La Cloche d’Islande – Laxness

LIRE POUR L’ISLANDE

Thingvellir : Almanagja

Halldor Laxness (1902 – 1998), lauréat du Prix Nobel 1955.

La Cloche d’Islande est une fresque historique se déroulant au début du 18ème siècle, en Islande et dans les pays voisins.

incipit :

« Il fut un temps, est-il dit dans les livres, où la nation islandaise ne possédait qu’un seul bien de valeur marchande. C’était une cloche. Cette cloche était suspendue au pignon de la maison de la Lobretta, à Thingvellir, sur la rive de l’Öxara, attachée à une poutre sous les combles; on la sonnait pour se rendre aux tribunaux avant les exécutions…. »

Cette cloche ne jouera aucun rôle dans l’histoire, le roi de Copenhague ayant besoin de bronze pour fondre des canons vint la réquisitionner. Cette cloche est le symbole de la nation islandaise et le rapt de la cloche est le prélude à l’oppression que le Danemark a imposé à l’Islande. Il est significatif de noter que La Cloche d’Islande fut publiée en 1943 alors que l’Indépendance de L’Islande fur prononcée à Thingvellir le 17 juin 1944 sur place.

Le livre se compose de trois parties : La cloche d’Islande  raconte les pérégrinations de Jon Hreggvisson, paysan gaillard et paillard, voleur de corde, peut être meurtrier sans remords du bourreau du Roi du Danemark. Rustre peut-être, mais insolent et poète, il rimaille à chaque occasion,

Le gaillard obtint son déduit,

Mit près de soi la femme dans son lit

De l’ivresse d’amour empli,

De l’ivresse d’amour empli

A peine avait-elle dit oui »

Toute sa vie, il chante Les Anciennes Rimes de Pontus pour narguer les bourreaux ou les autorités.

Condamné à mort, il s’enfuit, arrive en Hollande, puis au Danemark pour solliciter la grâce du roi. Roman picaresque, pas de cape ni épée, quand Jon a un chapeau, des bottes et une corde il est déjà heureux.

ferme de tourbe

La Vierge Claire, est centrée autour du personnage très séduisant de Snaefrid, le soleil de l’Islande, fille du Gouverneur de l’île mais mal mariée au junker Magnus de Braedradunga. Ce dernier  possède un domaine aux fermes de tourbe à moitié en ruine. Soiffard, il est capable de vendre ses terres, ses fermes et même sa femme pour un verre d’eau de vie. Réduite à la mendicité par son mari, Snaefrid se réfugie chez sa soeur, la femme de l’évêque de Skalholt.

La dernière partie L’Incendie de Copenhague gravite autour du savant Arnas Arneus , vice-gouverneur de sa Gracieuse Majesté, assessor consistori, professor philosophiae et antiquitatum Danicorum. Cet érudit cherche à retrouver et à préserver les manuscrits islandais anciens. Il les déniche dans les lits des paysans qui utilisent le parchemin pour ressemeler les chaussures, ou pour obturer les fenêtres. Pour retrouver le livre d’une islandaise parvenue jusqu’en Amérique dans les temps anciens, il va jusqu’à  Rome. Il ne se contente pas de collectionner les livres anciens, il tente d’utiliser son crédit auprès du Roi du Danemark pour améliorer l’ordinaire et la justice rendue à l’Althing de Thingvellir.

Livre d’histoire décrivant la vie misérable des Islandais au début du 18ème siècle. Les marchands danois ont le monopole du commerce et il est strictement interdit aux Islandais d’entrer en contact avec les navires hollandais ou anglais qui croisent dans la région. Les pêcheurs islandais n’ont d’autre choix que de livrer leur pêche à Copenhague (huile de baleine) quand ils peuvent pêcher car on leur rationne corde, ficelles et hameçons pour leurs lignes. La disette règne sur l’île. Peste, variole, lèpre déciment la population.

Livre d’histoire mais aussi livre de poésie nourri de légendes nordiques, de sagas, de généalogies, d’érudition et même de latin.

