Très belle exposition du peintre finlandais Pekka Halonen (1865-1933) qui nous fait découvrir la nature de son pays en plus d’une centaine de tableaux. Au tournant du XIXème siècle et du XXème, Paris a aussi attiré EdelfeltCLIC à qui le Petit Palais avait consacré une belle exposition et Gallen-KallelaCLIC Exposition à jacquemart-André
L’exposition Pekka Halonen rappelle le contexte de l’indépendance compliquée de la Finlande, Grand-Duché sous la tutelle de la Russie, dotée d’un parlement mais dont l’indépendance ne fut proclamée qu’en 1917. peintres et musiciens étaient inspirés par l’élan nationaliste. Pekka Halonen est représenté jouant de l’instrument de musique typiquement finnois : le Kantele et avec Sibelius
1891 Eero Jarnefelt : Pekka halonen jouant du kantele
A l’Exposition Universelle de Paris 1900 la Finlande avait un pavillon qui est reproduit dans l’exposition où Pekka Halonen exposa avec d’autres peintres finnois.
1900 – La lessive sur la glace Pekka Halonen
Venu à Paris en 1890 il fut formé par Jules Bastien-Lepage , peintre naturaliste à la suite de Jean-François Millet mais en 1893, il devient l’élève de Gauguin.Il peint les hommes de son pays au travail, bûcherons, ou pêcheurs
Homme goudronnant sa barque
Mais son inspiration principale est la nature : lacs, nuages et surtout la neige.
1907 Fin d’hiver au lac Tuusula
Sa maison-atelier Halasenniemi à Tuusula qu’on découvre sur le tableau est reproduite dans une grande salle de l’exposition : large baie vitrée donnant sur le lac et chaudes boiseries à l’intérieur. Dans cette salle, on voit la vie se dérouler de-dans comme dehors, les saisons passer avec les couleurs vives succédant aux blancs bleutés de la neige et de la glace
La lessive qui sèche
Couleurs vives de l’automne aussi. Reflets sur l’eau, sur la glace qui fond pendant la débâcle
la Débâcle
Bouleaux et pins de la forêt
1916 Grand pin Kotavuori
mais l’éblouissement, l’émerveillement se trouve dans la dernière salle où la neige est peinte sur tous ses aspects. On pourrait y rester longtemps en contemplation.
Bouleau japonisant
j’aurais aimé tous les photographier : les pins, les rochers, les bouleaux,
Surtout dans cette grande exposition gardez du temps pour rester longtemps dans cette salle!
J’ai découvert Soulages, chez lui, dans son musée de Rodez. Découvert l‘Outrenoir sur des toiles où le noir appliqué au pinceau, au couteau, griffé gratté joue avec la lumière qui transforme le tableau selon l’angle d’incidence. De grands tableaux noirs et tant de variété…une visite passionnante. CLIC
J’ai suivi Soulages à Conques et observé comme la lumière modifie les vitraux selon le temps qu’il fait, l’angle d’incidence… Et toujours la sobriété des abbayes cisterciennes CLIC
Soulages, peintre du noir ou de la lumière.?
« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs lorsqu’il illumine les plus obscures il leur confère une grandeur sombre »
Soulages 2005
Quoique… Soulages n’a pas toujours peint du noir. Quand il s’est installé à Paris à la fin des années 40, il a surtout utilisé du brou de noix à la riche teinte brune.
L’exposition présente des papiers marouflés sur toiles. Ordre chronologique, on peut deviner l’évolution du travail. Bou de noix, gouache noire, encre. Peinture abstraite : ne pas chercher d’intention, les titres donnent une date, et les dimensions de l’œuvre. Rien pour guider le regardeur qui se fera son interprétation personnelle. Ou pas.
On découvrira des séries qui se répondent,
Intrigué, je zoome :
surprise! une timide apparition de la couleur
il y a aussi une exposition « immersive » avec casque numérique mais j’ai horreur du casque, je ne peux donc pas vous en parler.
