Daniel Stern, comtesse d’Agoult de la Restauration à la IIIème République – Marie-Octave Monod – Ed des femmes Antoinette Fouque

CHALLENGE DES DEUX GEORGE 

Comme George Sand et George Eliot, ses contemporaines, Daniel Stern est le pseudonyme masculin sous lequel Marie d’Agoult publia ses écrits. Daniel, le prénom de son fils. Stern, comme étoile, en Allemand, langue que Marie D’Agoult maîtrisait depuis l’enfance. 

Qu’on se rappelle l’enthousiasme de George Sand à Chamonix: Marie est une princesse de rêve, une étoile, une grande âme! De son côté Marie exalte le talent, le génie de George. Mais George, au fond d’elle-même, trouve Marie maniérée, artificielle, mondaine et Marie ne peut souffrir les manières garçonnières et les cigares de George.

Marie d’Agoult et George Sand se connaissaient très bien, elles furent amies à Chamonix puis à Nohant où elle passa un bon moment avec Liszt. Elles fréquentaient le même monde. 

« Marie d’Agoult avec quelques autres jeunes femmes, la duchesse de Rauzan, Madame de la Bourdonnaye, Madame de la Grange, osa ouvrir son salon à tout ce que Paris offrait d’original, d’intéressant, de célèbre à un titre quelconque. Les artistes, les écrivains, les journalistes, les étrangers furent reçus soit dans l’hôtel du quai Malaquais, soit au château de Croissy. On y vit successivement: Vigny, Sainte-Beuve, Deschamps, Ingres, Mignet, les musiciens Meyerbeer, Chopin et Liszt, le baron d’Eckstein, Heine, Monsieur de Girardin. Les jeunes femmes un peu grisées de la liberté nouvelle voulurent être dans le mouvement et rivalisèrent dans ce qui était alors de l’audace. Elles assistaient aux premières représentations de Henri III, d’Antony, de Chatterton, lisaient Indiana, Lélia… »

J’ai eu envie de lire cette biographie de Marie d’Agoult et comprendre la brouille qui est survenue entre elles.

D’après l’écoute de différents podcasts, Marie d’Agoult une républicaine romantique…ICI

et George Sand, l’âme musicienne ICI

j’avais pensé que la jalousie avait eu raison de leur amitié : jalousie autour de Liszt à Nohant, ou jalousie d’écrivaines, George Sand ayant plus de succès littéraure. Surtout la parution de Béatrix de Balzac que George Sand aurait inspiré par des indiscrétions  a causé la rupture entre les deux amies. Pourquoi Balzac qui était pourtant l’ami de chacune d’elles a-t-il utilisé ces commérages? Le roman de Daniel Stern : Nélida, roman à confession qui devait être une réponse au Béatrix n’obtint pas le succès escompté, juste un succès de curiosité. 

« Elle voulut écrire un roman, elle n’avait point d’imagination, nous le savons déjà, elle puisa dans sa vie et dans ses souvenirs. »

Si Marie d’Agoult n’a pas su se distinguer comme romancière, elle était néanmoins très cultivée, polyglotte et fine analyste des révolutions à travers l’Europe, unification de l’Allemagne et de l’Italie. C’est comme historienne qu’elle a laissé une oeuvre. Historienne et philosophe avec sa connaissance des philosophes allemands.

On retient surtout son rôle  dans la Révolution de 1848 quand son salon devint un quartier général réunissant Ledru-Rollin, Lamartine, Lamenais, Carnot…Elle écrivit dans le Courrier Français, dix-huit Lettres républicaines 

Dans la lettre qu’elle lui (Lamartine)adresse le 5 octobre, elle le met en garde contre les dangers de l’élection du président de la République au suffrage universel, elle lui dépeint l’état d’esprit du peuple français qui pense à Napoléon, à Waterloo, à Sainte-Hélène, qui confond l’oncle et le neveu: «Ignorezvous
donc que l’élection se fera sur son nom?[..]
encore, son grave appel aux femmes françaises pour qu’elles demandent l’amnistie qui fera l’apaisement, car si «les hommes font les révolutions, les femmes font les moeurs». Les «Lettres républicaines» de Madame d’Agoult restent donc le témoin de l’intérêt passionné avec lequel elle suivit les événements de la révolution de 1848, du soin et de la précision avec lesquels elle notait au jour le jour
Elle fait preuve d’humour quand elle dépeint Ledru-Rollin en « ogre des salons »
Féministe cet appel aux femmes :
son grave appel aux femmes françaises pour qu’elles demandent l’amnistie qui fera l’apaisement, car si «les hommes font les révolutions, les femmes font les moeurs».
Elle publia l‘Histoire de la Révolution de 1848, dans une réédition, elle examine la suite des évènements, pensant que la Révolution n’avait pas été vaincue et qu’elle avait su faire naître des ferments dans l’Europe entière. 

