Kwame Akoto – Almighty God Art Work – au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 6 septembre 2026

L’atelier du peintre d’enseignes religieuses

Kwame Akoto est un peintre d’enseignes à Kumasi (Ghana) . Les enseignes, en Afrique de l’Ouest réjouissent les passants par leur fantaisie, leurs couleurs et les textes souvent humoristiques. Kwame Akoto est également un prédicateur pentecôtiste, il met son talent artistique au service de sa foi : ses tableaux sont souvent prêcheurs avec assez de couleur et d’humour pour ne pas être ennuyeux:

Médisances….
Our Frather who art in heaven – art in heaven, prière ou jeu de mots?

Et que dire du cercueil emporté par un aigle?

Evangélique mais aussi africain connecté avec la nature, les médecines traditionnelles comme cet homme-feuilles

My friend the bushman

Kwame  Akoto a aussi réalisé des autoportraits fantaisistes 

Autoportrait

On le reconnait aussi sur le très beau tableau de Hervé di Rosa

Hervé di Rosa  : Déjeuner à Kumasi

Pour terminer, une vidéo montre Kwame Akoto dans son atelier dans la rue, à côté des garages avec ses apprentis. Grande simplicité de ceux qui, peintres d’enseignes, ne se prennent pas pour des artistes!

PS  : par temps de canicule, le Musée du Quai Branly et son jardin d’été offre calme et fraîcheur, pas de foule comme dans les musées du Louvre ou d’Orsay, et une belle promenade dans les collections permanentes. L’Expo Kwame Akoto sur la mezzanine Martine Aublet, n’est pas très fournie, on peut au choix flâner parmi les hautes sculptures d’Océanie soit visiter une autre exposition

Aux Origines, Défaire le Racisme – Palais de la Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)

COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?

COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?

L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavage et Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent. 

William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne

Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention. 

Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images  habituelles. 

William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves

William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou. 

Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)

Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales. 

Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021

En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté  et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse (Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka,  survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches. 

les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française

Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalme montre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.

Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War

Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante. 

Bouba Touré

Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes. 

La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atys dansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire. 

 

Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane

Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèque orné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur. 

Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.

Cotton Queen – film soudanais de Suzannah Merghani

SOUDAN

Je chronique plustôt les films sur mon blog Toiles Nomades mais la  sortie très discrète de ce film soudanais début Aout dans 3 salles parisiennes seulement, m’incite à doubler cette chronique ici pour encourager ce film  excellent. Oubliez De Gaulle ou l’Odyssée et courrez voir Cotton Queen avant qu’il ne disparaisse des écrans.

On parle peu du Soudan, on le montre encore moins dans les médias malgré une guerre très meurtrière qui n’intéresse personne. On parle encore moins du cinéma soudanais ; et pourtant, tous les films soudanais (ou à propos du Soudan) que j’ai vus m’ont beaucoup plu : Soudan souviens-toi(Hind Meddeb) Tu mourras à Vingt ans (Amjad Abu Alah) Talking about trees (Souheil Gasmelbari) et Goodbye Julia (Mohamad Kordofa). Je les cite tous parce qu’ils ont eu aussi une sortie éclair et auraient mérité plus de buzz. 

J’étais partie avec des idées de guerre civile, de ruines et de femmes voilées. Erreur!

Le film montre des femmes magnifiques, prises entre tradition et rêves d’adolescentes dans une campagne bucolique au bord du Nil. Des jeunes filles cueillent à la main du coton en chantant, elles se baignent dans le fleuve, rêvent comme toutes les adolescentes au prince charmant. Nafisa, l’héroïne, écrit des poèmes à son amoureux qui lui offre des oignons….

la Reine du coton c’est une autre Nafisa, la grand-mère, Al-Sit, la dame, qui règne dans la cour et qui file son coton sur une quenouille antique. Al-Sit est un personnage, elle possède des champs qu’elle cultive traditionnellement pour obtenir un coton vierge et pur, tellement pur que seules des jeunes filles vierges sont autorisées à cueillir. Si son champ est si fertile c’est que l’engrais provient des cadavres des Anglais que Nafisa, dans sa jeunesse aurait tué. Al-Sit serait une héroïne de la décolonisation. 

