda où nous enjambons la Boyne sur un élégant pont haubané. La N51 passe tout près des sites mégalithiques d’après la carte. Pourtant les panneaux touristiques indiquent « Newgrange par Slane » qui parait illogique d’autant que cela fait longtemps que madame GPS a claironné « vous êtes arrivé » . A défaut de Newgrange, nous trouvons le panneau.  Dowth

 

Nous roulons dans un véritable tunnel de verdure. Un camion de foin a cassé des branches qui jonchent la route. revanche, un panneau indique le mémorial John Boyle O’Reilly qui est un poète (1844-1890), révolutionnaire irlandais,  mort aux Etats Unis. On voit le buste. Derrière le grand château la petite église en ruines entourée par le cimetière est sauvegardée par le curé qui lève une donation pour la restauration du site ,

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Dowth

 

Le tumulus est difficile à voir dans le paysage. En C’est une des tombes de passages de la région de Newgrange du Néolithique (-5000ans). Le tumulus est couvert d’herbe, il est creusé d’une sorte de cratère. L’entrée des tombes est protégé par un grillage. Les fouilles ont été commencées en 1847, on n’y a trouvé que peu de choses, elles ont été visitées peut être au temps des Vikings. Il y a  peu d’explications, cette légende m’a enchantée :

Entrée du tumulus de Dowth
Entrée du tumulus de Dowth

« Tous les hommes d’Irlande commandés par un roi vinrent construire une tour s’élevant jusqu’au ciel. La sœur du roi  fit arrêter secrètement la course du soleil pour que le jour soit sans fin. Comme le temps passait, les Irlandais se rendirent compte qu’ils avaient été trompés. Le sort fut brisé quand le roi et sa sœur couchèrent ensemble. Le travail cessa quand l’obscurité tomba. On dit que Dubdd (obscurité) serait le nom de cette place. «

Des pierres décorées de pétroglyphes entouraient le tumulus. Je suis contente d’avoir trouvé celle qui porte sept soleils. Les pétroglyphes sont souvent décevants et difficile à trouver.

Cette visite solitaire et un peu inattendue me remplit de joie.

Comment mettre en scène la Préhistoire ?

Les sites sont souvent peu spectaculaires et peu lisibles par le profane. Je serais complètement passée à côté du tumulus de Dowth sans les explications. La mise en scène à Newgrange est maximale. Tout d’abord, le site est introuvable, il devrait se trouver avant Slane, près de la rivière non loin de Dowth alors que les panneaux routiers nous dirigent vers Slane puis sur une grande route. Le GPS n’y comprend rien et recalcule. Nous roulons depuis  vingt minutes. Arrivés à proximité du Centre des Visiteurs de  Brú na Bóinne, les sites sont invisibles !

Et pour cause, les trois tombes de passage Newgrange, Knowth et Dowth sont dans la campagne. Il faut prendre son billet et prendre rendez vous pur les navettes qui nous y conduisent. Le miens est à 13h15 alors que ne me suis présentée à 10h30 à la caisse.

Le Centre des Visiteurs est imaginé sur un plan circulaire : deux galettes de ciment et de verre légèrement décalées. Celle du niveau supérieur contient la billetterie, une salle de projection et les salles d’exposition, elles aussi rondes, sombres et aveugles. Celle du niveau inférieur contient la cafétéria, les toilettes et autres utilités.

Les vitrines illustrent les différents aspects de la vie au Néolithique et le travail des archéologues.

Petite Chronologie de la Préhistoire en Irlande

  • Les hommes ont colonisé l’Irlande il y a 8000 ans .av. JC
  • le début de l’agriculture (Néolithique est daté -4000 av JC -3800 av J.C)
  • . l’âge de bronze 2500 – 700av JC.
  • Les Celtes s’y installèrent autour de 600av JC.

Une salle s’attache au culte solaire (présumé) et aux figures et symboles des pétroglyphes : spirales, cercles avec ou sans rayons, triangles, diamants, zigzags. Ils sont variés et sophistiqués.

L’édification d’une Tombe de passage est figurée : une énorme pierre glisse sur des rondins tirée par de nombreux hommes.

