Le Parfum des années – Evelyne Bloch-Dano

MA NUIT AU MUSEE 

J’aime beaucoup cette collection Ma nuit au Musée qui m’a fait découvrir Lola Lafon :Quand tu écouteras cette chanson dans la maison d’Anne Frank et Richard Malka : Après Dieu au Panthéon, Leila Slimani Le Parfum des fleurs à la Dogana de Venise. je suis prête à suivre mes écrivains favoris dans  cette aventure. Cette fois-ci, en route pour Cabourg et la Villa du Temps Retrouvé que l’autrice connaît très bien puisqu’elle a participé à la création de ce musée. Evelyne Bloch-Dano est également spécialiste de Proust avec son livre Madame Proust autour de la mère de Marcel Proust. 

Excellentes références! Je suis d’autant plus motivée que j’ai visité cette Villa du Temps Retrouvé il y a moins de deux ans.

Cabourg la villa du Temps Retrouvé

A la lecture du Parfum des Années, je me rends compte du contresens de ma visite d’alors. Je venais de terminer La Recherche , encore toute imbibée de Proust, j’ai surtout cherché  à le retrouver. Si bien que j’ai négligé la belle exposition dédiée à Jules Verne.  Je n’ai pas prêté une attention assez soutenue à la projection dans la première salle illustrant la Belle Epoque Evelyne Bloch-Dano passe un bon moment. j’étais trop pressée de découvrir les autographes, les dessins de Marcel et les « placards » de Céleste Albaret et les paperolles. Pourtant on m’avait prévenue, Marcel n’a jamais habité dans ce bâtiment, même au Grand Hôtel de Cabourg, il ne reconnaîtrait pas sa chambre (visitée actuellement par des pélerinages touristiques). Les peintures, les portraits je les ai examiné avec les souvenirs de mes lectures : qui était Elstir, Helleu peut être? Whistler? peut être Vuillard? J’ai cherché parmi les belles dames laquelle serait Madame Verdurin…

Suzette Lemaire une inspiratrice de Madame Verdurin

Si, comme l’explique Evelyne Bloch-Dano, la villa est une évocation de la Belle Epoque la visite est très différente. Chercher à définir cette « Belle Epoque » et se rendre compte que ce concept de « Belle Epoque » est beaucoup plus récent que je ne l’imaginais

l’expression « Belle Époque » – un chrononyme – est bien postérieure à la période où elle se déroula. Un
premier signe en est donné en 1940 par une émission sur la vichyste Radio-Paris consacrée à la musique des
années 1900 et intitulée : Ah ! la Belle Époque ! Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’expression
fait vraiment son apparition, produit d’un imaginaire historique qui s’enracine autour du Paris et de l’« esprit
français » de 1900.

Et c’est dans  cette optique que la salle d’introduction avec ses projections panoramiques prend tout son sens : costumes, visages, trains, quais….A la Belle Epoque la photographie existait et le cinéma naissait. On dispose donc d’images d’époque.

Et à propos de cinéma, Evelyne Bloch-Dano nous parle d’Alice Guy, la première réalisatrice de fictions, trop méconnue, quoique aujourd’hui on la reconnait. 

L’ambivalence d’Alice Guy par rapport au féminisme est typique de certaines femmes exceptionnelles, hors du commun : ni George Sand ni Colette par exemple ne se sont jamais réclamées du féminisme même si elles ont lutté, chacune à sa façon, pour leur propre indépendance.

L’autrice interroge les portraits, souvent autoportraits de toutes les femmes qui l’entourent dans cette galerie : femmes qui ont eu leur place dans les salons et les soirées de Madame de Guermantes ou chez Madame Verdurin. (et me revoilà avec Proust, je suis incorrigible). Célébrités ou militantes féministes? Elle dresse une liste de militantes féministes  : Hubertine Auclert qui réclama la parité dans les assemblées dès la fin du XIXèe siècle, Marguerite Durand, Madeleine Pelletier, première médecin aliéniste, Séverine, la journaliste, Louise Breslau, peintre 

Il me semble que Louise Breslau incarne à la perfection la femme artiste de la Belle Époque. Une femme qui
choisit de venir à Paris pour peindre et vivre indépendante

 

Femmes artistes ou Femmes de salons peuplent la villa et le livre :

Winnaretta Singer aurait peut-être été cette artiste. Faut-il classer cette extravagante dans la catégorie du «gratin révolté », expression désignant la volonté émancipatrice de certaines des grandes dames

Le Parfum des années s’avère beaucoup moins proustien que je ne croyais, beaucoup plus féministe, l’autrice n’oublie pas les limites de ce féministes. Des personnalités fortes, reconnues dans leur domaine, mais une époque « corsetée«  où les droits des femmes étaient loin d’être reconnus et où les maris, même titrés et aristocrates battaient leurs femmes au point de leur casser la jambe ou de les faire avorter. Meetoo, ce sera dans un siècle!

Sarah Bernhardt et Louise Abema tableau vu à l’exposition Sarah Bernhart au Petit Palais

« en tant qu’artistes à part entière, qu’elles soient peintres comme Rosa Bonheur, Louise Abbéma, Madeleine Lemaire et Louise Breslau, actrice comme Sarah Bernhardt ou écrivaines comme Anna de Noailles, Natalie Barney, Renée Vivien ou, bien sûr, Colette. Mais ne nous leurrons pas, la société de leur temps est loin d’ accepter leur mode de vie et leurs préférences sexuelles. L’époque est encore corsetée, au sens propre et figuré. »

Et comme c’est l’usage dans cette collection Une nuit au musée, Evelyne Bloch-Dano  nous parle d’elle, du making-of du livre, et j’ai plaisir à la connaître mieux. Je lirai d’autres ouvrages, surtout Madame Proust que je n’ai pas encore lu et d’autres

Merci à Matatoune de m’avoir indiqué ce livre!