EN REVENANT DE L’EXPO…GABRIELE MÜNTER et KANDINSKY
1929 la sténographe Suisse en pyjama
« Ecrire. Gabriele peint le portrait de la féminité et aussi celui de la femme active, qui a une fonction propre et réalise un métier. Sténographe, le premier métier officiel attribué au genre féminin. La femme représentée, motif central, occupe tout l’espace du tableau. La frontalité et le peu de perspective accordée au sujet peint nous rapprochent. Une coupe de cheveux à la garçonne. Plutôt courte, crantée. Le pantalon a la forme « harem », la mode de l’époque. Les chaussures rouges indiquent qu’elle aime aller danser, mais qu’elle s’est rendue immédiatement disponible au travail. Elle serait vêtue sous son pull d’un pyjama, le tissu apparaît, souple. Panoplie de la femme émancipée. L’artiste utilise peu de couleurs, du bleu outremer au fond, plus clair[…] Gabriele vient de peindre la « femme nouvelle » en France, « Neue Frau » en Allemagne.
Je me souviens très bien de ce tableau à l‘Exposition Gabriele Münter au MAM au printemps dernier (CLIC), mais je n’avais pas acheté le livre de Florence Mauro à cette occasion. En visitant l’Exposition Kandinsky à la Philharmonie( CLIC) j’ai pensé à elle.
1907 Kandinsky à l’harmonium
Courte biographie (109 pages en comptant les annexes), Florence Mauro s’attache à décrire certaines œuvres majeures de la peintre. Si bien que j’ai lu ce texte en 3 jours, m’arrêtant pour chercher dans la galerie-photo de mon ordinateur, ou sur Internet les tableaux du livre. Lecture hachée mais très plaisante.
Paul Klee assis dans un fauteuil.
Plaisir aussi de croiser au fil des pages les peintres du Cavalier Bleu, ceux de Montparnasse, Paul Klee, et de découvrir des noms inconnus.
Suivre cette voyageuse, partie très jeune aux Etats Unis d’où elle a rapporté de belles photographies (dans l’exposition du MAM), qui a voyagé avec Kandinsky, d’abord son professeur, puis son compagnon, à Paris avant la Grande Guerre, puis en Suède où elle avait imaginé vivre avec Kandinsky qui n’était plus le bienvenu dans l’Allemagne en guerre.
1936 Route menant aux montagnes
Encore une fois, mesurer comme la notoriété était plus compliquée pour une femme. Revenue seule en Allemagne, oubliée alors qu’elle était une figure majeure de l’Avant-Garde du temps du Blau Reiter tandis que Kandinsky et Klee avaient intégré le Bauhaus et étaient au faite de la célébrité.
Je compte persister dans la lecture de cette collection Le roman d’un chef d’oeuvre afin de continuer les visites des expositions et musées.
Par ces temps mauvais, l’actualité me déprime, Guerre au Moyen Orient, Guerre en Ukraine, 7 Octobre, Anéantissement de Gaza, pogrom en Australie
les chevaliers de l’Apocalypse, Galerie Martel , Art Spiegelman et Jo Sacco signent leurs livres
Toujours la même interrogation : est-ce le retour du fascisme?
Le RN de Marine Le Pen et Bardella est-il fasciste? les attaques contre l’Etat de Droit et les juges de la part de Retailleau, est-ce du fascisme? Trump est-il fasciste? Et l’accusation de fascisme de Poutine quand il fait la guerre à l’Ukraine, c’est le monde à l’envers. Et Netanyahou et son gouvernement? Sans parler du retour de l’antisémitisme de plus en plus inquiétant.
Il me semble urgent de revenir à une définition du fascisme, et à étudier son histoire et ses racines. Sternhell a consacré toute sa carrière d’historien à cette question. Il était donc urgent de lire ce livre.
…contre le fascisme sous toutes ses formes, dont la définition qui est retenue dans ces pages est celle, matricielle, de Marie-Anne Matard-Bonucci : le fascisme est un mouvement ou système politique ultranationaliste, opposé à la philosophie des Lumières (libéralisme et communisme) qui vise à transformer la société et l’individu sur la base d’une conception holistique de la société, c’est-à dire qui ne laisse rien de côté, soit au moyen de la dictature d’un parti unique, soit de l’État et au moyen de la violence. (p. 12)
dans la présentation de Pierre Serna.
