A l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), une exposition se tient comme une évidence au Musée Carnavalet. Madame de Sévignéest chez elle dans son hôtel où elle s’est installée en 1677 situé au 23 Rue de Madame de Sévigné
Hôtel Carnavalet vers 1740
Elle est née tout près d’ici, Place Royale, actuellement Place ds Vosges. Elle a grandit dans le Marais, s’y est mariée dans l’église Saint Gervais
Madame de Sévigné vers 1645 Jean Nocret
Madame de Sévignéfréquentait les salons littéraires. Des portraits de Ninon de Lenclos, de Madame de Scudéry, de Mademoiselle de Montpensier illsutrent cette vie intellectuelle et politique avec la Fronde
la Grande Mademoiselle
Madame de Sévigné, dans sa correspondance a fait une chronique politique (et mondaine) racontant la vie à la Cour, l’arrestation de Fouquet, le suicide de Vatel et la vie parisienne. C’est donc une vraie leçon d’histoire qui se déroule sous nos yeux. On peut écouter la lecture de certaines de ses lettres. On voit son écriture, si claire et lisible.
Bains dans la Seine devant le Pont Rouge
Vie de cour, mais aussi vie quotidienne comme ces tableaux des Bains dans la Seine devant le pont rouge et du Marché aux Fleurs
Stéphanie Perez est un visage connu du Journal télévisé, Grand reporter pour France Télévision, elle commente les guerres en Ukraine comme au Moyen Orient. Au salon Créteil en Poche, elle a animé une rencontre en compagnie de Delphine Minoui. Les deux journalistes ont raconté leur expérience sur le terrain et comment sont nés ces romans quand la réalité dépasse la fiction. Images de reportages se succèdent dans le poste de télévision, dates, chiffres, écrasent l’impression de l’information précédente.
« des conflits sans issue, pour les guerres qu’on ne savait même plus définir. La leur, en Syrie, était devenue illisible. Pas de récit clair, pas de héros surgissant drapeaux au vent pour vaincre les méchants. À la place : des milices désorganisées, des fous de Dieu, des bourreaux en uniforme. Des hommes qui tuaient au nom de l’ordre, d’autres au nom de la foi. Des traîtres et des lâches, la violence partout. Comment résumer ce chaos en deux minutes de journal télévisé, entre le prix de l’essence et la météo du week-end ?«
J’ai besoin de personnages, d’histoires, d’individus, besoin de me projeter dans leur quotidien même s’il est misérable comme dans la bataille qui a fait rage à Alep dans les années 2016 et suivantes. Un roman pour donner de l’humanité, là ou chiffres de victimes s’additionnent aux destructions.
Là où cela se complique, dans cette guerre terrible, c’est que l’humanité va s’incarner dans un personnage inattendu : Zaatar, un chien au nom parfumé. Et sa présence va redonner vie à une petite communauté, à des familles qui ne se seraient pas parlé : des chrétiens, des musulmans, un pianiste, un tailleur…
« Il ne faut pas abandonner. Je vais faire une comparaison qui va peut-être vous faire sourire : moi, le tailleur, je dirais que la foi, c’est comme un tissu. Parfois, la vie le déchire. Mais on peut toujours le repriser. Même si ce n’ est pas parfait. Maya eut un sourire las. — Et en ce moment les coutures craquent un peu, c’est cela que vous voulez me dire ? »
J’ai pensé à un autre livre très tendre où une chienne consolait un enfant malheureux : Bel Abime deYamen ManaiCLIC
Grande tendresse, grande émotion, sans oublier la réalité douloureuse de la population syrienne coincée entre Daech et les sbires de Bachir El Assad, entre torture et exil. Et pourtant, même sous les bombardements et les snipers, même avec la peur, des habitants vivent, écoutent de la musique, s’entraident.
Sallertaine : maisons vendéennes et roses trémières
Sallertaine est situé à une quinzaine de kilomètres du Gois après avoir traversé Beauvoir-sur-mer. Sallertaine a reçu le label Ville des Métiers d’Art : une trentaine d’artisans et artistes ont installé ateliers et boutiques. Le village est très fleuri et décoré. Les poteaux indicateurs sont remplacés par de vieux vélos peints de couleur vive : orange, rose, violine et portent les écriteaux touristiques.
Sallertaine : église romane
Le village possède deux églises : la plus ancienne romane (1080) appartenait à un prieuré bénédictin qui a joué un rôle important en asséchant les marais et drainer de nouvelles terres agricoles. Elle fut agrandie en 1173 puis au XIVème siècle. Au XVIIème siècle les peintures murales sont badigeonnées de chaux, quatre baies sont agrandies. Au XVIIIème siècle 3 retables sont ajoutés. A la Révolution, l’église sert d’entrepôt.
Le culte est transféré à la grande église construite en 1910.
L’église romane sert de galerie d’exposition. J’ai été plus intéressée par l’art roman que par la peinture exposée. J’étais un peu gênée vis-à-vis de l’artiste qui cherchait à engager la conversation avec les visiteurs.
Sallertaine église romane : coupole
La coupole est remarquable, très haute. Le dépliant qualifiée l’architecture de style Plantagenêt. Les chapiteaux en calcaire très blanc sont d’une grande simplicité. Le porche roman très simple est orné de cordages et de tresses.
Les petites venelles sont bordées de maisons vendéennes blanches fleuries de roses trémières et de roses roses.