Au retour d’Islande, je peux mieux imaginer comment l’Althing – le parlement vieux de plusieurs siècles – a perduré, non pas comme institution qui légifère mais comme tribunal où se rencontrent nobles et mendiants, marchands et évêques. On voit aussi faucher l’herbe, traverser les rivières glaciaires. Chevaux, chiens ne sont pas oubliés.

Une conclusion magnifique à notre voyage et à toutes ces lectures islandaises!

la Saga de Saint Olaf de Snorri Sturluson – Régis Boyer

LIRE POUR L’ISLANDE

Thingvellir

A Thingvellir, à Reykolt où un musée est consacré à Snorri Sturluson, à Borganes  au Musée de la Colonisation où une exposition entière raconte la Saga d’Egill, j’ai eu très envie de lire une saga médiévale. J’ai commandé le livre de Régis Boyer édité dan la Petite Bibliothèque Payot. Couverture sobre noire, sans illustration titre en jaune, 313 pages, des notes, le tout imprimé en très petit caractère. 

Franchement, pas très attirant. Il m’a d’abord un peu effrayée. J’ai préféré les polars d‘Arnaldur Indridason, les romans islandais contemporains, repoussant cette lecture érudite quand la PAL islandaise serait liquidée. Il fallait bien se jeter à l’eau et emprunter le drakkar des vikings (le terme drakkar n’est pas correct, il y a un glossaire des bateaux à la fin de l’ouvrage).

J’ai donc suivi le jeune Olafr, fils d’Asta (je viens de quitter une Asta tout à fait moderne), élevé à la cour de Sigurdr-la-truie dans ses expéditions dès l’âge de 12 ans, au Danemark, puis en Suède,  en

« tu rompis encore, chef du serpent de la tourmente,

le martial pont de Londres ;

La chance t’a souri pour conquérir des pays.

Les écus, rudement heurtés dans le Thing de Gunnr

Jouaient et les vieilles mailles

Sautaient

Bataille s’en accrut« 

Tantôt en prose, tantôt en vers quand il cite les Scaldes qui chantent les héros (aèdes ou griots?) le texte n’est pas difficile à suivre, il faut aller chercher dans les notes la traduction de nombreux titres et surtout les noms de lieux, la géographie viking est bien différente de la géographie moderne comment deviner que Kinnlimasida désigne la Hollande, que Valland est la France, Varrandi, Guérande , Holl Dol de Bretagne ? D’autant plus que les Vikings naviguent très loin, dépassent l’Espagne, vont en Russie.

Les razzias, batailles navales sont un peu lassantes à force…ainsi que les alliances pour atteindre le pouvoir.

Cornes à boire

En revanche je me délecte de détail de la vie quotidienne, comme d’apprendre que le roi lui-même faisait les foins, comment on versait la boisson dans des cornes à boire qui comportaient des mesures, on pouvait boire des rations mesurées ou au contraire à volonté…

Au chapitre XXXII, Asta se prépare à recevoir Olafr, son fils

Asta se lève sur le champ, ordonnant à tout le monde, hommes et femmes de tout préparer pour le mieux. Elle fit prendre par quatre femmes les décorations pour la salle qu’elle fit rapidement orner de tapisseries, aux murs et sur les bancs. Deux hommes couvrirent de paille le plancher, deux autres dressèrent la desserte, deux les victuailles ; elle en dépêcha deux depuis la ferme, deux apportèrent la bière, tous les autres hommes et femmes sortirent de l’enclos….

Malgré le pittoresque des noms comme Einarr Secoue-Panse, j’ai fini par me lasser des batailles et des intrigues où je me suis perdue dans les alliances. Je ne suis pas venue à bout de la saga mais ne regrette pas la lecture du début.