Survient le Businessman, un commerçant qui veut acheter le champ de Al-Sit et commercialiser des graines de coton OGM. Pour les parents de la jeune Nafissa, c’est aussi un très bon parti. La mère de Nafissa met tout en oeuvre pour marier sa fille – même de la magie. 

A côté de l’intrigue principale, surgissent des scènes pittoresques : l’arrivée des vieilles acheteuses de coton, un spectacle de marionnettes, avec toujours le fil de coton, et suggérée ou explicitée l’excision des jeunes filles, leur liberté impossible. Je n’ai npas toujorus compris mais c’est passionnant. 

Otobong Nkanga : I dreamt of you in colours – au MAM

Exposition temporaire jusqu’au 22 février 2026

Affiche exposition Otobong Nkanga

Connaissez-vous Otobang Nkanga ? Elle est née au Nigéria en 1974, a étudié à Paris  aux Beaux Arts et à Ilé-Ifé, Nigéria. Elle a effectué de nombreuses résidences en Europe et en Afrique et a participé à la Dokumenta14 Athènes/Kassel  ainsi qu’à nombreuses expositions dans la monde entier.

Grey zone (photo)

Difficile de classer cette plasticienne qui utilise nombreuses techniques, dessin, photographie, sculpture, tapisserie, céramique,  vidéo, danse... et qui les mixe dans des installations spectaculaires. Oups! j’ai oublié la poésie qui est le fil conducteur de certaines installations.

Unearthed série : Abyss

Anglophone, les commissaires de l’exposition n’ont pas jugé bon de traduire les poèmes. Je serai forcée de le faire moi-même, et sans doute maladroitement. 

Unearthed série Sunlight

Quatre très grandes tapisseries 350×600 cm forment l’ensemble Unearthed série en textile tufté . (je ne savais pas ce que c’est que le Tufting, il semble que c’est une technique permettant de réaliser tapisseries et tapis en mélangeant différentes fibres, naturelles ou synthétiques en utilisant un pistolet – je viens de découvrir cela sur Internet). Cet ensemble Abyss, Midnight, Twilight et Sunlight est très spectaculaire. Parmi les coraux, trainent des éléments, comme des pièces de membres de marionnettes. Nous allons retrouver ces éléments oblongs, perforés dans d’autres installations. 

Alterscape

En face, une série très différente, photo ou collage? Montage ou maquette. Un personnage domine un paysage. De petites maquettes (photos?) de constructions sont posée sur le personnage. On comprend que c’est l’artiste elle même qui est juchée sur une maquette. Elle est même armée de couverts, couteaux pour dévorer la terre

Alterscape :Spilling waste  dévorant la terre?

Elle symbolise ainsi l’impact des humains dévorant la terre.  Les grandes tapisseries partant des fonds océaniques arrivent sur le littoral ensoleillé montrent des richesses fragiles que l’extraction minière et pétrolière endommagent jusqu’aux abysses, témoins les éléments mécaniques accumulés. A moins que ce soient les ossements des noyés de la traite atlantique, ou des naufrages des migrants.

Shape by morning dew

Tout l’espace est occupé par plusieurs tapis aux motifs géologiques sur lesquels sont étalés des cordages, des colliers de perles de verre, de céramique. Des « phares » (becon) balisent l’installation, ce sont des colonnes de grès alertant sur le réchauffement climatique et le dessèchement des terres. Des sons sortent de grosses sphères,. il est encore question d’extraction minière.

Shape by mornig dew.

aux murs sont des panneaux d’argiles sont gravés des poèmes

loaded tears

turn to rock

slowly drips

A silent force

A red caress

Loaded Tears

Dans cette ambiance calme, dans le salon coloré, on a envie de s’attarder. Un banc s’adosse face aux tapis. Des dames ont apporter leur matériel pour dessiner ou peindre. Je les envie. Je me promène, cherchant des angles pour les photos, les vidéos. je copie les poèmes.