En quête de pain (le seul boulanger est en vacances) je trouve seulement une épicerie. Les restaurants sont bien tentants mais complets. Contrairement aux villages environnants où les boutiques ont disparu des centre-bourgs, à Sallertaine, on peut faire du lèche-vitrine chez la céramiste, la couturière qui propose de jolies robes fleuries, ou dans la maroquinerie….
Le Jardin de Vaulieu
Sallertaine : le jardin dans l’ancienne carrière
En centre-bourg, ce jardin a été aménagé dans une ancienne carrière. Occasion d’un peu de géologie. La Pierre de Sallertaine est un calcaire Eocène(Lutétien) gréseux, fossilifère (gastéropodes et foraminifères) . On peu déduire de la stratification que le sédiment s’est déposé dans un milieu marin agité et trouver le sens du courant de dépôt. Ce jardin est très fleuri. Des espaces ont été aménagés pour des ateliers et des animations, on peut également pratiquer le canoë-kayak.
Au hasard de ma visite, j’entre dans la boutique d’une céramiste Terre d’ âmes. >la potière est très aimable. Son travail est d’une grande finesse ; Elle propose également des stages de cuisson raku hors saison, deux séances espacées d’une semaine.
Moulin de Rairé
Le Moulin de Rairé avec ses ailes de bois
Il est déjà 13 heures, 34°C au thermomètre. La chaleur est accablante et je dois arrêter mon exploration des ateliers d’artisans. Nous pique-niquons dans le parking herbu et ombragé du Moulin de Rairé qui se trouve à 2.8 km de Sallertaine. Isolé dans le marais. Le moulin est accompagné de plusieurs bâtiments avec des expositions et même un alignement de menhirs.
La visite commence à 14 heures.
En introduction, une vidéo raconte la dernière révision du moulin. Construit en 1555, il y a près de 500 ans, il n’a pas cessé de moudre de la farine. Seul changement notable : en 1864 on a remplacé les voiles par des ailes de bois réglables, un peu comme des éventails. De temps en temps, il faut remplacer certaines pièces qui s’usent. La prochaine révision est prévue dans 60 ans ! A l’occasion de cette vidéo, j’apprends un nouveau mot Amoulangeur qui désigne le charpentier de moulins. La machinerie d’un moulin à vent est hautement sophistiquée. Le meunier du moulin de Rairé qui est également amoulangeur, vient à notre rencontre et nous invite à grimper au premier étage.
Moullin de Rairé :Engrenages
Ses premiers mots : « il n’y a pas de vent, aujourd’hui, le moulin est à l’arrêt » . pas de moteur au Moulin de Rairé, la seule force motrice est le vent qui détermine tout. A l’extérieur les nombreuses girouettes indiquent la direction du vent. Il y en a même à l’intérieur du moulin : de petites plaquettes de bois.
« Veiller au grain » est une expression courante semblant venir de la meunerie, mais surtout du domaine maritime ou le grain est une tempête violente imprévisible.
Le grain est moulu entre deux meules de pierre dont un est fixe et l’autre mobile. Les meules sont en silex de La Ferté-sous-Jouarre, de la meilleure qualité.
Nous découvrons les engrenages. La plupart sont en bois. Les dents sont en bois de cormier, arbre devenu rare depuis que le remembrement a fait disparaître les haies. Certaines pièces sont métalliques. L’association bois/métal confère de la souplesse au mouvement. En plus des mécanismes moteurs des meules, de nombreuses pièces améliorent le travail du meunier comme le régulateur qui assure la régularité du mouvement qui peut prévenir le meunier si les ailes s’emballent « meunier tu dors, ton moulin va trop vite ! » .
Le meunier du moulin de Rairé
Autrefois le grain était moulu en permanence, de jour comme de nuit. Maintenant le moulin ne tourne plus que le jour. Sa production est minime : un quintal par jour, alors que les minoteries industrielles fabriquent des tonnes et des tonnes. C’est un rendement d’un autre temps : du temps où il n’y avait pas de routes dans le marais et qu’il fallait deux heures pour rejoindre Sallertaine en barque par les canaux.
Le moulin est plutôt un monument patrimonial qu’il convient de garder vivant comme témoignage historique. Tant de générations se sont succédées et le meunier est très fier de nous dire que la relève est assurée : son fils ! La production du moulin est commercialisée : des farines d’agriculture biologique moulues artisanalement sont vendues ; elles ne se conservent pas forcément, il est conseillé de les congeler.
Le travail le plus pénible serait d’acheminer des sacs de 100 kg de grain. Le problème est résolu par un système de chaînes, de sangles et de poulies. Les trappes s’ouvrent toutes seules à la montée. Le grain s’ »enfourne dans la trémie d’alimentation. Sophistiqué et délicat : un simple geste permet de faire tourner le tout pour présenter les ailes au vent ;
Pour terminer la visite : une belle crêpe cuite sous mes yeux.
Il y aurait beaucoup à voir dans les expositions des bâtiments annexes mais il fait très très chaud, 34°C et beaucoup plus dans la voiture, nous préférons écourter ;
J’aime beaucoup cette collection Ma nuit au Musée qui m’a fait découvrir Lola Lafon :Quand tu écouteras cette chansondans la maison d’Anne Frank et Richard Malka : Après Dieuau Panthéon, Leila Slimani Le Parfum des fleurs à la Dogana de Venise. je suis prête à suivre mes écrivains favoris dans cette aventure. Cette fois-ci, en route pour Cabourget la Villa du Temps Retrouvé que l’autrice connaît très bien puisqu’elle a participé à la création de ce musée. Evelyne Bloch-Dano est également spécialiste de Proust avec son livre Madame Proust autour de la mère de Marcel Proust.