Ce sont donc près de 50 ans d’histoire de l’extrême droite et des fascismes qui marquent la longue carrière de Sternhell entre 1972 et 2020. (p. 12)
Cet ouvrage n’est pas un biographie de Sternhell ni un résumé de son oeuvre. C’est une compilation d’articles de spécialistes de l’histoire des idées politiques listées dans le sommaire ci-dessous :
DU SOLDAT CITOYEN A L’HISTORIEN HUMANISTE-Pierre Serna
ENTRE GUERRES DICIBLES ET GUERRES INDICIBLES – de Annette Becker
SIONISTE FACE AU SIONISME – Philippe Gumplowicz
LA QUESTION DES FASCISMES FRANCAIS -LE NATIONALISME BARRESIEN ET SES ECHOS DANS LA FRANCE ET LES ETATS-UNIS D’AUJOURDHUI – Philip Nord
NI DROITE NI GAUCHE ENTRE 1983 ET 2020 LES FONDEMENTS D’UNE CONTROVERSE HISTORIOGRAPHIQUE -Olivier Forlin
STERNHELL ET LA THESE IMMUNITAIRE – Kevin Passmore
UN IMAGINAIRE HISTORIQUE OU LA CONTRE-REVOLUTION REFOULEE – de Baptiste Roger-Lacan
PLUTÔT HITLER QUE BLUM LE NAZISME COMME TENTATION DES « ELITES OCCIDENTALES » DANS LES ANNEES 30 -Johann Chapoutot
LES ANTI-LUMIERES DE VICO A CROCE – Frédéric Attal
FLEURIR LA TOMBE DU DICTATEUR (1936-2024) Pierre Salmon
VU D’ITALIE : UN DEBAT D’HISTORIENS – Valeria Galimi
EN ALGERIE AUSSI LA DROITE REVOLUTIONNAIRE – Benjamin Stora;
CONCLUSION D’UNE RENCONTRE – Henry Rousso
C’est donc un ouvrage de spécialiste, destiné à un public averti de l’histoire des idées politiques. Les sujets traités sont plus ou moins abordables pour la lectrice lambda que je suis.
Dans ce système, l’Autre, c’est-à-dire le Juif, l’étranger, l’indigène, le communiste, l’humaniste, la femme
ou l’homme des Lumières, est pensé comme un être à détruire, au point de rendre possible la culture
politique de la violence, voire de justifier la provocation à la guerre civile et la conquête du pouvoir par la
force, en négation totale avec les principes des républiques démocratiques,
Page 20
J’ai été très intéressée par l’histoire sur le temps long, qui fait remonter le débat aux Idées des Lumières, à la Révolution de 1789 et au cheminement des idées s’opposant aux Lumières au cours du XIXème siècle, à travers le Boulangisme, l’Affaire Dreyfus, Barrès… L’idée reçue que le fascisme découlerait des suites de la Grande Guerre, aussi bien en Italie et en Allemagne se trouve battue en brèche par l’analyse au long cours de Sternhell. qui remonte plus loin dans les origines :
Avec le boulangisme et l’antidreyfusisme, le rejet des Lumières passe ensuite des sphères intellectuelles
à l’espace public. Cette fois, la politique des anti-Lumières « est un phénomène de masse »
Autre idée que Sternhell apporte : le concept de Droite révolutionnaire, droite qui ne cadre pas avec la classification habituelle faite par René Rémondde trois Droites : bonapartiste, légitimiste, orléaniste. Opposition aussi de Sternhellà l’idée que la France serait immunisée au fascisme, idée répandue chez les intellectuels français qui éviterait de penser Vichy comme fasciste mais comme un épisode passager de l’Histoire de France.
J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les réactions violentes des historiens de Science Po (J’ai moi-même eu Touchard et René Rémond comme professeurs à Science Po).