La Rumeur d’Orleans – Edgar Morin

Le meilleur hommage à un écrivain qui vient de disparaître est de le lire!

j’ai donc repris La Rumeur d’Orléans à la suite de la lecture de Une rumeur dans le vent, un roman italien de Ilaria Gaspari qui se base sur une histoire analogue survenue à Rome en 1983 CLIC

Les deux livres sont différents :  l’un est une fiction romancée, avec pour héroïne, une jeune vendeuse du magasin de confection. L’autre est un essai rédigé par une équipe de sociologues, résultat d’une enquête commandée par les institutions juives. Enquête menée par 5 sociologues. C’est un travail rigoureux qui rend compte des méthodes de travail, interviews sur le terrain, recherches dans la Presse. Des concepts très précis ont été forgés pour l’analyse : Mythe, anti-Mythe, conducteurs, anticorps…

Les schémas que Morin et ses collègues ont mis en évidence collent parfaitement au récit romain d’Ilaria Gaspari (peut-être s’en est elle inpirée?

le jumelage mythologique entre deux thématiques distinctes, l’une de traite des Blanches, l’autre concernant le juif ; celles-ci, aussitôt associées se combinent pour constituer un mythe à deux faces

Les sociologues vont explorer les deux pistes : celle de la traite des Blanches et les fantasmes des adolescentes qui ont été à l’origine de la rumeur, celle de l’antisémitisme dans la ville d’Orléans. 

 le foyer originaire est féminin, et particulièrement adolescent et juvénile

Diverses versions de l’antisémitisme sont abordées, antisémitisme nazi – on y pense tout de suite – mais aussi médiéval et les formes que la rumeur ont prises y font aussi penser avec la légende d’oubliettes, de souterrains connectés aboutissant à la Loire. Rejet des Juifs en tant qu’autres? pas forcément les 6 commerçants visés étaient particulièrement bien intégrés, sans accent étranger ni signes distinctifs. Jalousie, concurrence? Et déjà du côté de la Gauche un rejet du Sionisme après la Guerre des Six Jours, et une confusion antisémitisme, antisionisme. Déjà!

La lecture d’un texte scientifique n’est pas aussi fluide que celle d’un roman. Les auteurs discutent de chaque détail, reviennent à de nombreuses reprises sur des faits qu’ils examinent en tout sens. Mais c’est passionnant de voir la science en progrès. Les auteurs mettent en scène leurs doutes, pas d’affirmations peremptoires.

Ici on peut se poser la question de l’agent enzymatique initial : Qui a inventé ou lancé le mythe orléanais ?
Comment ? Pourquoi ? Y a-t-il eu à l’origine canular, autosuggestion, volonté de nuire, provocation antisémite?
L’hypothèse de la malveillance d’un concurrent et celle, plus plausible,

et cette dernière étonnante :

Orléans vivrait-elle encore à l’heure de Madame Bovary?

Aurait-on  pu écrire cette phrase à propos de Rome?

Un  texte encore actuel, à relire.

la Corée au Musée Guimet : Silla – l’Or et le Sacré – Trésors royaux de Corée (57av.JC – 935)

Exposition temporaire jusqu’au 31 Aout 2026

L’or du royaume de Silla

Des trésors fabuleux ont été mis au jour sous les tumulus des tombeaux royaux de Silla de la ville de Gyeongju. Ce brillant Royaume de Silla a duré un millénaire de 57 avant JC à 935. Petite province au sud de la péninsule, il s’est étendu à toute la Corée actuelle. 

pectoral en virgules de jade

Or et jade (provenant du Japon). orfèvrerie très sophistiquée pour des objets de prestige : couronnes ouvragées,

boucles d’oreilles

Armes de prestige, façonnées sur place ou de provenance lointaine comme la dague perse

Dague : or, grenats émail cloisonné.

Ces provenances étrangères montre que le royaume de Silla entretenait des relations commerciales avec les nations voisines. Bijoux d’orfèvrerie mais aussi cuirasse de chevaux de parade, toute la cuirasse est décorée avec une sophistication extraordinaire

Etriers décorés minutieusement

la poterie est aussi d’une grande beauté

Détail du décor : grenouilles, tortues, serpent mais aussi personnages dans des positions inconvenantes

Au 6ème – 7ème siècle le royaume adopte le Bouddhisme et l’iconographie change 

 

les représentations des personnages du zodiaque bouddhique sont très curieuses

Signe du cochon

La visite se termine dans une curieuse « grotte » j’ai mis les guillemets parce que ce n’est pas une grotte naturelle mais un édifice construit recouvert par un tumulus. Le Bouddha monumental est un hologramme projeté sur un écran noir, mais il fait tellement illusion que nous nous posions le problème du fret- par avion ou bateau? – quand il s’est évaporé, pour revenir quelques minutes plus tard.