On explique aussi les méthodes des archéologues : datations au C14confirmée par la dendrochronologie, palynologie, observation des squelettes. Des lésions aux chevilles et aux genoux peuvent être interprétées comme décrivant des postures (accroupi ou assis sur les talons), l’usure des dents, des minuscules particules montrent le régime alimentaire ; Un cas très curieux de trépanation  (l’orifice circulaire dans le crâne permettait aux esprits maléfiques de l’échapper), si l’os a repoussé c’est une preuve que la trépanation a été effectuée du vivant du sujet. La plupart des défunts ayant été incinérés, on a retrouvé très peu de squelettes. Les statistiques montrent que l’âge moyen des décès était entre 30 et 35 ans, personne ne dépassait 50ans. Peu de vêtements sont été mis à jour, les preuves indirectes (aiguilles) montrent que les hommes se vêtaient de peaux de bêtes.

Des vitrines mettent en scène la vie quotidienne : dans l’une d’elle on voit les arcs avec pointes de silex et pennes de corbeaux. Dans une autre, on a reconstitué avec les bruitages la vie dans une hutte. Une maquette représente le village et  la Boyne qui a attiré les hommes sur ses berges. Sur la maquette en vue aérienne on voit les nombreuses structures circulaires : tumulus en relief mais aussi traces des pieux des cabanes et enclos des animaux. L’agriculteur néolithique semble être un homme proche de nous (ou plutôt de la génération de nos grands parents, encore proche de la terre.

Vidéo

Pas de reconstitution redondante, c’est un document astronomique qui tente de démontrer le rôle du ciel dans l’orientation des tombes de passage. Les observations astronomiques d’époque seraient très précises : ils ont été capables d’orienter la chambre de telle façon que le soleil pénètre précisément dans le couloir pour illuminer les chambres. On imagine un culte solaire. On suppose que la lumière pouvait régénérer l’âme des défunts. On imagine aussi des processions aux équinoxes et aux solstices, des feux allumés, peut être ? Le solstice d’hiver est l’occasion de visites exceptionnelles à Newgrange pour voir le phénomène d’illumination de la chambre.

Visite de Newgrange

Pétroglyphes à l'entrée du tumulus de Newgrange
Pétroglyphes à l’entrée du tumulus de Newgrange

Les navettes partent de l’autre côté de la Boyne qu’on passe sans s’en rendre compte. Le parcours est sinueux, il semble qu’on ingénie à égarer le touriste (pour qu’il ne revienne pas seul ?ou pour le désorienter afin qu’il perde conscience du temps et de l’espace et se trouve en conditions pour un parcours initiatique ?). Les petits autobus à allure de jeep roulent sur des routes tout à fait ordinaires le modèle « aventure » fait-il partie de la mise en scène ? Les moins pressés peuvent rentrer à pied – 3 ou 4 km séparent les tumuli du Centre des Visiteurs.

Le tumulus semble tout neuf avec sa pelouse aussi bien tondue qu’un green, son parement de quartz blanc piqueté de gris, son revêtement de pierres grises alignées tout autour de la base. Tellement propre que suis incrédule. J’aimais mieux le monticule de Dowth qui se fondait dans le paysage. Souvenirs de Gavrinis et de Barnenez.

Le site a été découvert par hasard, intact. Il a été cartographié par Petrie en 1840. Au 20ème siècle deux campagnes de fouilles ont permis de le protéger des visiteurs indélicats qui avaient gravé leur nom et de l’étudier à nouveau. Une restauration trop complète par O’Kelly, donne une impression étrange d’un monument tout neuf, un peu comme celle d’Evans à Cnossos. Il a reconstitué son idée d’une tombe de passage.

Devant l’entrée, un mégalithe est abondamment décoré : 4 spirales d’un côté, 4 de l’autre et des ornements triangulaires ou carrés de part et d’autre d’une ligne arrondie en bas. La conférencière interprète ces symbole comme un plan du site, les ronds seraient les tumulus, les carrés les champs, les vagues en bas, la rivière Boyne.