Encore plus de mal à comprendre les implications italiennes de Vicoet Croce dans l’Histoire du Fascisme. En revanche, le culte que certains vouent encore à Franco est plus facile à saisir. Le chapitre consacré à l’Algérie par Benjamin Stora est limpide. On comprend très bien comment les lois excluant les Juifs pendant la Guerre se sont si bien appliquées dans des régions pourtant éloignées de Vichy et encore plus de l’Allemagne.
Tel que je le conçois, le sionisme était avant tout le retour du Juif à la normalité. Les Juifs ne devraient
plus être à la merci du bon vouloir d’autres peuples, mais fixeraient eux-mêmes leur destin. En ce sens, j’
ai été “archi-sioniste” et je le suis aujourd’hui encore.
Le chapitre Sionisme face au sionisme m’a particulièrement interpellée. Il est tout à fait d’actualité même si Sternhell est décédé en 2020.qu’il aurait dit pour le 7 Octobre, puis la Guerre à Gaza m’aurait intéressée. Sternhell se définit comme israélien, il a combattu pendant 4 guerres mais il a adopté une position très critique vis à vis de la politique de colonisation. A tel point qu’il a subi un attentat : une bombe déposée en 2008. Sa critique dépasse celle du gouvernement de droite : la gauche sioniste aussi est caractérisée par le nationalisme
la synthèse entre socialisme et idée nationale était revendiquée par le courant central du travaillisme —
« De la classe à la nation », tel était le slogan asséné par David Ben Gourion dans maintes tribunes de
congrès —, la dissolution du socialisme dans le nationalisme prôné par la droite sioniste ne pouvait qu’
irriter la gauche israélienne.
primat de la nation commandait tous les autres. Le drapeau rouge du socialisme des défilés du 1er Mai
dans les rues de Tel-Aviv n’était qu’un leurre. Le corpus idéologique des fondateurs d’Israël était bien
moins marxiste qu’inspiré par « le nationalisme organique, le nationalisme historique et culturel(p.72)
Ce recueil est difficile à lire quand on ne dispose pas de la culture historique suffisante. A relire! Je n’ai toujours pas de réponse à mes interrogations initiales mais l’Histoire des idées se précise.
Pour mieux connaître Sternhell le podcast de RadioFrance: L’Histoire à Bras le corpsinterview par Philippe Gumplowicz CLICest passionnant et surtout très éclairant . 5 épisodes de 28 minutes permettent un abord chronologique plus méthodique. Parcours de vie de l’enfant de Galicie occupée par les nazis, caché par des Justes polonais, orphelin qui arrive en Avignon, à 16 ans s’engage en Israël . L’étudiant à Sciences Po, élève de Touchard qui fait une thèse sur Barrès (pas du tout à la mode) . L’universitaire qui disserte sur les Lumières et les Anti-Lumières, explique Herder et Kant, Rousseau. Le polémiste dont les travaux ont été contestés jusque dans les tribunaux quand il a écrit que Jouvenel avait collaboré sous Vichy.
Sternhell a accompagné mes promenades en forêt, compagnon de route. Quelle merveille ces podcasts qui permettent de faire entendre la voix de telles personnalités!
Couverture rose pour les petites filles? un carnet de lecture pour noter chaque chapitre….192 pages en tout, quand je retranche les notes au lecteur, liste des oeuvres de Zola, préfaces, glossaires, pages pour écrire….il ne reste que 150 pages du roman initial. Selon le 4ème de couverture, « abrégé mais pas adapté », j’en doute fort. Le roman intégral a entre 450 et 500 pages selon les éditions. 300 en moins, c’est beaucoup.
Le roman original est un de mes préférés de la série des Rougon-Macquart. Encore très actuel avec les techniques de marketing dignes de celles de nos grandes surfaces2025. On vend à perte (à peine ) le Paris-Bonheur, et la cliente qui a fait une bonne affaire va acheter tout plein de bricoles inutiles…Procédé digne des « Bons Prix anti-inflation » des magasins actuels vont gagner de la marge sur le reste du panier…. Cela reste très bien démontré dans ce Bonheur des dames abrégé. Les Grandes Expositions, s’appellent maintenant les Evènements, les Soldes.…Les petites consommatrices du CM2 peuvent comprendre cela . Excellente introduction à une consommation critique!