Les installations suivantes seront plus explicites
les braa et les jambes des des ouvriers sont suspendus à un mécanisme compliqué, on comprend qu’il s’agit d’extraction minière. Toutes les oeuvres suivantes déclinent ce thème.

la carrière dans les couches stratifiées

Le plus souvent les têtes sont coupées. Seule compte la force mécanique. Sur la série de Pointe Noire (Congo)les dégâts à l’environnement sont figurés

Extraction minière et dégâts sur l’environnement

Souvent le thème de la molécule évoque les minéraux extraits. A la place des atomes, l’artiste a collé des photos ou peint des paysages, le plus souvent dévastés.

Une installation présente une collection de minéraux, cristaux colorés, géodes…

Pursuit of Bling (2014)

Le couple figure sur un fond noir pailleté de cristaux. sur les tablettes, les minerais. Ce thème de l’extraction est largement documenté.

carved to flow

Un peu plus loin, une sorte de forteresse, de château avec tours et enceintes fleure bon le savon. Conçue à Athènes en savon grec, Otobong a fait réaliser 15.000 cubes de savon qui furent vendus pour financer deux initiatives, une pour un centre d’art à Athènes et l’autre pour une ferme organique au Nigéria. Dans une vidéo l’artiste explique le sens.

Je pense à la Terre comme un être, comme notre corps. L’eau, l’air, l’arbre la pierre, la plante sont des êtres comme notre corps

Nous sommes restées très longtemps dans l’exposition et je vous invite à y consacrer une bonne demi-journée.

Et pour compléter un  podcast de RadioFrance : Les Midis de Culture 

Frantz Fanon – un film de Abdenour Zahzah – un podcast de France Culture

Frantz Fanon (1925 – 1961) A l’occasion du centenaire de sa naissance, deux films sont sortis sur les écrans. En avril, distribué confidentiellement, le biopic Fanon de Claude Barny (que j’ai raté) et, en septembre, le film d’Abdenour Zahzah qui se concentre sur les 3 années (1953-1956) où Fanon a exercé sa profession de psychiatre à l’hôpital de Blida-Joinville. Tourné en noir et blanc, il ressemble plus à un documentaire qu’à un biopic. Il se déroule exclusivement dans l’enceinte de l’hôpital. Quand Fanon prend ses fonctions le système est fermé, presque carcéral, quatre divisions, femmes européennes dont Fanon s’occupera en premier, femmes musulmanes (on ne verra rien), hommes européens et hommes indigènes que Fanon va soigner. Ségrégation sociale qui reproduit la société algérienne de l’époque. Sa première initiative sera d’ouverture dans ce grand enfermement. Avant d’arriver en Algérie, Fanon est passé par Saint-Alban, où s’exerce la psychiatrie institutionnelle. Sa pratique d’ouverture s’exerce vis à vis des malades mais aussi vis à vis du personnel infirmier qu’on avait réduit à la fonction de gardiennage. Il se rapproche aussi des militants du FLN, des victimes de cette guerre qui ne dit pas son nom. Le glissement entre l’aliénation coloniale et l’aliénation des patients apparait comme une évidence.

Le livre Les Damnés de la Terre publié par Maspéro en 1961, préfacé alors par Sartre, que j’avais acheté en 1968, à la Librairie Maspéro est un de mes grands souvenirs soixante-huitard. J’en ai gardé l’impression d’un texte politique théorique. Quand j’ai lu Peau Noire Masques blancs CLIC  J’ai été surprise de découvrir qu’il s’agissait d’une thèse de médecine avec un langage scientifique très pointu si bien que je n’ai pas tout compris. J’ignorais alors que Fanon que je connaissais comme figure de la décolonisation, combattant de l’Indépendance de l’Algérie était psychiatre. 

Après avoir vu le film de Zahzah j’ai podcasté la série Fanon l’Indocile dans Les Grandes Traversées de France Culture CLIC

Et cette écoute m’a accompagnée pendant mes promenade pendant une bonne semaine : 5 épisodes de 109 minutes avec des lectures, de nombreux intervenants. Etude approfondie des différents aspects de son histoire, de sa personnalité.