 

Corbeil-Essonnes avec le voyage Métropolitain

BALADE EN ÎLE-DE-FRANCE

L’Essonne à Corbeil

Départ du Voyage  à la Gare de Moulin-Galant (RER D en direction de Malsherbes, attention changement à Juvisy , très peu de trains ce week-end). Après avoir traversé le village très tranquille, nous rejoignons le joli clocher de Villabé

Eglise de Villabé

Sur la place une belle fontaine de pierre décorée d’une grappe de raisin rappelle le passé viticole du village qui produisait un vin rouge de qualité apprécié dans la région. L’arrivée des chemins de fer et la concurrence des vins produits plus loin a mis fin à cette activité viticole. Il faut imaginer que le coteau était planté de vigne.

vignoble sur le coteau du Cirque de l’Essonne

Notre balade est commentée par une des bénévoles de l’Association Le Cirque de l’Essonne à Coeur qui tente de préserver cet espace naturel de 132 ha de l’urbanisation. La rivière Essonne a creusé dans le plateau du Hurepoix une boucle. Le Cirque de l’Essonne est donc formé d’un coteau arrondi recouvert actuellement de bois et de taillis, autrefois poussait la vigne et les prairies calcaires étaient plus développées. Dans la plaine en creux : des champs de blé, et un peu plus bas une zone humide abritant des espèces protégées. Cet espace a été classé en 2017 Espace naturel  sensible et ZNIEFF ce qui ne garantie pas la pérennité de cet espace vert très convoité et  l’Association doit être vigilante.

Des chemins sont aménagés avec des belvédères, des bancs et tables de pique-nique. La zone du marais a été nettoyée. Elle avait été squattée par des jardins familiaux, certains de bonne taille avec même des serres, une guinguette et autres activités illicites. Ce nettoyage a permis de restaurer le caractère naturel et d’éliminer des déchets. Cependant, de gros moyens mécaniques ont été mis en oeuvre, pelleteuses, chenilles… et le résultat est assez désolant. Supprimer des jardins au nom de la préservation de la nature me choque un peu. J’ai un faible pour les jardins, les jardiniers, et la vie sociale qui va avec.

On arrive sur un grand complexe sportif (terrains en gazon artificiel) du Stade Robinson et longons la rivière au Parc Robinson. L’Essonne se jette dans la Seine à Corbeil, mais avant ce divise en bras comme un petit delta, par ailleurs une autre rivière La Juine conflue dans l’Essonne, et on a imaginé creuser un canal : la Canal de Chateaubourg  sous Louis XIV. Par cette chaude journée c’est un plaisir de passer au bord de l’eau. 

 

L’eau a joué un très grand rôle à Corbeil avec de nombreux moulins, moulins à farine, à huile, à foulon mais aussi industries papetières justement au Moulin de Robinson (disparu en 1980). La papeterie a été une grande activité de la ville avec la Papeterie Darblay commercialisant le Sopalin, l‘activité a cessé en 1986 et depuis l’immense usine a été détruite.

La Commanderie Saint Jean nous a ouvert ses portes pour le pique-nique dans son jardin ombragé . La Commanderie a été à la fin du XIIème siècle, Alix, la mère de Philippe Auguste, l’a dotée. Il reste du prieuré une très belle église  dans un jardin, les Hospitaliers disposaient d’un grand bâtiment « le Palais » pour héberger les pélerins, soigner…. Tout a disparu à la Révolution, le prieuré fut annexé à la Poudrerie et les autres bâtiments furent détruits. Mais il y a de beaux restes dans l’église qui est devenu un centre d’art pour des expositions. 

La conférencière nous a raconté de belles histoires : Ingeburge du Danemark  est attachée à la Commanderie. Epouse de Philippe-Auguste, (1165-1223) elle fut répudiée le lendemain-même de son mariage 1191, sa dalle funéraire est exposée dans l’église. 

C’est au prieuré de Saint Jean à Corbeil que deux traités furent conclus : traité de Corbeil de 1258 entre Louis IX et Jacques roi catalan d’Aragon qui mit fin aux prétentions françaises sur Barcelone et fit des échanges de territoires dans les Pyrénées. Le Traité de Corbeil de 1358  scelle l’Alliance entre l’Ecosse et la France. 

Un dernier épisode : celui des expériences à la Poudrerie par Lavoisier et Berthollet qui furent accompagnées d’explosions meurtrières si bien qu’à la demande de la population excédée, elle fut fermée. Leur nom reste dans la toponymie des rues

la Poudrerie de Corbeil

Sur le cours de l‘Essonne des moulins exploitaient l’énergie hydroliques, certains avaient des dimensions impressionnantes.

Le quartier de Monconseil n’a pas franchement le cachet des bords de rivière, son centre commercial est déserté, les quelques boutiques n’ayant pas fermé le rideau de fer ont l’air bien défavorisées. Ce que nous sommes venus découvrir est une église très originale :l’église Notre Dame de la Paix : dessinée par Edouard Albert, l’architecte de Jussieu, utilisant les structures tubulaires. il a choisi comme élément de base le triangle formant pyramide, avec une ouverture à l’apex donnant un éclairage zénital. Pas de décor en pierre, ni de statue, des tôles, des tubes. Pourtant la communauté s’est approprié l’église en décors chaleureux. Le prêtre qui nous a accueilli nous a fait une présentation chaleureuse de cet édifice. 