Mais pour le style! Etourdissant, foisonnant, Zola sait me charmer, ici est devenu plat. Je tourne les pages mollement sans me laisser capter. Certes, je ne suis pas le public attendu, de plus, je connais l’histoire.
Dans mon entourage je ne connais pas d’enfant CM2/ 6ème pour tester le livre. J’interroge mes anciennes collègues. Catégoriques! « Au bonheur des damesc’est pour les 4èmes », disent-elles. D’ailleurs dans la boutique kindle, il existe au moins 2 éditions abrégées destinées à ce niveau : 250 pages. la moitié de l’original, presque le double de l’édition du « Premier Zola« .
Est-ce bien nécessaire d’anticiper les lectures? Le plaisir c’est aussi de se laisser engloutir par un pavé luxuriant, foisonnant, de jouer avec les mots, même démodés, même désuets. Pour cela, il faut être un bon lecteur. Laissons les très bons lecteurs voler dans les bibliothèques pour adultes les livres « qui ne sont pas pour les enfants » qui auront le goût du plaisir défendu. Et choisissons des contes, des poèmes, des romans-jeunesse !
Cléopâtre voit le jour à Alexandrie en 69 av. JC et se suicide par une piqûre de serpent en 30 av JC après la bataille d’Actium. Cléopâtre VII, reine intelligente, fine diplomate a restauré le lustre que son royaume avait perdu, devenant protectorat romain. Elle noue des liens avec César dont elle a un fils Césarion (Ptolémée XV), le suit à Rome en 46. Après l’assassinat de César, elle va négocier avec Marc Antoine , accroit ses territoires, modernise sa flotte. ils auront ont 3 enfants. Vaincue à la bataille d’Actium, elle préfère se suicider que de se soumettre à Octave.
La bataille d’Actium
La première partie de l’exposition est archéologique avec des objets originaux : un vase en forme de canard m’a bien plu, des bagues et sceaux, et toute une collection numismatique avec des pièce à l’effigie de Cléopâtre qui ne ressemble pas du tout à Liz Taylor, ne porte pas de perruque de pharaon mais dont le nez fameux est bien marqué. La dynastie des Ptolémées est d’origine macédonienne et l’Egypte est très hellénisée : des statuettes montrent les dieux égyptiens très différents de ceux du Nouvel Empire. On reconnait Isis, Osiris, Horus, et Bès. Photographies anciennes de Denderah, temple hellénistique. Et même une réplique de la Pierre de Rosette
Buste de Serapis
Une visite virtuelle d’Alexandrieprovient d’un jeu vidéo Ubisoft. Je n’aime pas tellement cette esthétique et surtout les personnages que je trouve laids mais c’est très instructif : on voit la Grande Bibliothèque, le Musée, l’île de Pharos…
Cléopâter mourant debout. Sculpture en marbre de Jean Baptiste Goy pour les jardins de Versailles
La Légende de Cléopâtre
La suite de la visite se déroule au deuxième niveau et raconte les légendes de Cléopâtre.
Les Romains, et surtout Auguste, le vainqueur d‘Antoine ont noirci le mythe. Virgile, Horace, Plutarque la décrivent comme un monstre séduisant les hommes, une sorte d’obsédée sexuelle, même parfois de prostituée.
Les Egyptiens, plus tard (VIIIème – XIIème siècle) lui brodent une toute autre légende, de reine bienveillante, de philosophe érudite, même une alchimiste, de femme préférant la mort à la soumission.