Fanon qui était pour moi une icone de la décolonisation, mort jeune comme Che Guevara. Il est toujours présent soit aux Antilles, soit aux Etats Unis précurseur des Black Panthers ou de Black lives matter , plus récemment. Ce long podcast nous le présente beaucoup plus nuancé, plus humaniste aussi. Ambigu parfois, dans l’appel à la lutte violente décoloniale. Il faudra que je relise les Damnés de la Terre que j’emprunterai à la Médiathèque puisque j’ai perdu mon joli exemplaire coloré de la Petite collection Maspéro. 

 

 

Les Naufragés du Cap Vert – Laurence Benveniste

BOOKTRIP EN MER/ CAP VERT

 

Proposé par les algorithmes d’Amazon, ce livre semblait cocher toutes les cases de mes lectures de l’été : le Booktrip en mer, La Révolution française (à la suite des Onze), l‘histoire des Juifs . Plaisir de retourner au Cap Vert répondre à cette interrogation lors de notre voyage au Cap Vert : le lieu-dit Synagoga CLICm’avait étonnée, je comptais sur cette lecture pour lever  ce mystère.

A bord de la « Jolie Nanette » voguant vers la toute jeune république américaine se retrouvent David, Esther et son fils Momo,  Juifs du Comtat Venaissin, Marie la fiancée de David, Hemings le cuisinier de Jefferson, esclave mulâtre, Dalayrac un violoniste qui a joué à la cour, Liquier fils d’un armateur bordelais négrier, Camboulas vétéran des guerres d’Indépendance américaine. Bonne compagnie musiciens, lettrés « honnêtes hommes » ayant le goût de la conversation et de la musique. La cuisine de Hemings apporte une touche gastronomique à ce voyage qui s’annonce très agréable.

Tout d’abord, échanges de très haute volée où Voltaire, Olympe de  Gouges, Lessing sont cités. La Fayette, Mirabeau, Robespierre et les révolutionnaires, sujets d’actualité. La présence de Heming, fin cuisinier, violoniste, mais esclave de Jefferson, introduit une réflexion sur l’esclavage. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’implique-t-elle pas l’Abolition de l’esclavage? La situation des Juifs et des Noirs, également opprimés est sujet de leurs discussions. Bien sûr, la place des femmes n’est pas oubliée. Passionnants ces débats? Un peu longs et scolaires. Laurence Benveniste ne laisse rien de côté, développe les idées, creuse son sujet. Tant d’érudition finit par lasser.

La croisière se gâte, mort suspecte du Capitaine qui est remplacé par un personnage très antipathique, mort du Coq…aménagements suspects en cale. Mutinerie…les passagers deviennent otages, le navire change de destination. L’heure n’est plus aux discussions philosophiques ni aux concerts de violon. Suspens haletant. Ma foi, fort bien mené. Arriveront ils au Cap Vert? (on se doute que oui d’après le titre) et après….ils passeront par Synagoga, bien sûr!

Très bien documenté, mais la lecture de ces 391 pages est  un peu laborieuse. .

Mission Dakar-Djibouti – Contre-enquêtes – Musée du Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 14 septembre 2025

L’expédition Dakar-1934Djibouti (1931-1933) dirigée par Marcel Griaule, ethnologue. 11 scientifiques ont traversé 15 pays et ont rapporté des milliers d’objets et spécimens naturalistes…On peut remettre en perspective cette expédition avec l’Exposition coloniale de Paris en 1931. 

L’Exposition du Quai Branly présente de nombreux objets, masques ou objets de la vie quotidienne documentant les cultures traditionnelles censées disparaître sous l’effet de la colonisation. Une calebasse, une herminette, un métier à tisser ou un panier traditionnel ayant pour les ethnologues autant de valeur qu’une sculpture, poteau sculpté ou un masque.  

Instruments de musique

On pourrait se contenter de déambuler parmi les vitrines, lire les cartels, être dépaysé par les coutumes, les formes…les matières. Admirer les calebasses gravées, décorées, deviner les usages.