Excellentes références! Je suis d’autant plus motivée que j’ai visité cette Villa du Temps Retrouvé il y a moins de deux ans.
Cabourg la villa du Temps Retrouvé
A la lecture du Parfum des Années, je me rends compte du contresens de ma visite d’alors. Je venais de terminer La Recherche , encore toute imbibée de Proust, j’ai surtout cherché à le retrouver. Si bien que j’ai négligé la belle exposition dédiée à Jules Verne. Je n’ai pas prêté une attention assez soutenue à la projection dans la première salle illustrant la Belle Epoque où Evelyne Bloch-Dano passe un bon moment. j’étais trop pressée de découvrir les autographes, les dessins de Marcel et les « placards » de Céleste Albaret et les paperolles. Pourtant on m’avait prévenue, Marcel n’a jamais habité dans ce bâtiment, même au Grand Hôtel de Cabourg, il ne reconnaîtrait pas sa chambre (visitée actuellement par des pélerinages touristiques). Les peintures, les portraits je les ai examiné avec les souvenirs de mes lectures : qui était Elstir, Helleu peut être? Whistler? peut être Vuillard? J’ai cherché parmi les belles dames laquelle serait Madame Verdurin…
Suzette Lemaire une inspiratrice de Madame Verdurin
Si, comme l’explique Evelyne Bloch-Dano, la villa est une évocation de la Belle Epoque la visite est très différente. Chercher à définir cette « Belle Epoque » et se rendre compte que ce concept de « Belle Epoque » est beaucoup plus récent que je ne l’imaginais
l’expression « Belle Époque » – un chrononyme – est bien postérieure à la période où elle se déroula. Un premier signe en est donné en 1940 par une émission sur la vichyste Radio-Paris consacrée à la musique des années 1900 et intitulée : Ah ! la Belle Époque ! Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’expression fait vraiment son apparition, produit d’un imaginaire historique qui s’enracine autour du Paris et de l’« esprit français » de 1900.
Et c’est dans cette optique que la salle d’introduction avec ses projections panoramiquesprend tout son sens : costumes, visages, trains, quais….A la Belle Epoque la photographie existait et le cinéma naissait. On dispose donc d’images d’époque.
Et à propos de cinéma, Evelyne Bloch-Dano nous parle d’Alice Guy,la première réalisatrice de fictions, trop méconnue, quoique aujourd’hui on la reconnait.
L’ambivalence d’Alice Guy par rapport au féminisme est typique de certaines femmes exceptionnelles, hors du commun : ni George Sand ni Colette par exemple ne se sont jamais réclamées du féminisme même si elles ont lutté, chacune à sa façon, pour leur propre indépendance.
L’autrice interroge les portraits, souvent autoportraits de toutes les femmes qui l’entourent dans cette galerie : femmes qui ont eu leur place dans les salons et les soirées de Madame de Guermantes ou chez Madame Verdurin. (et me revoilà avec Proust, je suis incorrigible). Célébrités ou militantes féministes? Elle dresse une liste de militantes féministes : Hubertine Auclertqui réclama la parité dans les assemblées dès la fin du XIXèe siècle, Marguerite Durand, Madeleine Pelletier, première médecin aliéniste, Séverine, la journaliste, Louise Breslau, peintre
Il me semble que Louise Breslau incarne à la perfection la femme artiste de la Belle Époque. Une femme qui choisit de venir à Paris pour peindre et vivre indépendante
Femmes artistes ou Femmes de salons peuplent la villa et le livre :
Winnaretta Singer aurait peut-être été cette artiste. Faut-il classer cette extravagante dans la catégorie du «gratin révolté », expression désignant la volonté émancipatrice de certaines des grandes dames
Le Parfum des années s’avère beaucoup moins proustien que je ne croyais, beaucoup plus féministe, l’autrice n’oublie pas les limites de ce féministes. Des personnalités fortes, reconnues dans leur domaine, mais une époque « corsetée« où les droits des femmes étaient loin d’être reconnus et où les maris, même titrés et aristocrates battaient leurs femmes au point de leur casser la jambe ou de les faire avorter. Meetoo, ce sera dans un siècle!
Sarah Bernhardt et Louise Abema tableau vu à l’exposition Sarah Bernhart au Petit Palais
« en tant qu’artistes à part entière, qu’elles soient peintres comme Rosa Bonheur, Louise Abbéma, Madeleine Lemaire et Louise Breslau, actrice comme Sarah Bernhardt ou écrivaines comme Anna de Noailles, Natalie Barney, Renée Vivien ou, bien sûr, Colette. Mais ne nous leurrons pas, la société de leur temps est loin d’ accepter leur mode de vie et leurs préférences sexuelles. L’époque est encore corsetée, au sens propre et figuré. »
Et comme c’est l’usage dans cette collection Une nuit au musée, Evelyne Bloch-Dano nous parle d’elle, du making-of du livre, et j’ai plaisir à la connaître mieux. Je lirai d’autres ouvrages, surtout Madame Proust que je n’ai pas encore lu et d’autres
Le meilleur hommage à un écrivain qui vient de disparaître est de le lire!