Mort de Cléopâtre
Les classiques, Dante ou Shakespeare reprennent la légende, s’inspirant des romains, Plutarque entre autres, en font une héroïque tragique, entre passion amoureuse et politiques. Le suicide au serpent a inspiré sculpteurs et peintres. Après l’expédition de Bonaparte en Egypte, la découverte des décors , l’Orientalisme inspire peintres et hommes de théâtre. Sarah Bernhardt lui prête son visage
Sarah Bernhardt en Cléopâtre
Puis vient le temps du cinéma, déjà Méliès en 1899 et une véritable Cléomania va traverser l’histoire du cinéma: Claudette Colbert (1934), Vivien Leigh(1945) Sophia Loren (1953); Liz Taylor (1963) (c’est ell. e qui est pour moi la figure de Cléopâtre) suivie de tant d’autres. Asterix et la BD s’emparent de Cléopâtre
Liz Tayor : cléopâtre fait naviguer dans son bain un des navires de sa flotte
Je n’ai pas apprécié la scénographie avec la projection de trois films en même temps sur un immense mur-écran, n’arrivant à en suivre aucun.
Cléopâtre reine du marketing
je vous laisse deviner à quelles marques sont nom est attaché. C’est toujours l’image des péplums qui est alors utilisé, glamour et exotique.
Une dernière partie de l’exposition est surprenante. Le nationalisme égyptien,entre autres du temps de Nasser a repris à son compte Cléopâtre. Plus loin, les mouvements des luttes africaines-américaines l’ont adoptée comme héroïne refusant la soumission, Barbara Chase-Riboud a sculpté son trône vide : force et fragilité du pouvoir féminin.
Le trône vide Cléopâtre par Barbara Chase-Riboud
Dernier avatar : l’icone féministe. Des plasticiennes contemporaines mettent en scène la misogynie qu’a subi Cléopâtre de la part des hommes qui ont minoré son rôle de souveraine, qui l’ont diabolisée et hypersexualisée. Esmeralda Kosmatopoulos CLICa réalisé une installation de trois tableaux de la reine de profil (profil retrouvé sur les monnaies) I want to look…et à côté toutes les prescriptions de chirurgie esthétiques sur une ordonnance fictive, en particulier rhinoplastie (on connait la citation « si le nez de Cléopâtre… » clic
Esmeralda Kosmatopoulos : I want to look like Cleopatra
Et pour finir une image de Cindy Sherman : Cléopâtre ou Méduse?
Plutôt un thriller ou un roman noir. Le personnage principal Chris Papas, à Hambourg, ou Christos Papadimitrakopoulosen Grèce, est détective. On lui confie une filature qui le conduit dans un hôtel borgne à Hambourg. Classique. Le client décède le lendemain et la police allemande débarque pour interroger le détective. Secret professionnel oblige, il refuse de livrer ce qu’il aurait appris…
Assis devant mon ordinateur portable, je surfe sur Internet, où la confusion bat son plein entre les deux pays. Qu’est-ce que je ressens? tout d’abord de l’admiration pour la facilité et la rapidité avec lesquelles le ridicule se propage. Les oppositions toutes faites, la haine primaire, les frontières de toute sorte et pour finir le désir addictif du conflit qui joue comme une marche guerrière en fond et au-dessus de cela. Moi cela me fait rire. Je ne peux rien faire d’autre que rire. Parce que je suis tantôt Chris Papas, tantôt Christos Papadrimitrakopoulos en fonction des circonstances, de la langue du pays, des oreilles et des bouches. Je suis Personne. C’est merveilleux d’être né entre deux pays. On sent rapidement qu’aucun ne veut de vous
Cela tourne mal pour lui. Il prend le premier avion pour la Grèce et s’installe dans son village du Péloponnèse, Aegion, au bord du Golfe de Corinthe. Etrangement, il est rattrapé par son enquête.
Mais je ne vous révèlerai pas la suite de l’histoire.
Ne vous attendez pas à vous baigner dans les îles touristiques, des Cyclades, ni dans les ruines antiques. Vous ne ferez pas de tourisme, ni salade grecque, ni bouzouki.
En revanche, divagations entre Beckett et Eschyle. Manipulations et tragédie dont les origines remontent à l’occupation nazie. Mais j’en ai trop dit!
A vous de plonger dans le roman, à bout de souffle!