Plus tard, elle écrit  L’histoire des commencements de la république des Pays-Bas (1872). 

Détail?  J’ai oublié d’écrire que Marie D’Agoult avait vécu une liaison romantique passionnée avec Liszt.C’est d’ailleurs par ce racourci qu’on la présente souvent « la maîtresse de Liszt » .Voyages romantiques en Suisse, Genève, puis en Italie… Elle lui a donné trois enfants, dont la fameuse Cosima qui devint Madame Wagner. Mais c’est une autre histoire. 

 

FALSTAFF d’après William Shakespeare -Goho -Boisserie – Merlet – Delcourt ed.

SHAKESPEARE EN BD

Shakespeare ou Verdi? 

Connaissons-nous vraiment ce héros, anti-héros plutôt, vantard, voleur, paillard, manipulateur, couard…et j’en passe. Présent dans les pièces historiques Henry IV et les Joyeuses commères de Windsor de Shakespeare. 

Goho et ses acolytes ont fait un véritable travail d’adaptation pour nous faire goûter les pièces restituant les décors, le parler étonnant, et surtout les intrigues qui font succèder les souverains anglais avec les les nobles s’alliant entre eux pour défaire les rois. Au début j’ai eu un peu de mal à identifier les personnages.

J’ai surtout apprécié les décors très élaborés aussi bien les paysages, l’auberge, les rues, les palais. Le graphisme est tellement intéressant que je peux rester très longtemps sur une double page. Ce n’est pas du tout une BD qu’on liquide en une heure! avec gourmandise j’y suis revenue pour apprécier les détails qu’on ne remarque pas à la première lecture.

Un grand travail sur les couleurs rend la BD plus lisible. A chaque  changement  d’atmosphère, les couleurs varient. J’ai été étonnée par celles de la bataille d’Azincourt.

Merci à Babélio et Delcourt qui m’ont fait ce beau cadeau.

 

Château de Saint Germain en Laye, sa terrasse et le Musée Archéologique

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

le château de Saint Germain en Laye

Horaires d’ouverture

Musée: 10h à 17h (fermé le mardi) Il faut aussi se documenter sur les ouvertures des salles.

Domaine de 8 à 20h30 en été maischange selon les saisons.  

J’émerge du RER A à quelques mètres de l’entrée du parc, éblouie par le soleil du matin qui fait scintiller les jets d’eau et les bassins du Jardin dessiné par Le Nôtre que je traverse pour gagner la terrasse

jardin de Le Nôtre

la Terrasse de Le Nôtre longue de 1000 toises (2km) surplombe la vallée de la Seine qu’on n’aperçoit qu’à la fin de la promenade, le tableau de Sisley montre un paysage quasi inchangé. En revanche au niveau de la demi-lune, la vue est saissante sur La Défense et au loin sur Paris

La vue sur la Défense et Paris de la terrasse

Une table d’orientation permet de chercher les clochers des villages vers Maisons-Lafitte. Une double rangée de tilleuls borde l’autre  côté. Ceux qui ont été plantés par Le Nôtre ont été remplacés en 2000. Au bout de la terrasse terminé par un octogone de tilleuls, la maison forestière et plus loin le GR entre dans la forêt et permet de prolonger la promenade.

Cour du Château de Saint Germain en Laye

Le château a une longue histoire , (1120)résidence royale de Louis VI le Gros, Philippe Auguste fit construire la grosse tour carrée, Saint Louis,  la chapelle gothique. François 1er rasa le château médiéval, intégra la chapelle royale pour obtenir une belle cour, ouverte au public qui permettait au roi de se montrer. Au XVIIème siècle des fleurs et des cages à oiseaux étaient suspendues et on y organisa deux baptêmes royaux.

Chapelle gothique de Louis IX

Sous la Révolution, prison, sous Napoléon 1er, caserne, puis pénitentier militaire sous Louis-Philippe.