j’ai donc repris La Rumeur d’Orléans à la suite de la lecture de Une rumeur dans le vent, un roman italien de Ilaria Gaspari qui se base sur une histoire analogue survenue à Rome en 1983 CLIC
Les deux livres sont différents : l’un est une fiction romancée, avec pour héroïne, une jeune vendeuse du magasin de confection. L’autre est un essai rédigé par une équipe de sociologues, résultat d’une enquête commandée par les institutions juives. Enquête menée par 5 sociologues. C’est un travail rigoureux qui rend compte des méthodes de travail, interviews sur le terrain, recherches dans la Presse. Des concepts très précis ont été forgés pour l’analyse : Mythe,anti-Mythe, conducteurs, anticorps…
Les schémas que Morin et ses collègues ont mis en évidence collent parfaitement au récit romain d’Ilaria Gaspari (peut-être s’en est elle inpirée?
le jumelage mythologique entre deux thématiques distinctes, l’une de traite des Blanches, l’autre concernant le juif ; celles-ci, aussitôt associées se combinent pour constituer un mythe à deux faces
Les sociologues vont explorer les deux pistes : celle de la traite des Blanches et les fantasmes des adolescentes qui ont été à l’origine de la rumeur, celle de l’antisémitisme dans la ville d’Orléans.
le foyer originaire est féminin, et particulièrement adolescent et juvénile
Diverses versions de l’antisémitisme sont abordées, antisémitisme nazi – on y pense tout de suite – mais aussi médiéval et les formes que la rumeur ont prises y font aussi penser avec la légende d’oubliettes, de souterrains connectés aboutissant à la Loire. Rejet des Juifs en tant qu’autres? pas forcément les 6 commerçants visés étaient particulièrement bien intégrés, sans accent étranger ni signes distinctifs. Jalousie, concurrence? Et déjà du côté de la Gauche un rejet du Sionisme après la Guerre des Six Jours, et une confusion antisémitisme, antisionisme. Déjà!
La lecture d’un texte scientifique n’est pas aussi fluide que celle d’un roman. Les auteurs discutent de chaque détail, reviennent à de nombreuses reprises sur des faits qu’ils examinent en tout sens. Mais c’est passionnant de voir la science en progrès. Les auteurs mettent en scène leurs doutes, pas d’affirmations peremptoires.
Ici on peut se poser la question de l’agent enzymatique initial : Qui a inventé ou lancé le mythe orléanais ? Comment ? Pourquoi ? Y a-t-il eu à l’origine canular, autosuggestion, volonté de nuire, provocation antisémite? L’hypothèse de la malveillance d’un concurrent et celle, plus plausible,
et cette dernière étonnante :
Orléans vivrait-elle encore à l’heure de Madame Bovary?
Aurait-on pu écrire cette phrase à propos de Rome?
Des trésors fabuleux ont été mis au jour sous les tumulus des tombeaux royaux de Silla de la ville de Gyeongju. Ce brillant Royaume de Silla a duré un millénaire de 57 avant JC à 935. Petite province au sud de la péninsule, il s’est étendu à toute la Corée actuelle.
pectoral en virgules de jade
Or et jade (provenant du Japon). orfèvrerie très sophistiquée pour des objets de prestige : couronnes ouvragées,
boucles d’oreilles
Armes de prestige, façonnées sur place ou de provenance lointaine comme la dague perse
Dague : or, grenats émail cloisonné.
Ces provenances étrangères montre que le royaume de Silla entretenait des relations commerciales avec les nations voisines. Bijoux d’orfèvrerie mais aussi cuirasse de chevaux de parade, toute la cuirasse est décorée avec une sophistication extraordinaire
Etriers décorés minutieusement
la poterie est aussi d’une grande beauté
Détail du décor : grenouilles, tortues, serpent mais aussi personnages dans des positions inconvenantes
Au 6ème – 7ème siècle le royaume adopte le Bouddhisme et l’iconographie change
les représentations des personnages du zodiaque bouddhique sont très curieuses
Signe du cochon
La visite se termine dans une curieuse « grotte » j’ai mis les guillemets parce que ce n’est pas une grotte naturelle mais un édifice construit recouvert par un tumulus. Le Bouddha monumental est un hologramme projeté sur un écran noir, mais il fait tellement illusion que nous nous posions le problème du fret- par avion ou bateau? – quand il s’est évaporé, pour revenir quelques minutes plus tard.
Départ du Voyage à la Gare de Moulin-Galant (RER D en direction de Malsherbes, attention changement à Juvisy , très peu de trains ce week-end). Après avoir traversé le village très tranquille, nous rejoignons le joli clocher de Villabé
Eglise de Villabé
Sur la place une belle fontaine de pierre décorée d’une grappe de raisin rappelle le passé viticole du village qui produisait un vin rouge de qualité apprécié dans la région. L’arrivée des chemins de fer et la concurrence des vins produits plus loin a mis fin à cette activité viticole. Il faut imaginer que le coteau était planté de vigne.
vignoble sur le coteau du Cirque de l’Essonne
Notre balade est commentée par une des bénévoles de l’Association Le Cirque de l’Essonne à Coeur qui tente de préserver cet espace naturel de 132 ha de l’urbanisation. La rivière Essonne a creusé dans le plateau du Hurepoix une boucle. Le Cirque de l’Essonne est donc formé d’un coteau arrondi recouvert actuellement de bois et de taillis, autrefois poussait la vigne et les prairies calcaires étaient plus développées. Dans la plaine en creux : des champs de blé, et un peu plus bas une zone humide abritant des espèces protégées. Cet espace a été classé en 2017 Espace naturel sensible et ZNIEFF ce qui ne garantie pas la pérennité de cet espace vert très convoité et l’Association doit être vigilante.