 

Athénée Palace – Rosie Waldeck

LIRE POUR LA ROUMANIE

Lu à la suite dEugénia de Lionel Duroy , ce livre répond à la critique de Keisha qui « n’aime pas les trucs romancés« : Athénée Palace est un reportage paru en 1942 à la suite du séjour de Rosie Waldeck correspondante pour Newsweek. C’est le témoignage direct d’une journaliste américaine qui a séjourné à Bucarest du 14 juin 1940 à la fin janvier 1941 et qui a rencontré  la plupart des protagonistes.  Les événements  relatés chronologiquement, mais aussi classé par thèmes dans des chapitres courts. La lecture est ainsi facilitée bien que cette histoire soit disséquée avec un luxe de détails. 

Rosie Waldeck est le témoin idéal –  de nationalité américaine alors que les Etats Unis sont encore neutres, les Français et les Britanniques seront contraints à quitter la Roumanie qui passe progressivement sous contrôle. allemand. Née en Allemagne en 1898, de langue Allemande elle maîtrise la langue et tous les codes germaniques.  En tant que Juive allemande, elle est très lucide sur la montée des Nazis. Esprit libre, elle n’hésite pas à choquer les intellectuels libéraux qui ne prennent pas Hitler au sérieux.

« Au cours de l’été 1940[….]A l’Athénée Palace et uniquement là, dans le décor élégant des grands hôtels européens, les personnages de l’Europe d’après guerre et ceux du Nouvel Ordre se partageaient l’affiche, avec dans les deux cas, une distribution de premier ordre, et la pièce elle-même était pleine de suspense.

Voici l’intrigue. Une Roumanie neutre, petit pays, mais riche en céréales, et le cinquième producteur de pétrole mondial, s’efforce de conserver son indépendance.

L’Athenée Palace  offre à la journaliste  un  poste d’observation privilégié : au coeur de la capitale roumaine. Tout ce qui compte à Bucarest s’y rencontre. Intellectuels, princes, les Excellences, diplomates  ou politiques se retrouvent dans ses salons, viennent y dîner. Demi-mondaines et espionnes promènent leurs visons ou leurs toilettes parisiennes. A son arrivée, Rosie Waldeck découvre une Roumanie francophile catastrophée par l’entrée des Allemands dans Paris le jour-même. Au fil de l’été, les Allemands tissent leur toile. Tout d’abord séducteurs, ils cherchent à rassurer l’intelligentsia et le Roi par une ouverture intellectuelle assez étrange. Puis ils envoient des hommes d’affaires pour s’assurer du pétrole roumain et des céréales.

Depuis longtemps,  la Garde de fer, nationaliste et antisémite,  cherche à imposer par la terreur un régime fasciste. Leur conquête du pouvoir est contrée par d’autres forces politiques, le Roi Carol,sa maîtresse juive Lupescu et  sa camarilla, les différents chefs de gouvernements et l’armée avec le Général Antonescu jouent leur partition. Les rivalités sont sanglantes et compliquées avec des retournements d’alliances. Les Gardes de fer singent les nazis mais ne sont pas nécessairement les alliés des nazis qui préfèrent un régime stable qui leur garantirait pétrole et céréales.

C’est l’entrée en Bessarabie de la Russie (malgré le pacte Ribbentrop- Molotov) et la perte de la Transylvanie revendiquée par la Hongrie qui précipite l’occupation allemande. La Grande Roumanie se trouve dépecée. Certains Roumains voient dans les Allemands des protecteurs contre leurs rivaux proche Russes-Hongrois et Bulgares. La royauté vacille, jusqu’à l’abdication de Carol le 3 septembre. Antonescu, ne sera pas le De Gaulle roumain, qu contraire, il ira se jeter dans les bras d’Hitler qui lui fait plus confiance qu’à la Garde de fer.

Le 13 octobre 1940, la mission allemande tant attendue débarque à Bucarest. La Roumanie est occupée sans aucune résistance. Rosie Waldeck, comme Malaparte dans le roman Eugenia de Lionel Duroi, n’hésite pas à fréquenter les plus grands dignitaires, un général allemand,  comme le Hohe Tier pour les besoins de son reportage. Elle ne cache d’ailleurs pas ses origines juives, dans la haute hierarchie nazie, on est au dessus de ces contingences.