Interdit de photographier l’intérieur. L’éclairage électrique rassure les claustrophobes mais il est trop intense à mon goût. L’éclairage d’une torche aurait suffi et aurait été plus mystérieux. La mise en scène du rayon lumineux tel qu’il éclaire au solstice d’hiver est impressionnante. Cela tient du miracle : attendre un an un rayon de soleil pour quelques minutes dans un pays si pluvieux que l’Irlande ! A Abou Simbel, cela a plus de chance de se reproduire ! Le couloir est bas mais la chambre ressemble aux tholos mycéniennes et aux maisons beehive de Dingle. Plan cruciforme : sur une dalle un bassin, y déposait-on les cendres d’un seul défunt ou exposait-on les cendres des morts de l’année avant de les inhumer ailleurs ? Beaucoup d’hypothèses, d’incertitudes, de rêve ?

Retour au centre à 15h30. Nous aurions dû arriver à l’ouverture pour visiter aussi Knowth.

 

Dublin – Musée d’Archéologie

CARNET IRLANDAIS   

National Museum

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On entre par une belle grille en fer forgé dans une cour où se trouvent deux belles rotondes entourées de colonnades. L’une d’elle est la National Library l’autre le Musée d’Archéologie. Après avoir traversé le hall d’entrée en rotonde, j’arrive dans une galerie à structure métallique soutenue par des colonnes de fonte où des angelots font la ronde embrassant la colonne cannelée qui se termine par un double chapiteau corinthien plus une tête de lion. Les verrières sont protégées par des volets de bois on se trouve dans la pénombre, chaque présentation étant éclairée séparément. Les portes sont encadrées de décors compliqués, colonnes, médaillons en demi-cercle de majolique rappelant ceux de Della Robbia. Dans les pièces annexes il y a même des cheminées un peu incongrues. L’espace est divisé en cellules séparée par des paravents ce qui donne une impression de fouillis.

nasse à poissons préhistorique
nasse à poissons préhistorique

A côté des traditionnels silex, haches, outils de pierre qui ne me passionnent pas, je trouve une nasse à poissons (5300 -4730 av JC) et une pirogue de 15 m de long presque intacte découverte en 1902 dans les tourbières proches de Galway (2500 av JC). Une tombe néolithique a été remontée, les dalles sont décorées.

Bijoux en or de l'âge de Bronze
Bijoux en or de l’âge de Bronze

Au centre de la Galerie, se trouve le Trésor : bijoux en or datant de l’Âge de Bronze (autour de 800-700 av. JC) : bracelets, colliers, boucles d’oreilles. Certains anneaux ont servi de monnaie d’échange »ring money ». Le trésor a été rassemblé depuis longtemps. Dès 1670, une tombe fut mise à jour. Les objets ont été retrouvés en coupant de la tourbe ou en labourant. L’or provient du sous sol irlandais, on a même assisté à une Ruée vers l’or à la fin du 18ème siècle. En 1795, une pépite de 795 g a été trouvée. Selon le Guide Vert, les orpailleurs laisser tremper une peau de mouton dans la rivière aurifère pour qu’elle piège les fines particules. On la séchait, la brûlait et récupérait les cendres. Si la quantité d’or est impressionnante, les motifs des bijoux sont très simples.

Une salle est consacrée au site de Tara où de nombreuses structures circulaires ont été étudiées dès le 19ème siècle.

la main de la momie
la main de la momie

Les momies trouvées dans les tourbières sont très impressionnantes. Trois d’entre elles, mise à jour récemment ont été étudiées avec les techniques les plus modernes de l’imagerie médicale, la palynologie. On a pu reconstituer le régime alimentaire d’après le contenu stomacal, les circonstances du décès. On a même démontré le statut social élevé d’un homme par la présence de gel tenant sa coiffure fait de résine ne pouvant venir que de France ou d’Espagne.

Les coutumes irlandaises anciennes

Les rapports entre la souveraineté et la fertilité sont expliqués .A l’inauguration du règne,  un mariage symbolique entre le Roi et la déesse-mère territoriale avait lieu avec un étrange accouplement entre une statuette présentant un trou le roi. Les sacrifices rituels avec dépôts dans les tourbières de vêtements, d’armes, des offrandes de beurre montrent le lien avec le concept de fertilité. Les rituels incluaient la proclamation, l’acclamation, le bain rituel, le rituel de boisson et les chansons de généalogie…Ces coutumes également pratiquées en Angleterre et dans le nord de l’Europe.  Des survivances de ces rituels perdurèrent jusqu’au 16ème siècle.