Promenade dans des rues dont les noms sont évocateurs : rue des Castors évoquant les quartiers castors, le mouvement Castor propose à des familles modestes d’accéder à la propriété grâce au principe de l’auto-construction coopérative (Wikipédia) 

Et que raconte cette rue CGB ? Elle rappelle le passage d’un train de la Compagnie ferroviaire de Grande Banlieue dont les trains circulaient sur des rails à voie étroite dans l’ancienne Seine-et-Oise de 1911 à 1949. 

Descendant le flanc de la côte, pour nous retrouver en bord de Seine et voir que Corbeil s’étend de part et d’autre du fleuve. D’ailleurs le Pont de Corbeil est le plus ancien pont en amont de Paris, reliant deux châteaux.

Après avoir parcouru la campagne, les petites rues pavillonnaires, les cités, il nous reste à visiter la Ville Médiévale avec ses petites rues pavées, ses remparts bâtie autour de sa cathédrale Saint Spire. A  l’Hôtel de l’Arquebuse la devise de la ville « Cor bello paceque bellum » (Coeur fidèle dans la paix et la guerre).

Corbeil remparts et porte médiévale

Nous découvrons les remparts de la ville close. La Rue du Trou Patrix rappelle une légende de la ville. Patrix aurait été un monstre à deux têtes qui terrorisait les habitants – peut être une bande de brigands. Le Comte Haymon, un comte d’origine normande, qui aurait reçu le comté de Corbeil en 946 aurait délivré la ville de Patrix. En 950, il fit bâtir la collégiale Saint Spire.Cet édifice est très sobre de l’extérieur. Il meurt le 23 mai 957 (la randonnée a lieu de 23 mai 2026)!

Gisant : comte Haymond

Après avoir bien transpiré sous le soleil de la canicule, nous avons l’excellente surprise de retrouver le prêtre-archéologue qui nous ouvre les portes de la cathédrale fermée. Sombre et fraîche, c’est un régal. Après les bombardements de la deuxième Guerre mondiale, les vitraux ont été remplacés par des vitraux modernes aux couleurs vives qui racontent comme une bande dessinée l’histoire de la ville. La collégiale appartenait à des chanoines dont les demeures formaient un cloître – cercle fermé autour de l’église qui s’ouvrait par une belle porte ornée de deux tourelles. 

porte du cloître

Comme cette ville est vraiment riche en Histoire et légendes, il  faut évoquer Héloïse et Abélard, ce dernier, érudit, enseignait à Corbeil, alors que la Sorbonne n’existait pas encore. 

Et ce n’est pas tout! j’aurais dû évoquer les Grands Moulins, la confiserie turque…le tunnel ferroviaire fermé…je n’ai pas épuisé le sujet!

Lee Miller au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire jusqu’au 2 août 2026


Attention! Exposition très prisée, réservation recommandée! Même avec résa, queues à prévoir.
Lee Miller est un personnage romanesque. Au-delà de la qualité exceptionnelle des photographies, on peut visiter cette exposition en s’attachant au parcours de vie de Lee Miller.

« je suis née dans la chambre noire et c’est là que j’ai grandi »

Lee Miller : 1932 autoportrait

Elisabeth Miller nait en 1907. En 1917, elle reçoit son premier appareil photo. Visite l’Exposition Art Déco de Paris 1925. En 1927, engagée comme mannequin, elle adopte le prénom androgyne Lee, correspondant mieux à son caractère indépendant. 1929, Elle se présente à Paris pour étudier la photographie comme apprentie de Man Ray. En 1930, installe son propre studio-photo.

Nu penché vers l’avant 1930 – Lee Miller

Auprès de Man Ray (Emmanuel Radnitzky) elle apprend diverses techniques, dont la solarisation, elle développe les négatifs de Man Ray, même se les approprie en les retravaillant. Difficile, dans l’exposition de distinguer les photos des uns ou des autres

Têtes mises sous cloche – Man Ray et Lee Miller

1930, elle joue le rôle de la statue dans le film de Cocteau : Le sang d’un poète dont un extrait est projeté à l’entrée de l’exposition.

Une section de l’exposition UN REGARD SURREALISTE (1929-1932) on voit des photos de Paris avec des cadrages originaux et des portraits des artistes se rattachant à cette mouvance.

Portrait de l’espace près de Siwa 1937

En 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey, et s’installe au Caire, suit des cours d’arabe, de chimie, voyage à Jérusalem et photographie l’Egypte selon des angles variés comme le Portrait de l’espace ou le goudron fondu, elle documente aussi la modernité de l’Egypte avec les tours d’une cimenterie à Helwan, l’ombre projetée sur Gizeh de la Pyramide de Chéops.

Cornouailles,1937, quatre endormies Lee Miller, Leonora Carrington, Nusch Eluard,

1937, rencontre Roland Penrose, peintre, photographe et poète britannique surréaliste. Ils passent à Mougins (portrait de Picasso) puis en Angleterre.

1938 Sur la route en Roumanie

1938, voyage en Roumanie avec Penrose , ils rencontrent l’ethnomusicologue Harry Brauner, frère de Victor Brauner, peintre surréaliste
ARTISTES ET AMIS

Leonora Carrington
Lee Miller a fait le portrait de nombreux artistes, je reconnais au passage Picasso, Cocteau, Colette, Magritte, Leaonora Carrington, Dora Maar….