L’automne à Bucarest sera violent avec des luttes intestines, des nuits-des-long-couteaux, des funérailles spectaculaires,

Avant la fin novembre, les Roumains pouvaient dire : « les sept plaies se sont abattues sur nous : les Hongrois, les Russes, les Bulgares, Lupescu, le régime gardiste, la mission militaire allemande, et le tremblement de terre. »

L’Ordre Germanique tarde à s’installer sur l’Europe de l’Est et sur la Roumanie en particulier. L’auteur analyse avec lucidité la raison des atermoiements allemands et l’égoïsme nationaliste roumain des Gardistes. Elle définit avec clarté ce qu’est le totalitarisme. Le traitement des réfugiés allemands de Bessarabie montre le caractère racial de cet Ordre germanique.

Atroce conclusion à son séjour : le pogrom de Bucarest et la terreur sanguinaire que font règner les Gardistes au cours de janvier 1941.

Grâce à cet ouvrage très détaillé et très clair  je commence à mieux me repérer  dans cette période troublée. La lucidité de Rosie Waldeck est prémonitoire : alors que le livre est sorti en 1942, on croit deviner la résistance des Anglais et Stalingrad. L’Ordre Germanique ne s’est pas installé parce que tout simplement la guerre n’est pas gagnée par Hitler.

 

Royaumes oubliés des Hittites aux Araméens au Louvre

ARCHÉOLOGIE : Exposition temporaire du 2/05/19 au 12/08/2019

Les sculptures géantes du palais de Tell Halaf

Connaissez-vous les Hittites?

Si vous vous intéressez à l’Egypte ancienne, vous avez peut-être entendu parler de la bataille de Qadesh que Ramsès II a fait représenter sur nombreux temples. Si vous êtes allés en Turquie, vous aurez peut être vu des vestiges. Les Hittites sont les grands inconnus et pourtant leur empire s’étalait sur un vaste territoire et ils étaient les rivaux des Pharaons.

Stèle de Ramsès II hommage au roi Hattusi II

Cette exposition est pour moi une surprise. Je ne savais pas à quoi m’attendre quand je suis entrée.

La rotonde à l’entrée est décorée de panneaux en noir et blancs : frottage au fusain des Orthostates – travail de Rayyane Tabet, collection Tell Halaf. Me voici partie pour l’inconnu. que sont ces Orthostates : ce sont des plaques de roches (basalte ou calcaire) portant des bas-reliefs.

orthostates

A l’entrée nous sommes accueillies par des sphinx ou plutôt des sphinges monumentales

Sphinges

A côté de ces sculptures géantes il y a aussi des très petits objets métalliques, sceaux en rouleaux ou chevalières; un rhyton en forme de cerf, des petites figurines, cavaliers, dieux….Les Hittites et les Araméens maîtrisaient la métallurgie et le travail de l’or dès 1400 av. JC.

personnage en métal

Autres objets : les tablettes et les écrits. Une double écriture est employée : les signes cunéiformes sur ablettes d’argile et les hiéroglyphes louvites. Plus tard l’Araméen utilise un alphabet assez comparable aux alphabets phéniciens ou sémites en usage au Moyen Orient. Les textes ont été déchiffrés et racontent les échanges entre les différentes puissances : une lettre raconte que la veuve de Touthankamon a cherché un mari chez les fils de Suppiluliuma . Une tablette raconte la légende de la disparition du soleil et le mythe de la paralysie de la terre par le gel.

La religion des Hittites était originale : un dieu de l’orage apparaît souvent sur les stèles avec une déesse portant grenade et miroir rond.

Les hittites et leurs successeurs ont construit des palais en Anatolie et en Syrie.