 

Napoléon III créa le « musée Gallo-Romain » maintenant devenu Musée d’Archéologie nationale

Vercingétorix imaginé au second Empire

Napoléon III s’intéressa particulièrement à Vercingétorix et à la Bataille d’Alésia. A la demande de l’empereur et à l’aide de son aide de camp il tenta de reconstituer le siège d’Alésia qui dura près de deux ans et opposa 40 000 romains à 80 000 gaulois. La maquette est présentée au musée, et sur place on reconstitua les machines de guerres romaines : bel exemple d’archéologie expérimentale. Une salle est dédiée à cette bataille, on y voit de nombreuses lances, des projectiles (curieusement les frondes lancaient des projectiles fuselés) des pointes de tridents servant de pièges.

L’atelier du forgeron gaulois: on y voit deux enclumes, des pinces coupantes, etc…

Les salles du Musée s’ouvrent alternativement selon les jours. J’ai eu la chance de tomber un jour où les salles gauloises étaient ouvertes au public. Comme j’ai visité récemment d’autres musées archéologiques (Carnac, Rodez, Sartène) j’étais ravie de découvrir les périodes de La Tène : Tène ancienne (480-250 av.J et Tène récente (250-50 av JC)

La première salle : La Gaule des origines présente surtout des réalisations métallurgiques très élaborées. Une vitrine dédiée à la femme gauloise, la présente comme l’égale de l’homme, d’après les objets retrouvés dans sa tombe : torques, fibules, bracelets de bronze. La vitrine suivante montre que les gaulois étaient ouverts sur le monde entier, important des matériaux parfois de provenances lointaines comme l’ambre de la Baltique ou le corail et les coquillages méditerranéens pour la confection de somptueux bijoux.

cabochons en corail et coquillages

Dans les tombes des guerriers l’armement masculin, poignards, boucliers aux appliques ciselées,  épées on retrouve aussi des pinces à épiler. Les motifs de dragons sont souvent  utilisées.

Décor de char gaulois avec animaux fantastiques

Le travail du bronze était généralement coulé à la cire perdue, mais aussi laminé en tôles ou en feuilles fines gravées ou serties.

Vase avec 6 dragons

Deux tombes à chars de Nanterre et de Roissy ont livré des chars entiers déposés même avec le joug harnachant les chevaux  : chars légers en bois à deux roues avec les roues finement cerclées, des suspensions métalliques avec de nombreuses ornementations aussi bien pour les roues que les disques des harnachements des chevaux et les mors.

décor de char gaulois

Les peuples gaulois étaient généralement des paysans, les fermes étaient sous l’autorité d’aristocrates et sous l’autorité suprème d’un roi (rix). les sanctuaires gaulois étaient apparus au IIIème siècle certains étaient des sanctuaires à trophées recelant jusqu’à 10 000 armes prises aux ennemis, et même des corps décapités et des chevaux. Les sanctuaires dédiés aux divinités ne sont pas montrés ici sauf deux statues

Une conférencière écoutée en douce (visite privée) m’a appris que les Romains estimaient beaucoup les chevaux gaulois et que les Gaulois étaient également d’excellents menuisiers. Les mots celtiques en rapport au bois, arbres et à la natures se retrouvent encore dans le vocabulaire français. On a retrouvé de petites scies, avec des peignes à chanvre.

Des panneaux décrivent Bibracte, la capitale des Eduens dans le Morvan. Coïncidence : à la télévision sur la 5 on passait le soir-même un documentaire sur la Guerre des Gaules remettant en cause le récit de Jules César. César a-t-il menti, CLIC pour se vanter, pour augmenter son prestige? Taisant les qualités des fortifications des oppidum gaulois, inventant une bataille navale prestigieuse en Morbihan contre les Venètes? 

Le Fabuleux piano – Sonia Devillers

RENTREE LITTERAIRE 2026

« La palpitante saga des toiles de maître a pris toute la lumière. Le pillage de la musique, entreprise tout aussi
politique, est resté dans l’ombre. Il a pourtant concerné bien plus de gens, dont l’instrument était parfois le
seul gagne-pain. »

Non pas un mais deux fabuleux pianos :  le Bechstein de la grand mère de l’autrice, laissé derrière elle en Roumanie. Le Erard n°68037, piano de concert ayant appartenu à la famille Enoch, volé par les nazis en 1943. 