Elle fait également des photographies de mode pour le magazine Vogue
SOMBRE GLOIRE : BRITAIN AT WAR

Lee Miller, correspondante de guerre

La guerre les fixe d’abord en Angleterre. Lee Miller se fait photojournaliste, elle photographie pour Vogue Londres sous le Blitz. Ses photographies sont destinées à influencer le public américain pour amener les Etats Unis à s’impliquer dans le conflit. En 1942, elle est accréditée par Vogue comme correspondante de guerre.

En Angleterre, elle fait le portrait de femmes militaires en guerre, de pilotes, radios, mais aussi d’ouvrières, de plieuses de parachute
SUR LE FRONT 1944

Lee Miller n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’en 1944. Une série montre Saint Malo en guerre. Elle documente mais garde son regard surréaliste quand on voit un canon sous une nappe de dentelle ou des scènes étranges. Une de ses photos sera censurée : celle qui montre la nouvelle arme secrète : le napalm.

1944, Libération de Paris, ce sont les retrouvailles avec Picasso, Dora Maar, Nusch Eluard …

1945, elle suit les troupes alliées en Alsace. Un cliché est tout à fait original : en ligne directe avec Dieu un calvaire a été touché, le support des pieds du Christ se trouve pris dans les cables électriques emmêlés d’un pylône bombardé.
IL FAUT LE CROIRE : BELIEVE IT
Elle découvre Dachau, couvre le procès de Pétain. En plus des photos, rédige des textes. La salle présente des planches-contacts de cette réalité atroce. Les organisateurs de l’exposition du MAM prient les visiteurs de ne pas prendre de photos. Cela se comprend. Elle documente l’impensable pour que le monde la croit.

Comme une purification, avec Schermann ils accèdent à l’apartement de Hitler encore intact et se baignent dans la baignoire d’Hitler.

Schmattès (fringues en yiddisch) – Récit – Guillaume Erner – Flammarion

PROMENADE AU SENTIER

Schmattes

Guillaume Erner est journaliste à France Culture,  écrivain, sociologue.  Dans une autre vie, il fut un des dirigeants de La City, une marque de prêt-à-porter très en vogue dans les années 90. C’est aussi l’auteur de Judéobsession CLIC que j’ai lu « après le 7 Octobre ». Je l’ai écouté dans le podcast des Midis de Culture CLICoù il parlait de son livre Schmattès et de l’écrivain sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918). 

« Moi, j’étais à la fois l’Obélix et le Kant du schmattès. Obélix parce que j’étais tombé dedans quand j’étais petit, Kant parce que je connaissais les catégories de l’entendement. Avec des yeux de mouche, nous aurions
construit une autre géométrie. Moi je n’avais pas des yeux de mouche mais des yeux de schmattologue, c’est
pour cela que je voyais le monde autrement. »

Erner, dans Schmattès, fait un récit très personnel, il se met en scène avec ses parents, ses voisins, ses associés dans l’aventure de La City, ses succès et sa déconfiture. C’est le récit d’un quartier : le Sentier,entre Rue de Turenne, rue de Cléry, Porte Saint Martin, le quartier de la confection, des textiles depuis des décennies. Ateliers, boutiques, et tous les métiers…et ceux qu’on n’imagine même pas, boutons, étiquettes, livreurs, 

« Chaque métier portait un secret, chaque visage racontait une histoire. Le Sentier n’était pas un quartier, c’était un écosystème, et derrière chaque rideau de tissus, un théâtre d’ombres et de lumières. »

Il décortique tous les ressorts économiques de ces commerces, la sociologie, les différentes couches de population. Ashkenazes arrivés de Pologne, de Roumanie ou de Russie pour qui le textile était un moyen de vivre (et de survivre), se définissant comme ouvriers (même s’ils devenaient patrons), votant à gauche. Séfarades, pieds noirs arrivés dans les années 60, à droite (par rancoeur contre la décolonisation)  flambeurs, joyeux…

Ce pourrait être un livre de sociologie sérieux et ennuyeux, pas du tout : Erner écrit avec un humour détonnant et beaucoup de pittoresque un presque thriller, surtout quand, ayant accumulé les dettes, il est aux abois. C’est  un livre très drôle, une lecture addictive.

« À moi qui devais 250 patates, cela parlait particulièrement. Le 10 septembre, je suis allé à un concert, c’était sublime : de la musique de Lekeu, un compositeur mort de la typhoïde à l’âge de 24 ans. Le lendemain, c’était le 11 septembre, et j’ai honte de le dire mais ce jour fut une bénédiction pour moi. Disons »

Il raconte le déclin des marques attaquées par Zara, H&M, et la financiarisation du commerce des textiles.

« C’étaient les armées du Mordor – Mordor, le pays industriel et sombre du Seigneur des anneaux – au service de l’actionnaire et du dividende. Le pire, c’est qu’ils n’étaient même pas riches : de simples salariés. Pas de Porsche, pas de Rolex. Du vice pur. »

« Avec la génération Green, la question de Max Weber disparaît. Le capitalisme cesse d’être une ascèse ; il
devient un carnaval. Plus de protestants, plus de Juifs, plus de repères. Seulement des capitalistes à l’état pur,
gouvernés par l’instinct, obsédés par la maximisation immédiate »

Si  La City et des marques se termine au début de l’an 2000, la roue de l’histoire continue sa course. Zara et H&M vont être détrônées par Shein et Temu… le quartier va se vider au profit des commandes sur Internet et de la livraison des petits paquets. Erner termine son récit avec la faillite de sa marque. 