L’archéologue allemande Max von Oppenheim a fouillé le site de Tell Halaf reconstituant deux palais dès 1911. la guerre a interrompu les fouilles et il a dû attendre pour les poursuivre. Le musée dédié à Tell Halaf à Berlin a été soufflé pendant la seconde guerre mondiale par les bombardement et les statues monumentales ont été pulvérisée. On a quand même pu effectuer une restauration minutieuse qui donne une idée des statues. Une vidéo raconte le travail de Max von Oppenheim. Des images de synthèse permettent de visualiser le site détruit.

J’ai été très impressionnée par cette exposition. Cependant il m’est difficile de rédiger un compte-rendu complet tant la visite était riche et tant cette histoire est nouvelle pour moi. Peut-être faudrait-il que je retourne au Louvre pour m’attacher à l’aspect historique, ou symbolique?

ROUGE au Grand Palais – ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Exposition temporaire du 20 mars au 1er juillet 2019

ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Plus qu’une exposition d’Arts Plastiques, c’est un parcours historique en deux volets : L’ART DANS LA VIE (1917 -1929) qui montre comment les artistes se sont portés volontaires au service de la Révolution pour mobiliser les masses. Délaissant l’art formel et figuratif, ils décorent le train de l’Agitprop, inventent de nouveaux motifs qui’ls répandent dans les rues par des pochoirs ou des affiches 

pochoir-fenêtre Rosta
Pour que le prolétaire distingue ses ennemis de ses amis

Tous les arts se conjuguent pour l’éducation du peuple : le théâtre et la danse.

Sont exposés des décors, costumes, ainsi que des vidéos et des films : la Biomécanique est une sorte de danse ou de gymnastique qui « transforme le corps en outil de travail puissant ». 

Plusieurs pièces sont ainsi présentées comme Le cocu magnifique(1922),  La Punaise (1928) de Maiakovski, satire de l’esprit petit-bourgeois, Je veux un enfant (1926) de Tretiakov fait frémir : il transpose les principe de la sélection des agronomes dans la reproduction humaine, eugénisme ayant pour slogan « un enfant sain est un futur bâtisseur du socialisme ». 

Un troisième axe est : Réinventer les objets du quotidien

pour jouer aux échecs

les motifs de tissus ou de papier peint intègrent les nouvelles idées comme cet imprimé avec des locomotives ou le bleu avec des bateaux

De nouvelles techniques apparaissent comme les photomontages

photomontage

La peinture traditionnelle n’est pas oubliée mais d’autres sujets sont traités :

Le bolchevik

Des peintres de toute l’Europe et du monde entier, sont invités et illustrent des sujets révolutionnaires

Eric Johnsson (Suède) En bas on a faim, en haut on s’empiffre
Malevitch

On est loin de l’école de Vitebsk (exposition Centre Pompidou l’an dernier). Malevitch en 1930 est arrêté.

Une série de films d’une très grande beauté plastique célèbrent les récoltes, ou la construction de 40 centrales électriques, ou les machines à écrire. Il faut prendre le temps de s’asseoir et de les regarder. Ces films montrent mieux que les œuvres picturales la vie en Union soviétique.

A l’étage, la seconde partie de l’exposition : VERS LE RÉALISME SOCIALISTE (1929 – 1940) 

Malevitch

Staline en 1929 a concentré les pouvoirs, les groupes artistiques sont dissous en 1932. En 1934 Jdanov théorise le Réalisme soviétique qui doit dépeindre un idéal futur « travail de remodelage idéologique du travailleur » . On assiste à un retour du réalisme.

  Au cinéma :  retour des films avec une intrigue. Certains montrent les procès staliniens : Le Tribunal du Peuple, glorification du Canal de la mer blanche creusé par les prisonniers du goulag en rééducation.

livre caviardé

Dans la peinture on exalte la vigueur physique : expression du volontarisme sans limite du Stalinisme.

Le bain des Marins de la Flotte Rouge

Komsomol militarisé

On rêve la ville stalinienne avec gratte-ciel, et métro monumental. L’exposition présente les plans de construction de la station Arbat. Les Constructrices du métro sont à l’honneur

Constructrice du métro avec une perceuse

On peint un avenir radieux

Lénine conduit des enfants

la dernière salle est décorée par des peintures historiques complètement kitsch représentant le cercueil de Lenine, Staline….et des films sont projetés à la gloire de Staline.