« J’ai cru sincérement chercher un  beau piano. En réalité, j’ai trouvé une famille »

Sonia Devillers nous conte la saga de la famille Enoch, éditeurs de musique sur plusieurs générations. Elle commence avec l’arrivée de Carl, à la suite des révolutions de 1848 de  Francfort-sur-le Main, à Paris, capitale des droits de l’homme qui avait émancipé les Juifs dès la Révolution de 1789.

« Les hommes naissent égaux devant une portée. Juifs ou pas Juif, la croche est la même pour tous »

Son fils Wilhelm commande en 1890 un piano à queue, un N°2 de chez Erard. J’apprends que « chaque piano contient une forêt, une forêt idéale » : chêne, hêtre, tilleul, charme, pin poirier, palissandre….Le piano est livré boulevard des Italiens, au siège des Editions Enoch Père&Fils. Un cousin, Gabriel Astruc est associé à l’affaire. Gabriel Fauré, Camille Saint- Saëns ont joué sur le fabuleux piano. Chabrier, Ravel sont au catalogue ds éditions Enoch, comme des artistes de cabaret. Leon Blum est un des proches de la famille Enoch. La génération de Daniel, le fils, est marquée par l’affaire Dreyfus. En 1913 Gabriel ouvre un théâtre et programme Le Sacre du printemps, un scandale!

L’arrivée des nazis en Allemagne marque le monde de la musique. Alfred Rosenberg fait établir des listes de musiciens juifs le Lexicon der Juden in der Musik on élimine la musique dégénérée comme la peinture. Il s’agit d’éliminer tout élément juif de la musique, à commencer par Mahler et Mendelsohn, mais pas seulement…Schönberg, Hindemith, Stravinsky et Kurt Weill et le jazz sont aussi « dégénérés »

Les éditions Enoch s’intéressent au cinéma. Il ne manque d’un domaine : la chanson.  Arrivent deux compères, Prévert et Kosma, qui seront de fidèles amis.

Avec l’arrivée des Allemands, les Enoch vont se séparer : les jeunes en zone libre. Daniel et Anna, les parents, ne quittent pas Paris, leur appartement de la Rue de Courcelles, leur piano Erard et bien sûr, la maison d’édition. E, 1943 Daniel et Anna seront déportés et leurs meubles confisqués. C’est là qu’interviennent deux opérations « l’opération meubles » qui organise le pillage en règle des « appartements juifs » et le pillage systématique des instruments de musique. Les pianos se trouvent réunis dans des camps de concentration pour pianos avant d’être envoyés en Allemagne.

« Je ne peux m’empêcher de voir dans ces « pianos juifs » parcourant des milliers de kilomètres des pianos errants, comme si les instruments avaient épousé le destin mythologique de tout un peuple »

A la Libération, quand Jacques retourne Rue de Courcelles, l’appartement est vide, ses parents disparus. L’absence des objets du quotidien oblitère la mémoire.

« Être privé des choses près desquelles on a vécu, c’est être condamné à vivre avec un vide qui ne passe pas.  »

Mais la vie continue….les éditions Enoch vont connaître un succès mondial avec Les Feuilles mortes de Prévert et Kosma, c’est aussi une bien belle histoire.

J’ai aimé suivre cette saga familiale, évoluer dans les milieux musicaux. Et j’ai appris plein de choses sur les pianos!

Aimer Jérusalem – Nathan Denver – Gallimard

APRES LE 7 OCTOBRE

Presque 3 ans,le 7 Octobre  ne passe pas. Presse ou littérature, réseaux sociaux ou documentaires.

L’essai commence au Festival  Beyrouth Livres où Nathan Denver est invité. Les  notifications de Twitter lui  le projettent en plein massacre. Il transcrit les images de la mise en spectacle de l’horreur. Scènes insoutenables que je n’ai jamais voulu voir en détail. La version édulcorée des actualités télévisées m’a plus que suffi. Le spectacle de rue où les beyrouthins se réjouissent du massacre, fête organisée par le Hezbollah, distribution de bonbons, est d’autant plus choquant.

Nathan Dever se présente comme détaché d’Israël, du sionisme et de la religion,  intellectuel de gauche brusquement rappelé à sa condition de juif.