A l’étage dans la galerie se trouvent aussi des sections dédiées à l’Egypte, Chypre que j’ai parcourue rapidement.

1014 La bataille de Clondarf

Le vendredi saint 23 avril 1014, sur les rivages proche de Dublin, une flotte de bateaux vikings s’opposa à une coalition menée par Brian Boru. Cette bataille racontée dans de nombreux récits et dans des sagas scandinaves n’a cependant pas laissé de preuves archéologiques. Aucun de ces récits n’a été rédigé par des témoins oculaires.

Brian Boru (976-1014) trop vieux pour combattre, il fut tué pendant la bataille. Parmi les rois irlandais on cite également Mael Sechail roi de Tara, Sitric, roi de Dublin marié à la fille de Brian Boru était allé chercher l’aide de Sigurd d’Orkney probablement encouragé par le roi du Danemark .

Depuis deux siècles les Vikings étaient implantés en Irlande. Je découvre ici cette histoire qui m’est bien étrangère.

J’entre dans la National Library  et visite – trop distraitement – une exposition consacrée à Yeats, très bien illustrée, on découvre l’univers du poète, pas seulement ses écrits. Malheureusement je suis incapable de me concentrer, deux grosses visites dans la journée ont épuisé mes capacités de concentration. Il y a aussi une autre exposition sur le centenaire de la Révolution de 1916. Il faudrrait que je revienne !

les portes de Merrion square
les portes de Merrion square

Je trouve mon autobus 66b à Merrion Square, je n’ai même pas eu le temps d’entrer dans le jardin faire une photo de la statue d’Oscar Wilde !

oscar wilde sur le rocher

 

circuit des mégalithes

CARNET PORTUGAIS

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cromlech d’Almendres

Ce circuit figure dans le Guide Vert et dans Voir. Il démarre à 10 km d’Evora sur la RN114. Tourner au panneau Guadalupe puis suivre les flèches marron Cromlech d’Almendres.

Cromlech d’Almendres

Cromlech d'Almendres
Cromlech d’Almendres

Miraculeusement, tout se passe comme prévu. A Guadalupe, une piste poussiéreuse à peu près lisse sur 3 km conduit à un parking à 200m du Cromlech pour préserver la surprise et la magie du site.

Le Cromlech est un alignement d’une centaine de mégalithes dont certains sont gravés. Les pétroglyphes sont difficile à identifier dans le granite en pleine lumière. Comme souvent, on avance des interprétations astronomiques. J’envie un groupe arrivé dans un minibus avec un guide anglophone EBORA MEGALITHICA Guided tours.  Pour faire parler les pierres, il faut un spécialiste. Celles-ci sont très vieilles et peu causantes.

Menhir d’Almendres

Menhir d'Almendres
Menhir d’Almendres

Près de la somptueuse propriété d’Almendres au portail énorme s’ouvrant sur une allée de cyprès et conduisant à une maison magnifique près de laquelle de curieuses tours blanches (citernes ?), un sentier discret est ménagé pour atteindre le Menhir. Cette fois-ci je me joins au grupe pour profiter du guide d’Ebora magalithica qui explique que le menhir a été trouvé couché qu’on l’a relevé récemment mais à l’envers : la face ouest devrait être à l’est. Il explique la technique de levage. Les cordes à l’époque n’étaient pas assez résistantes, la seule solution pour l’ériger était de le faire glisser sur un plan incliné de terre dont on augmenterait la pente petit à petit. Il montre des gravures sur la pierre, invisibles en pleine lumière. Il faut se tenir dans l’ombre du menhir et très près pour les deviner.

 

Retour à Guadalupe pour prendre la route de Valverde où se trouve le plus grand Dolmen de la péninsule ibérique : le dolmen de Zambujeiro (Anta de Zambujero). Il se trouve non loin du village. Une mauvaise piste, heureusement courte part des étables d’une très grosse ferme. Ici aussi, j’ai la chance d’écouter les explications du guide d’un couple arrivé en même temps que nous. Il déplore les techniques brutales de fouille qui ont cassé la grande pierre sommitale pour accéder à la chambre funéraire. Celle-ci git à  côté brisée en plusieurs morceaux. L’allée couverte est obstruée de briques et de poutres tandis que le hangar de protection rouille. S’il se plaint de la négligence et du mauvais entretien  il est peu disert sur le dolmen lui-même. L’amas de pierres est énorme mais les dolmens bretons de Locmariaquer ou de Gavrinis sont autrement plus beaux !