« Hélas ! Un coup mortel a déchiré ma chair ! « vers 1343 d’Agamemnon d’Eschyle
J’ai trouvé ce titre dans le livre deLéa Veinstein, J’irai chercher Kafka et comme j’ai du mal à quitter Kafka dont je viens de lire la Lettre au Père j’ai téléchargé Forêt obscure dans la foulée. sombre
Il sera fort peu question de sombre forêt dans ce roman. Il se déroule en grande partie à l’Hôtel Hilton de Tel Aviv, à Safed et dans les collines désertiques. La Forêt Obscuredu titre est une référence littéraire tirée des vers de Dante :
« Au milieu du chemin de notre vie
je me suis trouvé dans une forêt obscure
Car la voie droite était perdue »
la métaphore de la forêt dont on doit sortir est encore évoquée à propos de Descartes
Plus il parle de sortir de la forêt suivant une ligne droite, plus j’ai envie de me perdre au coeur de cette forêt où nous vivions jadis dans l’émerveillement, la considérant comme la condition préalable d’une véritable conscience de notre existence et du monde.
Forêt virtuelle. Exit donc la forêt.
Deux récits s’entremêlent, se croisent. Point d’intersection : l’Hôtel Hilton. Histoire d’Epstein, avocat d’affaires, richissime, collectionneur d’œuvres d’art vieillissant. Au décès de ses parents, il disperse ses œuvres d’art, dilapide sa fortune et part sans laisser de nouvelles en Israël où il devient mécène au nom de ses parents. Au début du roman il perd son manteau dans un vestiaire et son téléphone portable avec. Il devient donc injoignable, ou presque surtout quand il quitte l’Hôtel de luxe pour un appartement minable à Ajami.
Histoire de Nicole, romancière reconnue, en panne d’inspiration, part pour quelques jours en Israël, pour démarrer un nouveau roman dont l’Hôtel Hilton doit être un élément central. Un mystérieux personnage Eliezer Friedmann la contacte pour une mission spéciale, écrire une suite à une œuvre de Kafka. L’ombre de Kafka intervient à plusieurs reprises dans cette histoire : Friedmann l’entraîne Rue Spinoza, à la maison où les papiers de Kafka sont gardés au milieu de dizaines de chats chez Eva Hoffe. Le procès que que la Bibliothèque d’Israël lui intente pour récupérer ces documents est évoqué.
Et la fille Hoffe, pathologiquement obsessionnelle et paranoïaque comme elle l’est, elle a accepté ça ? Et la Bibliothèque nationale d’Israël ? Au beau milieu d’un procès, vous avez obtenu les droits d’adaptation d’une oeuvre dont la propriété est très contestée, une pièce de théâtre de Kafka, qui va devenir un film ? »
Puis l’affaire prend une allure kafkaïenne, l’écrivaine est enlevée par l’armée, les services secrets? séquestrée dans une cabane dans le désert. Elle est persuadée que Kafka y a vécu… Cela devient de plus en plus étrange..
Le seul livre en anglais que j’avais avec moi était Paraboles, et après avoir relu plusieurs fois le chapitre sur le Paradis, je regardai dehors et l’idée me vint que j’avais raté quelque chose chez Kafka, que je n’avais pas su reconnaître le seuil initial, à l’origine de tous les autres, dans son oeuvre, celui qui sépare le Paradis du monde d’ici-bas. Kafka avait dit un jour qu’il comprenait mieux que personne la chute de l’ homme.
Quant à Epstein, il est entraîné par un rabbin puis par sa fille dans le tournage d’un film sur le Roi David qu’il devrait financer. On nage dans l’invraisemblance mais c’est amusant.
Totalement barré, quoique bien écrit et agréable à lire. Digressions littéraires ou bibliques, politiques tout à fait intéressantes.
A la sortie de tous les musées, les visiteurs sont conduits à la boutique-librairie, j’ai trouvé ce roman de Gaëlle Josse à l’issue de ma visite à l’exposition Georges de La Tour – maître du Clair-obscurau Musée Jacquemart-André.
Court roman, 192 pages.