Des chemins sont aménagés avec des belvédères, des bancs et tables de pique-nique. La zone du marais a été nettoyée. Elle avait été squattée par des jardins familiaux, certains de bonne taille avec même des serres, une guinguette et autres activités illicites. Ce nettoyage a permis de restaurer le caractère naturel et d’éliminer des déchets. Cependant, de gros moyens mécaniques ont été mis en oeuvre, pelleteuses, chenilles… et le résultat est assez désolant. Supprimer des jardins au nom de la préservation de la nature me choque un peu. J’ai un faible pour les jardins, les jardiniers, et la vie sociale qui va avec.
On arrive sur un grand complexe sportif (terrains en gazon artificiel) du Stade Robinson et longons la rivière au Parc Robinson. L’Essonne se jette dans la Seine à Corbeil, mais avant ce divise en bras comme un petit delta, par ailleurs une autre rivière La Juine conflue dans l’Essonne, et on a imaginé creuser un canal : la Canal de Chateaubourg sous Louis XIV. Par cette chaude journée c’est un plaisir de passer au bord de l’eau.
L’eau a joué un très grand rôle à Corbeil avec de nombreux moulins, moulins à farine, à huile, à foulon mais aussi industries papetières justement au Moulin de Robinson (disparu en 1980). La papeterie a été une grande activité de la ville avec la Papeterie Darblay commercialisant le Sopalin, l‘activité a cessé en 1986 et depuis l’immense usine a été détruite.
La Commanderie Saint Jean nous a ouvert ses portes pour le pique-nique dans son jardin ombragé . La Commanderie a été à la fin du XIIème siècle, Alix, la mère de Philippe Auguste, l’a dotée. Il reste du prieuré une très belle église dans un jardin, les Hospitaliers disposaient d’un grand bâtiment « le Palais » pour héberger les pélerins, soigner…. Tout a disparu à la Révolution, le prieuré fut annexé à la Poudrerie et les autres bâtiments furent détruits. Mais il y a de beaux restes dans l’église qui est devenu un centre d’art pour des expositions.
La conférencière nous a raconté de belles histoires : Ingeburge du Danemark est attachée à la Commanderie. Epouse de Philippe-Auguste, (1165-1223) elle fut répudiée le lendemain-même de son mariage 1191, sa dalle funéraire est exposée dans l’église.
C’est au prieuré de Saint Jean à Corbeil que deux traités furent conclus : traité de Corbeil de 1258 entre Louis IX et Jacques roi catalan d’Aragon qui mit fin aux prétentions françaises sur Barcelone et fit des échanges de territoires dans les Pyrénées. Le Traité de Corbeil de 1358 scelle l’Alliance entre l’Ecosse et la France.
Un dernier épisode : celui des expériences à la Poudreriepar Lavoisier et Bertholletqui furent accompagnées d’explosions meurtrières si bien qu’à la demande de la population excédée, elle fut fermée. Leur nom reste dans la toponymie des rues
la Poudrerie de Corbeil
Sur le cours de l‘Essonne des moulins exploitaient l’énergie hydroliques, certains avaient des dimensions impressionnantes.
Le quartier de Monconseil n’a pas franchement le cachet des bords de rivière, son centre commercial est déserté, les quelques boutiques n’ayant pas fermé le rideau de fer ont l’air bien défavorisées. Ce que nous sommes venus découvrir est une église très originale :l’église Notre Dame de la Paix : dessinée par Edouard Albert, l’architecte de Jussieu, utilisant les structures tubulaires. il a choisi comme élément de base le triangle formant pyramide, avec une ouverture à l’apex donnant un éclairage zénital. Pas de décor en pierre, ni de statue, des tôles, des tubes. Pourtant la communauté s’est approprié l’église en décors chaleureux. Le prêtre qui nous a accueilli nous a fait une présentation chaleureuse de cet édifice.
Promenade dans des rues dont les noms sont évocateurs : rue des Castors évoquant les quartiers castors,le mouvement Castor propose à des familles modestes d’accéder à la propriété grâce au principe de l’auto-construction coopérative (Wikipédia)
Et que raconte cette rue CGB ? Elle rappelle le passage d’un train de la Compagnie ferroviaire de Grande Banlieue dont les trains circulaient sur des rails à voie étroite dans l’ancienne Seine-et-Oise de 1911 à 1949.
Descendant le flanc de la côte, pour nous retrouver en bord de Seine et voir que Corbeil s’étend de part et d’autre du fleuve. D’ailleurs le Pont de Corbeilest le plus ancien pont en amont de Paris, reliant deux châteaux.
Après avoir parcouru la campagne, les petites rues pavillonnaires, les cités, il nous reste à visiter la Ville Médiévale avec ses petites rues pavées, ses remparts bâtie autour de sa cathédrale Saint Spire. A l’Hôtel de l’Arquebuse la devise de la ville « Cor bello paceque bellum » (Coeur fidèle dans la paix et la guerre).
Corbeil remparts et porte médiévale
Nous découvrons les remparts de la ville close. La Rue du Trou Patrix rappelle une légende de la ville. Patrix aurait été un monstre à deux têtes qui terrorisait les habitants – peut être une bande de brigands. Le Comte Haymon, un comte d’origine normande, qui aurait reçu le comté de Corbeil en 946 aurait délivré la ville de Patrix. En 950, il fit bâtir la collégiale Saint Spire.Cet édifice est très sobre de l’extérieur. Il meurt le 23 mai 957 (la randonnée a lieu de 23 mai 2026)!