La visite de la Grotte d’Escoural est à 14h30. Notre logeur a eu la gentillesse de prendre rendez vous par téléphone. Il nous a assuré que nous n’aurions aucun mal pour déjeuner sur place avant la visite.

Chapelle Sao Brissos
Chapelle Sao Brissos

Une route très étroite relie Valverde à Escoural. Elle passe à quelques mètres de la chapelle de Sao Brissos dont le narthex est un ancien dolmen. Le tout est chaulé de blanc. Gentille chapelle, mais il faut chercher les montants du dolmen. Le christianisme a assimilé les traditions populaires qui lui étaient antérieures. Jusqu’à des temps récents, cette chapelle était lieu de pèlerinage. On y rôtissait l’agneau pascal le  Lundi de Pâques  et s’y réunissait pour l’Ascension. On y processionnait pour demander la pluie en période de sécheresse. Une légende raconte que la Dame du dolmen aurait eu un enfant de saint Brissos qui l’avait trompée avec Notre dame des Neiges. Quand on avait besoin de pluie, on allait chercher la Dame du Dolmen pour l’emporter à l’église  mais en laissant l’enfant au dolmen. Les larmes de Notre Dame du dolmen parce qu’elle était éloignée de l’enfant mais proche du saint qu’elle détestait, provoquaient la pluie.

Escoural à midi
Escoural à midi

Escoural, sous la chaleur de midi, paraît déserte. Nous attendions une terrasse de restaurant à l’ombre. Tout parait fermé. Fermé ou les vacances annoncent des affiches sur les portes des deux restaurants de la place. Une épicerie, invisible au premier passage nous dépanne : banane, yaourt, doughnut au citron et un petit fromage de chèvre. Piquenique sur le banc sous l’unique pin de la place principale. Ce n’est ni gastronomique, ni portugais mais cela cale.

14h10 je rejoins le Centre d’Interprétation de la Grotte d’Escoural et y rencontre un couple portugais sans rendez-vous. Je leur propose de m’accompagner et de profiter de mon rendez-vous. Ils m’offrent un café. « Un café portugais ? »- « Bien sûr ! ». Je n’avais pas compris qu’un « café portugais » était corrigé à la goutte. Le café qui fait face au Centre d’Interprétation est un restaurant -petit restaurant qui n’a que deux tables. Nous n’aurions jamais deviné qu’il était ouvert. En étant plus attentive, j’en découvre d’autres. Par 35°, dans l’Alentejo on ne s’expose pas au soleil. On préfère manger dans la fraîcheur des maisons et il fait plus frais avec la porte fermée.

Gravures préhistoriques
Gravures préhistoriques

La jeune fille qui fait visiter la grotte est ferme : pas de visite sans réservation ! Dix personnes à la fois. L’espace est très restreint. Ce n’est pas Lascaux ni la Grotte Chauvet ! Les peintures sont d’une facture grossière, rouge ou noire. On croit deviner ici un auroch, là deux chevaux qu’elle pointe de son rayon laser, avec beaucoup de conviction. Les gravures sont encore plus difficiles à trouver seul. Si la roche (un calcaire rugueux) est sèche, on ne voit rien, si elle est trop mouillée, non plus. Il faut de la patience. Je suis bon public. Les relevés que la jeune guide brandit montrent des tracés très élégants. Le graveur a multiplié les traits pour donner l’impression de volume ou de mouvement et le résultat est intéressant.

portugal2015dt 251 - Copie

Retour par Montemor. Beefsteak haché à Intermarché qui ne vend ni poissonnerie ni boucherie sous vide. Les coqs sont vendus avec la tête et les pattes. On choisit sa viande à hacher. Le boucher prend son temps pour que le client soit satisfait.