« En m’enfermant dans une identité qui ne m’importait pas, ils l’avaient réveillée. Pour la première fois depuis l’adolescence, je m’étais senti juif »

Intellectuel, sûrement, normalien. De gauche, voire. De sa condition de juif, il ne s’est pas tellement éloigné. Agnostique adulte,  adolescent, il se serait vu rabbin et il a fait des études religieuses. Ses références bibliques rendent l’essai passionnant. Indigné par

« un fanatismo-totalistarisme à l’israélienne , pot-pourri d’intégrisme religieux aux accents idolâtres et de nationalisme agressif et colonial. »

Nathan Dever est très critique de leur rhétorique « stupide et deshumanisante » mais sa première critique est de nature religieuse « un sacrilège » écrit-il.

Impossible pour lui de caractériser le drame du 7 octobre, ce malheur n’a pas de nom, sinon une date. Une référence : le poème de Bialik « dans la ville du massacre  » qui raconte le pogrom de Kichenev en 1903. Sauf que le pogrom a lieu en Israël , « un Etat qui au nom du plus jamais ças’est toujours voulu invulnérable », » Pays-citadelle », le qualifie-t-il.

Nathan Dever passe ensuite aux conséquences du drame et à la riposte israélienne à Gaza, le déni d’empathie et les discours deshumanisants dans les deux camps pro-Israël et pro-Gaza. Les faux-amis, les pires ennemis.

Nathan et sa femme veulent se rendre compte de la réalité sur place, en journalistes : voyage de Presse, dans les kibboutzim martyrs, au bord de la bande de Gaza. Sur la Place des Otages, aussi.

Quelle est au juste la frontière entre la protection de soi, le désir de rendre justice et la pulsion de vengeance ?

La rencontre avec Sari Nusseibeh et une promenade dans la Vieille ville  déserte seront les seuls regards du côté palestinien. Pourtant la coexistence entre Juifs et Arabes serait la seule issue pour la paix. Actuellement, il ne s’agit plus de négociations politiques comme pour Oslo, le religieux a pris le pas sur la rationalité politique. Les guerres de religion ont-elles recommencé?

Le 7 Octobre et ses répercussions, nous l’avons dit, ont marqué ce triomphe incontestable de la collision du
théologique et du politique.

Le livre pose donc les questions du point de vue religieux (bizarre pour un intellectuel « de gauche »).

« Mais une telle interprétation procèderait surout d’une hérésie théologique : en vertu de quelle décapitation intellectuelle faudrait-il oublier Maïmonide au profit de Bezalel Smotrich et Ibn Arabi en faveur d’Ismaël Haiyeh? »

Guerre de mythes et de symboles, pour une ville qui en est tellement chargée. Un peu d’histoire pour Jérusalem : deux guerres 1948 et 1967. Alors les combattants étaient laïques. Israel luttait pour sa survie et non pas pour des motifs religieux. Seul le rabbin Goren a pensé à la souveraineté rabbinique sur le mont du Termple : il s’est fait recadrer par Moshe Dayan: hors de question de toucher à une pierre de l’Esplanade! 56 ans plus tard itamar Ben Gvir organisait une visite sur le mont du Temple.

la bombe s’amorçait : à présent que les politiques s’exprimaient de tous côtés comme des religieux, le religieux avait pris la place du politique, prêt à enflammer la région pour Jérusalem.

Voilà que Nathan Denver retourne à la source du judaïsme : selon lui les Juifs sont issus d’un livre. Et comme il a étudié pour être rabbin, il connaît fort bien le Livre et en donne une version passionnante (surtout pour la laïcarde qui étudiait Marx et Borochov au même âge). Opposant Abraham qui plaide pour Sodome et Gomorrhe à Moïse et surtout Samuel combattant Amalek

« que Sodome soit la capitale du Mal ne T’autorise pas à
déchaîner contre elle un courroux débridé.

Une ville peut être sauvée pourvu qu’elle compte dix justes ; il est inconditionnellement interdit de châtier l’
innocent avec le coupable. »

La figure de Moïse, chef politique aux accents nationaux, elle se situe aux antipodes de lapremière.

« se souvenir de ce qu’a fait Amalek » (Deutéronome 35,17) et « effacer » sa « trace » (Exode
17,14) – ce qui revient à mener contre lui une « guerre divine de siècle en siècle » (17,16).