Gisant : comte Haymond
Après avoir bien transpiré sous le soleil de la canicule, nous avons l’excellente surprise de retrouver le prêtre-archéologue qui nous ouvre les portes de la cathédrale fermée. Sombre et fraîche, c’est un régal. Après les bombardements de la deuxième Guerre mondiale, les vitraux ont été remplacés par des vitraux modernes aux couleurs vives qui racontent comme une bande dessinée l’histoire de la ville. La collégiale appartenait à des chanoines dont les demeures formaient un cloître – cercle fermé autour de l’église qui s’ouvrait par une belle porte ornée de deux tourelles.
porte du cloître
Comme cette ville est vraiment riche en Histoire et légendes, il faut évoquer Héloïse et Abélard, ce dernier, érudit, enseignait à Corbeil, alors que la Sorbonne n’existait pas encore.
Et ce n’est pas tout! j’aurais dû évoquer les Grands Moulins, la confiserie turque…le tunnel ferroviaire fermé…je n’ai pas épuisé le sujet!
Attention! Exposition très prisée, réservation recommandée! Même avec résa, queues à prévoir. Lee Miller est un personnage romanesque. Au-delà de la qualité exceptionnelle des photographies, on peut visiter cette exposition en s’attachant au parcours de vie de Lee Miller.
« je suis née dans la chambre noire et c’est là que j’ai grandi »
Lee Miller : 1932 autoportrait
Elisabeth Miller nait en 1907. En 1917, elle reçoit son premier appareil photo. Visite l’Exposition Art Déco de Paris 1925. En 1927, engagée comme mannequin, elle adopte le prénom androgyne Lee, correspondant mieux à son caractère indépendant. 1929, Elle se présente à Paris pour étudier la photographie comme apprentie de Man Ray. En 1930, installe son propre studio-photo.
Nu penché vers l’avant 1930 – Lee Miller
Auprès de Man Ray (Emmanuel Radnitzky) elle apprend diverses techniques, dont la solarisation, elle développe les négatifs de Man Ray, même se les approprie en les retravaillant. Difficile, dans l’exposition de distinguer les photos des uns ou des autres
Têtes mises sous cloche – Man Ray et Lee Miller
1930, elle joue le rôle de la statue dans le film de Cocteau : Le sang d’un poète dont un extrait est projeté à l’entrée de l’exposition.
Une section de l’exposition UN REGARD SURREALISTE (1929-1932) on voit des photos de Paris avec des cadrages originaux et des portraits des artistes se rattachant à cette mouvance.
Portrait de l’espace près de Siwa 1937
En 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey, et s’installe au Caire, suit des cours d’arabe, de chimie, voyage à Jérusalem et photographie l’Egypte selon des angles variés comme le Portrait de l’espace ou le goudron fondu, elle documente aussi la modernité de l’Egypte avec les tours d’une cimenterie à Helwan, l’ombre projetée sur Gizeh de la Pyramide de Chéops.
Cornouailles,1937, quatre endormies Lee Miller, Leonora Carrington, Nusch Eluard,
1937, rencontre RolandPenrose, peintre, photographe et poète britannique surréaliste. Ils passent à Mougins(portrait de Picasso) puis en Angleterre.
1938 Sur la route en Roumanie
1938, voyage en Roumanie avecPenrose, ils rencontrent l’ethnomusicologue Harry Brauner, frère de Victor Brauner, peintre surréaliste ARTISTES ET AMIS
Leonora Carrington Lee Miller a fait le portrait de nombreux artistes, je reconnais au passage Picasso, Cocteau, Colette, Magritte, Leaonora Carrington, Dora Maar….
Elle fait également des photographies de mode pour le magazine Vogue SOMBRE GLOIRE : BRITAIN AT WAR
Lee Miller, correspondante de guerre
La guerre les fixe d’abord en Angleterre. Lee Miller se fait photojournaliste, elle photographie pour Vogue Londres sous le Blitz. Ses photographies sont destinées à influencer le public américain pour amener les Etats Unis à s’impliquer dans le conflit. En 1942, elle est accréditée par Vogue comme correspondante de guerre.
En Angleterre, elle fait le portrait de femmes militaires en guerre, de pilotes, radios, mais aussi d’ouvrières, de plieuses de parachute SUR LE FRONT 1944
Lee Miller n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’en 1944. Une série montre Saint Malo en guerre. Elle documente mais garde son regard surréaliste quand on voit un canon sous une nappe de dentelle ou des scènes étranges. Une de ses photos sera censurée : celle qui montre la nouvelle arme secrète : le napalm.
1944, Libération de Paris, ce sont les retrouvailles avec Picasso, Dora Maar, Nusch Eluard …
1945, elle suit les troupes alliées en Alsace. Un cliché est tout à fait original : en ligne directe avec Dieu un calvaire a été touché, le support des pieds du Christ se trouve pris dans les cables électriques emmêlés d’un pylône bombardé. IL FAUT LE CROIRE : BELIEVE IT Elle découvre Dachau, couvre le procès de Pétain. En plus des photos, rédige des textes. La salle présente des planches-contacts de cette réalité atroce. Les organisateurs de l’exposition du MAM prient les visiteurs de ne pas prendre de photos. Cela se comprend. Elle documente l’impensable pour que le monde la croit.
Comme une purification, avec Schermann ils accèdent à l’apartement de Hitler encore intact et se baignent dans la baignoire d’Hitler.