Nous sommes restées plus de deux heures tant il y a de documents à voir et de films à regarder. J’en garde une impression mitigée d’un monde disparu, presque aussi loin que celui de Toutankhamon, histoire révolue? Pourtant il n’y a pas si longtemps il ‘était riche de symboles et de références que nous connaissions bien et que nous utilisions.

 

 

Le Figuier – François Maspero (1988)

DEPUIS LONGTEMPS DANS MA PAL…..

François Maspero (1932-2015) est une figure qui m’a souvent accompagnée. Dans ma prime jeunesse , comme tant de lycéens et étudiants, j’ai traîné dans sa librairie, et espéré croiser des révolutionnaires patentés, ou rencontrer une âme-soeur, feuilleté tant de livres. Pas volé comme d’autres, je trouvais cela minable, sans risque! Sa petite collection Maspero a égayé mes étagères. J’aimais ses couvertures aux couleurs vives. Prêtés, pas rendus, égarés, je regrette de ne plus avoir un seul de ces livres. Je ne me souviens plus de tous les titres les Damnés de la terre de Frantz Fanon, Louise Michel, Aden Arabie de Paul Nizan…. A notre premier voyage en Bulgarie, j’ai emporté Balkans-transit de Maspero que j’ai lu pour une seconde fois quand nous sommes allées en Albanie. Ce livre m’a tellement impressionnée que j’y ai consacré 4 billets de mon blog. 

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De retour, j’ai pioché Le Figuier dans la bibliothèque familiale et il a sommeillé dans ma PAL. Quel bonheur de l’en avoir sorti!

Quatre personnages se croisent dans ce roman :

F.G. l’éditeur du Figuier, est une figure énigmatique, connu sous plusieurs identités, ayant vécu des aventures lointaines, chez les Inuits, combattant de la Guerre d’Espagne. Polyglotte, capable de traduire et de citer aussi bien Saint Jean de la Croix (1542-1591) Gongora, qu’Ulysse. Editeur, imprimeur, typo, encore artisan maniant le plomb et le beau papier, imprimeur de poèmes confidentiels comme de brûlots du FLN.

François Serre, le Libraire, propriétaire de La Vigie, librairie militante, au départ collective réunissant des Khâgneux, puis vitrine de l’anti-colonialisme au temps de la Guerre d’Algérie. La Vigie pourrait être considérée comme le personnage principale du roman.

Manuel Bixio, qui assure l’intérim dans la librairie quand son propriétaire sert en Algérie, devient, par militantisme, éditeur. Il est saisit par Lady Sion comme l’a formulé F.G. En 1961, menacé pour ses activités, il fuit à l’étranger et devient journaliste . Indépendance de l’Algérie, Cuba, Afrique de l’Ouest, Amérique Latine, il couvre l’éclosion des Indépendances africaines et les révolutions latines…

Mary Kendale est photographe, de ceux qui s’approchent tant du sujet qu’ils passent au-delà de l’objectif pour vivre les luttes de ceux qu’elle photographie.

rceque Barcelone
Miro. Pourquoi Miro? parce que Barcelone.

C’est presque un roman d’aventures. Roman historique et révolutionnaire faisant revivre la Guerre d’Espagne- « mierdroico » plus qu’héroïque. A la suite de  la Retirada, il se présente en Espagnol et se trouve interné au camp de Prats-de Mollo. Guerre d’Algérie, à Paris : deux récits du 17 Octobre 1961, tortures de la police parisienne et menaces de l’OAS…Liesse à Alger, Conakry, Cuba.

Le livre s’achève en 1967 à Athènes avec le coup d’Etat des colonels. Che Guevara est encore quelque part en Bolivie.

Au delà de l’aspect historique, le thème du livre, de son impression à sa diffusion, est central dans Le Figuier. La traduction aussi. Et la poésie, très présente.