Samuel, le juge-prophète éponyme ordonne au roi Saül de déclencher la vengeance

Toutes ces références bibliques m’ont intéressée. En conclusion il donne la parole à son maître, quand, adolescent il était déjà choqué par l’attitude de certains de ses camarardes :

Tu n’as donc pas à rougir de critiquer les Juifs qui nous font honte. Ni à prendre de gants. Au contraire, quand
tu observes les membres de notre peuple, n’omets jamais de te demander comment Ézéchiel, Isaïe ou Osée lesauraient décrits s’ils vivaient aujourd’hui. Imagine que les prophètes reviennent de la mort. Qu’ils surgissent en notre siècle. Qu’ils observent les fanatiques de ton lycée ou ceux de l’extrême droite israélienne. Quehurleraient-ils ? Sans doute quelque chose comme ceci : “Vous les maquereaux du saint, vous les voyous de lasacralité, vous les ordures de la transcendance, vous les salauds de la divinité, vous incarnez la honte du peuple d’Israël. C’est à cause de gens comme vous que Babel et Rome nous ont volé Sion, ont saccagé le Temple. Par votre faute, si vous continuez ainsi, Jérusalem s’effondrera une troisième fois. Vous n’êtes pas seulement des idolâtres déguisés en monothéistes, des païens travestis en religieux, des profanateurs à kippa et à franges. Vous êtes avant tout des Juifs  antisémites. Des antisémites de l’intérieur.”

Le chapitre sur « l’Anti-Jérusalem, Tel Aviv, capitale des corps » m’a moins passionnée. Intervient un autre personnage, un Israélien de ses amis portant un regard critique sur la politique israélienne et sur le livre que Nathan Devear écrit. Tel Aviv sonr la nom vient du titre d’un roman, Tel Aviv et sa plage, ville cosmopolite….Rien de  bien nouveau sous le soleil.

L’épilogue convoquant écrivains et philosophes m’a franchement ennuyée. Emouvante évocation de la famille de sa femme et surtout de la grand mère. Etait-ce nécessaire? Quant à BHL, il m’agace.

Un point de vue inattendu. L’auteur m’a intriguée. Brillant, érudit, certes. Provocateur, ambigu?

Promenade dans le département des Antiquités Orientales du Louvre sur le Thème de l’Eau Primordiale

L’EAU PRIMORDIALE -LECONS DE MESOPOTAMIE

Chypre : pêcheurs dans leur barque

Cette exposition incite à un parcours dans le département des Antiquités Orientales guidé par des panneaux, des cartels certains destinés aux adultes, d’autres aux enfants. Le Thème de l’eau a piqué ma curiosité et m’a incité à retourner dans les salles des Antiquités Orientales. 

Chypre : poteries décorées

J’ai été une visiteuse peu assidue et peu sérieuse : au lieu de me borner aux cartels et explications, je me suis laissé fasciner par les poteries décorées, les figurines en terre cuite. Au lieu de m’intéresser au sujet proposé je me suis contentée de noter les provenance tout autour de la Mésopotamie, de Chypre au Liban et un peu plus loin en Syrie.

Figurines féminines

La variété des formes, la fantaisie des figurines m’ont bluffée

Animaux aussi m’ont beaucoup plu : buffles, sangliers et hérissons, curieusement pas de chevaux

sanglier

On quitte la Mésopotamie pour la Perse avec les décors vernissés du Palais de Korsabad. Je découvre la finesse des bronzes

iran chimère bronzeQuelle

Quelle merveille que ce buffle rouge

Iran buffle céramique rouge

Et ne pas oublier la vedette : la statue la plus ancienne du Louvre prêtée par la Jordanie

Statue de Ain Ghazal
7000 ans av JC
Plâtre

Au lieu de m’être penchée sérieusement sur le problème de l’eau, de l’irrigation, des cultes aux dieux de l’orage ou de la pluie, j’ai fait une collection de statuettes. Et cela m’a fait plaisir

On l’appelait Bennie Diamond – Michaël Dichter

Recommandé sur le blog de Keisha, de Luocine et d’autres.

« Bienvenue dans le seul endroit d’Anvers où les diamants ne valent rien et où un falafel peut tout arranger ».