 

 

Les Contre-enquêtes offrent une perspective nouvelle en questionnant les Méthodes et pratiques d’acquisition dans le contexte colonial. Le succès apparent de la mission a été terni par les méthodes controversées d’acquisition  avec des preuves de vol, de saisie d’achats avec tromperie. 

Mama Whita (2018) Delphine et Elodie Chevalme

Les papiers peints, de style Toile de Jouy apporte un contrepoint en donnant une image du rapport de domination des autorités coloniales sur les indigènes. Achats, dons, échanges ne pouvaient s’envisager sereinement. Des vidéos documentent les Contre-enquêtes menées au Bénin, à Dakar, au Mali ou à Djibouti. 

la cinéaste Alice Diop rend compte de l’une des ses enquêtes.

Les nouveaux enquêteurs ont pris le temps d’interroger les descendants des dignitaires qui auraient vendu/cédé/offert des objets. Le récit montre comment les sages n’auraient jamais donné des objets au très fort pouvoir symbolique et religieux qu’ils conservaient avec grand soin et utilisaient dans des cérémonies. Seule la contrainte explique qu’ils s’en soient séparés

Gris-gris

D’autres contre-enquêtes ont été menées à propos d’objets du quotidien : tabouret offert à la mariée, panier pour fumer le lait de chamelle, métier à tisser. Les ethnologues des années 30 n’avaient pas toujours pris le temps d’établir une fiche détaillée sur les usages de ces objets destinés selon eux à être remplacés par des artefacts occidentaux, plus pratiques, moins chers. Les contre-enquêtes ont souvent retrouvé de tels objets qui subsistent encore et compris à quoi ceux-là servaient. Le métier à tisser, les soufflets de forge, eux sont utilisés uniquement par de très vieux artisans qui ne transmettront plus les techniques aux jeunes « trop dur », pas rentable économiquement.

J’ai beaucoup apprécié les vidéos des contre-enquêtes qui se placent dans la perspective de restitution des œuvres mal acquises. A ce propos, le film Dahomey de Mati Diop raconte le retour de certaines à Cotonou . J’ai un moment confondu Mati Diop et Alice Diop. ICI ma chronique du film avec sa bande-annonce. 

Beauté de ces objets, photos anciennes, et aussi le livre de Michel Leiris L’Afrique Fantôme (1934) que je note dans mon pense-bête….Une visite intéressante. 

Paris noir – Circulations artistiques et luttes anticoloniales 1950-2000 Centre Pompidou

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 30 juin 2025

Sekoto autoportrait

Une exposition très riche aux œuvres très variées  et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.

Baldwin par Beaufort Delaney

Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers  l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antilles françaises, Cuba. 

Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)

On peut aussi choisir un parcours musical :  de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi

Cotton club

Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul  Ahyi

Paul Ahyi : Les Musiciens

Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires

josé Legrand : sans titre 1975

le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .

Georges Corran : Délire de Guerre et paix

Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures

Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar

Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..

Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière

Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante. 

 

Au Fil de l’Or- l’Art de se vêtir de l’Orient au Soleil Levant – Au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 6 juillet 2025

Guo Pei – 5 robes brodées de fil d’or 15 personnes et 5 années de travail

De soie et d’or, costumes d’apparat, de pouvoir, de noces,  ou d’Eglise, d’Orient en Occident, fils d’or, brocarts, lamés ont voyagé et l’exposition du Quai Branly emmène le visiteur pour un voyage éblouissant.

maroc

Mais attention, prévoir du temps, l’exposition est très riche, riche de l’or, bien sûr, mais riche en thématiques, le fil d’or et les techniques du travail de l’or, et les brodeuses au travail.  Un parcours chronologique au fil du temps, de la Préhistoire à l’invention du lurex qui imite le fil métallique.

Tunisie : Robes de noces

Un voyage d’Ouest en Est, du Maghreb au Pays du Soleil Levant.