Guillaume Ernerest journaliste à France Culture, écrivain, sociologue. Dans une autre vie, il fut un des dirigeants de La City, une marque de prêt-à-porter très en vogue dans les années 90. C’est aussi l’auteur de Judéobsession CLIC que j’ai lu « après le 7 Octobre ». Je l’ai écouté dans le podcast des Midis de Culture CLICoù il parlait de son livre Schmattès et de l’écrivain sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918).
« Moi, j’étais à la fois l’Obélix et le Kant du schmattès. Obélix parce que j’étais tombé dedans quand j’étais petit, Kant parce que je connaissais les catégories de l’entendement. Avec des yeux de mouche, nous aurions
construit une autre géométrie. Moi je n’avais pas des yeux de mouche mais des yeux de schmattologue, c’est
pour cela que je voyais le monde autrement. »
Erner, dans Schmattès,fait un récit très personnel, il se met en scène avec ses parents, ses voisins, ses associés dans l’aventure de La City, ses succès et sa déconfiture. C’est le récit d’un quartier : le Sentier,entre Rue de Turenne, rue de Cléry, Porte Saint Martin, le quartier de la confection, des textiles depuis des décennies. Ateliers, boutiques, et tous les métiers…et ceux qu’on n’imagine même pas, boutons, étiquettes, livreurs,
« Chaque métier portait un secret, chaque visage racontait une histoire. Le Sentier n’était pas un quartier, c’était un écosystème, et derrière chaque rideau de tissus, un théâtre d’ombres et de lumières. »
Il décortique tous les ressorts économiques de ces commerces, la sociologie, les différentes couches de population. Ashkenazes arrivés de Pologne, de Roumanie ou de Russie pour qui le textile était un moyen de vivre (et de survivre), se définissant comme ouvriers (même s’ils devenaient patrons), votant à gauche. Séfarades, pieds noirs arrivés dans les années 60, à droite (par rancoeur contre la décolonisation) flambeurs, joyeux…
Ce pourrait être un livre de sociologie sérieux et ennuyeux, pas du tout : Ernerécrit avec un humour détonnant et beaucoup de pittoresque un presque thriller, surtout quand, ayant accumulé les dettes, il est aux abois. C’est un livre très drôle, une lecture addictive.
« À moi qui devais 250 patates, cela parlait particulièrement. Le 10 septembre, je suis allé à un concert, c’était sublime : de la musique de Lekeu, un compositeur mort de la typhoïde à l’âge de 24 ans. Le lendemain, c’était le 11 septembre, et j’ai honte de le dire mais ce jour fut une bénédiction pour moi. Disons »
Il raconte le déclin des marques attaquées par Zara, H&M, et la financiarisation du commerce des textiles.
« C’étaient les armées du Mordor – Mordor, le pays industriel et sombre du Seigneur des anneaux – au service de l’actionnaire et du dividende. Le pire, c’est qu’ils n’étaient même pas riches : de simples salariés. Pas de Porsche, pas de Rolex. Du vice pur. »
« Avec la génération Green, la question de Max Weber disparaît. Le capitalisme cesse d’être une ascèse ; il devient un carnaval. Plus de protestants, plus de Juifs, plus de repères. Seulement des capitalistes à l’état pur, gouvernés par l’instinct, obsédés par la maximisation immédiate »
Si La City et des marques se termine au début de l’an 2000, la roue de l’histoire continue sa course. Zara et H&M vont être détrônées par Shein et Temu… le quartier va se vider au profit des commandes sur Internet et de la livraison des petits paquets. Erner termine son récit avec la faillite de sa marque.
L’histoire de La City illustre une loi d’airain : la société est là pour protéger l’ordre social. Au fond, plus personne ne connaît de Juifs du Sentier. Le capitalisme a choisi son camp : celui des multinationales qui enjambent les lois, et non ces petites entreprises qui les enfreignent parfois.
Lecture agréable avec en bonus des « rencontres » avec Zola, Durkheim, Max Weber et Simmel, un côté érudit qui ne se prend pas au sérieux. Amusant!
Epilogue personnel : Mercredi, j’ai été voir Collapse en face de Gaza au MK2 Beaubourg, un film de l’israélienne Anat Even, j’ai traversé le quartier à pied, méconnaissable. Cafés bobos, galeries de peinture, troupes de touristes en quête de pittoresque. Je cherchais un sac à main, je n’ai pas trouvé l’entrée du BHV rue de la Verrerie et j’ai dû marcher jusqu’au métro Louvre pour trouver une maroquinerie qui soldait pour liquidation, apparemment la dernière du quartier, queue invraisemblable devant le chausseur Minelli qui ferme à la fin du mois, collapse in Rivoli !
Quelle bonne idée de la part de Claudialucia que de proposer cette lecture commune d’un ouvrage moins connu de George Sand ! Avec une nouvelle facette de l’oeuvre de la Bonne dame de Nohant qui s’aventure dans le roman historique, de cape et d’épée.
Pavé de plus de 700 pages avec de l’action, de l’amour, des personnages nombreux, très pittoresques et attachants.
Le roman se déroule en Berry, dans trois manoirs voisins, pendant le règne de Louis XIII. Les guerres de religion font encore rage. A Bourges, Condé et les Jésuites tentent de s’imposer. L’arrivée d’un noble espagnol, Sciarra d’Alvimar venu se cacher en Province après un duel à Paris qui a mal tourné, chez un châtelain berrichon va provoquer les premières péripéties.