Premier roman de Michaël Dichter qui est également scénariste et réalisateur. Le roman nous entraîne dans le quartier des diamantaires et dans le ghetto d’Anvers ainsi qu’en Pologne, à la veille du désastre.  On découvre un monde étonnant avec des codes très stricts : codes des Juifs orthodoxes mais aussi codes des diamantaires qui forment un monde secret, cosmopolite avec des relais à Bombay comme en Afrique du Sud, mais où chaque vente est célébrée en Yiddisch : « mazal ». Monde fermé où la confiance est obligatoire mais où les coups tordus ne sont pas évitables. 

Être diamantaire, c’est avoir les clés de cette ville, frime Avroumi, visiblement chez lui. Bars, restaurants, clubs,
tout tourne grâce à nous

Roman d’apprentissage : Bennie Goodman, le fils du retoucheur, méprisé par ses camarades fils de diamantaire, livreur maladroit, cherche à se faire un nom : Bennie Diamond, comme tailleur de diamants, puis comme courtier à la Bourse des diamants. 

Roman d’amour et d’amitié mais surtout roman de transmission familiale. On découvre une véritable saga familiale avec une tradition d’hommes pieux dédiés à la prière et à l’étude, et des hommes d’affaire féroces. Traditions, embrouilles mais aussi humour. On ne s’ennuie pas.

« Ce type, il est fiable ? demande Bennie, fébrile. Isaac éclate de rire, secoue la tête. — Fiable ? On parle d’un
contrebandier, Bennie, pas de ton rabbin. Mais il sait ce qu’il fait. Et surtout il veut vendre vite. Bennie serre les
dents.
« 

En 400 pages de lecture addictive, on découvre un monde très riche et une histoire prenante.

Làzàr – Nélio Biedermann

LITTERATURE ALLEMANDE(SUISSE)/RENTREE LITTERAIRE 2026

Encore un cadeau de Babélio que je remercie !

Une traversée de plusieurs générations, de l’Autriche-Hongrie de François Joseph aux chars soviétiques de Budapest 1956.  Une saga familiale de la famille Làzàr (ou von Làzàr), aristocrates hongrois dont la famille remonte aux guerres contre les Ottomans. Château avec les portraits des ancêtres, des terres que cultivent les paysans, une forêt mystérieuse…

Dès le début du roman règne une certaine mélancolie, comme une décadence, avec la naissance de Lajos, enfant translucide, d’ascendance douteuse. Sandor, le baron, expédie les affaires courantes, tandis que Maria, la baronne mène une existence fantasque, chevauchant à travers le domaine. Imre, le frère de Sandor, est encore plus fantômatique, lecteur de contes nocturnes, ombre présente tout le temps du roman. 

« les années allaient bon train, elles définlaient tels les Roms avec leurs chevaux, à travers le royaume des Habsbourg, à travers la monarchie embourbée dans les marécages du Danube »

Lajos rêve d’Amérique, il devait embarquer à bord du Titanic.

Proclamation de la Guerre par l’Empereur. Les enfants sont expédiés à Vienne. La guerre aux portes de l’Europe passe un peu comme un rêve. Ilona, la soeur de Lajos, se marie à Berlin.

A la fin de la guerre, la Hongrie s’est séparée de l’Autriche mais rien ne trouble la routine pour les Làzàr, en leur château. Le baron sombre dans l’alcoolisme. Décadence encore. Lajos ramène  lustre et de richesse avec des affaires florissantes, ils s’installent à Budapest dans une belle demeure. Destin de la famille. De l’Histoire de la Hongrie on n’apprendra que peu de choses. Hésitations politiques avec la montée de Hitler et du nazisme. Le jugement est plutôt celui d’un esthète qui méprise la vulgarité.

Quand la Hongrie s’allie aux nazis, l’antisémitisme se profile. Ilona a épousé le fils d’un banquier d’origine juive, elle s’enfuit en catastrophe en Suisse. Lajos cache un étrange religieux, opposant au nazisme, qui a pris La Recherche pour Bible et Marcel pour prophète. Bizarre personnage. Pour Lajos, un prétexte pour ne pas bouger quand il assiste au regroupement des Juifs et à leur déportation. Ambivalence : est-il complice?

Génération suivante : un frère Pista et une soeur Eva, passent la Seconde Guerre mondiale au château sans s’impliquer plus que leurs parents. Ce n’est que l’arrivée de Soviétiques qui les feront réagir en confisquant leurs biens et en les réduisant à une condition très médiocre. Ils se laissent porter par les évènements. Seule réaction : ils tiennent à conserver les bonnes manières aristocratiques, la politesse, la tenue à table. Dérisoire.