Arabie Saoudite

Comme le fil d’or a souvent été mêlé au fil de soie, des digressions à Madagascar où on a essayé de filer la soie des araignées, et au Cambodge avec les petits cocons de soie jaune.

Non, ce n’est pas de l’or, mais des cocons de soie jaune cambodgienne

Et comme s’il fallait encore en rajouter, les mannequins habillées des robes prestigieuses de Guo Pei ponctuent le parcours. 

Guo Pei : Manteau traîne de l’Himalaya – 25 personnes y ont travaillé

Les techniques de broderies et tissages sont tellement variées qu’il est impossible de les résumer. Des pépites battues pour obtenir des bractées (feuilles d’or) dès la préhistoire, aux lamelles d’or collées à de la baudruche et découpées en rondelles, au fil tréfilé, puis enroulé … j’ai été fascinée par la vidéo montrant 6 femmes nouant dans leur doigts le fil que la maîtresse aplatissait en un galon précieux.

Broderie chinoise

Combien de points variés dans cette broderie chinoise?

Vous ressortirez ébloui!

 

 

 

 

 

Wax au musée de l’Homme

Exposition temporairejusqu’au7 septembre2025

Photo Thandiwe Muriu

l’Exposition Wax se déploie sur deux niveaux : au foyer au 1er étage et autour du Balcon des Sciences au second. Je vous conseille de commencer au balcon où vous apprendrez l‘histoire du wax 

Histoire du wax

L’histoire du wax est d’abord une histoire coloniale. Elle commence en Indonésie avec le Batik traditionnel. Impression à la cire qui a donné son nom au tissu imprimé. Le wax fut ensuite exporté en Afrique de l’Ouest où il a gagné un beau succès. Le wax fut fabriqué principalement aux Pays Bas (Vlisco) ainsi qu’au Royaume Uni où les filature de Manchester trouvèrent des débouchés en particulier au Nigéria. Dans les années 60, avec les Indépendances, le wax devint le symbole de l’africanité. La fabrique Vlisco s’installa en Côte d’Ivoire et le commerce de ce tissu fut à l’origine de la fortune des Nanas Benz  du Togo

Les Nanas Benz, riches commerçantes posant devant leur Mercédès Benz

Si vous voulez acheter du tissu, point n’est besoin de prendre l’avion pour Cotonou ou Lomé. Il suffit de descendre à la station de métro Château Rouge.

 

Wax de Château Rouge

Cependant, porter un vêtement de wax à Paris, ne va pas de soi. D’abord il est merveilleusement frais sous les latitudes tropicales, mais ici, sous la pluie…Ensuite vous serez peut-être accusés d’appropriation culturelle. Ce tissu étant considéré par certains de marqueur identitaire. Pour ma part, le concept d’appropriation culturelle m’agace. Comme si il fallait être violée pour parler de viol, mexicain pour tourner une comédie musicale fantaisiste mexicaine à Bry sur Marne….et australopithèque pour faire « revivre » Lucy . 

motif pintade

Sur le balcon vous pourrez vous familiariser avec les différents motifs. Certains sont tout à fait codés avec des allusions à la vie conjugale

L’oiseau qui s’échappe de la cage serait un avertissement pour un mari volage!

Le sac à main de Michelle obama

Certains motifs sont politiques : les candidats ou présidents n’hésitent pas à imprimer leur portrait, y compris à côté de Valery Giscard d’Estaing, des pagnes comme affiches électorales. D’autres sont féministes comme le portrait du Prix Nobel Denis Mukwege. D’autres montrent les congrégations religieuses

Toniya Nneji : tableau représentant un pagne en wax de sa mère

Au Foyer, l’exposition est celle de la création artistique contemporaine avec les grandes photos de Thandiwe Muriu

la série de ventilateurs du plasticien camerounais Lamine M symbolisant ses interrogations au sujet du réchauffement climatique. 

les créations des stylistes montrent une utilisation très contemporaines de ces tissus comme le bomber

Bomber au motif des léopards du Bénin (qui ressemblent plutôt à des dinosaures)

une exposition colorée qu’on peut voir en complément de celle sur les Migrations