L’histoire de La City illustre une loi d’airain : la société est là pour protéger l’ordre social. Au fond, plus
personne ne connaît de Juifs du Sentier. Le capitalisme a choisi son camp : celui des multinationales qui
enjambent les lois, et non ces petites entreprises qui les enfreignent parfois.

 

Lecture agréable avec en bonus des « rencontres » avec Zola, Durkheim, Max Weber et Simmel, un côté érudit qui ne se prend pas au sérieux. Amusant!

Epilogue personnel : Mercredi,  j’ai été voir Collapse en face de Gaza au MK2 Beaubourg, un film de l’israélienne Anat Even,  j’ai traversé le quartier à pied, méconnaissable. Cafés bobos, galeries de peinture, troupes de touristes en quête de pittoresque. Je cherchais un sac  à main, je n’ai pas trouvé l’entrée du BHV rue de la Verrerie et j’ai dû marcher jusqu’au métro Louvre pour trouver une maroquinerie qui soldait pour liquidation, apparemment la dernière du quartier, queue invraisemblable devant le chausseur Minelli qui ferme à la fin du mois,  collapse in Rivoli ! 

 

 

 

Les Beaux Messieurs de Bois-Doré – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Quelle bonne idée de la part de Claudialucia que de proposer cette lecture commune d’un ouvrage moins connu de George Sand ! Avec une nouvelle facette  de l’oeuvre de la Bonne dame de Nohant qui s’aventure dans le roman historique, de cape et d’épée.  

Pavé de plus de 700 pages avec de l’action, de l’amour, des personnages nombreux, très pittoresques et attachants. 

Le roman se déroule en Berry, dans trois manoirs voisins, pendant le règne de Louis XIII. Les guerres de religion font encore rage. A Bourges, Condé et les Jésuites tentent de s’imposer. L’arrivée d’un noble espagnol, Sciarra d’Alvimar venu se cacher en Province après un duel à Paris qui a mal tourné, chez un châtelain berrichon va provoquer les premières péripéties. 

Il a un grand malheur en la tête, qui est d’être trop Espagnol. Ces gens sublimes méprisent tout ce qui n’est pas eux; mais je crois qu’ils se sont rompu les reins en martyrisant et en exterminant ces pauvres Morisques. Ils s’en mangeront les mains, un jour ou l’autre.

Alvimar est reçu à la Motte-Seuilly chez M. De Beuvre et sa fille Lauriane, qui avait « embrassé le parti de la Réforme » sans être « exalté en fait de religion ». Alvimar est ensuite invité à Briantes, chez le beau Marquis de Bois-Doré, vieil original emperruqué et fardé, toqué de l’Astrée au point d’avoir construit un jardin sur le modèle du roman et de nommer ses serviteurs aux noms de ses personnages.

« la monomanie de M. de Bois-Doré était assez répandue de son temps pour n’être pas une excentricité. Henri IV et sa cour avaient dévoré l’Astrée, et, dans les petites cours d’Allemagne, les princes et princesses prenaient encore ces noms redondants que le marquis imposait à ses gens et à ses bêtes. La vogue passionnée du roman de M. d’Urfé a duré deux siècles; il a encore ému et charmé Jean-Jacques Rousseau »

Chevaleresque, cultivé, admirateur du bon roi Henri IV, Bois-Doré est débonnaire, tolérant et aimé de tous.

« il me faut pratiquer ici l’hospitalité à la mode antique, respecter les secrets de mon hôte et lui faire bon visage, comme à un ancien ami dont on croit tout le plus honorable du monde. Mais cela ne m’oblige point à
lui donner la confiance qu’il me refuse, et c’est pourquoi vous avez vu que, devant lui, je vous ai laissé en un
coin comme un pauvre musicien à gages. »

En revanche, Alvimar, peu respectueux de l’hospitalité généreuse de Bois-Doré, cherche un allié auprès du curé Poulain.

« —Si cet ecclésiastique est zélé pour la bonne cause, pensait-il, il peut m’être utile de l’avoir pour ami; car ce de Beuvre est un huguenot, et le Bois-Doré, avec sa tolérance, ne vaut pas mieux. Qui sait si je pourrai vivre en bonne intelligence avec de pareilles gens? »

Surgissent une troupe de Bohémiens, accompagnés d’une Morisque et d’un jeune enfant. Une gitane fait d’étranges prédictions qui vont se révéler exactes….mais je ne veux pas tout dévoiler!

Alvimar et Bois-Doré se retrouvent tous les deux prétendants à la main de Lauriane. Lequel aura la préférence de la jeune veuve de 16 ans? Cette rivalité va tourner très mal pour l’un d’entre eux….

Mais, au fait, pourquoi les Beaux-Messieurs de Bois Doré? Pourquoi ce pluriel? C’est que le Marquis a retrouvé son neveu qu’il a adopté, le petit Comte de Bois-Doré, aussi beau que son père adoptif, aussi valeureux et amoureux de Lauriane, à 11 ans est-ce raisonnable de demander sa main?

Elle me dira peut-être, pour me remettre le coeur au ventre que je ne suis point un bâtier de paysan, ni un
méchant batteur d’estrade, ni un valet grenier à coups de bâton, car il est dit des valets qu’ils sont comme les
noyers, lesquels tant plus ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un
escogriffe, ni un tire-laine, ni un damoiseau, ni un fier-à-bras, ni un olibrius, ni un godelureau, ni un
pourfendeur, ni un ostrogoth, ni un escargot; que j’ai assez bonne mine, nonobstant une physionomie un peu
subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame que je vois (on n’estropie pas une déesse pour la
regarder), et devant une réunion de seigneurs qui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu’à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n’est plus qu’un égout
d’ignorance, une sentine de stupidités et le bassin de toutes les impertinences…

 

Assaut du chateau de Briantes par des brigands, les reîtres du lieutenant  Saccage  et du Capitaine Macabre.