Citânia de Briteiros

CARNET PORTUGAIS 

Une rue de la cité de l'âge du Fer
Une rue de la cité de l’âge du Fer

La campagne bruit des cloches et des chants de la Messe quand nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse.

Mon smartphone prend des initiatives : non seulement il me géolocalise et m’envoie la météo du point où je me trouve mais encore il m’envoie des suggestions de visites : Citânia de Briteiros est à 11km , il me sert même de GPS alors que ne lui ai rien demandé. Dans la voiture une voix féminine continue à nous guider même loin de la wifi qui ne traverse pas les murs. Nous avons déjà visité Citânia il y a 16 ans, en avril, sous la pluie. J’en avais gardé un excellent souvenir.

Une haie d'agapanthes
Une haie d’agapanthes

Dès que nous quittons la route 310, la route est bordée d’une rangée d’agapanthes bleues parfois blanches qui se mêlent aux hortensias, faisant une jolie haie d’honneur conduisant au petit village de S.Sebastiao de Briteiros, interrompue par un très beau portail aux portes de bois vert encadrées par des montants jaunes munis de pointes. L’église et son clocher banc aux parements de pierre portent des plaques gravées. Au sommet du clocher une sphère armillaire rappelle, même dans les montagnes  la vocation maritime du Portugal, patrie des grands navigateurs. Au pied de l’église le cimetière est fleuri de frais. Sur chaque tombe se trouve un très bouquet d’immortelles bleues et blanches ou de glaïeuls oranges ou rouges disposés à la manière des fleuristes. Un curieux monument en forme de hutte ronde est érigé en souvenir de 70 passagers victimes d’un naufrage : la porte incisée d’une svastika attire mon attention. La place de l’église est pavée et très en pente ; Les maisons autour en granite sont charmantes derrière leurs roses. De là part un GR.

maisons de granite à Sao Sebastiao de Briteiros
maisons de granite à Sao Sebastiao de Briteiros

Citânia de Briteiros

Le site de Citânia de Briteiros est perché sr une colline boisée (337m). Citânia est une cité de l’âge de Fer étudiée dès la fin du 19ème siècle par l’archéologue Martins Sarmento. Elle compte plus de 150 maisons. Depuis notre premier passage, un Centre de visiteurs a été construit. On nous donne un plan détaillé pour une visite libre. La rue principale monte à l’oppidum puis le circuit gagne les bains tout en bas.

Citânia de Briteiros : maison circulaire
Citânia de Briteiros : maison circulaire

Un empilement d’artefacts ronds rappelle l’importance de la culture des céréales (blé, millet, avoine) : ce sont des moulins manuels de pierre facilement reconnaissables.  La  rue pavée est bordée d’un petit canal,  parfois couvert,  qui conduit l’eau d’une source à travers tout le village jusqu’aux bains. A un angle de la rue, on reconnait un abreuvoir rectangulaire. Les murettes le long des rues sont moussues et portent des plantes grasses à fleurettes roses très gaies. De chaque côté on reconnait les bases des maisons circulaires et un peu plus loin, les structures orthogonales de villas rappelant les villas romaines. Les ruines se trouvent dans un bois de chênes verts et de chêne-liège. On a tondu ras la bruyère et les  fougères – le site est bien entretenu. Ce site me rappelle le site de Romancesu en Sardaigne à cause des grandes cases rondes, des chênes liège e du granite. IL est pourtant différent, on n’a pas mis en évidence de bassin rituel ni de temples. A Citânia ce sont plutôt les 4 lignes de remparts protégeant la ville qui sont remarquables. Une grande case communautaire de plus large diamètre permettait aux assemblées de se tenir. Elle n’a pas été construite n’importe où . De là, on avait une vue dégagée sur le cours des rivières Ave et Cavado, routes fluviales important des marchandises de la Méditerranée. On pouvait aussi surveiller les pâturages sur les sommets. L’acropole était habitée  La notice indique que les habitations familiales avec des structures destinées au rangement des outils ou au stockage de la nourriture ainsi que des citernes. Le mur d’enceinte large d’un mètre en appareil cyclopéen est d’une solidité étonnante.

Dans la montagne, résonnent des carillons et les chants de la Messe. Deux huttes circulaires ont été remontées sous les directives de Francisco Martins Sarmento. Il y a aussi une chapelle et un cimetière chrétien démontrant une occupation autour du 10-11ème siècle.