Il a un grand malheur en la tête, qui est d’être trop Espagnol. Ces gens sublimes méprisent tout ce qui n’est pas eux; mais je crois qu’ils se sont rompu les reins en martyrisant et en exterminant ces pauvres Morisques. Ils s’en mangeront les mains, un jour ou l’autre.
Alvimar est reçu à la Motte-Seuilly chez M. De Beuvre et sa fille Lauriane, qui avait « embrassé le parti de la Réforme »sans être « exalté en fait de religion ». Alvimarest ensuite invité à Briantes, chez le beau Marquis de Bois-Doré, vieil original emperruqué et fardé, toqué de l’Astrée au point d’avoir construit un jardin sur le modèle du roman et de nommer ses serviteurs aux noms de ses personnages.
« la monomanie de M. de Bois-Doré était assez répandue de son temps pour n’être pas une excentricité. Henri IV et sa cour avaient dévoré l’Astrée, et, dans les petites cours d’Allemagne, les princes et princesses prenaient encore ces noms redondants que le marquis imposait à ses gens et à ses bêtes. La vogue passionnée du roman de M. d’Urfé a duré deux siècles; il a encore ému et charmé Jean-Jacques Rousseau »
Chevaleresque, cultivé, admirateur du bon roi Henri IV, Bois-Doré est débonnaire, tolérant et aimé de tous.
« il me faut pratiquer ici l’hospitalité à la mode antique, respecter les secrets de mon hôte et lui faire bon visage, comme à un ancien ami dont on croit tout le plus honorable du monde. Mais cela ne m’oblige point à
lui donner la confiance qu’il me refuse, et c’est pourquoi vous avez vu que, devant lui, je vous ai laissé en un
coin comme un pauvre musicien à gages. »
En revanche, Alvimar, peu respectueux de l’hospitalité généreuse de Bois-Doré, cherche un allié auprès du curé Poulain.
« —Si cet ecclésiastique est zélé pour la bonne cause, pensait-il, il peut m’être utile de l’avoir pour ami; car ce de Beuvre est un huguenot, et le Bois-Doré, avec sa tolérance, ne vaut pas mieux. Qui sait si je pourrai vivre en bonne intelligence avec de pareilles gens? »
Surgissent une troupe de Bohémiens, accompagnés d’une Morisque et d’un jeune enfant. Une gitane fait d’étranges prédictions qui vont se révéler exactes….mais je ne veux pas tout dévoiler!
Alvimar et Bois-Doré se retrouvent tous les deux prétendants à la main de Lauriane. Lequel aura la préférence de la jeune veuve de 16 ans? Cette rivalité va tourner très mal pour l’un d’entre eux….
Mais, au fait, pourquoi les Beaux-Messieurs de Bois Doré? Pourquoi ce pluriel? C’est que le Marquis a retrouvé son neveu qu’il a adopté, le petit Comte de Bois-Doré, aussi beau que son père adoptif, aussi valeureux et amoureux de Lauriane, à 11 ans est-ce raisonnable de demander sa main?
Elle me dira peut-être, pour me remettre le coeur au ventre que je ne suis point un bâtier de paysan, ni un méchant batteur d’estrade, ni un valet grenier à coups de bâton, car il est dit des valets qu’ils sont comme les noyers, lesquels tant plus ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un escogriffe, ni un tire-laine, ni un damoiseau, ni un fier-à-bras, ni un olibrius, ni un godelureau, ni un pourfendeur, ni un ostrogoth, ni un escargot; que j’ai assez bonne mine, nonobstant une physionomie un peu subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame que je vois (on n’estropie pas une déesse pour la regarder), et devant une réunion de seigneurs qui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu’à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n’est plus qu’un égout d’ignorance, une sentine de stupidités et le bassin de toutes les impertinences…
Assaut du chateau de Briantes par des brigands, les reîtres du lieutenant Saccage et du Capitaine Macabre.
Condé et le curé Poulain organisent les persécutions des Huguenots…Lauriane se voit exilée dans un couvent tandis que son père est parti combattre (et faire des affaires ) avec les Protestants.
Tout un feuilleton, batailles…un vrai roman d’aventure! doublé d’un roman d’amour. Sans parler de l’attention portée aux personnages secondaires, aux valets et aux servantes, au vaillant Adamas
« Adamas, n’ayant jamais manié d’autre arme que le peigne et le fer à papillotes, remplissait évidemment le rôle de la mouche du coche, rôle qu’il savait rendre utile, et que savent bien nécessaire, parfois, ceux qui
connaissent la lenteur et l’apathie berrichonnes.
Sans oublier le colossal carrosseux, Aristandre, si dévoué!
Et toujours ce style inimitable de George Sand si savoureux avec le souci du détail, de la vie quotidienne comme ces descriptions de l’auberge
On sait qu’en ce temps-là encore, les auberges se distinguaient en hostelleries, gîtes et repues. Les gîtes étaient particulièrement affectés pour la nuit, et les repues pour le dîner des voyageurs; ces dernières étaient de méchantes auberges où les gens de bien ne s’arrêtaient que faute de mieux, du corbeau, de l’âne et de l’anguille de Sancerre, c’est-à-dire de la couleuvre. Les gîtes, au contraire, étaient souvent très-luxueux. Les hôtelleries se divisaient encore en auberges pour les gens à pied et en auberges pour les gens à cheval. On y pouvait prendre deux repas.
je pourrais recopier tant de passages amusants! Découvrez les!