Condé et le curé Poulain organisent les persécutions des Huguenots…Lauriane se voit exilée dans un couvent tandis que son père est parti combattre (et faire des affaires ) avec les Protestants.

Tout un feuilleton, batailles…un vrai roman d’aventure! doublé d’un roman d’amour. Sans parler de l’attention portée aux personnages secondaires, aux valets et aux servantes, au vaillant Adamas

« Adamas, n’ayant jamais manié d’autre arme que le peigne et le fer à papillotes, remplissait évidemment le rôle de la mouche du coche, rôle qu’il savait rendre utile, et que savent bien nécessaire, parfois, ceux qui
connaissent la lenteur et l’apathie berrichonnes.

Sans oublier le colossal carrosseux, Aristandre, si dévoué!

Et toujours ce style inimitable de George Sand si savoureux avec le souci du détail, de la vie quotidienne comme ces descriptions de l’auberge

On sait qu’en ce temps-là encore, les auberges se distinguaient en hostelleries, gîtes et repues. Les gîtes
étaient particulièrement affectés pour la nuit, et les repues pour le dîner des voyageurs; ces dernières étaient
de méchantes auberges où les gens de bien ne s’arrêtaient que faute de mieux,
du corbeau, de l’âne et de l’anguille de Sancerre, c’est-à-dire de la couleuvre. Les gîtes, au contraire, étaient
souvent très-luxueux. Les hôtelleries se divisaient encore en auberges pour les gens à pied et en auberges
pour les gens à cheval. On y pouvait prendre deux repas.

je pourrais recopier tant de passages amusants! Découvrez les!

Une rumeur dans le vent – Ilaria Gaspari – Ed le bruit du monde

LITTERATURE ITALIENNE

« La calomnie ne connait pas le principe des innocents, vous savez? Les gens écoutent jugent, et même s’ils décident de ne pas croire. Ils se laissent convaincre, sans le laisser transparaître »

Rome, 1983, une boutique de confection chic est en flammes…Le roman s’inspire de la Rumeur d’Orléans d’Edgar Morin. 

La rumeur est un phénomène qui couve d’abord à bas bruit avant de se propager, de surgir au plein jour par épiphénomènes qu’on ne remarque pas tout de suite. Quand la calomnie est identifiée, il est trop tard. La rumeur malveillante stigmatise les victimes, elle est indémontrable et pourtant elle court.

De la même manière, l’autrice ne raconte pas les faits . Dès le début, pourtant, un article de magazine raconte :

Le raid antisémite contre la boutique des jeunes filles

Il faut longtemps pour que se tisse l’intrigue.

La narratrice, Barbara, est un étudiante à la dérive. Elle ne parvient pas à terminer sa thèse de philosophie, Marcello, son amoureux l’a laissé tomber. Elle vivote de baby-sitting, fuit son propriétaire faute de pouvoir payer le loyer, son unique paire de botte tombe en ruine. Elle rencontre sa « pygmalione à l’accent français« , Marie-France, la patronne d’une boutique chic qui cherchait une vendeuse pour sa boutique qui affirme « tu es de la pure matière à Saint Laurent », l’habille, lui enseigne l’élégance, le maintien et les techniques de vente, l’introduit dans des fêtes romaines et finalement la loge dans un appartement avec ses deux autres vendeuses et sa chienne. 

Marie-France, imitant ce qui se fait à Paris, ouvre un rayon pour les « jeunes filles » élargissant sa clientèle aux adolescentes friandes de mode qui trouvent dans la boutique un lieu de rencontre. 

Je me suis un peu ennuyée dans cette longue introduction. La mode, le shopping ne sont pas ma tasse de thé, les « jeunes filles » m’agacent avec leur futilité. Barbara et ses deux collègues ne m’intéressent pas plus, superficielles sans personnalité affirmées, dans l’ombre de la patronne autoritaire. 

Petit à petit, le scénario déraille. Des incidents minuscules dérangent le  déroulement de la vie sociale. Un homme cherche sa femme et fait un scandale. Des mannequins, en vitrine, sont abimés. Des chenilles envahissent la boutique. Tous ces évènements semblent n’avoir aucun rapports entre eux mais la bonne ambiance du début s’altère.

Puis l’atmosphère s’alourdit encore, lettres anonymes, sourdes menaces. Une jeune cliente disparait. Marie-France, drapée dans son élégance et sa dignité ne réagit pas. Giosué, le gérant, qui a vécu les persécutions dans le ghetto de Rome, comprend la menace mais préfère laisser courir.

L’histoire est très claire, et pour limiter les risaues d’être mal interprétée, elle se répète depuis la nuit des temps, et revient chaque fois, ne serait-ce dit-on – sous forme d’une farce ; seulemnt je crois, moi, qui’l s’agit à chaque fois d’une nouvelle tragédie, même si personne ne s’en rend compte, personne ne s’en soucie. personne n’ intérêt à réfléchir. Et pas même à défendre ceux qui en sont victimes. 