Un ouvrage très dense, très riche qui va retourner dans la PAL parce que je suis sûre de le relire!

 

MEIJI – Splendeurs du Japon impérial (1868-1912) au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

Le pont aux glycines Kameido

C’est d’abord une leçon d’histoire : l’ère Meiji correspond au règne de l’empereur Mutsuhito (1868-1912) correspondant à l’ouverture du Japon sur le monde, à son industrialisation et son impérialisme avec des conquêtes militaires. Le costume occidental est adopté et le régime se dote d’une constitution.

La première salle peinte en rouge est sous le signe de la Modernisation;

industrialisation et urbanisme

Moderniser/industrialiser Le Japon se dote d’une industrie, des photographie montrent des filatures, des bâtiments de briques, des ponts métalliques.

Propagande militariste presque un manga!

Moderniser/Militariser

estampe militariste

Le Japon se dote d’une flotte moderne. L’empire se militarise à grands pas vers la guerre. L’iconographie militariste revêt plusieurs styles. Ci-dessus, on dirait un manga, sans doute de la propagande (je ne sais pas lire le japonais)! Des estampes esthétisantes n’en sont pas moins guerrières : une armée se reflète dans le miroir de l’eau, au loin une ville brûle.

estampe militariste
bataille navale

En plus de ces très belles estampe on présente deux pochoirs pour l’impression de textiles d’une grande finesse sur papier enduit de jus de kaki. La grande délicatesse du dessin ne doit pas faire oublier le motif guerrier :  des canons.

Dans la salle suivante,  une photo agrandie de l’Exposition universelle de Paris avec la Tour Eiffel illustre le thème : Construire une image artistique et industrielle.

Le mont Fujiyama

Le Japon participa aux nombreuses Expositions Londres 1862, Paris, 1867 1900, Vienne 1873, Chicago, Philadelphie. il importait de donner une image flatteuse du Japon grâce à des images typiques comme le pont des glycines ou le Mont Fujiyama. Il fallait aussi présenter des objets variés d’une qualité artistique remarquable: bronzes, laques, porcelaines émaux….

D’énormes brûles parfum en bronze, des objets délicats, des paravents ouvragés. tous les arts décoratifs sont menés à un degré de perfection.

paravent représentant des divinités shintoïstes.

Souvent les motifs sont floraux . Les décors font aussi appel au panthéon shintoïste (la religion d’Etat pendant l’ère meiji. Certains artistes s’inspirent aussi des représentations bouddhistes ou au folklore populaire avec des dragons, des démons. D’autres peignent des animaux, surtout des oiseaux à la perfection.

orchestre de petits démons ou de monstres

Tous les arts décoratifs sont d’un raffinement inouï, les techniques sont parfois superposées, de laque, d’émaux cloisonnés, d’incrustations, de joaillerie ou de nacre

éléphant

On ne peut qu’être admiratif devant une telle maestria, un tel luxe et une telle perfection.

boites laquées

L’artisan sait aussi jouer du dépouillement et de la simplicité de ce liseron parfait sur le rouge de la laque.

vases à décors floraux

La fin de l’exposition Les lendemains du Japonisme montrent les influences, de l’art Japonais sur Van Gogh, Monet, Degas. Sur les cartels je n’ai pas trouvé de mention de l’Art Nouveau même si la parenté est criante.

J’étais venue à Guimet pour l’exotisme. Je n’ai pas été déçue. Pourtant l’impression à la sortie est la parenté entre le développement industriel du Japon, sa militarisation avec ce qui s’est passé presque simultanément dans la Grande Bretagne victorienne, ou dans la montée en puissance de la Prusse. Ère Meiji, Empire victorien, même Russie des Tsars…on voit l’industrialisation, la militarisation qui va déboucher sur la Guerre et l’impérialisme.

La perfection japonaise fait la différence, mais la valorisation des arts décoratifs présentés aux grandes expositions universelles, est-ce le début d’une certaine mondialisation?