1956 provoque une réaction, mais toujours à la marge.

Décidemment pas héroiques! Mais tellement humains.

Le roman se lit bien, la Grande Histoire en filigrane, ce n’est pas vraiment un roman historique, mais c’est une histoire prenante.

 

 

Madame de Sévigné au Musée Carnavalet

Exposition temporaire jusqu’au 23 aout 2023

A l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), une exposition se tient comme une évidence au Musée Carnavalet. Madame de Sévigné est chez elle dans son hôtel où elle s’est installée en 1677 situé au 23 Rue de Madame de Sévigné

Hôtel Carnavalet vers 1740

Elle est née tout près d’ici, Place Royale, actuellement Place ds Vosges. Elle a grandit dans le Marais, s’y est mariée dans l’église Saint Gervais

 

Madame de Sévigné vers 1645 Jean Nocret

Madame de Sévigné fréquentait les salons littéraires. Des portraits de Ninon de Lenclos, de Madame de Scudéry, de Mademoiselle de Montpensier illsutrent cette vie intellectuelle et politique avec la Fronde

la Grande Mademoiselle

Madame de Sévigné, dans sa correspondance a fait une chronique politique (et mondaine) racontant la vie à la Cour, l’arrestation de Fouquet, le suicide de Vatel et la vie parisienne. C’est donc une vraie leçon d’histoire qui se déroule sous nos yeux. On peut écouter la lecture de certaines de ses lettres. On voit son écriture, si claire et lisible. 

Bains dans la Seine devant le Pont Rouge

Vie de cour, mais aussi vie quotidienne comme ces tableaux des Bains dans la Seine devant le pont rouge et du Marché aux Fleurs

Statuette en argile fin 19ème siècle Allouard

Le Berger d’Alep – Stéphanie Perez – Ed Récamier

SYRIE

Stéphanie Perez est un visage connu du Journal télévisé, Grand reporter pour France Télévision, elle commente les guerres en Ukraine comme au Moyen Orient. Au salon Créteil en Poche, elle a animé une rencontre en compagnie de Delphine Minoui. Les deux journalistes ont raconté leur expérience sur le terrain et comment sont nés ces romans quand la réalité dépasse la fiction. Images de reportages se succèdent dans le poste de télévision, dates, chiffres, écrasent l’impression de l’information précédente.

« des conflits sans issue, pour les guerres qu’on ne savait même plus définir. La leur, en Syrie, était devenue illisible.
Pas de récit clair, pas de héros surgissant drapeaux au vent pour vaincre les méchants. À la place : des milices
désorganisées, des fous de Dieu, des bourreaux en uniforme. Des hommes qui tuaient au nom de l’ordre, d’autres au nom de la foi. Des traîtres et des lâches, la violence partout. Comment résumer ce chaos en deux
minutes de journal télévisé, entre le prix de l’essence et la météo du week-end ?« 

J’ai besoin de personnages, d’histoires, d’individus, besoin de me projeter dans leur quotidien même s’il est misérable comme dans la bataille qui a fait rage à Alep dans les années 2016 et suivantes. Un roman pour donner de l’humanité, là ou chiffres de victimes s’additionnent aux  destructions. 

Là où cela se complique, dans cette guerre terrible, c’est que l’humanité va s’incarner dans un personnage inattendu : Zaatar, un chien au nom parfumé. Et sa présence va redonner vie à une petite communauté, à des familles qui ne se seraient pas parlé : des chrétiens, des musulmans, un pianiste, un tailleur…

« Il ne faut pas abandonner. Je vais faire une comparaison qui va peut-être vous faire sourire : moi, le tailleur, je dirais que la foi, c’est comme un tissu. Parfois, la vie le déchire. Mais on peut toujours le repriser. Même si ce n’ est pas parfait. Maya eut un sourire las. — Et en ce moment les coutures craquent un peu, c’est cela que vous voulez me dire ? »

J’ai pensé à un autre livre très tendre où une chienne consolait  un enfant malheureux : Bel Abime deYamen Manai CLIC

Grande tendresse, grande émotion, sans oublier la réalité douloureuse de la population syrienne coincée entre Daech et les sbires de Bachir El Assad, entre torture et exil. Et pourtant, même sous les bombardements et les snipers, même avec la peur, des habitants vivent, écoutent de la musique, s’entraident.