Barbara qui doit tout à Marie-France découvre la calomnie par l’intermédiaire d’anciens copains de faculté. Elle aurait pu défendre sa patronne. Etrangement, par lâcheté, par conformisme, elle laisse dire, laisse faire.  Cette absence de solidarité  révoltante est bien dans la ligne de tous les faits racontés dans cette histoire.

« ils ont forcément fait quelque chose »

Histoire glaçante aujourd’hui quand on constate une résurgence de l’antisémitisme.

 

 

La Grande Soif – Erica Cassano – JC Lattès

NAPLES 1943

Le roman s’ouvre en septembre 1943. Naples est occupée par les Allemands, les Américains ont débarqué en 3 septembre à Salerne. La population napolitaine attend sa libération. Elle va se soulever pendant les Quatre Jours  (27 au 30 septembre) et se libérera elle-même de l’occupant.

Les Allemands ont endommagé l’aqueduc : les robinets sont à sec et les Napolitains assoiffés. Comme c’est la ville des miracles l’eau coule chez Anna, la narratrice. Cacher ce privilège ou distribuer des seaux aux voisins?

La narratrice est une jeune fille de 20 ans. Son père, cheminot, opposant au fascisme a été exilé de Gênes, disparaît au début du roman. Le mari de sa soeur est parti soldat. Dans l’entresol s’entassent la mère, la soeur et ses deux enfants. Entre bombardement qui les jettent à l’abri et privations diverses, la vie est dure à Naples.

Avec l’arrivée des Américains, la situation s’améliore. Anna qui a appris un peu d’Anglais est embauché à la base américaine. Elle devient de plus en plus indépendante et soutien de famille. La coexistence des Alliés et des Napolitains ne va pas de soi. Libérateurs ou occupants? Incompréhension du « théâtre » napolitain, mépris réciproque. Et même le Vésuve s’en mêle.

J’avais aimé Le Jour avant le Bonheur d’Erri De Luca, clic mais c’était le regard d’un petit garçon, et La Storia d’Elsa Morante dans Rome clic et bien sûr, à une autre époque, mais toujours à Naples L’amie Prodigieuse. La Grande soif, raconte une histoire passionnante et me donne envie de retourner à Naples!

 

La Maison-Atelier de Chana Orloff, villa Seurat

ATELIER D’ARTISTE NON LOIN DE MONTPARNASSE

Maternité

Il convient de réserver sur Internet sur le site de la Maison de Chana Orloff.(www.chana-orloff.org). Elle est ouverte le week-end et certains mercredis. Pour y aller : métro ligne 6, station Saint Jacques et prendre la rue de la Tombe-Issoire.

« mon fils marin » de Chana Orloff, place des Droits de l’Enfant

Quand vous aurez trouvé Didi dans le petit square vous serez presque arrivés! Chana Orloff est une artiste qui me touche beaucoup aussi bien pour la qualité de ses oeuvres que pour son histoire.

Chana Orloff

Chana Orloff est née en Ukraine en 1888, qu’elle a quitté avec sa famille en 1905 pour la Palestine. En 1910, elle part pour Paris se perfectionner comme couturière, rencontre les artistes de Montparnasse, Soutine, Modigliani …En 1926 elle fait construire sa maison-atelier dessinée par Auguste Perret

Auguste Perret

Cet atelier son « travailloir » comporte un espace d’exposition, sorte de galerie, un atelier éclairé par une verrière et un appartement en étage. Cent ans plus tard je retrouve les oeuvres exposées

Portrait de ses contemporains

Chana Orloff a réalisé de nombreux portraits très originaux. Elle saisit les traits caractéristiques d’un personnage sans toutefois tomber dans la caricature. J’ai regretté qu’un inventaire de ces contemporains n’ait pas été fait. La guide, très aimable m’en a montré quelques un dont Anaïs Nin qui était sa voisine. Des têtes mais pas seulement. Sur les bustes ou sur les personnages en pied, on peut noter le soin porté aux accessoires, aux costume bien taillé : l’oeil de l’ancienne couturière!

Personnages mais aussi animaux comme ce teckel

Un de ses sujets favoris sont des maternités, ce qui n’allait pas de soi pour les pionnières de l’époque comme Anaïs Nin, ou les Amazones qu’elle fréquentait.

Naturalisée française (et décorée) en 1925, elle reste à Paris pendant l’occupation allemande, prévenue juste avant la rafle de juillet 1942, avec sont fils, elle fuit en Suisse jusqu’à la fin de la guerre. Pour retrouver sa maison pillée, ses sculptures disparues. Seules 4 seront retrouvées.

Le Retour

Son style va changer, elle va prêter moins de soin aux détails vestimentaires. Surfaces plus rugueuses. Le Retour restera donc caché longtemps avant d’être présenté.

Après la naissance de l’Etat d’Israël, elle va y travailler. Une commande de statue à la mémoire de héros de guerre sera honorée avec la monumentale maternité d’Ein Gev

Maternité d’Ein Gev

Elle décède à Tel Hashomer en 1968.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la biographie que lui a consacrée Rebecca Benhamou : L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture CLIC

Le livre commence au kibboutz Beeri, kibboutz victime du 8 octobre, encore une maison détruite, une maison pillée. La statue des Inséparables a disparu, volée? détruite?

Inséparables

la musée de la Maison de Chana Orloff organise à l’étage des expositions : en ce moment La Guerre et la Paix

Guerre et Paix