Citânia de Briteiros : bains
Citânia de Briteiros : bains

Je ne regrette pas d’avoir poussé la promenade jusqu’aux bains en bas de la colline. Ils n’ont rien à voir avec des thermes romains. De petite taille, l’établissement était compartimenté entre vestiaire,  bain froid et sauna. On jetait de l’eau sur les pierres brulantes. Une « belle pierre » (pedraformosa) sculptée en fermait l’entrée ; elle était percée d’une ouverture très petite à la base pour garder la vapeur. En automne et en hiver, on recouvrait le hall d’un « matériau périssable » (?)pour l’isoler. Rien à voir donc avec les grands établissements avec piscines, galeries et gymnase des Romains. La position éloignée du village exclue aussi l’hygiène quotidienne ?

Le billet d’entrée au site est combiné avec celui du Musée de Briteiros, 2 km plus bas, installé dans la maison-même de l’archéologue Francisco Martins Sarmento : le Solar da Ponte. L’étage supérieur est consacré à l’archéologue lui-même. On voit son bureau, sa bibliothèque, le piano sur lequel sa femme jouait. Des vitrines contiennent son matériel photographique (grandes chambres à soufflet) ses photographies et ses carnets de terrain.

Des ouvrages d’archéologie font un panorama des recherches à son époque : Schliemann sur Troie et Mycènes, Boucher de Perthes, études sur l’Egypte, la Mésopotamie. Ouvrages de Sarmento sur les Argonautes.

camilo castelo bracoDans cette maison, se réfugia aussi l’écrivain – ami de l’archéologue – Camilo Castelo Branco. J’ai son roman Amour de Perdition sur ma table de nuit au gîte !

 

Au niveau inférieur sont présentées les trouvailles intéressantes du site, en particulier les éléments de décoration : des linteaux découverts par Samento (1874-1883). La plupart sont interprétés comme des symboles procurant une protection spirituelle : doubles cordes, volutes…Datés de 2ème siècle av JC jusqu’à 1er siècle AD . On voit aussi une tête humaine (bien usée-) une tête de sanglier et un groin de pierre ainsi que divers éléments de céramique décorée, des outils métalliques et des ornements. Un pressoir à vin en granite a été remonté.

Pedra formosa
Pedra formosa

Au fond de la pièce une magnifique Pedra Formosa servant d’entrée aux bains de vapeur est beaucoup plus ornée que celle visible sur le site. La dame de l’accueil recommande de faire une visite virtuelle du site sur www.msarmento.org et pedraformosa.blogspot.com.

Bel endroit pour un pique-nique?
Bel endroit pour un pique-nique?

Comme il est midi, nous songeons au déjeuner. A l’entrée de Briteiros, au bord de la rivière (bien à l’étiage) court une promenade plantée d’agapanthes, ombragée, équipée de bancs de pierre et de tables à pique-nique. L’endroit est idéal face à un petit pont. Mais nous n’avons pas de provisions. J’avise une pâtisserie qui vend aussi des pizzas.

Un monsieur, son pain sous le bras, nous interpelle :

  • « vous êtes perdou ?»
  • « non, on cherche à déjeuner ! »
  • « cela se mange mieux à Povoa, dans la vieille ville, pas dans la nouvelle, il y a plein de restaurants pas chers et très bons. Vous n’allez pas acheter leurs pizzas ! »

Nous renonçons donc au pique-nique au bord de la rivière.

L’église de Sao Sebastiao est ouverte et chantante. Les bouquets blancs à l’entrée signalent un mariage. L’église est pleine, on a même installé dans la chapelle latérale un écran plat où l’assistance peut voir le curé. Des azulejos blancs et bleus décorent les murs. En l’honneur des mariés on a fait un chemin avec des marguerites blanches. Cette église a une chorale, à l’étage, avec des vrais musiciens. Plaisir de rencontrer des villageois.

La route de Povoa passe devant un grand supermarché ouvert 7/7 , de 9h à 21h. On achète donc de quoi manger sur la belle table de pierre à l’ombre d’un velum. Puis je file à la piscine.