Roman choral, trois narrateurs mêlent leurs voix : De La Tour, le peintre, Laurent son apprenti, et de nos jours, une jeune femme traductrice, amoureuse éperdue.
Cette lumière, et la nuit tout autour. Cette autre femme qui détourne son regard. Elle a raison, il faut
savoir se protéger. Il faudrait. Ces mains, qu’on devine douces, légères, attentives à ne pas aggraver la
blessure.
Georges de La Tour, dès le premier chapitre commence son Saint Sébastien soigné par Irène, tableau présenté à l’exposition. C’est passionnant d’imaginer le Maître préparer son matériel, choisir ses modèles, donner ses instructions. Avec le témoignage de son apprenti, on voit se peindre le tableau sous nos yeux.
Saint Sébastien est celui que nous invoquons pour nous protéger du fléau de la peste, car il a survécu aux flèches, dans lesquelles nous voulons voir aujourd’hui une représentation de la violence de l’épidémie. équilibre de l’ensemble, et jusqu’à ces derniers jours son image m’échappait. Enfin, j’ai trouvé. Elle est un témoin. Elle éclaire la scène mais s’en détourne.
On imagine aussi l’arrière plan, à Lunéville, duché de Lorraine, les ravages de la Guerre de Trente ans (1618-1648) et des épidémie de peste qui ont emporté les parents de Laurent, recueilli par le peintre. Ce dernier veut présenter son chef d’œuvre à Louis XIII. Il fera le le voyage par route et sur le coche d’eau sur la Marne. Présentation à la Cour.
J’ai bien aimé le roman historique.
En revanche, l’histoire d’amour entre la traductrice et son amant mystérieux ne m’a pas du tout accrochée. Relation toxique. Décor convenu. Issue prévisible. Je n’ai pas vu le rapport avec le tableau. Quel intérêt?
Exposition temporaire prolongée jusqu’au 22 février 2026
George De La tour – Le Nouveau Né
Entre ombre et lumière on pense tout d’abord à Caravage, la vidéo de l’exposition préfère ténébrisme . La visiteuse s’amuse à chercher la source de lumière, est-ce une bougie cachée par la main de la femme qui fait écran, ou le nourrisson est-il l’enfant Jésus rayonnant de lui-même? J’aime beaucoup le visage doux de la mère.
Ici la chandelle est bien présente, éclairant le livre de compte (soigneusement peint, j’ai vérifié) et comptant la monnaie. J’ai pensé sur place au tableau du Caravage à Saint Louis des Français : La vocation de Mathieu. Après examen, ils sont bien différents.
Job raillé par sa femme
Plus spectaculaire encore l’éclairage par en dessous dans le Job raillé par sa femme. Et dans la femme à la puce, on devine la puce écrasée entre les ongles.
La Femme à la puce.
le Peintre des infortunés
j’ai aimé les représentations des misérables Mangeurs de pois
et le vielleur aveugle qu’il a peint tantôt avec sa sacoche, tantôt avec son chien
Le vielleur
Répliques et variations
montre deux versions de Saint Jérôme pénitent . Ici un autre jeu pour la visiteuse joueuse : jeu des 7 erreurs, le sujet plaisait puisque un tableau avait été commandé par Richelieu, et l’autre se trouve en Suède. Celui au chapeau rouge était-il destiné au cardinal?
Apostolados
Vient toute une série de saints (deux saint Jacques, le majeur et le mineur) . Ces thèmes religieux m’attirent moins mais je me suis arrêtée longuement devant les deux tableaux de Saint Pierre repentant . Celui à la larme est bouleversant se tordant les mains.
Saint Pierre repentant à la larme
Autre repentante : Madeleine
Madeleine repentante
Georges de La Tour a peint de nombreuses toiles, il était célèbre en son temps. La Lorraine a vécu des années troublées avec la Guerre de Trente ans puis des épidémies dont il a d’ailleurs succombé en 1652. Le peintre est tombé dans l’oubli et seulement une quarantaine d’œuvres ont été retrouvée. On ne connait certains tableau que par des copies.
Encore une belle exposition, dommage qu’elle attire tant de foule!